- Speaker #0
Vous écoutez la deuxième partie de l'épisode 5. Cette discussion avec mon ami Circé a eu lieu un soir au début de l'automne. Circé est sur mon canapé de velours bleu, un verre de vin rouge à la main.
- Speaker #1
J'allais dans un club techno avec une amie à moi, avec qui je sortais beaucoup à l'époque, et mon meilleur ami est venu avec un ami à lui, que je ne connaissais pas, que j'avais vu qu'en photo, que je trouvais pas beau du tout sur les photos. Et j'ai eu vraiment un... Coup de foudre. Sauf que le problème, c'est que lui était en couple. Et ça a duré, je pense, plusieurs semaines jusqu'à ce qu'il me dise à une autre soirée qu'il vient de se séparer du coup de la personne avec qui il était. À partir du moment où on a commencé à se fréquenter, on n'a plus passé une seule nuit pas ensemble. Pour nos amis, on était le couple modèle et vraiment, on faisait tout ensemble, même les douches quoi. On était scotchés tout le temps, ils ne voulaient pas sortir avec ses potes si moi je ne venais pas avec. Moi, je n'allais pas voir non plus d'autres gens s'il n'était pas là. On était vraiment très fusionnels. Comme on dormait tout le temps l'un chez l'autre, au bout de 5-6 mois, on a commencé à chercher un appart. Et moins d'un an après notre rencontre, on a pu emménager ensemble. C'était fluide, c'était naturel. On partageait tout vraiment. Les silences ne me gênaient pas avec lui comme ça avait pu me gêner avec d'autres personnes auparavant.
- Speaker #0
Tout au début de notre relation, 3-4 mois après,
- Speaker #1
on était en club techno et il m'avait dit qu'il aimerait bien qu'on fasse une petite fille aussi jolie que sa maman. Ce n'était pas pour qu'on fasse un bébé tout de suite parce que je n'étais pas dans une situation... J'étais étudiante, ce n'était pas le moment d'accueillir un enfant. Mais on en avait parlé du coup assez tôt. sans remettre ça sur le tapis dans les années qui ont suivi parce que j'ai continué mes études. Et je me souviens très bien de ce jour de décembre où on était dans notre lit et où il me dit qu'il a envie qu'on fasse un enfant, que c'est le moment et tout. Sauf que moi, je ne me sentais pas du tout prête. Et finalement, c'est arrivé très très vite. Et quand j'ai appris que j'étais enceinte, j'étais très très stressée. Et lui, j'avais l'impression qu'il était tout l'inverse, très serein, très zen. Et c'est vraiment au fur et à mesure où la grossesse s'avançait que ça a été l'inverse. Et lui, j'ai vu que je commençais à le perdre. Je me suis dit, il stresse avec l'arrivée du bébé, c'est normal. Je vais le laisser faire sa vie, profiter tant qu'il peut. Et ça ira mieux quand le bébé sera là. En fait, il sortait tout le temps sans moi. Il me laissait toute seule. Et je sentais qu'il n'était plus du tout le même avec moi qu'avant. plus aussi prévenant, aussi attentionné. Et je sentais vraiment qu'il s'éloignait, qu'il faisait des choses sans moi et comme c'était pas habituel, je l'ai de suite senti en fait. Un week-end, il me dit que le samedi soir, il va sortir avec des collègues à lui. Moi, comme j'en avais marre d'être toute seule tout le temps, je me suis dit bon, je vais aller chez mes parents parce que je vais de nouveau être seule toute la soirée à l'attendre et j'ai pas envie de ça. J'étais enceinte de 7 mois à peu près. Le lendemain, j'ai essayé de le contacter parce que je m'inquiétais, je n'avais pas de nouvelles et il ne me répondait pas. Du coup, moi, je suis partie de chez mes parents sans prévenir mon ex que je rentrais à ce moment-là. J'ai ouvert la porte et j'ai vu que je l'ai surpris. Il était dans l'encadrure de la porte de la chambre. À côté, il y avait une collègue à lui que j'avais déjà vue, qui savait que j'étais enceinte. Voilà, on s'était déjà vues une ou deux fois. Et il y avait un autre collègue dans le salon qui avait dormi sur le canapé. Et quand je suis entrée dans l'appartement, il y avait une ambiance mortelle. Moi j'étais toute sympa, je leur ai proposé de leur faire à manger, de leur acheter du coca, voilà. Mais ils regardaient tous leurs pieds, personne ne me parlait. Je me disais « qu'est-ce qui se passe ? » Enfin je ne comprenais pas trop. Et du coup les collègues sont vite partis. Celui qui était dans le salon, il ne me regardait pas. Il ne regardait que par terre. Je me disais que c'était un peu bizarre mais... Je faisais confiance à mon ex, donc je n'ai pas pensé au pire. Une semaine après, il travaillait de nuit, il devait rentrer vers 2h30 du matin et moi je l'attendais parce que je n'arrivais plus à dormir à cause de mon souci dans les jambes. Et je l'attendais et il ne venait pas. Et vers 2h45, il m'écrit « Bibi, désolé, je suis encore au travail, j'ai un collègue qui était en panne. Heureusement que j'avais les câbles dans la voiture. » Sauf qu'il utilisait ma voiture parce que sa voiture était morte quelques mois plus tôt. Et je savais que les câbles, je les avais enlevés du coffre de ma voiture et que je les