- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, on continue sur le thème de la sororité avec nos deux athlètes Bénédicte Rinaldi et Natacha Wong. Dans la première partie, nous avions abordé un petit peu leur début dans ce milieu-là, que ce soit aux Etats-Unis comme en France, c'était très intéressant. Si vous ne l'avez pas écouté, n'hésitez pas à l'écouter. On avait aussi parlé du rapport aux hommes dans cette discipline. Et aujourd'hui, et en fait c'était le reste de la discussion que je ne voulais pas révéler de suite, on aborde le milieu de la compétition. Je vous souhaite une très bonne écoute. Quand vous êtes rentré dans le milieu de la compétition, c'était en quelle année ?
- Speaker #1
Moi c'était 2010. 2009.
- Speaker #2
Moi c'était en 2013.
- Speaker #0
2013 ? Et est-ce que, parce que quand on est élève avec plusieurs femmes ou quelques hommes, est-ce que ça change le regard entre nous ? Est-ce qu'on passe de la sororité à la compétition ? Est-ce qu'on est moins bienveillant ?
- Speaker #2
Moi, la compétition, j'ai commencé... J'étais dans un environnement très restreint, c'est-à-dire que j'avais peut-être une copine de Paul pour m'aider, un studio de Paul pour me permettre de répéter. Et petit à petit, en fait, plusieurs profs de l'école où j'étais, à Paul & Dance, qui me donnaient quelques conseils, quelques élèves qui s'entraînaient également, qui, du coup, voyaient ce que j'étais en train de faire. que j'essayais de construire comme chorégraphie et pareil, qui me donnait des retours, mais c'était beaucoup plus de soutien au sein du studio. J'ai déjà parlé de Cocon, mais c'est un peu la famille. La notion de compétition, c'est peut-être plus quelque chose qu'on peut retrouver chez certains caractères en backstage. Puis c'est aussi quelque chose dont on essaye de se protéger. C'est-à-dire que moi, ça ne m'a jamais intéressée de travailler toute seule. Faire une compétition, ça a toujours été une occasion d'apprendre quelque chose de quelqu'un, d'un chorégraphe. Moi, j'ai beaucoup travaillé avec Kim Martinez. Depuis deux ans, j'ai commencé à travailler avec Lorena O'Neill. Et le but, c'est d'apprendre quelque chose dans l'histoire. Et donc, ces personnes-là, elles maîtrisent mon environnement un petit peu pour moi. C'est-à-dire qu'ils m'alertent un petit peu pour me dire si c'est mieux que je m'éloigne de certaines personnes, de certains environnements. En fait, ils me suggèrent un voyage et pas qu'une chorégraphie. Donc, moi, je vais beaucoup les écouter. C'est-à-dire qu'il y a certaines personnes devant qui je ne vais pas forcément faire ma chorégraphie. ou au contraire il y a Ils vont m'amener à montrer ce sur quoi je suis en train de travailler, alors que ce n'est pas prêt, à certaines personnes, pour me mettre en condition, etc. Donc en fait, ce n'est pas trop quelque chose maintenant. Au début, j'étais un peu plus perdue que ça. Mais maintenant, ce n'est pas trop quelque chose que je vais subir, cette notion de compétition entre les personnes. La seule chose qui m'intéresse pour retourner à la compétition, parce que je vais aller faire le Polart Italie fin avril, c'est parce que mes copines y vont. Et même une de mes concurrentes sera ma colocataire pendant l'événement. C'est Gabi Borayou, qui a failli pas venir. Et j'étais tellement déçue qu'elles ne viennent pas parce que le but était d'y aller tous ensemble, alors qu'elle sera contre moi, la compétition. Mais là, on... trouve un autre, pour ma part en tout cas, je trouve un intérêt supplémentaire, c'est une dimension supplémentaire à la compétition, justement de faire ça ensemble. Ce n'est pas une autre compétitrice qui va m'empêcher de réussir ma chorégraphie ou qui va me faire réussir ma chorégraphie, je serai toujours toute seule sur ma barre et ne vais pas intervenir dans mes mouvements ou dans ce que je vais réussir à donner. Donc là oui, ça faisait vraiment partie de l'expérience. partir avec ses copines, quitte à ce qu'elles soient aussi mes compétitrices en face de moi. C'est trop bien.
