Speaker #0Tu penses peut-être que le carême, c'est une corvée austère et culpabilisante. Et si je te disais que tu peux le vivre comme un temps joyeux et libérateur qui peut transformer ta vie ? On regarde ça juste après le générique. Bienvenue dans cette nouvelle vidéo, je m'appelle Carolina Costa, je suis théologienne, auteure et pasteur de l'Église protestante réformée de Genève, oui, celle du réformateur Jean Calvin lui-même. Et aujourd'hui, j'aimerais parler avec toi du temps privilégié qu'est le carême pour se préparer à recevoir le grand mystère de... Pâques. Qui peut vivre le carême ? On pourrait croire que c'est justement réservé aux chrétiens catholiques romains. Eh bien, pas du tout. C'est vraiment ouvert à toutes les chrétiennes et les chrétiens du monde entier qui le désirent, protestants, réformés, luthériens, anglicans ou orthodoxes. Il n'y a aucune condition à vivre le carême, c'est un choix personnel et qu'on peut vivre de manière privilégiée, en communauté bien sûr. Le carême peut se vivre à tout âge, mais évidemment, on ne va pas faire pratiquer un jeûne alimentaire à des enfants ni à des adolescents. Si je parle du fait de jeûner, c'est parce que dans l'histoire de l'Église, le temps du carême a toujours été associé au jeûne. Pourtant, il n'est plus obligatoire. Au XVIe siècle, les réformateurs protestants comme Martin Luther ont décidé de ne plus rendre le jeûne obligatoire, mais de laisser le libre choix à chacune et à chacun pour rappeler qu'on ne peut rien faire pour mériter le salut de Dieu parce qu'il est offert gratuitement. C'est ce qu'on appelle la grâce dans le monde protestant. Bon, d'accord, alors tout le monde peut vivre le carême, mais alors pourquoi le faire ? À quoi ça sert ? Quand Martin Luther, mais aussi Jean Calvin, le réformateur protestant, ont décidé de ne plus rendre le jeûne obligatoire pendant le carême, c'était justement pour éviter d'induire une idée de mérite ou de sacrifice obligatoire pour mériter l'amour de Dieu. C'est-à-dire nous faire croire que parce que j'ai jeûné ou parce que je me suis beaucoup privée et flageolée, alors je serai plus proche de Dieu et je serai sauvée. Non, la grâce de Dieu est offerte et on ne peut rien faire pour la recevoir. Dans la pensée protestante, la démarche consiste toujours à aller chercher ce qu'a dit le Christ dans les évangiles. Et là, tu risques d'être surpris. Parce que sur ce thème du jeûne, on peut relever deux enseignements de Jésus. Le premier, c'est dans l'évangile de Marc au chapitre 2, verset 18, où justement des gens s'interrogent sur le fait que les apprentis disciples de Jésus ne pratiquent pas le jeûne, alors que les disciples de Jean et ceux des pharisiens le pratiquent. Jésus n'est pas contre la pratique du jeûne, mais il dit cette phrase mystérieuse. Les invités de la noce. Pourrait-il jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner, mais des jours viendront où l'époux leur sera enlevé. Alors ce jour-là, ils jeûneront, dit Jésus. En vérité, il semble mettre une plus grande importance à enseigner à ses apprentis disciples la joie d'être à ses côtés. Une joie similaire à celle qu'on peut vivre lors d'un mariage. Donc c'est la fête quoi ! Autrement dit, Jésus met l'accent sur l'importance de savoir d'abord célébrer, fêter, chanter, danser, s'amuser, louer Dieu. Parce qu'il sait que dans nos vies, nous allons forcément vivre des temps plus difficiles, comme le deuil, la perte, la tristesse ou l'expérience du vide existentiel. Le deuxième passage se trouve dans l'évangile de Matthieu, chapitre 5, verset 17, lorsque Jésus appelle Matthieu pour devenir un apprenti disciple. Il répond là aussi à celles et ceux qui remettent son appel en question, et il cite le prophète Osée. « Je désire la bonté et non les sacrifices, dit Dieu. » D'un point de vue protestant, le salut justement a été offert par le sacrifice ou plutôt le don de la vie de Jésus-Christ, et c'est une fois pour toutes. C'est ce que nous appelons l'expérience de la grâce, c'est-à-dire le cadeau de l'amour inconditionnel et absolu de Dieu offert à l'humanité. Le temps du carême, c'est donc surtout un temps propice pour se nourrir de la bonté de Dieu et de son amour. Mais rien n'empêche aussi, bien sûr, de prendre ce temps pour du discernement. Par exemple, sur ce qui peut nous conduire à avoir des comportements de dépendance de toutes sortes, dans des aspects matériels, ou relationnel, et j'y reviendrai plus longuement tout à l'heure. Que signifie le mot carême ? Il vient du latin quadragesima, qui signifie simplement quarantième. Pourquoi quarante ? Parce que ce chiffre traverse toute la Bible, et ce n'est pas un hasard. Quarante