- Speaker #0
Mais quel est le plus beau métier que de faire plaisir au monde ? Moi j'ai grandi, comme je le dis souvent, les pieds dans la boue à la ferme. J'étais toujours coulé en cuisine. Et alors mes parents ont soutenu, alors ça n'a pas été facile pour eux d'accepter que je choisisse de faire un apprentissage. J'ai plus peur d'oser. En fait Top Chef m'a permis vraiment... De m'ouvrir et d'avoir cette liberté aujourd'hui de faire ce que j'ai envie de faire. L'exposition médiatique sur mon orientation sexuelle, etc. a été plutôt blessante, même très dure, parce que j'ai reçu beaucoup de messages homophobes, des messages de haine. Et c'est là où je me dis qu'on a encore énormément de chemin à faire sur l'ouverture d'esprit. C'est de croire en ses rêves déjà, parce que je pense qu'ils ne sont pas irréalisables quand on s'en donne les moyens.
- Speaker #1
Pour cet épisode, j'ai eu le plaisir de me rendre au restaurant Le Jardin des Plumes à Giverny pour rencontrer le chef David Gallienne. L'occasion d'échanger avec lui sur sa vision de la gastronomie, son expérience d'un top chef, mais aussi sur ce qui l'anime au quotidien et la manière dont il trouve son inspiration. Et justement, en parlant de passion, je me suis posé une question. Est-ce qu'elle suffit vraiment pour réussir dans les métiers de l'hôtellerie-restauration ? Parce qu'on parle souvent des chefs, des belles assiettes et des restaurants étoilés, mais derrière tout ça, il y a surtout des femmes et des hommes qui donnent énormément au quotidien. Et pour faire vue de cette passion, encore faut-il trouver les bonnes personnes. Et c'est justement là qu'intervient mon partenaire Koukouriko, la plateforme numéro 1 dédiée à l'emploi dans l'hôtellerie et la restauration. Donc que vous soyez à la recherche de votre prochain talent ou d'une nouvelle opportunité professionnelle, rendez-vous sur cocoréco.fr. Et maintenant, on est parti pour notre conversation avec le chef David Gallienne. Eh bien bonjour chef.
- Speaker #0
Bonjour, bienvenue à Giverny.
- Speaker #1
Merci d'avoir accepté mon invitation et merci de m'accueillir. On va commencer au tout début. Pouvez-vous nous parler de votre enfance ? Quel enfant étiez-vous ?
- Speaker #0
Alors, j'étais un enfant un peu perturbateur. assez hyperactif. Je pense que ça se retrouve encore aujourd'hui, malgré tout, parce que cette hyperactivité et cette envie d'entreprendre de tous les jours fait partie de mon quotidien. C'est vrai que j'étais un jeune garçon qui aimait quand ça bougeait. Je n'étais pas fait pour rester derrière un bureau d'école.
- Speaker #1
Vous avez su tôt que vous voulez faire de la cuisine ?
- Speaker #0
Alors oui. Très tôt, l'envie de devenir cuisinier est apparue chez moi, et c'est surtout en voyant ma grand-mère cuisiner. Ma grand-mère maternelle qui a élevé 13 enfants de l'assistance. Et donc, je la voyais préparer les repas pour la famille nombreuse qu'on était. En tous les cas, les repas dominicals chez nous, c'était des grandes tablées. Et puis, un grand-père cultivateur qui m'a aussi transmis cette passion et cet amour de la terre, des bons produits. terroir et finalement c'est un mélange de tout ça et cette alchimie finalement qui font partie de mon éducation, du bien manger, du recevoir qui m'a poussé effectivement à en faire mon métier et c'est une vraie passion qui est née vraiment très très jeune chez moi et ça a commencé en faisant des gâteaux, des choses sans prétention, des plats. Des plats de partage comme la blanquette de veau, le poteau-feu, mais j'ai toujours eu à cœur, pendant les vacances ou autres, de mettre la main à la pâte et j'étais sans doute plus en cuisine que sur un tapis de petite voiture dans ma chambre de jeune garçon à jouer au Playmobil, par rapport à peut-être l'enfance d'autres garçons de mon âge. C'est vrai que j'étais toujours coulé en cuisine.
- Speaker #1
Et vos parents ont soutenu ce projet ?
