Speaker #1Je pense dire que j'ai une vie de fin de vingtaine urbaine, qui n'est pas si classique que ça au final, donc je pense que c'est un peu l'apanage de notre génération. Aujourd'hui, en 2025, d'être encore entre guillemets oncologue à la fin de sa vingtaine. C'était un choix de vivre oncologue parce que moi, je suis restée là où j'ai fait mes études, et du coup, j'étais un peu plus isolée, et j'avais envie de rencontrer une nouvelle personne. Parce que j'ai fait une thèse aussi, et qu'en fait finalement c'est une aventure qui est un peu solitaire, donc en fait de fait j'ai habité en coloc, mais c'est quand même plutôt grand choix finalement. Parce que je trouve aussi que ça a du sens de ne pas forcément habiter seule, et d'avoir un rapport un peu collectif dans ton quotidien. Moi j'ai toujours bien aimé quand on était à quatre avec ma famille, on passait beaucoup de temps ensemble, on mangeait ensemble, etc. Je pense que c'est des choses que là on peut mieux retrouver aussi. J'aime bien vivre en coloc parce que j'aime bien vivre entre filles ou entre amis. Si après un jour j'ai des enfants, les questions sont un peu différentes, mais juste en couple de vivre forcément avec quelqu'un, je n'ai pas forcément envie de vivre 100% de ma vie du quotidien avec une personne. J'aime bien vivre à plusieurs, mais pour ce que ça t'apporte de discuter de plein de choses, d'avoir des soutiens, etc. Et justement aussi des soutiens par rapport à ta vie affective. et donc du coup je trouve de séparer un peu les deux ça permet aussi d'éviter une intrusion un peu trop grande qui m'a fait un peu peur je pense j'ai pas envie de fusionner avec l'autre personne et je pense que naturellement j'ai une tendance à la fusion et au fait de pouvoir être très intense presque pas obsessionnelle mais de vouloir presque être collée de tout faire ensemble et moi ça me permet de garder du recul Merci. de ne pas oublier mes amis, de ne pas oublier mes activités, de ne pas oublier ma famille et ma vie à moi, du fait de ne pas habiter avec. Et je trouve que garder cette dissociation spatiale, ça permet naturellement de créer une barrière. J'ai eu une relation qui a commencé dans un rapport très fusionnel, très intense, très passionnel, on va dire. On n'habitait pas ensemble, mais par contre, on passait quasiment tout notre temps ensemble. C'est une personne que je voyais en cours la journée. On avait nos amis en commun et tout. Donc effectivement, c'est une relation qui a été très passionnelle. Et je pense qu'il nous a vaccinés un peu de la passion tous les deux. Parce que le contre-coup de ça, il est quand même très violent. Et il a été violent pour moi, je pense. Et disons que moi, je suis... personne qui n'a pas toujours été apaisée avec l'idée de l'engagement sur le long terme, qui ne savait pas où trouver ma place dans le modèle global de l'engagement, du couple exclusif jusqu'à la vie, l'idée d'âme sœur, de machin, de tous ces éléments un peu conouvant dans lesquels je n'arrivais pas trop à trouver ma place. Pour autant, je ne me retrouvais pas forcément dans des modèles polyamoureux, par exemple, où je ne me voyais pas du tout relationnée avec plusieurs personnes, être amoureuse de plusieurs personnes en même temps. Et j'arrivais du mal à trouver ma place un peu d'entre-deux entre tout ça. Et pour le coup, le côté passionnel n'a pas permis de trouver un entre-deux, en tout cas parce que c'était un peu tout ou rien. Et quand ça s'est arrêté, quand la passion s'est un peu affaiblie, moi ça a été une espèce d'ouragan, je ne comprenais pas trop ce qui m'arrivait. Et au final, je me suis dit, dans ce cas-là, quel est l'intérêt ? En fait, la passion ne laissait pas la place. La construction, je pense, parce que c'était tellement intense qu'on avait vécu que moi, je ne savais pas trop comment exister dans cette relation, autrement qu'en étant dans la passion. Sauf que ce n'est pas viable. Du coup, j'avais un peu l'impression que ma vie amoureuse à l'âge adulte, ça va être juste des shots de passion une fois tous les 3-4 ans et ça va être incroyable pendant 6 mois. Et après... Après, la personne va disparaître de ma vie parce qu'on ne s'est pas existé sans ça. Ça fait quand même six ans que je suis célibataire. Mais je disais une fois à quelqu'un qui disait qu'on dit toujours qu'on est célibataire depuis tant et tant d'années, alors qu'en vrai on vit des micro-relations, des flirts, des rencontres tous les quatre matins. Et en fait, je pense que ces six dernières années, j'ai officiellement été célibataire, mais je n'ai jamais vraiment été seule, seule avec moi-même, seule sans attache avec personne, seule sans avoir personne dans la tête, sans avoir une relation en cours, un flirt à aboutir, un crush sur quelqu'un, etc. Il y a eu des bribes de moments où vraiment j'étais dans une espèce de break total de toute relation avec des hommes, pour le coup. C'est des histoires de six mois, trois mois, le temps de se remettre d'une rupture et de me dire, bon là, je me motive vraiment à me concentrer sur moi. Mais du coup, là, je sors d'une grosse période de beaucoup, beaucoup, beaucoup de micro-fleurs, de situations shit aujourd'hui, de rencontres assez éphémères. Pour après avoir abouti à une autre période où je me suis dit que vraiment, je voulais vraiment tirer très définitif sur cette façon de relationner avec des gens. Là, je dirais que je suis dans une relation avec quelqu'un depuis pas très très longtemps. Relation que je nomme pas trop pour l'instant, parce que quand on était habitué à des modèles, des façons de relationner pendant tellement longtemps, et que d'un coup arrive quelqu'un qui a plutôt l'intention de rester, etc., je pense que ça met un temps. de vraiment se poser les questions de qu'est-ce qu'on veut avec cette personne-là. Ça fait plusieurs années qu'on ne m'a jamais trop demandé mon âge d'étranger, c'est-à-dire que les personnes avec qui j'ai été, même très brièvement, c'est des personnes qui venaient, qui s'imposaient un peu à moi, que moi je suivais et qui partaient. Et du coup, il n'y a eu aucun espace où j'ai dû me poser la question de qu'est-ce que je veux vraiment, quel est le modèle de relation que je veux avec cette personne, parce que c'était tellement furtif et que ce n'était tellement pas mon choix. j'avais très peu de choix au final, si ce n'est potentiellement de partir avant une autre personne, que je me suis jamais posé la question. Et donc là, je suis plutôt face à une situation où déjà, il n'y a pas cette peur ou ce risque que la personne s'en aille du jour au lendemain. Toutes les relations