- Speaker #0
Bienvenue dans Pavencast, le podcast de Pavenrod, marque de vêtements outdoor conçue pour les aventurières et les aventuriers d'aujourd'hui. Présenté par Paul, Arthur et moi-même, Coralie, à travers ce format, on part à la rencontre de celles et ceux qui entretiennent un lien unique avec la montagne. Aujourd'hui, on reçoit un glaciologue et un homme de terrain pour qui la montagne est bien plus qu'un objet d'étude, Pierre René.
- Speaker #1
Dans les Pyrénées françaises, il est sans doute le dernier témoin d'un monde en train de disparaître. Pierre René, glaciologue et accompagnateur en montagne, consacre sa vie à observer, mesurer, et documenter l'agonie des derniers glaciers de la chaîne. Mais Pierre René n'est pas seulement un scientifique, c'est avant tout un homme de terrain, habité par une relation intime avec la montagne. Sa démarche ne se limite pas à l'analyse du recul glaciaire, elle est aussi une quête personnelle, une tentative de capturer l'émerveillement face à une nature brute et sauvage. A travers cette discussion, nous allons explorer l'homme derrière le glaciologue, comprendre ce qui l'anime, ce qui le pousse à repartir encore et encore, malgré l'inéluctable. Parce qu'au-delà des chiffres et des cartes, ce qu'il nous raconte, c'est une histoire de passion, d'engagement et de beauté fragile.
- Speaker #2
Bonjour Pierre. Bonjour à vous.
- Speaker #0
Alors Pierre, avant de commencer vraiment dans le vif du sujet, on aimerait bien que tu nous racontes ton premier souvenir en montagne.
- Speaker #2
Mon premier souvenir en montagne, c'est vrai que j'ai toujours vécu plus ou moins dans la montagne, on va dire que c'était une petite montagne autour de 1000 mètres d'altitude dans les Pyrénées orientales, donc des Pyrénées méditerranéennes assez sèches. Mon premier souvenir de montagne, j'avais je crois 11 ans et c'était vraiment une immersion dans la montagne un peu plus haute, un peu plus haute en altitude, et notamment avec une nuit en extérieur. Donc j'avais autour de 11 ans, et vraiment, je découvrais au fur et à mesure qu'on s'élevait sur le sentier dans la montagne, donc c'était dans la Riège, dans les Pyrénées riégeoises, je découvrais petit à petit ce paysage de haute montagne, où la forêt disparaît, où il y a les lacs qui apparaissent, les cascades, et ce paysage d'abord qui est de la pelouse, la pelouse d'altitude, et petit à petit qui devient de plus en plus minérale.
- Speaker #0
Et là, tu étais avec tes parents ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. C'était une sortie familiale, mais avec d'autres amis. Et finalement, c'était des amis, des parents qui avaient proposé cette balade. Et pour moi, ça a été vraiment une découverte de la partie haute de la montagne.
- Speaker #0
Et tu te souviens des émotions qui te traversaient à ce moment-là ? C'était quoi ? Il y avait une forme d'émerveillement ?
- Speaker #2
Oui, oui, oui. Alors précisément, je ne me rappelle pas, mais effectivement, il y avait quelque chose de... Comme de l'émerveillement. En tout cas, j'étais attiré comme un aimant. Je me rappelle que j'avais du mal à me freiner et j'avais toujours envie de voir ce qu'il y avait comme paysage derrière le caillou, derrière ce qui arrivait au bout de mon champ de vision. Je voulais voir ce qu'il y avait derrière et du coup, ça me poussait à marcher vite et devant.
- Speaker #1
Maintenant qu'on comprend un petit peu mieux d'où te vient cette envie d'être en montagne, est-ce que tu peux te présenter ce que tu fais au quotidien ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Pierre René, j'habite dans les Pyrénées centrales, à côté de la ville de Luchon, donc on est pile au milieu des Pyrénées. Et mon activité professionnelle, elle se partage entre l'activité de glaciologie de terrain, c'est-à-dire vraiment de mesure de l'évolution des glaciers des Pyrénées françaises, et en même temps, l'activité d'accompagnateur montagne, où là, on est plus, non pas sur une activité scientifique, mais plus sur une activité pédagogique. On emmène des personnes dans la montagne et l'idée c'est de leur faire découvrir les différentes composantes de la montagne, comprendre comment ça fonctionne, quelles sont-ils, et tout ça pour leur donner une capacité à comprendre et du coup à mieux aimer et éventuellement préserver ce milieu montagnard.
- Speaker #0
Et en termes de temporalité, tu as d'abord été glaciologue et ensuite tu as passé l'accompagnateur en moyenne montagne ou c'est l'inverse ?
