- Nicolas Jean -
L'idée que c'est facile d'immigrer au Canada, t'allais au cinéma, t'avais une pub sur les grands espaces canadiens, puis venez, on a besoin de monde, tellement facile d'immigrer. Donc ça, c'est l'image qui est vendue à l'étranger. Puis ensuite, il y a la réalité de ce que c'est. C'est incroyablement difficile d'un point de vue des papiers, d'un point de vue économique, etc. Puis je crois qu'il y a aussi beaucoup de monde qui vient ici avec des rêves ou des attentes basées sur ce qu'on leur a un peu vendu. à l'étranger, puis ils viennent ici, puis finalement c'est beaucoup plus difficile que ça.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Bonjour et bienvenue à Phare et Trajectoire. Je suis Amel Souid, je suis gestionnaire du secteur immigration économique et de la CFA de Clare pour le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse. Aujourd'hui, nous recevons un homme aux multiples visages. Dirigeant de presse, ancien directeur en soins palliatifs, stratège, pompier volontaire. Nicolas Jean incarne un engagement rare à la croisée de l'impact social, de la francophonie et de l'innovation. Arrivé en Nouvelle-Écosse après un long parcours entre Ottawa, Montréal et Paris, il est aujourd'hui à la tête du Courrier de la Nouvelle-Écosse et du réseau national Réseau Presse. Ensemble, nous allons explorer les phares qui l'ont guidé, les trajectoires qu'il trace et ce qu'il nous invite à construire. Bienvenue. Bonjour Nicolas Jean, moi je suis... très très heureuse de te recevoir dans notre podcast phares et trajectoires. On va parler de tes phares mais de tes trajectoires aussi. J'ai compris de ton parcours que tu avais atterri en Nouvelle-Écosse après un parcours d'immigration et puis tu as visité d'autres provinces, tu as vécu ailleurs aussi. Je suis très curieuse de connaître ta première image, ta première impression de la Nouvelle-Écosse.
- Nicolas Jean -
Merci de me recevoir déjà et puis la Nouvelle-Écosse, moi ça a été un coup de cœur instantané. En fait, avant de déménager de manière, on va dire, permanente ici, on est venu en 2021, on a fait le tour de la Nouvelle-Écosse en cinq jours, littéralement. On avait comme pris cinq jours. À l'époque, j'étais encore à l'école, je travaillais à temps plein. On a pris cinq jours, on a fait le tour de la Nouvelle-Écosse. Puis moi, ça a été la première image, ça a été vraiment l'émerveillement, parce que j'ai trouvé ça magnifique, la Nouvelle-Écosse. Et la gentillesse des gens, c'est vraiment les deux choses. la beauté des paysages et la gentillesse des gens qu'on a rencontrés sur la route. Ça, c'est la première image que j'ai eue de la Nouvelle-Écosse.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Est-ce que la francophonie en milieu, en situation minoritaire, est-ce que pendant ces cinq jours, tu as pu rencontrer des communautés acadiennes en Nouvelle-Écosse ?
- Nicolas Jean -
On les a traversées. On a vu des drapeaux acadiens. Je n'étais même pas encore familier avec ce qu'était l'Acadie à l'époque. Je n'en savais rien, très honnêtement.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Moi aussi, je te rassure.
- Nicolas Jean -
Comme beaucoup de personnes, c'est ça. C'est pour ça que je n'ai aucune honte à admettre que je ne savais rien de l'Acadie avant d'arriver en Nouvelle-Écosse. C'est vrai, je ne savais rien de l'Acadie. Mais je n'ai pas eu, à l'époque, quand on est venu ici, dans mon esprit, je venais dans une province anglophone. Puis je n'avais pas du tout conscience même de la présence d'une minorité francophone ici. Comme partout au Canada, on sait qu'il y a des francophones un petit peu partout. communauté, je dirais, organisée, structurée, avec des institutions, etc. Je n'avais absolument aucune idée de ça à l'époque. Pour moi, c'était vraiment, on allait déménager en Nouvelle-Écosse, puis là, il allait falloir que je m'adapte à un nouvel environnement anglophone. C'était comme ça que je le voyais.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et alors, comment ton engagement est né pour les communautés linguistiques officielles en situation minoritaire ?
- Nicolas Jean -
Moi, ça a été par le travail, en fait. C'est le fait d'avoir obtenu cet emploi au Courrier de la Nouvelle-Écosse en tant que directeur général. C'est ça qui a ouvert complètement mon horizon. parce que j'ai dû me former, j'ai dû apprendre, j'ai dû comprendre, m'adapter. Puis ça a été une découverte, mais une découverte forte, comme on n'en fait pas beaucoup dans la vie, c'est-à-dire quelque chose qui s'impose à toi, c'est « Oh mon Dieu, il y a tout ça qui existe, puis je peux avoir ma part là-dedans et je peux y contribuer de manière active à travers mon travail, à travers les choses que je fais personnellement. » Oui, c'est ça. Ça a été un peu une épiphanie, une révélation de découvrir tout cet aspect-là. Et ce qui est intéressant, puis on en parlera peut-être plus tard, mais j'ai vraiment pris conscience. C'est vraiment drôle de dire ça venant de France et après avoir vécu dix ans au Québec, mais j'ai pris conscience de mon identité francophone en Nouvelle-Écosse. Je ne m'étais jamais posé la question de mon identité francophone avant d'arriver en Nouvelle-Écosse.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Parce que tu es en situation minoritaire. Exactement. Mais je voudrais te rassurer, vraiment, moi aussi, avant d'arriver, avant de côtoyer, de vivre parmi cette communauté, cette belle communauté, j'avais aucune conscience de ce que ça impliquait. Puis c'est à travers mes lectures et à travers les rencontres que j'ai faites, comme la nôtre. dans un cadre professionnel, que je me suis rendu compte que cette communauté a subi des traumatismes, il y a eu des combats, que ce qu'on a aujourd'hui est le fruit de revendications, d'un cheminement. C'était vraiment très intéressant d'en apprendre plus. Et puis, je voudrais revenir sur le fait que l'emploi, ton emploi, t'a permis de t'intégrer, mais également que cet emploi a été porteur de sens. Ça t'a permis de te poser des questions et de mieux aborder cette question de la francophonie.
- Nicolas Jean -
Oui.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Est-ce que toi, tu t'attendais à ça ou pas ?
- Nicolas Jean -
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, très honnêtement. C'est drôle parce que j'avais eu un... Avant de venir en Nouvelle-Écosse, évidemment, j'avais un petit peu activé mon réseau pour trouver un emploi.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu l'as trouvé avant d'arriver ou est-ce que... Oui,
- Nicolas Jean -
je l'ai trouvé avant d'arriver. J'ai même commencé avant d'arriver sur place. Puis à l'époque, je me rappelle très bien avoir contacté... J'avais un enseignant, parce que je suis retourné à l'école pendant la pandémie. J'ai fait un MBA à Montréal à temps partiel. Donc, je travaillais à temps plein, puis j'allais à l'école le soir. Puis, j'avais un de mes enseignants à l'époque qui avait vécu pendant plusieurs années en Nouvelle-Écosse. Puis, je l'avais contacté en lui disant, est-ce qu'on peut se parler juste pour avoir un petit peu de, tu sais, ton expérience, ton vécu, puis comment ça s'est passé pour toi. Puis, il m'avait dit, la Nouvelle-Écosse, c'est formidable, mais c'est tellement compliqué. Parce qu'il y a les anglos, puis il y a les acadiens, c'est encore un truc à part, c'est particulier. Puis il y a aussi l'héritage celtique et tout ça et tout ça. Puis du coup, j'arrivais un petit peu avec cette appréhension de, OK, il y a un tissu historique, culturel qui est complexe. Donc je venais un petit peu avec cette idée-là en tête. Mais après, je n'avais aucune idée de ce que ça allait donner sur le... terrain, de mes interactions avec les personnes, la population, est-ce que j'allais m'intégrer, est-ce que les gens allaient m'accepter etc. Puis je dirais que ça s'est fait de manière assez fluide et facile l'intégration, il y a eu des petits moments de friction ou de doute au début j'étais pas sûr de trouver ma place etc. ou d'être accepté même dans la communauté mais ça s'est fait quand même assez simplement et avec beaucoup, souvent ça a été des des actes ou des mots qui m'ont été dits par des gens de la communauté acadienne ou francophone qui ont été bienveillants et qui m'ont motivé à poursuivre ce projet-là au Courrier de la Nouvelle-Écosse.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu parlais de personnes qui t'ont dit soit une parole bienveillante ou une action. Moi, je crois fortement au fait qu'on rencontre des gens sur notre parcours pour une raison. spécifiques. Donc les gens arrivent sur ton parcours comme ça. Quel a été le premier visage qui te viendrait à l'esprit comme ça, si je te le demandais ?