précédentes, elles étaient quand même plutôt inégalitaires sur les intentions, je pense. Où moi, j'étais face à des hommes qui étaient certes intéressés, mais qui, assez rapidement, avaient des barrières. à la possibilité de faire une relation sur le long terme avec eux, que ce soit des personnes que je côtoyais qui étaient par exemple en relation libre, des personnes qui avaient peur de l'engagement, qui n'avaient pas envie de s'engager, des personnes qui allaient déménager à l'autre bout du monde dans trois mois et qui du coup ne cherchaient rien de sérieux, ou des personnes aussi qui avaient des modèles de relations qui ne me convenaient pas du tout pour le coup. Et du coup, j'étais face à ces personnes-là. J'essayais de prendre le plus possible d'eux et d'essayer le plus possible aussi de satisfaire à ce qu'ils attendaient de moi pour être sûre qu'ils restent, entre guillemets. Parce que je sentais, en fait, je pense qu'au fond de moi, je savais depuis le début qu'ils n'allaient pas rester, qu'il y allait y avoir un moment donné. On ne sait jamais si les gens vont rester, mais il y a quand même des gens dont on sait d'avance qu'il y a plein de problèmes, plein d'incompatibilités qui font qu'ils ne vont pas rester ou qu'ils vont partir. Et je pense que je prenais le maximum, je me nourrissais au maximum de la relation, je donnais tout ce que je pouvais, je prenais tout ce qu'on pouvait me donner pendant un temps donné, et je me disais, c'est comme si j'étais en apnée jusqu'à ce moment fatidique où ils allaient s'en aller, qui arrivait plus ou moins rapidement, en fonction aussi des blocages. Mais je n'avais pas beaucoup de libre-arbitre. Je pense que j'étais dans une illusion de libre-arbitre. Je me disais, non, on ne se voit pas beaucoup dans la semaine, mais c'est très bien, ça me fait du bien, etc. Et donc, je n'avais pas le... Pas du tout de marge de manœuvre, de comment gérer la relation, donc encore moins de savoir ce que je voulais en faire. Là, c'est différent quand même, parce que ce n'est pas quelqu'un qui a envie de partir, c'est plutôt quelqu'un qui a envie de construire le plus possible par rapport à ce qu'on est capable de faire, ce qu'on a envie de faire, et du coup, il n'y a pas de date de fin un peu programmée. Mais il n'y a pas une volonté de finir la relation, alors qu'elle n'a pas vraiment débuté. Il y a à peu près 4-5 ans, j'ai commencé à avoir des douleurs pelviennes chroniques. Ce n'est pas l'endométriose, mais ça peut rentrer un petit peu dans les mêmes types d'affections. Et il s'en suit aussi une forme d'errance médicale par rapport à ça. Mais errance et douleur, en vrai, je gère moi-même. Je pense que c'est quelque chose où je me suis accaparée. sur lesquels je suis toujours assez motivée de trouver des solutions d'apaisement, de guérison, sur lesquels aussi mes amis sont assez investis avec moi et me soutiennent beaucoup dans ça. Mais toujours est-il que des douleurs paléochroniques, de fait, ça a quand même un impact sur ton intimité, sur ton intimité avec toi-même, mais avec les autres aussi. Mais c'est vrai que dans mon rapport aux autres, je pense que la première peur que j'ai eue, quand ça a commencé à se déclarer, c'est est-ce que du coup je pourrais avoir des rapports avec quelqu'un un jour ? Est-ce que ça ne va pas perturber ma vie sexuelle ? Est-ce que les hommes vont toujours relationner avec moi si j'ai des problèmes paléochroniques ? Parce que j'étais quand même à ce moment-là une personne... qui avait beaucoup de rapports, qui rencontrait beaucoup de personnes différentes, qui utilisait beaucoup les applications de rencontre, qui avait quand même une vie sexuelle assez active. Et je me disais, comment j'allais amener ça avec une personne que je ne connais pas ? La question, c'est à quel moment on le dit aux gens ? Est-ce qu'on fait semblant, on ne dit rien et on subit un peu le truc ? Mais ça a été une grande période où j'ai quand même eu beaucoup de rapports dans la douleur, quand même. Pour le dire trivialement, je n'avais pas envie de faire chier, en fait. Parce que j'avais l'impression que si je flirtais avec quelqu'un, si on n'avait plus des coups, si je le ramenais chez moi, si j'allais chez lui, de fait, je lui devais quand même une expérience de qualité, entre guillemets. C'était horrible de dire ça comme ça, mais je pense qu'au fond, moi, c'est ce que je ressentais. Et je me disais, l'expérience de qualité, elle ne passe pas par... par une meuf qui a des problèmes ou qui va couper le truc parce qu'elle a mal, etc. Je le savais avant d'entrer dans le jeu de séduction que potentiellement, je pouvais avoir mal mais j'y allais quand même. En fait, je pense qu'au fond, moi, je me disais comment oses-tu t'octroyer le droit à la sexualité alors que t'es un peu dysfonctionnelle ? C'est dissonant, c'est-à-dire qu'il y a une partie de moi qui dit « c'est pas parce que j'ai un problème qu'en fait je peux pas avoir des rapports, il y a plein de façons de faire différentes, il y a plein de façons d'apprécier le moment, et si la personne elle a vraiment envie d'être là pour toi et de passer un bon moment, si elle est attirée ou si elle a du désir pour toi, il y a plein de choses qu'elle peut mettre en place et qu'elle peut entendre pour que ça se passe bien. » Mais il y a l'autre partie de moi qui disait « ça va tellement vite, on se connaît si peu, Si je vais draguer cette personne, il faut que j'aie quelque chose à lui proposer derrière. Je trouve que sur les personnes que tu vois rapidement, j'ai rarement eu la possibilité d'avoir la discussion sur ça. Parce que ça va tellement vite, dans un truc tellement normé, tu commences par des « préliminaires » . C'est assez stimulant dans tous les sens. On se dit qu'on va sortir un prédératif et on va avoir un rapport pénétratif. Au fond, moi, j'avais quand même envie d'être dans une forme de performance de la femme qui arrive à être pénétrée, je pense. Et du coup, je n'ai pas trop eu la discussion. Par contre, pour les personnes avec qui même, des gens que je n'ai pas vu très longtemps, deux ou trois semaines en bras, avec qui j'ai vraiment eu la discussion de « des fois, ça me fait mal » , il y avait quand même une réflexion plus globale sur qu'est-ce qu'on peut faire d'autre que d'avoir un rapport pénétratif. Est-ce qu'on peut essayer de développer ça au maximum ? Je rattachais à ça tout l'aspect négatif de la sexualité, c'est-à-dire que tu peux potentiellement tomber enceinte, que moi ça va me faire mal, et que si je ne vais pas au toilette après, j'aurai une infection urinaire. Et vraiment, c'était