- Speaker #0
Bienvenue dans Pavencast, le podcast de Paven Road, marque de vêtements outdoor conçue pour les aventurières et les aventuriers d'aujourd'hui, présentée par Paul-Arthur et moi-même, Coralie. A travers ce format, on part à la rencontre de celles et ceux qui entretiennent un lien unique avec la montagne. Aujourd'hui, on reçoit un skieur engagé pour qui la montagne est bien plus qu'un terrain de jeu, Mathieu Navillot.
- Speaker #1
Mathieu, tu es athlète, réalisateur, mais aussi et surtout défenseur de l'environnement. Car en tant qu'athlète professionnel, tu te contentes de parcourir la montagne, tu la racontes, tu la questionnes et tu la défends. Et ce, des pentes raides, aux écrans de cinéma, en passant par ton engagement avec l'association Une Bouteille à la Mer. Et aujourd'hui, on va parler de ton parcours, de tes défis, et cette relation unique que tu entretiens avec la montagne. Bonjour Mathieu.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
C'est un plaisir pour nous de t'accueillir aujourd'hui.
- Speaker #2
Merci à vous.
- Speaker #0
Alors Mathieu, avant de commencer, vraiment, on aimerait bien que tu nous racontes ton premier souvenir en montagne.
- Speaker #2
Alors, ça va rimer à pas grand chose. mais peut-être que certains ou certaines vont arriver à visualiser. Ah non, j'en ai plein qui viennent. Bon, on va faire le tri. J'étais avec mes parents, donc au Bois, je suis après ce qu'étaient les Bois, proche de Tignes, et on était au Pissenlit, parce qu'on allait aux champignons, au Pissenlit, à tout ça. Et donc on était au Pissenlit, et il y avait une vipère. très proche et mon père nous l'a montré à moi et à mon grand frère qui a deux ans de plus et je devais être tout petit en fait je la voyais pas et apparemment on était à un mètre de la vipère pour la voir et impossible de la voir jusqu'au moment où j'ai dit oui oui je la vois pour contenter mon papa et en fait je l'ai jamais vu cette vipère et là je devais être tout petit tout petit voilà
- Speaker #0
C'est drôle que ce soit ce souvenir-là. Pourquoi est-ce que tu nous partages celui-là ?
- Speaker #2
Parce qu'en fait, j'avais la chance d'avoir des parents qui nous emmenaient dehors tout le temps, dans un coin de montagne, un environnement de montagne qui était ultra... ultra beau, ultra respecté et presque unique. Et en fait, c'est ce souvenir, je pense, qui m'a attaché à la faune en général, à travers l'observation, et le vivre dans un territoire en étant proche de la nature et en allant, comme je disais, aux champignons, aux pissenlits. En fait, je pense que c'est ce souvenir qui m'a ancré dans la vie que j'aime aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est un beau partage. Merci pour ces petites anecdotes.
- Speaker #0
En fait, ce qui est drôle, c'est que moi, je m'attendais, vu que tu es skieur, à un souvenir, je ne sais pas, un truc grandiose, plein d'émerveillements. Et là, c'est quelque chose d'assez simple, mais assez authentique, je trouve. Et ça peut parler à plein de monde. Enfin, perso, je trouve ça hyper beau que tu partages ce souvenir-là.
- Speaker #2
Je trouvais ça beau, les pines, les pissenlits. Je trouve toujours ça beau. Mais oui, en fait, c'est d'être dehors. On a eu la chance d'être emmenés. Tout passe, beaucoup d'émotions passent par la vue, chez moi et chez beaucoup de gens. Et en fait, j'ai beaucoup de souvenirs qui sont l'observation de notre environnement. Les premières observations de chamois, les premières observations de champignons, de voir comment c'est fait, de tout ça. Et en fait, tout... Ce que je cherche à revivre dehors aujourd'hui, ça vient de ça et de l'émerveillement de l'enfant que j'étais et que je suis encore un peu, sous pas mal d'aspects. Et c'est venu, il y a un autre souvenir qui est venu en parallèle qui était une de mes premières fois sur les skis et qui est même avec mon papa, qui était avec un ami de mon papa, premier téléski que j'ai pris. Et j'ai souvent ces images qui reviennent et pareil, j'étais tout tout petit, je devais avoir deux ans et demi, trois ans. Donc il y en a quelques-uns. L'autre est naze, c'est depuis la fenêtre de la voiture sur la route de Thin, c'est une souche. d'arbres que je revois, mais elle n'a rien de particulier. Et à chaque fois que je suis sur la route de Tignes, j'essaie de la retrouver. Elle a disparu depuis un moment, je pense.
- Speaker #1
Quelque chose de poétique. Et puis pour le coup, le voyage, je pense que quand on est enfant, à l'arrière, justement, à travers la vitre, ça laisse toujours un imaginaire un petit peu de qu'est-ce qu'on pourrait aller revoir, revoir dans ce que tu nous racontes. Donc, écoute, merci pour ce témoignage.
- Speaker #0
Et du coup, maintenant, est-ce que tu peux te présenter, s'il te plaît ?
- Speaker #2
Ouais. Alors, je m'appelle Mathieu Navillot, je viens de Tignes. Je suis très très fier d'avoir grandi dans cet environnement de montagne et de descendre de famille de montagneurs, parce que je suis ultra attaché à l'image que j'ai de la montagne. Donc j'essaye de m'y attacher moi aussi. J'ai 36 ans maintenant. J'ai fait... De ma vie, un rêve à travers le ski. J'ai été passionné depuis mon plus jeune âge de ski. Heureusement, j'ai aimé, parce qu'il n'y avait que ça à faire à Tignes. Et venant d'une famille de skieurs, je n'avais pas le choix. Par chance, ça m'a plu. Je suis un amoureux de l'environnement, de la faune. Ça m'émerveille et ça m'apporte beaucoup de joie. Et d'avoir choisi le ski... C'est venu tout seul, puisqu'encore une fois, il n'y avait que ça à faire. Mais choisir le ski, c'est choisir une forme d'indépendance ultra forte où je choisis ce que je fais tous les jours et où je peux tous les jours, là, dans mon activité, aller dehors et regarder ce qui se passe. Et voilà quoi dire d'autre. Je suis président d'une association qui s'appelle Une Boutée à la Mer, où on utilise le sport et l'image qui sont, en tout cas, mes deux seules armes pour servir à quelque chose. Parce que le ski jusqu'à présent ça sert à celui qui fait du ski, le sport professionnel. Ça me sert à moi, ça sert aux marques avec qui je travaille, mais ça sert à rien d'autre. Et ça, ça m'embêtait, je n'arrivais plus à le digérer. Donc on s'est dit qu'est-ce qu'on peut faire ? Utiliser l'image et le sport qui sont nos armes pour amener au respect des différents environnements naturels.
- Speaker #0
Tu nous partageais ton premier souvenir sur des skis. Est-ce que tu peux refaire un petit peu l'historique de ton parcours de skieur ?