- Nicolas Jean -
Le premier visage, ça a été la présidente à l'époque de la société de presse acadienne qui est la maison d'édition du Courrier de la Nouvelle-Écosse qui est Jeannine Saulnier qui travaille aussi également au CSAP, donc le Conseil scolaire acadien provincial. Et je l'ai rencontrée à la Baie-Sainte-Marie, donc là où on avait les locaux du Courrier à l'époque. Puis c'est ça, elle croyait... Elle croyait beaucoup en moi. Elle était très contente aussi parce qu'ils avaient eu des difficultés de recrutement. Il y avait une difficulté à trouver quelqu'un. C'est compliqué les médias en 2025. Ça l'était beaucoup aussi à la sortie de la pandémie en 2022 quand j'ai embrayé. Puis ça, ça a été, je dirais, mon visage rassurant et bienveillant. Il y avait une certaine émotion même pour elle parce qu'il y avait ce sentiment que le média pouvait disparaître. Ça n'allait pas bien à l'époque. Du coup, il y avait vraiment un enjeu presque émotionnel rattaché à la reprise du Courrier de la Nouvelle-Écosse. J'ai quand même saisi ça assez vite. Ça, ça a été mon premier visage rassurant. Il y en a eu un deuxième à l'époque. C'était la directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, Marie-Claude Riu, que j'ai contactée. J'ai dit, écoute, moi, je viens d'arriver. Je ne sais rien de l'Acadie. Donne-moi un briefing note. de comme mini formation puis on s'est parlé pendant peut-être une heure, une heure et demie puis là elle m'a donné un espèce de cours qu'est-ce qu'il faut savoir de la déportation jusqu'à quelles sont les valeurs qui guident l'Acadie en 2022 à l'époque, ce genre de choses, puis ça, ça a été vraiment pour moi très instrumental dans mon intégration parce que j'ai compris beaucoup de choses assez rapidement après j'ai continué d'apprendre évidemment, là j'ai pas tout appris en deux semaines mais ça m'a donné quand même, je dirais le kit de base pour comprendre où je mettais les pieds, comment m'intégrer, puis quels étaient les défis, quels étaient les leviers que j'avais au sein de la communauté pour mener le projet et la mission qu'on m'avait confiée.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu parlais de personnes qui t'ont mis sur le chemin. Pourquoi est-ce que tu penses, selon toi, que la francophonie en situation minoritaire a besoin de... Plus que des mots.
- Nicolas Jean -
Parce qu'on vit dans un monde d'images, premièrement. Puis on a besoin d'être représenté à travers l'image. On a besoin de voir sa communauté, on a besoin de voir les lieux où on a vécu, où on vit, où on a grandi. Au Courrier, par exemple, on continue de mener un projet important par rapport à la jeunesse, où on essaye de montrer la jeunesse visuellement, et pas juste par des mots ou par des articles. Je pense que c'est essentiel, quand on est minorité, d'être représenté à travers. tous les moyens modernes qu'on a de représentation.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Vous combinez donc les images, les mots, les témoignages.
- Nicolas Jean -
Exactement, puis on essaye de le faire de plus en plus, puis aussi parce qu'on a une vraie diversité linguistique en Nouvelle-Écosse, donc on veut montrer ça. Puis c'est comme ça qu'on amène la fierté aussi, quand les gens se voient.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Qui s'entendent aussi parler.
- Nicolas Jean -
Exactement, qui s'entendent parler, et pas d'une façon où on veut pointer la différence, mais où on veut juste dire, comme disent les Acadiens, c'est ça qu'est ça. Puis ici, c'est comme ça qu'on parle et c'est comme ça qu'on vit. Puis on est fier de ça.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Les accents sont, je veux dire, tous les accents sont OK. Il faut arrêter de penser qu'il y a un bon français et un mauvais français. Alors, comment tu as atterri au courrier ? Comment ça s'est passé ?
- Nicolas Jean -
Au courrier, c'est très simple. J'étais sur LinkedIn, puis j'ai vu une offre d'emploi. Je cherchais des choses en Nouvelle-Écosse. Moi, mon... J'ai terminé mon dernier poste à Montréal. J'étais directeur du développement dans une organisation de soins palliatifs à domicile, donc fin de vie, qui est un domaine qui m'a vraiment passionné. J'ai même animé des séminaires à l'Université de Montréal et tout ça sur la thématique. Puis je connaissais quelques personnes dans le réseau médical ici, notamment un médecin du côté d'Antigonich. Puis j'ai activé mon réseau pour essayer de trouver un poste, puis c'était vraiment très compliqué. Parce que le réseau de la santé est organisé de manière différente, puis qu'il y a moins d'opportunités tout simplement. Et du coup, je n'ai pas trouvé. Sauf que je venais aussi de terminer mon MBA à HEC. L'idée de peut-être reprendre une compagnie, puis d'en être le directeur, ça faisait partie des options que j'avais. J'avais ça, j'avais aussi la possibilité de tout simplement aller vers la consultation directement. Puis j'ai vu l'annonce sur LinkedIn. Je l'ai vue une première fois, sachant pas trop ce que c'était. Je pense qu'une deuxième fois, je l'ai vue parce qu'elle est restée pendant plusieurs semaines, voire mois. puis à chaque fois ça revenait, et à un moment donné je suis allé voir le site internet puis j'ai vu ok ça existe depuis 1937 c'est comme très installé dans la communauté puis c'est ça puis à un moment donné j'ai décidé de quand même appliquer puis là il y avait une je pense une consultante en RH qui était responsable du recrutement puis ça j'ai eu une, deux, trois entretiens et puis c'est comme ça que ça a commencé tout simplement puis je lui ai dit bah écoute on le tente puis on verra ce que...
- Amel Souid - CDÉNÉ
C'est intéressant ce que tu dis parce que nous, au CDÉNÉ, on offre des services aux résidents permanents, aux nouveaux arrivants francophones. Puis le côté marketing de soi est un volet qui revient beaucoup dans les besoins qu'on identifie, nous, pour nos nouveaux arrivants. Donc, on les accompagne à se former, justement, à mieux se vendre. Et puis, l'outil LinkedIn en est un. Donc, ce que tu dis confirme absolument ce que nous, on partage avec nos clients, c'est-à-dire faites attention à comment vous véhiculez votre image, puis faites attention à maîtriser, à vous perfectionner sur des outils comme LinkedIn, parce que les opportunités sont là.
- Speaker #0
Exactement, il y a de la visibilité d'annonce. Je me rappelle même d'ailleurs, en parlant du CDÉNÉ à l'époque, j'avais postulé au poste de direction du CDÉNÉ, ça m'est juste revenu dans la tête. parce qu'il y avait eu une annonce il y avait un autre site que j'ai beaucoup utilisé à l'époque je ne sais plus, c'était un cabinet de recrutement je pense RH qui est à Halifax qui publiait pas mal de postes dans la francophonie puis je me rappelle avoir beaucoup consulté ce site à l'époque quand je cherchais mais c'était pas une recherche évidente parce qu'il n'y a pas des milliards d'opportunités mais c'est ça j'étais prêt à l'époque, j'étais vraiment ouvert à faire quelque chose de très différent puis dans ma vie j'ai Merci. Ce n'est pas quelque chose qui me pose problème de changer d'industrie, de secteur, puis de tout apprendre.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu étais prêt à sortir vraiment de ta zone de confort.
- Speaker #0
Oui, complètement. Après, dans le job lui-même, il y avait... Quand j'ai fait mon MBA, on s'est beaucoup questionné sur quelles sont les valeurs qui nous animent. C'est dans quoi on est à l'aise, ce genre de choses. Puis dans le projet du courrier, dans la question de l'industrie médiatique et tout ça, il y avait beaucoup de choses qui venaient me chercher. Il y avait la communauté francophone acadienne. Toute l'histoire acadienne, donc vraiment le côté idéologique, valeur, identité, quelque chose à défendre, ça c'est quelque chose d'important pour moi, j'ai toujours travaillé dans des organisations qui ont des causes. Puis la deuxième chose, c'était plus l'univers de l'image, l'univers du son, du texte, de l'écrit, qui sont des choses que j'aime beaucoup, de la communication. Ça faisait juste du sens. Ça venait chercher différentes facettes de ma personnalité et de mon parcours. C'était pas si fou que ça.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Puis ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que ça signifie être DG d'un média en situation minoritaire ?
