- Speaker #0
Ce podcast commence en avril 2025, en Thaïlande, où je voyage avec Mélanie, mon amie d'enfance. Mais d'abord, il faut que je vous explique. À la fin de l'été dernier, l'homme que j'aimais a disparu de ma vie. Ce fut un effacement lent, puis une fuite soudaine. Ce fut comme ces journées d'été qui tournent vicieusement à l'orage et ruinent les projets de dîner sous les étoiles. Mais dans cette désolation... Il y a le pétricor. Le pétricor, c'est l'odeur de la terre, l'été, après la pluie. Lorsque les gens découvrent l'existence de ce mot, pétricor, invariablement ils disent « Ah, j'adore cette odeur ! » L'odeur de cette transition brutale nous émeut tous, sans qu'on sache pourquoi. Sans doute est-ce au plus profond de nous, dans notre mémoire ancestrale, la promesse de renouveau, de survie. Les parfumeurs ont essayé de capturer cette odeur, sans succès. Il n'y a que la pluie sur un sol chauffé par le soleil qui peut la créer. Le pétricorps, c'est notre consolation face au désastre. Quand il n'y a plus rien à faire d'autre que d'écouter, respirer et faire l'expérience intense de son insignifiance, de son impuissance. Et moi, je vis depuis des mois. dans cet état de pétricor, sous un déluge magnifique. Je me laisse traverser par le chagrin, le transforme en prière, en pensée, en sagesse. Il reviendra bien, le temps de la lutte et de la renaissance, mais ce n'est pas encore. Être à genoux, submergé, un temps, fait partie du chemin. Une énergie que je ne connais pas monte en moi, et lorsque je regarde ma peau, il me semble qu'elle tombe, et qu'une autre apparaît en dessous. Je crois que je bascule dans la seconde partie de mon existence. Et je n'ai pas connu telle mue depuis l'adolescence, mais cette fois, on ne me pardonnera guère de claquer les portes. Des choses qui m'animaient ne font plus aucun sens pour moi. J'ai besoin de beaucoup de solitude, de temps que je passe à intégrer je ne sais quoi. Je me vois vieillir, et j'y trouve pour l'instant une sorte de joie tranquille. Qu'est-ce que ça laisse comme place ? Un tel amour quand ça s'en va Qu'est-ce que ça donne comme humilité Quand on se retrouve à genoux A implorer je ne sais quoi que la douleur s'arrête Je ne suis plus cette femme qui a trouvé l'amour auprès de cet homme très beau Ce photographe qui l'accompagne dans des voyages incroyables Et s'occupe de sa fille comme si c'était la sienne Projet de vie anéanti Retour à la case départ Je serais tombée en disgrâce de l'amour Trompée, rejetée, abandonnée Une perdante Une anti-héroïne pathétique qui a envie de s'abrutir de substances pour oublier ou dormir. Je suis le cliché de la femme de 40 ans, trompée par un homme qui a préféré la facilité auprès d'une instagrammeuse fast fashion de 12 ans de moins, partageant chaque jour ses photos d'elle à ses quelques 2600 abonnés. Je suis la mère d'une adolescente qui me claque la porte de sa chambre au nez, avec un boulot devenant une torture et dont tout le monde se fout. La crise de milieu de vie de l'homme que j'aimais marque le début de la mienne. C'est le déluge. Ça prend l'autre partout. Et là, il y a plein de ces gens pour lesquels la vie est tout autant une défaite et qu'ils ne m'en parlaient pas nécessairement. Je crois que cette peine me rend plus perméable aux émotions des autres. L'homme que j'aimais était le soleil d'un système où brillaient faiblement quelques autres planètes. Un soleil qui m'éblouissait. Je ne les rencontrais pas vraiment ces silhouettes à contre-jour qui révèlent maintenant leur relief, leur couleur, maintenant que je change la lumière. Et que c'est beau tous ces gens d'un coup autour de moi. N'est-ce pas sur eux que je dois apprendre à écrire, sur ces perdants magnifiques qui dansent avec moi sous la pluie ? Longtemps, je n'ai écrit que par passion amoureuse. J'écris de longues lettres, des mails, des textos, des notes de blog à l'être aimé ou sur l'être aimé. Parfois j'écrivais ce que je vivais, mais parce que je portais l'autre en moi, et je voulais lui raconter. À cet homme que j'ai tant aimé, j'ai écrit trois livres, un pour chacun des trois automnes que nous aurons passés ensemble. Le premier s'appelait « Moments de grâce » et décrivait ces instants banals et insignifiants, mais qui prennent dans l'euphorie de l'amour naissant des allures de scènes de cinéma. Le second s'appelait « Des fleurs et des racines » et décrivait l'épanouissement d'une relation amoureuse qui s'ancre peu à peu dans le quotidien, avec ses moments de floraison, et les autres, moins éclatants, où l'attachement se développe en souterrain. Le troisième s'appelait « Les grandes plaines » et je l'ai écrit alors que je faisais seule, comme une somnambule, le voyage en Sicile que nous avions prévu ensemble pour mes 40 ans. J'y racontais, avec une écriture âcre et désespérée, le déclin de cet amour, que j'étais seule à vouloir faire vivre. À travers des mois où l'univers semblait nous mettre à l'épreuve, on m'envoyait un message, en dépouillant notre vie d'artifice, telle la traversée des grandes plaines. Avec cet homme, nous nous écrivions aussi de longs mails lorsque nous étions séparés. Ces mails... Il les imprimait religieusement, les agrafait, les datait. Je les imagine aujourd'hui, dans l'obscurité d'une boîte, dans un coin de son appartement. La dernière fois que j'ai su écrire régulièrement, animée par autre chose que l'amour, j'avais 21 ans. Je vivais alors en Angleterre, dans une petite station balnéaire au charme désuet. Je donnais 12 heures hebdomadaires de cours de français dans un collège difficile, où l'on attendait de moi d'enseigner les chiffres, les couleurs et quelques phrases basiques à des adolescents peu intéressés. obligé pour quelques années encore de suivre une scolarité. Le reste du temps, je marchais, je buvais le thé avec d'autres assistantes français, je donnais des cours de conversation à une vieille anglaise, et surtout, je tenais un blog. C'était en 2005. J'étais arrivée dans le monde des blogs au hasard des premiers temps de l'internet illimité, un été chez mes parents, dans la campagne Picard, où j'avais pris 8 kilos de mal-être et d'ennui, avant de partir vivre en Angleterre. Virginie Despentes, dont j'avais découvert l'œuvre quelques années auparavant, tenait un blog sur cette plateforme, et j'avais même échangé des mails avec elle. Elle m'avait dit que la vie était courte, et d'oser d'être ce que je voulais être. Nous formions une communauté, partageant en quelque sorte notre journal intime dans l'anonymat qu'il était encore facile de préserver. Peu de photos, essentiellement du texte, léger et sans intérêt chez certains, profond et littéraire chez d'autres. Nous nous lisions, puis nous écrivions. Et parfois, nous découvririons dans la vraie vie, nous retrouvant sur des quais de gare dans d'autres villes. J'ai rencontré beaucoup des amis les plus chers que j'ai encore aujourd'hui, même si nous avons quitté, peu à peu, ce monde parallèle. Un matin, en nous connectant, nous avons découvert que la plateforme qui hébergait notre contenu avait disparu, avec tous nos textes, dont nous n'avions parfois aucune sauvegarde. Je me souviens avoir pris ça avec beaucoup de philosophie, comme les