- Speaker #0
À la fin de l'été dernier, l'homme que j'aimais a disparu de ma vie. Ce fut un effacement lent, puis une fuite soudaine. Ce fut comme ces journées d'été qui tournent vicieusement à l'orage et ruinent les projets de dîner sous les étoiles. Mais dans cette désolation, il y a le pétricor. Le pétricor, c'est l'odeur de la terre, l'été après la pluie. On m'a dit que dans ma vie, il allait pleuvoir un moment et que je pouvais rester à l'abri, sortir avec un parapluie ou danser sous la pluie. Et je suis quelqu'un qui danse. Et la beauté surgit de partout. De tout ce que je vis, de toutes ces histoires qu'on me raconte. Moi, au quai du chagrin, sans avoir ouvert une porte nouvelle. J'ai toujours écrit à ce que j'aime d'amour, par passion, par douleur, parce que toujours des hommes. Et jamais sur toutes celles et ceux qui me portent, mes coudes, justement, tous les mots. Alors il est temps d'écrire sur ces autres aussi. Je vais écrire sur l'amour, mais avec ces autres. Sur l'amour et ce qu'il y a dans son sillage. Écouter ces autres qui tentent de le réinventer, le cherchent, y renoncent, le ratent. le retrouvent, le transmettent, le découvrent ou le perdent. Ceux qui le vivent avec le sucre et ceux qui y émouvent le feu. J'aurais aimé n'avoir que cela à faire, mais je ne suis mieux que par l'envie de raconter. Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas artiste. Écoutez avec votre cœur. Ce podcast se poursuit dans le début caniculaire de l'été 2025, et c'est Joshua qui en sera le héros presque ordinaire. J'ai rencontré Joshua il a trois ans. Il était barista dans le café où j'aimais travailler ou m'arrêter avec ma fille depuis des années. C'est lieu à la décoration épurée, où on sert des aéropresses, des lattes matcha ou les d'avoine, et des cookies sans gluten à des gens très concentrés sur leur mac. Ma fille aimait finir l'espresso macchiatto délicieux au fond de la tasse, et le goût du café très bon devint dès l'enfance sa norme. Joshua, lui, était conforme à ce qu'on peut imaginer d'un barista dans une grande ville. La boucle d'oreilles longue en forme d'hirondelle, le bonnet, les tatouages, les vêtements des années 90 sortaient d'une friperie. Il était plutôt désagréable avec moi, et je me disais que c'était plutôt normal. Il n'avait pas l'air spécialement d'aimer les femmes, et encore moins les mères de famille qui corrigent des copies dans son café. Cela faisait quelques semaines que j'avais rencontré l'homme que j'aimais. C'était cette période d'infini des possibles. Chaque chose que je découvrais chez lui me plaisait, nos corps s'épousaient. Nous n'avions jamais dormi ensemble, mais il voulait me voir tout le temps. Aucune étiquette n'avait été mise sur notre relation, je le laissais faire. Dans les faits, j'avais tout ce dont je désirais. J'étais sortie dans ce club techno où j'allais régulièrement, et j'avais trouvé Joshua assis sur un bloc de béton dans le hall, avec une fille. Il portait une salopette en jean, et semblait en état d'extase, ce qui expliqua sans doute pourquoi cette fois-ci il me parla, et me demanda de quoi me recontacter. Je n'y accordais pas plus d'attention que cela. Je sais qu'il y a bien des liens qu'on noue dans ces circonstances très précises de ces lieux hors du temps et des conventions sociales. Et au lever du jour, ce sentiment de connexion disparaîtrait sans doute comme neige au soleil. Dans le lendemain de cette nuit blanche, l'homme que j'aimais était venu après ma sieste. J'étais assise sur mon lit et lui couché en travers, replaçant mes cheveux derrière mon oreille, il me demandait si j'avais peur de vieillir en me regardant intensément. La dopamine inondait son cerveau, lui donnait sans doute l'envie de m'avoir à lui et l'angoisse de me perdre. et moi je me disais assez stupidement, vu la tournure que prendraient les choses, qu'il devait être doux de vieillir sous son regard. Mon téléphone sonna quelquefois suite aux messages de Joshua, des messages qui n'avaient rien de très impliquant. L'homme que j'aimais me demanda avec un sourire crispé si je pouvais couper mon portable, et je m'exécutais. J'avais adopté pour principe que l'exclusivité se gagnait. Je voyais le fait de continuer à fréquenter plusieurs personnes comme une façon de tempérer mes élans amoureux. Lorsque je me suis retrouvée célibataire après dix ans de relation avec celui qui fut mon mari, je ne connaissais rien aux nouvelles règles des rencontres. Le retour sur le marché de la séduction fut un certain choc. Toutes les femmes semblaient désormais avoir des pratiques d'actrices porno. Il était courant que les hommes s'acharnent rapidement à nous révéler femmes fontaines ou nous étranglent pendant le sexe. Je n'avais jamais utilisé non plus d'application de rencontre et j'y allais à la fleur au fusil. Il y avait tout un langage implicite à connaître, pour comprendre que l'autre n'était intéressé que par une sorte de relation ou une autre, ou pas du tout. Et je ne connaissais pas ce langage. Je donnais sans réserve ni stratégie de ma personne chaque fois que je rencontrais quelqu'un qui me plaisait. Les réseaux sociaux banalisaient maintenant, dans le langage courant, tout un tas de termes qui se traduisaient en réalité par beaucoup de désillusion, voire une certaine violence. Mais je m'étais, je crois, adaptée, comme tout le monde. Moi, ma préservation passait par le refus de l'exclusivité tant que l'autre ne me donnait pas de raison de renoncer à la liberté que je payais si cher. C'est aussi ainsi que j'essayais d'oublier ce qu'il me fallait cesser d'aimer. en diluant l'empreinte qu'il m'avait laissée dans d'autres rencontres. Tout cela se faisait parfois avec un sentiment d'obligation vers moi-même, une sorte de discipline, de ne pas se laisser appartenir à quelqu'un qui ne voulait pas vraiment de moi, alors que parfois, tout me criait que je ne voulais que lui. Lors de notre première soirée ensemble, alors qu'il semblait évident que nous allions bientôt nous embrasser, l'homme que j'aimais s'était levé et m'avait dit en s'agitant nerveusement et en regardant ailleurs ne pas vouloir de relation. Assis sur le canapé, j'avais encaissé l'annonce et dit d'accord, avec un sourire dissimulant mon amertume. Je me rappelle étrangement le coin de la pièce où étaient accrochés des rideaux blancs que j'avais regardés à ce moment-là. Cette barre à rideaux me disait que non, cet homme me plaisait terriblement, avait acheté un magnifique assortiment chez Fromager et et parler avec passion du documentaire sur Radiohead que j'avais aussi regardé, mais que, raté, malgré l'envie répétée qu'il avait manifesté de me voir, je ne serais rien d'autre qu'un plan cul, peut-être uniquement ce soir. Cette réalité s'inscrivait donc ainsi en moi, je recalibrais instantanément mes attentes. Il faudrait donc rester ouverte à d'autres hommes pour ne pas en vouloir davantage de lui, et ne renoncer à rien, pour ne pas être comme à l'époque, cette pauvre chose qui ne comprenait pas la place qu'elle occupait, victime de ses élans amoureux non réciproques. Je vis donc Joshua deux fois. La première fois, chez lui, il m'expliqua être en couple polyamoureux. Sa copine était son rock, mais il s'était d'accord pour vivre ainsi. Je ne remis pas sa parole en doute. Son style décalé, son côté queer, sa bisexualité semblaient une garantie d'une liberté d'esprit. Il me dit que je l'impressionnais, qu'il n'avait pas l'habitude d'être impressionné et que ça l'encombrait un peu. Les garçons de cette génération souvent demandent le consentement avant d'embrasser et je trouve ça toujours beau et ma bienveillance me pousse souvent à abréger leur appréhension en le faisant moi-même. Et ce fut ainsi avec Joshua. La seconde fois, ma disponibilité s'était affaiblie. Je tombais amoureuse de l'homme que j'aimais. Et Joshua fut le dernier homme avec lequel je partageais une intimité, avant que l'homme que j'aimais m'avoue finalement vouloir d'une relation, exclusive de surcroît, les choses ayant évolué. Quand il m'en parla, je me souviens avoir eu un sourire dissimulant l'explosion de joie intérieure. Car je ne voulais que cela. Pouvoir m'adonner librement à ma passion naissante pour lui, me saouler de sa présence, ne plus redouter que ce loi soit à sens unique, libérer les flots d'amour et de désirs qui débordaient de moi à son contact. J'avais l'impression de ne renoncer à rien, à part peut-être oui, à la possibilité de ces rencontres sexuelles. Mais aussi, je le compris vite, aux rencontres amicales avec des hommes. Car rapidement, l'homme que j'aimais fit montre d'une jalousie féroce, capable de passer des heures lorsqu'une personne de sexe masculin m'écrivait, à me démontrer que cela ne pouvait être forcément qu'intéressé, que je n'étais qu'une proie naïve, qui ne comprenait rien, ne mettait aucune limite à ces hommes. À l'écouter, seul lui voyait mon intelligence, ma valeur. Les autres ne voulaient que ça, profiter de moi. Alors, pour éviter les crises, j'appris à danser en regardant mes pieds. Mes amis observèrent le changement de ma garde-robe. Je ne voulais plus attirer l'attention. Je renonçais aux rencontres, aux échanges ambigus, à ces discussions sans but avec des inconnus en soirée techno. Je renonçais aux contacts avec Joshua, comme à ceux avec les quelques autres amants que j'avais auparavant dans mon existence. Lorsque l'homme que j'aimais disparu, il fallut refaire le chemin à l'envers. D'abord, quatre mois sans rien d'autre que le manque de lui. Quand mon esprit était confus, je doutais. Je ne savais plus s'il avait vraiment existé. Comme autrefois, je ne savais plus si j'étais vraiment allée en Inde. Tant cela me semblait irréaliste et psychédélique. Mais je préférais être seule avec son souvenir que de le remplacer. Je ne mangeais