- Kenneth Deveau
Ma conviction de l'importance de l'éducation universitaire s'approfondit, surtout avec l'advenue de... les nouvelles technologies, les technologies immersives en particulier. Notre capacité de gérer tout ça comme humain, comme société, va vraiment dépendre de notre capacité d'avoir un regard critique sur les informations. Fondamentalement, c'est ça que l'éducation classique ou l'éducation universitaire peut nous accorder. Notre travail, en partie, c'est de convaincre notre société, et si les citoyens sont convaincus, les gouvernements le sont aussi, de l'importance. du rôle qu'on joue.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Bonjour et bienvenue à Phares et Trajectoires. Je suis Amel Souid, je suis gestionnaire du secteur immigration économique et de la CFA de Clare pour le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse. Aujourd'hui, nous recevons une voix forte et respectée de la francophonie néo-écossaise. Chercheur, recteur, président du conseil d'administration du CDÉNÉ. Kenneth Deveau est de ceux qui éclairent les trajectoires collectives autant que les parcours individuels. Il a dirigé l'Université Sainte-Anne, épaulé des générations d'étudiants et contribué aux grandes orientations du CDÉNÉ. Et surtout, il est entrepreneur resté profondément ancré dans sa communauté. Avec lui, nous allons explorer les phares de l'éducation en français, les bifurcations du leadership acadien et ce qu'il reste à bâtir ensemble. Bienvenue. Alors bonjour Kenneth, ravi de te recevoir pour mon podcast Phares et trajectoires. On va commencer avec une petite série de questions, avec des réponses un peu de manière spontanée, sens-toi libre de dire ce qui te passe par la tête. Une citation ou une devise qui t'accompagne depuis longtemps, tu dirais quoi ?
- Kenneth Deveau
Avant de répondre à la question, je voudrais commencer par te féliciter de cette initiative ici. J'ai hâte... de t'écouter et d'écouter tes intervenants. Je trouve que c'est très important, ce genre d'initiative ici. C'est la mode maintenant et c'est un outil très, très, très important. Une citation, bon, je reviens souvent à la base. Peut-être un des premiers livres que j'ai lus et relus, c'est Le Petit Prince. Je vais souvent chercher ma sagesse du Petit Prince. C'est une citation qui me revient souvent et je trouve qu'elle est forte. Je ne peux peut-être pas la citer mot pour mot, ça fait un bout de temps, mais essentiellement, c'est quand il dit que toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants. Une petite pause, mais il l'oublie. Et ça dit beaucoup. J'ai été guidé à travers ma carrière par ça parce que fondamentalement, je pense que les personnes sont bonnes. Et c'est la socialisation qui nous fait dévier sur cette voie-là. Donc, si on retourne à la base, nos intentions sont bonnes. Et souvent, quand on comprend les choses, elles sont simples. Et les enfants ont ce don-là d'aller à l'essentiel des affaires et de comprendre. et de proposer des solutions simples qui sont toujours les meilleures.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Absolument, je suis tout à fait d'accord. Un livre qui t'a particulièrement marqué, tu viens de répondre un petit peu là.
- Kenneth Deveau
Oui, un autre peut-être, Le prophète de Khalil Gibran, ça s'est venu un peu plus tard dans ma vie, alors que j'étais étudiant en éducation. C'est probablement si j'étais sur une île déserte et que j'avais à choisir un livre, ça serait peut-être le livre que je choisirais.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Un souvenir de l'université, du campus, qui te fait sourire ?
- Kenneth Deveau
Oh mon Dieu, il y en a tellement. Je pense tout de suite à mon premier jour. J'ai rentré à Saint-Anne un peu pas avec une intention. Je me cherchais. Je me rappelle ma première... Dans l'été, le campus était à peu près vide. C'était très peu de temps vers l'entrée. J'avais été convaincu par des amis. Pourquoi pas ? J'avais déjà un parcours académique. J'avais déjà peut-être quatre années d'université derrière moi. Et je me cherchais, on m'a convaincu d'aller à Saint-Anne. Et je me rappelle cette première journée-là, c'est un vice-recteur qui s'est assis avec moi et qui a regardé mon parcours et qui m'a proposé un parcours à Saint-Anne en fonction. Et je n'ai jamais oublié ça. Et c'est, mettons, c'est un peu typique de Saint-Anne aussi d'aller chercher, ou c'est vraiment une communauté. C'est une communauté qui est très peu hiérarchisée et où la personne... fondamentale à la culture de Saint-Anne. Chaque personne est traitée comme une ressource précieuse, si vous voulez, avec des besoins et tout ça.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Si je devais te demander une chanson qui, pour toi, te symbolise ton lien avec l'Acadie ?
- Kenneth Deveau
Celle qui me vient à l'esprit, honnêtement, je me marque un peu ma vénération, c'est 1755 et la rue d'Offren. Les vieilles anglaises n'aiment pas mon chien, ma safarienne, ils ne les aiment pas lui non plus. Cette partie-là de la chanson... Ça ne veut pas être un affront vieille anglaise, mais on peut quand même coexister si on ne partage pas exactement les mêmes valeurs et qu'on ne comprend pas exactement.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Ma dernière question serait une chose que les étudiants t'ont appris.
