- Speaker #0
Le CNED vous présente Perspective, un podcast qui explore comment on apprend, se forme et se transforme dans un monde en mouvement. Parce que les carrières ne sont plus linéaires, parce qu'on vit plusieurs vies en une seule, parce que les repères changent vite, Perspective donne la parole à celles et ceux qui choisissent d'apprendre autrement. Aujourd'hui, un jeune sur cinq ne sait pas reconnaître une courgette d'un concombre, selon une étude Harris Interactive publiée en 2024. Ça peut paraître anecdotique, mais ça montre surtout à quel point on s'est éloigné de ce qu'on mange au quotidien. Et quand on ne connaît plus les aliments, c'est forcément plus difficile de comprendre la nutrition. Entre les injonctions, les tendances et les conseils contradictoires, il est difficile de s'y retrouver. Pourtant, les conséquences sont bien réelles. Selon une étude publiée dans The Lancet, une mauvaise alimentation est aujourd'hui l'un des principaux facteurs de mortalité dans le monde, au même niveau que le tabac. Donc l'idée de cet épisode, c'est simple, revenir aux bases. Comprendre comment fonctionne la nutrition, ce dont notre corps a vraiment besoin, ce qu'on devrait manger ou éviter, et repartir avec un socle clair et accessible. Pour en parler, je reçois aujourd'hui Alexandra Murcier, diététicienne nutritionniste qui exerce en libéral à Paris. Elle va nous aider à y voir plus clair. Alors pour commencer, Alexandra, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
À quel point l'alimentation influence-t-elle réellement notre santé ?
- Speaker #1
Alors, un très grand point, notre alimentation, c'est le carburant de notre organisme, et notre alimentation, elle va avoir un impact sur toutes les fonctions physiologiques de notre corps, donc elle impacte fortement notre santé, autant en bien quand on mange bien, qu'en mal quand on ne mange pas très bien, malheureusement.
- Speaker #0
Et alors, quand on dit qu'une mauvaise alimentation est devenue un enjeu majeur de santé publique, qu'est-ce que ça signifie exactement ? Est-ce qu'on observe aujourd'hui une augmentation des maladies liées à une mauvaise alimentation ?
- Speaker #1
Alors oui, tout à fait. L'incidence de l'obésité, du surpoids ne cesse d'augmenter depuis plusieurs années, plusieurs décennies même. Et puis, on voit de plus en plus de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers qui peuvent être indirectement causés par l'alimentation également. On a d'autres pathologies qui sont en lien avec l'alimentation, notamment des problèmes endocriniens, des problèmes de fertilité également. Donc, ça a un vrai impact et je pense que c'est vraiment très important d'en prendre conscience parce qu'on ne fait pas forcément le lien entre toutes ces pathologies et l'alimentation.
- Speaker #0
Pourtant, on n'a jamais eu autant de contenu sur la nutrition. Pourquoi est-ce que c'est si difficile de distinguer les informations fiables des simples tendances ou de la désinformation, par exemple ?
- Speaker #1
Alors effectivement, on a de plus en plus de contenu, mais je ne trouve pas ça forcément très positif, parce que tout le monde fait du contenu sur la nutrition, y compris des gens qui ne sont pas habilités à le faire. Et donc, il y a beaucoup d'intox aussi, notamment sur les réseaux sociaux. Donc, je pense qu'au final, ça perd les gens, en fait, d'avoir autant de contenu. On ne sait plus où est le vrai du faux. On ne sait plus si les informations sont vraiment fiables ou pas, et donc on ne sait plus qui croire et quoi faire. Il y a des informations qui font peur aux gens, alors qu'il n'y a pas forcément lieu d'être. C'est le cas par exemple de la consommation des œufs. Moi j'ai des patients qui me parlent des œufs tous les jours en me disant « il ne faut pas manger plus de deux œufs par semaine » , alors que ce n'est pas du tout le cas. Et puis, à l'inverse, il y a des choses qu'on ne soupçonne pas et qui ne sont pas forcément très intéressantes pour notre santé, donc il faut savoir démêler le vrai du faux.
- Speaker #0
On reviendra justement tout à l'heure sur les techniques pour trouver des informations fiables. Mais pour commencer, là, on va revenir aux bases de la nutrition. Ça peut paraître évident, mais pourquoi est-ce qu'on mange exactement ? Qu'est-ce que l'alimentation apporte concrètement au corps humain ?
- Speaker #1
Alors, notre alimentation, c'est le carburant de notre organisme. Donc, on mange des nutriments qui composent nos aliments. Et ces nutriments, ils ont des fonctions physiologiques. Par exemple, les glucides vont apporter de l'énergie à notre corps. les glucides c'est le carburant de notre organisme principal, donc c'est ce qui nous donne de l'énergie au quotidien. Les protéines, elles vont avoir un rôle de construction, donc construction de nos muscles, de notre système immunitaire, de notre système hormonal, par exemple. Et puis les lipides, ils vont jouer sur le fonctionnement cognitif et sur notre système hormonal. Donc ils sont tous indispensables. Après, il y a les micronutriments, donc les vitamines et les minéraux, qui eux, ont des rôles de cofacteurs dans les réactions enzymatiques de notre corps. Donc tous ces aliments et tous ces nutriments sont indispensables. au fonctionnement de notre organisme.
- Speaker #0
On entend souvent parler du métabolisme. Moi, personnellement, ça me paraît un petit peu flou. Est-ce que vous pourriez nous expliquer concrètement ce que c'est ?