jours de déluge pour Noé et sa famille, quarante ans d'exode dans le désert pour le peuple hébreu, quarante jours de jeûne pour Moïse sur le mont Sinaï, et bien sûr, quarante jours de jeûne pour Jésus au désert avant de commencer son ministère. Dans la tradition juive, quarante, ça marque un temps de... transformation. C'est un passage, un seuil, un avant et un après. C'est un temps d'épreuve, mais surtout de renouveau. Dans la mystique juive, les chiffres ont toute leur importance et le nombre 40 correspond à la lettre hébraïque même, qui symbolise l'eau et la maman. Elle évoque donc les cycles de mort et de renaissance, mais aussi justement la transformation spirituelle. Et la lettre même se trouve au centre de l'alphabet hébreu. Ça représente donc un point d'équilibre entre un avant et un après. Le carême, c'est 40 jours. Il faut ajouter les dimanches, et ça va du mercredi décembre jusqu'à Pâques pour vivre une vraie vie. métamorphose. Un temps pour te recentrer, t'ouvrir à Dieu et aux autres et retrouver cette joie profonde. Maintenant que tu as compris que tu peux vivre cette expérience, tu vas te demander « ok, alors comment je fais concrètement ? » Souviens-toi des 40 jours de Jésus au désert lorsqu'il traverse les épreuves du tentateur ou du diviseur et il cite la Bible en disant « L'être humain ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de l'éternel Dieu. » L'essentiel durant le carême, il est donc là. se centrer sur la parole de Dieu qui nourrit le cœur, l'âme et l'esprit. Pourquoi ? Pour qu'elle chasse en nous ce qui nous fait peur, ce qui nous trouble et ce qui nous divise. Donc rechercher l'unité. Souviens-toi que l'évangile, c'est une bonne nouvelle. C'est un message qui est censé t'apporter du réconfort, de la confiance, de la paix. Et c'est ce que nous allons chercher à renforcer durant notre carême. Et ça va pouvoir surtout nous aider par la suite, lorsque justement des périodes plus difficiles... et inévitables dans notre vie d'humain vont se présenter. Et c'est donc pour ne pas perdre courage ni confiance en Dieu. Et c'est ça le secret du carême. C'est précisément de choisir librement de vivre une privation pour se préparer au jour où on ne pourra pas le choisir. Je pense que tu seras d'accord que lorsqu'on traverse une épreuve comme le deuil, la maladie, une séparation, une perte, une discrimination ou toute autre difficulté, tu admettras qu'en général, ça nous tombe dessus, on ne les choisit pas. Le carême, c'est comme un entraînement spirituel pour se préparer à ses épreuves en restant attaché et fortifié à Dieu. Je vais donc choisir de me priver de certains éléments matériels ou relationnels pour découvrir ce mystère profond de la foi qui est que même si je devais tout perdre un jour, comme le dit le psaume 23, l'éternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Une des manières de pratiquer le carême, c'est donc le jeûne alimentaire. Qui peut le pratiquer ? Avant de commencer, je vais te rappeler qu'il est clairement déconseillé ou contre-indiqué de pratiquer des jeûnes alimentaires pour plusieurs catégories de personnes, comme les enfants, les adolescents, les personnes très âgées ou très maigres, les personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire, les personnes enceintes ou qui allaitent, les diabétiques de type 1, les insuffisances rénales ou les maladies auto-immunes, les porteurs d'un simulateur cardiaque ou d'un organe greffé. Si tu as un doute, consulte ton médecin pour lui demander conseil, c'est beaucoup plus facile. Voici les différents types de jeûne pendant le carême. On peut jeûner de nourriture ou de viande, mais il existe d'autres pratiques plus étonnantes que j'aimerais aussi te faire découvrir pour choisir le carême qui te conviendra le mieux, et surtout le dernier qui est le plus important. Le premier, c'est le jeûne partiel. C'est s'abstenir de certains aliments spécifiques comme le pain, les féculents ou la viande. Ce jeûne est inspiré du jeûne de Daniel dans la Bible, qui s'est abstenu pendant trois semaines de mets délicats, dont la viande justement et du vin. Ça permet de continuer ses activités quotidiennes sans souci. Ce jeûne est prescrit depuis 1966 par l'Église catholique romaine durant deux jours spécifiques. Le mercredi décembre, qui est justement l'entrée dans le carême, et le vendredi saint, qui est le jour de la mort du Christ pendant la semaine pascale. Et puis, il est aussi recommandé tous les vendredis de l'année, si tu as envie de le faire, en mémoire de la mort du Christ sur la croix. Ce jeûne peut être pratiqué dès l'âge de 14 ans. Le deuxième, c'est le jeûne total. Là, c'est une privation