- Kenneth Deveau
Je reviens, j'ai enseigné pendant dix ans. En fait, la carrière que j'ai eue le plus longtemps, c'était le vice-recteur. C'est le job que j'ai gardé le plus longtemps dans ma vie. J'ai été enseignant au secondaire et au secondaire premier cycle pendant... Neuf ans à peu près. Et dans ma deuxième, troisième année, j'ai passé du secondaire deuxième cycle de la mathématiques pré-calcul et de la physique, surtout de la physique, à la science de septième année. Et c'est un souvenir qui, quand je pense à cette époque-là, c'est où j'ai compris Mais c'est sûr que quand j'enseignais au secondaire deuxième cycle, la question des élèves, c'était toujours, est-ce que c'est important, est-ce que ça va être sur l'examen ? Pour les septièmes années, ce n'est pas du tout sur le radar. Leur question fondamentalement, est-ce que c'est intéressant ? Et c'est quelque chose que j'ai appris de ces élèves-là, c'est l'importance de la motivation intrinsèque. Est-ce que c'est intéressant ? Est-ce que c'est amusant ? je le prends pour moi aussi. Peut-être que c'est parce que je ne garde pas une job très longtemps, mais quand ce n'est plus amusant, quand ce n'est plus stimulant, je me dis que j'ai fait mon temps.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Je cherche une autre aventure. On revient à nos questions plus classiques. On est sur une partie une qui va plutôt explorer tes racines, ton engagement, ta vision. On s'intéresse beaucoup à ça. Tu as grandi à la Baie-Sainte-Marie. Je me permets de te tutoyer. Qu'est-ce qui, dans ton environnement ou dans ta jeunesse, t'a donné le goût de t'engager, justement ? Tu parlais tout à l'heure de l'éducation en français.
- Kenneth Deveau
Je réfléchis beaucoup à ça dernièrement, à fur et à mesure qu'on vieillit. Comment j'ai choisi ce parcours-là ? Il faut se mettre à l'époque des années 70, à l'abbé Sainte-Marie, où j'ai grandi, à la rivière au saumon. C'est vraiment une paroisse. L'église, c'était plus qu'une institution religieuse, c'était une ancre pour le village, pour la communauté. Et je crois que ça commence un peu là, autour de la messe, oui, mais les discussions où on parlait de politique, d'agriculture, d'économie, de température et de tout, sur le perron de l'église avant et après la messe. Je pense que ça commence un peu là. C'est sûr que mes parents, ils sont pour beaucoup, ils étaient très engagés dans leur communauté, dans les organismes communautaires, et ça s'est transposé en moi. Pour ma mère, la langue française était très, très importante. Mais plutôt que de me prêcher la langue française, j'ai grandi, je ne me rappelle pas d'avoir appris l'anglais. J'ai appris les deux langues simultanément. Peut-être dans un contexte de bilinguisme soustractif que j'ai mis à comprendre après que ce n'est pas nécessairement l'idéal. Mais bon, c'était le cas. Et ce fut le cas. Et la question de... Ma mère, son approche, bon, je pense que ça faisait son affaire aussi pour envoyer son petit gosse coucher un peu plus tôt. J'avais une radio dans ma chambre et je pouvais aller... La récompense pour aller me coucher, c'est que j'avais le droit d'écouter la radio. J'écoutais le Canadien de Montréal et les Expos de Montréal. En français. En français. Et je pense que ça a joué un grand rôle. Plus tard, et là, chapeau à la Fédération acadienne et ses initiatives de développement socioculturel sur les communautés. Et le focus qu'ils ont mis sur les jeunes et ce qui est devenu le CJP, le Conseil jeunesse provincial. où j'ai pu participer et me marier ça avec les sports, que je joue surtout en anglais, mais au moins du côté français. Ça, ça m'a peut-être donné un peu plus le goût pour... me faire entendre et entendre mes engagements politiques. Et ça, je pense que c'est beaucoup venu de là. Et quand je pense aux personnes avec qui je participais à des activités, je vois beaucoup des leaders de notre communauté qui étaient dans mon groupe d'amis provincial à cette époque-là. Je pense à des Carmel d'Entremont et des Vaughan Madden, par exemple, qui sont vraiment devenus des piliers de notre communauté. On était autour des mêmes tables. Donc,
- Amel Souid - CDÉNÉ
c'est une génération qui a été formée par ces super-enfants.
- Kenneth Deveau
Ils ont commencé dans les années 70 et ça va toujours. On les voit encore, les résultats du GSJP sur notre communauté.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Justement, on parlait des figures. Moi, ça m'intéresse beaucoup de savoir quelles sont les figures, les artistes, les intellectuels qui t'ont influencé dans ton parcours.
- Kenneth Deveau
Immédiatement, je pense, quand j'ai commencé, là. Mes professeurs à l'Université Saint-Anne, oui. Je pense que quand je suis arrivé à Moncton pour faire ma maîtrise, Rodrigue Landry en particulier et Alalor m'ont pris dessous leurs bras. C'est un peu l'un ne peut presque pas exister sans l'autre. Pour ceux qui connaissent toute la littérature sur la francophonie canadienne et la recherche, moi j'ai eu le privilège d'être leurs étudiant. Ça a été exceptionnel, Rodrigue. Il a été comme un frère à moi, il l'est toujours, et un grand frère, bien entendu. Il est un peu plus vieux que moi, mais c'est sûr que ça m'a beaucoup guidé. Qui m'a mené à cette place-là quand même aussi ? J'ai grandi dans les années 70, c'est dans l'époque des débats politiques au Canada, et c'est sûr que, comme beaucoup de personnes de ma génération, Pierre-Éliott Trudeau a été une très grosse influence. sur ma vision du Canada et de croire dans les possibilités du Canada et de sa place dans le monde. Avec les études, j'ai venu apprendre que Pierre-Élise Trudeau n'aurait pas pu exister sans René Lévesque. Et c'est le débat entre les deux, en fait, qui a fait du Canada ce qu'il est et qui continue à grandir. Ces deux personnes-là, leur discours, leur débat, j'ai passé beaucoup de temps à lire. Et les autres personnes qui se sont greffées... à cette discussion-là dans les mêmes temps et plus tard. Je pense aux gens chrétiens, Brian Mulroney et ainsi de suite. C'est des personnes qui ont eu de très grandes influences sur moi.
- Amel Souid - CDÉNÉ
En quoi l'Université Sainte-Anne a-t-elle joué un rôle de phare pour toi, d'abord comme étudiant et après comme employé ?