- Speaker #1
Oui, c'est un mot qui est beaucoup utilisé, notamment dans le cadre des logiques de perte de poids et pas forcément un bon émission. En fait, le fonctionnement, encore une fois, de notre corps, c'est notre capacité naturelle à brûler des calories, si on le schématise vraiment. Ce métabolisme, il y a des gens qui pensent avoir un métabolisme rapide, d'autres lent, etc. Ce n'est pas aussi tranché qu'on l'imagine, en fait. Mais c'est toutes les fonctions qui font que notre corps va utiliser des nutriments. Donc, ce qui va jouer sur notre métabolisme, c'est notre alimentation, notre capital musculaire. Plus on va avoir un capital musculaire important, plus on va, entre guillemets, brûler sans rien faire, plus on va avoir un métabolisme qui fonctionne vite. Notre dépense énergétique, elle joue directement sur notre métabolisme. C'est-à-dire que plus on va bouger au quotidien, plus ça va augmenter notre métabolisme. Et ce qui joue aussi beaucoup sur notre métabolisme, c'est notre système hormonal. Les hormones impactent très fort le métabolisme. Par exemple, quand on va avoir des problèmes de thyroïde, on va avoir un métabolisme qui va fonctionner ou beaucoup plus rapidement, ou beaucoup moins rapidement. Et ça, ça peut jouer sur plein de fonctions, y compris notre poids.
- Speaker #0
Donc si je comprends bien, c'est ce qui explique pourquoi deux personnes peuvent réagir très différemment à une même alimentation.
- Speaker #1
Exactement, tout à fait. Il y a ça et il y a une part de génétique.
- Speaker #0
Et alors de quoi dépendent réellement nos besoins nutritionnels ? Par exemple, est-ce que l'âge, l'activité physique, le sommeil, on parlait tout à l'heure des hormones ou encore le stress, comment prendre tout ça en compte ?
- Speaker #1
Oui, alors les deux grandes fonctions qui ont un impact directement sur notre besoin calorique et notre dépense énergétique, c'est l'activité physique. Alors dans ce que j'appelle l'activité physique, il y a l'activité physique sportive et non sportive. Il y a le fait de marcher au quotidien, de bouger, etc. qui est très important. Et bien sûr le sport. Et il y a notre rapport calorique. Notre rapport calorique, il va jouer sur notre balance énergétique. Donc ça, c'est les deux variantes très importantes. Après, effectivement, le stress va perturber notre système hormonal et donc va faire qu'on va... Pour certaines personnes, avoir tendance à stocker un petit peu plus. Le sommeil va jouer aussi sur notre besoin calorique, parce que quand on est trop fatigué, on va avoir plus de fringales, etc. Donc ça n'impacte pas vraiment notre besoin calorique, mais ça va avoir un impact sur notre alimentation. Tout ça, ça joue notre système hormonal aussi. Par exemple, pour les femmes, en fonction du moment du cycle, on va avoir des besoins nutritionnels qui sont différents et aussi des envies qui sont différentes. La période de la vie aussi, elle va jouer, c'est-à-dire qu'on n'a pas les mêmes besoins, bien évidemment, quand on est un ado qui bouge énormément que quand on est une personne de 70 ans qui est un petit peu plus sédentaire. Les phases de la vie hormonale aussi, la grossesse, la ménopause, la périménopause, tout ça, ça joue sur notre système hormonal et donc sur notre besoin calérique.
- Speaker #0
C'est intéressant, ça veut dire que nos besoins nutritionnels, ils ne sont pas du tout figés.
- Speaker #1
Exactement, ils ne sont pas figés et ils dépendent de plein de facteurs qui évoluent tout au long de notre vie.
- Speaker #0
Et bien maintenant on va parler un petit peu de nos rythmes alimentaires. On entend par exemple souvent des discours assez contradictoires sur le petit déjeuner. Certains disent que c'est le repas le plus important de la journée, tandis que d'autres affirment qu'on peut très bien s'en passer. Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Speaker #1
Alors je pense qu'il n'y a pas de réponse exacte, que ça va dépendre de plein de choses encore une fois. Il y a des gens qui n'ont pas faim le matin du tout, et qui sont même écœurés, et ça ne va pas avoir de sens de les forcer à manger le matin. Et puis à l'inverse, il y a des gens qui ont très faim, et il vaut mieux respecter ce rythme. Donc déjà il faut savoir s'écouter par rapport à ça. Ensuite, moi je ne suis pas trop pour les dogmes alimentaires type le jeûne intermittent, ce genre de choses. Ça peut avoir un impact positif sur le système digestif pour des gens qui digèrent mal. Mais honnêtement, par exemple, la perte de poids, ce n'est pas forcément hyper intéressant pour tout le monde.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe concrètement dans notre corps quand on jeûne, par exemple ?
- Speaker #1
Quand on jeûne, notre système digestif est mis au repos. Déjà, on va avoir un vrai impact positif sur le système digestif. Pour les personnes qui ont des problèmes de ballonnement, etc. l'envoi en vrai... Un vrai résultat positif. Après, ça crée quand même un stress pour notre corps. Notre corps a besoin d'avoir un apport alimentaire régulier. Donc quand on ne mange pas de 18h le soir à 14h le lendemain, pour notre système hormonal, ça peut créer un petit stress. Donc ce n'est pas adapté à tout le monde. Et encore une fois, faire du jeûne intermittent pour perdre du poids, ce n'est pas forcément la meilleure des solutions, notamment pour les femmes qui ont un système hormonal qui est plus sensible que les hommes.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce qu'on a réellement besoin de manger 3 à 4 repas par jour ? Pour quel type de profil c'est conseillé ?