- Speaker #2
J'ai commencé par la glaciologie. Mes premières armes de glaciologie de terrain, c'était autour de l'an 2000. Et puis j'ai passé le diplôme d'accompagnateur en 2004.
- Speaker #0
Et c'est quoi qui t'a amené vers ce diplôme d'accompagnateur ? Parce que tu aurais pu juste faire glaciologue, non ?
- Speaker #2
Oui, alors après j'étais un glaciologue un peu original, dans le sens où je ne suis pas vraiment rattaché à un laboratoire. Et je n'ai pas fait de troisième cycle. Moi j'ai fait un master dans le domaine de la géographie, montagne. C'était plutôt géologie et biologie de la montagne. Donc finalement, j'ai un master qui est un diplôme généraliste du milieu montagnard et où dedans, la glaciologie n'est qu'une petite partie. Moi, c'est vraiment la passion qui m'a poussé à étudier les glaciers. Et du coup, du coup, du coup, je ne sais plus ce que je voulais dire.
- Speaker #1
Justement, pour reprendre sur cette passion que tu nous parles des glaciers, qui était au départ une petite branche dans les études que tu suivais, qu'est-ce qui t'a amené justement à te plonger pleinement dans cette passion des glaciers ?
- Speaker #2
En fait, j'ai eu un coup de foudre sur les glaciers au cours d'une sortie terrain dans le cadre étudiant. C'était en Les Alpes justement, parce que j'étais étudiant pendant deux années à Chambéry et au cours d'une visite de terrain en Vanoise. on est tombé enfin le parcours en tout cas nous a fait un moment passé très proche et quasiment nez à nez avec les glaciers les moraines et j'ai eu un espèce de coup de foudre vis-à-vis de ces géants de glace ces géants de la haute montagne qui bien que appartenant au monde minéral c'est un peu de la roche sédimentaire un glacier était de la sédimentation de neige qui permet leur existence et leur formation bien que ce soit du monde minéral en fait ils ont beaucoup d'attributs vivants. Ils ont une langue glaciaire, un front. Ils sont capables de déplacer des roches, de les accumuler, de bâtir des moraines, des talus qui sont, on a l'impression, certains taillés au cordeau, comme si ça avait été fait par l'humain. Donc, c'est des espèces de créatures vivantes pour moi. Et donc, ces glaciers, à la fois entre le vivant et le non-vivant, sont mystérieux, très... m'ont beaucoup attiré. Et du coup, j'ai voulu en savoir plus sur les glaciers pyrénéens. Et là, je me suis rendu compte que c'était un sujet un petit peu délaissé à cette période-là, donc autour de l'an 2000. Et du coup, je me suis dit, ça, c'est pour moi. Et donc, je me suis attelé à la tâche et à la remise en route du suivi de ces glaciers pyrénéens.
- Speaker #0
Et pourquoi vraiment ce focus sur les Pyrénées ?
- Speaker #2
Du coup, c'est parce que tout simplement, j'étais originaire des Pyrénées. Moi, j'ai toujours vécu dans les Pyrénées et puis passionné par cette montagne. Et puis comme je le disais précédemment, il y avait une lacune par rapport aux glaciers pyrénéens, à savoir qu'ils n'étaient plus mesurés et qu'il était impossible de trouver un inventaire à jour à cette époque-là, en 2000, de combien il y a de glaciers des Pyrénées, où est-ce qu'ils sont, quelle est la surface qu'ils représentent, leurs caractéristiques géographiques, physiques. Tout ça était complètement obsolète et faux, donc il fallait l'actualiser. Et donc face à cette lacune, c'était un argument supplémentaire en plus de cette passion. de ce coup de foot pour le sujet, le fait qu'il y ait une lacune qui s'y est abandonnée, c'était un deuxième argument pour s'y intéresser et se focaliser sur leur observation.
- Speaker #0
Et concrètement, cette lacune, tu l'as comblée comment ? Tu es allé sur le terrain ?