plus. Je pleurais jusqu'à sombrer, enfin épuisée dans le sommeil. Je suis à m'écrivier comme ça, par hasard. Je lui dis que j'étais dans une caverne de tristesse et que je sortirais bientôt. Semaine étrange, de Noël à Nouvel An, miette de l'homme que j'aimais par message alors qu'il partait en Suisse. Il m'écrivit « J'emporte un peu de toi dans ma valise. Les chaussettes, le pull que j'avais offert et celui mangé par les mythes que j'avais raccommodé des heures durant, avec ce cœur brodé dans le col qu'il n'avait pas vu avant. » Je me crus quelques jours dans un film de Noël Netflix. J'imaginais que la simplicité de la vie dans les montagnes, la neige et les moutons l'avaient ramené à la raison, et que tout l'or de notre histoire lui était apparu, en découvrant ce cœur brodé auquel il n'avait jamais prêté attention. Qu'il avait réalisé que moi j'aurais pelleté la neige avec lui, avec un sourire de béhen, pendant que son influenceuse ratée lui apparaissait dans toute sa superficialité. La nuit de Noël, il me dit que j'étais belle et il m'appela longtemps le matin. La conversation durerait jusqu'à ce que je lui demande ce qu'il voulait, à me donner des miettes, tout en nourrissant encore la relation avec l'autre femme pour laquelle il m'avait trahi. Il envoya un message qu'il effaça et repartit dans le néant. La même semaine étrange, un jeune homme d'avant était de passage dans sa famille. Il avait trois, quatre ans de plus qu'à l'époque, une autre façon de parler, des idées différentes. Je l'accueillais, le désirais ce qu'il fallait. Je l'observais, la vie m'émouvait. Le temps qui passe et change des êtres m'émouvait davantage que son étreinte. Gabriel, mon ancien amour, vint à Nouvel An. Et c'est une toute autre histoire. Et puis Josua m'écrivit et proposa un verre. Il avait lui-même un chagrin. Et cette infortune partagée apaisa les réticences que j'avais à le revoir. Sans doute n'attendrait-il pas grand-chose de moi non plus, autre que de discuter. Contrairement aux ruptures précédentes, je n'avais aucune frénésie de rencontre. Là, cette rupture me laissait même incapable de regarder des scènes érotiques dans les films. Je revis Josué un soir d'hiver dans un café. Il était plus doux qu'avant. Je me sentis moins réduite à un objet de désir. En discutant de ce qu'il s'était passé ces dernières années, je compris vite que Josué avait fait du mal à d'autres, qu'il avait menti, trompé, et que, comme souvent, ce polyamour dont il parlait, c'était le mode de relation qu'il désirait vivre, et qu'il imposait à celle qu'il disait aimer. Josué avait donc causé la même souffrance que celle que je vivais moi. Peut-être que c'est mon envie de croire que les gens peuvent changer, et d'en être témoin qui m'a fait continuer à lui parler. De voir que quelqu'un avait pu être nul à un moment de sa vie, réaliser le mal qu'il avait causé et être allé chercher les ressources pour ne plus le faire. Une sorte de justice restaurative. Et dans les mois qui suivirent, j'ai découvert Joshua et cet étrange contraste entre la façon dont sa présence m'apaise et les épisodes de chaos qu'il traverse. Les comportements addictifs qu'il essaie de maîtriser. Je n'en suis jamais témoin. Il me les raconte après. Moi, je le vois toujours calme. D'abord, j'ai aimé sa masculinité douce. qui ne cherchent pas à dominer et pour qui le sexe est une exploration mutuelle, hors des pratiques hétéronormées. Je crois que j'associe en ce moment la masculinité à une menace, car une partie de ce que l'homme que j'aimais avait de nocif me semble lié à son conditionnement en tant qu'homme. Et sur mon profit de l'application de rencontres qui ne m'arrive pas par période d'activé, j'ai écrit en description « si rien que d'entendre les mots vasectomie, psychothérapie ou orgasme prostatique te fait peur, je passe mon tour » . Ça filtre énormément. Et je n'ai vu entrer depuis dans mon intimité que des hommes très affranchis des normes de la masculinité. Un soir de printemps, Joshua et moi sortons ensemble en soirée techno. Ce sont ces mois du début de printemps où revient par moments la joie, et je me crois tirée d'affaires. Nous sommes assis sur la mezzanine, et l'extase monte. Je parle avec de plus en plus de passion de Out of Africa, que j'ai regardé seule la veille, et j'ai aimé ce moment. Karen Blixen m'a inspirée, m'a donné envie, moi aussi, d'avoir mon endroit à moi, chez moi. Et que l'être aimé soit un invité de passage, qui m'emmène à l'aventure. Être la plus ancrée des deux, pour me sentir en sécurité, et non enfermée par quelqu'un d'autre. Josua me regarde, me dit « j'ai trop envie de toi » . Nous rentrons ensemble, je m'endors, il reste éveillé à écouter de la musique. Dans la matinée, nous allons boire un café en terrasse au premier soleil, là où il travaillait quand je l'ai rencontré. Il y a à la table d'à côté, ce mec qui traîne toujours dans le quartier, un sexagénaire qui devait être très beau, jeune, avec un style de baroudeur, photographe. gâché par le big gueule qui l'accompagne toujours et l'oblige à ramasser ses crottes, replaçant plus loin dans le dos son leïca pour se pencher. J'ai toujours senti le connard égocentrique à sa façon d'entrer dans le café. Il parle parfois de photographier avec l'homme que j'aimais, ce qui un dimanche matin l'an dernier lui arroja le droit de s'installer à notre table et de lui faire la conversation en m'ignorant totalement. Cette fois-ci, cet homme semble avoir trouvé un auditoire pour ses théories du complot sur le système bancaire. M'insupporte, je soupire. Je sois sans mon agacement et me dis calmement Fais comme moi, ferme tes oreilles et concentre-toi sur le café. Ensuite, nous rentrons et préparons des œufs bénédictes au saumon. Je sois comme moi, l'habitude de cuisiner, naturellement nos gestes s'accordent. Je retrouve un peu de ce qui m'attend manqué depuis que l'homme que j'aimais n'est plus là. Le sentiment de plénitude lorsqu'on cuisine à deux, sans nécessairement se parler. Je retrouve aussi avec Joshua le plaisir d'écouter la musique qu'il joue sur mes enceintes, cette passivité délicieuse quand on sait que l'autre choisira bien. La fille de la rupture dont Josué a souffré cet hiver est revenue, et cela n'a rien changé entre nous. C'est elle qui l'a plutôt initiée au polyamour, et elle sait que j'existe, et Josué me parle souvent d'elle. Elle est ce qu'on appelle sa relation socle, et ils ont, je crois, plein de petits rituels à eux, et se disent « je t'aime » . Désormais réinstallée dans la même ville que moi, nous avons pris l'habitude de souvent nous voir. Josué a quitté son travail de barista pour s'occuper de personnes en situation de handicap. J'aime la façon dont il parle, avec un infini respect des personnes qui l'accompagnent. Il dit avoir trouvé sa place, malgré ce travail éprouvant physiquement, émotionnellement. Il est souvent libre au milieu de journée, alors le rituel s'est installé. J'arrive, il baise, puis moule les grains de café, mouille le filtre, fait chauffer l'eau, qu'il verse ensuite doucement. Parfois je ramène à manger, parfois je suis à s'asseoir sur le grand tapis et je m'allonge à côté. Parfois je pleure, à cause de l'homme que j'aimais ou du travail. Parfois je parle de ce que j'écris, du projet de podcast. Étrangement, le sexe a quasiment disparu de nos échanges. Comme si nous avions davantage envie d'autre chose, sans pour autant que nous soyons de simples amis. Nous n'essayons pas de l'expliquer. Ce qui m'aurait sans doute fait autrefois remettre en question mon pouvoir de séduction ne me touche plus. Je n'ai plus ce besoin de validation. J'ai compris qu'il n'y avait rien de plus simple que d'éveiller le désir des hommes. Et j'en ai même, car ça m'arrive avec d'autres. Je dis à mes amis que je suis arrivée à ce moment-là de la vie où les hommes hésitent entre ma conversation et le sexe, et que je ne sais pas comment je dois le prendre. Un soir, Je rejoins Joshua dans un endroit où un de ses amis mixe de l'électro. Joshua a pris de la 3, ce qui le rend légèrement euphorique et plus expressif. Il me dit alors qu'il voulait me parler de l'évolution de notre relation, qui est devenue importante pour lui, qu'il adorne au moment, même si ce n'est pas pareil qu'au début, mais que c'est bien comme ça, qu'il ne veut pas poser d'étiquette sur le fait que ça ne se passera plus, mais que ce n'est pas ça dont il a envie quand il me voit. Je comprends qu'il parle du sexe. Je lui dis que ça me va très bien aussi. Régulièrement, Joshua me parle d'autres filles, tout en s'assurant que cela ne me dérange pas. Je lui dis que non, qu'il peut me parler de tout ce dont il veut. Je ne fais pas semblant. Je suis heureuse pour lui. Heureuse que d'autres filles lui plaisent, lui donnent du plaisir, de l'affection. D'où me vient ce détachement nouveau ? Je me souviens, l'an dernier, je voyageais seule en Thaïlande et passais quelques jours tout au nord. J'étais partie à l'aube marcher à travers les rizières et les champs. Personne ne marchait ainsi, mais j'avais parcouru plus de 20 kilomètres sous le soleil. J'étais montée par hasard au sommet d'une colline. Et il y avait là un temple bouddhiste, d'une propreté immaculée. Je demandais à une nonne où étaient les toilettes, car dans les temples, il y a toujours des toilettes propres à disposition. Et la nonne, inquiète du fait que je puisse me tromper de côté et toucher aux affaires sacrées des moines, m'avait accompagnée. Elle était contente de discuter avec une étrangère. Je n'avais rien à faire et j'aimais cette rencontre. Je découvrais l'existence des nonnes bouddhistes, totalement invisibles. Ici, chaque carrelage visait de son ardeur à la tâche, de sa dévotion à Bouddha. Elle me proposa de méditer ensemble et me parla de son guide spirituel et