- Speaker #0
Je trouve ça bien. C'est finalement, en plus, toi qui viens du milieu de la gym. J'ai l'impression, après c'est peut-être une image que je me fais, mais... J'ai l'impression que c'est plus compliqué dans le milieu de la gymnastique de trouver ce genre d'environnement.
- Speaker #2
La gymnastique, c'est paradoxal parce qu'on est seul sur son agré. Donc personne d'autre peut faire pour nous. Mais en même temps, les compétitions, elles passent avant tout par les sélections en équipe et après, on part en individuel. Donc si on n'a pas servi une équipe et servi chacune notre tour, si on n'a pas chacune notre tour à assumer nos responsabilités, il n'y a pas vraiment d'individuel. Donc, c'est quand même... On apprend. Moi, mes plus grosses souffrances de gym, c'est mes sœurs de gym qui sont toujours, quand je rentre à la maison, mes meilleures amies. Donc, après, oui, il va toujours y avoir de la concurrence. Est-ce qu'on va être sélectionnés aux dépens du nôtre ? Est-ce que, quand on va passer à la compétition individuelle, qui va être la première ? Mais bon, on se soutient mentalement quand on apprend les choses. On lutte contre nos peurs ensemble. Parce qu'on a besoin que tout le monde réussisse. Si on écrase une copine, en fait, il faut se tirer vers le haut. La concurrence, elle ne peut être que comme ça dans une équipe de gym. Si on commence à se mettre des bâtons dans les roues, c'est toute l'équipe qui va en pâtir. C'est vrai que c'est un petit peu paradoxal, mais la compétition entre les filles est censée tirer l'équipe vers le haut. Un bon coach va réussir à faire ça.
- Speaker #0
C'est une chouette mentalité, parce que parfois, il y a quand même des coachs qui mettent leurs propres élèves en compétition. J'ai déjà eu ce genre de...
- Speaker #2
Ça va peut-être arriver aussi dans des milieux, quand il y a des enjeux nationaux ou internationaux, parce que les coachs eux-mêmes seront en compétition. Donc, il va falloir définir un coach, par exemple, pour l'équipe de France. Et ce n'est pas forcément le coach de toute l'équipe dans leur club. Donc il y a peut-être un des coachs qui va gagner la compétition des coachs et c'est peut-être là que tu peux avoir des situations comme ça.
- Speaker #0
Ok, c'est bien, ça me fait plus connaître ces milieux-là. Ça a toujours été ma peur. Je n'aime pas être en compétition. Le but, c'est d'être en compétition avec moi-même, pas avec les autres. Donc c'est vrai que quand je t'écoute, ça rassure.
- Speaker #2
J'avoue que moi, j'ai toujours eu cette approche de la compétition. En même temps, je suis très, très, très stressée. Je suis très angoissée le jour. Mais j'ai plus peur de savoir ce que je vais faire moi que de savoir ce que vont faire les autres. Et puis, petit à petit... Alors ça, pour le coup, c'est la pôle qui me l'a apporté. C'est que moi, je suis la poulie d'or de la pôle. C'est-à-dire que je suis deuxième, mais tout le temps. Je vais gagner de temps en temps, mais la plupart du temps, je suis deuxième. Et en fait, c'est les gens autour de moi qui sont déçus pour moi que je n'ai pas gagné. Mais ça empêche d'apprécier tout ce que tu as déjà réussi. Tu ne vois que la seule fille que tu n'as pas battue. Mais tu ne vois pas tout ce que tu as vaincu sur toi-même. Dans l'acceptation de la compétition, c'est un truc que j'ai mis très longtemps à réaliser. De me dire... Bah ouais, moi par exemple, quand je suis deuxième derrière Belen Serac à dominer les pole arts depuis des années, ben, on est content. Parce que c'est Belen. Et que je préfère être deuxième derrière Belen que première devant. Voilà, moi je... C'est comme ça que je vois les choses.
- Speaker #0
Ok, et toi Natacha, t'en penses quoi ? Tu penses quoi de ce qu'elle dit ou quel est ton vécu ?