- Speaker #2
Alors, oui, dans un premier temps, c'était en fin d'étude. Donc, ça s'est concrétisé un petit peu à travers un stage de fin d'étude au sein du Parc national des Pyrénées, qui, logiquement, devrait être la structure qui s'occupe de l'évolution des glaciers, parce que la plupart de ces glaciers pyrénées françaises sont dans la zone de cœur du Parc national. Le parc national a une des missions, c'est le suivi du milieu naturel. Ça a participé à sa connaissance et donc les glaciers en font pleinement partie. Mais ils ne le faisaient pas. Ils sont déjà bien occupés par ailleurs, par tout ce qui va être faune, flore et compagnie. Donc ils ne le faisaient pas, mais ça pouvait être eux. Donc du coup, j'ai fait un stage là, essayer de mobiliser, de relancer ça. Le parc était d'emblée, on va dire intéressé, mais plutôt suiveur que meneur sur la thématique des glaciers. Donc c'est pour ça que j'ai créé une association, donc en 2001, l'association Moraine, qui permettait d'avoir un cadre juridique pour solliciter des subventions, acheter du matériel spécifique de mesure et ainsi démarrer le suivi des glaciers. Et ça, ça s'est fait bien entendu en collaboration, en soutien avec les glaciologues alpins, qui ont dans un premier temps finalement m'ont appuyé auprès des collectivités locales par rapport au financement, en disant que mon projet tenait la route, que... Voilà, ce genre de lettres de recommandations qu'ils ont fait, qui m'ont aidé à démarrer. Ils sont venus aussi sur place, un glaciologue, Christian Vincent, glaciologue des Alpes, est venu dans les Pyrénées pour installer les premiers réseaux de balises qui permettent de suivre l'évolution des glaciers. Donc voilà, j'ai été vraiment bien soutenu par les glaciologues alpins. Et puis une fois que la machine a été enclenchée, la machine de suivi des glaciers, ça a pu se poursuivre jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, ton périmètre d'activité dans les Pyrénées, est-ce que c'est sur... Toutes les Pyrénées, est-ce que c'est sur une zone ou un nombre de glaciers en tout cas déterminé à l'avance ? Comment ça se passe ?
- Speaker #2
Du coup, par rapport à ce travail de glaciologie, déjà les glaciers il n'y en a pas partout, il n'y en a que sur les plus hauts sommets. Et sur les plus hauts sommets qui sont plutôt côté Atlantique, là où il y a une source d'humidité importante, il y a plus de précipitations, plus de neige. Donc dans les Pyrénées françaises, on trouve des glaciers à partir des Pyrénées centrales, là où je vis, donc dans le secteur de Luchon, le Luchonnet. et ensuite en se dirigeant vers l'ouest sur les Pyrénées occidentales, avec le massif de Gavarnie, du Vignemal, du Balaïtus. Il y a plusieurs massifs, mais grosso modo, ces massifs sont quand même dans un espace, dans une zone pyrénéenne qui est assez limitée. Ce n'est pas toutes les Pyrénées, il n'y en a pas partout. Déjà, c'est assez localisé. Quand on fait l'inventaire des glaciers, il y en a quand même un certain nombre. Je ne pouvais pas mettre en place une observation sur tous les glaciers. Il y a eu une sélection de neuf glaciers. sur lesquels il y aura des visites et des mesures régulières tous les ans. Et donc en fait, c'est des glaciers qui ont été sélectionnés le long de la chaîne pyrénéenne. L'idée étant d'avoir un aperçu global de l'évolution de ces glaces des Pyrénées.
- Speaker #1
Est-ce que parmi ces glaciers, il y en a un que tu préfères, sur lequel tu aimes bien te rendre, qui te procure quelque chose à chaque fois que tu t'y rends ?
- Speaker #2
Oui, donc en fait, ils ne sont pas tous mesurés avec la même énergie, on va dire. C'est-à-dire que le glacier d'Aussou au Vignemal, qui est le plus grand des Pyrénées françaises, c'est celui qui bénéficie de plus de mesures. On mesure à la fois la variation de sa longueur, de sa surface, de son volume, ce qu'on ne fait pas sur tous les autres glaciers parce que c'est assez conséquent à mettre en œuvre. Donc du coup, ça veut dire que sur ce glacier-là, il y a cinq visites par an, alors que sur les autres, c'est une seule visite par an. toujours à la même date, mais au glacier d'Aussou, au Vignes-Mal, j'y vais 5 fois par an, donc forcément, avec toutes ces visites, ça fait plus de 100 fois en 20 ans, en plus de 20 ans, 5 fois par an, ça fait plus de 100 visites sur ce glacier, à chaque visite, il y a au moins une dizaine de relevés, de mesures qui sont faites, donc 100 fois 10, 1000, ça fait plus de 1000 relevés sur ce glacier depuis que j'y suis, et donc c'est vrai que c'est un environnement que j'affectionne particulièrement, à chaque fois que j'y retourne, je suis toujours content, je ne suis pas lassé, quoi on pourrait imaginer que c'est un peu routinier parce qu'en fait on répète les protocoles à l'identique, il faut toujours être aux mêmes dates, faire les mêmes mesures, les mêmes endroits, donc il y a une espèce de... quelque chose de routinier dans cet exercice là, mais bon pour moi c'est pas du tout un problème, cette routine au contraire justement je peux observer on va dire l'évolution des détails sur ce massif, sur ce glacier à chaque visite et Et du coup j'aime beaucoup cet endroit-là, mais j'aime beaucoup aussi, donc moi j'habite pas à côté du glacier d'Aussou, mais au Vignemade dans les Hautes-Pyrénées, je suis dans la Haute-Garonne, et là il y a quand même aussi le Cirque du Portillon, tout en haut de la Vallée d'Eau, qui est célèbre par son lac d'eau, il y a le Seil de la Bac, qui est aussi un désert minéral de roches et de glaces, que j'apprécie tout particulièrement par le paysage qu'il représente, mais bon c'est un paysage de haute altitude, mais ils ne sont pas tous pareils, celui-là, il a quelque chose de... Ouais, quelque chose que j'aime bien.