du bouddhisme, et surtout du détachement. Elle me dit que d'aimer, que ce soit ses enfants, son mari, était une aliénation. Car alors on avait besoin de choses qu'on ne contrôlait pas, et qui pouvaient disparaître, nous échapper. Parfois j'ai l'impression en effet d'aimer à une fréquence différente en ce moment, détachée. Et je ne sais pas s'il s'agit de mon nouvel état, ou d'un état passager. Je pense à Luisa Amara dans le podcast Single Jungle, qui se présentait comme célibataire non abstinente, car elle avait trois relations suivies, dont une principale. Et elle se demande si finalement elle n'est pas polyamoureuse. Je me pose la même question. Moi aussi j'ai plusieurs relations suivies depuis que je suis sortie de ma sidération. Mais est-ce que c'est ça le polyamour ? Là, moi j'ai l'impression d'aimer tout le monde et personne. Que je trouve des bouts de relations amoureuses, que j'avais chez l'un, chez l'autre, sans faire peser sur l'autre ma frustration qui ne puisse pas être tout ce que j'attends. Mais je crois qu'en poussant ce raisonnement, je vois que le polyamour peut s'avérer une autre manifestation de notre désir infini de posséder et vivre des expériences, sans avoir jamais à se confronter à ce qu'il y a de plus vulnérable en nous, sans avoir jamais à choisir et donc renoncer. Je pense à cette nouvelle tendance dans les restaurants branchés parisiens qui se propagent partout ailleurs. La dernière bonne idée des restaurateurs pour faire davantage d'argent. Les petits plats à partager, pour goûter un peu de tout, pratiquement au même prix qu'un plat. Au final, 50 euros pour combler sa faim, mais avec le luxe de ne pas prendre le risque de choisir un plat et d'assumer, et de faire contre mauvaise fortune bon cœur en voyant l'assiette de son voisin de table qui a fait le meilleur choix. Je crois que les vrais polyamoureux qui ont étudié la philosophie de ce type de relation et effectuent le travail émotionnel nécessaire pour que ça se passe bien, sont rares. Joshua, je crois, en fait partie, et c'est pour cela que j'ai eu envie d'en parler avec lui. Réfléchir à ce qui distingue le sentiment amoureux du reste, et s'il me serait possible de le ressentir, avec plusieurs personnes. Moi aussi, comme Louisa, je dirais que j'ai trois relations suivies, trois hommes avec lesquels j'échange presque quotidiennement, qui sont là pour moi, s'inquiètent de moi. Il y a une idée de responsabilité mutuelle affective, une projection de lien perdurant dans le futur, sans savoir la forme que cela prendra. Une volonté de progresser dans la profondeur de la relation, en s'adaptant aux circonstances de la vie, en constante évolution. Cela passe par une transparence dans les histoires que nous vivons en dehors, mais une responsabilité vis-à-vis de la façon dont l'autre le vit. Une honnêteté prudente, délicate, empathique, qui implique des ajustements si l'autre en souffre. Une responsabilité collective aussi, vis-à-vis des risques qu'on fait vivre aux autres membres de cette constellation, même qu'on ne connaît pas directement. Il y a des moments d'intimité, de tendresse et des moments de vie ensemble. On ne se cache pas, je vis pleinement avec chacun dans l'instant, comme s'ils étaient les seuls dans ma vie, en privé ou en public, et mon entourage connaît l'existence de chacun. Je n'ai pas besoin d'exclusivité ou de projection en ce moment, j'ai besoin d'honnêteté et de transparence. par-dessus tout après ce que j'ai vécu. A part Joshua, dans ma vie, il y a Gabriel, qui vit à Londres, et que je retrouve toujours pour quelques jours dans des villes différentes. J'ai passionnément aimé Gabriel il y a huit ans déjà. Un désastre, et cette sainte silence, avant de nous être retrouvés, changé et bien plus ancré dans la réalité, mais toujours sans solution. L'éducation juive orthodoxe de Gabriel, dont il s'est considérablement affranchi, fondent toujours sa vision du couple et de la famille. Et bien que je représente bien plus aujourd'hui qu'un interdit, l'incompatibilité demeure. Gabriel cherche une épouse et une mère pour les enfants qu'il voudrait avoir. Mais moi, je suis une amoureuse. Lorsqu'il est lucide, il admet que tout sera plus simple avec une femme juive. Et moi, jamais je ne le serai. Déjà, ça ne servirait à rien. J'ai cessé de vouloir changer pour un homme à ce point de négation de moi. Lui, je crois même inadéquate pour lui. Avec ma liberté et mon amour de Jésus. Qu'il me transforme en épouse et il en viendrait à me détester de ne plus être la même. Inadéquate. Alors qu'il me retrouve un jour, il me dit que c'est comme rentrer chez lui, dans sa maison. Mais moi je sais que je suis une maison de vacances, un refuge poétique, et loin du monde où l'on vit pieds nus. Et ce n'est que quand il est dans un demi-sommeil qu'il me dit qu'il m'aime fort et veut que je porte ses enfants. Je reste assez loin pour ne pas l'entraver. La prochaine fois que nous nous voyons, restons inconditionnés par cette rencontre potentielle. Avec sa future épouse qu'il cherche activement. C'est ma façon de l'aimer. À Marseille, je le vois sortir de l'eau et se sécher au loin. Et quelque chose en moi le reconnaît très fort. Il a plus que personne le corps, la densité, l'énergie du père des enfants que je n'aurais pas eu. Je me rappelle quand je ne voulais que ça, porter ces enfants dans mon ventre, bien des années avant que ce soit derrière moi. Pour moi, cet amour existe, inconditionnel, désormais d'un bête éternité, car jamais possible. Il n'a plus de sens dans cette vie où je ne suis pas juive et où Gabriel le sera toujours. Je crois que j'ai appris à freiner mes élans lorsque je ne voyais pas la possibilité de me projeter dans une vie, au moins en partie partagée, qui tient aux valeurs, à la façon de vivre, à l'orientation politique, au rapport à l'argent, à la famille. Mais alors, est-ce que le polyamour permet de vivre ces amours impossibles, puisqu'il n'implique pas de s'adonner exclusivement à cet amour ? Quand je l'ai attendu l'autre fois au bout du quai à Marseille, j'ai remarqué quelque chose. Je n'ai pas de papillon dans le ventre, juste une joie tranquille. Et quand il m'a laissé dans le lit de la chambre d'hôtel pour aller attraper son avion le lundi matin, je lui ai dit en riant « Ne te marie pas avec n'importe qui, trouve quelqu'un d'au moins aussi bien que moi. » Et il m'a répondu que ce serait difficile, m'a embrassé et la porte s'est refermée. Et je n'ai pas eu ce vide qui s'est abattu sur moi comme à l'époque, où j'entends encore le bruit de la porte suivie de la descente, tel un sevrage de drogue dure. Et là, rien. On dit que les papillons, c'est de l'anxiété sublimée par l'état amoureux. Alors peut-être que tout simplement, dans cette configuration, Je ne suis pas anxieuse. Je n'ai pas peur de perdre Gabriel parce qu'il n'est à la fois pas à moi, ne l'a jamais été et qu'en même temps, j'ai développé avec lui un sentiment de sécurité au-delà de l'amour. Je l'ai perdu de toutes les façons possibles et en même temps, jamais complètement. Et il est toujours là, malgré les femmes qui vont et viennent, il protège mon existence dans sa vie. Et c'est peut-être de là que vient ma difficulté à ressentir de l'amour. Je ne souffre pas. Je n'ai pas peur. Je n'ai pas de manque. Rien ne me brûle plus au-delà du premier degré. Rien ne semble prêt à faire craquer les coutures de ma poitrine. Et je n'ai sans doute que trop assimilé l'état amoureux à tout cela, physiquement palpable, qui me tord le ventre et me plonge dans ces états d'oubli de moi-même, de mes besoins. À l'opposé, trois saisons ont passé, et les restes d'amour pour l'homme que j'aimais, servant peut-être maintenant le café à cette autre fille le matin sur sa terrasse au soleil, ou d'elle respirant ses cheveux me torturent. Dans l'amour, j'ai l'impression de toujours déborder. de manque, d'envie, de passion, de désillusion, de douleur. Je me souviens d'un ami et amant, brillant chercheur en économie, très militant, et aussi polyamoureux, qui disait qu'il préférait être polyamoureux pour ne pas trop aimer une autre personne, car l'état amoureux le faisait se sentir mal et le détournait de son travail militant. Qu'être amoureux, c'était ne jamais être bien, soit dans un état de manque et d'obsession lié à la passion, soit anéanti par la rupture. Et en effet, lorsque je fais le ratio du temps passé à me remettre des histoires, par rapport à celui passé en être heureuse, être amoureuse pour moi semble totalement irrationnel. Est-ce que le polyamour peut être un garde-fou pour les gens qui aiment trop ? Ou combler un besoin infini d'amour, tout finissant toujours par décliner ? Est-ce que pour Joshua, cela protège de quelque chose ? Dans ma vie en ce moment, il y a aussi Hugo. Je l'avais rejoint sans grand enthousiasme dans un café. C'était à la fin de l'hiver. Je n'étais pas très joviale et il voulut quand même me revoir. Il avait l'air plutôt d'un mec bien et sérieux. J'étais un peu embêtée. Je lui dis qu'à vrai dire, je n'étais pas en capacité d'avoir une relation impliquante en ce moment. J'étais désolée de lui avoir fait perdre du temps. Il me dit qu'on pouvait faire fun et léger. Je lui répondis que je ne pouvais pas non plus faire dans le fun et léger en ce moment. Je n'étais vraiment pas le gros lot des applis. J'avais besoin de gens gentils, bienveillants et stables. Pas grand chose d'autre à ouvrir en retour que ma gentillesse et ma bienveillance à moi. Je le revis quelques jours après au parc. Il sentait bon, j'avais envie de toucher le tissu de sa marinière. La discussion était profonde, il disait être comme moi, pragmatiquement perché. Il fallut encore deux autres rendez-vous pour que nous embrassions et que nous passions les quatre heures suivantes collées dans son lit, un