avais mis dans le garage. Du coup, je suis descendue à 3h du matin, enceinte de 7 mois et quelques, pour chercher les câbles dans le garage. Et quand je suis rentrée dans le garage, je me suis dit « Je suis vraiment une connasse de faire ça, de ne pas lui faire confiance comme ça » . Et j'ai pas trouvé. J'ai trouvé les câbles tout de suite et je me suis dit non mais là je deviens folle, enfin pourquoi je le remets en question comme ça ? Et j'ai fini par trouver les câbles qui étaient dans un sac et je me suis dit je vais les mettre sous le lit et j'attends qu'ils viennent et je vais voir ce qu'il a à me dire. Je suis remontée chez moi et en remontant, j'ai commencé à pleurer et j'ai repensé à la semaine d'avant où la collègue avait dormi là et où il y avait une ambiance bizarre et en fait je savais à ce moment-là qu'il s'était passé quelque chose avec elle. Et là j'ai eu l'impression que ma vie... s'effondrer parce que je ne pensais pas qu'il aurait pu me faire ça. Donc, je l'ai attendu. Ça a été, je pense, la demi-heure la plus longue de ma vie. Je me suis remise dans le lit. J'ai mis les câbles sous le lit du coup. Et quand il est rentré, je lui ai dit alors, qu'est-ce qui s'est passé avec ton collègue ? Tu as dû brancher les câbles. Je voulais vraiment voir s'il allait oser mentir en me regardant. Il m'a dit, oui, oui, il était en panne, mais c'est bon. Et je lui ai dit, regarde sous le lit. Il a vu les cams, mais il a fait comme s'il ne les voyait pas. Et du coup, je lui ai dit, je sais que tu m'as menti là, tu ne peux plus dire le contraire. Et là, je lui ai dit, il y a quelque chose avec ta collègue. Et il s'est un peu énervé, il m'a dit, mais c'est n'importe quoi, il n'y a rien avec elle, je ne pourrais pas faire ça, c'est juste que je n'assume pas, je me rends compte que je ne suis pas cool avec toi, je te laisse tout le temps toute seule alors que tu es enceinte. J'ai bu un coup avec les collègues après le boulot, je voulais pas te le dire. Ça ira mieux quand le petit sera là, je sais que je suis pas cool avec toi. Et je lui ai redit tu me jures qu'il y a rien avec elle. Il m'a dit mais non il y a rien avec elle, c'est n'importe quoi. Et c'est comme ça que le cauchemar a commencé. Et après le problème c'est qu'il y a eu plein de signes. Il était tout le temps sur son téléphone, même des amis à nous me disaient mais c'est bizarre quand on lui... demande s'il est content d'être papa, de devenir bientôt papa. Il fait une drôle de tête. Mes doutes, j'en parlais vraiment à personne parce que je ne voulais pas que les gens le voient différemment et je ne voulais pas que si jamais c'était moi qui me faisais des films, que je me sois fait des films pour rien et que je les salis en gros pour rien. Sauf qu'après, au lieu d'aller aux matchs de foot avec moi, il y allait avec elle et avec nos amis. Je pense qu'à un moment de ma grossesse, je devais lui dire tous les jours « il y a quelque chose avec elle » , pleurer devant lui. Et lui qui me disait « non, il n'y a rien, il n'y a rien, il n'y a rien » . Et du coup, comme je sentais que j'étais pas bien du tout, je pleurais beaucoup avec les hormones en plus de la grossesse. J'avais vraiment peur qu'il y ait un impact pour mon bébé, donc j'essayais de lui parler, de le rassurer. Et c'est vraiment drôle parce que tout le monde... Elle me disait « t'as l'air tellement sereine avec l'arrivée du petit » . Alors qu'en vrai, j'étais pas du tout sereine dans mon couple. J'étais hyper stressée, je pleurais tout le temps. Je savais qu'il y avait quelque chose avec sa collègue et qu'il mentait. Mais en même temps, j'en étais pas sûre à 100%. Je me disais que c'était peut-être moi qui me fais des films. Il pourrait pas me faire ça à ce moment-là, au moment où j'ai le plus besoin de lui. Ça me paraissait fou. De me dire que j'étais vraiment en train de perdre mon ex et que je ne comprenais pas qu'il ait ce comportement avec moi alors que pendant les six ans où on a été ensemble, il n'a pas du tout été comme ça. J'avais l'impression de ne plus être avec l'homme que j'aimais, que j'avais rencontré, qui prenait soin de moi, qui me protégeait. La grossesse c'est une période qu'on est censé vivre à deux, c'est censé être un moment magnifique dans une vie. Ce n'était pas la grossesse dont j'aurais rêvé. Quand j'ai été hospitalisée, ça a mis trois jours avant que j'aie les contractions qui déclenchent. Et mon ex dormait dans la chambre avec moi à la clinique. Je voyais qu'il n'était pas du tout impatient en fait que le petit arrive. Enfin vraiment que ça avait l'air d'être un contre-cœur. Et je lui avais fait une boîte à papa. Je l'avais commencé avant de savoir... D'avoir des doutes. J'avais acheté plein de petites choses qu'il aime, plein de petites attentions. Je lui avais fait des mots, j'avais imprimé des photos de nous. Je lui ai donné quand j'avais eu la péridurale et qu'on était dans la salle d'accouchement. Il l'a ouverte mais je voyais qu'il ne me