- Speaker #2
Ouais, alors j'ai commencé le ski comme tous les petits enfants en montagne très jeunes. À partir du moment où on sait marcher, on nous met sur des skis, voir ce qui se passe. On tient debout avec les skis, il y a plus de surface de contact, on tient encore mieux debout. Donc j'ai commencé avec la famille, puis au pré-club, à l'âge de 5 ans, un club à Tignes. tu vas passer ton temps sur les skis avec les copains d'école. J'ai fait du ski alpin et du ski de boss toute ma jeunesse. Après, j'ai fait que du ski alpin, donc jusqu'en FISE. Et après, quand ça m'a demandé trop de sérieux, en tout cas dans l'attitude, j'ai fait que du ski de boss, donc jusqu'à 24 ans. J'ai fait 6 ans en équipe de France, avec 3 ans en Coupe d'Europe, puis 3 ans en Coupe du Monde. Et puis je me suis rendu compte après ma première blessure que je faisais du ski pour glisser, pour être avec les copains et pour rigoler. Et que là, je m'en éloignais. C'était plus de souffrance que de plaisir. Et j'ai eu la chance de pouvoir, grâce à un skieur qui s'appelle Julien Reynier et à une marque, de partir faire du free ski. Donc partir faire du photo, de la randonnée, du freeride et faire que ce qui me plaît en fait. Glisser et passer du temps dehors. Et je continue le ski, le free ski jusqu'à aujourd'hui. Et c'est mon métier. Donc en fait, j'ai beaucoup de chance parce que ce que j'aime, en tout cas le travail que j'aime le plus, je peux toujours le faire. Et c'est vraiment cool.
- Speaker #1
Donc aujourd'hui, finalement, tes motivations, elles sont plus recentrées sur des choses que tu as connues quand tu étais plus jeune et qui t'ont amené à devenir du coup tout ce que tu as fait d'un point de vue quand tu étais athlète vraiment en équipe de France, des choses comme ça. Et maintenant, tu t'es recentré vraiment sur... Cette partie-là, c'est ce qui te motive et qui t'anime quotidiennement ?
- Speaker #2
Oui, c'est ça. Ça ne m'anime que de me dire que ma vie est choisie, que je fais ce que j'aime le plus et que ça me permet de vivre, que je peux mettre du sens aujourd'hui, un sens plein dans ce que je fais à travers le ski. Je choisis où je vais, je ne fais plus de compétition, donc je ne suis pas obligé de voyager. Si je voyage, c'est pour mon plaisir ou parce que je mets du sens derrière ça. Et ça, ça vient de mon enfance, parce qu'en fait, le ski m'a apporté une liberté et la liberté d'aller dehors quand je veux. Et c'est toujours le cas, donc c'est génial. Avec l'association, ça gomme un peu ça. J'ai des temps impartis à être derrière un ordinateur ou derrière un bureau. Mais c'est passionnant, donc je le vis bien.
- Speaker #1
Et justement, dans tout ton parcours de skieur, depuis que tu es tout petit, depuis que tu marches, jusqu'à aujourd'hui, ... Est-ce que tu as peut-être quelques descentes dans ton parcours qui t'ont marqué en bien, en mal ? Qu'est-ce qui te reste justement de tout ça, de tout ce que tu as descendu finalement ? Est-ce que tu as des moments marquants qui resteront, tu penses, vraiment gravés ?
- Speaker #2
J'en ai plusieurs qui n'ont sûrement rien à voir les uns avec les autres. La première fois en course enfant où j'ai fait deuxième et où j'ai pété les plombs. et où j'ai appris que s'énerver pour quelque chose qui amène du plaisir, c'était vraiment ridicule. Ma maman m'a fait comprendre que c'était ridicule, puisqu'il y avait déjà des caméscopes, et qu'elle m'a montré dans quel état je m'étais mis, parce que j'avais perdu. Donc j'ai appris à mettre moins d'importance sur ce qu'on estimait une défaite terrible quand on est un enfant. Et puis après ma découverte du ski de Pantrade en Suisse avec un copain qui s'appelle Cédric Pugin où je me suis dit c'est fou j'ai envie de faire ça. Je retrouvais des sensations où j'étais vraiment impressionné par l'élément et où je me sentais vraiment tout petit et très vulnérable. Un autre où j'ai eu un accident en avalanche où j'ai compris que l'erreur... n'était pas permise. Voilà, parce qu'il y avait des erreurs. Ce n'est pas arrivé par malchance. Et puis, plus récemment, c'est sur des voyages incroyables à travers, je pense principalement, l'Oberland bernois, avec un copain qui s'appelle Vivian Bruchet, où on a pu faire de la montagne comme on l'entend et comme on... Comme on voit la montagne, donc en prenant le temps, en allant haut, en sachant faire demi-tour et en voyant des paysages complètement fous à travers notre pratique et grâce à nos skis. Ça, c'est les derniers souvenirs.
- Speaker #0
C'est vraiment des beaux souvenirs que tu nous partages là. Et j'ai l'impression qu'il y a comme une espèce de fil directeur où on peut voir ton évolution du rapport à la montagne. Au début, c'est un peu, comment dire, dans la notion de terrain de jeu, voire même un peu de... consommation de la descente ou de la performance ? Je ne sais pas si tu es d'accord avec ça déjà.
- Speaker #2
En tout cas, Petit, c'est un jeu. C'est que ça. Ça reste un jeu aujourd'hui et j'essaye de retrouver ça. Mais Petit, c'est que un jeu. Après, terrain de jeu, on n'a plus le droit. Je suis sûr qu'on est tous d'accord. Mais voilà, Petit, c'est l'amusement, les sensations épaises, peu importe. Ça aurait été... Ça aurait été sur un tapis en plastique en Belgique, ça aurait été la même chose, j'imagine. On se rend compte de la chance et de la richesse de l'environnement, peut-être plus tard. En tout cas, on réalise que c'est ce qu'on aime et qu'il n'y a rien de mieux au monde. Et puis après, c'était quoi l'évolution ?
- Speaker #0
J'ai l'impression, tu nous le disais un petit peu au début, où tu disais que ce qui est pour ce qui est, t'avais l'impression d'avoir envie de donner peut-être un peu plus de sens à cette pratique et c'est ce que tu fais aujourd'hui. Donc pour moi, ça t'amène là, l'évolution ?
- Speaker #2
Ouais, c'est ça. Ça vient de se rendre compte déjà de la chance que je peux avoir d'habiter dans cet environnement, de vivre dans cet environnement, de se dire, donc ça c'est venu il n'y a pas si longtemps que ça, mais de se dire, en fait, moi j'ai un impact négatif sur l'environnement qui m'apporte tout. Mon bonheur, le fait de pouvoir vivre, donc gagner de l'argent. Et de se dire, en fait, je participe à détruire ça. Même si j'ai été éduqué dans le respect de mon environnement avec plein de belles choses, mais à travers le travail que je peux faire avec les sponsors et tout, l'impact était quand même négatif. Et voilà, réaliser cette dépendance à un environnement qui me donne tout depuis que je suis né. Donc, cette évolution, elle est assez forte. Et aujourd'hui, je me lève en pensant à ça et je me couche en pensant à ça, de comment je peux faire pour respecter tout ça et sans participer à le reconstruire ou à le sauver, juste de le dégrader le moins possible.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que, justement, ça t'apporte aujourd'hui, cette pratique de la panthrette ? Qu'est-ce que ça te provoque en toi ? Alors, du coup, sur l'ascension puis sur la descente, aujourd'hui ? t'es face à tout ça et que t'as aussi conscience de tout ce que sont ces écosystèmes de ces espaces, quand y est finalement qu'est-ce que tu ressens et qu'est-ce que tu vis sur place ?