- Speaker #0
Et alors mes parents ont soutenu, alors ça n'a pas été facile pour eux d'accepter que je choisisse de faire un apprentissage. C'est vrai que chez nous on a toujours l'habitude d'avoir un parcours scolaire très classique, filière générale, etc. Je suis celui d'une famille que de comptables, une maman comptable, un papa comptable, une sœur comptable. J'étais plutôt prédestiné à être dans les chiffres et finalement j'étais lui un petit canard qui est tombé dans la marmite. Mais je ne regrette pas, je ne pense qu'eux non plus ne regrettent pas. Le choix que j'ai fait, mais c'est vrai que ça a été assez difficile en sortie de collège de convaincre nos proches. Souvent, nos métiers sont affiliés comme une voie de garage, comme t'es nul à l'école, tu vas faire cuisinier. Et c'était vraiment le stéréotype, en tous les cas, dans les années 2000, de dire, oui, t'es en échec scolaire, tu feras un apprentissage. Et non, moi, je voulais vraiment apprendre sur le terrain. Je voulais sortir justement... du bureau d'école et d'être assis sur une chaise pendant 6 ou 7 heures par jour et vivre pleinement de cette passion qui je sentais m'animer. Et oui, j'ai réussi à l'école. convaincre et je pense que pour moi c'est l'une de mes plus belles réussites jusqu'à maintenant parce que finalement apprendre un métier sur le terrain c'est là où est-ce que justement on se rapproche le plus de la réalité finalement et je pense qu'aujourd'hui l'apprentissage en tous les cas, que ce soit le métier de cuisinier ou d'autres d'ailleurs, finalement quand on l'apprend auprès de professionnels et bien on va plus vite dans la vie et on va plus vite aussi sur le début de sa carrière professionnelle.
- Speaker #1
Très bien. Et donc depuis, vous avez fait un BEP cuisine ?
- Speaker #0
Exactement, j'ai commencé par un...
- Speaker #1
Jusqu'à la première étoile. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu du parcours ? Oui,
- Speaker #0
il s'en est passé des étapes. Il ne faut pas brûler les étapes non plus. Effectivement, j'ai fait un BEP hôtellerie et restauration. Je voulais aussi voir l'envers du décor et savoir ce qui se passait du côté de la salle de restaurant. Donc, on avait aussi des cours de service en salle. Et puis, ça m'a permis d'apprendre la route des fromages, la route des vins aussi. Ça fait quand même partie de notre patrimoine français. Et on a cette chance d'avoir des vignobles de renom en France qu'il faut connaître. Donc, quelques notions, mais tout en étant très attaché quand même à la cuisine. Et même si je passais de l'autre côté, je revenais toujours très vite à mes couteaux. J'ai fait ensuite un brevet professionnel vraiment option cuisine pour vraiment approfondir les connaissances des bases de la cuisine française. Et sur les six derniers mois de mon BP, j'ai participé à mon premier concours où j'avais 17 ans et j'ai représenté la France au niveau international. C'était au Japon. Les World Skills, donc les Olympiades des métiers, c'est les Jeux Olympiques des métiers. une compétition qui dure 4 jours et qui m'a permis finalement de de sortir un peu justement encore de cette scolarité, de cet enfant, ce bébé que j'étais. Finalement, j'ai commencé la cuisine, j'avais 14 ans. Donc quand on rentre dans la vie active à 14 ans, on est encore peu mature finalement. On apprend et on se découvre aussi. Et ce concours m'a permis vraiment de m'émanciper, de passer je pense de... Du jeune enfant que j'étais à l'après-adolescence, à vraiment l'adolescent en tant que tel. Et ça a été plus qu'une révélation du surpassement de soi, de vouloir toujours donner le meilleur de soi. Et c'est vraiment les Olympiades des métiers qui m'ont donné goût ensuite à participer à d'autres concours. Non pas pour aller se confronter aux autres, mais pour toujours approfondir ses connaissances, se confronter avec soi-même avant tout. Et voilà, à la fois il faut une force mentale, une force physique et une force technique forcément. Parce que cette résistance justement, les Olympiades c'est 