- Kenneth Deveau
Sainte-Anne, je ne voudrais pas imaginer la qualité de la Nouvelle-Écosse sans l'Université Sainte-Anne. Et j'ai un peu eu l'occasion de voir... Il y a quelques années de ça, il y a à peu près 15 ans de ça, ou peut-être plutôt 10 ans de ça, j'étais nommé à une commission par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, comme un de trois membres d'une commission qui devait étudier et faire des recommandations au gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour améliorer la représentation des Acadiens et des Afro-Néo-Écossais. Et ça s'est vite vu à quel point... L'Acadie de la Nouvelle-Écosse est à politiciser et organiser en comparaison avec la communauté afro-néo-écossaise. Et quand on regardait à l'essence de la différence entre ces deux communautés-là, ça se résume à très largement, et je reviens au petit près, si on regarde, c'est de se rendre à l'essentiel des choses et à la base. La plus importante différence, c'est au niveau de la complétude institutionnelle. Le fait que le caddie de la Nouvelle-Écosse a l'Université Sainte-Anne, qu'elle a formé une élite, mais qu'elle a aussi donné un symbole identitaire à cette communauté-là, qui, de par là, lui permet d'avoir des attentes par rapport à son contexte, à ses conditions, et une identité qui est beaucoup moins fébrile, alors que si on compare avec la communauté afro-néo-écossaise, Ils ne contrôlent à peu près aucune institution de cette nature-là. C'est sûr qu'ils ont des places dans les universités qui sont contrôlées par la majorité anglophone. Il y a des initiatives et des projets. Et le gouvernement s'efforce aussi pour améliorer les conditions sociales, économiques et culturelles de cette communauté-là. Il manque cette... pression-là qui donne un peu un déficit sur le plan de l'idéologie ou de la légitimité perçue, alors que l'Université St-Anne donne tout ça. Là, je suis dans le symbole, c'est sûr, bien sûr aussi, l'accès aux études postsecondaires, aux carrières, au savoir et au savoir-faire. Nos entrepreneurs qui ont passé par là, si on regarde à nos plus grandes sociétés, les algues acadiennes, Louis Deveau est un ancien de l'Université Sainte-Anne, le PDG de Comoci Food, Noël Després est un ancien de l'Université Sainte-Anne. Une compagnie acadienne grandissante. En fait, plusieurs compagnies. Joel German, qui dirige plusieurs initiatives, mais notamment Ideville Fisheries. C'est un ancien de l'Université Sainte-Anne. Donc, on voit que ça continue ça dans le temps.
- Amel Souid - CDÉNÉ
On voit le parcours des personnes à travers les années. Donc, le leadership communautaire francophone repose souvent sur peu de personnes. Tu en as cité quelques-uns ? Comment est-ce que tu as vécu cette responsabilité au fil des années ?
- Kenneth Deveau
C'est intéressant, mais je n'ai jamais pensé comme une responsabilité avant que tu l'aies mentionné comme ça. Peut-être un peu. Quand j'ai commencé à songer, et ça peut sonner un peu égoïste, quand j'ai commencé à songer d'abord au vice-rectorat, et là maintenant au rectorat de l'Université Sainte-Anne, au risque de sonner un peu égoïste. Je pensais que c'était à moi qu'il devait le faire. Je le crois encore que les circonstances, le contexte, la conjoncture faisaient en sorte que je devais faire ça. Tu étais la bonne personne. J'étais la bonne personne au bon moment. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autres personnes qui peuvent faire ces jobs-là. C'est sûr qu'il y en a, mais je me sentais que j'étais la bonne personne au bon moment et je le crois toujours. Mais ça dit, je m'amuse, je me suis beaucoup amusé comme vice-recteur. Et quand je m'amuse à moi dans le poste, je savais qu'il était le temps que je fasse autre chose. Et tu as fait autre chose ? J'ai fait autre chose et là, au rectorat, je me dis que ça va encore être, ça sera le jour où je ne m'amuse plus dans ce poste-là. Ça m'a été un indicateur, une indication importante qu'il est temps de s'enjouer à autre chose.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors moi, je t'ai connue en tant que DG du CDÉNÉ, puis après en tant que recteur de l'Université Sainte-Anne, donc un partenaire privilégié du CDÉNÉ, et maintenant depuis peu en tant que président du CA du CDÉNÉ. Quel est l'aspect sur toi qu'on n'entend pas forcément dans tes interventions publiques ou qu'on ne lit pas sur ton profil LinkedIn ? Qu'est-ce que tu pourrais nous dire aujourd'hui, Kenel ?
- Kenneth Deveau
Je suis fermier aussi. Je crois que, et honnêtement, je pense que c'est là où je trouve… où je suis le plus profondément ancré à mes ancêtres, quand je les mets dans la terre. En fait, si j'ai un regret par rapport au poste que j'occupe, surtout le rectorat, c'est que je ne jardine plus. Je n'ai plus de jardin. Dans la période où j'étais entre le vice-rectorat et le rectorat, j'étais même en train de vendre des paniers de légumes à mes voisins. Je ne peux plus me le permettre.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Faute de temps,
- Kenneth Deveau
j'imagine. Faute de temps. Un jardin, c'est quelque chose qu'il faut le toucher tous les jours. On ne peut pas laisser ça pour une semaine ou deux, puis revenir. Et ce rituel-là d'aller au jardin tous les jours, pour moi, est très précieux. Je le trouve ailleurs. J'ai une écurie. On a une douzaine de chevaux chez nous actuellement. Et c'est un peu où ça me permet de... d'un peu toucher la terre, d'une autre façon d'être avec la nature, avec les animaux. À ma façon, c'est sûr que je suis très compétitif et on fait de la compétition aussi avec nos chevaux.
- Amel Souid - CDÉNÉ
C'est drôle parce que ton activité avec les chevaux rejoint un petit peu l'éducation puisque ça te permet aussi d'accompagner des enfants, d'accompagner des tierces personnes. Ça, c'est extraordinaire.