autres. Ce n'était pas l'important. Pour moi, les textes étaient un peu comme lancés au vent, pour qui en voudrait. Il représentait des occasions de se lier avec d'autres, avec ce ravissement de se dire « mais alors toi aussi tu ressens ça ? » A l'époque, j'étais capable d'écrire sur plein de choses, et sans qu'il y ait la motivation du regard que l'être aimé porterait sur mes textes. Et puis par ce blog, j'ai rencontré un jeune homme, puis une jeune femme, et ce furent les premières expériences de passion amoureuse. Et depuis, je n'ai plus vraiment écrit sans carburant. Il y a bien eu les lettres écrites à mon enfant pendant la grossesse et les deux premières années de sa vie. J'avais une peur viscérale de mourir en couche, puis peur de mourir avant qu'elle ne soit assez grande pour se souvenir de moi. Il y a quelques lettres, dans une boîte en carton, dont ma fille connaît l'existence. Elle me demande souvent quand elle sera autorisée à les lire. Lorsque j'ai divorcé, j'ai cessé d'écrire ces lettres, car mon énergie a été accaparée par mes relations amoureuses successives. Je me disais que je recommencerais quand les choses seraient plus stables. Mais je n'ai plus jamais écrit de lettres. Même lorsque j'avais retrouvé une stabilité dans quelque chose qui faisait famille pendant plus de deux ans. J'ai demandé des fleurs à l'univers et il m'a envoyé de la pluie. L'homme que j'aimais, comme je n'ai jamais aimé personne, le seul avec lequel j'ai profondément imaginé vivre, faire famille et vieillir, s'est enfui. Il avait voulu être avec moi, vivre avec nous, devenir un parent pour ma fille, et il était parti tout en disant encore mémé, vous l'aurez paré un jour. Je fus titéré, je ne compris rien. Et puis, juste le néant. et une personne différente l'a remplacé. Il dormait maintenant avec une autre qu'il avait mise entre nous, juste lorsque notre passion était amenée à se transformer en amour, lorsqu'il s'était installé avec nous, comme s'il craignait de trop m'appartenir. J'avais toujours senti au fond de moi que notre vie ensemble ne serait pas linéaire, qu'il repartirait un jour, qu'il avait encore des choses à explorer seul pour pouvoir s'ancrer durablement. Mais je pensais qu'il repartirait pour voyager, prendre de ses photos magnifiques, se remplir encore un peu de souvenirs, d'expériences extrêmes, et reviendrait après auprès de nous. Et non qu'il partirait pour vivre une relation cachée, avec sa collègue rencontrée dans un travail qu'il déteste, à deux kilomètres de moi. Je ne sais toujours pas si j'ai idéalisé sa nature profonde, ou s'il traverse une crise existentielle dont il sortira un jour. Depuis, une grande partie de mon énergie a été dévolue à la guérison. Me relever de cette impression de n'être rien. J'ai fait tout ce qu'il fallait faire pour y arriver au plus vite. Couper les ponts, avec bien sûr des rechutes régulières, m'entourer de gens bienveillants, refaire des projets, du sport, voir un psy. J'ai acheté deux bols à soupe miso pour ma fille et moi, et de nouveaux draps, décroché les photos de lui, disposé les oreillers au centre de mon lit. Et surtout, j'ai récupéré tout ce temps que je passais à attendre désespérément qu'il pose à nouveau son regard sur moi ou me parle enfin. Après le choc qui m'a coupé des molles appétit ainsi que le sommeil, j'ai retrouvé une forme physique nouvelle. Ma peau se ride, mes cheveux blanchissent, mais je ne me suis jamais sentie aussi forte et souple. Je sais même maintenant rouler à vélo sans les mains, et ça me rend joyeuse. Il y a bien des fois où je suis contente d'être sans lui. Lorsque ma fille et moi regardons des films stupides en pyjama, quand je peux inviter qui je veux, comme bon me semble, ne rien cuisiner de la semaine, sortir en pleine nuit, laisser la vaisselle s'accumuler. Je confirme sûrement les statistiques qui montrent qu'une femme célibataire vit en meilleure santé, moins stressée, plus heureuse et avec moins d'heures de travail domestique, alors que pour les hommes, c'est l'inverse. Mais pour que cette joie ne soit guère vacillante, il faut avoir dépassé le chagrin. Ma fille partage en partie mon deuil, et nous avons dû toutes les deux réapprendre à trouver notre équilibre avec le vide que cet homme a laissé. La liberté, ça ne console pas tout. Et cet homme, nous l'avions vraiment aimé. Un ami m'avait dit en février que je devrais faire quelque chose de toute cette énergie que je m'étais à aimer. Certains subliment par l'art, d'autres par le sport. Certains guérissent en méditant sous un arbre, d'autres en partant au bout du monde. Et moi je sais que ce sont toujours mes échanges avec les autres qui me font avancer. Alors j'ai eu l'idée de ce podcast, où j'essaierai au mieux d'écrire sur autre chose que mon naufrage amoureux, ou du moins d'utiliser cette expérience pour en comprendre des choses pour la suite de ma vie. J'écrirai sur des gens qui m'entourent, et leur demanderai de partager leur expérience et leur vision de l'amour. A chaque épisode, une grande question, et j'espère ainsi esquisser un peu de la diversité des expériences que nous vivons aujourd'hui dans l'intimité. Ça n'aura rien de documenté, de scientifique, mais peut-être que j'arriverai à créer des ponts entre le cœur et l'esprit. Peut-être qu'on y verra, comme dans mon histoire, l'empreinte du patriarcat, du modèle de l'amour romantique qui nous porte et nous entrave, l'influence manifeste de notre enfance sur nos relations, de notre culture ou de notre religion. Et peut-être que je comprendrai un peu de ce qu'il se passe dans ma façon d'aimer, et ce qui cloche. Mes amis me portent. Je ne veux jamais trop peser sur une personne, alors j'organise moi-même mon errance de l'un à l'autre. Consciente de ce que je leur dois, jamais pour autant je ne leur rends honneur, jamais une ligne. J'ai écrit trois livres à un homme qui m'a rendu au néant, mais je n'ai jamais su écrire plus que de quelques lettres à ma fille, et je trouve cela un peu pathétique. J'ai tant écrit à ceux qui m'ont privé de sommeil, et jamais une lettre à un ami qui fut là pour me répondre en pleine nuit d'insomnie. Je veux reconnaître l'existence de tous ces gens qui me portent et me font avancer, et c'est de là aussi que naît ce podcast. Les podcasts ont changé ma vie, comme la vôtre peut-être. Ceux de Victoire Thuaillon, de Charlotte Bien-Aimée ou d'Ovidie m'ont jeté les bases de mon éducation féministe. Single Jungle, où vivons heureux avant la fin du monde, nourrissent mes réflexions quotidiennes. Les pieds sur terre me bercent et Y'a plus de saison me fait rire. Écrire ici me semble un bon moyen de retrouver cet anonymat libérateur, cette absence de visuel de l'époque des blogs, avant cette surabondance d'images qui m'insupportent tant. Si vous m'écoutez un jour sans me connaître, avec juste ce faux nom que je prends, vous ne saurez pas à quoi je ressemble. et pourrait juste l'imaginer, et ça n'a pas d'importance de toute façon. Je crois que je suis un peu de toutes ces femmes que vous connaissez, atteignant le point de bascule à ce qui semble la moitié de l'existence, où il reste sans doute moins de temps devant que de temps écoulé. Hormis mon genre, je suis