Speaker #0Musique Musique Musique Musique A la fin de l'été dernier, l'homme que j'aimais a disparu de ma vie. Ce fut un effacement lent, puis une fuite soudaine. Ce fut comme ces journées d'été qui tournent vicieusement à l'orage et ruinent les projets de dîner sous les étoiles. Mais dans cette désolation, il y a le pétricor. Le pétricor, c'est l'odeur de la terre, l'été après la pluie. Musique On m'a dit que dans ma ville, il allait pleuvoir un moment, et que je pouvais rester à l'abri, sortir avec un parapluie ou danser sous la pluie. Et je suis quelqu'un qui danse. Et la beauté surgit de partout, de tout ce que je vis, de toutes ces histoires qu'on me raconte. Moi, en qui le chagrin semble avoir ouvert une porte nouvelle. J'ai toujours écrit à ceux que j'aimais d'amour, par passion, par douleur, presque toujours des hommes. Et jamais sur toutes celles et ceux qui me portent, m'écoutent ou justement tournent. Alors il est temps d'écrire sur ses autres aussi. Je vais écrire sur l'amour, mais avec ses autres. Sur l'amour et ce qu'il y a dans son sillage. Écoutez ses autres qui tentent de le réinventer. Le cherchent, y renoncent. Le ratent, le retrouvent, le transmettent, le découvrent ou le perdent. Ceux qui le vivent avec Dieu et ceux qui y ont vu l'enfer. J'aurais aimé n'avoir que cela à faire, mais je ne suis mue que par l'envie de raconter. Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas artiste. Écoutez avec votre cœur. Ce podcast se poursuit à Marseille en avril 2025 et Romain, mon ami, en sera le héros presque ordinaire. Et on parlera de ce que c'est que d'élever un enfant qui n'est pas le sien, mais celui de la personne qu'on aime. J'ai rencontré Romain l'été 2012, en Suède. J'avais réussi à obtenir trois semaines de congé pendant l'été pour partir faire du buffing. Autrement dit, travailler quelques heures par jour dans une ferme en échange du gîte et du couvert. Je me souviens de cet instant où je dis au revoir à celui qui était mon mari, et où sur le pas de la porte, le sac sur le dos, j'avais pour la première fois envie d'autre chose. J'étais lassée de voyager seule. en laissant derrière moi l'homme avec lequel je vivais. J'avais pour la première fois envie d'avoir un enfant dans le ventre. Et quelques mois après, j'attendais ma fille. Ce fut mon dernier été de vraie liberté, où je n'existais au final que pour moi-même. J'avais fait le voyage en train, et j'étais arrivée à la nuit tombée en bus dans un petit village du sud de la Suède où un géant m'attendait dans une camionnette jaune qui sentait la poule. Et assise sur la banquette, il y avait un autre Français. C'était Romain. A la ferme, il y avait une Suisse allemande qui cuisinait d'affreux plats et deux Taïwanaises qui n'avaient même jamais fait cuire de riz de leur vie. La ferme était d'une saleté impressionnante. Thorbjörn, le fermier, avait aménagé dans le grenier de sa grange des boxes pour ses bouffeurs, chacun meublé d'un lit de cante, d'une table et d'une chaise d'écolier. Il y avait de la paille au sol, des araignées, et on y accédait par une échelle de meunier, sans lumière. Romain me tendit une paire de draps, encore humides, lavés après le départ matinal du bouffeur me précédant. et m'expliqua que l'eau était limitée car elle venait d'un étang quasiment asséché cet été. Nous irions d'ailleurs nous doucher de temps en temps dans les tables du voisin. Je m'endormis en me demandant pourquoi j'avais eu cette horrible idée de venir là. Le lendemain, à la lumière du jour, les choses étaient plus douces. Nous levions chaque jour à 7h, déjeunions de galettes suédoises, de fromage et de miel, puis partions travailler dehors. Il faisait beau, l'air était doux. Romain et moi devions construire une serre. Rapidement, je trouvais sa présence agréable et drôle. Il posait un regard fataliste, un peu ironique, mais bienveillant sur Torbjörn, la ferme, les autres bouffeurs. Torbjörn parcourait souvent sa ferme dès l'aube, pieds nus, dans des t-shirts troués et un short de chantier fluo. Ses pieds étaient immenses et toujours pleins de terre. Il conduisait ainsi le tracteur, ou bêché, retournant des volumes de terre énormes d'une seule pelleté, ou soulevant la tondeuse embourbée d'un bras. Il avait un regard bleu clair perçant, la peau rougie et ridée, des cheveux blancs en brosse. Son père était amiral. Et Torbjörn avait parcouru la terre enfant et parlait plein de langues. Sa femme était partie, lui laissant la ferme et la solitude qu'il déjouait en accueillant des wouffeurs, qui lui écoutaient, je pense, parfois davantage en nourriture que ce qu'ils amenaient en force de travail. Le samedi, il choisissait deux wouffeurs pour l'accompagner à la ville locale, Lund, où il vendait sa production de légumes et de plantes sur le marché. Il fallait alors se lever à l'aube, sortir dans la fraîcheur après une toilette de chat. Une fois l'étal installé, Torbjörn allait chercher des cannelles boulard et des bananes pour le petit déjeuner. Les woofers semblaient toujours une source de curiosité pour les clients qui essayaient d'utiliser auprès de nous les quelques mots de français qu'ils connaissaient. Après le marché, Torbjörn nous emmenait au supermarché acheter ce qui manquait à la ferme. Il finissait au magasin d'alcool, où il s'accordait un petit cubit de vin qu'il buvait jusqu'à l'ivresse, uniquement le samedi soir avec son voisin, un vieux célibataire comme lui, à la table de la cuisine. Les woofers devaient cuisiner et Romain et moi nous prîmes bien vite au jeu de réaliser des plats incroyables avec le peu que nous avions dans le frigo, dans les champs et les serres, et jamais à la ferme on avait apparemment aussi bien mangé. Il y avait bien peu de confort, mais on oubliait les araignées et les vieux matelas de laine après avoir trié et ramassé des pommes de terre. Je découvrais la satisfaction intense qu'on éprouve, le corps fatigué allongé dans les ballots de paille dans la remorque d'un tracteur, lorsqu'on rentre du dernier aller-retour des champs à la grange dans le soleil déclinant. Je ne me souviens pas de grand-chose de mes échanges avec Romain à la ferme, mais j'en garde le souvenir de quelque chose de doux et joyeux. Depuis, hormis l'année du Covid, Romain et moi nous voyons au moins deux fois par an, une fois chez lui au printemps, une fois chez moi à l'automne. Entre deux, nous nous fixons des rendez-vous téléphoniques le soir, où nous discutons une ou deux heures comme nous prendrions un café si nous étions dans la même ville. Nous y parlons toujours de travail, de livres et de films, mais ces dernières années, nos conversations sont devenues plus personnelles. J'ai toujours connu Romain célibataire, je crois. Souvent amoureux de filles qu'il voyait comme un ami. Des filles souvent un peu perdues, un peu fragiles. Je crois que souvent, il souffrait avec une certaine pudeur. Romain a toujours travaillé pour des associations humanitaires qui gèrent l'immense misère structurellement présente à Marseille, avec une force tranquille, fidèle à ses convictions. La période du Covid plongeant toute une population de travailleurs journaliers clandestins dans une situation d'urgence totale, acheva de l'épuiser professionnellement. Il lui fallut apprendre à poser ses limites, et rester parfois sourd à la détresse pour pouvoir lui rester debout. Soigner en thérapie le syndrome du sauveur. Enfin, soigner et canaliser. Parfois, sur le ton de l'humour, Romain disait « Je vais repartir à la chasse » , sous-entendant « Essayer de rencontrer quelqu'un » . Ironiquement, car, de ce que je perçois, je crois que Romain est parmi les hommes qui m'entourent le moins prédateur. Il a cette masculinité douce et sereine, prévenante et bienveillante sans être infantilisante ou oppressante, qui ne cherche pas à prendre place, à prouver quoi que ce soit, et dénuée de toute séduction ou ambiguïté quant à une quelconque attente