4 jours de compétition, donc on a une formation aussi sportive. On est entraîné par les plus grands coachs d'équipe de France. En ce qui me concerne, moi c'était Pascal Onesta qui était l'entraîneur d'équipe de France de handball olympique. Donc ça m'a permis finalement d'avoir une certaine carapace. pour affronter ces épreuves et qui me sert encore aujourd'hui et pour toutes les épreuves de la vie, pas que professionnellement parlant. Et puis après, j'ai intégré une maison étoilée normande dans laquelle j'ai grandi pendant 10 ans en gravissant les échelons les uns après les autres. Je suis rentré commis de cuisine, demi-chef de partie, chef de partie, premier sous-chef, sous-chef. Et voilà, quand je disais qu'il ne fallait pas brûler les étapes, c'est aussi ça. C'est dire aux jeunes, ne pensez pas qu'en sortant... de l'école, vous allez devenir chef ou parce que vous voyez des émissions de télé et qu'on pense que c'est tout de suite accessible. Non, il y a quand même des heures et des années de travail. Il y a un gros investissement personnel. Je pense qu'avant d'arriver là où j'en suis aujourd'hui, puisque je suis issu d'une famille très modeste et je pense que c'est une force aujourd'hui de garder les pieds sur terre et de ne pas oublier d'où on vient. Moi, j'ai grandi, comme je dis souvent, les pieds dans la boue à la ferme. Et j'aime toujours avoir les pieds dans la boue. Il faut prendre le temps et il faut surtout s'investir. C'est beaucoup d'heures, je sais. C'est un métier qui est difficile, mais qui est tellement passionnant que la passion, on en oublie la difficulté finalement. Parce qu'on vit en décalé des autres, parce que quand les gens prennent du bon temps, nous on travaille pour eux. Mais quel est le plus beau métier que de faire plaisir au monde ? Et je pense que notre métier en fait partie.
- Speaker #1
Très beau message. Donc on a parlé de la compétition, on a parlé des émissions télé, on va revenir sur Top Chef. Qu'est-ce que Top Chef vous a apporté ?
- Speaker #0
Alors Top Chef, ça a affirmé finalement, je pense, le cuisinier que je suis. Mon envie, mon ambition de travailler le végétal, de le mettre en avant, d'avoir justement cette signature et qui plus est... Dans un cadre comme celui-ci, bucolique, entouré de nature, entouré des impressionnistes, il ne faut pas oublier quand même qu'on est au pays de Claude Monet, donc cette empreinte de fleurs, de végétales, etc. est vraiment singulière, est vraiment une signature aujourd'hui et qui finalement s'est affirmée avec Top Chef dans ma manière de penser, dans ma manière d'écrire, dans ma manière de transmettre. Parce que finalement, être cuisinier, c'est transmettre des émotions à travers des assiettes, telles que l'on pourrait regarder un tableau quand on va le voir au musée des impressionnistes. Et oui, je pense qu'aujourd'hui, je n'ai plus peur d'oser. En fait, Top Chef m'a permis vraiment de m'ouvrir et d'avoir cette liberté aujourd'hui de faire ce que j'ai envie de faire.
- Speaker #1
Vous êtes toujours en contact avec notamment la chef d'Arrose et certains anciens candidats, même les chefs en général.
- Speaker #0
Alors oui, on se retrouve. Alors chacun, finalement, a son business à gauche, à droite. Et c'est vrai qu'on est toujours à fond dans nos maisons. Mais ça nous arrive forcément de se retrouver à travers des événements, à travers... Et c'est toujours un plaisir d'échanger. Et c'est vrai qu'avec Hélène, pour moi, ça a été ma maman d'adoption, ma maman de cœur. Parce que finalement, c'était hyper fusionnel dès le début. On a passé vraiment... Très, très bon moment. Et on se voit peu parce qu'Hélène, entre Londres, Marrakech et Paris, elle a un train de vie qui est aussi effréné que le mien. Dans tous les cas, on arrive à se recroiser ou s'envoyer un petit message de temps en temps pour prendre des nouvelles. Ça fait toujours plaisir.
- Speaker #1
Oui, c'est chouette. On va parler aussi de la première étoile. Qu'est-ce que vous avez ressenti quand vous avez reçu cette première étoile ?