regardait pas. Je voyais qu'il faisait une drôle de tête. Et moi je regardais cette scène de loin, je le vois encore assis à deux mètres de moi et à rigoler dans ma tête. Je me disais mais c'est improbable ce qui se passe. Du coup, il a ouvert tous les petits cadeaux. La lettre que j'avais écrite où je lui rappelais ce moment où il m'avait dit trois, quatre mois après notre rencontre qu'il voulait qu'on ait une petite fille aussi jolie que sa maman. Sauf que là, on avait un petit garçon qui allait arriver et j'ai vu qu'en gros, il était là mais sans être là. et qu'il était plus gêné qu'autre chose en ouvrant la boîte. Après, il était là pendant l'accouchement, il me tenait la main, il essayait de faire ce qu'il pouvait mais je voyais bien que le pauvre, c'était pas forcément sa place. Quand on a appris que j'étais enceinte, moi j'avais dit à mon ex que je voudrais bien que notre fille ait mon nom de famille aussi, qu'on mette nos deux noms de famille. Et il était pas d'accord. Et tout à la fin de la grossesse, il a commencé à me dire Oui, oui, on mettra ton nom aussi. OK. Et en fait, je pense vraiment qu'il a accepté de mettre mon nom parce qu'il savait qu'on allait se séparer et que, évidemment, ça allait être moi qui allais gérer et que ça serait moins compliqué pour moi si mon fils avait mon nom de famille, du coup, aussi. Les premiers jours à la clinique, il me laissait seule tout le temps. Il rentrait chez nous, soi-disant, pour faire le ménage. Je pleurais tout le temps. Bon, j'étais contente en même temps qu'il soit là. Je partageais de beaux moments avec mon fils. Je l'ai allaité et tout, c'était vraiment des moments très forts et que j'ai adoré partager avec lui. Mais en même temps, je sentais bien que là, j'étais vraiment en train de perdre mon ex. Quand on est rentré de la clinique, l'appartement n'était pas du tout rangé, pas du tout nettoyé. Les premières nuits, c'est moi qui gérais le petit. Bon après, je l'allaitais, donc c'était moi qui me levais et tout. pour me demander comment ça allait, ou je ne sais pas, m'amener un verre d'eau, m'amener une couverture. Je restais assise dans la chambre de mon fils, dans le fauteuil que j'avais installé, parce que j'avais peur que ça le dérange en fait. Du coup, je ne retournais même pas dans notre chambre. Et au bout de quelques jours, il a repris le travail alors qu'il devait prendre son congé paternité. Et ce que j'ai appris par la suite et qui est encore très drôle, c'est que le reste de son congé paternité, il l'a pris pour partir en vacances. Avec sa collègue, du coup. Je lui disais toujours « il y a quelque chose, c'est que sur ton téléphone, je le sens, je le sens » . Et il me disait « ça ira mieux, ça ira mieux, ça va aller » . La journée, je lui envoyais des photos de notre fils, il ne réagissait pas. Je me disais bon. Et trois semaines après, il avait son anniversaire, mon ex, et je lui ai organisé un anniversaire surprise. Je me disais « je vais au bout, en fait, je fais ce que j'aurais fait en temps normal » . j'ai pas envie de plus être la même personne et de plus faire ce que j'aurais fait à cause de lui et de son comportement. Donc moi je voulais rien avoir à me reprocher. Il a passé la moitié de la soirée sur son téléphone à écrire à sa collègue, il s'est pas occupé de notre fils. J'ai des amis qui venaient dans notre chambre quand je m'occupais de notre fils et qui me disaient « mais il est bizarre, pourquoi il vient pas vous voir ? Pourquoi il porte pas le petit ? » Voilà, et je le défendais encore en disant « mais c'est son anniversaire » . Quand nos amis sont partis à la fin de la soirée, on est allés se coucher, il n'a même pas à remercier. Et là, je me suis dit « bon maintenant, stop, en fait, c'était vraiment, je pense, l'événement de trop » . Donc le lendemain, il est parti travailler et je lui ai envoyé un long message où je lui ai dit que je savais qu'il y avait quelque chose avec elle, qu'il fallait qu'il arrête de me mentir, que je ne voulais plus subir tout ça. que ça faisait des mois que je le subissais et que c'était pas parce qu'on venait d'avoir un bébé qu'on était obligés de rester ensemble dans cette situation, que moi je voulais plus subir tout ça en fait, que je méritais mieux. Et il m'a juste répondu « on parle quand je rentre » . Point. Tout le reste de la matinée et le début d'après-midi, en l'attendant, j'ai vraiment profité avec mon fils, je suis allée me promener. Je m'attendais au pire, je savais ce qu'il allait se passer. Je me sentais, je pense, déjà soulagée de lui avoir dit « maintenant, stop, là, il faut qu'on arrête. » Je ne veux plus subir ça, en fait. Et quand il est rentré, il ne me regardait pas, il ne regardait par terre, il ne parlait pas, il allait s'asseoir. Et je lui disais « vas-y, parle-moi, dis-moi, il y a quelque chose avec elle, je le sais. » Et il ne parlait pas. Et j'ai dû crier alors que je suis vraiment quelqu'un qui ne crie jamais, qui ne m'énerve jamais. Et c'est moi