- #Joanne
Le Cned vous présente Perspective, un podcast qui explore comment on apprend, se forme et se transforme dans un monde en mouvement. Parce que les carrières ne sont plus linéaires, parce qu'on vit plusieurs vies en une seule, parce que les repères changent vite, Perspective donne la parole à celles et ceux qui choisissent d'apprendre autrement. Près de 4 Français sur 10 disent être mal informés sur le changement climatique. Et plus d'un tiers doute encore de son origine humaine. On en entend parler bien sûr, mais ce n'est pas forcément le sujet qui fait le plus de clic. Ne pas trop s'y intéresser, c'est aussi parfois une manière de rester à distance, de ne pas avoir à remettre en question son mode de vie. Le problème, c'est que les projections, elles, sont très concrètes. D'après le GIEC, soit le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, sans réduction massive des émissions, on se dirige vers un réchauffement de plus de 3 degrés au niveau mondial d'ici 2100. avec des conséquences majeures comme des canicules extrêmes, la montée des eaux ou encore des crises alimentaires. Alors pour mieux comprendre ces enjeux et surtout comment agir, je reçois aujourd'hui Clotilde Géron, titulaire d'un master de recherche en anthropologie et d'un master pro en ingénierie des risques et des crises, spécialisé sur les enjeux environnementaux. Elle accompagne depuis quelques années les entreprises dans leur transformation et depuis 2024, elle travaille comme chargée de mission transition écologique auprès du Cned. Bonjour Clotilde. Bonjour.
- #Clotilde
Alors pour commencer, aujourd'hui, est-ce que selon vous, on comprend réellement ce qui est en train de se produire sur le plan écologique ? Est-ce qu'il y a une prise de conscience ?
- #Joanne
Est-ce qu'on comprend réellement ce qui se passe ? Oui, notamment grâce à la recherche et au GIEC, avec le premier rapport du GIEC qui a été publié en 1990 et qui est vraiment un état de l'art de toute la recherche scientifique internationale sur ces questions-là. Donc on a une base de connaissances qui est avérée, qui est... validés par des experts. Est-ce qu'il y a une prise de conscience d'un point de vue général dans la société ? Oui, de plus en plus. Il y a forcément des gens qui sont dans le déni ou qui remettent en cause un certain nombre de ces éléments et de ces connaissances scientifiques. Cependant, on voit quand même que de plus en plus, le sujet revient, c'est pris en compte par les entreprises, par les individus. Et donc, de manière générale, je dirais que oui, il y a une prise en compte plus importante de ces enjeux.
- #Clotilde
Et justement, votre rôle en tant que chargée de mission Transition écologique, c'est d'accompagner et de former sur ces sujets. Est-ce que vous pouvez nous expliquer concrètement ce que vous faites au quotidien ?
- #Joanne
Mon métier au quotidien, c'est d'aller dans une entreprise, dans une structure, une collectivité, de comprendre son organisation, sa singularité, comprendre les métiers qui la composent et l'accompagner vers une prise en compte des enjeux de la transition écologique dans le cœur de son activité, à la fois sur la décarbonation, mais pas forcément. que sur cet aspect-là. Par exemple, quand je découvre une nouvelle structure, les premiers temps, les premières phases, c'est de vraiment comprendre les métiers, comprendre l'activité de la structure. Qu'est-ce qu'on fait ? Pourquoi on le fait ? Comment on le fait ? Et faire une sorte d'analyse de cycle de vie de toute cette entreprise ou de structure publique. Et une fois qu'on a fait ça, on peut comprendre là où on peut faire évoluer les choses. Comment est-ce que le métier peut changer, pas forcément drastiquement, comment il peut prendre en compte ? les éléments de transition écologique. Et là, c'est tout le travail que je fais avec les directions qui composent la structure, de s'interroger ensemble sur justement qu'est-ce qu'on pourrait faire différemment et comment on peut faire évoluer les choses pour non seulement être moins impactant d'un point de vue écologique, mais plus efficace et plus efficient au quotidien. Cette prise en compte de la transition écologique, elle peut se faire à plusieurs niveaux au sein des entreprises et au sein des structures. Il y a des métiers où ça peut paraître un petit peu compliqué de mettre en place une stratégie de transition écologique. Tous les métiers sont concernés par la transition écologique. Au quotidien, on peut mettre en place des éco-gestes sur le numérique, sur la manière de venir au travail, sur les comportements au travail. Il y a aussi des prises en compte métiers, donc des métiers qui vont être amenés vraiment à évoluer ou en tout cas à prendre en compte ces aspects de transition écologique. Et puis, une troisième thématique, qui est la thématique plus stratégique au niveau de la structure, sur les orientations qu'elle va se donner. Est-ce que l'activité... même de la structure, peut parfois évoluer ? Est-ce que son modèle d'affaires peut changer au regard des enjeux de transition écologique ?