- Speaker #1
Oui, je pense que quand vous faites la décision de faire des compétitions, parfois c'est une expérience très isolée, je pense. Surtout parce que quand j'ai commencé, j'avais des sororités. Et quand j'ai commencé à faire des compétitions, je me sentais en séparation. avec moi et mes amis. Donc, je ne sais pas s'ils m'ont regardée comme je faisais une décision de partir de la groupe ou quelque chose comme ça. Parce que moi, je n'ai jamais pensé que j'avais un égo. Et j'avais une copine qui me disait « Ah, le moment où tu as commencé à faire des compétitions, tu as changé. » Et je ne m'en ai pas sentie, mais je ne sais pas, peut-être. Et en plus, il faut faire des sacrifices quand tu fais les compétitions si tu es très, très sérieuse. Et moi, j'étais très, très sérieuse, donc j'ai arrêté de sortir. J'ai manqué plein d'anniversaires, des dîners, des événements sociaux. J'avais tant de focus seulement sur la compétition et mon travail, parce qu'en ce moment-là, je travaille encore. J'ai travaillé de 8h30 jusqu'à 6h, et puis après, je rentrais chez moi, j'ai mangé un petit peu, et j'ai loué le studio après les cours finissent, presque 5 jours par semaine, donc 9h jusqu'à 11h chaque nuit, et on répète pendant 3 mois. Donc, je n'avais pas beaucoup de temps d'être socio. Mais je ne recommande pas cette façon de s'entraîner. Parce que maintenant, avec un peu de perspective, quand je fais des coachings avec mes élèves, je dis qu'il faut que le polo ne soit pas toute ta vie. Il faut avoir les autres choses dans la vie que vous êtes passionné. Il faut... Être entre amis, il faut passer du temps avec ton partenaire, il faut vivre. Parce que le port, ce n'est pas l'identité totale.
- Speaker #0
Comme un métier n'est pas une identité totale. Ok, je pense que vous avez des chemins de vie hyper différents, c'est très intéressant. Je pense qu'on peut répondre à la question fil rouge qui est prête depuis des semaines. Comment la sororité vous a fait progresser en pole dance ? Qui veut commencer ?
- Speaker #2
Moi, c'est l'histoire de ce que Natacha vient de raconter sur comment elle coache ses propres élèves. Elle essaye de leur rappeler que la pole, ce n'est pas leur seule identité et qu'il ne faut pas oublier de vivre sa vie. en plus, à côté, au-delà, je dirais, de l'objectif qu'ils ont pour cette compétition, par exemple. Et en fait, j'étais en train d'essayer de me projeter là-dessus. Je me suis dit que moi, depuis que j'ai commencé à travailler de façon structurée, j'ai toujours travaillé avec mes meilleurs amis. Et en fait, c'est très dual. Mais la sororité... Bon, on va mettre Kim dans la sororité. Il va compter dans la sororité. Mais en fait...
- Speaker #1
Il y avait Nico aussi.
- Speaker #2
Oui, Nico, bien sûr. Et les gens de Poland Dance aussi que j'ai appelés la famille. Lolo qui m'a ouvert ses portes. Et puis d'autres, je ne pourrais même pas citer tout le monde. Parce qu'il y a même d'autres studios qui m'ont soutenue et tout ça. Mais en fait, c'est quand même des gens qui, un par un, m'ont donné toutes les cartes dont j'avais besoin dans mon jeu. Ou pour m'inspirer. Ou pour me donner un espace. créatif ou pour me remonter le moral ou pour me créer une chorégraphie, un visuel, un univers musical, etc. Et en fait, dans ce monde-là, j'ai toujours travaillé avec mes amis et quand j'ai travaillé avec une coach qui n'était pas mon amie, à la base, parce que je la connaissais à peine, je connaissais juste son travail, elle est devenue une de mes meilleures amies depuis qu'on a commencé à travailler ensemble. Donc en fait, j'ai toujours été entourée de ça. À la gym, j'étais entourée de mes sœurs d'équipe. Et à la pole, j'ai toujours travaillé avec mes meilleurs amis. Et je le réalise en te parlant maintenant aujourd'hui. J'adore.
- Speaker #0
Moi aussi, j'adore. Ok. Et toi, Natacha, tu veux conclure ?