privilégiée. Je suis blanche, valide, éduquée, en bonne santé, avec un relatif beauty privilege, même s'il commence à être remis en question par l'âge. Et je fais illusion, dans une certaine mesure, sur mon origine sociale. Sauf auprès des gens mieux nés que moi. Ce podcast, c'est une création collaborative. L'image est une peinture d'Hélène Delmer, la peintre ayant réalisé l'étoile du film Portrait d'une jeune fille en feu, de Céline Sciamma. J'avais posé pour elle à Lille, il y a plus de dix ans. Elle ne pouvait pas me payer grand-chose. Alors j'avais dit que c'était ma contribution gracieuse à l'art, sans imaginer qu'une décennie plus tard, son art nourrirait ce projet. La musique vient d'amis musiciens. Ce podcast, c'est le résultat d'un travail amateur. J'ai l'habitude des podcasts super léchés, des productions artées. Mais je sais que je ne suis pas artiste, comédienne ou journaliste, mais mère, enseignante-chercheuse, amie, militante, féministe, bénévole. J'ai peu de temps, pas de studio pour enregistrer, alors vous me pardonnerez donc les maladresses sonores. Ce podcast donc commence en Thaïlande, où je suis partie avec mon amie d'enfance, Mélanie. Mélanie a 42 ans. Elle est mariée et mère de deux adolescents. Elle est assistante familiale, c'est-à-dire qu'elle est famille d'accueil pour trois jeunes enfants que l'aide sociale à l'enfance a placé chez elle. L'avis de Mélanie au quotidien, c'est de porter la charge mentale relative à cette personne, dont trois enfants avec des besoins particuliers. C'est d'accomplir chaque jour, professionnellement, ce que les théories féministes marxistes nomment le travail reproductif. Tout ce qui est sans cesse, chaque jour à recommencer pour ne pas que tout s'écroule. Nourrir, soigner, nettoyer. Tout ce travail invisible économiquement et souvent accompli par les femmes, ce travail qui tient le monde debout, mais ne donne lieu à aucun salaire lorsqu'il est fait pour les siens. A l'automne dernier, Mélanie voulait que nous partions en voyage. Je proposais la Thaïlande car je savais qu'il ne nous arriverait probablement rien de compliqué et que c'était tout ce dont Mélanie avait besoin pour ses deux semaines de vacances. L'homme que j'aimais, lui qui avait beaucoup voyagé et rallié le Japon par la terre, n'avait pas voulu venir en Thaïlande avec moi. Il disait, ce n'est pas de l'aventure, c'est de la distraction. Et il avait raison. Lui, il avait besoin du chaos autour de nous, pour le détourner de son chaos intérieur, et nous étions allés en Inde, et jamais nous ne fûmes si proches. Nous connûmes de ces moments de désespoir, de saturation, de peur, où l'un restait debout pendant que l'autre se laissait submerger, assis dans la poussière, sur son sac à dos, ou prostré dans un bus qui ne serait sans doute jamais vraiment capable de rouler vers la destination prévue. J'en garde le souvenir d'un rêve psychédélique. Il n'y avait jamais de confort en Inde, et tout était épuisant. Mais c'est en chemin pour Vanarasi, la ville sacrée où l'on brûlait les corps au bord du Gange, que j'avais senti au fond de mon ventre la force de l'amour pour cet homme que je regardais dormir sur le sol du bus, dans sa doudoune, avec son beau dénmarin. A l'inverse, la Thaïlande donne une illusion d'aventure aux occidentaux, parce qu'on peut y rouler à scooter sans casque ou manger du scorpion grillé. Mais les digital nomades travaillent sur leur Mac, dans des cafés où on sert des avocats de toast et des matchalatés. Tous y déroulent souvent, sans imprévus, sans risque. C'est donc en Thaïlande que j'écris. Le premier jour à Bangkok, mon cœur était lourd. Les souvenirs affluaient de ma venue précédente, où j'écrivais chaque jour de longs mails la langue que j'aimais. Voyager était lié à sa présence à mes côtés, ou constante dans mes pensées. Je le portais en moi partout, mais pas me porter. Il me faudrait apprendre à voyager sans cela, comme je dois tout réapprendre depuis des mois. Nous avons passé cinq jours sur l'île de Kopayam, où l'on trouve encore cette vibe baba cool très simple, des bungalows au bord des plages Des routes étroites où l'on ne peut se croiser qu'à scooter. Des enfants qui jouent avec presque rien. Et l'odeur des fruits de cajou qui m'asserrent au sol et donnent à toute l'île une odeur de confiture. Un seul endroit sur l'île pour sortir le soir, une fausse épave de bateau pirate échouée dans le sable, un dédale de pont suspendu, un rêve de gosse. Mais j'ai vu des locaux doubler les routes, patiemment, accroupis avec des seaux de béton et des outils simples. Et quelques hôtels luxueux s'ouvrent. Bientôt, il y aura sur cette île des voitures, des bungalows climatisés et des piscines sans doute. Mais avant cela, il y aura eu ces levées de soleil sur la mer, où chacun sortait de son lit pour contempler le spectacle avec l'accord tacite de garder le silence. Il y aura eu moi, qui secoue doucement Mélanie pour la tirer du sommeil, et chuchote « si tu veux voir, c'est maintenant » . Et puis nous avons quitté l'île, et nous sommes maintenant près de Chompong. Cette semaine, ici, c'est le nouvel an. Et selon les astrologues, c'est le début d'une nouvelle ère pour l'humanité, et la fin d'une série d'éclipses. Ici, debout sur des pick-up remplis de tonneaux d'eau, musique à fond, on arrose les passants pour les purifier, et on les bénit en leur mettant sur leur visage des bouts de craie colorée. Slalommer à scooter dans un tel chaos, en craignant pour mon téléphone et mon passeport, fut particulièrement sportif. Bien vite, nous fûmes trempés. J'avais fait l'erreur de mettre un débardeur blanc sans soutien-gorge, et Mélanie, assise à l'arrière, cachait mes seins avec ses mains, ce qui faisait beaucoup rire les tailles un peu ivres et habituellement pudiques. Mais j'ai accepté de bonne grâce l'eau et la boue colorée, en espérant une accélération de ma guérison, comme j'espérais il y a quelques jours que la pleine lune répare mon cœur et en chasse l'empreinte de l'homme que j'aimais. L'intention de ce voyage, pour moi, c'est d'avancer dans mon deuil amoureux, c'est d'accepter qu'il n'y aura pas de retour en arrière, ni de pardon, et de fermer cette porte. C'est accepter que l'homme que j'aimais n'était qu'une version aspirationnelle de soi, éphémère, et que cet homme n'existe plus, n'existera plus jamais. Et pour moi, c'est comme aimer quelqu'un de mort, disparu en mer. Rapidement vaincu par la moiteur tropicale, Mélanie a abandonné l'idée de porter des vêtements synthétiques, des soutiens-gorge, du maquillage. La moiteur donne cette indolence. Au fur et à mesure des jours, les cernes de Mélanie se sont estompées. Son ventre s'est dégonflé et elle s'inquiète moins de ce qui se passe chez elle. Nous vivons pour la première fois ce que nous aurions dû faire adolescentes et que nous ne vivions pas à l'époque, fils âge que nous étions. Comme cette nuit où nous avons fumé de l'herbe pour la première fois ensemble dans un hamac sur la plage, sous la pleine lune.
- Speaker #1
T'as un 30 ans d'amitié. Ça fait vieux !
- Speaker #2
Ouais. Imagine, t'as passé trois fois plus de temps en me connaissant que... sans me connaître. Ouah c'est profond ! C'est profond ça !