- #Clotilde
Aujourd'hui, tout le monde doit agir, mais pour agir, il faut aussi comprendre pourquoi. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu aujourd'hui quels sont les principaux signes qui montrent que notre modèle actuel n'est plus soutenable ?
- #Joanne
En France, on peut penser aux incendies en Gironde en 2022, il y a plus de 13 000 hectares de forêts qui ont été brûlés. C'est une des conséquences du changement climatique, et il n'y a pas que celle-ci évidemment.
- #Clotilde
On a parfois l'impression que tout ça est très lointain, mais même localement, il y a déjà des conséquences drastiques.
- #Joanne
Absolument. En France, on peut penser aux inondations qu'il y a eu il y a quelques mois, donc durant l'hiver 2026, avec de nombreuses personnes qui ont dû être relogées puisque leur maison était sous l'eau. On peut penser au retrait gonflement des argiles avec des maisons qui se fissurent et qui peuvent être détruites. On peut penser... Aux incendies, on peut penser aux tempêtes et notamment à la tempête Xinthia, dont on se souvient tous, qui a quand même détruit une bonne partie de la côte française et a eu un impact très important non seulement sur les habitants, mais aussi sur les entreprises, les villes, et qui a nécessité de mettre en place une énorme stratégie de résilience pour faire face à ces enjeux-là.
- #Clotilde
Donc on se rend compte que la transition écologique, c'est très concret, ça touche aussi notre travail, notre façon de vivre, de consommer. Et même des sujets comme le pouvoir d'achat et les inégalités au final ?
- #Joanne
Complètement. Les inégalités notamment, on voit bien que les populations les plus pauvres sont souvent les plus impactées par les enjeux de transition écologique. Prenons l'exemple d'un pays, peu importe lequel, qui serait impacté par une catastrophe naturelle. Sans moyens financiers, la reconstruction derrière va être beaucoup plus compliquée que pour un pays beaucoup plus riche. et donc remettre en place ces infrastructures, les reconstruire. Réparer le patrimoine aussi naturel, venir replanter, réaccompagner toute cette restructuration territoriale est plus difficile quand on n'a pas de moyens financiers. Et au niveau individuel également, prenons l'exemple du logement. Quelqu'un qui n'aurait pas forcément les moyens d'isoler son logement sera forcément plus impacté dans le long terme que quelqu'un qui peut passer sa passe intermique en bâtiment éco-conçu, autonome.
- #Clotilde
Alors on parle beaucoup de transition écologique à travers le carbone, les émissions de CO2, et c'est vrai qu'un Français émet en moyenne autour de 9 tonnes de CO2 par an. En 2050, l'objectif c'est d'atteindre 2 tonnes, mais est-ce que réduire son empreinte carbone c'est suffisant ?
- #Joanne
C'est une première étape. Souvent, on commence par réduire l'empreinte carbone parce que le carbone c'est quelque chose qui est mesurable, grâce notamment au bilan carbone. Donc ça permet d'avoir une vision très claire de notre impact en tant qu'individu sur l'émission de gaz à effet de serre, et donc... de facto sur le changement climatique. Il y a notamment une plateforme de l'ADEME, l'Agence pour la Transition Écologique de l'État, qui s'appelle Nos Gestes Climat, et qui permet à tout et chacun de faire son propre bilan carbone. Cette activité-là permet d'identifier les postes d'émissions principaux en tant qu'individus. Et ça permet de prendre conscience finalement que des fois les émissions principales ne sont pas là où on le pense, et surtout d'identifier nos marges de manœuvre. Il y a des choses qui seront plus faciles à mettre en œuvre que d'autres. Qu'on soit un individu ou une entreprise.
- #Clotilde
Lesquels par exemple ?
- #Joanne
Par exemple, on voit qu'on a des émissions importantes sur la question énergétique. En tant qu'individu, si on veut réduire notre consommation énergétique et qu'on en a les moyens, on peut très bien isoler notre logement et choisir un contrat avec du biogaz plutôt que du gaz classique, de l'électricité verte plutôt que de l'électricité classique. Et donc là, on va avoir un impact positif immédiat rien qu'en changeant de contrat et en isolant sa maison. Ça, ça nécessite un investissement financier fort. Et parfois l'État a des aides aussi qui permettent d'aider les particuliers à le mettre en œuvre. L'empreinte carbone est réduite directement dès que c'est mis en œuvre. Par contre, il y a des choses qui sont plus compliquées. Par exemple, on parlait du pouvoir d'achat. Choisir ce qu'on achète avec un regard environnemental, c'est plus difficile. Parce que déjà, il faut des clés de lecture, il faut comprendre, il faut pouvoir analyser le produit. Il y a beaucoup de choses sur Internet pour lire, se renseigner. Mais quand on est dans un magasin... On n'a pas d'informations sur l'empreinte écologique de ce gâteau-là ou de cet autre gâteau-là. Donc le choix est plus compliqué et ça nécessite aussi des changements de comportement. Quelqu'un qui va commencer à s'interroger sur sa manière d'acheter, c'est vraiment un premier pas. Après ça devient plus simple, ça devient un automatisme et au début un investissement un peu en temps et en recherche pour comprendre pourquoi ce produit-là est peut-être moins impactant que cet autre produit-là.