- Speaker #0
L'étoile, j'ai toujours participé à la conservation de l'étoile. Je ne sais pas ce que c'est que d'obtenir une étoile, puisque finalement, partout dans mon parcours professionnel, où j'ai parcouru, pas les cinq départements normands, mais presque, chaque établissement dans lequel je suis passé, l'étoile était déjà en place. Donc j'ai participé à la conservation de cette étoile, mais je ne sais pas ce que c'est que de l'obtenir finalement. Donc l'objectif... qui n'en est pas un vraiment, mais en tous les cas, on est toujours dans cette recherche d'apporter mieux à nos clients et vraiment, on est dans cette remise en question permanente pour vraiment chercher un niveau plus élevé chaque année. J'ose espérer qu'une deuxième étoile arrivera un jour et que là, je pourrai enfin monter sur scène pour savoir ce que c'est que de recevoir une étoile supplémentaire. On parle d'étoiles, mais on a aussi le guide jaune qui est le guide de Goemio. qui sortira en région à la fin du mois. J'espère le plaisir de recevoir un titre, mais en tous les cas, c'est pareil, c'est un guide qui nous fait confiance, qui suit la maison et son évolution, l'évolution de toute l'équipe, parce qu'effectivement, il faut un chef d'orchestre, mais c'est aussi toute une équipe qui œuvre, hormis les producteurs, les fournisseurs. Toutes ces femmes et ces hommes qui transmettent à mes côtés toutes ces émotions. Donc voilà, on a hâte et en tous les cas, c'est une maison et un terrain de jeu qui est vraiment fabuleux.
- Speaker #1
Vous avez parlé de remise en question, comment vous vous remettez en question ?
- Speaker #0
Je pense qu'aujourd'hui, on est obligé de se remettre en question naturellement, ne serait-ce que depuis le Covid où les modèles économiques changent, les envies des clients changent, les méthodes de consommation changent. On est face aujourd'hui à des générations qui aspirent à autre chose. On doit toujours surprendre. On a aujourd'hui aussi une clientèle qui est de plus en plus exigeante. Mais ce qui est normal quand je fais le rapport qualité-prix, quand je vois les prix qu'on pratique aujourd'hui versus les prix qu'on pratiquait il y a 15 ou 20 ans quand j'ai commencé la cuisine. La cuisine a tellement aussi évolué, donc on se doit aussi nous d'évoluer avec elle. Et oui, je pense que tous les jours, il faut s'intéresser à la géopolitique, il faut s'intéresser bien sûr au climat, parce que ça c'est un vrai sujet. Et notre engagement aussi aujourd'hui, notre travail du quotidien en tant que chef, c'est aussi d'écouter Dame Nature et de cuisiner avec elle et pas cuisiner contre elle. Donc c'est toutes ces choses-là, notre cuisine aujourd'hui, elle doit s'adapter à ce que la terre nous offre. Et pas lui imposer ce que nous on a envie de faire, ce qui était le cas quand moi j'ai commencé la cuisine. Quand j'ai commencé la cuisine, on dessinait la carte, on appelait le fournisseur, on disait j'ai besoin de ça. Maintenant, notre démarche est complètement inverse. On appelle le fournisseur, on lui dit alors qu'est-ce qu'il y a en ce moment ? Et on compose avec ce qu'il y a. C'est des choses qui effectivement, en 20 ans, 25 ans, ont tellement changé et qui je pense seront... ou encore peut-être différents demain. Donc voilà, il faut se poser chaque jour les bonnes questions pour essayer de trouver les bonnes réponses.
- Speaker #1
Très bien. On a parlé de Giverny, on a parlé du musée de Claude Monet. Est-ce que ce lieu inspire votre cuisine ?
- Speaker #0
Oui. Monet, c'est une vraie source d'inspiration pour moi. D'une part parce que tous mes plages les dessinent avant de les réaliser. Donc ça passe d'abord par le crayon avant de passer par la casserole. Et donc... Les couleurs et les odeurs sont vraiment une source d'inspiration et je vais souvent dans les jardins de monnaie m'inspirer et c'est aussi là que je retrouve finalement cette sérénité et cette petite bulle d'oxygène parce qu'à un moment donné quand on est créatif et quand on a envie de créer, il faut aussi se retrouver avec soi-même. C'est des moments où on a besoin d'être seul, en tous les cas en ce qui me concerne. Donc effectivement les jardins de monnaie sont pour moi font partie des lieux mythiques et de référence dans lequel je me niche pour justement essayer de me ressourcer et d'être le plus créatif possible.