- Speaker #0
C'est des longues journées, des longues semaines et pas beaucoup de vacances. C'est ça que ça veut dire, là, en 2025. Ça veut dire que c'est un monde de défis, c'est un monde où il faut vraiment bâtir de la résilience, où il faut trouver des alliés. C'est un monde qui va très vite aussi, parce que ça bouge beaucoup, là, même du point de vue du financement. On est très vulnérable à tout mouvement politique. Donc même dans les trois années où j'ai été ici, on a fait énormément de lobby politique. pour obtenir ce qui nous est dû, entre guillemets, du point de vue des langues officielles, etc. Donc on est constamment sur le qui-vive et constamment à militer, à défendre notre droit d'exister et notre pertinence. Je dirais que ça, c'est le plus gros aspect. Puis le deuxième aspect que je vois, pour moi en tout cas, c'est vraiment le travail avec l'équipe. On est une petite équipe, mais une équipe très soudée et très passionnée par ce qu'elle fait. Je pense que c'est ma plus grosse fierté là au Courrier, c'est d'avoir une équipe qui... On a commencé avec une nouvelle équipe en 2022, que j'ai recrutée vraiment de A à Z. Puis j'ai les mêmes personnes depuis trois ans et demi, bientôt quatre l'année prochaine. Donc ça, je suis content de ça. Puis tout le monde, je pense, a compris la cause, malgré les défis qu'on a encore en termes d'engagement, en termes de... Il y a beaucoup de défis. Mais c'est ça, mais ça reste quand même passionnant.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors, tu as initié une refonte ? sur des chantiers qui sont quand même importants, la gouvernance, le modèle d'affaires aussi. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
- Speaker #0
Oui, quand je suis arrivé, il y avait beaucoup de choses qui avaient quand même été mises de côté. Sans rentrer dans les détails, il y avait aussi une certaine pression des bailleurs de fonds, donc Patrimoine Canada.
- Amel Souid - CDÉNÉ
La pandémie aussi. Oui,
- Speaker #0
évidemment, les effets de la pandémie. Il n'y avait plus qu'une seule employée à l'époque. Stéphanie Leblanc a fait un travail incroyable pour essayer de maintenir ce qu'elle pouvait maintenir tout seule. Ce qui n'était vraiment pas évident. Je lui rends hommage aussi. Puis, pression des bailleurs de fonds qui voulaient que l'argent soit dépensé pour faire ce qui avait été convenu. Ce qui a été vraiment difficile pour moi à l'époque, c'est qu'il fallait à la fois faire un redressement. c'est-à-dire les fonctions vitales d'une entreprise, d'une organisation qui ne marche plus, système de facturation, comptabilité, remettre tout ça en œuvre. Mais en même temps, on avait reçu des subventions et il y avait du développement à faire, sans équipe, qu'il fallait construire. Donc ça faisait vraiment beaucoup de choses. J'ai souvent dit ça d'ailleurs dans les deux premières années, j'ai dit on a dû mener une restructuration et un redressement et un développement en même temps. Skit. pas une bonne pratique, je ne recommande à personne de faire ça, c'est parce que j'avais l'énergie puis la nouveauté de la Nouvelle-Écosse puis que j'ai mis beaucoup de temps là-dessus mais c'était quand même énorme ce qu'il fallait accomplir donc changer le modèle de gouvernance on a changé d'entité légale on a revu toutes les fonctions de base d'un modèle d'affaires, le système de comptable le système de facturation, etc recruter une équipe et ensuite tout le volet aussi éditorial, journalistique qu'il fallait refaire. Donc, embaucher un rédacteur en chef, avoir une politique d'information. Il y a vraiment eu un gros, gros, gros travail de fait qui était nécessaire. C'était où ce travail était fait, où c'était fini, le média. C'est vraiment ce que ça voulait dire. Parce que ne serait-ce que du point de vue bailleur de fonds, les bailleurs de fonds avaient atteint leurs limites. C'est où vous faites ça, puis il y a des résultats. Ou vous ne le faites pas, puis c'est fini. Puis on ne vous soutient plus. Puis s'il n'y avait plus le soutien des bailleurs de fonds, c'était fini. Donc, ça s'est imposé, en fait. Toutes ces choses-là se sont imposées. Après, il fallait le faire de manière réfléchie et organisée, mais ça s'est imposé.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors, dans cette restructuration et ce développement, est né Avant-Garde, le magazine. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
- Speaker #0
Oui, ça, c'est intéressant parce que Avant-Garde, c'est né la première semaine où j'ai commencé et où je suis venu en Nouvelle-Écosse, quand vraiment on a déménagé, c'était le 14 mai 2022, la première semaine, l'idée a émergé dans ma tête, vraiment d'avoir ce magazine d'affaires, parce que j'ai vu que ça se faisait ailleurs, puis je trouvais qu'il y avait un certain dynamisme dans les communautés acadiennes et francophones. Puis c'est drôle, parce que ce n'était pas nécessairement ce que tout le monde disait, ou ce n'était pas le consensus, mais moi je voyais ça. parce que j'avais voyagé un petit peu en Nouvelle-Écosse, puis je me disais, il y a quand même pas mal d'entrepreneurs dans nos communautés acadiennes et francophones. Sauf que ce n'était pas le bon moment. À l'époque, on était pris par tellement de choses. Ce n'était pas le moment de lancer une nouvelle publication. Donc, j'ai mis ça de côté. Mais pendant ces deux années, j'ai commencé à planter des graines un petit peu partout, des idées de collaboration avec le CDÉNÉ notamment, etc. Sauf qu'on n'était peut-être pas mûrs encore à l'époque pour se lancer là-dedans. Puis, un des défis, je dirais... Je ne pense pas que c'est controverse, tout le monde le sait, mais il y a un défi de collaboration en Nouvelle-Écosse entre organisations francophones et acadiennes. Je trouve que c'est incroyablement difficile. C'est en train de changer. Je vois déjà une évolution dans les trois ans où je suis là. Simplement parce qu'il n'y a plus le choix. Les bailleurs de fonds demandent aussi de la collaboration. Et c'est normal. Et c'est normal. Et c'est une bonne utilisation des fonds publics. Mais à l'époque, c'était difficile. Donc, je n'ai pas réussi à obtenir ce partenariat financier qui nous aurait permis de mettre... cette publication, de la créer, en fait. Et du coup, j'ai dit, OK, ma stratégie, je vais aller chercher mon financement pour l'année 1. Puis ensuite, on va essayer d'amener des partenaires dans la boucle. C'est dans cette phase-là qu'on est actuellement.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et ça, c'est... On a vu le numéro 1.
- Speaker #0
Et on travaille sur le 3. Voilà,
- Amel Souid - CDÉNÉ
vous allez être au numéro 3. Moi, je sais que j'avais participé à un article au numéro 2. Et j'ai trouvé que c'était vraiment intéressant de pouvoir... partager des réalités, parfois des détails sur ce qu'on fait, qui ne sont pas forcément connus de tous, et qui pourraient éclairer certains de comprendre qu'est-ce qu'on fait à la fin de la journée. C'est vrai que nous, par exemple, au secteur immigration économique, on accompagne des chercheurs d'emploi, des résidents permanents qui arrivent, des réfugiés aussi francophones qui arrivent, et on accompagne également des employeurs. pour leur permettre de recruter des talents, que ce soit ici au Canada et même à travers des opérations comme Destination Canada à l'international. Donc on travaille vraiment avec les deux côtés de l'équation, comme je le présente souvent. Et c'est parfois, effectivement, c'est pas facile, parfois, d'approcher le côté employeur pour différentes raisons. mais ce podcast est fait aussi pour sensibiliser. Toutes les parties prenantes pour leur dire qu'il y a des organisations comme le CDÉNÉ qui peuvent vous aider à titre gratuit avec des services qui sont pertinents, qui peuvent vous permettre de vous développer économiquement. Parce qu'à la fin de la journée, l'immigration, c'est un des outils qui permettent aux employeurs, aux organisations de se développer économiquement. Bien sûr,
- Speaker #0
c'est essentiel.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Donc toi aussi, en tant que courrier de la Nouvelle-Écosse, tu pourrais demain faire appel à nos services pour recruter du personnel, par exemple. On revient à Nicolas Jean, le chercheur. Comment est-ce que ce côté-là t'a permis, t'a influencé dans ta mission de dirigeant ?