- #Clotilde
Et justement, beaucoup de discours reposent aujourd'hui sur l'idée de mieux consommer, mais est-ce que le vrai levier, ce n'est pas aussi de consommer moins, que ce soit en tant que société, mais aussi en tant qu'individu ?
- #Joanne
Je pense que les deux se rejoignent. Quand on consomme mieux, souvent on consomme moins. Et il n'est pas forcément nécessaire de vraiment consommer moins pour consommer mieux. Si quelqu'un consomme du soda tous les jours, il va peut-être s'interroger... sur sa manière de consommer ce soda-là. Et il va peut-être faire le choix d'aller vers un soda qui soit conçu localement, avec une infusion de fruits ou de plantes, quelque chose de bio et qui ait un impact environnemental moindre, mais qui va peut-être coûter plus cher. Et donc là, peut-être que le choix, ce sera de ne pas boire du soda tous les jours, mais d'en boire une ou deux fois par semaine. Donc, en consommer moins, mais en consommer mieux. Et finalement, le plaisir sera le même, voire... Plus important parce que ce sera moins régulier, donc il y aura quelque chose d'un petit peu exceptionnel autour de ça.
- #Clotilde
Et si on reprend ces chiffres des 9 tonnes et des 2 tonnes en 2050, c'est vrai que moi ça m'interroge un peu. C'est énorme comme changement.
- #Joanne
Est-ce qu'aujourd'hui on est sur une bonne lancée pour atteindre ce chiffre ? Les collectivités, l'État travaillent vraiment sur ces questions-là et accompagnent ces opérateurs, ces entreprises publiques et travaillent avec les entreprises privées aussi. Pour pouvoir les atteindre, je pense que rien n'est impossible, il nous reste un peu plus de 20 ans. Mais ça nécessite quand même une adaptation forte de nos manières de produire, de nos manières de consommer pour pouvoir les atteindre. Aujourd'hui, sur les 9 tonnes dont vous parlez, il y a à peu près 1,8 tonnes qui sont en fait l'empreinte carbone des services publics répartis sur l'ensemble des Français.
- #Clotilde
Oui, donc ça va être l'administration, les hôpitaux, en gros des choses qu'on ne peut pas changer.
- #Joanne
Oui, les hôpitaux, l'école, notamment les services ministériels, tout ce qui va toucher au public. Donc, il y a un enjeu fort à ce que le secteur public se décarbone. Il y a aussi un devoir d'exemplarité de l'État. Il faut que les entreprises se décarbonent, il faut que le service public se décarbone et il faut que nous-mêmes, en tant qu'individus, on fasse évoluer notre manière d'acheter, de voyager et qu'on repense aussi ce qui est vraiment important dans la vie.
- #Clotilde
C'est vrai qu'on a souvent plus tendance à parler des gestes individuels, mais comme vous le disiez, les entreprises, les collectivités ont elles aussi un rôle énorme à jouer dans la transition écologique. On entend donc beaucoup parler de bilan carbone, de stratégie RSE, du jargon qu'on ne comprend pas toujours forcément. Mais alors concrètement, quand une entreprise décide d'agir, par quoi elle commence ?
- #Joanne
Souvent, une entreprise va commencer par faire son bilan carbone. Parce que justement, c'est quelque chose de mesurable. Il y a une méthodologie qui est approuvée au niveau... nationales, et donc ça permet d'avoir une base de connaissance, de connaître son impact à minima sur l'exémission de gaz à effet de serre, et ensuite de pouvoir piloter une réduction de ces derniers. Ça ne veut pas dire que les entreprises n'ont que des impacts sur les gaz à effet de serre. On a évidemment d'autres impacts sur la pollution, la biodiversité, etc. Mais de manière générale, on va commencer par faire un bilan carbone. Après, certaines structures vont pouvoir commencer par faire un inventaire biodiversité, des inventaires faune-flore. Une collectivité qui aurait beaucoup de fonciers, des forêts ou des espaces naturels, qui vont plutôt commencer par faire cet inventaire-là pour connaître l'état de leur biodiversité, ensuite travailler sur la reconstruction, faire revenir des espèces en voie de disparition, ce genre de choses. Ça dépend de l'angle qui est choisi et de la singularité de la structure. Une fois qu'on a fait ce premier bilan, on peut définir des actions qui vont permettre soit de réduire notre impact sur les gaz à effet de serre, soit... d'augmenter la biodiversité.