- Speaker #1
Pas forcément, ça va dépendre de son activité physique, ça va dépendre aussi de son objectif et de son appétit, de sa génétique. Encore une fois, pas de réponse parfaite. Après, il y a des situations physiologiques qui demandent de manger un petit peu plus. Par exemple, une femme enceinte, c'est bien d'avoir 4 repas par jour avec des collations, parce que ça permet de mieux fractionner les apports alimentaires. Après, sur des personnes en bonne santé, trois repas, ça peut être bien. Sur des personnes qui ont tendance à grignoter, qui ont des petites compulsions alimentaires, moi, j'ai tendance à proposer de faire quand même une petite collation que j'appelle un peu collation préventive, parce que ça évite d'avoir très très faim en arrivant chez soi le soir et de grignoter n'importe quoi. Donc encore une fois, je pense qu'il n'y a pas de réponse parfaite et qu'il faut vraiment adapter en fonction du profil de chaque personne.
- Speaker #0
Et justement, en fait, est-ce que c'est si grave d'avoir faim ?
- Speaker #1
Pas du tout, non. C'est vrai qu'on est dans une société où... Quand on dit qu'on a faim, c'est comme si c'était quelque chose de très négatif, etc. Il y a différents degrés de faim. Le but, ce n'est pas d'avoir faim au point de tomber dans les pommes et de ne se sentir pas bien. Mais avoir faim avant un repas, non, c'est juste normal quelque part.
- Speaker #0
Mais est-ce qu'on doit forcément satisfaire la sensation de faim ? Ou au contraire, c'est quelque chose qu'on peut un petit peu laisser ? Ça ne veut pas dire que notre corps est directement en alerte ?
- Speaker #1
Ça ne veut pas dire que notre corps est directement en alerte, mais ça veut dire quand même que notre corps a besoin de nutriments pour fonctionner à ce moment-là. Donc pour le coup, il vaut mieux manger quand on a faim et éviter de manger quand on n'a pas faim. Surtout entre les repas. Après, ça ne veut pas dire qu'il faut sauter les repas non plus. Mais avoir faim un peu avant les repas, moi je dirais que ce n'est pas embêtant, c'est normal. Par contre, avoir faim, si on se réveille en plein milieu de la nuit en ayant faim, si on a faim dans la journée et qu'on ne peut pas se concentrer, etc. Ça veut dire qu'on a des apports alimentaires qui sont trop bas. Donc ça ne va pas non plus en fait.
- Speaker #0
Et alors on parle énormément du sucre, mais c'est souvent un petit peu flou. Comment est-ce qu'on distingue les sucres qui sont naturellement présents dans les aliments des sucres ajoutés ou transformés ?
- Speaker #1
Alors déjà, en lisant les étiquettes, quand on voit une étiquette alimentaire, les ingrédients sont classés par ordre de priorité. C'est-à-dire que celui qui va être le plus présent dans l'aliment va être mis en premier, etc. Donc quand on voit sucre dans les ingrédients qui composent un aliment, là déjà, ça veut dire qu'il y a du sucre ajouté. Après, il y a des aliments qui contiennent naturellement du sucre, et ça, ce n'est absolument pas un problème. C'est le cas des fruits, par exemple. Ça, ça ne pose pas de souci. Ce qui pose un souci, c'est le sucre ajouté dans les aliments qui sont transformés, et surtout quand il est consommé en trop grosse quantité. Après, manger un gâteau, un bonbon, une fois de temps en temps, ce n'est vraiment pas un problème. Il faut absolument garder du plaisir alimentaire. Je pense que c'est primordial. Mais encore une fois, c'est une question de quantité et de fréquence de consommation.
- Speaker #0
Donc, ça veut dire que si on compare une banane et une barre chocolatée qui contiennent une quantité similaire de sucre, l'impact sur le corps n'est pas le même.
- Speaker #1
Pas du tout. En fait, la banane, elle va contenir également des fibres qui vont ralentir la réponse glycémique. Donc, notre taux de sucre dans le sang va augmenter moins vite. Donc, on va produire moins d'insuline et donc on va moins stocker. Et puis, au-delà de ça, une banane, ça va être des nutriments intéressants, notamment du phosphore, du potassium, etc. Un produit transformé gâteau, ça reste un aliment plaisir, en fait. Ça n'a pas d'intérêt nutritionnel particulier. Ça n'apporte pas des choses dont notre corps a besoin pour fonctionner. En revanche, ça apporte du plaisir, donc à une fréquence correcte, à une quantité correcte, c'est ok d'en consommer. Par contre, c'est des aliments qui sont, s'ils sont consommés trop fréquemment et en trop grosse quantité, vont avoir tendance à augmenter notre poids, vont avoir tendance à augmenter notre risque de diabète aussi, puisque justement, ils vont trop faire varier notre glycémie. Donc, encore une fois, il faut trouver un équilibre entre pas du tout et trop.
- Speaker #0
Et alors on entend aussi beaucoup parler des aliments ultra transformés, mais en fait qu'est-ce qui pose réellement problème dans ces aliments ? Déjà comment est-ce qu'on les repère et pourquoi ils posent problème ?
- Speaker #1
Alors les aliments qui sont ultra transformés c'est ceux qu'on ne va pas retrouver dans la nature facilement. Donc un aliment ultra transformé c'est un dessert au chocolat par exemple, c'est des gâteaux etc. Ces aliments souvent ils contiennent des additifs alimentaires. Eux on les reconnaît sur les étiquettes avec des lettres. Donc c'est E479, 532 etc. C'est des additifs. qui sont, s'ils sont consommés en trop grosse quantité et trop fréquemment, soupçonnés d'augmenter le risque de cancer, de certaines pathologies, etc. Là, il y a une étude qui est tombée sur les jours derniers, qui met vraiment en évidence un risque pour notre santé quand on a une surconsommation des additifs alimentaires. Donc, encore une fois, ça ne veut pas dire qu'il ne faut jamais consommer d'aliments qui contiennent des additifs, mais il y a un vrai effet cocktail dans notre alimentation. C'est-à-dire que si on consomme des aliments... qui contiennent des additifs le matin au petit déjeuner, le midi et le soir, au bout d'un moment, tout ça, ça se cumule. Et ça a un impact négatif sur notre santé. Donc, c'est la même chose que pour les aliments qui contiennent juste du sucre. Il faut travailler en fonction des fréquences et de l'impact global que ça a.