- Kenneth Deveau
Les personnes, j'apprends énormément. sur la gestion des ressources humaines des personnes de mes chevaux, d'écouter les personnes, vraiment d'essayer d'écouter. Pas parce qu'ils le disent, parce que le cheval ne peut pas te dire s'il a mal à la patte ou mal au ventre. Donc, il faut voir un peu comment, il faut être très perceptible. Ce n'est peut-être pas ma plus grande force d'être à l'écoute des personnes, je dois m'efforcer pour le faire. Ma conjointe vous le dirait. Il faut que je m'efforce pour le faire. Et puis, les chevaux m'ont donné des outils sur ce plan-là. Et de développer ce partenariat-là avec le cheval, c'est vraiment à l'écoute. Et le cheval est aussi très perceptible. Donc, même si... Comme une chose que j'ai appris, et je l'ai appris assez récemment, jusqu'à il y a 4-5 ans, peut-être même encore aujourd'hui, j'allais vers mes chevaux pour me calmer, pour me changer les idées. Et j'ai appris que ça, c'était pas juste au cheval. Et là, je m'assure de... Qu'il y ait un équilibre. De me calmer, de changer mes idées, de souffler un peu avant d'aller à la grange et avant de monter mon cheval pour avoir le bon esprit d'état avant de commencer. L'autre chose, et puis ceci, c'est, c'en est un que j'essaie d'apprendre actuellement. Je suis une personne qui a un agenda. Et voici la séquence des événements et voici le plan. Et les personnes avec qui je travaille vont savoir, savent que... Je travaille à partir de stratégies et de planifications stratégiques et d'objectifs ou de buts et d'objectifs et des déclinaisons dans des activités, des résultats escomptés et tout ça. Je le fais encore, mais il faut savoir que les plans changent et il faut qu'ils s'adaptent. Et avec le cheval, c'est ce que mes chevaux sont en train de m'apprendre. Je peux bien rentrer dans le manège une journée et vouloir effectuer une manœuvre. entraîner le cheval sur cette manœuvre-là. Mais si le cheval n'est pas là, ça ne vaut pas la peine que j'essaie, ça va juste devenir...
- Amel Souid - CDÉNÉ
Donc, les plans peuvent...
- Kenneth Deveau
Donc, il faut vraiment être dans le moment aussi et de toujours approcher les choses en fonction de...
- Amel Souid - CDÉNÉ
Il faut être agile.
- Kenneth Deveau
Et s'adapter à la situation et toujours viser l'avancement. Si on n'avance pas,
- Amel Souid - CDÉNÉ
on recule. Moi, j'aime beaucoup ce que tu dis sur ton rapport à la terre, en règle générale, parce que c'est vrai que revenir aux choses essentielles de la vie reste l'ancrage. Ça te permet de savoir où tu vas. On va attaquer la deuxième partie qui parle plutôt de... Là, on a parlé d'ancrage, mais là, on va parler plus de trajectoire de carrière, de conviction aussi. Moi, je sais que tu diriges l'Université Saint-Anne depuis l'année dernière. Le contexte est ce qu'il est. Il y a plein d'enjeux, il y a plein de nouveaux défis, il y a des nouvelles informations qui vont faire que la donne va changer à un moment donné. Quels sont tes plus grands défis et quelles sont tes fiertés ?
- Kenneth Deveau
C'est sûr que les universités à l'échelle de la planète ont été un moment de rupture dans le monde de l'éducation postsecondaire. Certaines personnes questionnent même la pertinence de l'éducation postsecondaire et surtout avec l'advenue des nouvelles technologies, les technologies immersives en particulier, donc l'intelligence artificielle, le machine learning et ainsi de suite. J'avancerais que les formations classiques en sciences humaines. en lettres et en sciences aussi, en sciences de la nature, sont encore plus importants qu'elles n'ont jamais été. Parce que notre capacité de gérer tout ça comme humain et comme société va vraiment dépendre de notre capacité d'avoir un regard critique sur les informations, sur les trajectoires qu'on prend. À l'essence, fondamentalement, c'est ça qu'une éducation classique ou une éducation universitaire peut nous accorder, doit nous accorder, qu'on soit en administration des affaires, en pharmacie, en communication. Peu importe le domaine. Ces fondements-là, et on regarde aussi comment on utilise ces outils-là, c'est par un processus itératif, cette capacité-là de s'engager dans des processus itératifs. de ne pas prendre la première réponse qu'on prend, qu'on reçoit comme la bonne. Ça encore, c'est fondamental. Donc, je trouve que, honnêtement, moi, le plus que j'y réfléchis, et j'écoute beaucoup de podcasts, justement, sur ces questions-là, et je lis un peu sur ces questions-là, plus de podcasts, parce que je passe beaucoup de temps dans ma voiture.
- Amel Souid - CDÉNÉ
C'est pratique.
- Kenneth Deveau
C'est pratique. C'est vraiment, j'arrive, j'ai encore ma conviction. de l'importance de l'éducation universitaire s'approfondit. Les coûts augmentent, mais là, notre travail en partie, c'est convaincre notre société, si on convainc, les citoyens sont convaincus, les gouvernements le seront aussi, de l'importance. du rôle qu'on joue et de nous voir plus que des simples fournisseurs de main-d'œuvre, des établissements qui sont à la base, du savoir, des idées, de la créativité, de l'esprit critique, toutes ces choses-là.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Ton rôle en tant que directeur, justement, c'est de jongler entre ta vision académique, entre le contexte politique, les enjeux et les attentes de la communauté.
- Kenneth Deveau
Voilà. C'est très bien résumé.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Comment équilibrer ces dimensions ?
- Kenneth Deveau
L'essentiel, et ça, j'attends un de mes mentors importants que j'aurais dû mentionner plus tôt, c'est Louis Deveau.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Qui a été recteur aussi de l'université ?