- Speaker #1
Vous avez déjà essayé de faire une vidéo où vous dessinez vos plats et ensuite vous les faites, vous faites le tuto ou directement au jardin un tableau avec votre plat, avec le plat que vous créez. Si vous essayez de faire quelque chose comme ça, ça pourrait être un chouette.
- Speaker #0
Je suis assez pudique sur ça, c'est vrai. Pas forcément un secret, bien au contraire, mais finalement, c'est une partie de notre intimité. Et je n'ai pas non plus envie de spoiler finalement la finalité, parce que la finalité, c'est l'assiette et c'est ce que le client va manger. Mais c'est vrai que peut-être je devrais y songer, de montrer cette manière de travailler. Alors, ce n'est pas propre à moi. On est beaucoup de chefs à aussi dessiner nos plats avant de les faire. Ça passe souvent par des mots-clés. Comme je le disais, c'est d'abord cette relation de confiance qu'on a avec les liens que j'ai pu tisser avec certains de nos producteurs, nos fournisseurs avec lesquels je travaille maintenant depuis 15-20 ans. On associe des saveurs, donc des mots, on les dessine. On essaie de penser et de travailler les textures aussi parce que pour moi, dans un plat, on doit avoir à la fois du croustillant, du moelleux, du croquant, du fondant. Et donc tout ça prend vie avec le crayon. Je flèche. c'est une manière aussi pour moi d'expliquer et de transmettre après aux équipes ce que j'ai imaginé ce que j'ai pensé d'avoir un visuel et d'imaginer parce qu'on ne peut pas se mettre à la place de la tête de quelqu'un donc voilà cette vision de la pensée qu'on a pu avoir et imaginer qui font souvent référence soit à des souvenirs d'enfance soit aux nombreux voyages que j'ai pu faire parce que j'adore découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles aussi. de nouveaux goûts, de nouvelles saveurs, et donc se les réapproprier et de s'amuser avec les produits qu'on a sur notre territoire, tout en venant les twister des fois par des poivres que je peux ramener du Cambodge, du Mexique, ou de la vanille qui vient de l'île Maurice, ou de Tahiti, etc. Et voilà, c'est cette alchimie-là qui fait ce qu'est ma cuisine aujourd'hui.
- Speaker #1
Quelle est votre plus grande fierté aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors ma plus grande fierté, personnelle ou professionnelle ?
- Speaker #1
Ce que vous voulez.
- Speaker #0
Personnelle, je dirais c'est mes deux enfants. Je pense que c'est ma plus belle réussite, c'est mes deux loustiques. 15 et 11 ans, la grande rentrée au lycée, le plus petit rentré en 5e. Et professionnelle, je dirais que c'est ce qui est derrière nous en fait. C'est ce rêve d'enfant d'avoir un jour mon propre restaurant et finalement d'avoir réussi à construire et de bâtir finalement cette belle maison anglo-normande avec la confiance que m'a transmise Eric Guérin, son prédécesseur, puisque Eric a été aussi un de mes mentors forts à un moment de ma carrière. a cru en moi et m'a poussé aussi sur le devant de la scène, puisque c'est un peu lui qui m'a quand même poussé à dire « Vas-y, top chef, il faut le faire, c'est le moment ou jamais, après quand tu seras patron, tu n'auras pas forcément le temps. » Il a toujours été là pour moi et finalement, je pense que c'est une de mes plus belles réussites professionnelles, c'est aujourd'hui d'avoir mon restaurant.
- Speaker #1
J'imagine. Et au contraire, est-ce que vous avez vécu un échec ? des décisions plus difficiles à prendre que vous pourriez nous partager ?
- Speaker #0
Oui, des échecs, on en a bien évidemment. Et je pense que c'est grâce aux échecs, d'ailleurs, qu'on se remet aussi en question peut-être plus facilement et d'essayer de comprendre pourquoi on a fait ce mauvais choix. Que ce soit dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle. Et puis je pense qu'aussi avec l'âge, on a peut-être aussi une forme de sagesse qu'on a moins quand on est jeune. Et quand on est fougueux, avant je pense que je réfléchissais après avoir agi. Maintenant je pense que je réfléchis avant d'agir. Donc ça aussi c'est... Avec l'âge et la maturité, on arrive mieux à prendre les bonnes décisions pour autant investir que dans sa vie au quotidien.
- Speaker #1
Est-ce que vous aurez un conseil à donner à des futurs aspirants hôteliers ?