- Speaker #0
Et justement, quand on fait ces courses, quels repères simples on peut garder en tête ? Est-ce que le Nutri-Score, par exemple, est un bon indicateur ?
- Speaker #1
Le Nutri-Score, c'est ABCDE. Là, c'est les petites lettres qui donnent l'impact global. Sur notre alimentation, je pense que c'est un premier indicatif. Ce n'est pas parfait, il y a des aberrations dans le Nutri-Score. Parfois, il y a certaines huiles considérées comme trop grasses, alors que c'est la base d'une huile, c'est logique. Ça n'a pas d'intérêt de mettre du Nutri-Score sur ce type d'aliments, je trouve. Après, sur certains aliments, ça permet quand même de comparer entre deux types d'aliments similaires, de choisir celui qui va être un petit peu mieux. Je pense que c'est quand même un premier pas pour les consommateurs. pour avoir une idée, et c'est ludique même pour les enfants, pour les ados. Ça ne remplace pas la vraie lecture efficace d'une étiquette alimentaire, mais c'est un premier aspect intéressant.
- Speaker #0
Les étiquettes, c'est souvent un petit peu compliqué à comprendre. Est-ce que vous avez des idées d'outils qu'on pourrait utiliser pour mieux choisir nos produits ? Peut-être des applications ? Oui, alors moi j'aime bien UCAR.
- Speaker #1
Ce que je trouve intéressant, c'est que justement, l'impact des additifs alimentaires impacte fortement les notes. Donc ça, c'est intéressant. Après, Rien ne remplace vraiment l'œil d'un consommateur, je pense. Ce qu'il faut savoir, c'est que, encore une fois, les étiquettes, les ingrédients dans les aliments sont classés par ordre décroissant. Donc, encore une fois, quand on voit que le premier ingrédient, c'est du sucre ou que le premier ingrédient, c'est de l'eau, parce que ça arrive aussi sur d'autres aliments, ils ne sont pas forcément très intéressants d'un point de vue nutritionnel. Donc, ça, il faut checker un petit peu. Et puis, un conseil que je donne qui est très simple, c'est de choisir deux aliments égaux. Choisir celui qui a la liste d'ingrédients la plus courte. Et celui qui a la liste d'ingrédients qu'on va retrouver le plus facilement dans son placard. Parce que ça permet de limiter les additifs, tout simplement.
- Speaker #0
Et dans ces outils, il y en a certains qui prennent en compte aussi l'impact environnemental d'un produit. Est-ce qu'un aliment peut être bon sur le plan nutritionnel, mais problématique d'un point de vue écologique ?
- Speaker #1
Plein, plein, plein.
- Speaker #0
Lesquels, par exemple ?
- Speaker #1
L'avocat, tous les fruits exotiques. Les fruits exotiques, il y en a beaucoup qui sont très riches en vitamines minéraux intéressants, en antioxydants. L'avocat, il est riche en acides gras essentiels. et sa culture demande beaucoup d'eau et vient souvent de loin. Donc oui, malheureusement, c'est le paradoxe. Ça arrive très régulièrement.
- Speaker #0
Et alors, comment nous, à notre échelle, on fait pour concilier notre santé et l'impact environnemental à côté ?
- Speaker #1
Alors ça, l'impact environnemental, c'est une question qui est très personnelle par rapport à chacun, mais je pense que c'est des aliments dont on peut aussi se passer. Enfin, se passer, encore une fois, le but, c'est pas de plus jamais manger d'avocat de sa vie, mais peut-être réduire la fréquence de ce type d'aliments. Choisir les aliments de saison. Déjà, c'est quelque chose qui est intéressant pour notre santé, parce que la nature, elle est bien faite. L'hiver, on a besoin, pour notre système immunitaire, de plus de vitamine C, et c'est naturellement la saison des agrumes. Donc voilà, c'est un exemple. Mais en tout cas, suivre la saisonnalité des aliments, ça aide d'un point de vue écologique et pour notre santé. Et puis, on peut garder une petite part dans son alimentation, comme je disais tout à l'heure pour le sucre, une petite part d'aliments qui viennent de loin, et ça reste des aliments plaisirs dans ce cas-là, et c'est pas grave non plus. Encore une fois, le but, c'est pas de faire quelque chose de parfait.
- Speaker #0
Maintenant j'aimerais bien qu'on passe à un autre sujet qui est celui des nouveaux modèles alimentaires qu'on peut voir passer. On parle notamment énormément des protéines aujourd'hui, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les milieux sportifs. Est-ce qu'on a vraiment besoin de consommer autant de protéines qu'on le voit partout ?