- Speaker #0
La présence de Mélanie m'est naturelle, je dirais presque neutre, car elle ne me demande aucun effort. Nous sommes toutes les deux des mères et savons anticiper les problèmes, prendre naturellement soin de l'autre et ajuster nos énergies. Parfois, nous ne nous parlons pas pendant de longs moments, chacune plongée dans nos pensées ou notre lecture. Nous dormons sans nous gêner, et parfois nous hurlons de rire comme des adolescentes. Ensemble, nous avons 14 ans pour toujours.
- Speaker #3
Va dans la douche, va dans la douche. J'ai fait pas grand ! C'est un lézard, mais moi non plus. Ah, c'est un bébé ! C'est un petit bébé. Il va dans la douche, il va dans la douche. Il sait qu'il voulait manger le moustique.
- Speaker #0
J'ai connu Mélanie en 6ème, dans le bus scolaire. Je vivais là depuis mon enfance, dans ce petit village de Picardie. Ma famille n'était guère très fortunée, mais le simple fait que mon père ne soit pas ouvrier et vienne d'une autre région, faisait de notre famille des gens un peu à part. Mélanie était mystérieusement venue s'installer chez sa tante, l'été précédent. Lorsque je lui ai demandé innocemment la raison, dans le bus, brute de découvrage comme la gamine de 11 ans que j'étais, elle me répondit Tu es bien curieuse. Mélanie avait deux ans de plus que moi, mais était aussi en sixième. Ses deux années supplémentaires étaient à cet âge bien visibles et la marginalisées. Moi, j'étais une petite blonde, un peu boulotte, avec un appareil dentaire. Mes parents, j'allais écrire ma mère et puis je me suis reprise, ne m'achetaient jamais les bons vêtements, et nous récupérions encore les vêtements des cousines dans un sac poubelle. Je me souviens de l'odeur du plastique mélangé à l'odeur de sébum et de lessive des vêtements déjà portés. En revanche... J'ignorais les efforts que mes parents faisaient pour payer à quatre enfants des cours de danse et de piano, et ces appareils dentaires dont je n'imaginais pas le prix. Mélanie était plus grande et mince. Elle portait toujours une tresse et un chouchou. Elle avait une chambre sous les combles avec un papier peint de Mickey et des posters de Boys Band. Dans la chambre voisine, il y avait sa cousine plus âgée, Androgyne, très bonne en classe, qui nous laissait venir lui parler quelques minutes avant de nous congédier d'un air faussement dédaigneux. Un jour, quand elle était étudiante à Paris, nous étions allés lui rendre visite. Lassée de supporter nos gloussements, elle nous avait foutu à la porte avec un carnet de tickets de métro et un plan de la ville. Que dire d'une adolescence à la fin des années 90 en ruralité ? Ce n'est que récemment que certains films se sont mis à la raconter. Alors que tout semblait à l'époque se passer aux Etats-Unis, à Paris à la rigueur, dans les boums de Vic Béreton. Campagne morte, vide, nationale dangereuse, rue déserte en dehors des jours de fête du village, les voitures s'arrêtant juste devant la boulangerie. Réunion derrière l'église ou devant la cobe, des gosses qui traînent les rues, et ont aujourd'hui des bouts en moins de dents à force d'avoir ouvert les canettes. Les appels sur le fixe, les conversations, après s'être poliment présentés aux parents comme ils se devaient, m'amerveillaient derrière. Bonjour madame, pas bonjour mon chien. Nous suivions le même cours de danse avec Mélanie, avec une prof assez mesquine et humiliante qui se moquait de mon poids et me mettait toujours derrière. Les filles de notables de cette sous-préfecture étaient au premier rang. Nous avions acheté la même jupe en jean, boutonnée sur l'avant qui tombait bien mieux sur Mélanie que sur moi. Mélanie avait un tourne-disque avec quelques disques de sa cousine. Nous écoutions donc en boucle Jean-Jacques Goldman et Diane Tell. Nous campions dans le jardin, allions à la piscine, quand un adulte se dévouait pour nous emmener. Les nationales étaient trop dangereuses à vélo. Une piscine gonflable dans le jardin nous occupait pendant les quelques jours de chaleur que nous avions, au milieu d'une année de pluie et de vent. Nous n'avions pas le droit de traîner avec les autres jeunes du village Et de toute façon ils ne voulaient pas de nous Nous regardions Dawson, Friends, Dirty Dancing, et organisions parfois des booms dans un garage, avec un poste pour lire les quelques CD que nous possédions, que chacune ramenait, des tubes populaires qu'on entendait déjà à la radio ou la télé. Mais les garçons préféraient jouer au foot, ouinant tous nos rêves de rapprochement. Ils portaient le crâne rasé, une longue mèche décolorée sur l'avant, et crachaient sans cesse par terre. Pour les voyages scolaires, on achetait un petit appareil photo jetable, dont les clichés coûtaient une fortune à développer, mais que nous mourions d'impatience de découvrir. Il s'avérait invariablement pour la plupart raté. Le soir, les hormones adolescentes retardaient le sommeil, et nous écoutions dans le noir les radios libres sur le radio-réveil. Diffoul et Max faisaient des problèmes sexuels des jeunes de grande partie de rigolade, et je trouve ça un peu fou qu'on laissait faire ça, mais c'est une bonne partie de ce que j'ai reçu à cet âge comme éducation sexuelle. Ça, et les romans des Régines des Forges que j'empruntais à la bibliothèque municipale. L'odeur de l'adolescence, c'est celle de la pluie, des vaches et de l'herbe tendue. Des gâteaux au yaourt qui cuisaient au four, des blémures, des soirs d'été et des clémentines l'hiver, du parfum au jeûne, des glosses à lèvres achetées à deux, du bain douche vanille, des carnets neufs à la rentrée, du blanco, de la transpiration dans les joggings en synthétique des garçons, de la choucroute de la cantine des 9h du matin. Voilà pour le décor. De Mélanie, je découvris l'histoire petit à petit. Sa mère était partie lorsqu'elle avait 2 ans. Elle était restée avec son père et une belle-mère maltraitante, et ses deux mûrs frères et sœurs. Ses absences répétées à l'école avaient entraîné une enquête des services sociaux, et elle avait été placée en foyer, avant d'être recueillie par son parrain, qui était également son grand-oncle. Au fur et à mesure des années, je me souviens de quelques récits de violences physiques et sexuelles, dans sa famille et puis en foyer. Mais surtout de ce qu'elle imaginait de cette mère qu'elle n'avait jamais revue, qui était sûrement belle et n'avait eu d'autre choix que de partir. Mais nous vivions surtout dans le présent, les amourettes, les voyages scolaires. Je crois qu'on ne mesure souvent qu'à l'aune de l'âge adulte, l'impact de son enfance. Au lycée, Mélanie partit à Amiens. Nous nous voyons moins, mais elle vint avec ma famille en vacances en Pays Basque. Là, en camping, elle rencontra son premier amour et je la revis peu pendant des années. Je la retrouvais lorsqu'elle avait 23 ans. Elle était