- #Clotilde
Et aujourd'hui, beaucoup de structures découvrent que la majorité de leurs émissions ne viennent pas directement de leur bureau ou de leur consommation d'énergie, mais de toute une chaîne de valeurs. Donc ça va être les fournisseurs, le transport, les achats, l'usage de produits, entre autres. C'est ce qu'on appelle le scope 3. Est-ce que ça ne change pas complètement la manière de repenser l'entreprise ?
- #Joanne
Oui, alors peut-être pour expliquer le terme scope 3, dans un bilan carbone, historiquement, on a trois scopes. Le scope 1 qui est lié aux énergies. Direct, donc la consommation de pétrole par exemple, d'électricité. Le scope 2 sur les énergies indirectes. Et puis le scope 3 sur finalement les achats, le fret, la mobilité des agents, tout ce qui va être autour de la consommation d'énergie relativement directe. Quand on achète quelque chose, on n'a pas forcément l'impression que c'est de la consommation d'énergie, mais en fait c'en est, parce que la personne qui l'a produite en a émise, l'objet a été déplacé. Donc oui, c'est ce fameux scope 3 qui est le plus impactant. Il est intéressant pour ça parce que ça permet de se rendre compte que tout est interconnecté. Si votre fournisseur de n'importe quelle pièce dont vous avez besoin dans votre usine se décarbone, de facto votre propre bilan carbone va baisser, puisque vous allez prendre en compte la part d'émissions carbone associée à cet objet-là. Et quand vous, vous allez éco-produire ce que vous alliez produire avec cette pièce-là, le bilan carbone des autres va aussi baisser. Le vôtre va baisser, mais aussi suite des autres. Ça montre qu'il faut travailler ensemble, de manière partenariale, avec les entreprises auprès desquelles on achète, et s'interroger sur notre chaîne de production, notre chaîne de valeur et nos modèles d'affaires.
- #Clotilde
Donc en fait, le cercle vertueux, il se crée assez rapidement.
- #Joanne
D'un point de vue théorique, oui.
- #Clotilde
Et alors justement, quand une entreprise, elle veut agir rapidement, quels sont généralement les leviers les plus efficaces ?
- #Joanne
Alors ça va être un peu la même chose que sur la partie individuelle. C'est-à-dire qu'une entreprise qui veut réduire ses émissions, dans les trois années à venir, si elle isole ses bâtiments et elle diversifie son mix énergétique. Donc elle va vers du biogaz, de l'énergie verte, elle sort des énergies fossiles au maximum, son bilan carbone va baisser. Et elle travaille aussi évidemment sur la réduction de la consommation énergétique puisque ça ne suffit pas de diversifier son mix énergétique. Donc là on va avoir des gains immédiats qui sont très bons. Après ces gains-là vont stagner. La consommation énergétique, une fois qu'on l'a baissée et une fois qu'on l'a modifiée, elle reste là, elle reste existante. La plupart du temps, on ne pourra pas la faire disparaître, sauf quelques exceptions ou des cas très particuliers.
- #Clotilde
Si on devait dessiner une entreprise en 2050, une structure qui serait réellement compatible avec les limites planétaires, à quoi elle ressemblerait ?
- #Joanne
Idéalement, on serait dans des locaux... Soit de l'ancien rénové, soit du neuf bien pensé, qui consomme donc très peu, avec une prise en compte des enjeux de numérique aussi, c'est-à-dire travailler sur le cycle de vie du matériel numérique de l'agent, le réparer, l'assurer, faire en sorte qu'il vive plus que deux, trois ans, comme c'est parfois le cas dans certaines structures. C'est ensuite des actions qui sont vraiment sur le long terme, qui nécessitent de repenser notre manière d'acheter, notre manière de consommer en tant qu'entreprise. de produire aussi, permettre aux agents d'avoir du sens aussi dans leur activité, faire en sorte que chacun puisse participer à cette transition, puisse apporter leur pierre à l'édifice pour pouvoir aller avoir une entreprise la plus verte possible.
- #Clotilde
Et c'est vrai que vous accompagnez aussi des équipes et des salariés. Est-ce qu'on sent aujourd'hui une attente de plus en plus forte des collaborateurs sur ce sujet ?