samedi après-midi. Je redécouvrais ce que c'était l'alchimie des corps, et c'était indépendamment de tout élan amoureux. Trois mois plus tard, je crois pouvoir dire que si on enlève... l'effet démultiplicateur de l'amour, personne n'a jamais su pousser aussi loin le plaisir en moi et m'explorer ainsi. Je suis heureuse de le voir, au hasard de ce que permet notre agenda, avec la garde alternée de nos filles à l'opposé. Il n'y a pas de projection autre que la promesse une fois où nous nous verrons. J'aime son absence de narcissisme. On dirait un de ces films où le héros se réveille par magie bien plus beau et se regarde avec joindre et incrédulité. Lorsque je le complimente, il sourit comme un enfant et cela annihile toute prétention. Un vendredi soir de juin, nous nous rejoignions à Paris, buvons un verre à la maison Souquet, un ancien bordel à Pigalle, puis nous disons à Montmartre en terrasse. Lorsque je reviens de Corse, Hugo est là, venu m'accueillir par surprise, en faisant son footing. Il m'aide, m'embrasse, je saute dans le train, je souris, je me dis que c'est le genre de choses que je pourrais faire, si je n'avais pas peur d'en faire trop. Ainsi, Hugo me fait vivre de ces moments délicats dont les femmes se languissent, que d'autres analyseraient comme des indices d'une transformation possible de la relation. Une autre fois, je me rends avec lui à cette grosse soirée électro-techno et je vis une des choses que je préfère, danser sur de la techno avec quelqu'un que je désire, dans la quasi-obscurité. Il est heureux de me voir dans mon élément, il dit que je suis belle et que je rayonne, qu'il comprend comment mon énergie attire les autres dans ce contexte. Depuis mon lit où nous sommes couchés le lendemain matin, soleil brûlant inondant la chambre par les petits trous dévolés, j'explique à Hugo qui sont les femmes inspirantes, dont j'ai les portraits en noir et blanc dans des cadres dorés, de formes différentes au-dessus de mon bureau, depuis que j'ai retiré le cliché de l'homme que j'aimais. Je lui dis que j'ai remarqué qu'elle fume presque toutes sur les photos, et que je devrais peut-être m'y mettre. Il me dit que je devrais surtout avoir une photo de moi au milieu de tout ça. Je lui rappelle que je suis toujours moche en photo, mais que oui, je vais essayer d'avoir une photo de moi, comme ça, travaillant dans un café. Je demanderai à Joshua de me prendre en photo. Hugo sait donc que Joshua existe, comme Gabriel, et réciproquement. Il sait aussi les restes d'amour pour l'homme que j'aimais, et moi les siens pour la femme avec laquelle il vivait. Ne rien devoir cacher, ne pas devoir faire semblant, et existait pleinement dans la réalité de l'importance des autres, c'est ce que j'ai trouvé avec ses relations. Il a tendresse quand dit entre nous, la complicité et la présence. Il laisse se fissurer l'image lisse du mec sportif, sain et toujours positif, mais au jour sa vulnérabilité, en même temps qu'une posture réflexive qui m'évite de jouer la sauveuse. Il m'aide à faire dans mon appartement les bricolages listés sur un post-it collé sur le frigo depuis deux ans. Nous parlons de nos filles, il rencontre la mienne par hasard, et il en est heureux. Mais ce qui fait la particularité de ma relation avec Hugo, c'est surtout notre volonté de la vivre la plus joliment possible, en l'absence de sentiments amoureux, et en conscience que nous restons, amoureusement, des monogames dans l'âme. Nous partageons encore l'espoir de rencontrer une personne qui nous redonnera cet élan. Nous ne voulons pas nous résigner. Je me souviens de ce soir d'hiver de mes 21 ans. J'avais rencontré cet homme qui avait 30 ans. Je vivais alors en Angleterre, et venais passer du temps à Paris. Bien sûr, comme si j'avais pris place sur un escalator, je développais des sentiments. et l'envie logique d'être en couple avec lui sans me poser davantage de questions. Je me souviens d'avoir été allongée sur son lit à fixer une fissure au plafond pendant qu'il me disait « je n'ai pas cette brûlure au cœur, l'amour c'est autre chose, ce n'est pas juste ça » . J'encaissais mais je sentais que cet homme, qui resterait un de mes amis les plus chers, mettait au jour une vérité que je portais déjà en moi. Et Hugo sait cela aussi. Alors nous parlons sans filtre de l'absence d'élément amoureux qui nous donnerait envie d'une relation de couple. Et cela nous rend libre d'avoir pour l'autre des démonstrations d'affection et des gestes romantiques. Nous n'avons rien besoin de censurer. Nous partageons même certaines promesses, celles de ne pas exclure l'autre de sa vie si l'amour vient. Mon envie de sa peau ne s'essouffle pas. Je suis toujours fascinée par la perfection du toucher et de la vue de son corps, regard que je promène sur lui, étendu sur mon lit ou sorti de la douche. L'odeur osée de vanille et d'épices de son parfum, celle de caramel de ses cheveux bouclés, dans son cou, là où sa peau de métisse est particulièrement douce, se grave dans ma mémoire olfactive, et repeint les murs de l'imaginaire érotique que l'homme que j'aimais avait colonisé. Mais je n'éprouve jamais de jalousie, aucune, jamais, même lorsque Hugo m'a demandé d'initier lui et son ex-compagne, restée son amante, au massage tantrique. Je les voyais faire l'amour en sentant tout le lien fort préexistant dont j'étais exclue. Et je trouvais juste cela beau, d'être témoin de cela. Je me dis juste que Hugo n'est pas ma personne. Je sens que nos univers ne sont pas miscibles. Pourtant, une telle situation m'aurait tout de même remué il y a quelques années. Est-ce que j'ai eu trop mal ? Est-ce que cette partie est devenue insensible, comme une peau brûlée trop profondément ? Est-ce que toute la jalousie de mon corps a été utilisée à jamais ? Ou est-ce que j'ai juste atteint une sorte de sagesse, de confiance de mon importance, en dehors de toute validation ? Et Joshua, est-ce qu'il éprouve de la jalousie, lui ? Est-ce que c'est un apprentissage ? Et puis enfin, dans ma vie d'aujourd'hui, il y a ce que j'appelle les chemins de désir. Pour les géographes, ce sont ces chemins non officiels, tracés par le passage répété pour prendre un raccourci, mais qui ne sont jamais pavés. ni jamais recouvert par la végétation. Et il est de certaines attirances qui perdurent comme ces chemins de désir, juste là, suspendus, sans concrétisation ni disparition. Et quand j'écris, je vois à quel point tout ça, ce n'est pas juste de la distraction, de la consommation, des expériences. Koundera parlait d'amitié érotique, et c'est davantage ainsi que je le perçois, une forme d'amitié. Je nous vois comme des gens réunis dans un train, sans savoir qui descendra et quand. Et en attendant, puisqu'on est là, on prend soin les uns des autres. Comme si nous ne pouvions pas nous détacher de l'idée que viendra quelqu'un que nous ne connaissons pas encore et qu'en attendant, nous nous tenons chauds. Des orphelins en attente d'adoption, dormant les uns contre les autres. Et comme je disais à Hugo, c'est quelque chose aussi cet amour entre orphelins. Ce polyamour en effet, pour nous qui ne sommes pas polyamoureux, c'est d'aimer tout le monde et surtout personne. Pour moi, au début pour ne pas remplacer celui que j'aimais encore, et maintenant pour être libre de rencontrer... attendent sans voir mon cœur se scléroser, continuer à le muscler et l'étendre. Je crois toujours au fait que le choix et certains renoncements donnent davantage de valeur à l'amour, même si j'aimerais trouver quelqu'un avec qui l'approfondissement du sentiment de sécurité permette de donner à l'autre une liberté plus grande, d'essayer sans cesse ensemble de pousser les murs dans le respect des limites de l'autre et la préservation de la relation. Moi, j'aimerais que l'autre me dise « Je vois la force de ton amour, comme je peux te faire confiance et compter sur toi. » Alors sois la plus libre, vivante et curieuse possible des autres, car c'est ainsi que tu rayonnes. J'ai l'impression aussi qu'au final, peu d'entre nous sont réellement polyamoureux. Nous sommes parfois de grands amoureux terrifiés et traumatisés, qui ne veulent plus mettre tous les os dans le même panier et se protègent. Prépare leur cœur en pensant qu'à un moment, ils en sont à nouveau capables et qu'une rencontre différente donnera une évidence transcendant la peur. Si je perds l'une de ces relations, il est vrai que tout ne s'écourera pas, un peu comme dans ces tours de Kapla. où l'on peut doucement retirer une pièce et juste voir l'édifice trembler un peu, quelques secondes. Car combien cela m'a-t-il coûté, une fois de plus, de me réjouir un temps de cette idée d'appartenir à un homme ? Je crois que le polyamour, pour moi, ça me permet surtout de me donner une place en tant que partenaire de moi-même. Pour la première fois de ma vie, dans cet état de pétricor, il y a des rendez-vous avec moi-même, dont je me réjouis sans y voir de solitude, où je suis ma propre amante, ma propre amoureuse. Pour la première fois de mon existence, dire que je suis bien célibataire n'est pas une posture, tout en espérant une rencontre. Je veux férocement être seule. J'en éprouve un besoin viscéral. Et je sais que cela durera encore quelques temps, le temps de finir cette mue. Et dans ce polyamour, la relation primaire, je l'ai en ce moment avec moi-même. Et je ne me lis qu'à ceux qui respectent cela et n'en souffriront pas. Cette conversation avec Joshua a été enregistrée par une show d'après-midi, un dimanche de juin. Nous avions pensé avoir cette conversation à la gravière naturiste dans la forêt, une mise à nu, nu, et puis dans un parc, le bruit dépassant en fond sonore. Et puis finalement, c'est sur le tapis de son salon, où j'ai désormais l'habitude de m'allonger, que nous avons enregistré cet échange.