devenue très mince et vivait seule. C'est à ce moment-là qu'elle a rencontré son mari avec lequel elle est encore et a deux enfants. Je me souviens des débuts de leur relation. Lui, il était très amoureux, elle un peu en retrait. Il avait des choses physiquement qui ne lui plaisaient pas. Elle hésitait, elle en riait un peu. Et puis elle semblait s'être laissée convaincre. Et presque 20 ans plus tard, il la regarde toujours avec le même regard amoureux. Il essaie encore de lui organiser des surprises, des week-ends, pour qu'elle puisse se ressourcer avec ses copines. Et me contacte parfois dans ce but. Lors de leur mariage, ils avaient dû se prêter à un de ces jeux, censés tester la connaissance de l'autre et leur complicité. L'un avait une suite de mots qu'il devait faire deviner à l'autre. J'avais été impressionnée par leur rapidité. Ils avaient un langage commun qui semblait presque télépathique. Jamais je n'avais partagé ça avec un homme, même en dix ans, avec le père de ma fille. Et pourtant, Mélanie n'avait pas une modèle, bien moins que moi. En mesurant l'impact des premières années et des modèles parentaux sur la vie adulte, j'ai trouvé ça de plus en plus incroyable que Mélanie ait réussi à fonder ce qui semble un couple solide et une famille équilibrée. Comment a-t-elle développé cette résilience ? Est-ce justement parce qu'elle a été privée d'amour qu'elle a su aller vers quelqu'un lui en donnant à profusion ? Est-ce que d'être en danger petite lui a fait développer une sorte d'instinct de survie, lui permettant de savoir mieux que moi ce qui est bon pour elle ? À leur mariage, sa tante m'avait dit qu'elle s'en voulait parfois d'avoir été si dure. Elle m'avait dit « j'avais peur qu'elle tombe comme ses parents » . Mélanie parlait toujours de cette foire en troisième, où nous avions été invités à une soirée. Sa tante lui avait dit qu'elle irait si elle obtenait une bonne note au contrôle d'histoire, et pendant des semaines, la chambre de Mélanie avait été tapissée de feuilles avec des dates d'événements historiques. Mélanie avait obtenu la note exigée, mais sa tante ne l'avait malgré tout pas laissée y aller. Elle en parle encore. avec un ressentiment presque chaque fois que nous nous voyons. Mais elle a en même temps un respect, une reconnaissance profonde pour cette tante et cet oncle, cette cousine qui l'ont en quelque sorte sauvée. Quel rôle cela a-t-il pu jouer dans son histoire et sa façon d'aimer ? Ce sauvetage d'elle, vécue enfant par de quasi inconnus ? Est-ce qu'elle a appris à percevoir que l'aide viendrait d'autre chose que de sa relation amoureuse ? Il y a déjà quelques années, Mélanie a revu sa mère. Et ce n'était pas du tout la femme belle, libre et mystérieuse qu'elle avait imaginée pendant toute son enfance et son adolescence. Cela l'ébranla, et puis elle prit une fois de plus ce recul sur son histoire. Aujourd'hui, le père de Mélanie est mourant. Et en tant que seule personne soulevable de la famille, elle a dû entamer une procédure pour ne pas être celle qui devra payer les funérailles de ce père qu'il a toute sa vie négligée et exposée à des violences. Elle affronte les choses, les unes après les autres, soutenues par son mari. Mélanie m'a toujours semblé un modèle de résilience, utilisant son passé comme une force pour aider les autres. Je ne sais pas si elle a eu de la chance, ou si plutôt elle a eu l'intelligence d'aller vers ce qui serait bon pour elle. En tout cas, c'est avec son histoire que je commence ce podcast sur l'amour, et cette question. Comment on arrive à aimer, quand on n'a pas eu de modèle enfant ni reçu d'amour ? Ce podcast a été enregistré un soir en Thaïlande, dans une maison bâtie sur une plantation de cocotiers. Nous étions vers la fin du voyage. La pluie tombait par intermittence. Lumières éteintes, on oubliait les moustiquaires qui nous séparaient de la jungle au dehors, d'où sortaient les cris des oiseaux tropicaux et le bruit des grillons que vous entendrez en fond. Assises dans les fauteuils en rotin, nous nous sommes lancées toutes les deux. Mélanie avait un peu d'appréhension parce qu'elle a toujours ce complexe de ne pas savoir bien parler et pas grand chose à raconter. Je vous laisse écouter.
- Speaker #1
J'ai rencontré mon premier amour, c'est la première année que je partais en vacances avec toi, seule, parce qu'avant je partais tout le temps avec mon oncle et ma tante et ma cousine. Et on avait une tante, tes parents ils avaient un mobilhome et nous on avait une tante un peu plus loin, sur une petite colline, je me souviens. Et voilà, on a rencontré des gars, une bande de gars, et dedans il y avait Fabien, mon futur premier amour, qui était parti avec une bande de copains et puis ça fumait des joints. Ça glandouillait. Je ne me souviens plus exactement comment on s'est rencontrés, mais je sais qu'on leur parlait, puis qu'après, ils venaient dans notre tente. Et il massait. Je me souviens qu'il m'avait massé. Mais rien ne s'était passé. Et voilà, il avait envie que ça aille plus loin, mais moi pas. Et donc après, ils sont partis. Et j'étais en train de faire la vaisselle. Et puis je voyais partir et je me suis dit, il ne viendra même pas me dire au revoir et tout. Et puis il est arrivé et il m'a embrassé. Et après, je suis retournée à la maison avec son téléphone. Je pensais que c'était du chiqué quand il m'a dit qu'on allait se voir. On s'est revus quand j'étais en BEP sanitaire et sociale à Amiens et je le voyais là-bas. Le week-end, je faisais des allers-retours en train. Je m'arrêtais à Amiens, mais je prenais après un train vers là où il habitait pour le rejoindre, dormir une nuit et revenir le lundi matin pour être présente au lycée. C'était le premier amour, il avait fait ça bien. On s'est vus sur Amiens, on s'est embrassés, on se donnait la main. Et puis après, voilà, il a voulu franchir le pas. J'étais prête, mais je ne voulais pas que ça se fasse n'importe comment. Et il avait demandé, il avait un pote qui habitait sur Amiens et il nous avait laissé sa chambre, je me souviens. Et donc, il m'a amenée là-bas. Alors moi, j'avais acheté une nuisette que j'avais cachée dans mon sac et que je laissais sur Amiens. Et ouais, il avait mis des roses partout, il avait mis des bougies, il avait mis de la musique, c'était tamisé. Il m'avait invitée au restaurant. Tu voyais que le truc, il allait arriver, quoi. Sauf que moi, j'étais très fleur bleue. Et puis, voilà. Et au moment de l'acte, j'avais tout le temps envie de faire pipi. Donc je lui disais, arrête, j'ai envie de faire pipi. Avec cette appréhension. Donc j'allais tous les 30 secondes aux toilettes, alors qu'en vrai, j'avais pas envie, je sais pas. C'est mon corps qui... Je ne savais pas. Et après, il m'a dit, allez, je vais y aller doucement. Tout ça, puis voilà, ça s'est fait. Et après, je suis