- Speaker #0
Je ne suis pas chercheur techniquement, que je n'ai pas étudié, je n'ai pas de doctorat ou quoi que ce soit. Mais j'ai tout le temps, dans tous mes emplois, c'est drôle, en France, on se crée comme un ADN professionnel au fur et à mesure qu'on avance dans la vie. Mais j'ai toujours... En tout cas, pour moi, ça a toujours été important d'avoir un lien avec le monde académique et le monde de la recherche. Partout, dans toutes les industries où j'ai été, il y a toujours eu ce lien qui était là dans les organisations, qui était à nourrir. Quand j'étais à Montréal, dernier emploi, on avait évidemment un partenariat important avec l'Université de Montréal pour toute la question des soins de fin de vie. Il y avait une chaire de recherche qui travaillait vraiment là-dessus, sur l'accompagnement, sur les soins spirituels, etc. Donc là, j'ai eu plusieurs contributions, notamment un projet de recherche d'envergure sur lequel j'ai été co-chercheur, qui a duré plusieurs années, qui est là et arrive à la fin. On va avoir les résultats bientôt. J'ai animé aussi quelques séminaires à l'époque. Puis ça, qu'est-ce que ça m'a appris ? Ça m'a appris que ce lien entre les gens qui pensent, qui réfléchissent à comment faire avancer un champ ou une industrie, puis les gens qui... eux mettent en œuvre cette industrie ou ce champ, c'est essentiel qu'il y ait un travail de collaboration parce qu'évidemment il y a un impact, puis on s'enrichit les chercheurs s'enrichissent de ce qui se passe sur le terrain et sur le terrain on s'enrichit de ce qui se passe dans les études puis des évolutions, donc pour moi ce lien il est comme évident et essentiel, puis il faut le nourrir puis continuer de le bâtir donc quand je suis arrivé ici en Nouvelle-Écosse c'est vrai qu'on a l'université Sainte-Anne qui fait beaucoup de choses, pour moi c'était évident qu'il fallait comme tu sais, maintenir ce lien et essayer de le nourrir avec le courrier. Donc on a été impliqués dans le projet de recherche lié au Congrès mondial acadien, par exemple, le courrier. On a même fait l'objet d'une étude qui a été faite sur le traitement médiatique du CMA dans les médias, par exemple. Donc ça, c'est nourrissant pour l'équipe, c'est nourrissant pour moi-même parce qu'on apprend énormément de choses. Et c'est nourrissant aussi pour, je dirais, le projet en général. Ça le bonifie parce qu'on va chercher beaucoup plus d'observations sur les tendances de l'industrie, les tendances dans les communautés, etc. Donc, ça a un très grand intérêt. Puis, c'est quelque chose qu'on va continuer de poursuivre.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et donc, toi, ça t'a permis de réajuster aussi ton approche de dirigeant, les résultats de tes recherches. Oui,
- Speaker #0
c'est sûr. Quand on se lance dans... Moi, je suis très orienté données. Donc, quand on réfléchit données, il faut se pencher vers des études. Puis, ce qu'on appelle les données probantes. Et donc, on ne peut pas prendre de bonnes décisions sans que ce soit... têillé par les tendances actuelles qu'on retrouve dans des études. Toute analyse de statistiques, là, qui peut quand même aider à faire quelque chose. Donc oui, c'est une évidence. C'est une évidence qu'il faut toujours s'appuyer sur des chiffres et des études.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors, si je devais un peu revenir sur ton expérience globale en Nouvelle-Écosse, qu'est-ce que ça t'a appris sur le plan personnel et professionnel ? Qu'est-ce que tu retiens ?
- Speaker #0
Qu'on peut toujours apprendre et évoluer, ça c'est sûr. ça c'est essentiel qu'on peut aussi s'adapter que l'adaptation peut être beaucoup plus rapide ou plus facile, parce que c'est toujours un effort l'adaptation dans un nouvel environnement mais ça peut se faire sans souffrance nécessairement ça fait partie des apprentissages qu'on peut se découvrir des potentiels aussi et ça c'est valable pour toute personne qui imite dans un pays Peu importe le moment de sa vie, que ce soit au moment de la retraite, au moment des études ou ailleurs, on va se découvrir des potentiels. Il faut se faire confiance. Ça, c'est un conseil que je donnerais comme à tout le monde. Puis essayez de mettre vraiment de la bonne énergie dans tout ce qu'on fait. En général, si on fait ça, on arrive à nos fins. Puis la dernière chose que j'ai appris aussi, c'est vraiment la cohérence de ce qu'on propose. Moi, je suis très orienté proposition de valeur. J'adore travailler là-dessus, sur c'est quoi la proposition de valeur d'une entreprise, comment elle fait une différence, comment elle a un impact, puis comment les gens y perçoivent ça. Puis toujours décider c'est quoi notre pourquoi, pourquoi on fait ça. C'est une théorie qui existe en business, sans rentrer dans les détails, mais souvent on pense au qu'est-ce qu'on fait. Donc, je vends des bananes, par exemple. C'est ça que je fais. Puis je vends des bananes. Mais pourquoi tu vends des bananes ? Le why. Est-ce que c'est parce que tu veux que les gens, ils aient une meilleure nutrition ? Est-ce que tu veux que les gens, ils aient un meilleur rapport à la nourriture ? Puis tu sais, on a vraiment beaucoup travaillé là-dessus au courrier pour définir c'est quoi notre why. Puis nous, notre why, notre pourquoi, c'est on a un mandat d'empowerment. Puis là, ça ne dit rien de ce qu'on fait. Mais c'est simplement qu'une fois qu'on a défini c'est quoi notre pourquoi, c'est beaucoup plus simple ensuite. de définir ce qu'on fait et comment on le fait. Donc ça, c'est vraiment aussi un conseil que je donne. Commencez toujours par le pourquoi vous faites ça. Parce que juste dire je vends des bananes, ce n'est pas assez pour faire une différence dans la société, encore plus quand on a un modèle d'affaires à gérer.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Une fois que vous avez défini votre why, qu'est-ce que tu penses, c'est quoi la différence entre un média comme le vôtre versus des organisations communautaires ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs choses. qu'on pourrait déterminer, c'est que nous, on a un mandat qui est très clair au niveau du quoi. Nous, on fait du journalisme, donc on a un cadre qui est très strict en termes éthiques, en termes déontologiques, etc. Ce que les organisations communautaires ont, mais notre mission est quand même, on va dire, encadrée par un socle de règles qui sont assez strictes en termes de ce qu'on fait, ce qu'on ne fait pas, ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire, ce qu'on peut accepter, pas accepter, etc. Donc ça, je dirais, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est peut-être un mandat encore plus large, parce qu'on fait du communautaire aussi, c'est-à-dire qu'on a de l'engagement communautaire important, on est dans les écoles, on prend des stagiaires de la commission du conseil scolaire acadien, on est vraiment engagé au sein de la communauté comme une organisation communautaire le ferait, sauf qu'on a aussi cet aspect journalistique qu'on est les seuls à avoir en Nouvelle-Écosse, donc pour la francophonie. je veux dire à part Radio-Canada c'est la seule différence
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors on a parlé un petit peu de la jeunesse moi c'est une thématique qui m'intéresse particulièrement quel est selon toi le rôle d'un média comme le Courrier, la Nouvelle-Écosse, pour accompagner la diversité at large, mais la jeunesse et les personnes dans les communautés rurales particulièrement ?
- Nicolas Jean -
C'est pour moi le mandat, encore une fois, si on rattache ça à nos mandats de base, qui est vraiment un mandat de redonner le pouvoir, l'empowerment, je suis désolé, il n'y a pas de... termes en français.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il n'y a pas de termes en français pour ça.
- Speaker #1
Il commence à y avoir, là, il y a certains qui utilisent empouvoirment, mais je trouve que c'est pas nécessairement le plus joli mot de la langue française. Moi, pour moi, c'est vraiment un média, ce qu'il doit faire, c'est de permettre à des jeunes de se dire, c'est possible, je peux faire des choses, je suis fier de ça.
- Speaker #0
J'ai envie.
- Speaker #1
Et j'ai envie. Ouais, exactement. Donc ça, pour moi, c'est le mandat le plus important. Puis ça passe par se sentir représenté par son média, évidemment. Puis je dis ça comme ça, un peu de manière idéaliste, mais c'est très compliqué à faire. Parce que la plupart des jeunes, très jeunes, ils n'ont aucun lien avec les médias traditionnels, comme le courrier de la Nouvelle-Écosse. Ils n'ont jamais eu un journal papier entre les mains. Ils sont nés avec des plateformes, des médias sociaux qui n'existaient pas quand moi je suis né.
- Speaker #0
Qu'il surconsomme d'ailleurs.