vraiment le trip-sync de la pénétration. Et je me disais... Moi, j'en retire que du stress, alors qu'eux, ils n'en retirent que du plaisir. C'est l'automatisme de la pratique qui m'a fait un peu m'en dégoûter pendant un temps. Je me rends compte aussi que c'est des douleurs qui ont une composante psychologique quand même. Quand je me sens à l'aise et que quand les choses sont dites et que je sais que je peux arrêter quand je veux, etc., au final, j'ai quand même beaucoup moins de douleurs. C'est vrai que je sentais quand même qu'il y avait ce truc de me dire « c'est sympa de temps en temps, c'est important » . pourtant, on peut grave prendre du plaisir de la même façon et tout, mais c'est quand même un peu sympa d'avoir de temps en temps des rapports pénétratifs pour tout l'imaginaire aussi que ça véhicule, parce que j'avais vraiment l'impression que ce n'était pas une question de plaisir très physique, mais vraiment une idée d'imaginaire un peu. Pendant longtemps, j'avais un peu ce rapport de qui voudra d'être dans une relation, qui voudra aimer une meuf qui a des douleurs chroniques et tout. Ça va repousser des gens. Quand t'es dans des relations, quand t'es attiré par des personnes souvent qui s'avèrent être assez indisponibles émotionnellement pour des raisons diverses et variées. Je ne me suis jamais posé la question de c'est quoi ce que je recherche. Parce que tout ce que je recherchais, c'est d'être choisie par ces personnes-là qui, de toute façon, n'avaient pas prévu de me choisir de base. Ça me rendait complètement obsédée. C'est vraiment l'espèce de challenge d'adrénaline d'être choisie par eux qui motivait un peu tout ce que je faisais. Pendant longtemps, j'avais... J'avais plutôt une espèce de liste, de case à cocher de qu'est-ce que je cherche chez un homme et qu'est-ce que j'aimerais trouver chez un homme. Finalement, pas tellement des choses qui sont portées sur les qualités, au final, de la personne, mais presque sur la représentation sociale qu'a l'autre personne. Mais ça n'allait jamais plus loin que... Je suis hyper impressionnée. Cette personne, elle fait de la musique, c'est trop cool, j'adore la musique, c'est trop bien et tout. Mais par contre, je ne me suis jamais dit que cette personne est vraiment très gentille, que c'est quelqu'un de serviable, que c'est quelqu'un de généreux. Je pense que ce ne sont pas des éléments que je considérais, alors que pourtant, c'est un peu ce qui fait le sel d'une relation qui va bien. Paradoxalement, j'ai aussi l'impression que ces personnes-là, elles n'avaient pas tellement d'accès à moi non plus. Et en fait, je pense qu'elles ne s'intéressaient pas fondamentalement non plus à qui j'étais en termes de personnalité. Je me suis jamais trop posé la question de ce que moi je cherchais et ce dont j'avais besoin pour me sentir bien dans une relation. Je pense que c'est pas forcément une discussion que j'avais à faire rapidement avec quelqu'un, de dire que je suis très anxieuse et j'ai besoin aussi qu'on me comprenne. Au contraire, les gens avaient l'impression que je n'étais pas une meuf stressée. Ça m'est déjà plusieurs fois arrivé de me retrouver dans des relations plus ou moins intenses sont développées avec des hommes qui... avaient un peu ce truc de s'être beaucoup documentée, d'avoir lu beaucoup de choses, d'être allée chez le psy, d'être en phase avec leurs émotions, soi-disant, et qui, du coup, créent un peu une espèce de pseudo-safe space quand tu les côtoyais, mais qui, au final, reproduisait quand même beaucoup d'éléments un peu de domination qui te mettaient toi, en tant que femme, dans une position d'infériorité dans la relation. Ça peut être soit des personnes très déconstruites avec qui, effectivement, les rapports se passent bien. Il y a un rapport au consentement qui est super chouette. Il y a un rapport aux pratiques qui est totalement déconstruit aussi, qui n'est pas orienté autour de la pénétration, etc. Mais ça va être une personne qui va assez peu communiquer, qui va passer de personne en personne, a beaucoup cultivé une forme de secret dans ses relations. Au final, ce n'est quand même pas un rapport sain et serein et apaisé dans une relation de mentir à une personne, de ne pas être 100% sincère dans la relation, de cultiver le mythe d'une potentielle relation sérieuse et au final de disparaître, de proposer de l'amitié. Je trouve que de dire que je suis une personne féministe qui respecte les femmes, je suis déconstruite, je ne suis pas dans un rapport de domination, Mais en même temps... communiquer hyper mal, ne pas forcément te répondre, te ghoster, etc. Pour moi, ce n'est pas non plus un rapport hyper respectueux envers les personnes avec qui tu te relationnes. Ou de rencontrer des personnes qui ont, par exemple, envie d'ouvrir la relation, de requestionner l'exclusivité, mais qui, au final, se retrouvent à être pas du tout je ne suis pas présent émotionnellement pour la personne avec qui ils sont, d'être dans un rapport complètement détaché et d'être dans cette idée de dire que, comme on est dans une relation non exclusive, on n'a pas forcément besoin de prendre 100% soin de l'autre personne parce qu'on est indépendant, etc. Je trouve que c'est difficile de dire, quand tu es dans la relation, tu es respectueux, tu écoutes les femmes, tu es hyper déconstruit, Mais par contre... tu relationnes avec elle de manière complètement anarchique. Et pour moi, il y a un décalage. Je ne peux pas dire que tu es respectueux, par exemple, des femmes, tu es féministe et dans ta lutte, etc. Ou tu es un allié, plutôt. Et d'un autre côté, tu partages ta vie avec une femme et tu lui mens pour justement voir une autre femme. Et du coup, tu laisses deux femmes en même temps parce que tu laisses ta meuf avec qui tu trompes. et la personne avec qui tu la trompes et à qui tu ne dis pas que tu es dans une relation avec une autre femme. C'est pareil aussi des hommes qui sont dans des relations libres qui te posent le cadre et du coup tu as l'impression qu'ils ont un rapport hyper respectueux à l'autre personne parce qu'ils ont un cadre précis, qu'ils te disent à quel moment ils peuvent te voir, de quelle façon ils peuvent te voir. Au final, il y a tellement de flou dans la façon dont ça se passe qu'ils se rendent compte que quand ils te rencontrent, ils sont dépassés par la situation. Mais au final, à la fin, c'est quand même toujours eux qui gagnent parce qu'ils retournent dans leur relation et ils te laissent là en mode, je t'avais dit dès le début, quelles étaient les règles de notre relation, quelles étaient les règles de mon couple et