- Speaker #0
Je n'ai pas vraiment de conseil. Le seul conseil que je pourrais donner, c'est de croire en ses rêves. Je pense qu'ils ne sont pas irréalisables quand on s'en donne les moyens. et le meilleur conseil c'est d'aller au bout de ses idées d'aller au bout de ses pensées quoi qu'il en soit, que ce soit une réussite ou un échec c'est de ne pas tricher, c'est d'y aller à fond et de vivre ces moments présents au quotidien et qu'importe le résultat finalement on en sortira grandi parce que Même si ça doit être une déception, on saura que la prochaine fois, il faudra faire autrement que la première parce que ça n'a pas été une réussite. Et surtout de ne rien lâcher. C'est vraiment la devise de la maison ici. Je le répète souvent, on ne lâche rien parce que c'est comme un concours finalement. On peut sur une assiette ou quoi oublier. ou ne pas réussir à un élément, finalement, jusqu'au bout, on a le temps peut-être de rattraper cette erreur ou autre et puis finalement de sortir quelque chose de magnifique. Donc, il faut vraiment aller jusqu'au bout de ses idées et ne rien lâcher.
- Speaker #1
C'est un beau message. Et vous, comment vous avez vécu la médiatisation ?
- Speaker #0
Alors, la médiatisation, elle est arrivée pour moi au moment du Covid, puisque c'était la diffusion de Top Chef était à cette période. Il y a eu effectivement un engouement très fort puisqu'on avait pris la décision avec notre food truck de sillonner les routes de la Normandie et d'aller rendre visite aux gens qui ne pouvaient plus nous rendre visite. Et donc il y avait effectivement quelque part ce lien social qu'on arrivait à entretenir, qui n'était pas le cas pour la majorité des gens d'entre nous. Et je l'ai plutôt bien vécu d'un point de vue professionnel parce qu'effectivement ça a été... C'était un tsunami, cette vague de gentillesse que j'ai pu recevoir. Et puis, sur un point de vue plus personnel peut-être, avec l'exposition médiatique sur mon orientation sexuelle, etc., a été plutôt blessante, même très dure, parce que j'ai reçu beaucoup de messages homophobes, des messages de haine. Et c'est là où je me dis qu'on a encore énormément de chemin à faire sur l'ouverture d'esprit quant à son orientation sexuelle. Je pense que ça vaut pour sa couleur de peau, ça vaut pour sa religion, etc. Je pense qu'on doit aujourd'hui faire passer des messages que pour moi l'amour n'a pas de couleur, n'a pas de religion et n'a pas de sexe en fait. Tout le monde est libre d'aimer comme il a envie d'aimer. Et ça prévaut aussi pour la cuisine. Une cuisine, il y a 25 ans, c'était une cuisine très machiste. Les femmes n'avaient pas leur place. Aujourd'hui, c'est une fierté d'avoir des femmes dans mes équipes. D'avoir des femmes dans mes équipes parce que finalement, elles apportent beaucoup de douceur. Elles apportent aussi beaucoup de légèreté dans ce monde un peu brutus. On ne va pas se mentir que quand même, les cuisiniers, ça reste des vrais bruts. Et ça ne les empêche pas de réussir. Et ça, c'est un beau contre-pied. C'est un beau... Des beaux messages, je pense, qu'il faut passer. Et à toutes les femmes qui nous regardent, vous êtes les bienvenues, mesdames, dans notre métier. Et voilà, nous, on a six nationalités différentes aussi parmi toutes les personnes qui travaillent à nos côtés, en passant par... L'Indonésie, en passant aussi par le Maghreb, moi j'ai vraiment à cœur aussi de les accueillir comme ils peuvent m'accueillir quand je vais chez eux. Et ça c'est une force parce que finalement, quand ils sont là, je sais que le vendredi ils ont une tradition au Maroc, c'est le couscous, et bien on est heureux de manger le couscous le vendredi aussi ici à la maison.
- Speaker #1
C'est chouette ! C'est très sympa de faire ça. Votre annonce pour notre top chef ? Ça a dû vous demander beaucoup de courage, ça avait été... Vous l'avez senti, vous avez senti le moment d'annoncer ça ? Comment ça s'est fait ?