- Speaker #0
Et tu parlais des relevés que tu faisais sur le terrain. Comment est-ce que ça se passe ? Tu y vas tout seul, t'es accompagné ?
- Speaker #2
Alors les relevés de terrain, ça dépend. Certains relevés nécessitent vraiment d'être plusieurs. C'est impossible tout seul par rapport au matériel qu'il faut transporter, par rapport aux mesures de terrain. Et puis d'autres peuvent se faire tout seul. Donc ça dépend des relevés. Mais typiquement, les mesures d'accumulation glaciaire, ça c'est à la fin de l'hiver, fin mai. Sur le glacier d'Aussou, on va faire le relevé de la quantité de neige que le glacier a accumulé pendant tout l'hiver. Et donc c'est vrai, il faut faire des sondages, des carottages, mesurer les carottes sur le terrain, calculer les densités. Tout se fait sur le terrain, il n'y a rien qui est redescendu en vallée pour analyse. On n'a pas de laboratoire d'analyse, mais on mesure physique. Et là vraiment, il faut quelqu'un qui fasse les carottages, quelqu'un qui fasse les sondages, quelqu'un qui... avec les skis, on les utilise pour faire une table. et donc on pose nos carottes de glace qu'il faut ajuster, donc ça fait des cylindres parfaits qu'on va mesurer, peser et puis il faut noter tout ça pour calculer les densités et les quantités de neige accumulées par le glacier, donc là il faut forcément être plusieurs
- Speaker #0
Et tu parlais de l'association Moraine que tu as créée donc là on a vu avec ce que tu nous as expliqué que l'idée c'était vraiment de combler les lacunes sur le manque de connaissances sur les glaciers des Pyrénées, est-ce qu'il y a aussi un volet transmission de ces données là, comment tu diffuses une fois que... tu as récolté toutes ces données ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, c'est indispensable parce que mesurer dans son coin et pas diffuser ça enlève beaucoup de son intérêt donc déjà par rapport aux financeurs chaque année je fais un rapport d'études où je collecte toutes les données qui ont été collectées sur le terrain elles sont écrites et rédigées sur un document ce rapport en plus contient toutes les mesures antérieures, depuis le début des mesures à chaque fois je rajoute les nouvelles données mais donc ça veut dire que quand on Si on utilise le dernier rapport, on a l'ensemble des données depuis le début des mesures sur l'ensemble des glaciers. Tout est collecté dans le même document. Et donc ça, c'est logiquement diffusé aux financeurs qui sont le conseil régional, Occitanie, conseil départemental, Haute-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège, le parc national des Pyrénées aussi, bien sûr. Et puis ensuite, c'est diffusé au niveau des glaciologues alpins. c'est à dire que les données surtout les données du glacier d'ossou sont mises en commun il ya une espèce de base de données en fait glacier à l'échelle nationale s'appelle glaciaux clim il ya une base de données glaciers à l'échelle internationale c'est le wgms le world glacier monitoring service donc ces données au niveau de la communauté scientifique elles sont quand même elles sont regroupées et elles sont publiques elles sont disponibles voilà et après au delà de ça pour communiquer auprès du grand public là souvent c'est par l'intermédiaire des médias parce que très régulièrement, je réponds à des demandes, et même des médias nous accompagnent sur le terrain, que ce soit des médias audio, audiovisuels ou la presse écrite. Et donc c'est aussi une manière importante de diffuser l'ensemble des données vis-à-vis du grand public.
- Speaker #1
Donc aujourd'hui, tes travaux, on peut les retrouver sur les sites des différents organismes que tu as cités ?
- Speaker #2
Tout à fait, et après sur le site aussi de l'association Moraine, où là, bien sûr, les rapports ne sont peut-être pas toujours mis en ligne, ils ne sont pas forcément tout le temps, mais en les demandant, il n'y a absolument rien de confidentiel, au contraire, l'intérêt c'est que ce soit diffusé, donc n'importe qui qui demande à avoir des documents, des données sur ce qui a été mesuré dans les Pyrénées, c'est fourni sans problème.