- Speaker #2
Alors je le fais pour différentes choses il y a le fait que ce soit mon métier ça c'est le ski au global donc malgré tout il y a des matins où je m'impose d'aller sur les skis je suis pas toujours motivé euh Donc il y a le fait que ce soit imposé, mais ça c'est la part la plus faible. Pour accéder à des terrains de ski, on va dire de pente raide et de haute montagne, en fait il y a tout un cheminement, il y a tout un voyage à faire. Donc souvent on part du fond d'une vallée, avant même il y a le train ou la voiture pour accéder. Il y a ce cheminement où ça demande un effort, parce que moi ça me demande toujours un effort que de faire de la peau de phoque ou de monter en alpinisme. Ça m'embête, ça ne m'amuse pas. Je ne suis pas quelqu'un qui aime se faire mal et se faire monter le cœur, je n'ai pas ce truc-là. Mais c'est un voyage où tu te retrouves dans des paysages où souvent tu as l'impression, même si tu n'es pas seul, d'avoir ce bijou rien que pour toi. Et ça, ça me fait vraiment vibrer. Je passe tous les moments où je peux regarder en l'air ou dans les parois pour essayer de voir des animaux. c'est génial, regarder les oiseaux dans le ciel c'est fou, donc il y a cet émerveillement qui est dingue, avec énormément de satisfaction et de sensation positive quand je vois quelque chose. Les aigles ici et ailleurs, d'ailleurs il y en a peu, dans les Alpes quand je vois un aigle, le reste de la journée peut être horrible, ma journée elle est refaite et au mieux. Après le ski, la pantraite, souvent ça... t'amènes dans des couloirs, c'est souvent du couloir, parfois des phases très ouvertes, mais c'est quand même souvent des couloirs où il y a un esthétisme qui est dingue. Donc il y a encore une fois l'exclusivité de se dire, je peux descendre ici, et je suis dans un espèce d'inconnu, un milieu préservé, parce que peu de gens peuvent, pour des questions de temps, pour des questions techniques, pour tout ça. Donc il y a cette exclusivité, cet émerveillement, parce que souvent c'est juste très beau. Là récemment on a fait un couloir pour un film, le film d'un ami. Et en fait on avait ce couloir qui était très encaissé, très raide, très étroit aussi. Et en fait le plateau qui se trouve au pied de ce couloir est très plat, donc on avait vraiment cette sensation d'être collé dans une paroi. avec une sensation de vertige qui était incroyable. Et cette sensation de se dire, je suis sur un fil, où je suis obligé d'être concentré pour être là, je suis obligé de donner le meilleur de moi-même, je pense que c'est des sensations fortes qui font sécréter certaines hormones et qui sont des hormones du plaisir pour beaucoup de gens. Et il y a ça aussi qui est dément. Sans dire d'aller se faire peur, de se dire je vis quelque chose de très très très fort. Et c'est assez jouissif.
- Speaker #1
Et ça se comprend. Et ça se revoit souvent dans les images aussi que tu peux partager sur des projets que tu as menés ou auxquels tu as pu participer. Donc ça donne envie en tout cas.
- Speaker #0
Et moi j'aimerais discuter avec toi de l'ascension et la descente à ski des 14 sommets de plus de 2000 mètres que tu as fait dans le massif des Bouges. Je voulais savoir ce qui avait motivé ce projet. Déjà, est-ce que c'était juste un défi sportif de faire les 14 ? J'imagine qu'il y avait autre chose derrière. Et du coup, j'aimerais savoir ce que tu racontes autour de ce projet-là.
- Speaker #2
Alors, ce projet, à la base, c'est suivre mon ami qui s'appelle Fabien Mayerhofer, qui a souvent des idées. Donc, je vais parler de son idée à lui. Je vais essayer de la partager correctement. Il y avait cette course chez son partenaire qui est Salomon. Cette course des athlètes, moi je veux faire les 82 sommets de 4000, moi je veux toujours chiffrer les choses. Et en fait, Fabien qui est un peu un artiste, on va dire, il en avait vraiment ras-le-bol devant, il se disait, ils se prennent pour qui ? Le ski c'est autre chose. Et du coup, il voulait rabaisser ça pour ouvrir sa vision à lui. du ski, de la performance, et il s'est dit, il y a 14-2000 dans les Bouges, ça se faisait beaucoup en trail, en course à pied, il s'est dit, moi je vais le faire à ski, et en fait ça a beaucoup plu, et moi il m'a dit, écoute, de toute façon, pour respecter notre environnement et faire ce projet, c'est à côté de la maison, ça ne va pas y avoir une empreinte carbone folle. On peut mettre beaucoup de sens derrière ça, c'est un massif qui est respecté, donc allons-y, moi ça m'a supramotivé. De voir déjà que c'était un défi sportif, parce qu'en termes de temps pour réaliser, il fallait quand même faire un effort certain. Et puis après, le fait d'aller dans un nouveau massif qui a quand même sauvé les populations de chamois dans le... dans les Alpes françaises. C'était plein de sens. Et aller dans un massif qui est à côté de la maison, bas en altitude, dans lequel on n'a jamais mis les pieds, et de se rendre compte qu'il était complètement fou, magnifique et incroyable, c'est génial. Donc voilà, c'est vraiment né de Fab. Il est venu me chercher parce qu'il s'est dit que moi j'allais mettre du sens derrière ce type de projet. Et en effet, j'en ai mis et c'était incroyable. Je pense que c'est peut-être le film dont je suis le p... plus fier, enfin en tout cas l'aventure partagée de laquelle je suis le plus fier.
- Speaker #1
Ok. Et là justement tu t'évoques beaucoup la question du sens. Alors c'est quelque chose aussi qu'on avait questionné dans un autre épisode avec Florian Fiquet et c'est vrai qu'aujourd'hui dans le monde de la odeur la question du sens elle revient de plus en plus sur le tapis. Et toi justement quel est ton rapport à ça, que ce soit dans ton quotidien pro ou peut-être même perso si t'as envie d'en parler, mais c'est vrai que du coup comment tu perçois cette question du sens et est-ce que tu sens vraiment qu'aujourd'hui dans ta vie ça a l'impact dans ton quotidien ?
- Speaker #2
Ça a trop d'impact.
- Speaker #1
Trop d'impact, je dirais.