- Speaker #1
Alors effectivement les protéines c'est très à la mode. C'est paradoxal parce qu'il y a des gens qui consomment beaucoup trop peu de protéines, qui font par exemple des régimes végétariens mal équilibrés. On peut avoir un apport en protéines totalement correct quand on est végétarien. Et puis même des personnes qui ne mangent pas très bien et qui ne consomment pas assez de protéines. Et puis il y en a qui en consomment beaucoup trop. Beaucoup trop, ce n'est pas bon non plus pour notre santé. Ça dépend de son activité physique, ça dépend encore une fois de son stade de vie. Par exemple, pour une personne âgée, c'est hyper important d'avoir un apport en protéines correctes parce que ça limite la dénutrition et ça limite la fonte musculaire. Donc il n'y a pas de réponse parfaite, encore une fois. Moi, les produits hyperprotéinés, je ne suis pas forcément pour parce que je pense qu'on peut couvrir ses besoins en protéines. avec une alimentation classique. Après, dans certains cas particuliers, ça peut être intéressant. Encore une fois, il faut savoir lire les étiquettes, parce qu'il y a beaucoup de produits hyperprotéinés maintenant qui, au final, c'est que du marketing et contiennent 5%, 10%, 15% de plus de protéines pour un prix qui est 50% supérieur. Donc, pas forcément intéressant dans ce cas-là. Mais voilà, il faut lire les étiquettes. Il y a des produits qui sont naturellement riches en protéines. On peut aussi... naturellement enrichir son alimentation en protéines et sa consommation de protéines. Donc ce n'est pas forcément la peine d'aller prendre des supplémentations ou des aliments qui sont hyperprotéinés. Les aliments qui sont hyperprotéinés, il y en a plein qui contiennent notamment des édulcorants, qui sont des additifs alimentaires pas forcément très intéressants non plus pour notre santé. Donc encore une fois, il faut savoir les choisir.
- Speaker #0
Et concernant les protéines végétales, est-ce qu'elles permettent de couvrir correctement nos besoins, au même titre que les protéines animales par exemple ?
- Speaker #1
Alors, ça dépend de ce qu'on appelle protéines végétales. Il y a des protéines végétales naturellement qui sont intéressantes, type le soja, type les légumineuses, etc. Et puis, il y a des aliments ultra transformés, qui sont ce qu'on appelle un peu des similicarnés, donc des faux saucisses végétales, des faux steaks végétaux, qui parfois ne sont pas très riches en protéines et qui sont, encore une fois, ultra transformés avec beaucoup d'additifs alimentaires, donc pas forcément très intéressants. Donc, encore une fois, ça dépend de comment on équilibre son alimentation végétarienne.
- Speaker #0
Et dans les solutions un petit peu rapides qu'on voit aujourd'hui passer pour perdre du poids, on a notamment beaucoup entendu parler d'un médicament qui servirait à la perte de poids, donc l'osampic. Pourquoi est-ce qu'il suscite autant d'intérêt ? Est-ce que vous avez vu des patients dans vos cabinets qui en parlaient ?
- Speaker #1
Il suscite autant d'intérêt parce que c'est un petit peu une perte de poids, je pense, dans la tête des gens, miracle. C'est un médicament qui fait perdre du poids très vite. Moi, je ne suis pas contre l'osampic. Je pense que c'est une solution qui peut être très intéressante pour des patients qui sont en obésité, qui sont en échec de prise en charge diététique. après c'est pas un médicament qui est anodin déjà c'est un médicament qui a été mis sur le marché il y a quand même pas très longtemps donc il faut avoir un peu de recul il y a eu des scandales en France notamment avec le Mediator à une époque donc encore une fois quand on peut le faire juste avec l'alimentation je pense que c'est peut-être mieux il y a des effets secondaires qui sont importants sur l'osempique et surtout ça ne règle pas des problèmes de mauvaise alimentation et notamment de troubles du comportement alimentaire par exemple donner de l'osempique à des patients qui sont boulimiques ou qui sont hyperphages Le jour où ils arrêtent l'ozempique, ça n'a pas réglé leur problème. Et donc, ils récupèrent du poids, et ils reprennent du poids, et ils reprennent plus de poids que ce qu'ils ont perdu, parce que ça a été une perte de poids qui a été très impactante pour le métabolisme, et qu'on a perdu en général un peu de capital musculaire au passage. Donc, je pense que c'est pas un médicament qui est adapté à tout le monde. Je pense qu'il faut le prendre avec des pincettes, que ça peut être intéressant pour certains profils, mais pas pour tous les profils. Oui, j'ai beaucoup de patients en cabinet qui s'interrogent par rapport à ça. J'ai des patients aussi qui ont arrêté l'ozempique, parce que... En fait, le jour où on arrête, on reprend du poids.
- Speaker #0
Ça met un peu juste sur pause au final.
- Speaker #1
Tout à fait, oui, ça fait perdre du poids. Mais comme pour toute solution médicamenteuse, le jour où on arrête, c'est la même chose. Quelqu'un qui aurait de l'hypertension, le jour où il arrête son hypertenseur, il récupère de l'hypertension. Du coup, j'ai des patients qui viennent en cabinet parce qu'ils s'interrogent sur comment arrêter cette ozempique et maintenir le poids sur le long terme, parce que c'est aussi un médicament qui a un coût, qui est non négligeable. Donc je pense que ce n'est pas une solution miracle. Il faut arrêter de croire que s'il y avait des solutions miracles, on le saurait.
- Speaker #0
Et justement, en parlant de solutions miracles, de solutions rapides, est-ce qu'une seule de ces méthodes a réellement fonctionné sur le long terme ? Et puis quelles peuvent évidemment être les conséquences, les risques pour la santé ?
- Speaker #1
Alors tout ce qui est drastique... ne marche pas sur le long terme. Les régimes alimentaires drastiques ne marchent pas. Ça, ça a été démontré scientifiquement. Il y a une reprise de poids ensuite. En fait, ce qu'il faut se dire, c'est que quand on fait un rééquilibrage et qu'on se rend compte que ce que le professionnel de santé propose, on ne pourra pas le garder sur le long terme, quelque part, ça ne sert à rien. Parce que... Ça veut dire qu'on va récupérer les mêmes effets qu'avant. Moi, ce que j'essaie de faire avec mes patients, c'est de corriger tout doucement leur alimentation, mais pas de leur imposer quelque chose de drastique et qui n'est pas tenable. En fait, le but, c'est de modifier les habitudes et de les garder derrière.