rentrée dans le train et je me posais la question. Je me disais, ah là là, aïe, c'est fait. C'était une belle expérience. Enfin, voilà, je ne regrette pas cet amour, même si c'était compliqué. Parce que après, j'ai vécu avec lui. J'ai arrêté après le bac. Je suis allée avec lui. Et puis, comme j'avais juste un bac, je n'avais pas d'autre diplôme, j'ai arrêté mes études pour rester avec lui. On va dire que ça, c'est mon regret parce que j'aurais pu faire plus. Surtout que j'étais partie dans l'optique, je ne savais pas trop, entre éduqueuse P ou assistante sociale. Enfin bref, je voulais être dans le social. Et puis, du coup, je suis partie. Et puis, j'ai trouvé un job. J'ai travaillé en tant qu'animatrice. Je ne sais plus exactement quand, mais je sais qu'à un moment donné, il en avait marre de faire les allers-retours sur Amiens pour me voir. Il trouvait que la route était longue, que c'était une relation à longue distance. Et moi, j'ai dit non, mais je finis le bac et je suis avec toi. Je l'ai suivi. Je pense que j'étais tellement amoureuse que je ne me suis pas dit si même il attendra. J'étais toute jeune, donc j'ai suivi. Aujourd'hui, je ne ferai plus cette erreur, mais bon, voilà. Mais après, avec mon recul, je me dis, et aussi avec les gens que je peux côtoyer, je me dis, l'amour rend vraiment aveugle. Au début, c'était bien, j'étais sur mon petit nuage. Bon, je travaillais, donc j'avais mon premier salaire. Quelque part, j'étais contente, j'étais autonome. Voilà, folle amoureuse. Faisais beaucoup l'amour, forcément, on était jeunes. Mais après, c'était un gars qui aimait bien sa petite routine. Il aimait bien aller toujours au stade de foot avec ses potes, avec les copines de ses potes. Ses potes étaient jeunes. Donc, ils avaient des copines très jeunes. Elles avaient 16 ans, 15 ans. Franchement, elles étaient belles, bien foutues. Et il y avait ce truc où elles se mettaient toujours sur ses genoux, soit disant comme des petites sœurs, que je n'avais rien à craindre. Mais moi, j'étais hyper jalouse. Voilà, ce n'était pas ma... propriété, mais bon, je me disais, j'avais l'impression de toujours être en danger, et puis bon, j'avais une estime de moi très... Très faible. Le truc, c'est qu'on ne m'a jamais mise en valeur. On ne m'a jamais dit que j'étais jolie, on ne m'a jamais dit rien. Donc du coup, je me suis toujours un peu rabaissée face aux autres. Et c'est peut-être de là que vient la jalousie également, je suppose. De toujours mettre les autres dans la lumière. Elles sont belles, elles sont intelligentes. Elle va faire, je ne sais plus, il y en a une, elle allait... Elle était hyper intelligente, elle voulait faire avocate, enfin bon bref, et moi j'étais animatrice, petit sein, du coup je me mettais toujours pas en avant. Et donc j'avais cette jalousie, et c'est cette jalousie qui nous a rongés en fait, parce que j'en avais ras-le-bol de sortir, toujours au stade de foot, il fumait des joints, moi aussi j'en ai fumé, c'était pas... pas le top dans ma vie. Et je savais, j'avais une petite voix qui me disait, tu feras pas ça tout le temps, tu resteras pas avec lui. Mais j'avais mon cœur qui était folle amoureuse, donc j'étais entre deux, entre deux feux, et je pleurais beaucoup. Et je savais que je l'aimais, mais je savais quelque part que j'allais pas finir comme ça, que je voulais pas cette vie, que moi je voulais voyager, lui pas, parce qu'il fallait sa substance tous les jours. C'était lourd, quoi, et puis on faisait toujours les mêmes choses. Je ne me voyais pas comme ça tout le temps. Et en même temps, j'étais folle de lui. Franchement, ses yeux et son sourire. Comment il me regardait. Il était très gentil. Il était d'une gentillesse. C'est ça que j'aimais chez lui. Nose et bas sexuel. Ça, c'est clair. C'était mon premier amour. Je pense que quand tu as un premier amour, comme ça, tu... En tout cas, pour moi, je l'ai mis... Un piédestal, ouais. Voilà, cherchez-le. Puis après, il a voulu faire un break parce que ma jalousie, elle était vraiment... Parce qu'après, je sortais plus. Je voulais plus sortir avec lui. Je voulais plus sortir sur le stade, le soir, très tard, jusqu'à des 22h, 23h, le week-end. Pas de resto. Enfin, on faisait rien, quoi. On allait pas au cinéma. Mes amis, c'était ses amis. Et bon, j'étais pas fan d'eux, quoi. Donc voilà. Au fur et à mesure, j'avais pu au centre. Je n'allais plus avec lui et puis ma jalousie, tu sais, quand il ne rentrait pas, je disais « qu'est-ce que tu fais ? T'es où ? Avec qui ? » Donc il en a eu marre, il a dit « on fait un break » . Il est parti chez ses parents, moi j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Et puis il est revenu et puis ça n'a pas passé. Et puis après on s'est vraiment séparés et puis quand j'y suis allée, j'ai vu qu'il n'y avait plus que deux assiettes chez ses parents et pas trois. Sa mère m'a dit qu'il avait rencontré quelqu'un. Et voilà, on s'est séparés. Après le break, il m'a dit qu'il avait rencontré aussi quelqu'un. Elle lui avait demandé à s'appeler Claire et elle lui avait demandé de finir avec moi avant de commencer, soi-disant, leur relation. Donc j'ai déménagé. C'était difficile parce que j'aimais fort. Et après, j'ai vécu toute seule peut-être deux ans. à peu près, j'avais un peu cette haine des mecs du coup je travaillais de 7h du matin à 7h le soir Et du coup, tous les week-ends et même la semaine, j'allais en boîte. Je me vidais la tête, je dansais, je dansais, je mangeais peu, je dansais, je dansais. Je dansais beaucoup et je sortais tout le temps. Et je maigrissais. Et ça a été ça pendant une bonne année. C'était que des coups comme ça. Vraiment. Je voulais pas quelque chose de stable. Je voulais juste des histoires sans lendemain. Parce que j'étais hyper déçue et je pense que j'étais sentimentalement pas prête du tout. Je voulais pas souffrir comme j'ai pu souffrir tellement j'avais donné de moi. Et puis cette jalousie, elle m'avait tellement pesée. Je voulais pas avoir ce truc entre l'amour et la jalousie, tu vois, ce combo qui était fatal en fait. Ça ne me plaisait pas du tout. J'étais hyper amoureuse, mais en même temps, j'étais hyper jalouse. Ça m'a ruiné l'esprit. Mentalement, je me suis sentie trahie. Je me suis dit que quelque part, j'avais raison d'être jalouse. Il était venu déménager mes affaires dans mon nouvel appartement. Je me souviens que je voulais faire l'amour une dernière fois avec lui. Il m'a dit non, par respect pour l'autre. Ça m'avait fait mal. Hum, après j'ai paru. Je pense que ça aurait été difficile. Maintenant, si je le voyais, non. En fait, si je le vois, je veux que je sois belle gosse. Tu vois ce que je veux dire ? Je veux qu'ils se disent, ah mince, elle a plus de 40 ans, mais tu vois, il y a toujours cette petite poil de...
- Speaker #3
pas de jalousie, mais tu vois, de dire...