- Kenneth Deveau
Il a été chancelier de l'université. C'est le fondateur des algues acadiennes. Louis, je te dirais, il me l'a dit, que l'essentiel, ce qui est le plus important, c'est la vision. et la vision de l'avenir. En termes plus théoriques, Saint-Anne, oui, on se voit comme une institution forte de la francophonie canadienne et ancrée en Acadie de la Nouvelle-Écosse. Les mots sont importants. On se projette sur le monde. On pense qu'on a un impact très important sur la francophonie canadienne. On le sait qu'on l'a, de par notre recherche et nos formations. On voit quand même qu'on demeure quand même carrément ancré en Acadie-de-la-Nouvelle-Écosse. On est très rural. Même si on a un campus au centre-ville d'Halifax, les valeurs, la culture qu'on trouve dans ce campus-là, ce sont des valeurs qui sont assez, qui sont typiques de la ruralité.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Familiale.
- Kenneth Deveau
Familiale, la convivialité. On s'amuse, on ne se prend pas trop au sérieux. Ça, c'est toutes des choses qui sont typiquement acadiennes et typiquement néo-cossaises.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et c'est la socialisation qui change tout. S'il y aurait un projet audacieux que tu as mené dans le cadre de tes fonctions, ça serait quoi ?
- Kenneth Deveau
Je crois, et ça, ça revient peut-être avant d'aller au projet audacieux. J'ai venu à découvrir, être un... Deveau de l'arrivée au saumon, de la famille je suis moi, et de faire un doctorat, c'est très audacieux. Je n'aurais jamais pensé pouvoir faire ça, mais en filet en aiguille, une étape à la fois, un projet à la fois, c'est fait. Et en réfléchissant sur ce qui m'a conduit à faire ça, j'ai un peu découvert en moi, et ça a été, je suis maintenant, ayant pris un peu d'âge, Les valeurs fondamentales ou l'approche fondamentale qui m'a guidé à travers tout ça, c'est l'esprit entrepreneurial, d'entreprendre. C'est un peu ce qui me guide dans ma trajectoire et dans mon projet de rectorat. Dans ma carrière de recherche, les projets que j'ai entrepris, je devais convaincre. un partenaire ou un bailleur de fonds, du bien fondé du projet, de ne pas accepter les refus, mais de les recevoir, de les comprendre, de me repositionner. Si je pense au développement de la majeure en biologie et maintenant la maîtrise en biologie qu'on a lancée pour la première fois cette année, que j'avais vraiment mes mains dans la porte. Le développement de cette voie-là à l'Université Sainte-Anne a conduit à notre très grande expertise sur l'industrie de la pêche et notre environnement marin. Quand je suis devenu vice-recteur, j'avais un peu cette idée-là en tête et je me rappelle justement des conversations que j'avais avec les deux Louis. Louis Comeau, ancien recteur. et chancelier de l'Université Sainte-Anne, et Louis Deveau, ancien chancelier. Quand je vous ai parlé de ce projet-là, Il faut que j'avoue qu'ils m'ont dit que je perdais mon temps, que pour Saint-Anne, c'est impossible. On ne pourra jamais faire des sciences biologiques à Saint-Anne et les faire correctement. On ne pourra pas tirer les professeurs, on n'aura pas les argents pour les laboratoires. Ça va coûter très cher. Vous n'allez jamais aller chercher les subventions nécessaires.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Est-ce qu'il y a de l'intérêt aujourd'hui de la part des étudiants ?
- Kenneth Deveau
Absolument. C'est un programme très vital. On a en moyenne trois étudiants par an qui rentrent en médecine. Et ici, de ces programmes-là, on a maintenant non seulement, à ce temps-là, on parlait juste d'une major en biologie. On a maintenant une major en biologie avec une option co-op. On a accueilli nos deux premiers étudiants à la maîtrise en biologie. L'une de ces étudiantes-là a gagné le prix pour le projet de sciences biologiques de l'année à Science Atlantic. On a trois chercheurs qui sont subventionnés au Conseil national de recherche. Le centre de recherche marin qui s'est un peu greffé à ce projet-là a été chercher des millions de dollars en subvention au cours des dernières années pour soutenir l'industrie de la pêche du homard. On est devenu un go-to dans cette industrie-là. Je dirais que mes plus grosses réussites sont là. C'est vraiment ces valeurs entrepreneuriales-là. Pas prendre non, d'avoir une vision, d'y aller une étape à la fois, de changer son fusil d'épaule.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et de s'adapter, oui.
- Kenneth Deveau
Et de s'adapter, effectivement.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Je reviens un petit peu à ce que tu disais tout à l'heure. Quand toi, tu portes une communauté ou tu essayes de porter une partie, tu disais tout à l'heure que tu ne le vois pas comme une responsabilité, mais qui te porte toi ? Si toi, tu portes la communauté, qui t'aide toi ? Est-ce que tu es avancé à performer ? C'est sûr,
- Kenneth Deveau
c'est ma famille. Des gros sacrifices du côté de ma famille, il n'y a pas de doute. D'abord, si j'ai pu faire ma maîtrise et mon doctorat, c'est grâce à l'appui à Denise et d'accepter que je sois loin d'elle et loin de la famille pendant une période assez longue. Je me rappelle une époque où je faisais la navette Mountain de Sainte-Marie. On parle de quasiment 5 heures et demie de route toutes les semaines. Mais ça, c'est sûr. Et encore aujourd'hui, là, on a un très important événement. On s'attend à recevoir 13 ou 14 équestres sur notre ferme demain pour quatre jours d'entraînement avec un clinicien du Manitoba. Je ne suis pas là en train de mettre... Là, on est à Halifax pour les gens qui... Moi, je suis à Halifax en train de faire ce podcast-là. Denise est à la maison en train de...
- Amel Souid - CDÉNÉ
De préparer.
- Kenneth Deveau
De tout préparer ça. Donc, c'est sûr que c'est ce qui rend tout possible.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Oui.