sexuelle avec moi. Ses amis sont du même genre. Ils expriment leurs émotions, partagent leurs problèmes et vont en thérapie si nécessaire. Je peux passer des jours avec Romain. Sa présence m'est tranquille. Nous marchons beaucoup, parlons, cuisinons. Parfois, je vois ses amis qui me connaissent et je les revois d'année en année. Romain joue de la guitare et souvent je lui envoie des morceaux à travailler pour pouvoir chanter quand nous passons à nouveau quelques jours ensemble. L'an dernier, la mère de Romain est tombée malade et on lui a diagnostiqué une tumeur au cerveau. Une opération l'avait tirée d'affaire. Quelques jours après, elle mourut subitement d'une maladie nosocomiale. Romain se retrouva en quelques jours orphelin, et également en charge de sa grand-mère en fin de vie, qui mourut à son tour quelques mois plus tard. Romain me raconta que, le soir de l'enterrement de sa mère, son père teinte à leur parler, à son frère et lui. « C'était comme dans un film français » , me dit-il. En plus, c'était un soir de pluie. Romain avait toujours su que son père n'était pas son géniteur, mais sa mère n'avait jamais souhaité en parler. Son père avait maintenant la liberté et le besoin de tout dire. Le père biologique de Romain vivait dans la ville dans laquelle il avait grandi. Il était médecin comme sa mère. Il avait donc vécu à proximité d'eux pendant toute l'enfance de Romain. Romain me dit qu'il faudrait qu'il le contacte, quand ça irait mieux, qu'il serait prêt. Pour savoir, pour voir, disait n'avoir aucune attente affective. Je suis allée le voir quelques temps après, dans la grande maison marseillaise dont il hériterait bientôt avec son frère. La maison avait un potentiel pour devenir un bel endroit, avec son jardin en friche et sa terrasse cimentée. Romain me laissait essayer d'arranger les lieux, descendant une lampe à poser des chambres, cherchant nappes, vases, bougies pour arranger la table du jardin. Et cette année, pendant mon séjour à Marseille, je vais rencontrer celle qui est devenue la compagne de Romain. Romain m'a dit « Tu vois Marie, j'ai attendu, et il y a un an la vie était triste, et quelques mois après, tout avait changé. » Il semble serein. Il prend des cours de jardinage en permaculture pour réhabiliter le potager de son grand-père. Il dit désormais « on » quand il me parle de ses projets de voyage. Et ça semble étrange après tant d'années à parler en jeu. Sa compagne est mère d'une petite fille de 7 ans qu'elle a en garde alternée. Les relations avec le père sont très conflictuelles. Romain et sa compagne ne se quittent plus. Ils partagent donc désormais le quotidien de la petite fille. Lui que je n'avais jamais beaucoup vu côtoyer des enfants ou spécialement s'y intéresser. J'avais donc envie de lui redemander ce que cela faisait, d'avoir poussé la porte d'une famille et de s'y faire sa place, de s'occuper d'un enfant qui n'est pas le sien. J'ai grandi dans une famille élargie où chacun n'élevait que ses propres enfants. Je me rends compte que les familles recomposées étaient stigmatisées par mon entourage. Les familles tuées de poils, disaient parfois mes parents de certains. Lorsque j'ai voulu divorcer, je me suis dit que refaire famille impliquerait forcément cela, devenir une famille tuée de poils. Ce serait comme une famille de second choix, un truc raté, un truc de gens qui n'ont pas su faire ce qu'il fallait pour tenir. Il y avait bien ma tante qui avait eu un enfant avant de rencontrer mon oncle et c'était une sorte de tabou. Un sujet que mon grand-père évoquait en disant que son fils avait eu du mérite de s'occuper de l'enfant d'un autre. Ma grand-mère le faisait taire, je crois que c'était par bonté, et parce qu'il n'y avait rien de méchant en elle, mais peut-être aussi parce que c'était des choses que je n'étais pas censée savoir, qui salissaient un peu l'image de la famille et de ce garçon. À l'école, il y avait encore peu d'enfants dont les parents étaient divorcés. Souvent, l'enfant avait des problèmes, et on disait « ses parents sont divorcés » , comme si cela expliquait tout. Je crois qu'en CM1, je me souviens de cette fille. qui venait de loin et vivait seule avec sa mère, qui fumait sans cesse, avec un air triste et nerveux. La gamine avait des signes de puberté précoce, et était souvent vêtue de vêtements assez sexualisants. Je me souviens d'un pull encroché sur sa poitrine naissante, à 9 ans peut-être, qui me choquait beaucoup. Elle buvait du coca du matin au soir, une bouteille à côté de son lit. Une fois, son père était venu. Je me souviens de son visage, et puis des éclats de voix, d'une dispute avec la mère, et d'un claquement de porte. Un jour, mes parents m'avaient confié à sa mère pour le week-end. Nous étions dans sa chambre et elle me dit qu'elle voulait qu'on joue à la pute et au violeur. Elle me dit « Je marche, toi tu cours et tu m'attrapes. Tu me jettes sur le canapé et tu me frappes avec la ceinture. » Je me rappelle avoir refusé et m'être enfuie pour rentrer chez moi. Je me revois sur la route en macadam du lotissement HLM, sa mère me poursuivant en me disant que mes parents avaient dit qu'elle était responsable de moi et que je devais rester chez elle. Je me demande maintenant à quoi cette gamine avait pu être exposée. En cours d'année, Elles déménagèrent dans une autre région. Il y avait aussi des connaissances de mes parents, je dirais pas amis, mais qui avaient une famille recomposée. L'aîné adolescente semblait perturbé. Je me souviens d'une fois, en voiture, où nous allions nous promener au bord de la mer après un déjeuner dominical, et où la gamine ouvrait la porte en marche pour essayer de se jeter de la voiture, ce qu'elle parvient à faire, et finit plâtrée. Voilà les modèles que j'avais. Dans les années 80 ou 90, être un enfant de parents séparés semblait inévitablement vous mener à la dérive. à une vie marginale. Ce fut un premier deuil à faire, renoncer à 32 ans à l'idéal de famille qu'on m'avait inculqué. Au mieux, je retrouverais quelqu'un qui voudrait de moi, malgré le fait que j'avais déjà un enfant. Peut-être que je trouverais quelqu'un qui m'aimerait assez pour cela. L'homme qui était mon mari m'avait dit Ça va être compliqué pour toi de retrouver quelqu'un avec un enfant. Moi, je sais que je ne veux pas de femme avec un enfant. Je sais très bien ce que ça fait. Je l'ai vu avec toi. Elle fera forcément passer son enfant avant moi. Et puis, lorsque j'ai rencontré Gabriel, avec lequel j'ai eu l'envie d'avoir d'autres enfants, j'ai envisagé cette idée de famille recomposée avec une certaine joie. J'aurais une famille qui n'était pas ce qui était prévu, mais ce serait beau. Et cela devint mon nouvel idéal. Et puis, les années ont passé sans autre enfant. Et j'ai rencontré l'homme que j'aimais. Il voulut de moi avec ma fille et fut un beau père incroyable, avant de disparaître en quelques jours de notre vie. Lorsque je le rencontrais, après deux ou trois mois je crois, alors que je tombais profondément amoureuse de lui et que lui épuisait son état amoureux passager, je lui dis avec gêne qu'il était à la fois bien trop tôt pour parler de cela, mais trop tard pour moi pour ne pas en parler. Que j'avais déjà presque 38 ans, et que s'il voulait un enfant, je n'avais pas dix ans devant moi pour qu'on y réfléchisse. Je lui dis ça comme ça, sans attendre de réponse, et il n'en donna pas. Des mois plus tard, il me dit réfléchir, mais ne pas réussir à penser que c'était une bonne idée, vu ses angoisses, son absence d'entourage proche, et l'avenir qui se dessinait au dehors. Quelques jours avant que je découvre sa double vie, un dimanche où nous avions passé la dernière belle journée ensemble, peut-être aidé par le fait que l'autre fille était loin, couché contre moi, il m'avait dit que s'il avait voulu un enfant, cela aurait été avec moi. Ce fut un autre deuil que d'accepter que je n'aurais pas d'autre