- #Joanne
Oui, il y a beaucoup de gens qui recherchent du sens dans ce qu'ils font, qui peuvent être des fois culpabilisés par leur métier. Et justement, l'entreprise a un rôle très important à jouer. Et il y a des entreprises qui vont vraiment faire en sorte que leurs agents puissent s'investir pour la transition écologique et pour faire en sorte que leur industrie baisse leurs émissions de CO2.
- #Clotilde
Et justement, comment est-ce qu'un salarié, à son échelle, il peut devenir moteur de transition écologique au sein de sa structure ?
- #Joanne
Je pense qu'il peut devenir moteur déjà en se posant la question de comment il peut l'intégrer dans son quotidien en tant qu'agent. Est-ce que les choix qu'il fait dans son métier sont cohérents avec les enjeux de transition écologique ? Et proposer des choses, proposer à sa hiérarchie, essayer de montrer que la transition écologique peut avoir un impact positif sur la manière de faire et sur les résultats espérés de l'entreprise.
- #Clotilde
Et plus largement pour vous, comment la transition écologique va transformer les métiers, les compétences et notre rapport au travail en tant que collaborateur, en tant qu'agent ?
- #Joanne
Je pense que ça va dépendre des métiers. Il y a des métiers qui vont être très impactés parce que directement liés à ces questions-là. Et il y a des métiers qui pourraient l'être moins ou qui vont l'être par de nouvelles activités, des fois de nouvelles réglementations. Par exemple, les budgets verts, qui sont des manières d'analyser le budget d'une structure au regard des enjeux de transition écologique. Et donc, on va venir flécher pour chaque dépense quel est son impact. Là, le métier du financier va évoluer, puisqu'il va devoir... acquérir une nouvelle compétence et s'accompagner d'experts en transition écologique qui vont pouvoir l'aider à faire ce budget vert. Et de facto, cette analyse va faire en sorte que les opérationnels s'interrogent sur leur manière de faire aussi et sur le budget qu'ils ont demandé. Ils vont participer à ces budgets verts, à ces analyses-là. Ils vont pouvoir se rendre compte de l'impact qu'a leur projet et s'interroger sur comment le faire différemment.
- #Clotilde
Et si on prend une structure dans sa globalité, pour vous aujourd'hui, qu'est-ce qui freine encore le passage à l'action ? Est-ce que c'est une question de coût, de formation, d'habitude ou même de compétitivité ?
- #Joanne
Je pense que c'est surtout une question de volonté.
- #Clotilde
C'est-à-dire ? Parce que c'est vrai qu'on a toujours tendance à imaginer que c'est l'argent le principal frein.
- #Joanne
En fait, la transition écologique coûte pas forcément plus cher. Elle va souvent nécessiter un poste dans une structure, à minima une personne qui pourra coordonner ces choses-là, donc il va y avoir un coût salarial. Après, l'objectif, c'est de faire évoluer l'activité sans en augmenter le budget. On va parfois dépenser plus sur certaines choses, notamment par exemple sur la rénovation énergétique, mais peut-être moins sur d'autres, parce qu'on aura analysé l'activité et qu'on se sera rendu compte que la manière dont on la faisait était plus dispensée qu'elle ne le nécessite. Ou alors, s'orienter vers des choix d'achats plus durables qui ne coûtent pas forcément plus cher. Je pense que c'est une méconception que tout ce qui est en lien avec la transition écologique coûte plus cher. Il y a des choses qui coûtent moins cher ou qui coûtent... le même prix. Ça dépend vraiment de la manière dont on le fait. Par exemple, je travaillais avant sur des questions de végétalisation de cours d'école. Quand on végétalise une cours d'école, l'argument premier qu'on peut avoir, c'est « Ah non, mais ça va coûter beaucoup plus cher que de faire une cours en béton. » Ce n'est pas le cas.
- #Clotilde
Les budgets sont quasiment identiques, voire les courbes utilisées coûtent moins cher. Ça dépend évidemment de comment est porté le projet, avec qui vous travaillez, quelles espèces vous allez bien planter, comment vous le faites, etc. Mais c'est possible de faire des projets écologiques qui ne coûtent pas plus cher.
- #Joanne
Et par exemple, si on prend une petite structure qui veut commencer à agir, mais qui ne sait pas trop où aller, qui n'a pas forcément les moyens, par exemple, de recruter quelqu'un, de spécialiser sur ce sujet-là, vers qui elle doit se diriger pour commencer ?