en fait qui faisais les questions-réponses. Et du coup effectivement, il y avait quelque chose avec sa collègue depuis des mois. Et du coup je suis allée dans ma chambre, il fallait que je digère ça. Et je suis retournée le voir, je ne sais pas combien de temps après. Et je lui ai dit, je vais appeler mes parents pour leur dire. Mais si je leur dis et que je les appelle, il n'y aura pas de retour en arrière possible. Ce sera fini. Il n'a pas répondu tout de suite. Et après, j'ai dit je les appelle. Il m'a dit oui. Et du coup, ce soir-là, il a dormi chez nous. Le lendemain, il avait un enterrement de vie de garçon d'un ami à nous. Il est parti. Il a fait la journée, la soirée comme si de rien n'était. J'ai dormi chez mes parents ce soir-là. Et le lendemain, je suis rentrée à l'appartement. Et je l'ai croisé, il était en voiture en train de partir. Donc il ne m'avait même pas dit qu'il avait pris des affaires et qu'il était en train de partir pour la rejoindre. Ces cartons c'est moi qui ai dû les faire dans les semaines qui ont suivi parce qu'il n'est même pas revenu pour faire ces cartons. Au début il venait voir notre fils deux trois fois par mois pendant une heure. J'ai toujours essayé de faire en sorte qu'il puisse voir son fils, j'ai jamais interdit de le voir. Il y a des gens qui m'ont dit mais t'es beaucoup trop gentil. Ça restait le père. de notre fils. Donc c'était hors de question qu'il ne puisse pas le voir ou qu'il ne puisse pas s'en occuper et qu'il ne s'investisse pas. On s'écrivait, on s'écrivait beaucoup. Il y a des fois j'étais très méchante par message et je suis même allée voir une psy du coup parce que je n'aimais pas comment il me rendait. Il me rendait méchante alors que je ne suis pas quelqu'un de méchant. Quand j'ai été voir la psychologue je lui ai raconté toute l'histoire et elle m'a dit vous avez pris énormément de recul sur la situation Comment est-ce que je peux vous aider ? Parce que j'ai l'impression que vous avez déjà bien réfléchi sur ce qui s'est passé. Je lui ai dit, en fait il me rend méchante. Il y a des fois, je lui écris des horreurs par SMS et en vrai après je regrette parce que c'est pas moi. Ça me fait du bien sur le coup de lui dire tout ça, des choses vraiment horribles. Mais j'ai pas envie d'être comme ça et c'est pas moi quoi. Et au fil des mois, la situation s'est un peu apaisée. Il a commencé à prendre notre fils des demi-journées chez lui. Et là, depuis, je ne sais pas quand, notre fils a eu peut-être un an et demi, il a commencé à le prendre pour une nuit par-ci, par-là. Et maintenant, il le garde un week-end sur deux. Le plus dur au début, c'était de me dire que l'autre femme allait le toucher, allait s'en occuper. Ça me dégoûtait vraiment en fait, parce qu'elle m'avait vue enceinte plusieurs fois. elle savait très bien dans quoi elle mettait les pieds. On ne peut pas dire qu'elle ne savait pas. J'avais vraiment du dégoût pour le fait qu'elle doive s'occuper de notre fils, qu'elle le touche, que notre fils finalement l'apprécie au fur et à mesure parce que si elle s'occupe bien de lui, forcément il va l'apprécier. Et après je me suis dit en fait, le plus important c'est qu'elle s'occupe bien de lui. Je veux en savoir le moins possible et comme ça je fais abstraction de ce qui se passe quand il est là-bas. Mais du moment qu'elle, elle s'occupe bien de lui, c'est le plus important. Après, ça n'a pas été facile. Dès que je m'imaginais qu'elle était avec lui ou quoi, forcément, j'étais pas bien. Et c'est là, je pense, que j'avais des accès aussi où je devenais méchante, où je disais des choses pas cool à mon ex. Ou alors si je savais qu'elle allait à une fête de famille, bon, elle y va très rarement. Pareil, là, j'étais vraiment pas bien et... Ça me faisait pleurer, mais bon. Parce que je me disais, elle a pris ma place. Moi, les cousins de mon fils m'appellent encore Tata. Je vois encore mon ex-belle-sœur, mon ex-beau-frère. Je les vois plus que mon ex les voit. Et me dire que du coup, je ne fais plus partie de ce cercle alors que je les côtoie encore et que c'est elle qui prend ma place, la place que j'aurais dû continuer d'avoir. Et maintenant, mon fils parle. Donc il me raconte des choses quand il est avec son papa. Il ne me parle jamais d'elle. Je lui pose quelques questions pour savoir s'il la voit, si elle s'occupe bien de lui, s'il joue avec elle. Et en fait, il me dit qu'il ne la voit pas vraiment, qu'il fait des activités avec papa en dehors de la maison. Et je pense que c'est pour ça que mon ex fait beaucoup d'activités en dehors avec lui ou qu'il va chez ses parents. pour ne pas imposer son fils à sa compagne. Il apparemment ne s'occupe pas de son fils, de notre fils. M'imaginer mon ex avec elle maintenant, non. J'y pensais beaucoup au début et j'étais mal par rapport à ça. Forcément, j'avais du mal à accepter les choses. Maintenant, non. Je n'y pense plus. Je ne les imagine pas ensemble. Au début, j'allais regarder un peu ces réseaux