tout. Et finalement, on est quand même toujours dans un rapport du mec qui a sa vie bien rangée avec sa copine. et qui de temps en temps va voir d'autres meufs un peu dans le secret, même si c'est plus ou moins organisé ou si c'est plus ou moins autorisé, pour s'amuser et qui du coup, quand il a besoin de nouveau avoir quelqu'un chez lui, une relation stable, il y retourne. Il y a un peu un décalage entre le discours politique que ces personnes ont, des personnes qui sont de gauche, qui sont alliées, militants, et la façon dont ils gèrent. leur rapport aux femmes dans les relations. Moi, je ne relationnais qu'avec des hommes, donc en fait, je n'ai que cette vision-là. Après, il y a quand même toujours l'idée que les hommes sont moins éduqués à communiquer, sont moins éduqués à être dans le soin, à prendre soin des autres personnes et sont potentiellement dans un rapport plus individualiste. Pour moi, le pire, c'est les mecs qui mettent dans leurs intérêts sur une application de rencontre qui sont féministes. Pour certaines personnes, c'est vraiment une porte d'entrée. Ça me paraît quand même plus serein comme approche d'avoir des gens qui sont ouverts et qui te disent clairement « moi je sais rien, j'ai besoin d'apprendre des choses » , que des gens où tu as l'impression qu'ils ont tout vu, tout vécu et qu'ils connaissent tout par cœur et au final, en fait, tu vas être la garde et à la fin, tu te retrouves dans des situations qui ne sont pas du tout respectueuses. Je pense que le climax de cette situation, c'est une personne que j'ai rencontrée qui m'a dit texto que d'habitude, il ne relationnait qu'avec des meufs de droite. Il a dit ça comme ça. Je cite que lui, il était vachement de gauche, qu'il était hyper politisé et qu'il trouvait ça trop bien d'encontrer une meuf comme moi qui était féministe, qui questionnait potentiellement l'exclusivité et qui était ouverte à plein de modèles de relations. Au final, c'est la personne avec qui j'ai eu des rapports qui m'a le plus traumatisée sur mon propre corps, alors que franchement, je n'ai plus trop de complexes dans l'intime sur mon corps, parce que je me dis, bon, on a bientôt 30 ans, si on a envie d'être là, c'est qu'on a envie d'être là. Et c'est vrai que je suis de plus en plus détachée par rapport au fait de... je sais pas, d'avoir des rapports contre mon géméré, de pas être épilée, etc. Je pense que c'est quelque chose qui me dérange de moins en moins et qui est de moins en moins un problème aussi avec les personnes que je vois. Mais pour le coup, cette personne-là, vraiment, le fait que mon corps soit encore vivant, qu'il soit pas parfait, qu'il soit pas, je sais pas, des odeurs, du bruit, de à quoi ça ressemble, naturellement, j'ai l'impression qu'il était dans une espèce de fantasme. de porno un peu. Du coup, j'étais un peu hyper étonnée parce que je me suis dit « Waouh, en fait, le gars d'abord, il est subjugué et il a trop envie d'être avec une meuf hyper féministe et c'est en phase avec ce qu'il pense. » Au final, il te fait sentir tout ce qu'il fait de moi, une femme vivante, adulte, on a l'impression que ça le dégoûte un peu. Des fois, ça m'arrive de discuter avec des personnes qui sont moins engagées ou moins à gauche ou moins dans ces milieux-là, ou avec qui il y a un respect totalement... un respect qui est moins politisé dans la façon d'exprimer, mais qui n'est jamais problématique, tout à fait safe et pour lequel il n'y a pas eu du tout de revendication politique derrière. Cette discussion, j'ai eu avec mon père il n'y a pas très longtemps. Parce que moi, j'avais décidé de faire l'épilation définitive sur les jambes. Au fond, moi, j'adorais être cette personne qui s'en fout et qui arrive à prendre du recul sur ça. La vie fait que c'est encore trop une charge mentale et ça me prend trop de temps, en fait, dans mon quotidien de m'en occuper. Donc, j'ai décidé de me délester de ce poids-là. Mais c'est une discussion que j'ai eue avec mon père où il me disait, moi, je ne mettrais jamais autant d'argent dans ça. Je me disais, oui, mais en même temps, tu ne subis pas le poids que ça représente. Et c'est vrai que je me disais, moi, je n'ai jamais fait de remarques à ta mère sur sa pilosité. Elle fait ce qu'elle veut et c'est vrai. Et pourtant, il n'a pas eu le mot d'un chou-lait. Si tu côtoies des femmes que tu aimes autour de toi, je pense que tu apprends aussi naturellement ce que c'est de vivre la vie d'une femme au quotidien. Et c'est très bien de se documenter, mais... Je trouve que tu te rends compte aussi quand tu rencontres des mecs qui ont des sœurs, par exemple. Moi, je sais qu'avec mon frère, j'ai toujours extrait nature peinture. J'ai l'impression que c'est un peu ma part naturelle que j'ai toujours faite pour qu'il capte ce que c'est la vie d'une femme au quotidien. Mes parents, oui, ils sont toujours ensemble. Ils sont mariés depuis longtemps. Et je trouve que c'est un coup très fusionnel qui fonctionne beaucoup à deux. Qui font tout à deux. Qui s'entendent toujours très bien. Je trouve d'ailleurs qu'en termes de personnalité, ils vont très bien ensemble. Ils se complètent bien. C'est vraiment une chouette relation. Et j'ai toujours une image positive de la relation avec mes parents, d'autant plus à la jeune jupe. Tout le monde, en fait... Je connais plein de gens qui ont des parents divorcés, avec qui c'est compliqué. Et pour moi, pour le coup, ça a toujours été un peu un ancrage. Mais c'est vrai que je me suis beaucoup construite, je pense, inconsciemment dans une opposition au possible à ce modèle-là, à avoir très peur de l'engagement. Pendant longtemps, même quand j'étais ado, j'avais ce truc de dire que je ne croyais pas à l'idée de couple, que je ne voulais pas mettre d'étiquette sur le couple, que l'exclusivité... C'est un nouveau monde-chose complètement construite socialement. Alors même que j'avais quand même un modèle de l'extérieur, du moins, il faut le connaître très bien, et hyper accueillant, et hyper apaisant. Je n'ai jamais aspiré à ce qu'ils avaient. Je pense que ça me fait un peu peur. J'ai déjà interrogé mes parents un peu de comment ils ont fait pour en arriver là, et j'ai l'impression que la réponse est souvent qu'on ne s'est pas trop posé de questions, on a avancé progressivement. petites étapes de la vie. On avait envie de les faire fonctionner, de les faire ensemble. Et en fait, petit à petit, on est arrivé là. Et c'est vrai que moi, j'ai un rapport au couple des fois très théorique. Je me dis, il faut faire ça, puis il faut faire ça, puis il faut ressentir telle et telle chose. Et ce qui ne va