- Speaker #1
Moi je me souviens t'avoir rencontré dans un café où je travaillais et du coup c'était tout de suite une interaction client-serveur et que tu prenais toujours ce type de café. C'était des espèces de macchiatos si je ne me trompe pas et j'aimais bien cette routine-là. Cet échange serveur-client, moi je le trouvais assez froid d'une certaine manière, voire impressionnant en fait aussi. Ce que je sais dire ensuite, quand on a appris à se connaître, que tu m'impressionnais pas mal, et ça c'était déjà le cas à la base, bah t'étais assez froide, je pense. Plus occupée, tu vois, genre en train de bosser, et genre j'ai pas forcément le temps d'accorder du temps en dehors de cette relation-là. Pour l'instant, même si moi je ne donnais rien forcément dans ce sens-là, l'idée que ça puisse exister était déjà là. que j'avais envie de te rencontrer. Je me souviens être avec quelqu'un à cette époque et qu'on s'est croisés avec cette personne et qu'il y avait déjà une forme d'attirance, du coup un peu extra-conjugale, si elle l'était imaginée, tu vois. Il y avait déjà une attirance, je le trouvais, de ma part. C'était du domaine de l'interdit surtout, parce que, un peu éthiquement, une forme d'éthique peut-être à avoir et à respecter, c'est-à-dire que c'est un lieu dans lequel tu aimes aller. et que moi aussi, j'avais travaillé là-bas, on veut que ça reste un terrain neutre, non ? Il y avait cette barrière ou cette narration qui pouvait être super intrigante, de se dire que c'est possible, peut-être, de je ne sais quoi, mais d'une rencontre. On s'est vus dans des cadres exprès conjureux, du coup. Ça peut s'appeler comme ça, en tout cas. Encore, pour moi, de ma relation qui était monogame, les termes de notre relation ne se situaient pas dans le fait de voir d'autres personnes. Donc c'est de la tromperie. Mais toi, tu ne savais pas. Oui, ce n'était pas le point. Tiens, à peu près, je ne suis pas fier d'avoir agi de cette manière. C'est un truc sur lequel je réfléchis beaucoup encore aujourd'hui. Et je comprends ma démarche actuelle dans mes relations amoureuses beaucoup mieux.
- Speaker #2
Et tu as l'impression d'avoir fait du thoracie ?
- Speaker #1
À mon partenaire à l'époque.
- Speaker #2
Et à moi.
- Speaker #1
Et à toi aussi, bien sûr.
- Speaker #2
Parce que moi, je... Je ne veux pas être dans des relations comme ça à la base. Est-ce que tu penses que c'est quelque chose de courant que les hommes, les personnes, disent qu'ils sont en couple libre alors qu'en fait, ce n'est pas le cas ?
- Speaker #1
Oui, c'était une très bonne excuse pour moi en tout cas. Parce que c'est ce que j'avais envie d'imaginer qu'il soit. pas ce qu'il était. J'ai adapté à mon discours bien sûr, c'est une forme de manipulation, clairement. Tu as aussi l'air tout désolé d'ailleurs. Je sais pas si je t'avais déjà présenté mes excuses à ce niveau-là. Quand tu me demandes s'il y a beaucoup d'hommes qui pensent à ma mort encore, je pense que oui, comme je l'ai fait, je le comprends, du coup je peux être presque... pas « raisons » , si ce n'est pas du tout le terme approprié, mais c'est l'idée d'accompagner aussi des gens à sortir de ces schémas-là qui sont toxiques et qui sont violents. Je tends aujourd'hui beaucoup plus à une transparence, si on peut l'appeler comme ça, en tout cas une éthique de rencontre, une éthique de relation. Parce que je pense que chacune de mes relations maintenant ont une réalité en elles-mêmes. C'est vraiment une représentation d'une petite bulle dans laquelle tu rentres et qui n'interfère pas l'une avec l'autre. C'est ça que je souhaite avant tout. C'est plus les manières de faire qui n'étaient pas bonnes éthiques derrière.
- Speaker #2
On a vécu chacun notre vie. Tu as vécu des débats amoureux également,
- Speaker #1
moi aussi. Je pense qu'il y a une forme de caring, vraiment de soin entre nous. Quand je voyais que tu n'allais pas bien, j'étais touché par ça et je me suis dit que... Tout le côté imposant ou impressionnant que tu me donnais était toujours là. C'était impressionnant de te voir là, mais tu n'avais pas l'air d'être heureuse. Enfin, tout simplement, un peu toi à nouveau, très effacé, très en souffrance. Et j'avais envie de pouvoir te tendre la main vers quelque chose de plus sympa. Parce que tu m'as toujours intrigué beaucoup. Et j'ai toujours aimé nos échanges. Donc ouais, ça a commencé par une forme de soin, je pense. Et puis aujourd'hui, c'est toujours le cas. Il y a toujours le point de soin de l'autre. Mais j'ai pas envie de le définir dans un cadre. C'est quelque chose d'assez fluide, comme un peu toutes mes relations en ce moment. Sans tout mettre au même niveau. Il y a un naturel. Quelque chose de réfléchi aussi, éthique toujours, mais beaucoup plus simple. Parce que je sors un peu de ces... Le mythe de ce que c'est d'être en couple, de voir ailleurs, entre guillemets. Quand on est avec quelqu'un, comment se définit le polyamore dans ma vie ? Quelle est ma place en tant qu'homme dans une société, dans des communautés ? Les événements de ma vie ont fait que j'en suis aujourd'hui. Je ne sais pas. Pour moi, ça s'est appris. Comme j'ai appris à devoir être en couple monogame, je pense que c'est ce qu'on m'a montré comme commun. C'est que l'autre, enfin l'autre sexe, du coup, le genre homme et le genre femme, sont deux entités qui se complètent constamment et que l'un a besoin de l'autre constamment. On a vite appris à devenir... Devenir le mec d'une relation, le mec qui devait avoir des relations et tout, c'était attendu là où je venais. Et moi, je ne voyais pas d'autre chose. Et je retrouve des parties de moi un peu dans chacune de ces relations. Là où je pensais qu'avant, il était nécessaire que ça se retrouve chez une seule personne. Parce que ma pluralité amoureuse, du coup, se retrouve dans plusieurs histoires. Le premier truc qui me donne envie, en fait, de voir plusieurs personnes, si on le voit comme ça, c'est que chaque relation a sa narration et son histoire. Tu vois, c'est l'histoire qu'on se fait, notamment au travers d'une relation. Ça peut prendre une dimension absolument... Elle peut être belle, elle peut être poétique, elle peut être plein de choses. Ça me permet de stimuler, nourrir quelque chose en moi, quelque chose de plus grand que moi, quelque chose, ça peut être moi, toi, nous, tu vois. On peut dire que par mon expérience, j'ai essayé de trouver ça chez une seule personne. Et c'est quoi ça ? C'est cette histoire en fait, quelle qu'elle soit, un peu idyllique, d'une relation longue, d'une relation stable, entre guillemets, d'une relation où l'amour prime et puis rien ne vient l'interférer. Tout est plus fort que l'amour. Je pense que je l'entrevois vraiment, ma relation, dans une forme de présent un peu constant. où le futur n'a pas trop sa place et j'en trouverai pas une fin non plus pour moi c'est juste là maintenant et j'explore ça maintenant il n'y a plus d'idéal sans que ça puisse paraître un peu triste au contraire c'est très très exaltant parce que c'est très très beau très poétique tout le temps c'est une logique en moi de fonctionner comme ça maintenant et ça répond à beaucoup de questionnements que j'ai eu dans le passé Ça n'excuse pas mes comportements mais ça explique beaucoup mieux comment aujourd'hui je me sens bien, dans qui je suis. Et que des choses comme l'anxiété, la panique sont assez loin de moi en ce moment. Je me suis souvent dit que je m'étais assez sur le compte de la libido. Mon envie sexuelle était plus débordante que les personnes avec qui j'étais. Donc il y avait une sorte de frustration pendant aujourd'hui, plus une envie de multiplier. Un peu comme un rêve ou un trophée de chasse. C'était cette idée-là, un peu aussi de conquérir, cocher une case un peu, peut-être, de ça s'est fait, Ce que j'aime plus maintenant, parce que c'est déposséder les gens pas mal et les rapporter plus à leur peur et à leur genre, et à des cases, encore une fois, c'est pas sortir des schémas habituels. Je pense que j'ai répondu à une curiosité aussi, qui était de... Qu'est-ce que c'est que d'avoir plusieurs relations ? Je n'ai pas trouvé le cadre encore dans lequel le faire à cette époque, parce que je faisais un peu les deux en même temps. Je voulais la stabilité d'une relation hétéronormative et monogame, tout en explorant par exemple la pansexualité ou des choses comme ça. Aujourd'hui, j'essaie avec un regard tout en étant désolé des dégâts