- #Clotilde
Il y a beaucoup de ressources, notamment... grâce à l'ADEME, qui forment le privé. Des formations qui sont souvent gratuites ou très peu coûteuses, qui peuvent permettre de prendre conscience de ces enjeux-là. Il y a aussi des formations en ligne, notamment le BAB du climat que le Cned a produit avec des experts du GIEC, qui garantit une base de connaissances solide et approuvée par ces experts-là. Donc, on peut se référer à cette plateforme-là pour avoir des informations fiables. Après, sur la manière de prendre en compte ces enjeux-là dans la structure, il y a de la formation, comme par exemple avec l'ADEME, mais c'est aussi vraiment s'interroger sur sa manière de faire. La première chose, c'est pourquoi je fais de telle manière-là ? Pourquoi j'achète ça ? Est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Est-ce que je peux le faire autrement ? Et en tant que petite structure, ce que je produis, pourquoi je le produis, pour qui ? On s'interroge vraiment sur le besoin, pour pouvoir ensuite redéfinir notre manière de faire et le faire de manière plus écologique.
- #Joanne
Donc la clé, c'est vraiment la prise de conscience.
- #Clotilde
Ouais, et se poser des questions.
- #Joanne
Alors on va maintenant passer à une partie un petit peu plus rapide. Je vais vous donner des idées reçues que j'ai pu entendre et vous allez me dire si c'est vrai ou faux.
- #Clotilde
Alors pour commencer, le tri sélectif, ça ne sert à rien. Si, le tri sélectif ça sert. Déjà parce que chaque différent type de déchet va être envoyé vers des filles à deux traitements différentes et qui lui sont adaptées, donc c'est important de crier. Les générations précédentes ont épuisé la planète. Je dirais plutôt que c'est faux. Les générations précédentes ont contribué à construire le système dans lequel on est aujourd'hui. Cependant, les émissions de gaz à effet de serre n'ont jamais été aussi importantes que durant les 50 dernières années. Donc forcément, les choix d'aujourd'hui sont très impactants. Et c'est les générations d'aujourd'hui qui aussi choisissent de s'orienter vers tel ou tel modèle de production et qui ont aussi un impact important. Et de manière générale, je dirais qu'il ne faut pas forcément culpabiliser le passé, plutôt s'interroger sur comment agir aujourd'hui. L'écologie, c'est un truc de riche. Pas forcément. Il faut savoir que 1% des plus riches émettent 16% des émissions de gaz à effet de serre mondial. Donc forcément, les riches polluent. Plus on est riche, plus on consomme. Cependant, ce n'est pas forcément que les riches qui doivent agir ou qui doivent se poser la question. Il y a les 16% d'émissions et puis il y a le reste. Donc, on est tous concernés par les enjeux de transition écologique.
- #Joanne
Nos actions individuelles ne servent à rien face au changement climatique.
- #Clotilde
Si, les actions individuelles sont importantes, au même titre que sont les actions collectives, elles ne fonctionnent pas l'une sans l'autre. C'est vraiment interconnecté. Les actions individuelles vont avoir notamment, par exemple en termes de consommation, si une population décide de moins consommer quelque chose, l'industrie devra moins en produire ou le produire différemment.
- #Joanne
Il faut forcément remplacer la viande par des produits végétaux pour réduire son empreinte carbone ?
- #Clotilde
Non, pas forcément. L'objectif, il est aussi de consommer mieux pour le coup. Et justement, si on consomme moins de viande, mais de manière plus responsable, avec une viande produite localement, dans des bonnes conditions et de manière plus écologique, on va aussi participer à réduire notre empreinte carbone tout en continuant à manger de la viande. Le bio, c'est forcément plus écolo ? Pas forcément. Le bio, c'est plus écolo parce qu'il y a moins d'intrants chimiques. Donc, forcément, on va réduire l'impact écologique. Cependant, si je prends l'exemple des tomates, il y a des tomates bio en hiver qui sont produites sous serre chauffée, qui ont un impact très important sur le changement climatique. Il n'y a pas d'intrants chimiques, donc ça éveille moins sur ce point de vue-là, mais il n'empêche qu'elles ne sont pas écologiques. Tous les métiers sont impactés par la transition écologique ? Oui, tous les métiers sont impactés, tout le monde est impacté au quotidien et tous les métiers seront... amené à évoluer de différentes manières, à différentes échelles, de différents niveaux, mais tous les métiers seront impactés.
- #Joanne
L'écologie coûte toujours plus cher aux entreprises ?
- #Clotilde
Non, l'écologie peut coûter plus cher, peut coûter moins cher ou peut coûter le même prix en fonction de la manière dont on la met en œuvre.
- #Joanne
On a tous des obligations environnementales ?