- Speaker #1
Exactement. Donc il y a comme un lien à rebâtir, à bâtir même, vraiment from scratch. Donc ce n'est pas évident. Mais moi, si on a, puis on l'a vu, notamment avec une jeune stagiaire qu'on a eue ces derniers temps, mais l'idée, c'est qu'un jeune qui va être en contact avec le média, que ce soit parce qu'il y collabore ou parce qu'on aura parlé de lui dans notre média, c'est qu'à l'issue de ça, il se sent plus fort. Pour moi, c'est l'objectif. Parce que quand on pense minorité, ça c'est quelque chose qui vient toujours me chercher, parce qu'on pense de manière souvent restrictive. Parce que minorité, il y a un côté péjoratif dedans. C'est qu'on n'est pas nombreux, mais on entend presque. On n'est pas assez nombreux. Il y a cette notion de pas assez. On n'a pas assez de moyens. J'ai même quelqu'un dans l'équipe, Melissa Como, qui dit, je vais le dire en anglais, mais elle dit que souvent dans les communautés, néant. Scarcity Mindset. On a l'impression qu'on n'a pas assez. Puis l'objectif, c'est comment on peut spinner la coin pour dire est-ce qu'on pourrait essayer de voir les choses autrement ? Et puis peut-être que minorité, ça veut dire qu'en fait, on est super fort parce qu'on est différent et que cette différence, elle a une très grande valeur pour la société. Moi, c'est vraiment comme ça que j'essaye de penser. Puis je ne pensais pas comme ça quand je suis arrivé au début parce que je trouvais tout extrêmement compliqué. sauf que tu fais un projet, tu fais deux projets, ça marche, tu as du succès, etc. Puis tu te dis, au final, on peut faire plein de choses. Puis vraiment, essayer de... C'est comme beaucoup de choses dans la vie, c'est où tu vois le verre à moitié plein, où tu le vois à moitié vide. Puis quand c'est la minorité, c'est la même chose. Est-ce que tu penses que minorité, c'est ça que ça veut dire ? C'est un verre qui est à moitié plein, puis on n'arrivera jamais à faire ce que les autres font. Ou est-ce que tu te dis, c'est un verre à moitié plein ? Et en fait, il nous reste encore beaucoup de choses à remplir, puis on a les moyens de le remplir, puis on peut faire beaucoup de choses. Et notre différence, c'est ça, en fait. C'est que oui, on n'a pas les mêmes moyens que la majorité, mais justement, ça nous a permis de bâtir beaucoup de résilience, d'être très créatif, puis de faire beaucoup plus avec beaucoup moins. Et je pense que vraiment, on est là-dedans. Je crois que la caddie en a conscience, parce qu'historiquement... La survie de l'Acadie a reposé sur cette résilience et sur cette créativité.
- Speaker #0
Ça me fait sourire parce que ça me rappelle, quand on rencontre nous des chercheurs d'emploi, on leur dit souvent, pour essayer de vendre le marché du travail néo-écossais, qu'effectivement c'est une plus petite province, oui, mais vous avez plus d'opportunités parce que mathématiquement parlant, quand vous allez déposer une offre d'emploi dans une grande province, sans citer de nom, parce qu'on ne veut pas se faire d'ennemis. vous avez automatiquement un certain nombre de personnes qui vont déposer aussi. Donc, vous devez vraiment vous distinguer pour être retenu, ne serait-ce que pour un entretien d'embauche. Alors que dans des petites provinces ou des petits centres, il y a des opportunités et il y a surtout des opportunités de briller. Donc, moi, je le vois comme un verre à moitié plein, à moitié vide. Je voudrais rebondir sur ce que tu disais sur les communautés rurales. L'une des spécificités, on le sait historiquement, des communautés acadiennes, c'est qu'elles sont dispersées et qu'elles sont enclavées, si je peux dire. C'est-à-dire qu'elles sont entourées d'autres communautés anglophones majoritaires. Comment est-ce que Le Courrier réfléchit à interconnecter ces communautés-là, puisque c'est un média provincial ?
- Speaker #1
Excellente question aussi, parce que c'est un très, très gros défi. C'est pas seulement que les communautés sont éloignées géographiquement, c'est aussi que... elles vivent, je dirais, de manière isolée aussi. C'est-à-dire qu'il n'y a pas nécessairement toujours ce sentiment de « oh, il y a des communautés un petit peu partout en Nouvelle-Écosse, puis il faut qu'on soit solidaires, puis il faut qu'on travaille ensemble » . Les choses sont très très segmentées d'une communauté à l'autre, aussi parce que chaque communauté a des us et coutumes qui sont différents, a des parlais, des dialectes qui peuvent être différents. Donc il y a vraiment, c'est pas une identité, mais des identités. locales. Donc, ce n'est pas juste dispersé du point de vue géographique, c'est aussi du point de vue culturel, tout simplement. Donc, ça, c'est la première chose. Après, les leviers qu'on a, il y en a plusieurs. Le premier levier que je vois, c'est la gouvernance. C'est d'avoir un conseil d'administration avec des gens qui viennent de ces différentes communautés au maximum. On a travaillé ce qu'on appelle une trame de représentativité où on essaye d'avoir des membres du conseil d'administration dans à peu près chaque, pas chaque communauté, mais chaque secteur, on va dire. couper la Nouvelle-Écosse en quatre grandes régions. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est d'avoir des alliés locaux. Si on n'a personne sur place qui est là pour nous dire ce qui se passe dans la communauté, on ne va jamais réussir à couvrir cette communauté. Ça, c'est évident. Puis ça, c'est un défi parce qu'il y a de moins en moins de gens qui sont prêts à écrire, qui n'ont pas nécessairement la confiance pour le faire.
- Speaker #0
Mais qui auraient de belles choses à raconter.
- Speaker #1
Bien sûr, tout le monde a des belles choses à raconter dans les communautés. Il y a plein de gens qui ont plein de choses à raconter. Mais c'est important d'avoir des alliés au local. Puis je dirais ensuite, au niveau de nous, notre responsabilité en tant que média provincial, c'est de nous assurer qu'on représente les communautés de manière équitable. Et ça, ce qui n'est pas évident, parce qu'il y a, si on prend certaines communautés qui sont mieux pourvues en termes de chiffres, qui ont plus de francophones, ou plus de population, tout simplement, ont tendance à tirer la couette de leur bord, entre guillemets, en disant, vous devriez parler plus de nous, parce que qu'est-ce qui se passe là-bas ? Ils sont moins de X nombre de francophones, puis nous, on est beaucoup plus nombreux. Donc toujours repréciser que notre mandat, il n'est pas focalisé sur une région, mais sur toutes les régions, puis qu'on doit les traiter avec équité.
- Speaker #0
La résistance au changement est un phénomène social, peu importe où on va. Je pense que ça vient aussi de certaines craintes, certaines peurs enfouies en nous. On a peur de sortir de notre zone de confort. Qui dit sortir de sa zone de confort dit immigration, puisque les immigrants, par définition, sortent très loin de leur zone de confort. Quelle est la place de l'immigration, à ton avis, dans cet Acadie de la Nouvelle-Écosse ?
- Speaker #1
Pour moi, la place est vitale, elle est essentielle. C'est-à-dire que l'Acadie et, en général, la francophonie minoritaire ne peut pas être... ne peut pas continuer à exister sans la contribution des immigrants. On le voit, on le voit à tous les niveaux. On le voit ici, là, à l'enregistrement de ce balado. On sait que c'est... On sait que l'enjeu de la survie de la communauté acadienne passe beaucoup par l'enjeu démographique. C'est-à-dire que si on n'améliore pas le poids démographique des communautés, on sait qu'on se perd. On peut faire tous les efforts du monde. si on a 10 personnes une année, 9 l'année d'après, puis 8 l'année d'après, puis que ça continue de diminuer, à un moment donné, même avec les plus grands moyens du monde, s'il n'y a pas assez de monde pour porter cette culture, porter des projets, travailler dans des entreprises, créer des entreprises qui vont recruter, développer le tissu économique local, le tissu culturel, développer la zone artistique, etc. Bien évidemment qu'on va être très limité. Donc juste sur la notion du poids démographique, l'immigration a un rôle. essentiel à jouer, c'est pour ça que le gouvernement a rehaussé les cibles d'immigration francophone dans les zones minoritaires etc. Donc ça on le sait c'est une évidence. Puis après je crois qu'il y a quelque chose de plus profond que ça il y a aussi ce qu'apporte un immigré quand il vient en Nouvelle-Écosse, spécialement en contexte minoritaire, c'est que premièrement il apporte son identité francophone d'où qu'il vienne puis ça c'est aussi un atout incroyable quand on est en minorité d'avoir quelqu'un qui non seulement se joint à la communauté mais vient aussi avec son identité francophone il a beaucoup à apporter ne serait-ce que du point de vue de la langue et ensuite il y a tout ce que j'appelle un petit peu destin croisé c'est-à-dire qu'on a beaucoup plus en commun qu'on ne le pense un immigré sans mettre tout le monde dans la même case en général si on a atterri au Canada c'est qu'on où on échappe à une condition, où on essaye de améliorer sa condition. Donc, on vient avec de l'ambition la plupart du temps. Puis, les études le montrent. Encore une fois, si on fait un lien avec la recherche, puis avec le monde académique, je sais que quand j'étais au Québec, par exemple, j'avais lu plusieurs études là-dessus. puis on peut les trouver assez facilement en ligne mais les entrepreneurs dans une très très grande majorité au Canada sont des personnes issues de l'immigration parce que quand on vient ici en général on vient pas ici pour se croiser les doigts on vient parce qu'on a un projet, on a une famille à nourrir on a aussi des pressions du pays d'origine d'où on vient on a parfois des... des parents qui se sont sacrifiés pour qu'on puisse immigrer ici. Donc c'est ça. Puis la dernière chose que je pourrais dire là-dessus, c'est aussi la contribution des immigrés à l'évolution de l'identité acadienne, je pense. Parce qu'il y a toute cette question-là qui pour moi est toujours une réflexion. C'est comment on devient acadien, mais comment on adhère à la cause acadienne en tant qu'immigré. Il y a un parcours très différent. C'est vraiment très compliqué à répondre. Puis il y a des gens qui ont des points de vue qui sont très différents là-dessus. Il y a des gens qui vont vous dire, puis c'est la position de la Société Nationale de l'Acadie, vous venez en Nouvelle-Écosse, vous travaillez dans les communautés francophones ou acadiennes, vous êtes acadien parce que vous contribuez au projet. Puis l'Acadie, c'est une communauté de destin choisi. C'est d'ailleurs l'expression, je pense, officielle qui est utilisée par le président Martin Téberge. Puis de l'autre bord, vous allez avoir des gens qui vont dire « Non, être acadien, c'est être un acadien généalogique, qui a un nom acadien, puis qui peut retracer son patrimoine généalogique jusqu'à la déportation. » Donc, ce n'est pas évident de se positionner là-dedans quand on est immigré. Pour moi, c'est plus facile parce que je suis un immigré qui vient de la France. Donc, d'une certaine façon, on a un peu le même sang parce que les Acadiens, à la base, c'est des Français qui sont...