que ça a causé. Je vois ça sous un regard beaucoup plus positif, en me disant que pour mon parcours, je suis content de ce chemin malgré tout. parce que même si ces relations sont fermées pour le moment, ces relations que j'ai trompées, je sais qu'il y a une dimension assez infinie dans ces relations malgré tout. Qu'elle reste dans le souvenir comme un deuil, quand quelqu'un part, est-ce qu'il part vraiment aussi ? Tant qu'on est là, le porte peut peut-être être ouvert un jour, elle est là en tout cas. Je ne pense pas les réparer, parce que les réparer, ce serait dire que ce sera la même chose qu'avant, c'est réparer un objet pour qu'il soit tout le temps pareil. Je respecte. maintenant beaucoup la distance qui devait être prise et je cherche plus à devoir m'excuser ou à être pardonné parce que peut-être qu'elles ne peuvent pas le faire. Une de mes relations amoureuses, qui a une place très importante dans ma vie en ce moment, m'a vraiment opposé et tendu la main vers ces questions. Il y a toi aussi, qui m'a ouvert sur beaucoup de questions féministes. Notamment ton parcours, en fait, m'a inspiré. Quand j'entends, par exemple, tes traumatismes de tes histoires récentes, je comprends ton chemin et je comprends... Comment tu as été blessé aussi, c'est une parabole aussi, tu vois ce que je veux dire. Ça me montre que je suis dans la position de celui qui voit la souffrance différemment et qui a presque ce devoir de ne pas reproduire ça, parce que je vois ce que ça cause. Est-ce que tu as l'impression qu'il y a une forme de hiérarchie dans tes relations ? Il n'y a pas si longtemps, je pensais que oui, qu'il y avait une relation primaire, en tout cas socle. En discutant avec cette relation que j'estimais, en cours de changement, pas de changement mais de dénomination différente, parce que si je la définis comme quelque chose de primaire, ça veut dire que mes relations sont hiérarchiques, sont hiérarchisées. Et je crois moins en ça maintenant. Je me dis plus que... Du coup, c'est pas tant une être plus que l'autre, ou une être plus amicale ou plus amoureuse que l'autre, mais ça peut aider de les catégoriser, de dire j'ai une amie, comme toi, j'ai quelqu'un... Mais je sais que c'est pas que l'ami que tu représentes, mais quand j'en parle autour de moi, quand je te définis auprès de quelqu'un, tu es une amie. Parce que je trouve que, pour faire comprendre ça à quelqu'un qui n'a pas forcément les codes et qui ne comprend pas ce que nous on traverse, Parce qu'ils ne sont pas de monde. C'est rassurant aussi, tu vois, c'est une forme d'éthique aussi, quoi. C'est une façon de jongler.
- Speaker #2
Est-ce que tu ressens un élan amoureux pour certaines personnes et pas d'autres ? Et à quoi tu identifies en toi l'amour ? Enfin, comment tu sais que là, tu aimes quelqu'un ? Qu'est-ce qu'il y a de différent ? Est-ce que tu m'as dit ? Une fois que c'est avec cette relation, qui était cette relation que tu voyais comme socle, que vous vous dites « je t'aime » , « t'as raison » , qu'est-ce qu'il y a de différent ?
- Speaker #1
Ça paraît entièrement évident. C'est très difficile à définir. Pourquoi c'est juste avec elle, ce « je t'aime » , et pas avec d'autres ? Je pense que c'est aussi un cadre qui me rassure encore, parce que le fait qu'elle aussi ait des relations polyamoureuses, ça ne veut pas dire que la jalousie ou l'inquiétude disparaissent. C'est plus qu'on apprend à la concevoir différemment ou à la ressentir de la même manière. Ça peut être un vrai trou dans l'estomac, ou des papillons dans le ventre. Là, je parle de jalousie, mais c'est un peu la même chose quand il s'agit d'amour. c'est une émotion, un sentiment. qui peut être très physique, chez moi, c'est plus absolument évident. Mais bien sûr, ce dont on parle, ce qu'on fait, c'est ça, c'est de l'amour. Juste parce que ça paraît absolument nécessaire et évident d'être ensemble dans cette histoire-là et de vivre cet amour-là. Je pense qu'elle ne pourrait pas me faire du mal. Je ne saurais pas l'expliquer vraiment pourquoi. Mais qu'est-ce que ça pourrait être, en fait ? Qu'est-ce qui pourrait me faire du mal ? C'est plutôt ça, ma question. Parce que c'est évident, parce que j'ai confiance dans cette évidence. Là où ça pourrait me faire mal, peut-être, c'est si cette évidence n'est plus partagée.
- Speaker #2
Et à un moment, tu l'avais perdue. Oui. Tu le sentais.
- Speaker #1
C'était très dur, c'était un redouille, mais avec un espoir et une certitude plus en sourdine, plus profonde, qu'on allait se retrouver, parce que ce qu'on a eu avant cette rupture avait une évidence toujours. Et elle me disait par exemple qu'elle serait toujours là, quelque chose qui était très dur à concevoir au moment où elle est partie. Là je me suis senti blessé, parce que je me suis dit que ce n'était pas vrai, et que mon illusion était totale. Mais j'ai cru à ces retrouvailles un jour. C'est pas fini, en fait, ça. Comme notre relation aussi, un peu. Dans son retour, je me suis dit, c'est pas fini. Il y a encore quelque chose à vivre. Et maintenant, je sais que même si elle ne sera plus là, elle sera toujours là quand même. Mais plus à vivre en moi, tu vois. Un truc d'énergie, presque, je peux dire. Ça ne veut pas dire que ce ne sera pas un deuil. Ce sera sur l'entrée de la vie, comme une vie par quelqu'un. Et le rapport avec la mort, il est aussi pas très intéressant, je pense. On voit à peu près. le fait d'avoir perdu un ami par exemple il y a quelques années, j'ai traversé cet état de deuil, je sais ce que c'est que de dire au revoir à quelqu'un et de dire qu'on ne le reverra plus ouais je pense qu'il y a un infini tu sais sans dire que je ne veux pas rentrer dans un débat spirituel et dire que la conviction c'est ça ou ça ou ça, non je pense que ça ne sera vraiment jamais quoi, ces relations là si il y a un truc un clic qui s'est fait à un moment, ça peut se décliquer, mais les aimants fonctionnent toujours un peu, tu vois.
- Speaker #2
Tu disais que tu étais homosexuel. Comment tu vois tes relations avec des personnes qui ne sont pas dans ça ? Dans le polygamme ?
- Speaker #1
J'ai toujours eu du mal à trouver des relations homosexuelles en dehors du sexe. Enfin, qui n'étaient pas attribuées à des relations sexuelles. Donc, d'aider un garçon, par exemple, ça m'est peu arrivé. Parce que c'est plein de choses que je suis en train de démanteler, de remettre en question. C'est pas quantifiable, mais c'est un processus assez long. Où je suis sorti, par exemple, d'une période de... Consommation de drogue, enfin je prenais des drogues pendant souvent, longtemps. Et mes relations avec les mecs, enfin pas que c'est du calme sexe, découlaient de ça. Et avaient besoin de cadres avec des substances, enfin avaient besoin de substances pour exister dans ce cadre. J'avais besoin d'exister à travers ça, sexuellement, découvrir. ou comprendre mieux, ou explorer peut-être, des relations qui, de premier abord, dans une certaine sobriété, sont beaucoup trop effrayantes, à mon goût. Et il y a une envie d'explorer ça, qui est là de toute façon, qui n'est pas juste attribuée à la drogue, mais c'est un moyen de supprimer une certaine anxiété face à ça, et d'explorer vraiment une dimension sexuelle qui est absolument phénoménale. Et maintenant, vu que je ne suis plus dans ces consommations, ma perception de ces relations homosexuelles est toujours très portée sur le sexe. Mais je sens qu'il n'y a pour l'instant pas encore de place à laisser rentrer des hommes dans ma vie. C'est pour ça que je m'intéresse beaucoup plus à ma place dans la communauté queer, parce que les hommes gays, par exemple, qui ont des relations... normatives, qui ne sont pas polyamoureuses, va rentrer dans des cadres qui ne me placent pas non plus. Donc c'est beaucoup plus difficile pour moi de trouver quelqu'un qui résonne avec ses questions polyamoureuses. Je me sens en général beaucoup plus à l'aise avec les femmes, qui s'identifient comme femmes en tout cas, parce que le genre masculin... peut me faire peur aussi, malgré que j'en fasse partie. Je sais très bien que quand je vais voir des mecs sur des applis... Je me méfie. Je fais très attention. Parce que je sais que les hommes sont de faits violents. Il faut faire attention. Je ne sais pas. Ce n'est pas pour paraître hypocrite. Je pense que je peux aussi être violent à ma manière. Je l'ai été. Pas verbalement ou pas physiquement. Mais dans mon comportement.