- #Clotilde
Oui, que ce soit en tant que particulier ou en tant qu'entreprise, on a tous des obligations environnementales. Ne serait-ce que l'obligation de trier ses déchets, qui peut être accompagnée de différentes amendes si ce n'est pas respecté. Et les entreprises ont des obligations environnementales, notamment via, par exemple, des lois européennes comme la CSRD, mais aussi l'établissement d'un bilan carbone qui est obligatoire et la mise en place d'un plan de transition et d'une démarche de décarbonation.
- #Joanne
Pour créer un mode de vie durable, il faut moins consommer ?
- #Clotilde
Il faut consommer moins, en tout cas il faut consommer mieux et s'interroger sur nos modèles de consommation.
- #Joanne
Ces idées reçues et vos réponses sur ces idées reçues nous ont un petit peu donné des clés de compréhension, mais si on veut aller plus loin, comment est-ce qu'on peut se former pour mieux comprendre les enjeux écologiques ? Il y a beaucoup de ressources. Je parlais du B.A.B.A.,
- #Clotilde
du Climat et de la Biodiversité tout à l'heure. C'est une formation qui est en ligne, qui est gratuite pour le grand public, et qui va traiter de ce que c'est que le changement climatique, ses causes, ses conséquences, qui va aussi parler de la crise de la biodiversité, et puis de demain, comment est-ce que la société... peut évoluer, vers quel type de scénario on peut aller pour justement réduire notre impact et puis s'adapter surtout au réchauffement climatique. Mais il y a plein d'autres ressources en ligne. On parlait des gestes climat, de l'ADEME qui est très bien. L'ADEME a beaucoup, beaucoup de documents, beaucoup d'infographies, de brochures qui peuvent permettre à n'importe quel citoyen de se former.
- #Joanne
Oui, donc en fait, mieux comprendre ces sujets, c'est aussi une façon de nous redonner du pouvoir d'agir.
- #Clotilde
Complètement. Si on comprend... Ce qui est en train de se jouer, on peut agir à tout niveau. Tout le monde peut agir de la manière qu'il le peut, qu'il le souhaite. Et donc, comprendre est important et il permet d'agir. En tout cas, permettre d'avoir les clés de lecture pour connaître l'impact de nos choix, de nos vies. Et ensuite, pouvoir aussi faire des choix sur comment on agit, où est-ce qu'on agit selon nos sensibilités, nos valeurs, nos choix personnels.
- #Joanne
Et vous avez justement vécu auprès d'une population autochtone. Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur votre rapport à la nature, aux ressources, à la consommation ?
- #Clotilde
Oui, j'ai vécu à Haïda Gouaï, anciennement les îles de la Reine Charlotte, qui est un archipel au large de Vancouver, entre l'île de Vancouver et l'Alaska. C'est un territoire insulaire qui a une particularité, puisqu'il y a historiquement un seul peuple Première Nation qui a vécu sur ce territoire-là. Donc il n'y a pas de problématique territoriale qui se superpose. Sa particularité insulaire fait aussi qu'il y a un rapport très important avec ce qui entoure les populations locales, puisque les ravitaillements ne sont pas forcément quotidiens ni simples, et tout ce qui va être importé va coûter très cher. Donc, que ce soit à l'époque des Premières Nations, avant la colonisation, ou que ce soit aujourd'hui, il y a toujours un rapport très important à la ressource, et à comment on l'utilise et comment on la mobilise. Tout ce qui est prélevé à la nature, être utilisée en fonction du besoin qu'on a. Si je tue un animal pour le consommer, parce que j'en ai besoin, tout l'animal va être utilisé. Il n'y aura pas de choses qui vont être jetées. Et il n'y a rien qui va être détruit. Parce que justement, on prend une vie. Il y a vraiment ce rapport à la consommation de ce qui nous est fourni par la nature qui est vraiment pris en compte au quotidien. On se rend compte aussi que si on prélève plus que ce qu'on a besoin, l'année suivante, il y aura moins. Et si on fait ça pendant plusieurs années, il finira par ne plus y en avoir. Je peux peut-être aussi vous donner un exemple de mobilisation environnementale qui a eu lieu sur cet archipel. Les Haïdas, à la fin du XXe siècle, ont fait face à une grande phase de déforestation puisque des entreprises venaient au sud de l'archipel pour prélever du bois de qualité, du bois d'arbres centenaires qui était présent. Une bonne partie du sud de cet archipel a été détruit et déforesté dans la fin du XXe siècle. Il y a eu une mobilisation très importante de la part des Haïdas pour faire face à ces entreprises. Ils se sont battus pour les faire partir et ils ont réussi à obtenir une forme d'autonomie gouvernementale. En première partie sur le sud de l'archipel et ensuite plus tard sur l'ensemble de l'archipel. Ce qui leur a permis de reprendre la main sur leurs ressources. de replanter, de recréer cet écosystème, et aujourd'hui de prélever seulement ce dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin.