- Speaker #1
Moi, en tout cas, à cette période-là, on ne m'a jamais dit Mélanie, il faut que tu aies un travail et quoi qu'il en coûte... Tu dois avant tout faire en sorte que tu places de l'argent, que tu fasses attention à ton train de vie, enfin, mettre de côté, d'avancer. On ne m'a jamais dit ça, en fait. Je lui ai dit, trouve un bon travail et tu seras contente. Tu auras de quoi vivre. Maintenant, on le sait avec notre âge, nos... Notre histoire de vie, on sait que c'est important pour nous de faire attention à tout ça. Tu vois, ça me remonte le truc de dire à quel point j'étais amoureuse de lui. Je me souviens que quand on était séparés, je faisais plein plein de rêves érotiques avec lui. Mais je me réveillais comme si mon corps était en manque. Je ne sais pas comment t'expliquer. Et puis je ne voulais pas le croiser en fait. Parce que je savais que si je le croisais, j'allais m'effondrer. Mais quelque part, je me dis, tu vois, si je le croisais dans un magasin, on peut être amené à se croiser à Beauvais, dans une ville. Tu vois, déjà, je m'apprête, j'essaye de toujours être assez bien coiffée, maquillée, parce que je me dis, je ne sais jamais, lui ou un autre, mais surtout lui, si je le croise, je ne veux pas être en mode chignon, mis n'importe comment, jogging, parce que je suis fatiguée et pas maquillée, tu vois. Je me dirais, mince, c'est con. Je sais que si je croise ses yeux, c'est bête, mais ses yeux bleus, ils seront toujours là. Je sais que s'il me regarde, Il y aura toujours cette petite étincelle. Je ne serai plus amoureuse de lui parce que maintenant j'ai un mari que j'aime, mais je sais qu'il y aura toujours ce petit truc. Ça ne me vient pas tout le temps à l'esprit. Mais dans des gros trucs, je me dis, aussi bien je vais le croiser un jour à Paris avec toi, je vais marcher, il sera en train de bosser, je passerai le passage piéton, ou jamais, ça fait 20 ans, je ne l'ai jamais croisé. Je pense que quand tu fais l'amour avec le premier être que t'aimes, aussi longtemps, je suis restée 2, 3, 4 ans avec lui. C'était fort, c'était la découverte. C'est avec lui que j'ai découvert des positions, tout quoi. Puis il faisait bien l'amour. Pour aller en boîte, j'ai rencontré... J'ai rencontré mon mari actuel. Yannick, il commence à me parler. Puis voilà, on s'entend bien, on rigole bien. C'est fluide. On parle de tout, de rien. Je lui ai dit que dans ma vie, en parlant, on s'est dit qu'est-ce qu'on voulait faire dans nos vies, qu'est-ce qui était important. Moi, je lui ai dit que je voulais voyager. vie je voulais voyager, que je voulais, au lit de ma mort, que je voulais me dire que j'ai bien vécu, que j'ai bien voyagé, que j'ai vu énormément de choses et que je pouvais partir. Et Et donc, lui, pareil que moi, il voulait voyager. Et puis, on a donné nos MSN à cette époque-là sur l'ordinateur. Et toutes les soirs, dès que je rentrais du boulot, et lui aussi, en fait, on se parlait sur MSN, mais jusqu'à 2-3 heures du matin. Donc, en fait, c'est venu comme ça. Parce que moi, en fait, je n'étais pas du tout attirée par lui au début. Mais alors, pas du tout. Et puis, je pense que sentimentalement, je n'étais pas prête encore à m'ouvrir à lui. Enfin, à ouvrir une relation. Donc, j'étais plus dans le truc. On se parle, on est potes. Mais pas du tout dans le truc ça va devenir mon petit copain. On parlait, on parlait, on sortait en boîte, on se retrouvait en boîte. Mais il ne se passait rien. On ne s'est pas embrassés ni rien. On s'est embrassés en février chez moi en regardant la télé. Pour dire de novembre à février le temps qui est passé. Et en fait, c'est parce que lui, il voulait être avec moi et il me l'a fait savoir. Et je lui avais dit, ben ouais, ok, mais moi, j'attends pas une relation sérieuse. Puis donc on s'est embrassés, et puis petit à petit... Ça s'est fait en fait, progressivement. Il venait de plus en plus à la maison. Et puis à mon anniversaire, on s'est embrassés en février. Le mois de mai d'après, il m'a emmenée en Tunisie. Et l'amour est arrivé petit à petit. C'est pas le mec où j'ai regardé et j'ai fait « waouh, je suis tombée amoureuse » . Je pense que c'est venu peut-être quelques mois après. Je l'ai regardé et pareil, je ne sais pas, je dois avoir un truc avec les yeux bleus. Parce qu'il a les yeux bleus. Et sa façon de le regarder, tout ça, je me suis dit « ouais, en fait, je suis bien, c'est lui » . Mais comme il avait eu une relation toxique comme moi, enfin toxique, il était hyper jaloux, comme elle était hyper jalouse. Et ça, on en a parlé dans nos relations MSN, que je lui ai dit que moi, j'étais hyper jalouse, que je ne voulais plus ressentir cette jalousie, parce que je trouve qu'être jalouse à ce point-là, sérieusement, c'est... Tellement c'est maladif que t'en es malade d'être jalouse. Tu peux pas faire autrement mais en même temps ça te met un mal-être. Et je voulais pas ressentir ça, je voulais pas être jalouse de lui, je voulais pas être jalouse de tout ce qu'il allait faire, plus comme avant. Donc ça je lui avais dit que j'étais hyper jalouse et que je ne voulais plus ressentir ce truc-là et lui pareil. La peur n'évite pas de danger, c'est pas parce que j'ai peur et que je suis tout le temps en train de dire « Oh, il va me tromper, ah elle l'a regardé, mais il devient complètement taré en fait. » Et c'est pas pour autant qu'il partira pas. Et je me suis mise ça en tête en me disant, s'il doit partir, il fera comme le premier, je pleurerai. Et lui, il m'a dit la même chose. Mais il était tellement doux, tellement attentionné, tout le temps à faire attention à moi. Je me sentais plus en sécurité du coup. Parce qu'il faisait des choses avec moi. J'étais le centre de sa vie. Je me sentais... comme le centre de sa vie. Et puis il n'a jamais fait des choses... Tu vois, on était en soirée, autant mon ex, mon premier amour, même en soirée, il ne me calculait pas des fois, autant Yann, même en soirée, il a toujours une main derrière mon dos, ou il me tient, ou même quand il parle avec une femme, il va parler avec une femme, il va revenir vers moi, tu vois. J'avais toujours l'impression d'être... Et encore aujourd'hui. Mais je pense que comme la relation... Du premier amour était intense et fort et que j'en ai souffert. Je me suis dit, je ne veux plus souffrir autant. Je pense qu'il y a un truc en moi qui s'est cassé et c'est pour ça que j'ai eu cette jalousie maladive. Et tant mieux quelque part. Il y a toujours dans une relation quelqu'un qui aime plus fort l'autre. Ouais. Je pense que mon mari m'aime plus fort que... même si je l'aime. Avec tout ce que j'ai pu vivre dans ma vie, en général, ça me réconforte quelque part qu'il y ait une personne sur Terre qui m'aime énormément. toute mon enfance, j'ai toujours été mis au second plan. Après, même si mon oncle et ma tante, ils ont été géniaux, il y a toujours eu ma cousine qui était une tête à l'école. Donc, j'ai toujours été, même au niveau de l'école, toujours par rapport à Flo. Tu vois, notamment avec la prof de bio Mme de Liancourt. C'était toujours, ah bah Florence, ça faisait mieux. La prof de sport en Florence, ça a été bien. Toujours par rapport aux autres, en fait. Toujours abaissée. Dans ma fratrie, c'est toujours moi la pauvre. Toujours moi qui ai galéré. C'est toujours moi qui ai eu les pires saletés dans la vie. J'avais une belle-mère marade qui me frappait dessus et que je me levais la nuit pour donner le biberon au dernier. Et c'est moi qui m'en prenais plein la tronche, qui me