enfant, et que ce qui ferait famille, ce serait ma fille, cet homme et moi. Mais bientôt à nouveau, cela devint ce que je voulais finalement profondément. La famille que nous formions était devenue mon idéal. Je trouvais cela beau, ce choix sans lien de sang. Rien ne me touchait autant que de voir Eleanor s'endormir sur lui, sur le canapé, et jamais je ne le vis poser un tel regard de tendresse sur quelqu'un d'autre qu'elle, lorsqu'elle racontait sa petite vie. Parfois, il faisait mine de s'énerver pour rire, quand nous nous disputions les places sur le canapé pour regarder un film. Il se mettait au milieu excédé en disant « J'en peux plus de vous, je vais vous séparer, sinon c'est pas possible » . Et puis, quand elle est à nord, mal à droite, lui enfoncer le coude dans les côtes, ou mettre de l'eau par terre dans la salle de bain, il disait « vous êtes les mêmes, des pandarous » . Je ne sais pas quel était l'idéal de Romain et s'il en avait un. Si d'avoir été élevé par un père qui n'est pas le sien lui donnait une perspective différente, davantage de facilité à prendre sa place. La première fois où l'homme que j'aimais garda seule ma fille, pendant ma répétition de danse, il fut nerveux, un peu terrifié, je crois, de ne pas bien faire, qu'elle s'ennuie ou ne se sente pas bien avec lui. Moi revenue, le repas achevé, et Léanor dans sa chambre, il me parla de tout ce qu'il voyait d'elle, et de nous, il observait tout, sensible à la moindre chose. Il nous photographiait souvent, ensemble, ou elle seule. Il en reste des photos magnifiques, de quelques mois de notre vie, imprimées dans des boîtes au fond d'un tiroir. Il avait été un de ses enfants de parents séparés des années 80, voyant se succéder les relations amoureuses de ses parents. Il disait qu'il était habitué à voir des gens disparaître, et avait appris à ne pas s'attacher. Il s'était persuadé qu'il ne serait au final rien d'important pour Eleanor, qu'elle n'avait pas besoin de lui, et que c'était très bien comme ça. Je crois malheureusement qu'il n'en était rien. Lorsque Eleanor disait mes parents, c'était à cet homme et moi qu'elle pensait. Elle disait, ça fait bizarre d'avoir des parents, mais c'est bien. La fuite de cet homme lui laissait, je crois, une douleur muette et confuse. Alors que pour Eleanor, tout était toujours clair et aisé à comprendre, elle m'avait dit « J'espère qu'il ne fera pas un enfant avec l'autre parce que je n'ai pas envie d'avoir un frère ou une sœur. » Aveugle règle des adultes, de ce qui fait loi ou sens pour nous, les enfants semblent avoir leur propre logique, guidée par l'attachement qu'ils éprouvent dans l'instant. Ainsi, lorsqu'Eleanor envisageait que je disparaisse, dans des scénarios imaginaires où je la laissais pour voyager ou dans l'hypothèse de ma mort, elle s'imaginait logiquement qu'elle serait désormais en garde alternée entre son père et l'homme que j'aimais. Aujourd'hui encore, il y a ces dimanches où elle me dit « En vrai, c'était bien quand il était là. Il me manque. » Elle me demande ce qu'il peut bien faire, loin de nous, sans nous, dans sa nouvelle vie. Comme si ces deux années et quelques passées ensemble étaient ce qu'ils devaient être. Elle me dit qu'elle pensait que nous serions de petits vieux ensemble, qu'elle viendrait nous voir. Un jour, l'homme que j'aimais s'acheta une nouvelle lunette qui ressemblait à celle du vieux monsieur dans le film « Là-haut » , ce film où un veuve désespéré par la perte de sa femme s'accroche à sa maison. Eleanor disait qu'il lui ressemblerait lorsque je serais morte. Le temps où il a été là, il fut un beau père extraordinaire, généreux. Il voulait contribuer à la moitié de toutes les charges, même si Eleanor était là une semaine sur deux. Il disait « Tu ne crois pas que des adultes autres que mes parents ont payé pour moi autrefois ? » Il trouvait sa place sans forcer, respectant le rythme d'Eleanor. Son expérience en tant qu'enfant de parents séparés lui donnait une délicatesse rare, une empathie qui m'était précieuse. Ils comprenaient des choses qui me dépassaient dans ces ressentis et je l'écoutais toujours. Ils avaient leurs relations, leurs discussions. Parmi ces hésitations sur le fait d'avoir un enfant ensemble, il y avait cette raison. Eleanor en souffrirait. Elle serait l'enfant d'avant, la pièce rapportée, et le nôtre l'enfant de l'amour. Elle ne serait là que la moitié du temps et l'autre enfant toujours avec nous. Et ce début d'instinct de protection pour Eleanor, sur laquelle il projetait sans doute l'enfant qu'il avait été, le freinait dans son envie d'être père. Et Romain, est-ce qu'il pense déjà à cela ? Est-ce qu'il se pose la même question, lui qui a été aussi l'enfant d'avant, mais connu un environnement plus sécurisant ? Est-ce que s'attacher à un enfant, c'est toujours se souvenir de celui qu'on a été ? Au début, ma fille fut à apprivoiser, le voyant comme celui qui l'empêcherait de dormir avec sa mère les veilles de jour sans école. Mais très vite, sa présence fut synonyme de plus de joie, de tendresse et d'écoute pour elle. Un nouvel adulte était là, qui avait compris qu'il ne servait à rien de lui parler comme à une enfant. Il ne connaissait rien aux enfants et c'était aussi bien. Elle le cherchait toujours. Elle rentrait et demandait où il était, et était comme scandalisée quand il n'était pas là. Seul, lui avait le droit de lui laver les cheveux au-dessus de la baignoire. Il l'emmena à l'école lors des trois rentrées qu'il vécut avec nous. Elle se recouchait avec lui dans le lit quand elle n'avait pas envie d'aller à l'école. Elle avait voulu le même pull à torsades, en cachemire. Il lui monta et répara maintes fois son vélo, et lui offrit sa première paire de converses, comme il en portait. Il aidait à réciter ses poésies et à préparer des exposés. Il s'inquiétait de son temps d'écran, guettant son heure d'endormissement. Il lui apprit à préparer le tonkatsu, à ôter des tâches des vêtements, lui expliqua ce qu'étaient les influenceurs ou la fast fashion. Il l'obligea à regarder un épisode sur deux de Friends en anglais et elle ne supporte plus aujourd'hui les films doublés. Un peu grâce à lui, nous étions allés au Japon. Je ne me souviens pas d'une seule fois où elle l'ait rejeté. Lui a dit qu'il n'était pas son père, ce genre de choses. Il savait trouver sa juste place sans jamais d'autorité excessive, avec juste de la tendresse et de la patience. Tellement loin des faits divers sordides, et de la réalité des violences que suppisent beaucoup d'enfants de la part de beaux-parents, tels que ceux de mon ami Mélanie de l'épisode précédent. Comment on trouve sa juste place dans l'autorité et la responsabilité ? Comment il fait Romain ? Comment il apprend ? Il y avait eu cette fois où Eleanor avait reçu un message de sa meilleure amie, un message horrible, cruel et violent, destiné à l'année entière, que je n'aurais jamais cru qu'une fille de 10 ans puisse s'écrire au point qu'on y crut quand elle dit que c'était sa grande sœur qui l'avait envoyée. L'homme que j'aimais trouva Eleanor en pleurs, elle ne voulait pas que je le sache. Elle avait peur de ce que je ferais. L'homme que j'aimais était pris entre sa promesse envers elle et la conscience de la gravité de la situation. Il me l'écrit, il poussa Eleanor à me le dire, se rendant soir après soir sur son lit pour discuter. Pour la première fois, j'avais l'impression d'élever un enfant avec l'homme que j'aimais, et de ne plus être seule. Avant lui, si peu de ça. Il y a 5 ans, il y avait eu ce garçon, je dis garçon car il avait 25 ans, 10 ans de moins que moi. C'était un garçon délicat, de toutes les façons dont il est possible de l'être. Ils devaient partir voyager six mois après notre rencontre, et nous n'avions pas prévu de nous attacher l'un à l'autre. Et puis les nuits s'étaient additionnées les unes aux autres, où nous parlions jusque très tard, nous