- Speaker #2
On me le dit des fois. C'est des discussions avec mes copains. En fait, je ne me vois plus. Le fait d'avoir énormément de chance, d'avoir grandi dans un environnement qui me convient, d'avoir été éduqué. En fait, je trouve que dans mon entourage, il y a eu, pour me faire grandir, peut-être pas aucun, mais très peu de faux pas. Et je suis hyper reconnaissant de ça. Et aujourd'hui, j'ai envie de servir à quelque chose. Et du coup, servir à quelque chose, c'est mettre du sens dans ce que je fais pour moi, mais pour les autres. Et en fait, c'est une question qui m'obsède. C'est-à-dire que quand il y a des projets qui viennent sur la table, s'il n'y a pas un sens que moi, j'estime être assez profond, je ne le fais pas. D'accord. En fait, je réfléchis qu'en fonction de ce que ça va apporter. Si on parle des films de ski, si on propose un film de ski, on va skier, on va faire tel couloir. Je n'arrive plus du tout à mettre de sens, à part pour mon plaisir personnel. Mais par contre, si ça apporte rien aux autres, je me dis que mince, ça ne le fait pas. Je suis constamment en quête de sens, de dire ce que ça va apporter à des individus qui vont voir. si on montre que du ski et ça c'est un... C'est une pensée très perso, mais si on montre que du ski à travers des images dingues, aujourd'hui on a des moyens de captation d'images qui sont complètement fous, on montre le plus beau, souvent même on change ce que c'est en plus beau, en utilisant des outils, les drones, les caméras 360, tout ça, on travestit la beauté, et en fait on montre une beauté que les gens ne pourront pas aller chercher. Et ça, ça m'embête parce que si on va aller sur la faune, c'est pas le ski, mais on va filmer des baleines depuis le rivage. On va capter et montrer des images de ce qu'on a vu et ce qui est déjà incroyable. On voit, je suppose pour tout le monde, une baleine, c'est magnifique et c'est géant. si on va rajouter du drone et puis si on vient travailler en colorimétrie, en changeant vraiment les couleurs, et puis qu'on met une musique complètement folle qui va transcender tout ça, les gens vont le voir, et le jour où ils vont voir une baleine depuis le rivage, ce qui s'est passé pour nous, ils vont se dire, par rapport à ce que j'ai vu, c'est rien et c'est nul. Et j'essaye de faire pareil dans le ski, donc j'essaye, quand on fait des images, de demander au cadreur, ou si c'est moi, de faire, en tout cas pour que ça puisse ressembler à la vérité. Voilà.
- Speaker #1
Bravo pour cette démarche, parce que je pense qu'effectivement, ce n'est pas une démarche qui est adoptée partout. Moi, je suis très sensible en tout cas à ce type de démarche. Je trouve ça vraiment hyper intéressant de travailler dans cette ligne-là, parce qu'effectivement, il y a un peu cet effet « waouh » qu'on peut retrouver sur les réseaux souvent, de « je veux aller là-bas » , et finalement, pour être déçu, comme ce que tu disais, bravo pour cette démarche.
- Speaker #2
C'est le plus gratifiant pour l'athlète que de montrer du « waouh » . Donc souvent... Il y a un waouh suffisant dans ce qu'est la pratique, on n'a pas besoin de trop le transformer.
- Speaker #0
En fait, ce que tu dis là, ça me fait penser à toute cette question de sens et apporter quelque chose au monde. En fait, j'ai échangé beaucoup avec une grimpeuse, Hélène Leménestrelle, et elle a vraiment ce truc-là. À chaque fois, elle me dit, moi, mes parents, quand j'étais plus jeune, ils me disaient, qu'est-ce que tu vas apporter au monde ? Et elle a grandi avec cette idée-là. Et du coup, tous ses projets, c'est pareil. Elle, c'est une grimpeuse, du coup. Elle est vraiment guidée par ça. Et je trouve que son discours et le tien, ils se font pas mal écho. Donc, je trouve ça chouette. Et on aimerait bien aussi parler de ton dernier film où on s'éloigne quand même pas mal de l'univers du ski. Tu vas questionner la pollution de l'air. C'est un film que tu as co-réalisé avec Dorothée Adam. Et ça s'appelle Notre Air. Qu'est-ce qui t'a poussé à t'intéresser à ce sujet de la pollution de l'air ?
- Speaker #2
alors comme comme souvent en fait c'est d une personne qui s'occupe d'une association qui s'appelle protect our winter ce qui c'est antoine pain qui est venu me chercher sur le sujet en disant bah voilà nous c'est une thématique qui paraît avoir de l'importance on aimerait aller sur le sujet est ce que tu peux nous accompagner avec ta petite famille d'athlètes et puis vu qu'on travaille l'image et qu'on fait des photos avec une bouteille à la mer vous faites des images et puis très bien. Et puis en fait, le sujet nous a passionnés. On s'est dit, en fait, c'est trop important, il faut qu'on fasse beaucoup plus large. Donc, avec l'accompagnement d'Antoine et le questionnement, on a décidé d'ouvrir. Et puis quand j'ai posé la question aux amis athlètes, est-ce que vous voulez venir ? Comme d'habitude, en fait, ils ont tous dit oui. On est super motivés. Donc, autour de ça, on a créé une expérience d'un an. et en fait c'est en... en démarrant cette expérience de captage de qualité de l'air dans des endroits exclusifs avec les athlètes, que je me suis vraiment intéressé au sujet et que j'ai vraiment trouvé un intérêt au projet. Voilà, c'était la qualité de l'air, c'est une des problématiques des vallées de montagne, mais ça aurait très bien pu, si Antoine était venu me chercher sur la qualité de l'eau, on serait allé sur la qualité de l'eau. Donc en fait, c'est vraiment, il y a des idées qui viennent de nous ou pas de nous. Et si on y trouve un sens, on fait tout pour pouvoir transformer et partager au public, qui est souvent le public du sport, des choses qui vont au-delà de l'importance du sport, mais qui font partie de l'environnement sport. Donc on a vachement élargi et c'était une expérience incroyable, mais comme beaucoup de thématiques, c'est des thématiques auxquelles à la base on n'est pas forcément attaché. mais derrière lesquels on se dit il y a du sens, donc on y va et on essaye. C'est ce qui se passe, même si j'ai plus de sensibilité, mais c'est ce qui se passe là à travers Agir pour les glaciers et la thématique des glaciers. S'il n'y avait pas eu les travaux de Jean-Baptiste Bosson, des autres glaciologues et de tout le milieu artistique autour de cet événement à Boursa-Maurice, je ne serais pas allé dessus.
- Speaker #1
Et justement, dans ce film que tu as réalisé, Notre Air, Donc on suit en fait votre rencontre avec Dorothée auprès d'athlètes, également de scientifiques et de politiques. Et aujourd'hui, toi, les principaux constats que tu as pu établir à travers tout ce travail de recherche, de rencontre, qu'est-ce que tu tires de cette expérience que tu as vécue ? Et quelle est un petit peu la suite de ce projet-là ? Est-ce qu'il va y avoir une vie du film après pour justement continuer un peu à sensibiliser sur ces questions-là ? Comment tu t'imagines la suite ? de ce film ?