- #Joanne
Et est-ce qu'aujourd'hui, par exemple, c'est une population qui vit concrètement les effets du changement climatique ?
- #Clotilde
Oui, cette population est impactée par le changement climatique. Là, j'ai parlé de la déforestation, mais on pourrait aussi parler de l'exploitation pétrolière. Il y a beaucoup d'exploitations pétrolières au Canada, qui ensuite est envoyée vers d'autres pays, comme les Etats-Unis ou la Chine. dans les années 2013, les... Une entreprise voulait faire passer des tankers au large d'Aïda Gouaï. C'était un vrai risque environnemental grave. Parce que s'il y a n'importe quel accident, au-delà de tout ce que peuvent rejeter ces bateaux-là, s'il y a n'importe quel accident pétrolier, c'est des parties de la nature extrêmement protégées qui seraient détruites. Donc oui, ils sont de facto impactés par le changement climatique et en tout cas par les choix de l'humain qui peuvent avoir un impact important sur la nature. pas que au niveau du réchauffement climatique, mais aussi de la biodiversité. Par exemple, si on prend l'exemple des déchets, en territoire insulaire, on se rend vite compte de l'impact de ce qu'on produit. Les déchets coûtent très cher à être exportés de l'archipel ou à être traités sur l'archipel, puisqu'il n'y a pas forcément de centrale de traitement comme on peut en avoir sur le continent. Il y a eu un moment où les personnes trouvaient des solutions de facilité, c'est-à-dire laisser les déchets dans la nature. Je ne sais pas quoi en faire, je ne veux pas payer pour le faire exporter, je vais le laisser dans la nature. Sauf que ces déchets attirent des animaux, notamment des ours, qui se rapprochent des villages et qui deviennent dangereux pour l'humain. Donc l'impact de l'humain qui laisse ces déchets a un impact important sur l'humain lui-même, puisque l'ours devient un danger, alors qu'il cohabite très très bien avec les ours sur l'archipel. Et c'est vraiment un cercle vicieux.
- #Joanne
Comment éviter l'éco-anxiété ou le sentiment d'impuissance quand on découvre justement l'ampleur des enjeux ?
- #Clotilde
Je pense qu'il faut se rappeler que tout le monde peut agir. À son niveau, sur plein de petites choses du quotidien, mais aussi sur son métier.
- #Joanne
Et alors aujourd'hui, comment intégrer la transition écologique dans les modèles éducatifs ? Comment est-ce qu'on crée une vraie culture écologique commune ?
- #Clotilde
Aujourd'hui, je pense que l'école a un rôle très important et un rôle à jouer sur l'intégration de la transition écologique auprès des jeunes, auprès des élèves en formation. Par exemple, le ministère de l'Éducation nationale a développé un référentiel qui est finalement une base de connaissances communes que tous les élèves devraient avoir en sortie de terminale. Si toutes les générations futures ont cette base de connaissances-là, forcément leurs choix dans leur vie d'adultes seront différents de ceux qu'on a pu faire ou qu'ont pu faire nos ancêtres. Et cette base de connaissances-là, elle est importante non seulement pour les enfants qui grandissent, mais aussi pour les adultes. Et c'est pour ça qu'au Cned, on s'interroge aussi sur la manière dont on peut intégrer ce référentiel-là, en le faisant parfois évoluer en fonction des formations, à des formations pour les adultes. Pouvoir justement intégrer une base de connaissances, garantir que chacun puisse comprendre ce que c'est que l'impact sur l'alimentation, ce que c'est que le cycle de l'eau et toutes les problématiques autour de l'eau, toutes les problématiques autour de la biodiversité, mais aussi du numérique, du numérique responsable, qu'est-ce que c'est que vivre autrement. comment on peut se déplacer autrement. Et idéalement, et c'est ce qu'on essaye de faire, comment on intègre ces questions-là dans le métier. Donc par exemple, dans le BTS diététique, on essaye de transmettre cette base de connaissances-là, mais aussi d'interroger et de faire s'interroger l'apprenant sur comment il peut transformer sa pratique au regard de ses enjeux. Merci Clotilde,
- #Joanne
et merci à vous d'avoir écouté ce nouvel épisode de Perspective. Aujourd'hui, on a beaucoup parlé de transition écologique, et parmi les enjeux qui y sont directement liés, il y a aussi notre manière de nous alimenter. Ce que l'on consomme, l'impact sur l'environnement, mais aussi sur notre santé. Alors si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez retrouver notre interview consacrée à la nutrition avec la diététicienne Alexandra Murcier. Si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à lui laisser une note ou un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. A bientôt dans Perspective !