préparions des tartines et nous endormions l'un en face de l'autre, ses mains jointes autour des miennes. Et puis les jours s'étaient additionnés aux nuits, j'étais devenue sa copine, même aux yeux des gens, de mes amis et de ma fille, et cela ne semblait même plus vraiment étrange cette différence d'âge, elle se voyait d'ailleurs à peine. Il y avait une fin prévue. et cela nous permettait de ne pas nous poser de questions sur l'avenir de ce que nous vivions, ni de poser des mots sur nos sentiments. Et puis il y eut le confinement, et la vie fut suspendue. Et ce garçon, au lieu d'être avec son sac à dos sur la cordillère des Andes, se retrouva sans l'avoir choisi, enfermé entre mes quatre murs. Avec moi, trentenaire malade essayant de finir une thèse et d'organiser des examens à distance. Et ma fille de six ans. Il me reste de ce moment étrange, dans l'appartement baigné de soleil, quelques vidéos et beaucoup de souvenirs de lui. jouant avec elle au ballon, au coiffeur, au bibliothécaire, construisant des cabanes, cuisinant des burgers, faisant le tour du quartier sa petite main dans la sienne, et revenant du supermarché après des heures de file d'attente. Je me souviens de l'avoir regardé assis au soleil sur le balcon, fixant l'horizon loin, avec la certitude qu'il fallait que je le libère de cette tendresse que nous avions l'un pour l'autre, tout en souffrant déjà du vertige que ce serait de les perdre. Le soir où il aurait dû être dans l'avion, sans vraiment en être conscient de je le poussais dehors, et il ne chercha pas à rester. et jamais vraiment à revenir. Je me promis de ne plus jamais faire entrer dans la vie de ma fille quelqu'un qui risquerait de disparaître. Et quand l'homme que j'aimais arriva dans notre vie, Eléanor me demandait parfois s'il avait un défaut qui me dérangerait, s'il était comme ce garçon et s'il risquait lui aussi de partir. Et là, c'est la grande question dont j'ai le plus envie de parler avec Romain. Et c'est difficile car c'est comme parler de l'éventualité de la séparation à quelqu'un en pleine lune de miel. Et c'est comme de parler d'argent, des tâches domestiques, ce sont des sujets un peu indignes pour de jeunes amoureux. pas romantique ce qu'on met sous le tapis, en espérant de ne jamais avoir à en parler, qu'on ne se séparera jamais, qu'on n'aura jamais besoin de faire le service après-vente, de régler des comptes. Et je pense que peu souvent on se dit, que ferons-nous de cette relation que tu crées avec mon enfant si nous nous séparons ? De cette gêne de lui imposer la présence d'un enfant qui n'était pas le sien, et de la façon extraordinaire dont cet homme a rempli son rôle de beau-père, ont découlé une reconnaissance démesurée. Je sais que j'avais tendance, comme pour m'excuser, d'imposer la présence de mon enfant les semaines où elle était là à trop en faire, ne sachant pas très bien mesurer ce qui était juste. Je mettais tout en œuvre pour que le fait d'être mère ne nous entrave pas dans nos projets de voyage, la tranquillité de nos soirées et que les semaines où Eleanor était là soient toutes aussi douces que celles où nous ne vivions que pour nous. Je ne voulais pas que ce soit pesant. J'avais peur que ce soit trop pour lui, cette vie de famille. Je crois qu'il ne remarquait même pas vraiment tout ça. Les restaurants, les week-ends, les courses. toutes les tâches domestiques faites lorsqu'il rentrait, mais surtout ses efforts d'organisation que je faisais pour que ce ne soit pas une aliénation, d'être avec une femme qui était mère. Je sais que cette reconnaissance et cet attachement que ma fille avait pour lui m'a aussi fait fermer les yeux sur beaucoup de choses et nourri une capacité de pardon excessive. Je me souviens avoir pensé à le quitter lorsque j'avais découvert la première partie de la vérité. Et alors que je sanglotais dans le lit de ma fille absente, la vision de son foc en plus m'avait arrêtée. Et j'avais redonné une autre chance, pour rien, seule à choisir au final. Est-ce qu'on peut mettre ainsi dans la balance des choses qu'on fait pour l'autre, ce qu'on fait pour son enfant ? Ça me semble étrange, mais maintenant sorti de ce brouillard amoureux. Je crois que j'aurais eu besoin, au contraire, de ne pas toujours me sentir redevable des efforts qu'il faisait. Que la reconnaissance aille dans les deux sens, et qu'il me remercie pour la vraie place que je lui donnais dans la vie d'une enfant. Lui qui n'en aurait certainement pas. Une enfant un peu spéciale, mais attachante, qu'il aimait de tout son cœur. Qu'il me dise qu'il n'était pas avec moi malgré le fait que je sois mère, mais que cela faisait partie de ce que j'étais. Et qu'il m'aimait d'autant plus. Enfin, quelque chose comme ça. J'aurais besoin de sentir quelque chose comme ça. Tout dans notre relation, j'avais vu l'angoisse que faisait notre ennui de cette vie de famille. Quatre ou cinq mois après notre rencontre, il voulait que nous vivions ensemble. Et je lui demandais pourquoi. Il dit que c'était la suite logique. Je lui dis que c'était pour moi une décision importante, car ça impliquait ma fille. Et que je ne pouvais pas faire ça juste pour essayer. Que nous en reparlerions lorsqu'il saurait y répondre davantage à la question. Comprenant son histoire, je l'encourageais souvent à se faire accompagner pour gérer ses angoisses qui semblaient le submerger. Il allait à chez un psy pour me faire plaisir et partit au milieu de la séance. Et puis, nous vécûmes des choses fortes et difficiles. La poussière de l'Inde sur nos semelles me fit croire que nous étions prêts. Et lorsqu'il me demanda à nouveau de vivre avec lui, quelques mois plus tard, je dis oui. Et presque immédiatement, il retira de notre relation la dimension sexuelle et passionnelle et la reporta sur cette autre fille, comme pour éviter que nous ne devenions trop pour lui et de trop dépendre de moi. Lorsqu'il était en train de s'enfuir, je lui ai demandé de ne pas disparaître tout de suite pour Eleanor, qu'elle ne pense pas que parce que nous n'étions plus ensemble, elle n'avait plus d'importance. Mais qu'elle sente que le lien avait bien existé, en dehors de notre histoire. Il avait lui-même vécu cela avec son beau-père, qu'il avait élevé pendant dix ans et ne l'avait jamais revu. L'homme que j'aimais avait réussi à être pour Eleanor le beau-père qu'il aurait voulu avoir. Et j'ai même pensé qu'à travers cela, il pourrait un peu réparer de son histoire. Mais il s'est enfui, en étant à peine mieux que le beau-père qu'il avait eu. Je ne sais même pas au final si l'autre femme sait qu'il vivait avec un enfant. Car elle se contredit le jour où je lui demandais. Pourtant, je sais qu'il a aimé mon enfant, à sa façon terrifiée, comme il m'a aimé, mais sans en saisir vraiment le sens, et sans vraiment y croire. Un ami m'avait dit cette phrase. Il a joué la partition, mais sans comprendre la musique. J'ai repensé à cette fois, au début de notre relation, où je lui avais conseillé d'aller voir ce film, Les enfants des autres, où un homme, père d'une petite fille, rencontrait une femme sans enfant. Elle s'attachait à la petite, avec tout ce que cela comportait de difficulté et de joie. J'y voyais une occasion d'ouvrir la discussion sur ce sujet important. d'amener de la réflexivité dans le projet de famille que nous entreprenions alors. C'était en septembre, l'homme que j'aimais partageait maintenant quasiment notre quotidien. Je savais qu'il avait une histoire familiale compliquée, et que les liens qu'il tisserait avec Eleanor seraient chargés de son propre passé. Mais au retour du film, il ne me parla pas du fond, mais de la forme, du jeu des acteurs, du petit drame psychologique à la française que c'était. Ma tentative tombait à plat. Est-ce que Romain, lui, il sait de comprendre la musique qu'il joue ? Je crois qu'il y a deux types de personnes dans celles qui ont souffert. Celles qui font tout pour