- Kenneth Deveau
Et elle aussi, elle fait tout ça en maintenant une carrière d'artiste assez prolifique comme artiste. J'ai appris beaucoup de son art aussi. D'abord, j'ai appris à apprécier l'art.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Entrepreneur, elle aussi ?
- Kenneth Deveau
Elle est entrepreneur dans l'homme. Elle m'a montré être entrepreneur. Denise a grandi d'une famille où la conversation à la table du souper, c'était un entrepreneur. Son père est entrepreneur. Il avait plusieurs intérêts. Et je sais un peu, la solution pour Denise à tout problème, en quelque part, c'est un projet, c'est une entreprise. Elle et moi, à un moment donné, on était rendus à, je crois, quatre ou cinq entre numéros d'affaires différents. On a consolidé un peu. Je crois qu'on est rendus à trois maintenant.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Je sais que toi, tu n'as jamais eu de chevaux avant. Donc, c'était vraiment une nouvelle aventure.
- Kenneth Deveau
Non, je ne connaissais pas ça du tout. J'ai grandi avec des animaux de ferme. Oui, mais les bœufs. Il y avait des fermes bovines dans mon voisin. Mon père se servait des bœufs, en fait. les bœufs du père Louis Deveau pour faire le jardin, pour labourer la terre, pour bêcher les patates et pour aller couper du bois pour nous chauffer l'hiver. On allait au bois avec les bœufs aussi. Les Acadiens, les bœufs ont été plus importants que les chevaux. Et en fait, il y a des historiens qui diraient que l'utilisation du bœuf est un symbole. est un des clés du succès, de la réussite des Acadiens au rétablissement, parce que le cheval est un peu moins fiable. C'est un peu l'histoire de la tortue et du lièvre. La tortue finit par gagner, le bœuf c'est un peu ça. Il est très très fiable.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Il y va doucement, mais sûrement.
- Kenneth Deveau
Sûrement, beaucoup moins délicat. Il a besoin de beaucoup moins de... Donc ça finit par être... Je crois que l'acadie, on peut l'avoir comme ça aussi. Il ne va pas à la fois. C'est quelque chose que je me dis moi. C'est peut-être une citation d'Antonine Mayak, mais en fait, on l'avait mis dans l'introduction du rapport de la Commission sur la représentation effective. Une communauté atteint sa maturité quand, je ne dis pas quand, son regard est davantage sur quelle est sa contribution à la société, mais plutôt que de qu'est-ce qu'elle a besoin de la société pour se maintenir. Je ne dis pas que l'Acadie n'est pas menacée ou la langue française n'est pas menacée en Nouvelle-Écosse. Au contraire, on doit continuer à lutter. Mais au moins, on est rendu à un point où, comme société, comme communauté, et c'est le pitch que je fais quand je suis en train de parler au gouvernement, j'essaie de comprendre leurs objectifs et là, je vais vers eux pour dire « je peux vous aider à atteindre vos objectifs » . L'Université Sainte-Anne ou le Conseil de développement économique a des solutions. à des projets qui peuvent vous aider à atteindre vos objectifs. Justement, le projet de rapatriement, c'est ça la pitch qu'on a faite. On savait que Travail, compétences et immigration avaient des objectifs par rapport à la croissance de la population francophone en Nouvelle-Écosse. L'immigration francophone roulait assez bien, mais la migration interprovinciale n'était pas notre avantage. On a proposé à son ministre une solution à son problème. On a réussi à la convaincre. Et ça, ça a toujours été mon approche.
- Amel Souid - CDÉNÉ
De faire partie de la discussion, d'apporter à la table.
- Kenneth Deveau
De faire partie de la solution. L'essor de l'Université Sainte-Anne dans l'industrie de la pêche et l'industrie du homard, à la base, c'est le positionnement qu'on a pris. Et on est dans le cœur de l'industrie. Qui est mieux placé que nous pour travailler avec les pêcheurs ? les exportateurs pour améliorer leurs approches, leurs procédures et leurs...
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et la rentabilité.
- Kenneth Deveau
Leurs produits, leur rentabilité, leur productivité fondamentalement. Et ça, c'est toujours cette Ausha d'il y a un problème et on a une solution.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu m'as donné l'opportunité parfaite parce que je voulais parler d'immigration francophone. Est-ce que pour toi, cette immigration francophone, est-ce qu'elle change les dynamiques locales ?
- Kenneth Deveau
Oui, certainement.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Est-ce qu'il y a des défis, des espoirs ? Comment tu vois ça ?
- Kenneth Deveau
Oui, tout ça. C'est comme tout projet de société. Il y a des défis, il y a des obstacles. La manière d'aborder ces choses-là, selon moi, c'est toujours prendre une perspective d'amélioration continue. À chaque fois qu'on entreprend un projet, qu'on fait une chose courte, longue, grande, minuscule, il faut toujours avoir le réflexe de... On vient juste de faire ça. J'imagine que tu vas faire ceci, si je comprends bien, c'est ton premier podcast. Je suis certain qu'à la fin, tu vas t'asseoir et tu vas dire, bon, mais qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce que je vais faire différemment ? Qu'est-ce que je vais faire mieux ? Le projet d'immigration francophone en Nouvelle-Écosse et au Canada, c'est ça aussi. On s'est lancé, si je pense à l'Université Sainte-Anne, c'est un peu différent, mais on s'est lancé dans le recrutement d'étudiants internationaux. Il y a une quinzaine d'années de ça, on a fait venir toute une cohorte de Maghrébiens. Oh, on était mal préparés. Ce n'était pas la catastrophe, mais presque, pour tout le monde. Mais on a appris énormément de ça. Et aujourd'hui, je dirais que notre recrutement international à Saint-Anne est assez solide. On a compris le profil des étudiants. qui peuvent s'intéresser à Saint-Anne. On a compris l'importance des parents dans l'enjeu. Beaucoup de jeunes cherchent la ville, ils cherchent Montréal, ils cherchent la liberté, les parents cherchent la sécurité, la tranquillité, les programmes de qualité. Donc, on parle davantage aux parents.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Ils font partie intégrale de l'équation.