- Speaker #0
C'est comme une rééducation en fait. Donc non, il n'y a rien de drastique qui marche. Vraiment pas.
- Speaker #1
Alors on va maintenant passer à une partie plus rapide. Vous allez nous dire ce qui est vrai ou faux. Pour commencer, les aliments détox comme le jus de citron nettoient réellement l'organisme.
- Speaker #0
Alors c'est complètement faux. Notre organisme, naturellement, il se détoxifie grâce à des organes qui sont faits pour ça, comme le foie, les reins. Donc non, le jus de citron n'a pas d'effet magique après une soirée bien arrosée.
- Speaker #1
Maintenant, le lait végétal est toujours meilleur pour la santé et l'environnement que le lait de vache.
- Speaker #0
Alors pas du tout, il y a des laits végétaux qui sont ultra sucrés, il y a des laits végétaux qui viennent de très loin comme le lait de coco. Mais par contre, il y a des personnes qui supportent beaucoup mieux les laits végétaux que le lait de vache. Donc encore une fois, à adapter.
- Speaker #1
Justement, il faut boire du lait tous les jours pour être en bonne santé.
- Speaker #0
Absolument pas, quand on est adulte, on n'a pas forcément du tout besoin de lait.
- Speaker #1
Boire beaucoup d'eau fait perdre du poids ?
- Speaker #0
Alors non, boire beaucoup d'eau ne fait pas perdre du poids, par contre cela limite la rétention d'eau, donc on peut se sentir mieux, on peut se sentir plus léger, parce que paradoxalement, plus on boit d'eau, moins on fait de rétention d'eau.
- Speaker #1
Le gluten est mauvais pour la santé, même sans intolérance ?
- Speaker #0
Alors, le gluten est mauvais pour la santé, pas vraiment, mais la protéine de gluten peut être un peu allergène, et ce n'est pas la même protéine de gluten qu'il y a 100 ans, par exemple parce que les aliments sont... plus transformé. Donc, on peut limiter un peu sa consommation de gluten, parce qu'au passage, on va limiter un petit peu sa consommation de glucides, et souvent, on consomme trop de glucides, donc ça peut être pas mal. Mais il ne faut pas non plus diaboliser le gluten dans son alimentation.
- Speaker #1
Maintenant, on va parler de quelques tendances que j'ai vues sur les réseaux sociaux. On en parlait tout à l'heure, manger beaucoup d'oeufs jusqu'à 6 par jour est bénéfique pour la santé.
- Speaker #0
Alors non, pas vraiment. Plus on va varier son alimentation, plus on va couvrir correctement nos besoins en vitamines, minéraux et mieux notre corps va fonctionner. Donc faire de l'hyperprotéiné avec trop d'œufs, c'est pas forcément très intéressant. Après on peut en consommer deux au petit déjeuner tous les jours et ça pour le coup c'est plutôt une bonne idée je trouve de démarrer sa journée par un petit déjeuner salé.
- Speaker #1
Pour perdre du poids, prendre des produits qui accélèrent le transit est une bonne solution.
- Speaker #0
Absolument pas, encore une fois ça ne fait pas perdre du poids, on va juste plus facilement aux toilettes et en fait ça ne fait pas perdre de masse grasse, donc non c'est pas efficace.
- Speaker #1
La viande est indispensable à une alimentation équilibrée et un régime uniquement composé de viande peut être sain.
- Speaker #0
Alors pas du tout, pour le coup on peut manger très équilibré sans manger de viande et à l'inverse manger que de la viande là c'est pas du tout équilibré, ça augmente le risque de cancer colorectal, le fait de faire un régime d'ailleurs hyper protéiné augmente... le risque de certains cancers, et surtout le problème rénaux. Donc non, ça pour le coup, c'est une très très mauvaise idée.
- Speaker #1
Et pour finir, tout le monde devrait prendre des compléments alimentaires ?
- Speaker #0
Alors non, absolument pas. Les personnes en bonne santé et qui se nourrissent bien n'ont pas forcément besoin de compléments alimentaires. Il y a des périodes de la vie où il y a certaines recommandations qui sont importantes, notamment pour les femmes enceintes ou qui souhaitent avoir un bébé, où on recommande fortement de la vitamine B9 avant la grossesse pour limiter. Par exemple, les risques de malformation du fœtus. Donc ça, c'est une vraie recommandation de la Haute Autorité de Santé. Mais sinon, on peut très bien vivre sans complément alimentaire.
- Speaker #1
On l'a vu avec toutes ces intox, et ça vient notamment du fait qu'aujourd'hui beaucoup de personnes parlent de nutrition en ligne. Alors comment est-ce qu'on distingue une parole sérieuse d'un discours pseudo-scientifique ?
- Speaker #0
Alors déjà, je pense que quand les discours sont très tranchés, que c'est du oui, non, il faut absolument faire ça, et que c'est tiré par les cheveux, on peut déjà comprendre très vite que ce n'est pas forcément des professionnels de santé qui vous font ce discours. Après, il faut se renseigner sur la source de ce qu'on écoute. Les seuls professionnels de santé qui sont habilités à parler de nutrition, c'est les diététiciens nutritionnistes et les médecins nutritionnistes. Moi, j'ai notamment retrouvé des contenus d'autres professionnels de santé que je ne vais pas citer forcément, mais qui ne sont pas habilités à donner des conseils en nutrition et qui racontent un peu n'importe quoi. Par exemple, des régimes sans gluten, complètement tirés par les cheveux, pour des personnes qui n'en ont pas forcément besoin. Moi, c'est souvent ce que je dis à mes patients, c'est qu'en cabinet, je ne masse pas mes patients, je ne fais pas craquer mes patients, je ne fais pas de psychothérapie. Donc, en fait, il faut savoir se limiter à son domaine de compétences et les seules personnes qui sont habilitées à donner des conseils de nutrition, c'est les diététiciens et les médecins de nutrition.