briser la chaîne de reproduction des souffrances, comme mon amie Mélanie, et soignent peut-être même leurs blessures en faisant mieux pour quelqu'un d'autre. Et ceux qui reproduisent. L'homme que j'aimais fut, comme pour tout, à chemin entre les deux, entre faire mieux et pire encore. Elle était allée à la sortie du collège jusqu'à le voir au magasin où il travaillait. Il avait fait un petit signe à Eleanor de loin. Elle était revenue à la maison, survoltée, euphorique de l'avoir aperçue. Elle portait encore aujourd'hui la vieille veste à capuche grise à la fermeur turque cassée qu'il lui avait donnée, et elle n'avait pas été contente quand je l'avais passée à la machine et qu'elle avait perdu son odeur. Au mur de sa chambre, il y avait toujours les photos magnifiques du Japon imprimées en grands exemplaires. Il était parti sur la pointe des pieds de sa vie, la protégeant jusqu'au dernier jour du chaos dont il ne m'a pas épargné. Jamais sa violence ne se porta sur elle. Je fais le deuil de l'idée de faire un nouveau famille avec quelqu'un d'autre que ma fille. Je ne chercherai plus un beau-père pour elle. J'accepterai juste, peut-être un jour, quelqu'un pour moi. Et Léanor dit que l'homme que j'aimais restera pour toujours son beau-père dans son cœur et ce sera certainement, en effet, les années passant, l'unique autre homme qui aura pris durablement soin d'elle enfant. C'est ainsi qu'elle parle de lui à ses amis. Mon beau-père est parti d'un coup. J'ai l'impression d'avoir perdu un parent, que mon deuxième père est mort. Et en même temps, j'ai l'impression qu'il va revenir, comme s'il était en voyage et je l'attends. Je ne sais pas ce qu'on peut attendre d'un ancien beau-père envers un enfant, une fois l'amour terminé. Est-ce que je suis trop idéaliste ? Il se disait peut-être après tout que ce n'était pas sa fille. Mieux vous couper, comme avec le reste. Mais j'ai l'impression qu'on ne peut pas traiter les liens avec un enfant comme on se répartit les liens amicaux après une rupture. Si j'ai laissé de la place dans la vie de ma fille à l'homme que j'aimais, c'est aussi parce que je pensais qu'il ne ferait jamais cela. Est-ce qu'il n'avait fait cela si bien que pour se faire aimer de moi ? J'ai lu dans le recueil de poèmes « Lait et miel » de Rupi Kaur, ce vers. Les gens s'en vont, mais la façon dont ils sont partis reste. On parle peu de la preuve d'amour que c'est de s'occuper d'un enfant qui n'est pas le sien, parfois jugé et surveillé par l'autre parent. Le rôle de beau-père est souvent bien plus valorisé que celui de belle-mère, les contes le montrent bien, invisibilisant le travail fait par tant de femmes pour s'occuper des enfants de leurs conjoints, avec parfois en retour beaucoup d'ingratitude voire de rejet. Mais on parle moins de ce que c'est qu'une preuve d'amour, de laisser à quelqu'un une telle place dans la vie de son enfant, de ce qu'il faut de confiance en l'autre, de foi en l'histoire qu'on vit. Est-ce que lorsqu'on n'a pas d'enfant comme Romain, on prend la mesure de ce cadeau qu'on reçoit ? Lorsqu'on attend un enfant ensemble ? La mère dit « Tu vas être papa » . Là, les choses s'installent et l'on devient parent. Jamais on ne nous annonce « Tu vas être beau-père » . Et ce n'est peut-être que bien plus tard qu'on se rend compte de ce qui est créé. Et puis, il y a une dernière question. Je pense à mon ami Camille, qui élève les deux filles que son mari a eues avec sa précédente femme, comme ses propres enfants, les deux autres qu'ils ont eues ensemble. Je sais cette angoisse. Si James meurt ou la quitte, la fratrie sera séparée et elle ne verra plus les filles. Moi, je me disais que cela devait faire peur de s'attacher à un enfant en sachant qu'on n'a aucun droit à prétendre au moindre lien, que ce lien avec l'enfant est conditionné par la volonté de son parent. J'aurais été terrifiée de cela pour ma part. Dans le film « Les enfants des autres » , la femme doit finalement couper le lien en rompant avec le père. Et il y avait cette scène où elle disait au revoir à la petite fille. Je me disais que pour l'homme que j'aimais, qui percevait son enfance comme une succession d'abandons et de rejets, Cela serait difficile de s'attacher à une enfant qui n'était pas le sien. Est-ce que cela ne fait pas peur à Romain, cette existence conditionnelle ? Toujours habité par mon angoisse de mourir, j'avais surtout peur que l'homme que j'aimais ne puisse pas légalement exercer le rôle s'il m'arrivait quelque chose. Alors j'avais écrit, dans la deuxième année de notre histoire, mon testament, où je le nommais exécuteur en divers points. Et je lui avais écrit, les droits parentaux ne se lèguent pas, seuls mes parents auront des droits. Dépositaire de ce testament, Bat-toi pour avoir sur leur temps du temps avec Eleanor et prendre soin d'elle, autant que tu le peux pour ne pas que ça t'empêche de reconstruire une autre vie si tu en as le désir. Fais-la côtoyer mes amis qui le souhaitent, m'enconnus et sauront parler de moi et lui transmettre les valeurs que j'aimais en eux. Si je reste vivante aussi longtemps que toi, je m'engage ici à te laisser en relation avec elle, quelle que soit la relation que toi et moi avons. Soyez parents l'un pour l'autre, être père c'est vouloir le devenir. Je voulais qu'ils se sentent en sécurité. pour se laisser aller à créer un lien avec mon enfant. Et puis, sentant déjà au fond de moi sa lente disparition et la part d'ombre qui m'échappait, je n'avais jamais au final signé, déposé, donné et j'en avais oublié l'existence. Les quelques relations que j'ai eues avec des personnes qui avaient un enfant n'ont jamais été assez impliquantes pour que je les côtoie. Alors j'ai voulu en parler avec Romain. Cette conversation a lieu à Marseille, où je suis venue passer quelques jours, comme à chaque printemps. C'est le dernier matin, nous sommes seules dans la grande maison de sa grand-mère, assis à la table de la salle à manger.
Speaker #1Aujourd'hui, je suis avec mon amoureuse depuis un peu plus de six mois. Quand on travaille et quand on voit ses amis, on n'a pas forcément l'occasion de côtoyer de personnes nouvelles et tout. Donc à l'époque, je m'étais dit, allez, j'ai du temps, je me lance dans les applis de rencontre et c'est comme ça. Enfin, c'est il y a un peu plus du coup maintenant, un peu plus de deux ans. que j'étais sur les applis de rencontre avec des périodes avec et des périodes sans. Donc on a brièvement échangé. On avait matché, on avait parlé un peu, puis finalement on avait très vite décidé de se rencontrer. Et la soirée s'était très bien passée et on s'était dit qu'on se reverrait. On se rencontre dans un bar pas loin de nos travails respectifs. Elle en plus elle me dit écoute moi je suis là je bois un coup avec des collègues mais tu peux venir ça te gêne pas et tout. Moi j'ai fait il n'y a pas de soucis et on s'est rencontré là puis en fait très vite on est allé à la table d'à côté pour se parler. Puis finalement on a fini par manger ensemble et voilà boire des coups et c'était super et on s'était dit on se reverrait. Quelques semaines après, j'ai perdu ma mère. Et en fait, j'ai plus vraiment eu de nouvelles d'elle. pendant quelques mois. Et après, on a repris contact épisodiquement. Et finalement, on a réussi à se voir en septembre. Et c'est là qu'on a commencé à se voir de plus en plus régulièrement et à passer beaucoup de temps ensemble et à apprendre, à faire connaissance. Mais elle, elle me disait que d'un côté, elle n'était pas prête au moment où on s'est rencontrés. Et moi, c'est vrai que j'ai eu aussi... Ces deuils successifs, puisque j'ai aussi perdu ma grand-mère pendant l'été, où finalement, dès que je commençais un peu à sortir la tête de l'eau, finalement, il se passait un truc. Donc j'étais fatigué. Donc c'était en fait, c'était pas le moment. Ouais, au niveau des bouquements, on se retrouvait beaucoup sur ça, en