Speaker #0Bienvenue aux auditeurs d'élite.
Quant aux autres, vous pouvez rester.
Aujourd'hui, nous allons parler d'un mot en "isme".
Mais attention, ici, pas de politique ! Ici, nous sommes en bonne compagnie.
Pas de sectarisme.
Pas de pessimisme.
Pas de manichéisme, bien entendu, pas de vandalisme, et pas de bicaméralisme non plus.
Caramélisme ? Non, pas aujourd'hui en tout cas.
Non. Cette semaine, nous allons parler de misonéisme, qui est un nom masculin, du Grec ancien, misein, "détesté / haï", et neos, toujours du Grec, "nouveau".
Définition de misonéisme : aversion systématique pour la nouveauté, caractérisée par un refus obstiné du changement.
Attention à l'orthographe de ce mot ! Il s'agit bien de misonéisme, avec un i dans le miso. C'est comme la soupe miso, mais sans le tofu et les algues vertes. Je n'ai rien contre la soupe miso, notez, surtout si on la compare à la soupe maso. La soupe maso, vous ne connaissez pas ? C'est la même, mais avec du latex. Pas trop mon truc.
Mais ce n'est pas muso non plus. Muso comme dans museau vinaigrette ? Non, rien à voir.
Ni avec son cousin italien d'ailleurs : Muso ... lini, non. Ni musologie, d'ailleurs. En l'occurrence, il s'agirait plutôt d'ailleurs de Muséologie, la science des musées, mais c'est peut-être celle des muses. Quel beau sujet, la muse ! Attention, entendons-nous bien, la muse dans le sens « la » et plus loin « muse » , pas « l' » « amuse » , comme dans « amuse-bouche » . Notez que l'amusement finit souvent par se traduire par un mouvement autour de la bouche, effectivement. Éclat de rire, grimace, sourire, rictus, etc.
On n'imagine pas les conséquences du rire. Entre l'homme politique qui dit à son adversaire « Vous me faites bien rire » et celui qui est réellement mort de rire, il y a un monde.
Car on peut mourir de rire.
Le premier à avoir laissé une trace dans l'histoire, c'est le philosophe grec Chrysip. Lui, il est mort d'un arrêt cardiaque consécutif à son hilarité, qui était due à son propre trait d'esprit. Ça devait être drôle ... En même temps, je ne suis pas sûr d'avoir envie de la connaître, cette blague ... Et puis ceux qui rient de leur propre plaisanterie, moi, ils me fatiguent un peu. L'humour, par définition, c'est le partage. Nos blagues, elles sont faites pour faire rire les autres, pas nous-mêmes. Mais on peut faire rire les autres à nos dépens, c'est pas la même chose. C'est même d'une grande élégance. Georges Bernard Shaw disait « Depuis que j'ai appris à rire de moi-même, je ne m'ennuie plus jamais. » Mais se faire rire soi-même, moi ça ne m'amuse pas.
Revenons au misonéisme.
Rien à voir non plus avec Mozo. Mozo, c'est le nom de Bozo le clowPAS tel qu'on le prononce quand on n'est PAS enrhumé.
Et myso avec un Y alors ? Eh bien, il n'y en a pas. En tout cas, chez les Grecs, il n'y a pas de Y à miso chez les Grecs anciens. Non.
Chez les Perses, je ne dis pas, ils étaient capables de choses formidables, ces gens-là. Regardez le grand Xerxes, par exemple, roi de la Perse achémenide, au 5e siècle avant JC. Qui d'autre que le grand Xerxes aurait pu avoir deux X dans son prénom ? Eh oui.
Elon Musk, lui, il a déjà du mal avec un seul X, alors vous imaginez avec deux ?
C'est pour cette raison que misogyne s'écrit avec un i en seconde lettre, car il désigne bien celui ou celle qui déteste, miso, les jeans. Et il y en a des misojean ! C'est difficile à comprendre, mais il y en a, de nos jours encore.
A l'époque de Socrate, je peux comprendre, à la limite. Par rapport à la belle toge blanche qui tombe bien, le jean, ça fait tout de suite un peu... un peu contestataire.
Mais aujourd'hui, honnêtement, vous indignez-vous lorsque vous voyez une paire de jeans dans la rue ? Ben non, moi non plus. Eth bien, c'est probablement signe que nous ne souffrons pas de misonéisme.
Je vous en rappelle la définition : aversion systématique pour la nouveauté, caractérisée par un refus obstiné du changement.
Il faut regarder. Le misonéisme, il commence très tôt. Il frappe d'abord les enfants. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d'expliquer à votre petit-fils Guéméné, après une 27e lecture du conte, que la Belle au Bois dormant est vraiment une cruche ! Et que si elle est une cruche, il y a quand même de fortes chances pour que le Prince charmant le soit aussi ! Essayez de lui expliquer ça, vous verrez ce que c'est que le misonéisme.
Mais ça ne s'arrête pas là. Le refus obstiné du changement, il est partout !
Tenez, vous, je suis sûr que vous êtes né jeune. Et que encore maintenant, vous êtes en train de vieillir. Vous ne vous êtes jamais dit que ça pourrait être intéressant de faire l'inverse ? Refus du changement !
Autre exemple : les vœux.
Vous n'avez pas marre de présenter vos vœux en janvier, vous ?
Mais essayez donc de souhaiter une bonne année à vos commerçants préférés, à votre famille, à vos amis, au mois de juin. Vous verrez le misonnaïsme.
Et le facteur ? Ça sonne toujours deux fois.
Et les poules ? Elles n'ont toujours pas de dents !
Et l'extrémisme en Orient ? Toujours du côté de la Chine, là-bas : l'Extrême-Orient. Ben oui, vous avez remarqué. Alors que la mesure, le calme, la pondération se trouve, comme son nom l'indique, au Moyen-Orient. On pourrait presque parler de moyenne pondérée orientale, tellement il ne se passe rien dans ces régions.
Quant aux podcasteurs, vous pensez qu'il leur viendrait à l'esprit de se taire ? Mais non, misonéisme encore ! Quant à ceux des podcasteurs qui publient tous les vendredis à 7h07, n'en parlons même pas.
Moi, je connais même quelqu'un qui compte en anciens euros. Il ajoute 2 zéros à tous les prix et il trouve que tout augmente. C'est pas du misonéisme, ça ?
À l'inverse. Admirez ce qui résiste, ce qui défie le misonéisme. Regardez les aiguilles de la pendule. toujours vers l'avant, en territoire inconnu, le temps toujours vers le futur.
C'est comme le verre, un coup à moitié plein, un coup à moitié vide, qui peut prévoir ? Et puis il suffit de verser votre verre dans un verre plus grand ou dans un verre plus petit et vous verrez qu'à liquide constant, la perspective n'est plus du tout la même !
Turlututu, chapeau pointu.
Et c'est ainsi. que le caramel sonna deux fois.