faisais taper, que j'allais pas à l'école parce qu'il fallait que le ménage soit fait. J'étais pas considérée. Et je pense que c'est pour ça que la confiance en soi est compliquée à avoir avec tout ça. Et je pense que le premier amour que j'ai eu, c'était aussi la première personne qui me donnait de l'amour pur. Et j'ai J'ai dû m'accrocher comme une huître à son rocher. Du coup, j'étais tellement amoureuse de me dire quelqu'un m'aime vraiment et ne me compare pas avec un tel et un tel et un tel. Que ça a été d'autant plus la jalousie. Enfin, tu vois, avec tout ce que je... Là, que je pense, je me dis ça doit être ça en fait. Pourquoi tu t'accroches à une personne aussi fortement ? C'est parce que c'est la seule personne qui me donne de l'amour. sans me comparer à un tel et un tel. Bien sûr, on est comme tous les couples, on s'engueule, mais... Mais quand on a des engueules très fortes, je sais qu'il n'est pas bien. On est assez en symbiose avec beaucoup de choses. Puis on fait attention à l'autre. Lui, s'il veut faire un truc au moins, on se dégage du temps. Et je trouve que c'est bien de dégager du temps pour l'autre. Et que l'autre se dégage du temps. du temps aussi que pour lui. Je pense qu'un couple, ça fonctionne aussi comme ça. Ça fait trop du bien de ne pas être la mère, de ne pas être la femme, de ne pas être l'intendante de la maison. Je ne sais pas. Je ne suis pas la tata de. Je suis Mélanie. Mélanie que Mélanie. Et ça, ça fait du bien. Au monde, je n'ai apporté rien du tout. Mais en tout cas, dans mon entourage, je pense que j'ai apporté assez de force et de ne pas renoncer d'aller faire ce qu'on a envie de faire. Là, c'est parce que je pense à mes enfants, mais ils connaissent mon histoire de vie et ils savent que j'ai eu des difficultés quand j'étais en sixième. parce que je n'avais pas le niveau et que j'ai dû beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup travailler. Que j'ai passé un été avant la sixième, horrible. Mais horrible dans le sens où ma tante me faisait des dictées, me faisait des calculs, me faisait lire parce que je n'avais à peine lire. C'était compliqué. Et j'ai beaucoup travaillé malgré que je me sentais pitoyable par rapport aux autres parce que je n'étais pas très bonne à l'école et que j'avais deux ans de plus que les autres. et Ça, mes enfants le savent. Et ils me disent toujours que même mon mari, il n'arrête pas de me dire, mais quand tu vois d'où tu viens et ce que tu as fait, tu ne peux être que fier. Et donc, je veux que mes enfants voient que rien n'est impossible, en fait. Que tu peux toujours avoir les moyens. Après, je pense qu'il faut être bien entouré pour pouvoir faire ça. Moi, j'ai eu de la chance. quelque part, d'être bien entourée, d'avoir les bonnes personnes. Parce que si ma cousine n'avait pas dit à mon oncle, à mon parrain, il faut que tu la récupères, on ne la laisse pas dans le foyer, elle n'aurait pas dit ça, j'aurais resté dans le foyer toute ma vie et je n'aurais pas eu cette vie, en fait. Donc c'est vraiment fait de petites choses. Dans les gens qui m'ont aidée, je vois ma cousine, je vois ma tante, mon oncle, forcément, puisque même si ma tante était dure sur certains points, avec l'âge et avec le recul, je sais le point. Pourquoi ? Après, j'ai eu des amis qui m'ont aidée. Quand mon premier amour m'a lâchée, j'avais ma pote, qui est maintenant la marraine de ma fille. J'avais une pote avec qui je suis tout le temps en relation et que que je sors avec elle, Paula, qui était là aussi. Quand j'étais animatrice et que j'avais peu d'argent. Mais c'est des femmes qui sont toujours dans ma vie. Non, il y a un mec qui m'a aidée. Un mec. JB. Il est à mon mariage. Il m'a acheté mon canapé. Après, j'ai toujours cru qu'il était amoureux de moi. Tu vois, j'étais pas bien dans la relation. J'avais toujours l'impression qu'il était amoureux de moi. Maintenant, il a une femme et tout, mais je sais pas. après tu vois mon ex il m'a mon premier amour il m'a largué mais sa mère elle m'a laissé la voiture j'ai eu beaucoup d'aides qui ont fait que j'ai pu m'en sortir parce que quand Fabien il m'a largué et qu'il est parti j'avais pas de voiture donc je pouvais plus travailler donc si je pouvais plus travailler je faisais comment pour payer tu vois et j'étais pas en bonne relation avec mon oncle et ma tante vu que j'étais partie pour vivre avec Fabien alors que j'avais coupé les ponts à ce moment là et donc la mère de Fabien Et bien quand il m'a largué, elle lui a dit tu lui laisses la voiture. Donc je suis partie, j'avais la voiture. Donc il y a toujours eu quelqu'un, quelque part, qui m'a aidée. La mère de Fabien, j'étais très très proche d'elle. Parce que c'était une femme qui a eu un vécu très douloureux et qui avait été abandonnée à la naissance et qui avait vécu aussi tout ce qui était la DAS et tout ça. Donc en fait, on était très très proches par rapport à ça. Et j'en ai souffert de ne plus la voir une fois que notre relation était... Et elle était proche de moi et elle m'appelait tout le temps. Enfin, tu vois, on avait une relation presque mère-fille. Je pensais que c'était à toi que j'avais dit dans le bus, mais visiblement non. Mais je me souviens que j'ai dit... Je veux un homme brun aux yeux bleus et j'aurai une fille et un garçon. C'est ce que je veux dans ma vie. Mais c'est ce que j'ai. J'ai un mari brun aux yeux bleus qui est attentionné et j'ai une fille et un garçon.
- Speaker #0
Dans le récit de Mélanie, j'ai trouvé l'empreinte indélébile de Mélanie. Un premier amour, tellement conditionné par l'enfance, le manque d'affection, de reconnaissance qu'on a pu vivre. Mélanie avait conscience de l'aide qu'elle avait reçue, mais non du fait qu'elle était surtout venue de femme, et en particulier de sa belle-mère. Celle-ci a su la soutenir de façon décisive face à un fils qui n'avait pas nécessairement conscience à la fois du sacrifice que Mélanie avait pu faire pour vivre cette vie de couple et des difficultés dans lesquelles cette séparation la plongeait. C'était dans les années 2000, et je vois en filigrane de ce récit l'impact à long terme des choix. choix, qu'on fait sans s'en rendre compte, et le coût de la vie en couple et des séparations, statistiquement bien plus élevé pour les femmes. J'ai du mal à imaginer troquer les tas de passions amoureuses contre une construction lente et raisonnable. Quand j'écoute Mélanie, je me dis que peut-être est-ce là mon grand tort, que je mérite ce qui m'arrive à courir après ces moments de grâce. Mais l'histoire de Mélanie m'inspire. Parce que passion amoureuse ou pas, Mélanie a surtout compris la valeur de ce que c'était de ne pas se sentir comme un même-si ou un malgré-que dans les yeux de quelqu'un. Après avoir mesuré toute l'insécurité que cela créait en elle. Mélanie sent que Yannick ne se demande jamais s'il y a mieux ailleurs. Il l'a choisie, elle. Et je comprends mieux maintenant comment l'impression de n'être jamais assez bien l'a guidée vers cet homme qui n'a aucun doute, aucune ambivalence dans l'amour qu'il lui porte. Et combien la même impression m'a souvent poussée en vain à m'acharner à prouver ma valeur aux mauvaises personnes. Dans le prochain épisode... On parlera de ce que c'est que d'élever un enfant qui n'est pas le sien, mais celui de la personne qu'on aime, avec mon ami Romain. Vous avez écouté Pétricor, un podcast écrit et réalisé par Marie Vermeer. Musique de début par Les Animaux Gris, musique de fin par Cray. Illustration, peinture de Hélène Delmer.