fait, sur la musique et aussi les questions politiques, sociales. On travaille tous les deux dans le milieu associatif. Donc c'est vrai que déjà, on avait énormément de choses à partager, sur les valeurs sur ce qu'on faisait. Et après, on se retrouvait aussi sur la musique, sur les livres, sur la poésie. Puis, en fait, moi, j'adore manger. Et elle aussi, voilà, c'est aussi des petits trucs comme ça qui font que même si je ne suis pas un grand cuisinier, et elle beaucoup plus, j'apprenais des choses. Et en fait, il y avait plein d'univers que je ne connaissais pas qui s'ouvraient à moi. Mais c'est vrai que la question politique et sociale, elle est venue assez vite. Et je crois qu'une des premières fois à... où on s'est vu, elle m'a sorti la BD du Capital et du Genre, ou le Genre du Capital, je crois que c'est ça, le Genre du Capital. Ça donnait aussi le ton sur quelle est la base sur laquelle il fallait partir, ou en tout cas, ça donnait la base sur les questions de la relation amoureuse. Être avec quelqu'un, ça fait énormément de bien et c'est quelque chose de super de partager avec quelqu'un sa vie et les choses qui nous plaient. Mais ça veut dire aussi que ça ne va pas tout résoudre. Il y a des choses dont nous, on est responsable personnellement et ce n'est pas la relation amoureuse qui va changer ça. Donc en fait, pour prendre soin de l'autre, il faut aussi prendre soin de soi. Des choses que je n'avais pas du tout... J'avais pas du tout travaillé, j'avais je pense une certaine image du couple, de la relation. Malheureusement j'ai eu un épuisement professionnel au travail et là j'ai été amené à consulter un psychologue. On a abordé aussi d'autres questions plus personnelles et notamment la question des relations amoureuses et ce qui permet aussi de voir un peu les choses autrement. En fait, oui, je peux prendre bien soin de la personne, mais il faut aussi que je prenne soin de moi, à s'écouter, se dire, en fait, oui, la relation, c'est quelque chose aussi où il y a des hauts et des bas. Et en fait, c'est normal. C'est comment on prend aussi soin de ces périodes où il y a des bas, où se dire, en fait, il n'y a pas que des choses rigolotes dans la vie. Donc, il y a des choses à un moment donné où la relation, elle peut être différente de ce qu'elle était au début. Et c'est normal, en fait. Alors qu'au début, on peut avoir, ou en tout cas, vous savez, le fantasme de la relation amoureuse, où il faut que tout le temps, tout aille bien, que ça soit complètement idyllique. Mais en fait, une fois qu'on rentre dans une relation, on passe beaucoup de temps avec la personne et qu'on va vivre avec la personne, il y a tous les détails du quotidien et des trucs tout bêtes. Il y a des journées où on rentre du boulot, on est énervé. Au contraire, des journées où on rentre du boulot et on est très heureux. On peut être malade aussi ou on peut être triste à des moments. Et du coup, il peut se passer énormément de choses. Et c'est comment on vit avec tout ça et comment on le prend en compte dans le couple. J'ai pu voir aussi la relation qu'avaient mes parents et l'amour qu'ils pouvaient se porter l'un l'autre. Disons qu'en fait, j'ai pu mieux réaliser. Je ne sais pas si je peux dire comme ça, mais quelle était leur relation. Tout ce qu'avait fait aussi mon père pour ma mère et inversement. et en fait surtout d'avoir vu justement quand ça n'allait pas parce que ma mère dans les derniers mois elle était malade donc c'est pas la même personne qu'on avait connue et que mon père avait connue et en fait mon père a continué à vivre avec elle, a continué à l'aimer du coup a pris aussi des choses en charge qu'il ne faisait pas du tout avant il a soutenu à fond alors que c'est pas évident quand il y a quelqu'un qui a changé qui... peut-être un peu plus difficile à comprendre, ou en tout cas quand il y a des choses difficiles à vivre, c'est vrai qu'on pourrait se dire dans l'époque actuelle, bon ben c'est trop compliqué, c'est des choses dont on parle pas beaucoup dans la société de la maladie, où il peut y avoir d'autres choses, enfin la maladie que ce soit mentale ou physique, c'est des choses qui changent beaucoup la personne et qui changent beaucoup aussi le rythme. du couple et tout, et j'ai vraiment pris la mesure de ce que c'était l'amour, et de se dire, malgré la maladie, malgré les choses qui changent, malgré les difficultés, malgré aussi la possibilité de la mort, de se dire de perdre l'autre personne, du soin que mon père a pris avec ma mère, et aussi de ce qu'avaient été leurs relations, de comment ils s'étaient connus, c'est vrai que ça m'a fait plus réaliser... l'importance de l'amour, comment ça tient dans le temps et que tout peut se passer, mais comment on garde la constance. J'y étais allé un soir, elle m'avait dit un dimanche soir est-ce que tu veux passer manger à la maison ? Il y a un ami qui vient, puis il y a Thaïs, c'est l'occasion que tu la rencontres mais du coup il faut pas dire que t'es mon amoureux donc j'ai fait bon bah ok, il n'y a pas de soucis donc j'étais quand même un peu stressé parce que c'est vrai que dans la relation qu'on était en train de développer les semaines où elle avait sa fille, moi j'avais dit en fait je suis... Elle me dit, c'est pas un souci, en fait, la semaine où t'as fille, si on se voit moins ou si on se voit pas, on attend la semaine d'après, c'est pas un souci, y'a vraiment rien qui presse. Et moi, j'avais, enfin, en tout cas, la situation, j'étais OK, elle m'avait dit dès le début qu'elle avait une fille, donc j'avais aucun souci avec ça. Et donc là, ce soir-là, quand j'arrive, Thaïs, je me souviens, elle me regardait un film, je sais plus quel film c'était, puis du coup, bon, elle me dit bonjour, OK, puis... Puis pas plus que ça, voilà, il y a un ami et tout qui arrive. Et puis voilà, ça, c'était notre première rencontre, donc on n'avait pas eu le temps de beaucoup échanger. Et ensuite, elle l'avait pendant un week-end. Et là, du coup, elle m'a dit, écoute, tu peux passer une partie du week-end avec nous et tu dormiras sur le canapé. Donc, j'avais dit, pas de problème. Et ça avait été vraiment un super week-end. Là, du coup, j'avais vraiment eu l'occasion de parler, d'échanger avec Thaïs. On avait fait pas mal de choses. On était allés voir, il y avait des attractions pour Noël. Pour les enfants, donc on était allés là-bas, on avait fait une photo avec le Père Noël. Le matin, on était allés chercher des croissants et tout. En tout cas, moi, je me suis senti bien, quoi. Qu'est-ce qui me stressait dans le fait de la rencontrer ? Je pense, ben, la peur de se dire, ben, un peu comment ça va se passer. Et si finalement, on s'entend pas ou que ça marche pas, enfin... Ça veut dire que c'est aussi un nouveau pas dans la relation qu'on a ensemble. De dire que ça marque aussi un engagement dans la relation. C'est pas rien dans la relation de se dire je vais rencontrer l'enfant de la personne avec qui je suis. Donc ça marque aussi quelque chose. Pas d'officiel. Pour moi c'était aussi montrer aussi un... un engagement dans la relation et de dire finalement ça fait pas longtemps qu'on se connaît, est-ce que c'est pas quelque chose qui va trop vite et tout. Donc voilà, il y avait aussi ce truc-là, est-ce que là il n'y a pas trop de trucs en même temps, donc ça faisait longtemps que je n'avais pas été avec quelqu'un et d'un coup je suis avec quelqu'un, il y a un enfant, enfin... D'un coup je me disais est-ce que tout ça c'est pas... Est-ce que là il n'y a pas trop de choses ? Et en même temps, je me souviens que ça avait été vraiment un plaisir, en fait, de faire connaissance avec Thaïs et la journée qu'on avait passée, et les journées après qu'on avait passées, où, en fait, je découvrais autre chose, quoi. Et c'est que moi aussi, de par mon histoire personnelle, vu que, en fait, mon père n'est pas mon père biologique, je pense qu'il y a ce truc-là de