pas avec un rapport très spontané à la construction qu'ont pu avoir mes parents et tout dans leur relation. Et j'essaye davantage de lâcher prise, en fait. De moins être dans la projection et juste vivre les relations dans lesquelles je suis comme elles sont et les laisser avancer. Et peut-être qu'en restant un jour, on va se réveiller et ça va faire 30 ans. Je sais que j'ai toujours vu ça un peu comme une forme de contrainte, une espèce de prison dans laquelle on s'enferme. Je suis très, si je dois faire des choix, je veux être 100%, 100%, 100% sûre que je ne vais jamais regretter ce choix. Je pense que je n'aime pas quand les choses ratent. Et du coup, pour me prémunir de rater des trucs, je ne prends que des décisions que je suis certaine de pouvoir tenir. C'est quand même assez compliqué de se dire à 30 ans, de manière sûre, je choisis cette personne et c'est sûr que je voudrais toujours choisir cette personne jusqu'à la fin de l'année. Je dirais que ça, c'était ma crainte principale, mais la façon que j'ai eu d'y répondre, c'est de me dire que j'ai envie d'être avec quelqu'un avec qui je sais que le doute est possible. Je pense que ça m'a baisée à partir du moment où je me suis dit que tu peux être dans une relation avec quelqu'un et qu'il peut y avoir de la place pour le doute, pour la remise en question, ou pour changer les modalités de la relation. Je pense que du coup, pour répondre à ce qu'on me demande, ce que j'attends le plus dans une relation, c'est d'être avec quelqu'un avec qui on peut sans cesse rebattre les cartes de nos modalités. Si à un moment donné, on en a marre de l'exclusivité, on peut parler du fait d'être dans notre groupe ou pas. Si à un moment donné... On vit ensemble et qu'on a envie d'arrêter de vivre ensemble, on peut parler du fait qu'on arrête de vivre ensemble. Vraiment d'être avec quelqu'un avec qui il n'y a pas un ascenseur relationnel hyper figé et que ce qu'on a décidé à 30 ans doit valoir à 50, 60 et jusqu'à la fin de notre vie. Je pense que c'est ce qui m'a réconciliée avec le couple, parce que j'aime quand même l'idée de construire, je suis quand même quelqu'un d'assez fidèle en amitié, du coup de fait j'aime bien aussi les relations. J'aime bien l'idée d'une relation amoureuse longue durée avec qui tu construis. C'est super dur. De demain, tu vas voir ton partenaire et tu lui dis « En fait, j'ai du désir pour une personne. Je ne sais pas quoi faire de ce désir. Est-ce que je dois aller où ? Est-ce que tu m'autorises à le faire ? Comment toi, tu le vois ? »
Speaker #0Et ça peut être super dur à entendre. Ça peut être dur à entendre si on n'a pas confiance dans notre relation, si on n'a pas confiance en nous parce qu'on peut entendre, elle n'aime plus, elle ne veut aller voir ailleurs. Mais au final, je me dis, si tu es capable d'entendre cette parole et de discuter, j'ai l'impression que ça peut te rendre plus fort aussi de te dire que tu es capable de savoir que la vie, l'exclusivité, c'est un truc qu'on construit, mais en réalité, la vie fait que... Tous les quatre matins, tu peux rencontrer quelqu'un que tu vas trouver beau. Ça ne veut pas dire que tu vas la choisir, mais ça veut juste dire que ça peut arriver. C'est assez courageux de savoir entendre cette parole-là, parce qu'au final, tu peux aussi te mettre des œillères et faire genre que ça n'existe pas. Et un jour, tu exploses et tu vas tromper ton partenaire. Et là, tu crées quelque chose de plus dur qui est l'intemperie, du mensonge, du secret. Et moi, je trouve ça plus dur au final d'entendre que mon partenaire m'a trompée que d'entendre que mon partenaire me raconte qu'il a du désir pour une personne. Au contraire, je trouve que c'est même valorisant parce que ton partenaire, c'est aussi un de tes amis les plus proches dans l'idée, je pense. Je trouve ça valorisant de savoir que tu as quelqu'un qui te fait assez confiance et t'aime assez pour te parler de ça. Moi, je pense que c'est un problème qui va se régler un jour. Là, pour le coup, la personne avec qui je suis, ça n'a pas d'impact parce que je n'ai pas de douleur avec lui. Et c'est d'ailleurs des témoignages que j'ai beaucoup lus avec la confiance, avec le fait que tu n'es pas stressée avec ces personnes-là et tout. En fait, ton corps, il lâche prise. Ça ne marche pas. Enfin, l'endométriose, ce n'est pas parce que tu lâches prise que tu n'as plus d'endométriose, mais je parle pour les neuropathies et les douleurs qui en composent en partie psychologique. Ça peut aussi partir, c'est pour ça que c'est important aussi de prendre en compte que quand tu es avec une personne avec qui tu n'as pas de douleur, c'est quand même aussi un indicateur. Pas toujours, mais ça peut aussi être un indicateur que c'est une personne avec qui tu te sens bien. Il faut arriver à voir, et c'est compliqué quand tu es une personne qui est quand même assez intense, qui ressent intensément, qui vit beaucoup de choses intensément, qui est assez sensible, mais c'est d'accepter de voir qu'une forme de quiétude, c'est quand même quelque chose qui est souhaitable. pour son propre apaisement. Si tu as envie d'être dans une relation de couple, de construire quelque chose avec quelqu'un, il faut apprendre progressivement à apprécier que le calme et la quiétude et la sérénité, c'est aussi des choses qui te font du bien sur le mental. Que l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs et que tu ne peux pas que te nourrir d'adrénaline et de pique, un peu d'excitation. Et c'est là où je trouve ça intéressant aussi d'être dans ça. dans une relation sereine avec quelqu'un, mais de savoir que tu peux ouvrir ton couple à un moment donné, choisir de vivre des expériences un peu iconoclastes à un moment donné. Parce que du coup, ça veut dire que toute ta vie, tu peux avoir les deux. Il y a une forme d'illusoire dedans, avec en réalité, si ta relation se passe bien, tu fais plus souvent et 90% du temps un truc un peu serein et plus calme et avec moins de montagnes russes. Je pense pas qu'il faut avoir en tête l'idée que tu vas pouvoir aller deux tous les quatre matins. Je pense que c'est impossible et que c'est pas viable. Et qu'en plus, il faut d'abord construire quand même une relation sereine avec une personne pour pouvoir avoir d'autres choses à côté. J'ai assez vu la nanarine. Tu rencontres une personne et puis tu la connais pas. Puis tu vas aller voir des couples, puis tu vas passer la nuit chez elle. Puis après, tu vas rencontrer une autre personne et puis tu vas draguer des gens en soirée, etc. C'est sympa et c'est drôle et tout, mais... Au final, le lendemain, t'as