- Speaker #1
Bien justement, c'est aussi l'occasion de parler un petit peu de votre parcours. Comment est-ce que vous êtes devenue nutritionniste ? Quelle formation vous avez suivie ?
- Speaker #0
Alors donc moi, je suis diététicienne nutritionniste depuis 11 ans. J'ai suivi une formation via le CNED. J'ai fait cette formation à distance parce que c'était une reconversion à l'époque et que j'avais besoin de travailler en parallèle, tout simplement. Donc je continuais à travailler dans ce que je faisais et j'ai fait cette formation avec le CNED. Et ça s'est très bien passé. Après, je pense qu'il faut savoir être un minimum autonome pour suivre ce type de formation. Moi, je n'avais pas une formation scientifique à la base. Au final, ça s'est très bien passé. J'ai fait ce BTS et je me suis installée directement en libéral après mon BTS. J'avais déjà 26 ans à l'époque. C'est vrai qu'il y a certains professionnels de santé qui n'osent pas forcément s'installer en libéral tout de suite. Moi, je l'ai fait tout de suite. Je travaillais un peu en parallèle aussi à l'hôpital. Et puis après, je n'ai fait que du libéral. Et ensuite, là, je fais une activité libérale en partie. Et je travaille pour une société aussi qui propose des programmes de nutrition personnalisée. pour les femmes qui souhaitent avoir un bébé, donc quelque chose d'assez spécifique. Je partage mon temps sur les deux.
- Speaker #1
Donc dès la fin de votre BTS, vous avez pu exercer directement et trouver du travail en tant que diététicienne ?
- Speaker #0
Moi j'ai travaillé directement en libéral tout de suite, et après j'ai fait des remplacements à l'hôpital.
- Speaker #1
Est-ce que vous vous souvenez un petit peu du contenu de ce BTS ? Est-ce que vous avez fait des stages ? Oui,
- Speaker #0
complètement. Les stages sont obligatoires. J'ai fait deux stages thérapeutiques dans deux hôpitaux parisiens. J'ai fait un stage en gériatrie et un stage à l'hôpital américain à côté où on avait des patients de tout type de service. J'avais beaucoup aimé mes stages thérapeutiques. J'avais fait un autre stage aussi à l'hôpital Henri-Mondor, à Paris, en cardiologie. Et puis, j'avais fait mon stage optionnel en cabinet libéral avec un médecin nutritionniste, parce que moi, à l'époque, je savais déjà que je voulais travailler en libéral directement après mon diplôme. Ensuite, je me suis spécialisée sur les troubles du comportement alimentaire. Et donc, voilà, moi, ça s'est vraiment tout de suite bien passé. Les remplacements à l'hôpital, je les ai faits là où j'ai fait mes stages, parce que mes stages, ça s'était très bien passé. Et j'ai trouvé aussi mon emploi actuel assez facilement. derrière. Et moi, j'aime bien le fait de ne pas faire que du libéral, travailler à côté aussi, je trouve ça assez chouette. Donc ça me va bien.
- Speaker #1
Je voulais en venir à votre spécialisation dans les troubles du comportement alimentaire, avec tous les contenus que l'on voit aujourd'hui et dont on a pu parler, où se situe la limite entre faire attention à son alimentation et tomber dans quelque chose d'obsessionnel voire de dangereux ?
- Speaker #0
C'est une bonne question parce que j'observe de plus en plus de troubles du comportement alimentaire, notamment depuis le Covid. Je pense que ça a créé beaucoup d'anxiété chez les gens. Souvent, les troubles du comportement alimentaire, c'est aussi une manière inconsciente d'avoir de l'hyper-contrôle. Quand on se rend compte que son alimentation devient une source de problèmes, c'est-à-dire que quand on y pense beaucoup de fois par jour et que ça crée de l'anxiété, déjà, ce n'est pas normal. Quand il y a une éviction sociale, c'est-à-dire que quand on va refuser des repas au restaurant parce qu'on a peur de prendre du poids ou parce qu'on a peur de ne pas savoir manger correctement ou quoi que ce soit, là c'est un problème. Ça c'est des signes par exemple de problèmes de troubles du comportement alimentaire qui ne sont pas des signes qui se voient physiquement, mais qui sont très importants quand même. Ensuite, une perte de poids très rapide. Ça, ça peut être un facteur de troubles du comportement alimentaire. comme une prise de poids très rapide. Ce n'est pas non plus normal de prendre énormément de poids d'un coup, sauf problème thyroïdien par exemple, ou problème médicamenteux, etc. Donc ça, c'est des indicateurs qui peuvent mettre un petit peu la puce à l'oreille, je dirais. Quand on a des troubles du comportement alimentaire, c'est quelque chose qui est grave. Il y a certaines pathologies sur la boulimie, sur l'anorexie, qui peuvent avoir des conséquences désastreuses, qui peuvent aller jusqu'au décès des patients. Donc en fait, il faut vraiment être pris en charge par des professionnels de santé qui sont habilités. à prendre en charge ce type de patient. Moi, par exemple, je ne prends pas de patient anorexique, jamais. Je fais les suivis des patients boulimiques et hyperphages, mais pas d'anorexie. C'est important d'avoir aussi une prise en charge psychologique à côté de tout ça, parce que souvent, les troubles du comportement alimentaire sont impactés par une mauvaise gestion des émotions et par parfois une dépression, parfois un stress post-traumatique, parfois des traumas, parfois des choses qui sont lourdes à gérer et que nous, professionnels de la nutrition, on ne peut pas gérer entièrement. Donc c'est important d'avoir une prise en charge pluridisciplinaire par rapport à ça.