- Kenneth Deveau
Ça, ils font partie. Et on apprend toujours. Les premiers étudiants congolais qui sont venus à Saint-Anne, Euh... Plusieurs ont eu des difficultés. Aujourd'hui, nos étudiants congolais réussissent tout aussi bien que nos étudiants de Bedford, originaire et acadien de souche ou canadien français de souche. C'est vraiment… Mais c'est par cette perspective-là qu'il faut vraiment toujours prendre le temps d'évaluer et de recalibrer. Et je crois qu'on est là. L'immigration francophone, la Nouvelle-Écosse a déjà fait mieux. Et on s'est trouvé en grande partie grâce au leadership du gouvernement McNeil et de Lina Diab, qui était ministre à une époque des affaires acadiennes et de travail, compétences et immigration. Ça a donné un élan à l'immigration francophone en Nouvelle-Écosse. C'est sûr que l'intégration était plus ou moins bien. La communauté francophone tira de la patte. Les organismes de langue anglaise étaient mieux positionnés. Ils le sont peut-être encore dans certaines instances, mais l'écart se diminue. Je pense que quand j'ai pris la direction générale du Conseil de développement économique, on avait... Un employé et demi ou un employé permanent, même si selon les ententes, ça ne l'était pas exactement, mais un emploi périn et un autre temporaire en immigration. Et c'était la panique totale parce qu'on avait passé de huit clients à 25. Et on ne savait pas comment gérer ça. Et aujourd'hui, on n'a que des centaines. Et on gère avec efficacité des dossiers d'une centaine de personnes. Et non, à une époque, c'était carrément juste à Halifax. Maintenant, on recouvre l'ensemble de la province. Et notre taux de retention est passé d'un taux de retention qui était très faible, bien en deçà du 50 %. Vous avez probablement les chiffres avec moi. C'est plus du trois-quarts des idées. Oui,
- Amel Souid - CDÉNÉ
on a vraiment amélioré nos services. Et puis, je suis d'accord avec toi, on a élargi notre spectre. Donc là, maintenant, on est capable, sur toute la province, d'être présent. Puis on est huit personnes dans le secteur en immigration.
- Kenneth Deveau
C'est phénoménal. Avec la CFA,
- Amel Souid - CDÉNÉ
oui.
- Kenneth Deveau
C'est phénoménal. Et là, c'est sûr que la communauté, ça, c'est un projet qui va continuer pour des générations, mais la communauté... est aussi en train de se redéfinir. C'est quoi l'Acadie de la Nouvelle-Écosse aujourd'hui ? C'est quelque chose que, en fait, pas nécessairement prendre le crédit, mais plutôt que parler de communautés acadiennes et francophones, je parle moi toujours, et on trouve ça dans les plans stratégiques des organismes que j'ai dirigés. On parle toujours de l'Acadie de la Nouvelle-Écosse, ce n'est pas des communautés acadiennes et francophones, parce que c'est une communauté. avec des personnes de diverses origines, de diverses perspectives.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Riches et diversifiées.
- Kenneth Deveau
Voilà, et c'est comme société, il faut évoluer, il faut penser, on n'est pas les premiers à faire ça. Mon père, lui, il est vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et il disait que contrairement aux autres personnes de la région, lui était d'un régiment canadien, alors qu'eux étaient dans des régiments qu'il avait qualifiés de soit écossais ou anglais. Canadien, ça voulait dire québécois à l'époque. Ma grand-mère, dans ma famille, on disait que ma grand-mère était canadienne. Mon arrière-grand-mère, plutôt, était canadienne. Elle était québécoise. Ça voulait dire québécois. Le Canadien, ça voulait dire québécois. Et les Québécois se sont appropriés. C'est devenu Canadien français pour se différencier des autres Canadiens et là, dans un vœu de se doter d'une identité inclusive. Le Québec a un peu délaissé l'identité canadienne-française, ce qui a été un peu traumatique pour les Canadiens français des autres provinces, pour les Acadiens moins.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Ça a été tourné aussi en dérision dans des films ? Oui.
- Kenneth Deveau
Pour les Québécois, l'identité québécoise est un projet de société. On voulait créer quelque chose qui était plus inclusif. Et je sais, on le sait tous que ce projet-là n'est pas réussi encore. Le Québec a fait d'énormes progrès pour... se diversifier et être une société inclusive. Il y a encore des défis au Québec. C'est sûr qu'il y en a en Nouvelle-Écosse aussi. C'est la nature des choses. On regarde notre vision du Canada. Je reviens au Canada, moins le Québec. On voit l'approche de Kim Lekha, d'une approche d'intégration. C'est très intéressant. En fait, vous voyez, on a parlé de l'inaudiable. On a eu une ministre des Affaires acadiennes en Nouvelle-Écosse d'origine libanaise. C'est un symbole de la réussite. de nos projets en immigration et de notre société.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Tu parlais des étudiants tout à l'heure issus de l'international et de l'accompagnement qu'offre l'Université Sainte-Anne justement pour leur permettre de s'adapter. Je sais, l'année dernière, pendant le Congrès mondial acadien, il y a eu une annonce de l'honorable Mark Miller concernant un nouveau programme. Je me demandais, est-ce qu'il y a du nouveau par rapport à l'Université Sainte-Anne ?
- Kenneth Deveau
Absolument. Ça, il faut en parler davantage. D'ailleurs, c'est sur ma liste de priorités pour l'année. Donc, l'Université Saint-Anne, l'année passée, IRCC a proposé un projet pilote pour les communautés et les universités francophones hors Québec pour permettre des voies d'immigration aux étudiants internationaux. Donc en fait, l'étudiant... Quand il est recruté pour venir étudier dans l'université, il a aussi réussi ou il est qualifié pour la résidence permanente. Donc, il saute essentiellement, ça saute l'étape du permis de travail post-études. L'étudiant passe directement à la résidence permanente.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Ce qui est très intéressant pour les étudiants.