- Speaker #0
C'est des descendants des... premiers colons.
- Speaker #1
Mais si je viens du Maroc, si je viens d'Haïti, si je viens de, je sais pas moi, du Congo, c'est pas si évident que ça. À un moment donné, une personne s'identifie comme acadien, acadienne, c'est formidable. Moi je trouve que c'est d'une certaine façon, l'Acadie a réussi si on a créé une société assez forte pour que des gens qui viennent d'ailleurs puissent s'identifier à un point que maintenant c'est leur identité. Je trouve ça formidable. Il y a beaucoup, la plupart des gens que j'ai rencontrés, des Acadiens, c'est vraiment la majorité, sont les premiers à vous dire, mais t'es Acadien, t'es Acadien, dis-le, t'es Acadien. Moi, j'ai toujours eu l'impression au début que si je dis ça, je vole quelque chose parce que je n'ai pas le même chromatique. Et je n'ai pas dû me battre. Ça a ses limites d'une certaine façon. Je me rappelle avoir parlé à... Quelqu'un qui a fait l'immigration inversée, qui est retourné en France, Valentin Alfano, qui était très impliqué dans la communauté ici. Puis lui, il était passé par les mêmes étapes. Au début, il avait eu un peu son moment tout magique. Au début, il se disait « je suis acadien, j'ai ma plaque d'immatriculation acadienne » . Puis ensuite, après quelques années au sein des communautés, il s'est rendu compte que ce n'est pas si simple que ça. Je ne peux pas juste. C'est adhérer à la cause de quelqu'un puis en faire mon identité du jour au lendemain. Je pense que c'est le bon raisonnement. S'il y a un bon raisonnement, c'est de se dire qu'il faut s'écouter puis évoluer avec... L'identité, ça évolue.
- Speaker #0
Y aller doucement, mais sûrement.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Alors, c'est drôle, tu as anticipé ma prochaine question. Je voulais parler d'immigration inversée. Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Est-ce qu'il y a des gens autour de toi qui l'ont fait ? Est-ce que c'est une tendance ? Parce que nous, on a des études justement sur ça. Puis il y a des études qui montrent que oui, il y a des gens, après un certain moment, ils repartent. Alors pas forcément dans leur pays d'origine, ce qui, moi, personnellement, m'a le plus étonnée dans l'article que j'ai lu. Donc ils s'en vont, le passeport dans la poche, vers d'autres horizons, d'autres pays. Ils font la suite de leur carrière. Et puis, il y en a même qui reviennent une génération après, donc leurs enfants, pour étudier au Canada.
- Speaker #1
Oui, c'est un phénomène qu'on voit, c'est sûr, qu'on évolue dans des cercles d'immigrés. J'ai l'impression, je ne sais pas si ça se traduit dans les chiffres ou dans les études, mais j'ai l'impression qu'il y a plus d'immigration inversée actuellement. Parce que quand je suis arrivé, les contextes politiques aussi sont différents, l'état du monde est différent, etc. Moi, je me rappelle quand j'étais au Québec, quand je suis arrivé, donc moi, c'était en 2013. Il y avait énormément de... En tout cas de Français, là, qui essayaient de venir, puis qui n'arrivaient pas. Ils n'avaient pas leur PVT, ou ils venaient en coupe. Il y en avait un qui l'avait, puis l'autre qui ne l'avait pas. Puis vraiment, les gens se battaient pour pouvoir rester, là. J'ai beaucoup vécu ça. Des amis, des gens, des collègues qui se battent pour essayer d'avoir des papiers. Et puis des gens qui étaient dans des situations très précaires, parfois avec des permis. travail fermé et puis ce genre de choses. Et là... En tout cas, même dans le réseau, la directe du courrier, j'ai vu beaucoup de gens qui viennent ici, puis qui se disent « Ah, je le teste, on va voir » . Puis qui, après trois, six mois, se questionnent, puis ils ne sont pas nécessairement sûrs. Donc, j'ai l'impression qu'il y a aussi peut-être... Ça, je l'ai souvent dit d'ailleurs, parce que j'ai souvent parlé à... Comme moi, j'ai immigré, souvent, on devient un peu le Canadien de référence pour des gens qui voudraient venir. Donc, on a tout... notre réseau d'amis, ma meilleure amie, j'ai ma cousine qui voudrait venir au Canada, est-ce que tu peux la conseiller, etc. Donc on parle à beaucoup de gens. Puis ce qui est intéressant de voir, c'est en tout cas pour la France, c'est pas pour les autres pays, mais il y a vraiment une déconnexion entre l'idée que c'est facile d'immigrer au Canada, parce que c'est un petit peu la promotion qui est faite en France là même, je me rappelle quand on venait au Canada. À l'époque, même t'allais au cinéma, t'avais une pub sur les grands espaces canadiens. Puis venez, on a besoin de monde. C'est tellement facile d'immigrer. Donc ça, c'est l'image qui est vendue à l'étranger. Puis ensuite, il y a la réalité de ce que c'est. Puis que c'est incroyablement difficile d'un point de vue des papiers, du point de vue économique, etc. Puis je crois qu'il y a aussi beaucoup de monde qui vient ici avec des rêves ou des attentes basées sur ce qu'on leur a un peu vendu. à l'étranger, puis ils viennent ici, finalement c'est beaucoup plus difficile que ça. Donc j'ai vu ce phénomène-là, même au sein du réseau des médias en situation minoritaire au Canada, j'ai vu plusieurs personnes qui sont retournées dans leur pays, en Algérie, au Maroc, en France, qui finalement se sont dit, c'est intéressant, je pourrais me voir vivre ici, mais finalement, si je mets le pour et le contre dans la balance, il n'y a peut-être pas assez d'éléments pour que je reste. parce que c'est aussi un très grand sacrifice l'immigration en Allemagne de sa famille je disais un peu plus tôt, j'ai ma soeur qui a eu un bébé son deuxième bébé en Suisse on ne peut pas pouvoir avoir le bébé avant Noël puis c'est ça, on rate des moments, on est quand même très déconnecté de sa famille si on en a une si on a la chance d'en avoir une donc du coup il faut que le jeu envahit la chandelle en bon français il faut vraiment que il y ait assez d'éléments positifs pour nous dire que ça vaut le coup de rester Merci. Là, encore une fois, je parle d'une position de privilège où on peut réfléchir à ce choix si on a le luxe de ce choix. Ce n'est pas forcément le cas. On a aussi des gens qui viennent ici, et c'est ça ou c'est rien, ou c'est la mort dans le pays, pour tout un tas de raisons. Donc quand on a le luxe de choisir, je pense qu'il y a plus de personnes aujourd'hui qui se questionnent sur est-ce que c'est si bon pour moi ça ou pas, et moi j'ai vu... pas mal de gens ont rentré après une, deux années, trois années dans les dernières années alors que j'ai l'impression qu'en 2013 c'était très différent
- Speaker #0
Est-ce que la Covid n'est pas c'est pas un effet aussi ?