- Speaker #2
Alors je vais commencer par la suite du film tant qu'il aura du sens pour les gens qui ont envie de le diffuser, de le présenter on le diffusera, on le présentera et on se rendra disponible pour partager avec les gens sur le sujet donc il est voué à vivre Ad vitam aeternam si il y a un besoin donc ça c'est plutôt cool et puis je me dis que des travaux comme ça faut pas que ce soit ultra éphémère donc Donc tant qu'il vit et tant que les gens qui ont envie de le partager mettent du sens derrière, moi j'accompagnerai ça. Ce que j'ai appris, et j'ai appris énormément de choses, déjà que la qualité de l'air c'est un sujet qui coûte, qui coûte en santé, qui coûte en financier, qui coûte vraiment à notre environnement à travers l'agriculture, mais à travers l'impact que ça a sur le vivant. les lacs et la faune des lacs, la végétation, enfin tout. La faune des glaciers qui est aussi impactée par la pollution de l'air qui accélère la faune des glaciers. Donc ça, je l'ai appris grâce aux travaux et au super partage des scientifiques qu'on a eu. Et puis aux petits travaux de recherche que j'ai fait en parallèle pour construire le film avec Dorothée. Mais ça, ça a été léger, j'ai laissé Dorothée travailler sur le sujet pour aller au ski. Non mais elle est très forte, donc je me suis beaucoup reposé sur elle, surtout après tournage.
- Speaker #0
ça m'a apporté aussi beaucoup de motivation puisque j'ai vu que tous les copains et les copines qui se sont joints au projet étaient ultra motivés et que sans eux en fait on n'aurait rien fait il y aurait eu beaucoup moins de sens il n'y aurait pas eu cette expérience et de me dire qu'on a cette communauté et qu'ils ont cette bienveillance qu'il y a cette bienveillance dans notre communauté notre famille du sport mais en fait c'est génial et ça fait trop de bien et ça pousse à faire plus donc c'est ultra stimulant Merci. J'ai appris aussi à travailler dur, c'est jamais trop réussi, à part dans les disciplines sportives où je suis capable de me dépasser, derrière un bureau, derrière un ordinateur, derrière un livre, je ne savais pas faire, là j'ai été un peu obligé de le faire, donc j'ai appris à faire ça et c'était chouette. J'ai appris à m'ouvrir au monde parce que moi je vis dans mon petit monde de la montagne et je ne me posais jamais trop de questions sur ce qui se passe ailleurs. à Paris, dans les villes, ce qu'attend un public et ce qu'on peut leur apporter. Parce qu'ils n'ont pas forcément, enfin, ils n'ont très certainement pas la même vie, pas la même appréhension de leur environnement, pas le même environnement. Donc en fait, c'était très important d'essayer en tout cas de comprendre leur vie pour leur apporter quelque chose à travers ce documentaire. Et puis j'ai appris que ça pouvait servir. Et en fait, depuis que le film est sorti, il a une très belle vie et les gens en tout cas lui font un super bel accueil et du coup j'ai appris que tous travaux un peu un peu dur en tout cas pour moi en énergie en investissement ça servait à quelque chose et du coup ça se recoupe avec le avec le sens et je me dis tout ce qu'on a fait là comme on s'est battu pour le pour le faire ça a servi à quelque chose c'est un documentaire ou du coup on est parti sans financement donc j'ai embêté tout le monde pour qu'on puisse le faire Et on l'a fait jusqu'à la fin, parce qu'au bout d'un moment, il a fallu payer les gens, on l'a fait sans argent. Et très peu de gens y croyaient, mais ils m'ont suivi par amitié. Dorothée, elle m'a suivi par amitié, et voilà. Et le travail aussi, je viens d'un sport individuel, même si on fait beaucoup de choses ensemble, je suis malgré tout et malheureusement assez auto-centré. Je n'ai pas travaillé en équipe, j'ai évolué là-dessus, je n'ai pas encore appris à le faire, mais j'ai avancé et j'arrive presque à travailler avec des gens maintenant. Et puis tout ce à quoi je ne pense pas là, mais ça m'a apporté énormément.
- Speaker #1
Merci pour ce partage, c'est très riche et très intéressant. Et puis c'est super du coup que toi, à travers ce nouvel exercice, tu aies pu aussi apprendre plein de choses. Et c'est vrai que... La réalisation d'un film, c'est un projet qui demande aussi beaucoup de temps, enfin c'est prenant, ça prend du temps, souvent plus de temps que ce qu'on imagine, parfois de l'argent du coup, avec ce que tu peux investir ou non. Et pour avoir vu le résultat du coup, hier soir. Franchement bravo, parce que moi j'ai passé un excellent moment devant le film et je ne peux que recommander d'aller le voir. Est-ce qu'il est déjà en ligne quelque part ?
- Speaker #0
Alors, il est sous un différent format, 26 minutes, donc axé sur les athlètes. sur le replay de France Télévisions sur une émission qui s'appelle Chroniques d'en haut. C'est lié à l'environnement. Ensuite, le format 52 minutes que vous avez vu hier va sortir sur France 3, je crois. Il est sur un replay sur l'ordinateur payant. C'est une plateforme outdoor qui est payante. Ensuite, il sort libre d'accès de partout, donc sûrement sur YouTube. Je ne suis pas spécialiste, mais du coup, on cherche une façon de le mettre. Ouais, il sera facile à trouver.
- Speaker #2
Ok, super. Du coup, on aimerait davantage creuser sur ton engagement sur l'environnement. Tu as cofondé l'association Une Bouteille à la Mer. Est-ce que tu peux nous en dire plus déjà sur cet assaut, sur ces actions ?