- Speaker #2
Pour l'instant, tu n'arrives pas à te voir amener dans l'amour pour un homme.
- Speaker #1
Ça s'est produit.
- Speaker #2
Ça s'est produit ?
- Speaker #1
Ça s'est produit. Et... Je ne vais pas vous dire que ça m'a traumatisé au point de ne plus pouvoir le faire, mais en tout cas ça m'a impacté au point de ne plus me livrer. C'était une période où j'explorais mon homosexualité avec un garçon. On se voyait souvent. Et on ne couchait pas vraiment ensemble. Mais on jouait aux jeux vidéo, on rigolait beaucoup, on était vraiment taquins. Et c'était séducteur malgré tout. Et je me suis senti emballé par lui et par ça, d'une force que j'en ai perdu les pédales. C'était une période très compliquée pour moi psychiquement. Mais je pense que c'est aussi dû à ces questions-là. C'est-à-dire que ça m'a bouleversé. Je ne dis pas que c'est cette relation qui m'a fait me rendre compte que j'avais besoin d'aide et de me renforcer psychiquement à ce moment-là. Mais j'étais très bouleversé par ça. Je suis retombé sur nos messages un peu par hasard. J'ai tout lu et je lui ai demandé si on s'aimait. Elle m'a dit oui. Du coup, j'ai compris que c'était une grosse déception. Sans dire que c'est ça qui m'empêche maintenant de voir des hommes. Je sais que c'est ceux dont je parlais avant aussi. Le fait que je me retrouve peu dans le genre masculin, même si j'y suis. Je sais que je suis un homme et que je fais partie de ce...
- Speaker #0
ce groupe parle mon genre et que j'ai à prendre en compte ce que ça apporte, ce que c'est, la violence que ça peut amener aussi, le privilège que c'est, etc. En tant que ces questions-là, j'essaie de les dire très attentif. Ou alors c'est juste, peut-être, pas simplement, que je n'ai pas encore trouvé une personne de genre masculin que je trouve foncièrement intéressant et romantiquement nécessaire à ma vie, ou important à explorer. J'ai des crèches, je vois des garçons des fois, je suis absolument subjugué et j'ai envie de leur parler, mais c'est rarissime ici. Je fréquente peu de le cuire, mais quand je le fais, je suis vraiment exalté. Enfin, pas exalté, mais je me sens à ma place. Il y a encore des choses que j'ai besoin d'expérimenter et de théoriser beaucoup avant de pouvoir me lancer peut-être plus pleinement.
- Speaker #1
Je m'invite, je suis projetée jamais dans le futur. Moi, ça me semble compliqué, non. Il faut de l'amour et tout ça, c'est... Comment tu fais si tu veux avoir une famille ? Parce que la société n'est pas conçue pour ça. Est-ce que c'est une question que tu te poses des fois ?
- Speaker #0
Je me la suis posée, le rôle de la parentalité, le fait d'être père, de partager une vie de famille avec quelqu'un, ça m'a questionné. J'ai eu l'envie d'être père assez tôt. J'ai eu une envie très claire dans ma tête, une image qui était vraiment très... belle et poétique. Je me suis vu avoir une fille à 18 ans, tu vois, genre, j'aurais une fille, et puis je lui montrais tout le courbeau dans la vie, et ça serait très poétique, ça serait un super échange, et genre, ça serait quelqu'un que j'aimerais de tout mon cœur, des choses comme ça. Maintenant, je crois moins en ça, parce que je pense, encore une fois, que c'est répondre à... Une demande patriarcale un peu d'avoir une famille. Je pense que je n'ai pas envie de répondre à ça, pas de manière militante ou révolutionnaire, mais juste parce que ça ne me correspond pas pour le moment. J'aime me poser la question et me dire que peut-être un jour avec quelqu'un, il y aura l'envie de naissance, ce désir de procréer. Je ne sais pas comment ça se configurerait exactement dans mes relations, mais j'imagine que ce n'est pas impossible. Encore une fois, la... La relation socle dont je parlais, je ne sais pas comment la définir exactement, mais cette personne, chef, dont je suis amoureux, à qui je dis je t'aime, m'a donné l'image de la permaculture par exemple. Le fait de dire que ce n'est pas important que les deux fleurs qui vont pousser l'une à côté de l'autre se rencontrent. et qu'elles se pollinisent ou peu importe, c'est le fait qu'elles puissent le faire. C'est juste le fait de les placer dans le jardin et de dire, ben, poliamant, c'est ça, tu viens entretenir tes fleurs. Tu fais aussi partie de ces fleurs-là, quoi. Enfin, tu es la fleur dans le jardin qui s'occupe du jardin, quoi.
- Speaker #1
Comment on fait pour être là pour plusieurs personnes si t'as plusieurs relations et que ces personnes, elles ont... toutes leur anniversaire le même jour. Comment on fait ? Dans le couple monogame, vétéran, si tu es malade, c'est toujours ma peur, si je suis malade, qui va s'occuper de moi ? Ne pose pas la question, tu sais qui normalement va le faire. Comment on fait si on est tous polyamores ? Pour savoir.
- Speaker #0
On s'entraide les uns les autres, constamment.
- Speaker #1
Donc ça devient une sorte de communauté, de constellation.
- Speaker #0
Oui, pourquoi pas.
- Speaker #1
Mais il faut que tout le monde soit d'accord alors. Il faut que tout le monde soit dans la bienveillance, même envers les autres. Et donc ne plus être dans une rivalité, mais dans une... Une sorte de solidarité. Comment tu choisis avec qui tu passes Noël ? Comment tu choisis ?
- Speaker #0
Je pense que ça se définit au travers de discussions, de radars aussi, si tu connais le concept. On vient se poser, on se donne un temps. Donc vraiment, c'est ancré sur un calendrier. C'est un rendez-vous avec, pour le coup, une relation. Et ça donne un cadre dans lequel... on peut parler de tout de façon très safe parce que j'ai l'impression que dans les relations hétéronormée, normative, je ne sais pas comment globaliser encore ce terme, je pense que l'amour est peut-être vu comme quelque chose d'absolu, en fait, et que s'il y a besoin de discuter, ce sera fait automatiquement. Parce qu'on s'aime, parce que il n'y a pas d'autre choix que s'aimer, en fait. Moi, je suis plus d'avis de dire qu'on a chacun les emplois du temps, on a chacun nos occupations, on a chacun nos pans de vie, et qu'il faut s'asynchroniser pour trouver un temps pour parler de ça. Parce que c'est des sujets tout aussi importants à construire que faire un budget prévisionnel sur l'année prochaine. J'en sais rien. Ça peut être vu comme ça. Je ne dis pas que c'est le cas concrètement dans mes relations et que c'est constamment organisé et protocolaire, etc. Non, il y a beaucoup de place à l'inconnu et à la spontanéité, constamment, et à l'amour. S'accorder un temps pour parler de ça, c'est trop bien. On parle de nous, on a un champ de réflexion qui peut s'étendre sur le plan. 3-4 heures. On s'accorde vraiment le temps pour.
- Speaker #1
Et soit quand on est polyamoureux, du coup, on peut interagir avec des gens qui ne le sont pas.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Comment on fait alors ?
- Speaker #0
C'est tout aussi bien. C'est juste différent. Si j'avais rencontré quelqu'un qui souhaite une relation monogame et qui n'aurait Dieu que pour moi, si on peut dire ça comme ça. Je ne sais pas si je me sentirais entièrement à l'aise là-dedans non plus. Parce que ça veut dire qu'avec elle, j'aurais un rôle qui est beaucoup plus... Enfin, dans la narration, qui est beaucoup plus fort. Et peut-être que je n'aurais pas envie de prendre ça sur mes épaules. Ça ferait de moi un pilier binaire. Et je ne pense pas avoir envie de construire ça. Maintenant, je ne ferme pas la porte.
- Speaker #1
Est-ce que ça t'arrive quand même d'éprouver de la jalousie ?