- Speaker #1
Oui ça a été un effet, c'est évident Aussi je crois que la Covid a un petit peu le lien à la famille par exemple Là c'est des exemples qui me viennent en tête de gens que j'ai côtoyés dans mon travail qui le lien familial finalement a été et était primordial. Puis on se rendait compte que ça peut marcher à distance. Puis oui, on va se voir peut-être une fois par an, mais est-ce que c'est assez ? Est-ce qu'il faut se projeter dans une ville ?
- Speaker #0
Est-ce que c'est ça que je veux ?
- Speaker #1
Exactement, est-ce que c'est ça que je veux ? Puis je crois que beaucoup de personnes ne veulent pas ça.
- Speaker #0
Moi, je rencontre dans le cadre de mes fonctions des candidats à l'immigration. Une des questions qu'on aborde ensemble quand on se voit dans le cadre de salons de recrutement comme Destination Canada, c'est l'anglais. leur niveau de compétence en anglais. Puis je rebondis sur ce que tu disais tout à l'heure, qui est très intéressant, parce que pour moi, en tant qu'immigrante, le fait que le processus pour arriver au Canada est tellement long, que psychologiquement, on s'attend à ce que, après cette étape-là, l'étape la plus facile va arriver. Alors que ton arrivée au Canada sonne le glas d'une nouvelle étape dans ta vie, où il va falloir que tu fasses tes preuves. Alors, je n'aime pas du tout le mot... recommencer à zéro, mais il va falloir que tu explores de nouveaux champs des possibles. Alors que les immigrants, la grande majorité, je dirais 99%, pensent qu'après toute cette étape d'attente et de procédure administrative, la partie la plus facile va arriver et c'est là où la déception arrive. C'est là où le rôle d'organisation comme les nôtres prend tout son sens parce que Nous, notre objectif, c'est de fournir aux immigrants, à nos clients, l'information pertinente très tôt dans leur parcours, dès qu'ils arrivent au Canada, justement pour essayer d'atténuer ce choc culturel, climatique, on va l'appeler comme on veut. Moi, je m'intéresse à... Toi, Nicolas, en tant qu'immigrant, qu'est-ce que tu donnerais comme conseil à un immigrant qui arrive en Nouvelle-Écosse ? Francophone, je précise.
- Speaker #1
De bien se reposer avant d'arriver, parce qu'il va avoir besoin de beaucoup d'énergie. Je dis souvent, l'immigration, c'est épuisant. Et de vraiment, surtout en Nouvelle-Écosse, il y a quand même un élément qui est extrêmement important partout au Canada, mais je trouve en Nouvelle-Écosse particulièrement, c'est le réseau, c'est-à-dire de vraiment parler à du monde. ça, ça ouvre énormément de portes en Nouvelle-Écosse. C'est la première chose. Puis aussi, la question de où est-ce que je veux vivre en Nouvelle-Écosse, ça, c'est une grosse, grosse question. On a deux choix. C'est où on tente, comme beaucoup de personnes, la métropole, puis on va vivre à Halifax, dans la région d'Halifax, où on se dit, je tente la ruralité. Puis là, les questions qu'on va se poser ne sont pas les mêmes en termes de logement, en termes de logistique. J'entendais à la radio hier, je pense qu'on est à la quatrième. la plus chère, la plus dispendieuse en termes de déplacement, par exemple. Donc si on veut vivre en ruralité, ça veut dire que si on a des enfants, qu'on est en couple, ça veut dire qu'il faut avoir un minimum de deux voitures, etc. Donc il y a toutes ces choses-là aussi qui sont des considérations de base logistique et financière qu'il faut avoir en tête. C'est quelque chose qu'on ne va pas se poser si, par exemple, on déménage à Montréal, au Québec. Parce qu'on va vivre à Montréal, puis il y a des métros, puis il y a des bus, puis on se débrouillera avec ça. En Nouvelle-Écosse, c'est très différent. Il faut réfléchir à tous ces aspects-là.
- Speaker #0
C'est vrai que les nouveaux arrivants, quand on les rencontre, une des questions, c'est est-ce que j'achète une voiture ? Puis clairement, même si tu décides de ne pas en acheter une en été, en hiver, si tu as des enfants, si tu dois aller faire des cours, si tu dois les emmener à des activités extrascolaires, c'est vraiment une nécessité.
- Speaker #1
Oui, c'est une nécessité. Puis l'autre nécessité aussi que je vois, j'ai des contre-exemples de personnes qui sont unilingues, francophones, qui ne parlent pas l'anglais ou pas beaucoup. Très rare. Mais je pense qu'il faut... C'est difficile de venir en Nouvelle-Écosse en se disant je vais être en mesure de vivre ma vie à 100% en français sans parler un mot d'anglais. J'ai des exemples autour de moi de personnes qui sont unilingues. Je pense que leur vie est pas mal plus compliquée ou en tout cas, c'est des couples exogames. Donc, il y a quelqu'un qui va parler l'anglais dans le couple. Donc, ça s'équilibre.
- Speaker #0
Puis en termes d'opportunités professionnelles, Oui, exactement. C'est très limité.
- Speaker #1
Exactement. Après, tu vas pouvoir... travailler seulement au CSAP ou dans une autre organisation francophone.
- Speaker #0
Même nous, par exemple, le CBN, on a besoin d'être en contact avec des employeurs, avec la communauté, avec des joueurs qui sont anglophones.
- Speaker #1
Exactement. Donc c'est ça. Et si ce n'est pas notre cas, ou si on maîtrise vraiment base, base, base d'anglais, se dire qu'il va falloir apprendre l'anglais. C'est essentiel, je trouve, si on veut venir en Nouvelle-Écosse.
- Speaker #0
On arrive à notre dernière partie de cette entrevue. Alors, elle contient un certain nombre de questions en rafale. Il demande juste des réponses comme ça. Qu'est-ce qui te vient à l'esprit ? Alors, un mot en français que tu aimes profondément.
- Speaker #1
Il y a un mot, je ne sais pas si c'est un mot que j'aime profondément, mais c'est un mot dont je suis fier. Parce que quand je suis arrivé en Nouvelle-Écosse, je n'arrivais pas à le prononcer en akadjon, la façon dont on dit au revoir dans la région de Sainte-Marie. C'est warayon. Et on me niaisait avec ça. On me dirait les Québécois qu'en Chérisque, je n'arrivais pas à le prononcer. C'était terrible. Puis je me rappelle, il y a eu quelques mois, il y a quelqu'un qui m'a dit, c'était Halifax, donc c'était un petit peu comme hors du contexte où on dirait Waréon. Puis il y a quelqu'un qui m'a dit ça, puis j'ai répondu Waréon, puis j'étais tellement fier de ça. Du coup, j'adore ce mot maintenant. Mais pour moi, c'était comme un élément de comme, OK, je suis en train de m'inclure et de m'intégrer parce que je peux dire Waréon.
- Speaker #0
Bravo. Un article dont tu es particulièrement fier au courrier ?
- Speaker #1
Le dernier que j'ai... Moi, je n'écris pas beaucoup. J'écris simplement des éditos. Mais un dont je suis fier, il y en a deux, en fait. Il y en a un que j'ai écrit pour le CMA, qui était vraiment ma perspective très subjective sur comment j'ai vécu le CMA, où j'ai écrit quelque chose de très... de très personnel et très intime, là, dans l'expression de mes sentiments. Puis le deuxième, qui est un récent, qui pour moi a été vraiment une révélation, parce que j'ai eu l'occasion de voyager personnellement et professionnellement dans la région de Caracat, donc péninsule acadienne. Puis j'ai écrit un édito sur à quel point la Nouvelle-Écosse est différente de la réalité vécue par les Acadiens de la péninsule acadienne. Puis je suis content de cet article parce que j'ai eu beaucoup de personnes qui m'ont écrit, ce qui est rare, on n'a pas toujours cet engagement-là sur ce qu'on écrit, surtout de l'opinion. qui m'ont dit « Oh, merci d'avoir écrit, je me suis reconnu dans ce que tu as dit, puis c'est tellement vrai, puis je suis content qu'il y ait quelqu'un qui le dise. » Je suis très fier de cet article-là. Ça s'appelle « L'Acadie de la Nouvelle-Écosse n'est pas le nouveau Brunswick » ou quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Une tradition locale que tu as adoptée avec plaisir.
- Speaker #1
Le 15 août, évidemment.