- Speaker #0
Ouais, alors c'est une association qui est née à la suite d'un premier projet. où je voulais faire un projet d'athlète, de skieur qui serve à quelque chose. Voilà, on revient au sens encore une fois, mais je me disais, il faut que je puisse participer à faire mieux. Et en fait, à travers, l'histoire est assez longue, mais à travers diverses rencontres, dont la rencontre de Jimmy, un copain basketteur que j'ai rencontré en centre de rééducation quand j'avais 20 ans. Il a une entreprise familiale de traitement des déchets. En fait, c'est des entreprises qui tournent en continu, dans lesquelles on ne peut pas faire d'image, puis ce n'est pas autorisé. Lui, il nous a ouvert les portes et il nous a dit, vous faites ce que vous voulez. La thématique déchets, tout s'est aligné parce que le déchet, ça me posait énormément de problèmes quand je passe du temps dans les rivières, notamment l'Isère qui descend de Val d'Isère, de Tignes, tout ça. L'état de santé de ce cours d'eau que j'affectionne particulièrement, ça me faisait beaucoup de peine que de voir des déchets accrochés dans les arbres en bord de rivière ou passer dans la rivière. Ça me blessait vraiment et de me dire qu'il faut qu'on fasse quelque chose sur le déchet parce que c'est le sport et l'activité tourisme, ski, qui fait qu'on a autant de déchets dans ce cours d'eau. Donc on est allé là-dessus, on a fait ce projet avec des athlètes et un photographe qui sont tous venus prêter main forte parce que c'était sur des temps d'entraînement pour la plupart. Ils se sont vraiment débrouillés pour à la base me faire plaisir parce qu'on n'avait pas le résultat avant de faire le projet. Ce projet a été ultra bien accueilli, on a eu beaucoup de chance que tout s'aligne. Je pense que les personnes qui ont participé ont fait les bons choix. Tout le monde a contribué à faire quelque chose de très chouette et on a été ultra satisfaits. Derrière, on s'est dit qu'il faut pouvoir continuer à faire ça. C'est bête, mais ça nous a coûté beaucoup d'argent en fonds propres pour faire ce projet. Ce sont des projets qui ne sont pas financés. On s'est dit qu'il faut qu'on continue à le faire. Par contre, si on continue à le faire sur fonds propres... le sport professionnel dans nos pratiques c'est pas du football donc on va pas pouvoir le faire bien longtemps donc on a créé une association et on s'est donné les moyens en tout cas on a demandé les moyens pour réaliser un projet par an à travers l'image et le sport, parce qu'encore une fois c'est nos deux seules armes en tout cas là dans l'entourage où on n'est pas scientifique où on n'est pas conférencier donc on s'est dit avec nos armes à nous en restant dans nos baskets et sans prétendre être autre chose, on va faire de l'image, on va utiliser le sport, parce que le sport, en tout cas l'athlète en société, est très bien vu, c'est dans les personnalités les mieux vues, donc on va utiliser cette belle notoriété pour élargir le discours et servir à des causes larges. La performance, encore une fois, ça ne sert pas à grand-chose si on ne le transforme pas, de mon point de vue. Donc là, c'était le meilleur moyen de le transformer. Et du coup, depuis, tous les ans, on fait des projets. On a eu la chance d'avoir un très bel accueil. Donc, on a eu beaucoup de demandes pour élargir ces projets, non plus seulement dans le sport outdoor, mais avec la Fédération Française de Basketball sur le sujet de l'eau, parce qu'il y a des problèmes autour de l'eau. dans les villes, dans les gymnases. Donc on est allé là-dessus, on a fait de belles rencontres, on a pu faire un beau projet. D'ailleurs ça a plu, donc on a travaillé avec la Fédération Française de Volleyball. Voilà, on est venu nous chercher plus largement et on essaye de répondre avec nos temps. C'est une toute petite association, on n'a pas de salariés. On a un budget de fonctionnement qui couvre en fait les frais de cadrage quand on réalise des films. les frais photographes quand on fait des expositions les frais artistiques tout ça mais ça reste pour l'instant une toute petite association moi je suis pas capable de la faire grossir parce que j'ai pas les compétences donc dans le futur on aura une jeune personne pertinente et compétente qui viendra nous aider à développer l'association et ça ce sera normalement cet été donc j'ai hâte parce que déjà je vais devoir travailler avec donc la pauvre Par avance, c'est désolé. Et puis voilà, en tout cas, elle aura toute la liberté de faire de l'association ce qu'elle veut, en tout cas dans l'élargissement. Et j'espère qu'elle est autonome, parce que je suis très mauvais à accompagner.
- Speaker #1
Et alors là, justement, tu parlais de projet, vous avez été rapproché par plein d'organismes ou des fédérations. Mais alors du coup, sur le terrain, comment ça se présente, justement, ces projets ?
- Speaker #0
Sur le terrain, ces projets, c'est du tournage, de la réalisation et de la production. Donc en fait, sur le terrain, c'est de la captation d'images, c'est de la captation de son, c'est des interviews. Quand c'est de l'image figée, donc de la photo ou de la photo artistique avec de l'illustration et tout, c'est faire le point avec des artistes photographes, avec une artiste, c'est souvent la même. illustratrice pour lui amener des idées pour lui amener des contraintes et puis derrière c'est laisser la pleine liberté aux gens compétents dans leur discipline pour qu'ils fassent ce qu'ils ont envie je pense que là dessus je suis peut-être un bon réalisateur en fait je donne des idées après c'est plus moi le pro donc donc ils font tout le reste et ça marche ça marche plutôt bien donc sur le terrain en fait c'est ça et puis après c'est de c'est de faire vivre tout ce qu'on crée Donc c'est aller dans les écoles, c'est aller dans les entreprises, c'est aller au plus de demandes possibles et c'est aller partager sur notre expérience, c'est répondre aux questions. En tout cas moi je ne fais pas de conférences parce que je ne suis pas conférencier mais par contre je réponds aux questions. Donc ça, ça prend pas mal de temps aussi. Puis tout le reste, c'est derrière un ordinateur à répondre au téléphone ou à répondre à des mails. Et puis se coucher au moment de la sieste ou le soir et penser à comment on va être utile demain. Donc avoir plein d'idées et essayer de les mettre sur le papier et de les mettre en œuvre.
- Speaker #2
Je me demande en termes de temps, comment est-ce que tu fais pour avoir le temps de faire tout ça ? Et après aussi, ta pratique en tant que skieur ? Monter tes projets, ça ressemble à quoi ? J'imagine que ça varie selon les saisons évidemment, mais une semaine type, une journée type, ça doit être assez dense entre tout.
- Speaker #0
Alors je fais assez mal, je gère plutôt mal. Là par exemple, avant-hier je suis rentré travailler sur du développement produit en Autriche. Je suis arrivé à 3h du matin à la maison et puis on était en tournage hier matin ici. Donc ça je le gère mal mais du coup j'arrive à faire donc là je vais être fatigué pendant quelques jours. J'essaye de tout remplir et puis quand ça passe ça passe, quand ça passe pas ça passe pas. Sinon quand je suis à la maison il faut que je m'entraîne donc je sais que dans la journée je vais attitrer un temps à l'entraînement ou à la pratique. Donc des fois ça va être qu'une heure ou que quelques heures puis des fois ça va être plus. Et le reste du temps, je note un peu du jour au lendemain. Je réponds au téléphone ou je rappelle les gens parce que je ne réponds pas beaucoup au téléphone. Je réponds à des mails. Je retourne à l'entraînement. Donc j'essaye de jongler et de faire les deux au mieux possible. Et puis quand je pars par exemple pour des tournages ou pour des voyages de ski, je prends mon téléphone. J'essaye dans les moments de creux de répondre, de caler des rendez-vous pour quand je serai de retour. Et puis une fois que je suis sur les skis, je mets le téléphone en silencieux dans une poche et je ne m'en sers pas. Donc c'est à peu près ça le quotidien. Et c'est un peu le quotidien toute l'année, parce que je m'entraîne toute l'année. Et quand ce n'est pas le ski, ça va être d'aller faire de l'escalade, du vélo, me balader en montagne, courir. Tout est pratique d'être dehors. Et puis l'association, elle demande du travail toute l'année parce qu'on a des projets en constant et à rendre dans des temps impartis. Donc je cours toujours après le temps et je n'ai pas eu une énergie débordante, je ne suis pas insomniaque, donc j'essaye de caler du sommeil entre tout ça. Et puis voilà, là j'arrive à peu près à répondre aux questions alors que je suis très fatigué.
- Speaker #1
pour l'instant ça marche pas trop mal et dans le monde justement outdoor et particulièrement chez les athlètes on parle souvent quand même de dissonance un petit peu cognitive entre la passion du sport l'envie de voyager aussi à travers le monde en général et forcément la pratique la question de l'impact écologique tout ça comment tu gères un petit peu ce paradoxe, comment tu le vis ou comment tu l'as adapté en tout cas aujourd'hui quelle place ça prend dans ta vie ?