- Kenneth Deveau
Très intéressant. Et là, je suis un peu fier de la résilience de mon université. et de l'approche qu'on a prise, on a osé, surtout que le ministre l'avait annoncé sur notre campus, on a osé négocier avec le gouvernement. On ne peut pas. Il y avait énormément de pression des organismes de la francophonie canadienne et du gouvernement. C'était très symbolique que l'Université Saint-Anne ne rentrât pas dans le projet. On a toujours chanté les éloges de ce programme-là. On sentait qu'on n'avait pas les moyens de le faire correctement. On a réussi. Ça nous a pris à peu près huit mois à signer l'entente, mais d'obtenir un projet de d'IRCC pour subventionner ce qui est devenu le Bureau de la francophonie de l'Université Saint-Anne. Donc, on a créé un bureau. qui, entre autres, va gérer ce projet-là. Donc, on est très, très excités. Compte tenu du timing, ça va peut-être prendre encore un peu de temps à lancer. Peut-être que nos premiers étudiants ne seront pas là en septembre 2026, 2025, mais ils le seront certainement en 2026, septembre 2026, si pas avant. On a des indications que le programme, le pilote, va être continué. On est même en train de parler de transformer le pilote en programme. Je le souhaite. On est certainement en train de l'obliger dans cette direction-là. Les indications qu'on a, c'est sûr que la première année du pilote a été assez difficile et a eu peu de succès dans les autres établissements. Mais là, on voit qu'avec la collaboration entre les universités et IHCC, on est en train de résoudre. Et les derniers rapports que j'ai eus, c'est le taux de succès d'obtention de visa étudiant. chez les étudiants est de l'ordre de 70 % maintenant.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Alors qu'il était de ?
- Kenneth Deveau
Oh mon Dieu, de sous 5 % Oui De sous 5 %. On est vraiment très, très excités. Ça, ça va aussi nous permettre, là c'est sûr que ça va prendre la collaboration du gouvernement provincial entre autres Et des organismes Et des organismes. Là, on peut peut-être commencer aussi à viser La très grande majorité de nos étudiants internationaux viennent en administration des affaires et d'autres en biologie. On peut peut-être commencer à viser des programmes comme les sciences de l'éducation, où il y a une pénurie, et développer des partenariats et des programmes avec la province pour faciliter cette voie-là. C'est ce qu'on espère, en tout cas.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Faire partie de la solution.
- Kenneth Deveau
Voilà, voilà. C'est ça l'approche. Moi, je crois que c'est... Les universités canadiennes sont très, très, très inquiètes de... du moratoire et maintenant du processus anglophone et francophone, des voies normales de recrutement d'étudiants internationaux. Nous, à l'Université Sainte-Anne et les universités de la francophonie canadienne, on garde notre lueur d'espoir que le projet pilote, qu'on espère qu'il devienne un programme, une solution pour le repositionnement et les obligations du gouvernement fédéral. dans le cadre de la loi sur les langues officielles, pour atteindre le rétablissement de la population francophone hors Québec.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Et puis moi, je vois, en tant qu'intervenante en immigration, je vois ça comme un moyen d'augmenter la rétention de nos talents dans nos communautés.
- Kenneth Deveau
Mais là, vous savez que l'Université Saint-Anne ne pourra pas faire ça seule. Ça va prendre l'appui des organismes et surtout et notamment du Conseil de développement économique parce que c'est sûr qu'il y a une intégration sociale et culturelle qui peut se faire par l'Université Sainte-Anne. Mais l'intégration au marché du travail, on va se fier aux experts.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Absolument. Merci beaucoup, Kenneth. C'était vraiment très agréable. J'ai beaucoup appris avec toi. Donc, ceci clôt notre podcast. Je ne sais pas si tu as un mot de la fin.
- Kenneth Deveau
Oui, absolument. Je peux peut-être parler un peu de l'importance du Conseil de développement économique. et de l'économie de la Nouvelle-Écosse. Moi, vous savez que mon parcours de chercheur, vous savez, je vous l'annonce peut-être, mais j'ai un doctorat en éducation, j'ai étudié. Essentiellement, ma recherche se résumerait à comprendre l'importance de l'école de langue française à la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire, des études comparatives auprès d'autres groupes, mais fondamentalement... de voir comment, quels sont les facteurs qui permettent à une communauté francophone de se maintenir, voire même de s'épanouir, et quel est le rôle de l'école là-dedans. Ça, ça a été mon parcours de chercheur. Comme vice-recteur, j'ai été éveillé et amené à l'évidence de l'importance de l'économie et de voir à quel point c'était peu étudié. D'abord comme vice-recteur et ensuite comme président d'Invest Nova Scotia. Et ensuite, comme directeur général du Conseil de développement économique, s'il y a une chose qui est essentielle et dont on ne parle pas assez, l'éducation est importante, oui, absolument, mais le développement économique de nos communautés, la capacité de pouvoir travailler en français et de vivre dans des communautés, de pouvoir travailler dans des communautés où on peut vivre en français, c'est essentiel. Et le Conseil de développement économique est essentiel à ça, et pour ça, je le remercie. J'y maintiens mon engagement. C'est d'ailleurs pourquoi, à Saint-Anne, on considère le Conseil de développement économique comme un partenaire privilégié, l'un de nos plus importants, et que moi, personnellement, et comme recteur, je m'engage à cet organisme-là et à cette présidence. Voilà, donc c'est ça.
- Amel Souid - CDÉNÉ
Merci beaucoup Kenneth, c'était vraiment un grand plaisir. Phares et trajectoires est produit par le CDÉNÉ avec un soutien de Immigration Réfugiée Citoyenneté Canada. Si vous avez dans votre entourage un employeur, un immigrant, une personne nouvellement arrivante, n'hésitez pas à lui partager. Si vous avez une histoire intéressante à nous raconter, contactez-nous. À bientôt.