- Speaker #0
Et en fait, en préparant cet épisode, on s'est rendu compte que tu n'avais pas de réseaux sociaux, tu n'étais pas présent. Du coup, on s'est dit, tu pourrais utiliser ton image pour faire passer ces messages-là, ces conclusions. Pourquoi est-ce que tu ne le fais pas ? J'imagine qu'il doit y avoir une bonne raison.
- Speaker #2
Je ne sais pas s'il y a une bonne raison, mais c'est vrai que moi, je suis presque allergique un peu aux réseaux sociaux. En tout cas, je trouve qu'on passe énormément de temps sur les écrans, sur le téléphone, l'ordinateur et tout ça. Moi personnellement je trouve que j'y passe quand même pas mal de temps, presque des fois trop. Je me dis que si j'utilise les réseaux sociaux, forcément je vais y passer encore plus de temps et ça j'ai pas envie quoi. Voilà, j'ai un peu hermétique. J'utilise en fait finalement les nouvelles technologies mais le minimum syndical si on peut dire, nécessaire. Mais au-delà de ça... Je trouve qu'il y a tellement de choses dans les réseaux sociaux, enfin c'est compliqué, ça va vite, et puis des fois c'est contre-productif, parce que si jamais on n'a pas utilisé le bon mot, tout ça, ça peut nous revenir en pleine figure peut-être, ou j'en sais rien, en fait j'ai jamais essayé, et puis c'est vrai que je suis sur aucun réseau social, mais bon voilà, j'ai pas envie, parce que j'ai pas envie de passer plus de temps sur les écrans, et puis voilà, c'est très personnel. Ok,
- Speaker #0
ça marche.
- Speaker #1
Et justement un petit peu plus tôt, tu nous as parlé, tu nous as partagé cette question d'émerveillement face... à ces milieux. Et aujourd'hui, avec toute l'expérience que tu as dans ces espaces-là, est-ce qu'il y a un moment qui te reste de tout ça, où tu t'es dit, ok, là, j'essaie vraiment de passer quelque chose d'unique à ce moment-là ? Est-ce que tu as vraiment un moment où tu t'es dit, l'émerveillement en montagne, c'est vraiment quelque chose qui me nourrit pour continuer à y aller ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. C'est pour ça que c'est vrai que quand je disais ce côté routinier d'aller faire les mesures sur les glaciers, maintenant depuis pratiquement 25 ans, tous les ans, même date, tout ça, Donc il y a une routine, et c'est vrai que cette routine justement est contrecarrée par l'émerveillement qui est procuré, et cet émerveillement qui finalement change un peu, puisqu'on voit l'évolution des détails, d'une année sur l'autre, d'un mois à l'autre, c'est plus pareil. Donc il est nourri en permanence cet émerveillement de la haute montagne, et c'est finalement quelque chose qui motive toujours à poursuivre ce travail répétitif. et tout à fait moi je Pour moi, c'est comme ça aussi que je le présente dans le cadre de mon activité d'accompagnateur en montagne, c'est que partir en montagne et s'élever le long des étages de la montagne jusqu'à arriver à l'étage minéral, l'étage nival, où il y a plus grande végétation, on arrive dans un environnement qui n'est pas notre environnement quotidien, qui est très différent. Et donc j'aime bien expliquer qu'on part à pied pour un voyage lointain, un voyage lointain mais qui est en fait très proche puisqu'on y va à pied. Et lointain parce que quand on est là-haut, on est dans un environnement, dans un paysage qui est l'équivalent en miniature d'une région polaire. Les régions polaires, normalement, on y va plutôt en avion. C'est plusieurs milliers de kilomètres. Et là, on peut y aller à pied. C'est assez proche finalement de la zone où on habite. Ça reste en France. Et donc ça, ça contribue à cet émerveillement du fait de l'originalité de ces paysages.
- Speaker #0
Et finalement, cet émerveillement, tu le partages à travers ton métier d'accompagnateur en moyenne montagne. C'est ça qui t'a amené vers ce métier-là, ce désir de transmission ?