- Speaker #0
alors bah moi ça prend toute toute la place d'essayer justement de ne pas avoir de dissonance, c'est-à-dire que tout ce que je fais à travers le ski, j'essaye de le faire correctement avec les meilleurs moyens pour le faire dans le respect de mon environnement. Donc déjà, en tout cas pour l'instant et jusqu'à présent, ça fait plusieurs années que je n'ai pas voyagé, que ce soit pour le ski ou pour le boulot, en tout cas quand je dis voyager, ce n'est pas du tout le bon terme, désolé. Je ne prends plus l'avion pour aller à l'autre bout du monde pour faire du ski parce que j'habite dans les Alpes et que pour moi, en tout cas pour l'instant, je n'ai pas fait le tour et je pense qu'il ne me suffira pas de deux vies pour tout faire. Donc pour l'instant, c'est ma pensée et ça fait quelques années. Si un jour je bute et que je tourne en rond dans un bocal, peut-être que je voyagerai ailleurs. Mais pour l'instant, les Alpes, c'est fou et je continue à faire comme ça. Donc ça, c'est l'aspect. Voyage, après, dans le sport et le rythme de vie, tout ce qui est nourriture, c'est facile. Moi, j'arrive à avoir suffisamment d'énergie pour ma pratique en adaptant mon alimentation pour respecter au mieux mon environnement. Donc, c'est être végétarien, consommer local, dépenser beaucoup d'argent dans la façon dont je me nourris et mettre de l'importance derrière ça. Il y a des choses sur lesquelles je ne suis pas efficace. Je soutiens l'industrie parce que j'ai des sponsors et parce que je travaille avec ces sponsors. J'ai vite fait le tri dans ma tête, j'ai de l'influence chez mes sponsors. Donc je peux les faire changer de direction, en tout cas les tirer un petit peu dans la direction que j'estime être la bonne. Ma consommation de vêtements, de skis, de chaussures, de skis, elle est démesurée. mais parce que je travaille sur le développement et parce que je tire à faire mieux sur les produits. Quand je travaille sur des prototypes de vêtements ou de chaussures ou de skis, j'en passe beaucoup mais c'est pour que demain les gens puissent consommer différemment et pour que la marque puisse proposer la vente de manière plus responsable. Donc c'est une consommation mais pour un résultat final positif. Si je suis écouté, donc j'arrive à jongler en me disant, j'ai une pratique qui coûte un peu. Quand je suis dehors, je respecte tout ce que je peux respecter. Par contre, ce statut d'athlète, il me permet de bouger les lignes chez plein plein de gens. En tout cas, le plus possible en rapport à ma notoriété, à moi. Et c'est plutôt positif et c'est plutôt cool. Et puis, quand on a la chance d'être sportif et d'être, en tout cas pour l'instant, je n'ai pas fait de... Pardon de grosses bêtises, je suis plutôt bien vu, j'ai beaucoup d'influence. Si je quitte ou si je n'ai pas le sport, clairement à part dans ma vie à moi, je ne partage rien et je ne sers plus à rien. C'est pour ça que je profite de ce statut et de la chance que j'ai eu de grandir avec des skis aux pieds pour amener plus de respect à l'environnement, en tout cas à l'environnement montagne, même si j'essaie d'élargir.
- Speaker #2
J'aimerais revenir sur un point, tu parlais de tes sponsors. Est-ce que le fait que tu ne prennes plus l'avion et que tu te concentres tes projets sur les Alpes, est-ce que eux, ce n'est pas un frein pour eux ? Savoir que peut-être que tu fais des projets un peu... Je ne sais pas si moins ambitieux, c'est le terme, mais tu vas moins loin, tu vas à des altitudes forcément plus restreintes. Est-ce que déjà, toi, peut-être même à titre personnel, en tant que skieur, tu as peut-être forcément des rêves lointains ?
- Speaker #0
même si les Alpes c'est très chouette et même vis-à-vis de tes sponsors le fait de leur dire bah voilà je prends pas l'avion j'imagine qu'il y a eu des discussions autour de ça ah bah oui plein moi j'ai la chance d'avoir que des gens bienveillants autour de moi et je dis merci pour ça parce que par exemple voilà j'ai jamais voulu développer mes réseaux sociaux parce qu'en fait mon Instagram ça sert à avoir des belles photos, je suis fan d'images et ça me sert que à ça Et pour moi, c'est partager des photos de ce qui me plaît. Ce n'est pas que du ski, que du blanc. Et là-dessus, j'ai pu l'expliquer à mes sponsors et leur dire que je ne mettrais jamais d'intérêt fort là-dessus. Et on m'a toujours bien accueilli, alors que j'ai plein de copains et de copines. S'ils ne suivent pas les directives de leurs sponsors sur leurs réseaux sociaux, ils se font ou réduire leur contrat ou virer. Moi, je n'ai jamais eu ça. On m'a toujours dit... écoute, t'es chiant, mais tu fais comme tu veux. Donc ça, c'est une chance énorme. Derrière, sur les projets, moi, je leur ai dit, je serai toujours dans la limite. Ma limite, c'est le respect de mon environnement. À partir du moment où je respecte plus ça, j'ai plein d'affaires dehors sur des skis et ça ne me convient pas, mais encore une fois, c'est très perso. Et on m'a toujours dit, ok, t'es heureux comme ça, fais comme ça, tant que t'es performant, ça va bien. Bien évidemment, je rêve d'aller sur les 8000. même si aller à 4000 ou parfois 2000 c'est déjà dur physiquement je rêve de ça parce que je pourrais sûrement aller chercher des sensations nouvelles après le voyage j'arrive à voyager très proche de la maison Parce que j'essaye de mettre du sens derrière le mot voyage et que le voyage parfois, comme on le voit, je vais prendre un exemple, j'ai beaucoup voyagé pour la compétition. Je suis allé en Russie, au Canada, aux Etats-Unis, en terre de feu, en Amérique du Sud, je suis allé à plein d'endroits, je n'ai jamais voyagé. J'ai pris un bus, je suis monté dans un avion, je suis allé skier, je suis revenu, que je fasse ça en face de nous là aux arcs. ou que je fasse ça en Amérique du Sud, ça ne change rien. Il n'y a pas de voyage tant que je ne vais pas à la rencontre des gens, tant que je ne prends pas le temps de voir les choses dans un avion, on ne voyage pas. On regarde des paysages depuis le haut et on ne sait pas ce qui s'y passe. Je peux voyager sans passer de frontières. Et voilà, ça dépend du mot qu'on met derrière voyage et du sens qu'on met derrière voyage. Pour l'instant, j'arrive à me contenter de ça. Et mes sponsors, quand on a des discussions, le comprennent et le tolèrent et parfois même l'encouragent. Donc c'est vraiment cool. Après, ça dépend de si on a un entourage bienveillant. Moi, j'ai énormément de chance, il l'est et on ne me pousse pas à autre chose ou à sortir en tout cas de ma zone de confort. On me dit, ben voilà, t'es heureux comme ça, tu mets du sens à ça, donc on te suit et c'est trop cool.