sociaux et après je me suis dit que je vais la bloquer partout. De toute façon, ça ne sert à rien. Je ne vais pas passer mon temps à faire ça. Environ un an après notre séparation, on est arrivé à retrouver une relation correcte où on s'écrivait, on prenait des nouvelles. Et pendant cette période où on se parlait bien et on s'était dit qu'on pouvait recommencer à se voir tous les trois, faire des activités, ça a un petit peu dégénéré. Il était en vacances. avec sa conjointe. Et moi, je lui ai envoyé une photo de notre fils dans le bain. J'étais dans le bain avec lui, mais on ne voyait que notre fils. Et il a commencé à me dire « Ah, c'est dommage que je ne vois pas ce qu'il y a de l'autre côté de l'écran » . Donc j'ai pris notre fils sur moi et j'ai envoyé une photo de tous les deux, mais en me cachant, on ne voyait que ma tête et notre fils. Il m'a dit « Ah, c'est dommage que notre fils soit devant toi » . Et je me suis dit, mais à quoi il joue ? Il est en vacances avec sa compagne et il m'envoie des messages comme ça. Alors que moi, je lui envoyais juste une photo de notre fils dans le bain, comme je lui envoyais des photos de temps en temps de notre fils.
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Et je me suis dit, je rentre dans son jeu,
- Speaker #1
je vais voir jusqu'où il va. Et il a commencé à m'envoyer des photos qu'on s'envoyait quand on était ensemble, des photos pas très habillées, à lui dire que ça lui manquait. Et en fait, on est partis dans un espèce de jeu comme ça, de séduction, mais qui sortait de nulle part. Et je sais très bien qu'il ne voulait pas qu'on se remette ensemble. Moi, c'était hors de question que je me remette avec lui dans tous les cas. Après ce qu'il avait fait, la trahison était beaucoup trop forte. Mais je voulais quand même voir jusqu'où il irait. Ça a duré plusieurs semaines et un matin, j'étais en train de déposer notre fils à la crèche et il m'appelle et il me dit de surtout plus lui écrire qu'elle a vu les messages. que c'est la panique qui me recontacte. Et là, je me suis dit, c'est le karma. En vrai, j'avais rien eu besoin de faire et j'avais eu ma petite vengeance sans rien faire de spécial. Heureusement qu'elle n'est pas tombée sur le message où il dit que le sexe avec elle, c'est pas bien et qu'il veut qu'on recouche ensemble parce que ça lui manque. Du coup, elle a vu que certains messages Elle n'a pas tout vu parce que sinon, je pense qu'ils ne seraient plus ensemble aujourd'hui s'il avait vu tout ce qu'il m'a envoyé. Parce qu'il me parlait d'elle aussi. Je pense que c'est son fonctionnement qu'il ne peut pas être seul. Quand il est longtemps avec quelqu'un, après, je ne sais pas, il prend peur, il n'a plus envie, il a besoin de nouveautés. Mais par contre, je pense qu'il ne peut pas être seul. Il ne m'aurait pas quittée s'il n'y avait pas eu quelqu'un d'autre chez qui aller. Parce que là, il n'y a même pas eu de transition, il a été seul. Et pareil, si ça ne va pas avec elle... Il partira pas s'il a pas quelqu'un d'autre, c'est sûr. Les premiers mois, quand j'avais des périodes où j'étais pas bien, oui, je me disais, j'espère qu'il va revenir, qu'on va faire comme si rien ne s'était passé, mais c'était pas possible. La trahison était beaucoup trop forte. J'aurais jamais pu lui refaire confiance. C'était censé être l'homme de ma vie. On faisait tout ensemble, on était fusionnels, il prenait soin de moi et il a tout gâché. Mais même lui me disait, je sais pas... Comment j'ai fait autant de la merde ? Il me disait je sais pas comment j'en suis arrivée là, comment j'ai pu te faire souffrir. Il m'avait dit t'es la personne la plus agréable à vivre. Je pense vraiment qu'il a eu peur avec l'arrivée du petit. C'est à ce moment-là que j'ai senti qu'il vrillait et qu'il a commencé à faire des choses sans moi et forcément sortir avec ses collègues. Et je pense qu'en fait il a été faible parce que s'il avait été fort, il aurait résisté à ça et on aurait surmonté ça. Il ne m'en aurait pas fait baver comme il m'en a fait baver. Et en même temps, c'est grâce à sa trahison, je pense que j'ai pu m'en remettre par la suite. Parce qu'il m'a tellement dégoûté de lui et tellement trahi qu'au final, les premiers jours, je me suis dit « ma vie est finie » . Quand j'essayais de m'endormir le soir, je me disais « je ne vais plus avoir de vie. En fait, maintenant, je suis seule avec un enfant. Plus personne ne va vouloir de moi » . Je pense que ça aurait fait une différence s'il m'avait trompée et que je n'avais pas été enceinte. Parce que vraiment, la grossesse, c'est quelque chose de sacré. C'est un moment particulier dans une vie. Ça se trouve, j'aurais jamais d'autres enfants. Et le fait qu'il fasse ça à ce moment-là, dans un moment où je pense que j'avais encore plus besoin de lui, s'il m'avait trompée quand je n'étais pas enceinte, ça n'aurait pas du tout eu le même effet, le même impact. Je pense sur moi. Après, le fait que j'avais mon fils avec