- Speaker #1
Et vous parliez justement de cette sensation de contrôle sur son poids. Est-ce qu'on doit savoir constamment combien on pèse ? Est-ce que c'est si important d'avoir une balance chez soi pour vérifier ça régulièrement ?
- Speaker #0
Non, pas vraiment. Et ce n'est pas la peine de se peser tous les jours, ni toutes les semaines. Il y a des gens qui ont un poids à peu près stable toute leur vie, qui ne se pèsent jamais et tout va bien. Après, ça peut être aussi un moyen de se rassurer. Le rapport à la balance, il est très personnel. moi je pense que c'est pas... Ce n'est pas non plus une bonne solution de jamais se peser, parce que le poids, ça reste quand même un indicateur qui peut être intéressant parfois. Être dans le déni total et ne jamais se peser, ce n'est pas non plus une bonne idée. Par contre, se peser tout le temps, clairement, ça dénote un problème. par rapport à ça. Donc encore une fois, il faut trouver un équilibre entre les deux et apprendre à s'en détacher un petit peu.
- Speaker #1
Alors on va passer à une toute autre partie. On parle aujourd'hui de plus en plus du lien entre l'alimentation et les hormones, notamment chez les femmes. Quel impact la nutrition peut réellement avoir sur un cycle menstruel, sur la fertilité, la grossesse ou même la ménopause par exemple ?
- Speaker #0
Alors c'est un impact... énorme et on ne s'en rend pas forcément compte. Encore une fois, moi ça fait 7-8 ans que je travaille sur la fertilité en elle-même, donc il y a un vrai impact sur la fertilité qui est démontré scientifiquement via des études avec des médecins d'Harvard, sur des grosses cohortes, donc il y a un réel impact. Encore une fois, notre système hormonal, il est impacté directement par notre alimentation parce que c'est une des fonctions physiologiques de notre corps. Ce qu'on mange impacte tous les systèmes physiologiques de notre corps. Donc notre système hormonal aussi. Et donc notre système hormonal, lui, va impacter notre fertilité, nos cycles menstruels, la ménopause, etc. Donc on peut mieux vivre sa ménopause, on peut mieux vivre sa pré-ménopause en mangeant d'une manière spécifique. On peut réguler ses cycles menstruels, je pense notamment au SOPK, syndrome des ovaires polycystiques, avec une alimentation adaptée, une alimentation spécifique. Le traitement de première intention du SOPK, c'est une alimentation adaptée, c'est une alimentation spécifique. Dans le cas d'une endométriose, c'est pareil, il y a des choses à mettre en place aussi. qui permettent, alors pas d'effacer la pathologie, mais de limiter les symptômes. Et je pense que c'est déjà très bien. Donc oui, ça a un vrai impact, et c'est quelque chose qu'on peut explorer quand on a des soucis hormonaux, et vraiment, je pense que c'est à explorer, parce que c'est un super levier qu'on peut avoir dans notre quotidien.
- Speaker #1
Et est-ce que vous pensez qu'en tant que femme, on est assez sensibilisés sur ces sujets ? Parce que moi, personnellement, j'ai l'impression de l'avoir découvert super tard.
- Speaker #0
Pas du tout, oui. Je pense que là, maintenant, on en parle un peu plus. Sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de gens qui parlent et de préménopause, et de SOPK, et non de métriose. Encore une fois, parfois il y a des conseils qui sont un peu tirés par les cheveux et ce n'est pas vraiment toujours très fiable. Mais par exemple, par rapport à la fertilité, moi j'ai plein de patientes qui sont en parcours PMA et qui ne savent pas du tout. J'ai encore eu une patiente hier qui me disait, elle est tombée enceinte, ça s'est bien fini, mais elle m'a dit, mais avant de venir vous voir, je n'y croyais pas du tout. Et oui, ça a un impact, c'est un impact hyper positif, ça permet aussi de redonner un peu de contrôle. Alors là, le contrôle, je le mets dans le sens positif, le mot contrôle. Ça permet de renaître du contrôle dans des parcours par exemple où on n'a pas la main, quand c'est des parcours PMA qui sont longs, qui sont compliqués, avec plein de rendez-vous médicaux, où on doit faire des piqûres, etc. Se dire qu'on a un impact positif, qu'on peut faire quelque chose, c'est hyper rassurant. Donc c'est chouette.
- Speaker #1
Et pour terminer, si vous deviez laisser les auditeurs avec une seule idée en tête après cette discussion ?
- Speaker #0
Moi je pense que quelque chose qui est important, c'est de ne pas vouloir manger moins quand on est aussi dans une logique de perte de poids, parce que je sais qu'il y a beaucoup de gens qui écoutent les podcasts par rapport à ça. C'est de manger mieux, en fait. arrêter de compter ses calories, arrêter de faire des choses tirées par les cheveux, encore une fois. Moi, c'est tout bête, mais j'ai tendance à dire à mes patients, des gens qui n'ont pas de problème de poids et pas de problème de troubles du comportement alimentaire, ils baissent pas ce qu'ils mangent toutes les 5 minutes et ils ne comptent pas leurs calories. Donc ça, c'est des trucs à éviter. Voilà. Je vous en prie, avec plaisir.
- Speaker #1
Et merci à vous d'avoir écouté ce nouvel épisode de Perspective. S'il vous a plu, vous pouvez aussi retrouver notre interview avec Clotilde Géron, chargée de transition écologique au CNED. On y parle des enjeux climatiques et environnementaux, de consommation, d'alimentation, mais aussi de la manière dont nos modes de vie et nos organisations vont devoir évoluer face aux limites planétaires. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à lui laisser une note ou un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. A bientôt dans Perspective !