- Speaker #2
Trop bien. Et maintenant, on aimerait bien savoir quels sont tes projets, qu'est-ce que tu as prévu de faire ensuite, d'ici les mois qui viennent, les années peut-être ?
- Speaker #0
Alors les projets du moment, ça va être de suivre les copains, d'accompagner les copains en montagne faire du ski sur différents projets, donc les projets de Fabien Maierhofer. ceux de Vivian Bruchet, les accompagner au mieux en étant un bon pote et un bon camarade là-dessus. En ce moment, on travaille sur un film documentaire autour des nouvelles aires post-glaciaires et forcément des glaciers et de l'environnement montagnard, de nouveau avec Dorothée Adam, de nouveau avec la même équipe de potes pour cadrer, pour raconter une belle histoire et à la rencontre de plein de nouvelles personnalités qui agissent pour les glaciers. Donc entre les glaciologues, les artistes et certains habitants de cet environnement montagnard, raconter quelque chose, en tout cas d'une manière différente pour nous, raconter une fête, raconter comment se rassembler pour réussir et pour transformer des choses qui ne vont pas forcément, en tout cas pour nous, dans le bon sens, les transformer, les remettre sur le droit chemin. et créer du beau et montrer qu'en fait ça, ça apporte du bonheur et que c'est une fête. Et montrer qu'en fait, s'engager pour son environnement et faire preuve de respect, c'est joyeux et c'est une fête. Donc voilà, il va y avoir beaucoup de journées de tournage là-dessus, donc sur les skis, sur des interviews hors-ski, donc ça, ça va prendre beaucoup de temps. Après, il va y avoir du montage et tout ce qui me coûte beaucoup en énergie et en temps. ce qui me plaît peut-être le moins, ça me plaît moins que de glisser avec mes skis. Continuer à mettre du sens et aller chercher les bonnes personnes pour développer cette association et pour continuer à développer mon activité ski. Donc j'ai des super travaux pour travailler sur des nouvelles chaussures de ski, sur des nouveaux vêtements, sur des nouvelles façons de faire. Donc ça c'est un objectif à, on va dire, peut-être moyen ou long terme, on verra. Et puis continuer à bien m'entourer avec des personnes spécialisées pour faire des choses pleines de bon sens et essayer toujours de rester dans mes petits domaines de compétences et aller chercher les compétences chez les gens spécialisés. Donc quand on parle des glaciers, aller chercher un glaciologue. Quand on parle de l'eau, aller chercher une hydrologue. Et voilà, continuer à faire des choses qui me passionnent. Rester le plus indépendant possible pour être libre de faire ce que j'estimais de bon pour les autres et pour la Terre. Et voilà, je crois que ce sera déjà pas mal.
- Speaker #1
Je pense que ce sera déjà pas mal, effectivement. Est-ce que t'aurais... Peut-être quelque chose à recommander, un livre, un contenu que tu as pu voir récemment, que tu aurais envie de partager.
- Speaker #0
Ouais, carrément. C'est un livre de Ferlemowat, je suppose, qui doit s'appeler, je vais vérifier en même temps que je vous parle sur mon téléphone. qui doit s'appeler vivre avec les loups ce qu'on a aujourd'hui quand on parle du loup on divise et mais c'est très triste et en fait le loup c'est un habitant donc ici on est en montagne c'est un habitant des des montagnes cas autant si ce n'est plus d'importance que l'humain et j'aimerais qu'on puisse qu'on puisse écouter les personnes spécialistes du loup quand on prend des décisions sur la vie ou sur la mort de ce dernier. Et en fait, ce livre parle, il y a des décennies en arrière, de la problématique du loup sur un autre territoire, qui n'est pas les Alpes, mais qui montre qu'aujourd'hui, quand on parle du loup, on s'en fait une mauvaise idée, et qu'on est sur beaucoup de décisions qui se prennent aujourd'hui. dans le faux, dans le complètement faux et ce livre ça raconte ça et en fait tous les gens qui ont peut-être une mauvaise opinion ou une peur du loup toutes ces personnes si elles pouvaient lire ce livre ça ouvrirait les esprits et ça ferait énormément de bien et voilà cette lecture pour moi c'est de dire aussi écoutons les spécialistes je suis très frustré c'est une grosse parenthèse mais... Quand on parle de la problématique de l'eau en montagne, j'aimerais bien qu'on consulte les hydrologues plutôt que les promoteurs immobiliers ou les agriculteurs. Par contre, quand on parle d'investissement immobilier, là on peut consulter les spécialistes de l'immobilier. Mais voilà, qu'on puisse se concentrer sur ce qui est le vrai, là où il y a des compétences. Quand on parle du loup, j'aimerais que les décisions et les directions soient prises par des... par des zoologistes ou par des gens qui sont spécialistes du loup, et pas forcément des agriculteurs. Je viens d'une famille d'agriculteurs, j'ai un grand-oncle qui est agriculteur, qui a des moutons, qu'on l'écoute sur l'élevage des moutons, mais pas sur la problématique du loup. Il est d'accord avec ça, donc c'est génial. Encore une fois, il est ouvert d'esprit et bienveillant. Voilà, donc Ferley Mowat, je ne suis toujours pas vérifié, je ne fais que de parler. Vivre avec les loups, vous l'avez lu.
- Speaker #2
Non, pas du tout. Moi, sur la question du loup, j'ai suivi les travaux de Jean-Michel Bertrand, c'est un réalisateur français.
- Speaker #0
C'est Vivre avec les loups, le type.
- Speaker #2
C'est Vivre avec les loups.
- Speaker #0
Il a fait un gros remix.
- Speaker #2
Peut-être, mais après, peut-être qu'il y a un autre Vivre avec les loups. Je ne sais pas.
- Speaker #0
Je ne crois pas. Mais celui-là est génial aussi.
- Speaker #2
Il a fait un livre et il a fait trois films, je crois, au total, Jean-Michel Bertrand. Et là, c'est vraiment focus dans les Alpes et dans la vallée du Champs-Or, précisément.
- Speaker #0
C'est le dernier... Vivre avec les loups, c'est le dernier des trois films. Et c'est Mes Amis les loups de Ferlem Watt.
- Speaker #1
Merci pour cette recommandation.
- Speaker #0
Merci à vous pour ce moment.
- Speaker #2
Merci beaucoup pour cet échange. Moi, je trouve qu'on repart avec... Je pense que ce que je retiens, c'est cette curiosité. Parce que je m'attendais à parler beaucoup de ski. Et finalement, on a parlé plein de choses. Et je pense que c'était dès le début, j'ai senti qu'on allait partir dans cette direction-là quand tu nous as raconté ton premier souvenir. Et je me suis dit, waouh, ça va être riche. Et donc vraiment, merci beaucoup pour ça. Donc si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager et à nous laisser un commentaire. Vous pouvez retrouver Mathieu sur les réseaux sociaux. Et pour ne rien manquer du Pave & Cast, suivez-nous sur Instagram, Facebook, LinkedIn. Vous pouvez aussi nous retrouver sur pavendrode.fr pour découvrir nos produits made in France, ainsi que d'autres contenus. Notre prochain épisode sort dans deux semaines. A bientôt.
- Speaker #1
A bientôt.