- Speaker #2
Oui, après, ce que j'aime bien, c'est raconter, raconter la montagne. C'est un peu le métier des accompagnateurs. On raconte la montagne, on raconte souvent des histoires quand on parle de la forêt. Alors, en fait, on n'invente pas des choses parce que c'est difficile de paraître quelque chose d'abstrait. Donc, en fait, au fur et à mesure qu'on fait un parcours en montagne, on va croiser, observer des choses. Et en fait on va à chaque fois trouver, à partir de ce support visuel que les gens voient et qu'on peut partager visuellement avec les personnes qui sont avec nous, raconter une histoire sur la forêt, si on est d'une altitude inférieure, la forêt qui est l'hôtel-restaurant des animaux, qui joue un rôle très important. Et ensuite on peut continuer sur les traces d'animaux, et puis si on est plus haut en altitude, sur les zones d'estive ou sur les zones étages nivales, à chaque fois, soit à travers un paysage, Ou sinon à travers quelque chose de très ponctuel, ça peut être un caillou, on peut raconter des choses, raconter l'histoire de la formation des Pyrénées par exemple à travers un caillou qu'on peut trouver sur le terrain. C'est vraiment rebondir, c'est raconter la nature, raconter la montagne à travers ce qu'on va découvrir au fil de la balade.
- Speaker #0
Et est-ce que tu intègres aussi une part de sensibilisation aux questions environnementales ?
- Speaker #2
Oui, oui. C'est-à-dire qu'effectivement, l'idée de faire découvrir la nature, c'est que les gens se l'approprient un peu et du coup aient envie de le préserver. Et donc c'est vrai que j'associe souvent à ça, notamment avec les enfants, de dire qu'on a un peu la tendance à oublier que cette nature qui nous entoure, quand on est immergé dedans, en fait, elle nous fournit, elle permet de... Parce qu'on répond à nos besoins essentiels, de respirer, de boire, de s'alimenter, de se loger, de se nourrir, de se soigner. Et qu'en fait, tout est issu de la nature, qu'elle n'est pas là, ce n'est pas un décor pour faire joli. On vient de la nature et on est intimement lié à elle pour nos besoins vitaux. Et ça, c'est une chose que je dis tout le temps, pour le rappeler ou pas. montrer l'importance que ça a.
- Speaker #1
Récemment, tu as traversé les Alpes en l'espace de deux semaines. C'est déjà quelque chose d'assez extraordinaire.
- Speaker #2
Des Alpes françaises, quand même. Oui,
- Speaker #0
nous, on paraît faire un beau record.
- Speaker #1
Mais ça reste même une belle performance. En dormant, justement, tu nous avais partagé à la belle étoile. Donc finalement, quand tu n'es pas en montagne... en tant qu'accompagnateur ou alors que glaciologue, finalement, tu y vas aussi pour ton plaisir. Et du coup, tu y passes quasiment la totalité de ton temps.
- Speaker #2
Oui, oui, oui. Oui, effectivement. C'est vrai que la nature, la montagne me nourrit. C'est vrai que c'est un peu à sens unique. Donc, c'est vrai que préserver la montagne, il faut un peu... Il faudrait que ce soit à double sens. Mais effectivement, quand j'y suis dans le cadre professionnel, j'y retourne aussi dans le cadre personnel. Et... Et voilà, c'est vrai que je ne suis jamais rassasié. C'est vrai qu'après une grosse journée ou plusieurs grosses journées en montagne, ou je veux dire physiquement, je suis peut-être puisé un peu dans les ressources. On est fatigué en fin de journée. Peut-être qu'il faut le lendemain pour reprendre un peu ses esprits. Mais voilà, 48 heures après, j'ai qu'une envie, c'est d'y retourner. Donc j'ai du mal encore à être rassasié par tout l'émerveillement, enfin tout ce que procure ce contact, cette immersion avec le milieu montagnard.
- Speaker #1
Comment justement est-ce que tu, quand tu pars plus pour l'envie personnelle, comment est-ce que tu t'organises ? Parce que finalement, tu as un métier de glaciologue qui va être très organisé, très structuré. Pareil sur la partie accompagnement, où du coup, il va falloir encadrer un groupe. Donc, il faut organiser tout ça. Est-ce que du coup, tu as cette même pratique de la montagne, où tu vas justement te disant plutôt, je pars, je verrai où est-ce que je dors ce soir ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, il y a plus la part d'improvisation. Quand on part tout seul, il y a un minimum à prendre en termes de matériel. Mais ça, avec l'habitude, c'est vite préparé, c'est vite organisé. Et puis après, on peut avoir, par exemple, un vague, oui, une idée un peu d'un itinéraire, mais qu'on va pouvoir modifier en fonction des conditions personnelles, enfin, de notre état personnel, ou des conditions extérieures, comme de météo. Donc voilà, ça c'est... Mais voilà, ce que j'aime bien aussi à travers ça, et la montagne, c'est qu'elle nous apprend la sobriété, parce qu'on ne va pas tout amener en montagne, on ne peut pas amener toute sa maison. Donc il faut faire des choix et donc on se concentre vraiment sur l'essentiel. Et cette idée de sobriété, même de sobriété heureuse, parce que le fait d'être justement, d'avoir un minimum de matériel, on s'est déchargé d'un certain nombre d'éléments superflus qui nous parasitent un peu le quotidien des fois dans notre vie urbaine ou dans notre vie à la maison. Il y a beaucoup d'éléments qui des fois ne sont pas forcément super essentiels. mais qui quand même peuvent nous contrarier. Et là, en partant en montagne, on risque pas d'avoir la voiture qui tombe en panne, par exemple, puisque là, on part sans voiture, on part à pied. Donc voilà, ça peut enlever déjà un éventuel, un potentiel souci. Avec cet exemple de la voiture, plein d'autres exemples, qui fait qu'en partant avec un minimum de choses, vraiment l'essentiel de l'essentiel, on garde un maximum d'énergie. pour interagir avec le milieu naturel.