- Speaker #0
Bien sûr. Avec la relation avec qui c'est très important en ce moment, je vais la définir comme quelqu'un qui est ouvert au polyamour. On s'est tous les deux rencontrés à un moment où on se questionnait sur ça. On a tous les deux expérimenté ensemble. On est tous les deux en train de vivre ça maintenant à son potentiel, pas maximal, mais en tout cas, on le vit à fond. On est vraiment dans ces questions. En tout cas, je peux plus parler pour le moins, mais moi, je suis vraiment dans ces questions-là. Je suis vraiment dans ces questions-là. Allez, je les ai ouïes. Comme je le disais tout à l'heure, il y en a. Ça se ressent physiquement. Quand on fait ses radars, par exemple, avec cette personne et qu'elle me parle de ses autres relations, par exemple, j'ai souhaité au début qu'elle ne nomme pas ses partenaires, qu'elle ne me donne pas de prénom. Parce que je pensais que le fait d'avoir un nom attribué à quelqu'un, c'est le matérialisme complètement dans ma vie aussi. Parce que je vais le rattacher à d'autres prénoms, je vais former une image dans ma tête de quelqu'un. que je n'ai pas forcément envie d'avoir, parce que ce n'est pas mon histoire à moi. Et que la jalousie fait aussi que j'aurais envie peut-être de m'immiscer dans cette intimité. Ça devient une entité que je n'ai pas envie d'envoyer dans ma narration à moi. Je préfère garder ça en retrait. Et puis dernièrement, je lui ai dit, c'est OK, je veux bien l'entendre, je suis prêt à l'entendre. Du coup, elle me les a dit. Et c'était beaucoup moins difficile que ce que j'imaginais. J'ai eu une petite sensation de creux, cette sensation de jalousie qu'on sent clairement en soi, où j'étais un peu désarçonné, presque blessé d'une certaine manière, mais par égo, parce qu'elle ne me détaillait pas leur rencontre. Mais je savais qu'ils s'étaient vus un soir, et très très précise dans ses mots, pour être très éthique aussi. qui... sensible à ce que l'autre sent. Donc moi, c'est un discours qui est très posé, bienveillant, qui n'est pas le fait de vouloir faire mal à l'autre. Tu vois, vraiment considérer l'autre dans ses émotions aussi, c'est très très bienveillant. Encore une fois, ce radar est foncièrement important et nécessaire, je pense, dans des relations polyamoureuses, parce que ça permet de justement parler de ces sujets-là, et de constater que la jalousie, au final, c'est un sentiment, tout comme le bonheur, tout comme la joie, Le sentiment très positif, c'est aussi un sentiment que tu peux laisser te traverser. C'est OK, tu peux le faire. Ce n'est pas quelque chose de fatal. Et une fois que tu considères ça un peu comme de la méditation, tu sors très rapidement de cette émotion et tu la comprends telle qu'elle est. Je ressens de la jalousie, mais je la laisse me traverser et faire son histoire à elle. On se rassure encore l'un l'autre. Et du coup, c'est pourquoi tu es jaloux. D'où vient ce sentiment ? dans mon discours. t'as fait sentir cette émotion-là ? Et dans ce cas-là, est-ce qu'on peut en parler et remettre les choses en place, en fait ? Parce que c'est déstabilisant, la jalousie, ça te fait imaginer des choses qui ne sont pas forcément réelles. Et d'entendre le point de vue de l'autre, qui est objectif, qui est mon envie dans cette relation, elle se tient là, là, là et là, les problèmes sont là, là et là et là. Qu'est-ce que j'entrevois dans cette relation ? Qu'est-ce qu'elle m'apporte aussi ? Qu'est-ce que j'apporte dans cette relation ? Comme je le disais au début, comment toi, et notre histoire est dans sa propre bulle et ne vient pas du tout modifier ce qu'on a nous, en fait. Si des choses se passent mieux avec quelqu'un, tant mieux. Ça veut dire que leur histoire se passe très bien. Ça ne veut pas dire que la nôtre est moins bonne à cause de la leur.
- Speaker #1
Et est-ce que tu éprouves de la jalousie pour quelqu'un d'autre que cette relation particulière que tu as ?
- Speaker #0
Je ne pense pas que ce soit de la jalousie, mais un truc qui s'en rapproche un peu. On dit « Ah ouais ! » Tu vois ? Ah oui, il y a ça. Je l'avais oublié. Il y a cette réalité qui existe aussi. Mais du coup, c'est un genre d'écran que je vois un peu au loin, comme ça, où je projette des trucs dessus. Et très vite, ça m'ennuie, parce que c'est pas mon histoire. C'est vrai que ça m'ennuie, ça fait partie de la personne, mais c'est un truc en moi. Au fond, ça n'importe pas pour moi. Peut-être pour l'autre. Par exemple, ma vie que tu avais rencontrée, enfin que tu avais vue quelqu'un que tu vois en ce moment, que tu avais vue hier, je crois, avec ta fille. Et je me suis dit, moi aussi, j'ai été avec ta fille et toi. Du coup, très vite, la question première, qui est la police des pensées, on va dire, qui est la pensée normative, ou la pensée générale, globale, qui te dit, du coup, je ne suis pas spécial là-dedans. Et j'ai très vite démantelé ça dans ma tête en me disant « c'est votre histoire à vous tous les trois, en fait. Ça ne veut pas dire que moi je ne peux plus exister dans un 3 où c'est toi, moi et elle. »
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimerais vivre avec moi qu'on n'a pas encore vécu ?
- Speaker #0
Ça, c'est une super question. On peut pas se baigner ensemble.
- Speaker #1
Se baigner ?
- Speaker #0
J'ai pris beaucoup de temps pour réfléchir parce que j'étais là, j'aimerais trop cuisiner avec toi mais ça on le fait déjà et j'aime trop ce qu'on fait en cuisine. J'ai trop envie de faire des trucs comme on fait maintenant, des podcasts, des moments créatifs et artistiques en soi, enfin genre une démarche, une réalisation. En tout cas, ça j'adore. Je trouve qu'on fait plein de trucs déjà qui sont très très cool. De faire une sortie en dehors de la ville.
- Speaker #1
Dans la nature.
- Speaker #2
Ça a été un moment fort pour moi cet entretien. J'avais écrit avant que si j'avais eu envie de développer cette relation avec Joshua, c'est parce que ça me montrait cette possibilité d'évolution et de réparation. Mais avant de l'interroger, j'ignorais qu'en miroir, Joshua avait envie de m'épauler dans l'apaisement de la souffrance, résultant des comportements similaires à ceux qu'il avait pu avoir autrefois. Il y a un moment de silence dans l'enregistrement que je n'ai volontairement pas coupé. C'est celui où Joshua dit qu'il a beaucoup avancé dans sa réflexion aussi grâce à moi. En se rendant compte du traumatisme que peuvent créer les comportements de mensonges, de manipulations, qu'il qualifie lui-même de violents. Là, j'ai commencé à pleurer un peu. Pas sur mon sort, mais parce que je me suis dit que tout ce que j'avais pu vivre et faire n'était peut-être pas en vain. Que peut-être que ce n'était pas l'homme que j'aimais qui me le rendrait. Mais qu'à l'échelle de l'univers, cela allait peut-être quelque part. Personne n'a envie d'entendre que grâce à une rencontre suivie d'une histoire ratée, L'autre aura compris, changé, et fera mieux dans une prochaine relation avec quelqu'un d'autre. On veut toujours un retour sur ce qu'on a donné à l'échelle de cette même vie humaine, et même dans notre temporalité qui est souvent de quelques mois, avant de faire son deuil, guérir et passer à autre chose. Mais peut-être que moi aussi, je rencontrerai un jour quelqu'un qui fera infiniment mieux qu'avec la personne précédente. Parce que l'histoire de Joshua montre que parfois, ben oui, on peut apprendre de ses erreurs, changer et faire mieux. On peut avoir été un connard et décider d'être quelqu'un de bien. Ce n'est jamais trop tard. L'histoire de Joshua, c'est aussi celle de quelqu'un qui s'interroge sur la meilleure façon de vivre en fonction de qui il est vraiment et chercher des gens qui partagent sa façon d'être en relation. A priori, on veut tous la même chose, aimer et être aimé. Mais je crois que cela demande beaucoup de temps, d'essayer de rater, de connaissance de soi pour comprendre réellement les subtilités de notre façon d'aimer. Je ne suis pas polyamoureuse, et c'est ainsi. Ce n'est pas tant que mon cœur est trop petit, j'ai la curiosité sans fin et la conscience des limites à se donner pour ne pas qu'une relation se fasse au détriment d'une autre. Mais je peine à croire que l'autre sache me protéger et répondre à mes besoins en se partageant entre plusieurs personnes. J'aimerais être davantage détachée du modèle du couple monogame, mais il faut que je sois honnête. En couple, je m'épanouis en étant profondément connectée à une personne qui nourrit la relation et cherche à y vivre avec moi la liberté et l'intensité. Et pour l'instant, je ne vois pas comment vivre cela en étant une relation parmi d'autres. Je reconnais l'attirance qui peut exister à l'extérieur du couple et je souhaite en faire quelque chose d'autre qu'un interdit. Mais j'ai besoin que l'autre me mette à l'abri des désirs qu'il peut éprouver pour d'autres. Je veux être une priorité, je veux être à part. Je qui niais moi et le reste du monde. Peut-être que d'avoir grandi dans une famille où mon individualité et mes besoins étaient noyés dans ceux de ma fratrie fait que dans l'amour, la petite Marie en moi veut enfin être importante, que quelqu'un soit particulièrement attentif à mes besoins et ne plus toujours partager raisonnablement et attendre mon tour. Merci de m'avoir écoutée. Dans le prochain épisode, on parlera de ce que c'est qu'aimer quelqu'un en souffrance psychique. Ce podcast a été écrit et réalisé par Marie Vermeer avec l'aide de Joshua. Musique d'introduction par le groupe Genévois Les Animaux Gris. La musique de fin, c'est l'Imposteur par Poskino, dont Joshua avait réalisé le clip assez psychédélique disponible sur Youtube. Illustration, peinture de Hélène Delmer.
- Speaker #3
Tout, Remarquables et brillants. Mes amis, mes amours, Arrêtent en souciant Chaque place que l'on m'attribue Trop baisé, nous tout seuls, je m'en chasse De peur d'être une fois mise à nu La personne de laquelle on se lasque Tout autour, tout autour Remarquables et brillants, mes amis, mes amours, par extension. Je suis l'imposteur La vie de l'ignorance Je suis l'imposteur Qui se nourrit de chance Quelle beauté, quel talent ! J'ai ce croc ! Il croque ! Il croque ! Piégé dans l'intime conviction Que le voile tombera violemment La bouche ouverte d'admiration se fermera par un baillement. Je suis l'imposteur, la fuite de l'ignorance. Je suis l'imposteur Qui se nourrit de sens L'imposteur La fille de l'ignorance L'imposteur Tu es sauvé de chance