quand même toute ça dans ton lit et avec plein de gens que t'as fait entrer dans ton intimité, plein de gens avec qui t'as partagé tes choses, mais au final, qu'est-ce qu'il en reste ? J'ai l'impression de m'être beaucoup donnée quand même à beaucoup de personnes. Et autant, je suis pas dans une sacralisation du corps, une sacralisation des rapports sexuels en général. Pas du tout. Mais des fois, je me dis pourquoi ? Pourquoi j'ai fait ça ? C'était si temporaire comme plaisir. Et une fois sur deux, c'était pour avoir des rapports où au final, ça fait un peu mal. Et après, j'avais mal le lendemain ou pendant deux, trois jours. Ou c'était pour nourrir une espèce d'espoir par rapport à quelqu'un qui, au final, ne deviendra jamais personne dans ma vie. Je me dis, j'ai des amitiés hyper riches et qui m'apportent tellement au quotidien et qui sont nourries de sérénité et de long terme et pas du tout d'adrénaline. Et je me dis, pourquoi je veux ça dans ma vie amoureuse et sentimentale ? Ça me donne quand même plus envie de partager quelque chose de long avec quelqu'un et de longues années avec une personne et d'apprendre vraiment à se connaître et d'être là l'un pour l'autre. Ce n'est pas la solitude qui me pèse, je pense. C'est plutôt l'impossibilité des choses qui me pèsent. Parce que je me rends compte que dans des longues périodes où j'arrête complètement de relationner et que je me concentre juste sur moi et sur mes amis, je me sens pas mal. Je me sens hyper entourée, je me sens hyper occupée. Et au contraire, je me sens beaucoup plus en phase avec moi-même, avec ce que j'ai envie de faire, avec les choix que j'ai envie de faire, avec le temps que j'ai envie d'accorder aux bonnes personnes et tout. Le nombre de fois où je suis partie plutôt de soirées ou de pour rejoindre des mecs et tout, alors qu'au final, mes amis, c'est un peu toute ma vie. C'est l'essentiel de ma sérénité et de mon bien-être quotidien. Et je me dis, je trouve que ce n'est pas pareil l'affection que tu reçois d'une personne avec qui tu es dans une relation de couple, qui te connaît bien, qui est là pour toi. versus l'affection que tu peux avoir d'une personne avec qui tu as couché et du coup tu as trois minutes d'affection réglementaire avant de te quitter. Ce qui peut te rendre triste, je trouve, c'est plutôt d'avoir l'impression que tu as rencontré quelqu'un mais il ne va jamais rien se passer ou cette personne, tu ne sais pas trop ce qu'elle fait le lendemain, tu ne sais pas ce que vous avez partagé. Dans certains cas, tu peux te dire est-ce que c'était safe de faire ça ou pas. Des fois, ça peut te mettre en danger. C'est toutes ces insécurités que ça génère qui sont difficiles, je pense. Et qui n'existent pas quand tu te relations avec personne. Tu peux avoir de l'insécurité de toi à toi, mais ce n'est pas une autre personne qui va te faire ressentir de l'insécurité. Plus tu t'en éloignes, plus tu t'en habitues, et plus tu trouves un peu une forme de confort à ce que personne ne rentre en toi-même. On est tout le temps une autre personne, dans plein de contextes différents. Puis après, tu dors pas bien, il y a beaucoup de... Je sais pas, puis après, c'est tout le temps des gens que tu croises, que tu ne crois pas, et puis c'est un peu comme si rien s'était passé, alors que c'est quand même important. Du coup, il y a un rapport au risque qui est complètement... qui est genré et qui n'est pas du tout le même. Mais du coup, c'est aussi pour ça que c'est si agréable les périodes où t'es pas du tout impliqué dans des rapports avec des personnes, parce que t'as l'impression qu'il y a une partie de ta gestion du risque qui n'existe plus, quoi. Le risque dans les relations plus éphémères, il est encore pire, parce que tu risques de tomber enceinte du mec qui avait quitté depuis deux ans. Pire, il sera là, il va t'aider. Si tu dis à un mec que tu ne veux pas faire de fellation, etc., du coup, je n'ai pas l'impression que ça se met tout de suite dans une catégorie un peu différente. Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est juste que, en fait, est-ce que ma santé vaut le coup de cette personne qui, de toute façon, ne va pas me réécrire le lendemain ? Je ne suis pas sûre, en fait. Mais du coup, à terme, je me suis retrouvée dans une situation où est-ce que c'était vraiment si bien comme rapport si du coup je m'interdisais plein de trucs parce qu'au final, je n'avais pas confiance en lui, etc. Je me dis que ça ne vaut pas tellement le coup, c'est un peu un demi-rapport puisqu'en fait, j'ai un peu peur de tout et que du coup, je ne suis pas à 100%. Je m'étais mis en tête que je ne voulais plus faire ça parce que moi, je suis un peu hypochondrique et je ne voulais pas me retrouver à attendre six semaines et à refaire des tests. Pour m'assurer à chaque fois, il y a dans ce stress du test, pour un bête qui a disparu dans la nature, je ne pourrais limite plus lui donner ses antécédents si jamais il y avait un truc. Je me dis pas, j'ai l'impression que j'ai pris un peu des risques pour pas grand-chose. Pour des gens aujourd'hui, c'est pas que je me rappelle leur nom, mais presque.
Speaker #1Avril 2026. Cet entretien avec Anna, il a eu lieu il y a déjà quatre mois. Il y a quelques jours, Anna s'est séparée du garçon dont elle parlait. Elle a cependant été d'accord pour que je garde son témoignage. J'échange beaucoup avec elle, d'autant plus que sa rupture comporte un certain nombre de points communs avec la mienne. Un homme qui se retire subitement, après l'avoir bombardé d'amour, et convaincu de la possibilité d'une belle relation. la laissant comme si elle n'était rien, se victimisant et refusant la moindre responsabilité. Elle reste avec l'impression d'avoir juste été son obsession du moment. Cependant, est-ce une question de profondeur de passion, de sentiments, de durée de relation ou de degré de violence ? Anna semble bien plus rapide que moi dans la conscientisation de tout ce qu'il s'est passé. Pour autant, pendant la relation et dans les premiers temps de la rupture, Malgré toutes ses connaissances théoriques, Anna, avec ses nobles sentiments et son envie de construire, a tout autant été sidérée. Ce qui fait la différence entre elle et moi, je trouve, c'est cette protection qu'elle a maintenue, de garder ses amis comme socle de son quotidien, quand j'ai centré mon projet de vie autour de l'homme que j'aimais. C'est quelque chose qui m'inspire dans ce qu'elle dit, que la passion étant un état dans lequel, comme moi, elle a tendance à se perdre. Il est préférable que sa vie quotidienne soit construite sur la