- Speaker #0
Est-ce que tu as d'autres projets dans ce même genre de traversée des Pyrénées ou de faire autre chose, pareil, de projet perso ?
- Speaker #2
Là, pas vraiment, mais en fait, ça va un peu en improvisation. Donc ce genre d'itinérance à pied en étant très léger. Je le fais chaque année, mais c'est vrai que je décide un peu au dernier moment ce que je vais faire. Mais c'est quelque chose qui revient régulièrement, qui revient un peu tous les ans, de partir en itinérance improvisée.
- Speaker #1
Donc là, on a bien compris que justement, tu avais choisi une vie de terrain, loin des bureaux, loin des laboratoires, parce que même finalement, les analyses, tu les fais directement sur le terrain. Pourquoi en fait ce choix ?
- Speaker #2
Eh bien, oui, oui. Ça, c'est un choix personnel, effectivement. Moi, je... j'ai besoin d'être en extérieur et donc ça me va bien c'est vrai que de rester enfermé au bout d'un moment, il y a une espèce d'écœurement, il faut que j'aille dehors. Donc voilà, c'est un choix personnel et c'est vrai que c'est pas forcément, même si on a ce choix-là, il faut aussi gagner sa vie un peu. Donc il faut arriver à trouver une activité qui le permette et c'est vrai que bon, le Le métier d'accompagnateur en montagne, c'est un diplôme d'État. Il y en a beaucoup. Chaque activité sportive de pleine nature peut être encadrée contre rémunération lorsqu'on passe un diplôme d'État. La particularité du diplôme d'État d'accompagnateur en montagne, c'est qu'on est vraiment sur un diplôme généraliste. On utilise peu de choses. Si on est diplôme d'État VTT, on est sur une activité bien précise, je ne sais pas, canyoning ou l'escalade. À chaque fois, ces activités sont très précises. où il faut un matériel spécifique pour... effectuer cette activité. Là, à l'accompagnateur montagne, finalement, il y a très peu de matériel. En fait, c'est une tenue d'extérieur, de sport. Et puis, notre support, finalement, c'est le milieu naturel. Et donc, je trouve, voilà, c'est vraiment un diplôme qui permet, généraliste, de faire plusieurs choses, d'avoir tout plein de public, de faire des promenades, des fois, de faire... Moi, ça m'est arrivé de faire une sortie où on fait moins d'un kilomètre, parce que soit on est avec des... tout petit, des enfants de 10 ans, ou des fois avec des personnes âgées, ou des personnes qui ont un handicap, et donc on va faire un petit parcours, mais finalement ça peut être très riche en termes de découvertes, sur une petite distance, mais ça peut être aussi un itinéraire de plusieurs jours, comme par exemple la traversée de la Corse, le GR20, où là on est plus sur une activité physique, sur plusieurs jours, donc finalement c'est très varié, et ça permet d'avoir un cadre, et donc moi j'ai une... spécificité liée à la glaciologie mais qui va finalement s'articuler avec mon activité d'accompagnateur puisque je suis souvent sollicité pour parler de l'évolution des glaciers en lien avec l'évolution climatique mais aussi des traces que peuvent laisser les glaciers, c'est-à-dire la forme des paysages la géomorphologie et voilà donc c'est vraiment un métier qui permet de partir dans beaucoup de directions, le métier d'accompagnateur en montagne et donc permet d'assouvir une... besoin, on va dire, d'activités professionnelles en extérieur.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as l'impression qu'avec le temps, il y a de plus en plus de personnes qui s'intéressent à la cause des glaciers, notamment dans les Pyrénées et ailleurs ? Parce que là, on a quand même l'impression que ces dernières années, on entend plus leur voix. Est-ce que c'est le cas ?