moi quand on s'est séparés, ça m'a aussi aidé. Je pense que si je n'avais pas eu mon fils, ça aurait été beaucoup plus dur à surmonter parce qu'il fallait que je tienne le coup pour mon fils. Il n'avait que moi quasiment et en même temps, j'étais tellement épanouie dans mon rôle de maman. J'ai toujours dit que j'étais maman avant d'accoucher. Au début, je me suis dit finalement, je n'ai pas de traumatisme. Mais là maintenant, ça va faire trois ans et demi. Je vois bien que toutes les relations que j'ai eues sont plutôt chaotiques. Que les rencontres que je fais actuellement, je ne sais pas pourquoi, mais j'attire beaucoup les hommes qui sont déjà en couple. Alors certains me mentent, me disent qu'ils sont célibataires. Et en fait j'apprends que non, ils ne sont pas célibataires. Certains me le disent mais quand il s'est déjà passé un peu quelque chose. Donc je ne sais pas si c'est moi qui attire particulièrement ce genre de personnes. Parce que j'ai un comportement des traumatismes lié à ça. Et me dire que je pourrais être dans le rôle de l'autre femme quand je vois tout le mal que ça fait derrière. Non, je pense que c'est compliqué à envisager. Parce que je l'ai vécu et je vois bien que j'en suis pas forcément ressortie indemne. Je vois bien que dans mes relations avec les hommes, c'est compliqué. Même quand je rencontre quelqu'un, que j'ai un coup de cœur, que tout se passe bien pendant plusieurs mois, je vois bien qu'au bout d'un moment ça va pas. Mais j'ai l'impression que c'est moi qui n'arrive plus à tomber amoureuse ou je sais pas, à m'investir plus alors que j'en aurais envie.
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je retrouve pas en fait la sexualité que j'avais avec lui. Et on dit toujours les premières fois, c'est le temps de se découvrir, de découvrir l'autre, donc les premières fois c'est jamais foufou.
- Speaker #1
Mais en fait avec lui, ça a matché sur ce plan-là dès les premières fois. Et il me faisait juire tout le temps, je le faisais juire tout le temps. On avait vraiment, je pense, une belle alchimie et on était vraiment compatibles. Et en fait, c'est vrai que depuis notre séparation, je n'arrive pas à retrouver quelqu'un avec qui je suis autant compatible sur ce plan-là. Même s'il y a des hommes avec qui j'ai couché et c'était très bien. Je repense toujours, enfin, je compare un peu sans comparer, mais je me dis que je ne retrouve pas ce que j'avais avant. Et en fait, je pense qu'il y a aussi du psychologique. C'est peut-être parce que j'espère trop retrouver ça et cette alchimie.
- Speaker #0
Et au final, je le mets des blocages. Et parfois, je n'arrive pas à jouir avec un homme alors qu'il fait tout bien. Je ne sais pas si j'ai peur de revivre... Maintenant,
- Speaker #1
j'ai ouvert les yeux sur tout ce qui s'est passé avec mon ex ou avec les autres hommes que j'ai pu fréquenter ces dernières années. Je vois bien qu'au final... quasiment tout le monde, trompe tout le monde, que les gens s'en fichent des conséquences. Et du coup je sais pas si c'est pour ça aussi que j'ai du mal à m'attacher parce que je me dis de toute façon ça va pas durer longtemps, ça va... Il n'y a pas une série ou un film où on voit pas quelqu'un qui trompe et c'est hyper banalisé. Et dans les films ça se termine toujours bien pour l'autre personne qui rencontre quelqu'un d'autre, la personne trompée ou ou qui pardonne. En deux secondes, mais dans la vraie vie, il y a des conséquences. Maintenant, trois ans et demi après, honnêtement, je ne pense plus vraiment à elle. Quand je pense à elle, je ressens de l'indifférence. Je me dis juste que ce n'est pas une bonne personne, que mon ex non plus. Ma mère me disait toujours « j'ai l'impression que tu en veux plus à elle qu'à ton ex » . J'en voulais aux deux, mais c'est vrai qu'elle m'a vue enceinte. Elle a dormi chez moi. Elle m'a vue enceinte plusieurs fois. On ne peut pas dire « Oh, mais elle ne savait pas. Elle pensait que ça n'allait pas dans votre couple. » Tu vois, elle n'a pas d'excuses, en fait. Mon ex a tout gâché, mais je ne suis pas sûre que si elle n'avait pas existé, je serais encore avec lui. Depuis qu'on s'est séparés... Tout le monde m'a dit que je ne suis plus la même personne, qu'on redécouvre la vraie personne que je suis en fait. Je le faisais passer avant moi. Son naturel serait revenu au galop, il se serait passé peut-être autre chose, il aurait rencontré quelqu'un d'autre. Je me serais rendue compte à un moment donné que je m'effaçais trop derrière lui, que je le faisais passer avant moi. Et que du coup, je n'étais pas la personne entière que je suis maintenant. Franchement, tout le monde me l'a dit. On te redécouvre, on t'aimait déjà avant. Et pourtant, les premiers mois après la trahison, je me sentais vraiment éteinte. Et je pense que j'ai mis du temps à me rallumer. Avec du recul, je ne pense pas que c'était l'homme de ma vie. Même s'il n'y avait pas eu ça, au bout d'un moment, je pense qu'on en aurait plus.