stabilité de ses relations amicales, qui la protègent. Anna me dit aujourd'hui remarquer l'importance que cette intimité sexuelle avec cet homme a eu pour elle, dans sa volonté de faire fonctionner la relation. Combien le fait d'être acceptée avec ses difficultés et de parvenir à une sexualité épanouissante a pesé dans la balance. Elle voit aussi la façon dont cet homme montrait dans cet espace une intensité qui répondait à ses besoins, et comprensait le reste. Savoir être seul est certes un super pouvoir, mais ne protège pas de tout. Le partage de l'intimité n'a pas la même importance, selon la profondeur qu'on y met, ce qu'on donne de soi. Anna me dit aussi aujourd'hui que les hommes passant aisément d'une relation à l'autre et jamais célibataires longtemps, ne réalisent sans doute pas la valeur que nous accordons, nous, à la relation amoureuse, à la vie partagée, à l'intimité. Si nous renonçons à la sérénité de notre célibat, ce n'est pas pour rien. Rencontrer quelqu'un qui nous en donne l'envie est rare. On ne s'engagerait pas à la légère, juste pour essayer. En pensant déjà que dans quelques mois, si ce n'est pas si plaisant, il y aura peut-être quelqu'un d'autre. Et c'est vrai que j'ai compris avec le temps que l'homme que j'aimais avait vécu en couple avec des femmes avec lesquelles il n'avait jamais eu l'intention de rester. Et ce n'était jamais une raison de renoncer à une nouvelle relation plus excitante. Un engagement à moitié. Pour ne pas être seul, comment reconnaître ceux qui vivent seulement pour leur désir, comme le disait Amir, lorsque le récit qu'ils font de leur passé est savamment construit pour ne pas que cela transparesse ? L'entretien d'Anna illustre tout ce qu'on se donne à vivre dans l'espoir à la fois de vivre pleinement son célibat et de trouver l'amour. Je vois à quel point Anna s'est conformée dans l'espoir d'être acceptée. choisie, au point d'ignorer les douleurs physiques, à quel point cette angoisse d'être inadéquate était présente. La force de cette injonction à être, entre guillemets, fonctionnelle sexuellement, elle pourtant bien armée pour poser des mots, et face à des hommes pourtant réceptifs à ces questions. Peut-on alors imaginer ce qu'il en est des autres femmes, dans des milieux moins sensibilisés ? Pour combien d'entre elles la sexualité est-elle synonyme de douleur ? Anna manifeste un besoin de sécurité pour accéder à une sexualité vraiment épanouissante. Et je ne pense pas que ce soit propre à celle qui rencontre des douleurs. C'est mon cas aussi. Et en dehors de toute morale, cela m'invite à préférer la sexualité dans le cadre du couple. Mais je sais d'expérience qu'on peut aussi trouver cette sécurité en dehors du couple, comme on peut ne plus la trouver à l'intérieur. Une autre chose qui me marque... C'est la façon dont, au sein du milieu éveillé aux questions féministes dans lesquelles évolue Anna, d'autres formes de violences affleurent, dans cette injonction au détachement, lorsque les relations sortent du cadre du couple exclusif hétérosexuel. Un détachement qui semble, dans les mots d'Anna, avoir été souvent simulé et ressemblant davantage à une résignation forcée. On donne l'illusion que l'autre est libre et donc victime de rien, alors même qu'il y a une position de force pour celui qui ne veut pas. pas de relation de couple par rapport à celui qui en espère une. Être en couple pour être dans un cadre plus sécurisant pour avoir une sexualité, développer un attachement, pour construire un foyer. C'est une chose que je disais parfois à l'homme que j'aimais, qui se montrait agacé, des illusions que ses anciennes maîtresses avaient nourries à son sujet, elle à qui il n'avait rien promis et qui pouvait bien faire ce qu'elle voulait. J'imagine maintenant le flou artistique dans lesquelles il les maintenait, sans jamais rompre. Et j'avais commencé à comprendre son absence de responsabilité envers les femmes sous couvert de liberté individuelle et de jouissance respective. « Tu es un bourgeois de l'amour » , lui disais-je, à cet homme, votant extrême-gauche, quand il ne se prétendait pas anarchiste, incapable de voir qu'en tant qu'homme de 40 ans, beau, sans entrave, sans enfant, et sans envie d'en avoir, entre autres, il était celui qui dominait la situation. et pouvait aller et venir à sa guise. Tu ne te rends pas compte de la façon dont tu exploites tes privilèges, dont tu exploites les besoins des femmes, espérant davantage, notamment d'avoir des enfants, en te racontant qu'elles sont libres de faire comme toi. Mais ce n'est pas vrai. Et toi, tu occupes une place pour rien. Et tu leur fais perdre leur temps. Enfin, Dana, je retiens cette aspiration à la fluidité dans l'ancrage du couple. La façon dont elle aimerait trouver quelqu'un avec qui la force du lien permette de parler de ses doutes, et notamment de gérer la question de la vie commune, ou du désir pour d'autres personnes, en considération des limites de l'autre. Je crois qu'aujourd'hui, c'est cette forme de couple qui me paraît le plus compatible avec ce que je suis. Et Anna a mis les bons mots sur cette aspiration que nous partageons. Pour ma part, après ces presque sept mois, la solitude sexuelle comme émotionnelle m'a apporté ces messages, même si je n'ai pas encore toutes les réponses. La sobriété sexuelle ne m'a pas coupé du monde. J'ai peut-être davantage appris à accéder à ce qu'il y a d'intime en l'autre par les mots, même si le désir peut flotter dans l'air. L'univers a écarté un peu magiquement. toutes les occasions que j'aurais pu avoir d'interrompre durablement mon abstinence. Je l'ai accepté de bon cœur, car alors, il se passa quelque chose qui remit en moi de la force et de la confiance dans mon discernement. Cela aurait pu être une sorte de sacralisation de l'acte, mais autre chose s'est produit. Il y a quelques mois, j'ai écouté le podcast Arte Radio de Charlotte Bien-Aimée, que j'aime beaucoup. Il posait cette question. Que peut-on faire de ces fantasmes de violence ? Que doit-on faire de cette domination qu'on a appris à désirer, qui peut être ce qui excite les femmes les plus féministes ? Les fantasmes ne sont pas faits pour être politiquement corrects, et ils découlent de scripts dont on est imprégné. La proposition du podcast était de ne pas lutter, mais d'essayer de créer autre chose, à côté. Ce ne sont pas les fantasmes de violence qui habitaient mon imaginaire érotique. J'avais l'impression que celui-ci avait été colonisé par l'homme que j'aimais, comme un palais où il aurait recouvert les murs de fresques indélébiles, des motifs qui sont réapparus par transparence