- Speaker #1
Je pense que... Parce que moi, j'habite en Amérique. Et je pense que c'est un peu différent. entre la France parce que si tu vas dans une performance du pôle, les gens sont très, très, très supportifs. Non, on a dit supportifs. Soutiennent. On dit, ouais, yeah, you go, girl, yeah, yeah. Et on crie. Et quand je vois mes vidéos, quand je m'entraîne avec des amis, c'est comme ça aussi. On est complètement, you know, cheering each other on. Salut ! Mon mari, quand il était jeune, il fait du skateboarding. Et quand il voit des vidéos de moi avec mes amis, on en est en train, il dit, « Ah, c'est comme je suis avec mes potes quand on fait du skateboarding, on fait un truc, yeah, let's do this ! » On a toujours un peu de compétition, mais c'est une compétition positive. Quelqu'un fait quelque chose, Tu veux le faire aussi, t'ajoutes un peu plus de détails, quelqu'un d'autre ajoute quelque chose d'autre. Et c'est comme ça, c'est très collaboratif.
- Speaker #2
C'est vrai que vous, vous aviez quelque chose de caractéristique, vous l'avez toujours d'ailleurs, même pendant le Covid, vous le faisiez. Ils sont en studio avec ses amis, ils font beaucoup de pole jam.
- Speaker #1
Beaucoup, beaucoup.
- Speaker #2
Et ils se rencontraient même online pendant le Covid, ils branchaient les caméras, ils s'entraînaient ensemble. Et vous, vous faisiez ça beaucoup plus que...
- Speaker #1
On ne fait pas ça en France ?
- Speaker #2
Et moi, j'ai mes périodes où... Oui, on arrivait à se caler avec le même emploi du temps et à se retrouver au studio. Avec certaines personnes, c'est un petit peu moins général. Est-ce que c'est peut-être la vie, la petite logistique de chacun qui fait qu'on n'arrive pas forcément à se retrouver ? Mais moi, maintenant, j'arrive à le faire avec tous les amis du Sud, justement, avec le studio. les filles de Tonique, les copains de Montpellier, tout ça, qui viennent, on arrive à se retrouver, mais on arrive à faire ça une fois, deux fois par an. Du coup, en fait, on s'inscrit au stage pour se voir les uns des autres, pour profiter de chacun, mais on n'arrive pas à que ce soit spontané, comme ça. Et ça, c'est génial, parce que j'ai l'impression que vous, vous aviez un cercle avec Margarita, etc., où on a très... Fluide.
- Speaker #1
C'était la base de votre entraînement. Oui, mais en Los Angeles, on a beaucoup de gens qui sont des acteurs qui travaillent dans l'industrie d'Hollywood. Et quand tu travailles dans cet environnement, tu n'as pas de travail chaque jour de 8h à 6h. On a des périodes où on travaille beaucoup et on a beaucoup de périodes où on ne travaille pas. Et donc, on est beaucoup plus libre.
- Speaker #0
Je conclue comme quoi vous n'opposez pas la sororité avec la fraternité. C'est-à-dire que c'est parce que vous employez le mot sororité, mais ça n'inclut pas que des femmes.
- Speaker #2
Ah oui, c'est-à-dire que statistiquement, il va y avoir beaucoup de femmes dans les studios, mais en fait... Les hommes qui pratiquent. De toute façon, là, maintenant, par exemple, les compétitions ont un petit peu réglé le problème parce que quand on arrive en stars catégorie, là, il n'y a plus de genre ni d'âge. C'est les hommes, les femmes, les masters, les adultes ensemble. Et tu viens avec ton CV de pôle, ton petit palmarès pour rentrer dans cette catégorie. Et ensuite, toutes les performances sont jugées ensemble. Donc oui, oui, c'est... La sororité, elle dépasse la question du genre.
- Speaker #1
Maintenant, quand je dis sororité, ça inclut tout le monde. C'est parce qu'on est dans un sport qui a été créé par les femmes. Et donc, si tu fais de la pole, tu es une partie de cette sororité, même si tu es un homme ou même si tu es binaire. Non-binaire. Non-binaire.
- Speaker #0
OK, merci à vous deux d'avoir... accepté de participer à mon podcast encore une fois je me sens super reconnaissante et je vous dis à bientôt dans Philosophie sur ma barre