- Speaker #2
Alors, oui et non. Alors, dans les Pyrénées, il n'y a pas une culture glaciaire dans le sens où les populations locales n'ont pas... pas tissé un lien étroit avec les glaciers parce qu'il y a une distanciation physique et même dans les petits villages au fond des vallées pyrénéennes les glaciers restent encore des fois on ne les voit pas depuis les fonds de vallée donc il n'y a pas véritablement de lien étroit mais quand même c'est vrai que là de plus en plus on parle des glaciers les médias transmettent quand même leur existence, leur régression et peut-être que c'est un sujet c'est davantage un sujet maintenant pour les populations D'autant plus que cette année, 2025, en plus là ça vient de l'Ausse, c'est donc l'UNESCO et l'Organisation Météorologique Mondiale, l'OMM, ont déclaré 2025 comme année internationale de prévention des glaciers. Donc ça veut dire que là, dans les Pyrénées, avec le Parc National, on s'est quand même approprié cette décision et on a mis en place un certain nombre d'événements autour du thème des glaciers, donc des conférences en vallée, des conférences dans les refuges en montagne, des soirées-débats, des expositions, des sorties sur le terrain. Et donc je pense que oui, je pense que la prise de conscience de l'existence, de l'évolution des glaciers dans les Pyrénées va en augmentant. Et dans le même temps, les glaciers, eux, vont disparaître.
- Speaker #1
Et si tu devais justement transmettre quelque chose aux générations futures, ou même aux personnes que tu accompagnes à l'heure actuelle, sur le futur de la montagne, le futur des glaciers, qu'est-ce que ça serait ? Qu'est-ce que tu aimerais pouvoir en tout cas... pour leur transmettre à travers toute ton expérience.
- Speaker #2
A partir de ce qu'on vient de dire là, moi en fait c'est plutôt une invitation à aller visiter les glaciers des Pyrénées, donc c'est encore possible aujourd'hui, certains sont très faciles d'accès, pas vraiment dangereux parce qu'il n'y a quasiment plus de crevasses, donc on peut aller marcher dessus, découvrir un peu l'originalité de cet environnement, de ce milieu très spécifique, et donc ainsi procurer de l'émerveillement et donc un moyen. d'être davantage sensibilisés au milieu naturel à travers les glaciers et à la nécessité de les préserver, parce que tout simplement, c'est notre maison, c'est de là d'où on vient, et c'est des besoins fondamentaux qui sont intimement liés à ce milieu naturel. Donc c'est vraiment une invitation à aller découvrir ces zones glaciaires dans les Pyrénées tant qu'il est encore temps.
- Speaker #0
Et toujours avec cette volonté de partage, est-ce qu'il y a... Un livre, un film ou un récit de montagne que tu aimerais partager, faire découvrir ? C'est vrai que j'aime bien les récits un peu autobiographiques. Par exemple, Heidi Sevestre, qui est donc glaciologue célèbre, très médiatisée, elle a fait un livre sur Sentinelle du climat, où en fait elle raconte un peu son histoire, comment elle en est arrivée au glacier, son émerveillement lié au glacier, et son envie de communiquer au maximum pour qu'il soit le plus préservé. donc j'aime beaucoup j'ai aussi beaucoup lu des livres me séparer un peu de récits autobiographiques de jean louis etienne qui est un médecin explorateur et c'est vrai que c'est passionnant de découvrir un peu leur parcours et puis leurs immersions dans ces milieux extrêmes ce soit les milieux des glaces ou les milieux des océans donc voilà j'aime bien ces récits ces récits autobiographiques de de personnalités qui ont été vraiment énormément sensibilisées, touchées, émerveillées par ces paysages comme moi je le suis.
- Speaker #1
Et toi, est-ce qu'il y a des personnalités qui t'ont inspiré quand tu étais plus jeune à faire ce que tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Non, moi j'ai côtoyé quand j'étais étudiant les glaciologues des Alpes, c'est vrai que j'allais les voir régulièrement et j'ai été agréablement aidé. J'ai été aidé, enfin soutenu par ces personnes-là quand moi j'ai voulu à mon tour mettre en place le suivi des glaciers dans les Pyrénées. Donc c'est vrai que c'est des personnes comme Louis Reynaud, Christian Vincent qui m'ont beaucoup aidé. Et c'est vrai que peut-être qu'ils n'avaient pas poussé, ils n'avaient pas aidé pour que je puisse mettre en place le suivi des glaciers. Ce n'est pas fait aussi facilement.
- Speaker #1
D'accord. Merci Pierre pour ton temps et ton témoignage.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
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- Speaker #0
A bientôt. Merci, à bientôt.