dès qu'il n'y eut plus un autre homme assez important pour pouvoir repeindre régulièrement les murs de sa propre couleur, dès qu'il n'y eut plus Gabriel ou Hugo, des souvenirs visuels, auditifs, olfactifs, des envies qui revenaient comme la moisissure. Les fantasmes ne sont pas politiquement corrects et se moquent tout autant de la légitimité de certains à y figurer. Alors, j'ai arrêté moi aussi de lutter. Il était là, qui pouvais-je ? Mon cerveau m'imposait la présence de ce personnage, mais peut-être pouvais-je changer le script plutôt que de convoquer mes souvenirs, faire travailler mon imagination. D'abord, changer le rôle, le décor, les autres personnages présents. Il n'y a plus ma chambre, il n'y a plus l'époque, il n'y a plus lui qui me fait l'aumône de son désir. J'en fais ce que j'en veux, moi, de son hétérosexualité bornée, de son besoin de dominer et de mépriser pour être excité. J'en fais ce que je veux de lui, après tout. Et puis, je repousse encore plus loin les frontières de mon imagination. Je me couche et ferme les yeux, et laisse venir avant moi des rêves éveillés. Mon palais, je l'explore, j'y vis en parallèle, j'en connais les pièces et les jardins. J'écris mon conte intérieur. Je ne peux pas prétendre que ce conte ne n'est que de mon imagination. Comme un fantasme, il est situé dans la culture qu'on m'a transmise. Je sais de quoi il est nourri, de romans, de films, de paraboles bibliques, écoutés petit à la messe d'une oreille distraite, de mes souvenirs sensoriels collectés bien loin d'ici, des récits de voyages d'autrices et d'auteurs occidentaux plus ou moins récents, dont je ne peux ignorer la teinte colonialiste. Il y a les jardins de Mangue et de la longueur de l'Indochine de Duras. La porcelaine de Limoges de Karen Bixen, Jasmine et son tigre face à Aladdin. Il y a les longs voyages par la terre jusqu'au Japon qui prennent des saisons, et les errances des hommes qui partent, reviennent et s'assagissent. Il est emprunt d'histoires dont j'étais l'héroïne et qu'on m'a autrefois contée, où je vis dans un palais, avec un tigre d'eau douce, le jardin melvergé de Manguier, Plantes exotiques et pièces d'eau, il flotte l'odeur de confiture des fruits de cajou macérant au sol. On entend le chant des oiseaux fous de Thaïlande qui s'accélère et monte comme des cris d'orgasme. Au centre des pièces d'eau se trouve un baldaquin avec plein de coussins et dévoilages. Au-delà des murs du jardin. le mur de la jungle épaisse et vibrante, au loin, le son des mantras ou des chants des moines bouddhistes, au lever et au coucher du jour. C'est un monde fantasmagorique dans lequel j'écris l'histoire, yeux fermés sur mon lit comme je regarderais un film. Autrefois, un voyageur perdu attendit patiemment que je le laisse entrer. Il m'avait convaincu par sa ténacité. Je l'avais installé dans mon palais. Le tigre d'eau douce n'était encore qu'un chaton, avec lequel il jouait, qu'il s'amusait à envoyer bouler. Le liquide doré qui reposait au fond de mon ventre, il savait le faire monter en volute, le long de ma colonne, le faire se répandre et se diviser en manchages, y ajouter le sien. d'une autre couleur. Alors, les plantes se déployaient davantage et l'eau des bassins s'élevait et la jungle brissait au-delà des murs. Et parce qu'il savait faire cela, je l'avais laissé rester, abattre des murs du palais, peindre des fresques. D'hôte, j'étais devenue servante. Et puis il était parti, le palais était silencieux, le baldaquin vide. La jungle ne brissait plus, et l'eau des bassins semblait changer en huile, et le liquide doré était devenu lourd, solide et immobile, comme une pierre au fond de mon ventre. Aujourd'hui, le tigre d'eau douce est devenu immense. Il me suit de près, s'assoit à mes côtés. Il peut sembler rassoupi, mais reste prêt à bondir. Je caresse sa grosse tête, mes doigts connaissent par cœur la douceur de son pelage. Il renifle les quelques hommes à qui j'ouvre la porte, ceux qui prétendent pouvoir eux aussi faire danser l'énergie dans mon ventre. Mais le plus souvent, le liquide doré repose dans une vasque bien à l'abri, dans mon bavante. Je sens l'énergie tanguer lorsque je marche dans la rue, comme les vibrations imperceptibles de boucles de geisha. J'attends. patiente ceux qui sauront la faire danser parfois on s'inquiète pour moi de ce triste carême alors qu'il n'y a rien de triste cette énergie elle nourrit mon érotisme dans le sens de désir Je crois qu'en l'absence de sexe, plutôt que de romantiser ma vie, je me suis mise à l'érotiser. Alors je ne souffre pas vraiment de manque. Je prends un plaisir physique lorsque je sens le velours du canapé sur ma peau, le beurre qui fond dans ma bouche, l'eau chaude du bain. Et quand je danse, sans plus de tristesse. Dans ma solitude, j'ai écrit mon propre conte érotique. Et je vous invite à écrire le vôtre. Vous avez écouté Pétricor, un podcast écrit et réalisé par moi. Mon nom de plume, c'est Marie Vermeer. Merci à Anna pour son témoignage très intime. Et merci à toutes celles et ceux qui ont enrichi ma vie passée et habitent encore mes récits. Gabrielle, Circé, Amir, Catherine, Arpita et bien d'autres dans cet épisode. Merci aux femmes inspirantes d'aujourd'hui ou d'hier nourrissant ma réflexion par leur travail. Ovidie et Marguerite Duras, Luisa Amara et Charlotte Bien-Aimée. Merci à vous pour votre écoute. Si vous aimez le podcast, partagez-le, abonnez-vous et mettez des étoiles, cela aidera le podcast à remonter dans les classements. Vous pouvez me suivre sur Instagram, Petricor le podcast, et m'écrire, j'aime lire vos retours. La musique principale de cet épisode, c'est Les Mystères de l'Orient, par le groupe français Il est Vilaine, que je remercie très chaleureusement pour leur collaboration. Vous pouvez retrouver ce morceau sur Youtube et toutes les plateformes d'écoute. La voix que vous entendez dans ce morceau, c'est celle de l'artiste japonaise musicienne et photographe Narumi Erison. Un ami vivant au Japon m'a traduit le texte qui parle de la vie de Narumi Erison. la ville de Lorient comme le point de départ possible d'un voyage spirituel, initiatique, en prenant seule la mer. Il est vilaine à également réaliser le morceau « Surf Rider » , bande-son du dernier film de Sarantino, « La Grazia » , et c'est d'autant plus un honneur d'avoir pu utiliser un autre morceau du groupe. Si vous êtes artiste et avez envie de proposer des morceaux qui pourraient bien coller et de collaborer sur un prochain épisode, contactez-moi. Les autres morceaux utilisés sont en description. Le montage et mixage, c'est toujours Fabien Hussine.