- Speaker #0
Découvrir la face sombre de l'autre et ne pas avoir vraiment de clôture oblige à un deuil amoureux particulier. Pour Circé, l'arrivée de son enfant semble avoir été une sorte de raccourci dans ce deuil. En l'écoutant, je comprends cependant que le fait d'être debout ne reflète pas la capacité à pouvoir à nouveau aimer. Rapidement, l'amour est passé, mais la douleur semble s'être enquistée. Le temps a cependant effacé pour Circé l'ombre de l'autre femme et il en sera certainement ainsi pour moi également. Seule reste la cicatrice de la trahison. Et aujourd'hui, Circé pense qu'il lui faudra trouver de l'aide pour être capable d'aimer à nouveau. pour arrêter, comme elle me le dira, de consommer et d'être consommée, pour ne pas à nouveau être rejetée. Je vois l'intérêt du travail que je fais car le temps seul ne guérit pas et ne permet pas de changer ce qui en nous a fait le lit de cette relation. Je crois que nous détestons en ces femmes ce que nous ne voulons pas voir en l'homme que nous aimions. Pour Circé, le manque de considération pour la parentalité, pour moi, la superficialité, le narcissisme. Le besoin maladif de plaire et la manipulation de la vérité. Et peut-être qu'une partie de ce que nous voyons de beau en eux était en réalité apportée par nous-mêmes. Je disais que je ne trouvais pas mon erreur, mais je crois discerner en écoutant Circé ce qui aujourd'hui me rendrait prudente. Toutes deux, nous avons cette envie d'un bel et grand amour, d'en faire un élément central de notre vie et la capacité à donner beaucoup. Il est difficile de trouver quelqu'un qui vibre de la même énergie et nous l'avons trouvé un temps chez ces hommes comme auprès de personne. Pour les gens incapables de vraiment s'attacher, cela commence souvent ainsi, par un déluge d'amour. Il faut dire qu'il est si rare aujourd'hui de trouver des gens qui se donnent entièrement sans réserve, que quand cela arrive, cela a un goût de miracle. Nous avons pris l'intensité de la passion, leurs besoins de fusion, les grands gestes, engagements et déclarations du début comme des indicateurs d'un amour fort et durable, alors même qu'ils étaient ceux d'une immaturité émotionnelle, d'un besoin de combler son vide et de s'accrocher à l'autre sans réfléchir aux conséquences. de fantasmer la relation plutôt que d'être prêt à la vivre. C'est le cas par exemple, je crois, lorsque l'ex de Circé lui parle très tôt d'avoir précisément une petite fille, ou le mien, me disant que désormais je ne serai plus seule pour élever la mienne. Il y avait aussi les signes d'une incapacité à gérer les conflits, les émotions négatives qui le faisaient se mûrer, réagir sans empathie ou chercher des fuites. Ce que Circé décrit comme quelqu'un qui, comme elle, ne s'exprime pas beaucoup. alors que ce n'est pas du tout ainsi que je l'aperçois. Tout ce qui créerait cette propension à se jeter dans une autre relation dès que la vraie vie commencerait. Et nous, nous sommes restés prisonnières du souvenir de la magie du début, nous acharnant, seules, à essayer de la maintenir. Toutes deux, nous avons été gagnées par cet amour feu d'artifice et y avons laissé une part de notre indépendance. Je sais que ce qui m'a aidée est d'avoir, malgré la fusion amoureuse, toujours résisté pour garder mes amis proches de moi et de ne pas avoir eu honte de leur montrer ma détresse. Je crois que ce qui a mis une limite est aussi pour Circé et moi le fait d'être mère. Je savais comme il était dur pour une mère seule de trouver un bel endroit et une stabilité pour son enfant. Et j'ai accepté par exemple de vivre avec cet homme, dans un premier temps uniquement chez moi, le tout restant à mon nom, de ne pas tout quitter dès à présent pour vivre avec lui ailleurs, ce qui était pour lui je crois un fantasme de solution plutôt qu'un vrai projet. Quelque chose limitait mon imprudence dans l'état amoureux. Et cet homme a pu disparaître de notre vie, au moins matériellement, comme le fantôme qu'il est. Avec ses quelques plantes, ses enceintes, ses jolis vêtements et ses appareils photos. On accepte parfois de s'abîmer trop loin pour l'autre. Mais lorsque cela implique son enfant, lorsqu'on est construit à peu près solidement, souvent le besoin de le protéger et de lui offrir une vie sécurisante tente à l'emporter. Sans Eleanor, je me connais. Il aurait été possible que je rentre avec cet homme dans ce cycle sans fin de rupture et de renouveau éphémère, de mois de silence douloureux et de retrouvailles au bout du monde. Ma maternité est mon garde-fou, moderne ce que je suis, une grande amoureuse. Je sais que c'est une pensée qui m'a souvent dans ma vie poussé à me sortir de situations où je me perdais, de me dire « Est-ce