dire, effectivement, on peut s'occuper et on... peut aimer des enfants qui sont pas les nôtres, enfin qui sont pas, je sais pas comment dire, du même sang, enfin je sais pas si c'est la bonne définition, mais on mais de suite je sais que quand il a été question en fait que je rencontre Thaïs, que en tout cas même l'idée que je sois avec quelqu'un qui est déjà un enfant, je veux dire en fait moi je suis pas là, ni pour remplacer le père, ni pour remplacer la maman je suis quelque chose en plus Merci. Donc je sais que quand on a Thaïs la semaine, j'essaye de faire au mieux aussi pour aider Arsami et pour la soulager de quelque chose. Et après, il y a aussi une relation qui se tisse avec Thaïs où après, moi j'aime beaucoup, des fois, c'est vrai que là on la fait un peu moins, mais au départ, oui, de lui lire l'histoire le soir, de jouer avec elle quand je rentre du boulot. Mais en aucun cas, je me situe au papa et à la maman. C'est-à-dire, je ne vais pas imposer... Déjà, je ne vais pas contredire Arsami sur quoi que ce soit qu'elle dit à sa fille en ma présence. S'il y avait vraiment quelque chose... En tout cas, je ne serais pas sur la même ligne de dire, là, il n'aurait peut-être pas fallu faire ça. En tout cas, je lui en parlerai en privé. Je ne lui en parlerai jamais devant sa fille. Il n'y a que vraiment, si Thaïs, oui, à un moment donné, elle dépasse les lignes, elle se met à me taper, je vais lui dire, ben là, en fait, non, tu ne fais pas ça. Enfin, voilà, disons qu'il y a un certain cadre, mais comme dans toute relation. Moi, disons que j'ai dit, moi, je suis un espèce de bonus ou je ne sais pas comment on peut dire ça, mais voilà. Je suis un truc en plus. Elle a déjà une maman, elle a déjà un papa. Ben, moi, je suis un peu le truc en plus qui essaye, du coup, de trouver... qui, du côté, voilà, qui trouve ma place, ben, des fois, on essaie de proposer des trucs, des fois, on joue avec elle, on sent une relation, et le fait est que c'est comme si c'était aussi, ben, comme une rencontre en amitié, c'est-à-dire, on a des points communs et des choses qu'on partage pas aussi, voilà, mais il y a des choses que je comprends, parce qu'elle aime beaucoup dessiner, moi, j'aime beaucoup le dessin, j'ai beaucoup dessiné quand j'étais enfant et ado, elle aime lire, moi aussi, j'aime lire, enfin... Donc du coup, il y a des choses aussi qu'on partage et qui fait qu'on développe une relation. Mais voilà, en aucun cas, l'idée, c'était plutôt de trouver ma place. Moi, je ne suis pas son père. En fait, son père, elle en a déjà un. Et elle, c'est marrant, elle a un terme pour ça où elle a une copine de classe qui est aussi élevée par quelqu'un qui n'est pas son père où il y a une histoire aussi un peu singulière par rapport à ça. Elle dit c'est le papapa. Donc voilà, des fois elle dit t'es mon papapa. C'est un truc, c'est un truc un peu à part. C'est vrai que mon père, je réalise aussi ce qu'il a fait pour moi dans une époque où en plus, voilà, les relations entre hommes et femmes mais enfin elle était différente D'aujourd'hui, je réalise tout l'engagement qu'il a eu auprès de moi quand j'étais petit. Ça m'inspire aussi. Je me dis que ça n'empêche pas d'aimer l'enfant, de proposer aussi des choses, des activités. À la différence, je pense que si j'avais là déjà un enfant, c'est de dire que je vais peut-être prendre moins d'initiatives ou que je voulais que les choses se fassent en douceur. Un des premiers matins, par exemple, elle me dit « Viens, on va aller à la boulangerie acheter des croissants. » Moi, le premier réflexe que j'ai eu, je fais « Mais est-ce que ta maman est d'accord ? » Du coup, pour qu'on y aille tous les deux, parce que c'est une responsabilité aussi de s'occuper de l'enfant, de l'autre, tout seul au début, alors qu'on commence à la relation. Donc c'est vrai que j'avais demandé à Arsami. Pour l'instant, c'est plutôt ça de se dire « À un moment donné, c'est vrai que quand je suis tout seul avec elle, ça veut dire que c'est moi qui ai la responsabilité. » Je pense que je me poserai peut-être un peu moins la question si c'était mon enfant. Si je devais passer une semaine à m'occuper d'Aïs, je pense que je le ferais très bien. Je pense que je me débrouillerais très bien. Mais c'est vrai que je me dirais, ouais, il n'y a pas sa maman à côté. Peut-être que pour certaines décisions, j'aurais besoin d'elle. Et est-ce qu'elle, elle serait d'accord avec ça ? Je pense que je serais un peu plus... Peut-être un peu plus stressé, quoi. Je sais que ça peut ne pas être facile. Peut-être qu'il y aura des moments qui seront compliqués. Donc, pareil, je n'idéalise pas non plus le truc. Pareil, au début, quand j'ai découvert, quand on a fait connaissance et tout. Je trouvais ça, j'étais là, franchement, c'est trop bien. Après, j'ai pas mal lu aussi sur la question. Donc, je pense qu'il y a aussi un truc à réaliser. Aussi, ce qui, à un moment donné, nous a fait un peu cheminer avec Arsami, c'est qu'à un moment donné, on avait Thaïs avec nous. Et c'était un week-end où elle était un peu fatiguée. C'est vrai qu'on a fait pas mal de choses ce week-end-là. Du coup, elle n'était pas très contente, quoi. Et à un moment donné, Thavis, elle m'a dit, mais en fait, Romain, je veux que tu partes, quoi. Je veux plus que tu sois avec nous. Ça a été très violent, en tout cas pour moi, de l'entendre sur le moment. Ça a été un peu un choc pour nous, en tout cas, voilà, d'entendre ça. Mais d'un autre côté, ça nous a permis aussi de prendre du recul et tout. Et là, pareil, enfin, la lecture a... Pas mal aidé, mais de se dire, bah oui, mais ça veut dire que du coup, elle a besoin d'avoir plus de temps avec sa mère, plus de lui dire ce qui va se passer et tout. De se dire que bon, elle m'avait parlé aussi. C'est aussi un enfant qui parle à un adulte, donc les choses aussi, elles peuvent changer. Mais c'est vrai que ça a été aussi une prise de conscience que c'est pas, en fait, c'est pas si évident que ça. et en fait la question que tu poses sur s'il y avait une rupture entre l'enfant du coup et le conjoint, c'est quelque chose qui peut être, sur le moment en tout cas, qui est très dur. C'est vrai qu'après, moi je me suis dit, il y avait un truc qui faisait qu'à un moment donné, on n'était plus ensemble, mais pareil, je n'ai pas assez d'expérience pour ça, et en fait il y a plein de configurations différentes. Je me dis, est-ce qu'il n'y a pas un... C'est vrai que si tu gardes de bonnes relations, que finalement avec ton conjoint ou ta conjointe, Est-ce que tu gardes pas aussi des relations du coup avec l'enfant ? Mais pareil, avec un autre statut, c'est pas quelque chose dont effectivement je pense souvent. Et je pense qu'à l'inverse, si j'y avais trop pensé, je pense que ça m'aurait aussi bloqué dans la relation. Je pense que des fois, je me suis mis dans ma vie et aussi dans ma vie amoureuse, beaucoup de barrières et tout en disant mais ça, je vais pas être capable de le faire, ça, je vais pas y arriver ou je sais pas et tout. Là, c'est vrai qu'avec tout ce qui s'est passé, je me suis dit, ben là, en fait, moi, j'ai envie de vivre une relation avec quelqu'un, j'ai envie de vivre avec la personne, c'est ça que je vis, je veux pas être quelque chose d'épisodique, et je suis prêt à assumer. Alors, peut-être que, je sais pas si j'y arriverai toujours, mais en tout cas, c'était l'état d'esprit dans lequel j'étais, donc c'est vrai, peut-être qu'il y a quelques années, je me suis dit, ouh là là, c'est trop compliqué, en fait, je vais pas y arriver, et puis effectivement... Si on se sépare et tout, qu'est-ce que ça va faire à l'enfant ? Qu'est-ce que ça va faire à moi ? Quelles vont être les conséquences ? Et du coup, en fait, je pense que je n'aurais rien fait du tout. Donc là, c'est vrai que le fait de me dire je vais être dans une relation, je vais m'investir et tout, peut-être qu'à un moment donné, effectivement, il