- Speaker #0
Pour nos émigrés qui ne connaîtraient pas, c'est quoi ?
- Speaker #1
C'est la fête nationale acadienne avec tout ce qui va avec la musique, le tantamar, la Vémaristella, l'hymne acadien.
- Speaker #0
L'immigrante que je suis a participé l'année dernière à mon premier congrès mondial acadien. Puis j'ai fait le tantamar à Yarmouth. C'était vraiment une expérience riche en couleurs et puis à la fois riche en émotions. C'était fou.
- Speaker #1
C'était fou. J'ai beaucoup aimé. D'accord. On a vécu la même chose tous les deux, je pense. Parce que moi, j'ai pleuré au Tintamarre. J'étais tellement ému. Et puis, il y avait quelqu'un dans la communauté, sans dire son nom, quand je suis arrivé en Nouvelle-Écosse, qui m'a dit « Tu ne sais pas ce que c'est l'acadiste, tu n'as pas vécu un Tintamarre. »
- Speaker #0
On me l'a dit aussi et puis je comprends après l'avoir vécu. Exactement.
- Speaker #1
Exactement. Exactement le même sentiment.
- Speaker #0
Une chanson ou un artiste qui t'accompagne souvent ?
- Speaker #1
Je vais prendre un artiste acadien que j'aime beaucoup, qui est décédé maintenant, Léonard Cohen. Je dirais, qui a chanté en anglais et en français aussi quelques chansons.
- Speaker #0
Qui a chanté dans les deux langues. J'ai lu, puisque maintenant rien ne se cache, que tu te lançais dans une activité, une énième carrière d'artiste. Et j'ai hâte de t'écouter. Alors, est-ce que tu peux nous en dire plus ?
- Speaker #1
Oui, carrière, c'est un grand mot. Je dirais, c'est plus une passion que j'ai ou en tout cas une envie très forte. Quand j'étais en France... j'ai eu un groupe de musique pendant plusieurs années c'est pour ça que je me suis permise de dire carrière parce que tu as quand même une expérience dans ça un petit peu ouais et puis c'est ça comme je l'ai dit plus tôt l'immigration c'est épuisant donc quand je suis arrivé au Canada j'ai comme complètement abandonné ça j'ai mis ça de côté puis c'est vraiment le déclic pour moi c'est quand j'ai eu 40 ans et c'est aussi le déclic d'être en contact avec les communautés acadiennes qui sont très très musicales puis la Nouvelle Écosse c'est très musical d'une manière générale. Puis c'est ça, j'ai commencé à tout simplement me relancer. Mon objectif, c'était de remonter sur scène. Puis de remonter sur scène tout seul, ce que j'ai commencé à faire depuis un an, puis de manière un petit peu plus intensive dans les derniers mois. Puis je suis très fier de ça. Parce qu'en fait, je chantais quand j'étais en France, mais je ne jouais pas d'instrument. Il a fallu depuis un an que j'apprenne un instrument pour être en mesure de... jouer assez correctement. J'ai pris des cours.
- Speaker #0
En ligne ?
- Speaker #1
Non, avec quelqu'un. Que je vois toutes les semaines depuis quasiment un an maintenant. Et puis c'est ça, j'ai la chance d'avoir été soutenu aussi par et je continue de l'être par la FECAN, la Fédération culturelle acadienne de Nouvelle-Écosse dans le cadre d'un programme qui s'appelle STELA. J'ai eu la chance de pouvoir travailler avec Ronald Bourgeois, un très grand artiste sur la question d'écriture. Et là, je travaille actuellement avec Laura Ray, qui a un studio d'enregistrement à Dartmouth qui s'appelle The Guest Room, qui va m'aider à enregistrer mes premiers morceaux. Mais j'ai commencé à réécrire des choses, puis je commence à les jouer sur scène de manière importante. J'étais d'ailleurs, je suis assez fier de ça, la semaine dernière à Four Point Museum à La Havre, qui est vraiment juste à côté de chez moi. Et c'est un lieu emblématique pour l'Acadie. françaises ici parce que c'est là que les premiers français sont arrivés. Donc c'était assez symbolique pour moi d'y jouer là-bas. Il y avait des francophones qui étaient là et des non-francophones. Je me fais toujours un objectif de chanter dans les deux langues toujours partout où je vais, même dans les lieux très anglophones. Demain, j'ai un concert, par exemple, un petit concert de 30 minutes à l'église Saint-Jean qui est une église anglicane à Lunenburg. puis je vais y aller avec des chansons en français comme je le fais d'habitude donc il y a aussi un aspect politique derrière le fait de jouer sur scène des choses dans les deux langues puis j'ai aussi, tiens d'ailleurs ça c'est intéressant du point de vue de l'immigration mais j'ai beaucoup d'artistes en Nouvelle-Écosse ou au Canada se présentent par leur nom ou nom de famille, puis moi j'ai un nom que j'ai toujours trouvé plate, la Nicolas Jean il y en a 12 000 sur internet et j'ai souvent réfléchi à c'est quoi mon nom de scène, puis je suis passé par tout un tas de cheminements puis finalement je suis allé avec une expression que les Québécois connaissent bien qui est le maudit français c'est comme ça que je me présente maintenant comment les anglophones le perçoivent ? c'est intéressant parce que je l'ai en fait mon concert à Four Point la semaine dernière c'était un peu le concert de lancement de mon nom je l'ai dit puis j'étais présenté comme Nico le maudit français
- Speaker #0
C'est vraiment intéressant parce qu'il y a beaucoup d'anglophones qui ne connaissent pas nécessairement l'expression.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Mais ils sont très intrigués par le fait que ce soit un terme que des francophones utiliseraient de manière péjorative vis-à-vis d'autres francophones. Ça, ça les fait beaucoup sourire. Mais l'histoire que je raconte, en fait, ce que je me suis beaucoup documenté sur l'expression, c'est que la naissance de cette expression, il y a plusieurs siècles maintenant, était utilisée par des anglophones qui voulait parler des... Des francophones comme de personnes plutôt résilientes, assez rusées. C'était des gens dont on avait un peu peur parce qu'ils étaient pleins de ressources puis ils allaient potentiellement venir un petit peu remettre en cause l'équilibre. Changer les choses. Des anglophones, voilà, changer les choses. Puis la première fois que l'expression a été entendue, ou en tout cas documentée dans des écrits qui sont historiques, c'était à Terre-Neuve, pas au Québec. Donc je me suis dit, c'est une belle façon de reclaimer une expression qui est négative à la base et en même temps de revenir à son sens original et maudit français au sens tout francophone du Canada qui est ici avec cet esprit un petit peu, je dirais, je n'ai pas envie de dire conquérant, mais quelqu'un qui va être résilient et qui va vouloir accomplir des choses.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, mentorat ?
- Speaker #0
Mentorat, ça veut dire donner le pouvoir et transmettre.
- Speaker #1
Et pourquoi l'écriture ?
- Speaker #0
parce que les mots sont très importants. Ça a toujours fait partie de ma vie, même quand j'étais petit. Je ne viens pas d'un milieu du tout littéraire, cultivé ou autre, mais j'ai toujours aimé beaucoup lire, j'ai beaucoup aimé les mots. J'aime raconter des histoires et l'écriture a toujours fait partie de ma vie. J'ai tout le temps, que ce soit dans mon téléphone ou dans un petit cahier, je prends tout le temps des notes de tout, des idées qui me passent par la tête. Je suis tout le temps en processus d'écriture, pour tout.
- Speaker #1
C'est une façon de mettre des mots sur des mots. M-A-U-X.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. C'est une belle expression,
- Speaker #1
ça. Ça clôt notre échange. Si je devais résumer un petit peu ce qu'on s'est dit et puis rester sur une note, je retiens le parcours. C'est une expression que j'utilise souvent, le parcours d'un immigrant qui a les yeux pleins d'étoiles, qui en veut et qui s'essaye à différentes choses. Et ça, j'adore. personnellement la musique c'est quelque chose qui me parle beaucoup, qui vient me chercher comme tu l'as dit, donc on te souhaite bon succès comme on dit ici beaucoup de courage et puis plein de nouvelles expériences de riches et de nouvelles expériences merci beaucoup Nicolas Jean pour ton temps et pour ta passion qui nous a été certainement transmise,
- Speaker #0
mot de la fin je te laisse le mot merci beaucoup Amel et puis ouais c'est ça, si je devais dire un mot de la fin ce serait de dire qu'il n'y a pas il n'y a pas un parcours quand on est immigré, c'est des parcours et chaque parcours a sa grande valeur, puis il faut juste s'écouter, se faire confiance puis pas avoir peur du travail parce que ça va en être et c'est ça, et aborder ça avec un esprit positif, toujours.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
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