là la mère que tu veux donner à ta fille ? » Je me dis que l'existence que cette autre femme nous a enlevée, c'est tout ce qui aurait dû être. Mais ce qui aurait dû être est forcément hypothétique, rêvé et magnifié. Je peux imaginer une vie où l'homme que j'aimais, en l'absence de cette autre fille, aurait eu l'envie et le courage de se battre pour y arriver, et que nous aurions pu ensemble avoir une belle vie. Mais Circé et moi savons que c'est bien trop simpliste. Cela ne tient pas à cela. Je crois que d'avoir découvert cette relation m'a sorti du déni où je m'en lisais, m'a épargné des mois, des années peut-être. à essayer de rendre heureux quelqu'un qui ne veut pas l'être, et d'exister face à une succession de femmes invisibles, en m'accrochant aux belles choses, de plus en plus rares. Jusqu'à ce qu'un peu plus tard, une autre fille vienne, ou qu'il disparaisse un jour, tout aussi subitement. Lorsque ma fille aurait été encore davantage attachée à lui, quand nous aurions eu un endroit à nous à perdre, et que l'empreinte de lui en moi, ou sur ma vie, aurait été encore plus profonde. Du temps à m'abîmer encore davantage, et que je n'aurais pas eu pour vivre tout ce qui m'arrive depuis un an. Alors ? Cette impression de déjà-vu si forte que j'ai eue pour cette fille, elle vient peut-être du fait qu'en effet, je la connais d'une autre vie. Peut-être qu'elle n'est pas venue par hasard et que sans le vouloir, elle m'a un peu sauvée. Et, tout en gardant pour toujours, je pense, ma haine froide et bien rangée, je me dis qu'elle fut pour moi un ange noir, là pour détruire ce qui n'avait pas la bonne structure et faire la place pour autre chose de mieux, comme Shiva, la divinité indienne, représente en même temps la destruction, le chaos et la création. Circé et moi... Par l'existence de ces anges noirs que nous avons d'ailleurs peut-être été nous-mêmes pour d'autres femmes, désormais avons la place pour autre chose. Pour retrouver notre centre, la capacité à faire confiance, notre sécurité. Et réussir à nous réjouir déjà de danser, sans que plus rien ne nous éteigne. Danser toutes les deux, sans manque, sans tristesse. Juste danser. Circé et moi sommes de grandes amoureuses mais dans la vraie vie et non le fantasme. capable de faire de chaque chose du quotidien un moment de grâce et des difficultés une occasion de renforcer les liens. Un idéal que Circé décrit en disant qu'elle voulait continuer à faire les choses bien, qu'importe ce que l'autre faisait, ne pas vouloir devenir comme lui, ne pas aimer devenir méchante. Et nous avons participé par notre acharnement à tenir à notre perte. Je ne pense pas que Circé et moi ayons été sous l'emprise de l'homme que nous aimions, mais plutôt de notre idéal, et c'est peut-être ce qui fait que nous sommes en souffrance paralysée. Nous n'avons pas seulement perdu un amoureux, un projet de vie, c'est tout notre système de croyance qui a été atteint et s'est retourné contre nous. C'est presque une crise spirituelle. Je me souviens que tout au début l'homme que j'aimais m'avait écrit que de toute façon, on finissait toujours par s'ennuyer et tromper l'autre. Et j'avais cru avec mon système de croyance à moi qu'il avait été blessé, déçu et qu'il faudrait lui montrer que moi il pouvait me faire confiance. Et j'avais dit que je croyais toujours à l'amour ont la possibilité de le faire durer et de trouver des façons de vivre pour ne pas trahir l'autre mais protéger l'amour. Il avait sa prophétie autorée et dissatrice, et j'avais la mienne. C'est sûrement ces croyances qu'il faudrait interroger lors d'une rencontre, plutôt que les goûts musicaux et les envies de voyage. Demander ce qui dans la relation avec les parents influence la façon dont on gère la relation, la proximité ou le conflit. Et c'est quelque chose qui vient, je pense, de la façon dont on se construit très tôt et ce qu'on en fait ensuite. Et j'aimerais comprendre ce qui, dans mon héritage, m'a légué cet idéal. Alors, dans le prochain épisode, on ira bien loin des soirées techno ou des trahisons amoureuses. Nous irons sur les plages de la mer du Nord et on parlera des histoires qui durent et des amoureux qui tiennent. Et j'interrogerai mon grand-père, bientôt centenaire, dont on pourra bientôt dire, avec certitude je crois, qu'il aura aimé la même personne jusqu'à la fin de sa vie. Et je lui demanderai comment il a fait, et de me raconter comment c'était. Je vous remercie de m'avoir écouté. Pétricor est un podcast écrit et réalisé par Marie Vermeer. Si vous l'aimez, partagez-le, abonnez-vous et mettez des étoiles. Votre contribution sur le compte Tipeee peut m'aider à financer le montage que fait Fabien Elssine. Musique de début, les animaux gris.