y aura des choses compliquées. Peut-être qu'à un moment donné, ça va être compliqué pour moi. Mais je me dis, je crée quelque chose et c'est vrai que potentiellement, il y a potentiellement des choses qui peut-être se passeront pas bien ou au contraire, tout ira trop bien et ça sera super. Mais c'est vrai qu'à un moment donné, c'est aussi comment je sors de ma zone de confort. Sinon, en fait, tu fais rien, quoi. Ou j'ai eu d'autres amis, tu vois, qui ont eu des relations avec des personnes où il y avait aussi un enfant et qui n'était pas leur. Des relations qui ont très bien marché, des relations qui n'ont pas du tout marché. Et où du coup, je sais, je pense notamment à un pote, sa compagne, il y avait une fille. Et elle, c'était plutôt elle qui disait, mais de toute façon, on n'est plus ensemble. Donc en fait, tu ne fais plus partie de notre vie. En tout cas, c'est sûr que ça a été très violent pour lui. Ça fait partie de ce truc-là où, effectivement, il n'y a pas de statut officiel. Et puis, il y a la relation, du coup, avec l'enfant. Effectivement, tu formes une famille. C'est ça, hein. Il y a une relation qui s'installe. Il quitte de l'après. Là, en en parlant avec toi, je me dis qu'effectivement, ce n'est pas quelque chose qu'on a abordé. Peut-être que ça donne aussi le fait qu'il y ait un enfant dans cette configuration-là. Ça donne aussi une... comment dire... Peut-être une responsabilité en tout cas envers l'enfant ou en tout cas dans le fonctionnement global, de se dire en fait c'est vrai que comment ça se passerait si on n'était plus ensemble pour l'enfant. Après que l'adulte, je veux dire après c'est autre chose, mais l'adulte il peut avoir des ressources, même si c'est très dur aussi. C'est vrai qu'au début d'une relation et pendant la relation tu te dis mais ça comment tu l'envisages, sur quelle longueur d'onde on est. Oui, c'est vrai que cette question-là... Tu vois cette angoisse de se dire, mais en fait, si moi je décède, qu'est-ce qu'il se passe pour mon enfant ? Et ça, on en a déjà parlé. Effectivement, j'ai aucun statut juridique. Et oui, je pense pas que son père, ça lui fera un grand grand plaisir. En tout cas, si moi je poussais à m'occuper d'elle et tout quoi. Donc oui, effectivement, ça fait partie des choses qui sont... qui sont là, en tout cas des questionnements et dans ce qui rentre dans l'équation. C'est vrai que moi j'étais, on va dire un peu, tout en cherchant à lire et à me documenter et tout, quand même dans un truc, Romain en fait il faut que tu y ailles parce que sinon tu vas te laisser paralysé par plein de trucs et tu n'iras jamais. Mais ce que je me rends compte en discutant de toi, ben oui on peut y aller, c'est très bien, oui effectivement quand il se passe quelque chose, ben qu'est-ce qui, en fait comment on fait quoi ? Ça ouvre un autre champ de réflexion. Dans la relation qu'on vit actuellement, moi je trouve que c'est du plus. En tout cas, par rapport à Arsami, c'est une part d'admiration que j'ai pour elle. La façon dont elle s'occupe de sa fille, comment elle s'est débrouillée aussi jusque-là, quand elle était seule. Je réalise aussi l'engagement que ça a été pour elle. Et franchement, un gros gros respect, en tout cas pour ce qu'elle a réussi à faire et l'éducation qu'elle a réussi à lui donner. Et la configuration aussi, puisqu'elle s'est entourée de beaucoup d'amis qui sont aussi un peu des adultes référents pour Thaïs. Et en fait, je trouve le fait, pour un enfant, de grandir dans un milieu avec des adultes différents, qui apportent chacun leur truc, je trouve que pour Thaïs, c'est un enrichissement qui est assez incroyable. Ça donne aussi un cap. On sait... Qu'est-ce qu'on va faire avec Thaïs et tout ? C'est aussi quelque chose, je trouve, qui nourrit le couple. Après, c'est clair que c'est aussi un gros changement pour moi. Une semaine sur deux, ça me change la vie, quoi. En fait, c'est un autre rythme. Mais après, ça me plaît aussi. En fait, j'apprends beaucoup de choses. Ça me permet de poser beaucoup de questions. Après, c'est clair que la semaine où je vais avoir beaucoup de boulot, ou si je me suis pris la tête au boulot, que je suis un peu fatigué, ben c'est aussi là où je dis, ben c'est aussi ça. Là, oui, c'est sûr que... C'est vrai qu'en rentrant le soir, qu'on a entendu des gens toute la journée et qu'on a un enfant qui déborde d'énergie, ben là, il faut aussi appréhender ça, se dire, ben là, effectivement, je sais que je suis un peu fatigué et tout, mais on va essayer de faire des choses... Après, de ce que j'ai lu dans le livre que j'avais, il disait que c'est possible que des fois, la relation avec l'enfant se passe mal ou que ça passe pas. On peut ne passer, mais il n'y a pas les mêmes goûts, il n'y a pas les mêmes perceptions. Ça interdit pas de vivre ensemble, c'est pas une condition pour vivre ensemble, mais c'est vrai que des fois, le courant, il passe pas. Comment t'aimer toi et tes enfants de Dr Christophe Fauret, le défi de la famille recomposée. Un peu de pub et en fait un livre qui est très intéressant et en fait qui aborde tous les cas de figure. Et en fait, quels sont les problèmes et aussi par tranche d'âge, ce que ça implique. C'est une collègue de boulot qui me l'a donnée quand je commençais à parler du coup de la relation que j'avais, qui elle vivait aussi, qui donc son compagnon, ils ont eu un enfant ensemble et son compagnon avait déjà des enfants. Donc elle me dit, moi je suis arrivé avec quelqu'un qui avait déjà des enfants. Et elle me dit, moi ce livre m'a beaucoup aidé, donc si tu veux, je te le passe quoi. Mon psy, quand je lui parlais effectivement de ma vie à moi, il dit là en fait vous êtes dans une configuration qui n'est pas anodine par rapport à ce que vous avez aussi vécu et par rapport à votre configuration familiale. Donc oui, c'est quelque chose dont j'ai parlé à mon psy et notamment le moment où il y a eu un peu ce changement ou ce week-end-là. Elle m'a dit ou d'un coup, je ne veux plus te voir et tout. C'est vrai que du coup, ça m'a profondément, ça m'a quand même profondément interrogé. Du coup, effectivement, j'en ai parlé avec mon psy qui m'a aussi expliqué. Puisque nous, on pensait, on s'est dit mais on a quand même tout bien fait et tout. Qu'est-ce qui s'est passé ? Et mon psy de m'expliquer aussi, du coup, mais est-ce que voilà, est-ce qu'il y a du temps ? Elle passe du temps aussi seule avec sa maman ? Après, bon, c'est l'interprétation à mon psy, donc je sais pas qu'est-ce qui est bon, qui est pas bon, mais de dire, les enfants, vous êtes leur objet d'amour, mais vous êtes potentiellement aussi un objet de rejet. Les deux, et c'est cohérent, c'est pas incohérent, donc à un moment, l'enfant, il peut bien vous aimer, à un moment donné, vous rejetez, et en fait, c'est complètement normal et c'est la vie. Ce qu'il faut, c'est pas la même chose que si un adulte disait, ben, j'ai plus envie de vous voir, tu te barres. Si on se met à sa place, ben, en fait, ça fait beaucoup de... de changement pour elle d'un coup. Je me dis effectivement, comment j'aurais vécu aussi ce changement où d'un coup, tu es seule avec ta maman et ton papa, puis d'un coup, il y a une autre personne qui se pointe, puis brusquement, elle est là toute la semaine. Je comprends aussi tout le bouleversement qu'il peut y avoir. Et après, je sais qu'une autre chose qui m'a aidé, mais c'était plus le côté professionnel, C'est le fait d'avoir amené des familles en vacances avec beaucoup d'enfants. Je sais que ça m'a appris aussi à appréhender la relation avec les enfants. Alors qu'honnêtement, avant, ce n'était pas du tout quelque chose que je connaissais. Je n'avais pas énormément d'amis à l'époque qui avaient des enfants autour de moi. Ça m'a posé pas mal de questions et en même temps, ça m'a permis de me retrouver. En fait, qu'est-ce que c'est de se retrouver à vivre entouré d'enfants, d'adultes ?