- Speaker #0
En fait, c'est naturel. Moi, ça n'a jamais été un sujet tabou. Et finalement, les messages que j'ai pu délivrer aussi personnels, je n'étais pas obligé de le faire. Mais finalement, si ça a pu rendre service ou aider certains hommes à assumer qui ils étaient vraiment, parce que je sais qu'aujourd'hui, justement, par rapport à toute cette... L'homophobie auquel on est confronté, je pense qu'il y a aussi beaucoup d'hommes qui sont réticents à faire leur coming out. Et voilà, je pense que j'ai la chance d'être associé avec la mère de mes enfants, on s'entend très bien. Et aujourd'hui, je pense qu'on peut aussi vivre différemment. on est en 2026 on a quand même cette intelligence de pouvoir aimer Un homme, une femme, mais voilà, ces liens d'amour qui sont des liens d'amitié sincère et forte. Marie, la mère de mes enfants, c'est ma meilleure amie, c'est ma confidente, c'est ma seule et unique femme. Voilà, et c'est un vrai pilier aussi au quotidien ici, parce que Marie gère toute la partie hôtelière, moi la partie restauration, et on est hyper complémentaires, et on est un peu le ying et le yang, quoi. Ouais,
- Speaker #1
c'est chouette d'avoir trouvé une personne comme ça. et qui vous complétez si bien.
- Speaker #0
Exactement, et on n'est surtout pas dans le jugement de l'un ou de l'autre. Et ça, on a pris des chemins de vie qui sont différents, on a divorcé personnellement, on s'est remariés professionnellement. Oui,
- Speaker #1
c'est beau. On sent que vous avez aussi une grande attache à la Normandie. Pourquoi cette attache ?
- Speaker #0
L'amour de la Normandie, je pense qu'il est ancré en moi depuis mon... Plus jeune âge, c'est vraiment cette transmission de la part de mon grand-père qui m'a appris à chasser, à pêcher sur les terres normandes et cette découverte du patrimoine normand qui est fabuleux. On a cette chance d'avoir la mer, mais aussi tous les produits de la terre. On a un terroir d'expression qui est tellement riche parce que la Normandie, ce n'est pas que du camembert, du cidre et de la crème. C'est plein d'autres choses. Et finalement, pourquoi aller chercher ailleurs alors qu'on a tout sur place ? Donc, je n'ai jamais quitté la Normandie parce que je suis vraiment ancré dans ce territoire dans lequel je me sens bien.
- Speaker #1
Génial. Écoutez, on va passer à des petites questions un peu au tac au tac, si ça vous va. Ok,
- Speaker #0
allez.
- Speaker #1
Vous êtes prêts ?
- Speaker #0
Allez.
- Speaker #1
Alors, top chef ou l'étoile Michelin ?
- Speaker #0
Aïe, Ce n'est pas facile. Les deux.
- Speaker #1
Tradition ou innovation ?
- Speaker #0
Tradition.
- Speaker #1
Très bien. Le plat de votre enfance ?
- Speaker #0
La blanquette de veau.
- Speaker #1
Votre œuvre préférée de monnaie ?
- Speaker #0
Je dirais la meule de foin.
- Speaker #1
Dîner à la maison ou au restaurant ?
- Speaker #0
À la maison.
- Speaker #1
Paris ou Giverny ?
- Speaker #0
Giverny.
- Speaker #1
Est-ce que vous auriez une recommandation de vin, ou une adresse, une table que vous avez essayé, que vous avez goûté dernièrement, ou un livre ?
- Speaker #0
La grenouillère, chez Alexandre Gauthier.
- Speaker #1
Très bien. Enfin, pour finir notre entretien, est-ce que vous auriez un message de fin ? Un dernier mot à faire passer à nos auditeurs sur ce que vous souhaitez.
- Speaker #0
Eh bien, soyez heureux et prenez soin de vous.
- Speaker #1
Très bien. Eh bien, un grand merci.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Et à bientôt à Giverny.
- Speaker #1
Et voilà, nous arrivons à la fin de cet épisode. Si vous avez apprécié cette discussion, n'hésitez pas à laisser un avis sur Apple Podcast ou Spotify. Si vous avez des suggestions, des recommandations ou des retours à me partager, n'hésitez pas à me contacter sur Instagram. à arrobase podcast underscore do not disturb ou par mail à podcast.please dnd arrobase mail.com A très vite !