complète de nourriture. et de boisson. Il est pratiqué notamment par Esther et le peuple de Ninive dans la Bible, mais là, il faut vraiment être accompagné et suivi parce que c'est le plus difficile et franchement, je ne le recommanderais pas personnellement, mais plutôt le troisième. Le troisième, c'est le jeûne classique. Aucune nourriture solide, uniquement des liquides du style eau, tisane et jus. C'est celui qui ressemble le plus au jeûne de Jésus dans le désert. Et je vais vous dire la vérité, moi j'adore manger et j'ai toujours pensé que je n'y arriverais jamais. Pourtant, la première fois que j'ai vécu un jeûne avec un groupe, j'ai été émerveillée de ce que j'ai vécu et maintenant je m'en réjouis. Mais ce que j'ai réussi, c'est justement parce que j'étais en groupe. On est porté par les autres et par les temps spirituels. Donc, il faut vraiment vous trouver un groupe de jeûneurs et de jeûneuses dans votre communauté locale ou dans une autre communauté aussi pour vous soutenir et vous accompagner. En général, ce jeûne se pratique de 5 à 7 jours. Il faut ajouter une semaine pour rentrer dans le jeûne où on va éliminer des aliments au fur et à mesure et une semaine pour en sortir où on va tout réintégrer au fur et à mesure. Pendant ce temps de jeûne, il faut éviter aussi de se surcharger de travail. L'idéal, c'est même de pouvoir prévoir aussi des siestes. Mais tu verras que paradoxalement, il faut aussi bouger et faire des promenades quotidiennes. Le bénéfice spirituel et humain d'un vrai jeûne alimentaire, c'est que vos sens vont être encore plus en éveil. Vous allez être beaucoup plus sensibles aux couleurs, aux odeurs, à la beauté de la création, à la présence des autres autour de vous et bien sûr à la présence de Dieu et du Christ qui vous accompagne. Vous allez aussi gagner du temps parce que vous n'aurez plus besoin de cuisiner, sauf pour celles et ceux qui ont des personnes à charge ou des enfants évidemment, ou dont c'est le métier. Mais vous aurez du coup aussi plus de temps pour la contemplation, l'écoute et la lecture. Et petit bonus, vous allez même économiser de l'argent puisque vous allez économiser vos repas. D'ailleurs souvent on encourage à reverser par ce... Solidarité, l'argent économisé, une organisation qui vient en aide aux personnes souffrant de malnutrition dans le monde. Quatrième, forme moderne de jeûne. Aujourd'hui, on peut choisir de jeûner une semaine ou tout le temps du carême, mais sur d'autres plans qui sont plus matériels, comme s'abstenir de télévision, de réseaux sociaux, d'écran ou de smartphone. Mais ça peut être aussi l'arrêt du tabac, l'alcool, des drogues ou la pornographie. C'est une manière de reconnaître des dépendances qui souvent nous empêchent de faire circuler l'esprit de vie, de liberté et d'amour de Dieu. C'est donc un travail sur le détachement pour mieux s'attacher à ce qui conduit à la vie, à ce qui comble à Dieu ou l'amour ou d'autres facettes relationnelles. Parce que tout le temps que vous allez récupérer en arrêtant vos addictions, c'est du temps pour lire, étudier la Bible, prier, mais aussi peut-être aller dans la nature et développer vos relations interpersonnelles. Le cinquième, c'est le jeûne spirituel. Quelle que soit la forme que prendra ton jeûne, c'est un jeûne que toute personne chrétienne devrait pratiquer pendant le carême et en vérité. toute l'année. C'est un texte d'un auteur anonyme, je te mettrai le pdf au bas de cette vidéo, que j'ai repris, et qui nous invite à jeûner de paroles blessantes pour transmettre des paroles de paix et de guérison, jeûner de mécontentement pour s'en remplir de gratitude, jeûner de ressentiment pour se remplir de douceur et de patience, jeûner de pessimisme pour se remplir d'espérance, jeûner du stress pour se remplir de confiance en Dieu, jeûner de possession. pour se remplir des choses simples de la vie. Jeûner de besoins superficiels, pour se remplir de prières. Jeûner de critiques sur les autres, pour découvrir que le Christ vit aussi en eux. Jeûner d'égoïsme, pour se remplir de générosité. Jeûner de rancune, pour se remplir de pardon et de réconciliation. Jeûner de bavardage, pour se remplir de silence et d'écoute. Alors, alors, ton carême portera du fruit. Chères auditrices, chers auditeurs, chères sœurs et frères, si vous voulez retrouver tous mes épisodes passés et ceux à venir, pensez à vous abonner sur votre plateforme d'écoute, par exemple Spotify, Apple Podcasts ou Deezer. Merci à toute l'équipe bénie des Ataprog qui a fabriqué cet épisode. Si tu as aimé, n'hésite pas à me mettre 5 étoiles. Et pour plus d'informations, on se retrouve sur carolina-costa.com. Soyez bénis les amis !