- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast de La Terre à l'Assiette.
- Speaker #1
Et si cuisiner autrement n'était pas seulement une pratique culinaire, mais un acte politique ? C'est la conviction de Kyriagé, agricultrice, chef et cofondatrice de la table de Gaïa en Ariège. Dans les contreforts des Pyrénées ariégeoises, Kyriagé et Manu, son mari, ont fait le pari un peu fou, de créer la table de Gaïa, un restaurant ferme bio, où l'on produit tout ce qui arrive dans l'assiette de la graine au décès. Dans son projet singulier, elle produit, élève, récolte et cuisine les ingrédients qui composent chaque assiette. Une démarche radicale, engagée, bio, qui interroge notre façon de penser l'alimentation, la production et la place de l'humain dans la nature. Aujourd'hui, Elle nous raconte comment elle a fait de ce rêve une réalité et pourquoi elle pense que l'agriculture et la cuisine sont indissociables.
- Speaker #0
Une émission présentée par Christian Roguby
- Speaker #1
Bonjour Kéria.
- Speaker #2
Bonjour, je suis ravie d'être ici.
- Speaker #1
Eh bien écoutez, nous aussi de te recevoir en tant que membre à part entière du Collège Culinaire de France.
- Speaker #2
Et fière de l'être !
- Speaker #1
C'est formidable, ça commence vraiment très très bien pour tous nos auditeurs. En fait, tu es dans un artisanat engagé, on peut dire. D'où vient cette passion que tu as pour une agriculture autonome, tournée vers tout l'écosystème et pas simplement centrée sur elle-même ?
- Speaker #2
Alors d'où ça vient ? Je pense que ça vient directement du cœur. Vraiment, quand on a monté ce projet-là, ça a été cette cohérence-là. Déjà, j'aime à dire aussi qu'on ne savait pas que c'était impossible, alors on l'a fait. Parce qu'en fait, on ne s'était pas vraiment rendu compte que c'était des choses qui ne se faisaient pas. Et en fait, c'est venu de manière assez naturelle déjà aussi au fur et à mesure de nos épreuves, parce qu'au départ, on est vraiment paysans. Notre vrai statut, c'est agriculteur. Et en fait, au fur et à mesure, on a décidé de valoriser chacune de nos productions. Et ça a été un mouvement du cœur de se dire, mais ces productions qu'on fait, qui sont à eux de valeur ajoutée au final, parce qu'on y met vraiment tout notre cœur, pourquoi ne pas aller jusqu'au fond de la démarche, jusqu'à servir dans les assiettes nos recettes ? Parce que j'avais quand même une certaine passion pour la cuisine, bien évidemment. Et du coup, ça a été vraiment ça, un mouvement du cœur qui a fait qu'à travers nos mains, de la graine à l'assiette. Alors, tu l'as très bien dit, on est producteur, mais ce qui est assez fou, c'est qu'on est producteur autant de légumes que de fruits que nos viandes. On a cinq viandes différentes avec le bœuf, le porc, l'oie fermière, les volailles. On fait aussi nos œufs, là on fait nos miels et cette année, on va commencer aussi à faire les poissons. Donc on est vraiment dans cette démarche-là de faire au maximum. On fait aussi notre pain. Donc tout ce qu'on produit, on le sert dans les assiettes, on est jusqu'à 80% et on prend aussi à nos producteurs voisins pour ce qu'on ne fait pas. Parce que par exemple, on n'est pas producteur de lait, mais on est dans cette démarche-là de prendre aussi. tout ce qu'il y a à côté chez nos amis producteurs.
- Speaker #1
Ce qui est très intéressant dans votre démarche, c'est que vous avez une approche qui est une approche globale, intégrée, de tout ce qui part de l'identité humaine dans sa globalité. C'est-à-dire que ça n'est pas un morceau qui ensuite est diffusé dans le système, c'est un écosystème lui-même que vous avez conçu, monté, c'est-à-dire que c'est quelque part une vision du monde que vous avez.
- Speaker #2
C'est exactement ça. Tu as mis le doigt exactement sur ce qu'on avait envie de faire. Nous, quand on s'est installé, on voulait montrer déjà qu'une autre agriculture était possible. Et c'était vraiment le cœur de notre sujet. Et on avait envie de montrer cet écosystème et en fait ce cercle vertueux finalement, qui donne de plus en plus au lieu de donner de moins en moins parce que...
- Speaker #1
Il y a une productivité. Ce qu'on dit souvent au Collège Finan de France à travers ces types de démarches, c'est que c'est une autre façon de rentrer dans ce que j'appelle moi une nouvelle économie relationnelle. qui n'est pas le système économique dans lequel nous sommes, qui est productive, rentable et durable. Mais suffit effectivement, enfin suffit, on va voir sans doute les grandes difficultés auxquelles on se heurte forcément dans ce genre de choses, mais quelque part, je rebondis sur la notion politique que vous évoquez, c'est éminemment politique dans le sens où ça interpelle totalement sur la souveraineté alimentaire. Ce qui est vrai au niveau d'une entité telle que celle que vous avez générée, l'est totalement oubliée. au niveau du système. La France, avec la richesse de ses produits, avec la richesse de ses paysages, de ses paysans, a la capacité d'une réelle autonomie alimentaire. Donc, ça doit nous interroger fortement sur la façon de concevoir, justement, la politique.
- Speaker #2
C'est vrai que la souveraineté alimentaire, c'est notre fer de lance. Tu l'as bien remarqué. Et au final, comme je te disais, nous, notre but, c'était de montrer qu'une autre agriculture est possible et, en fait, de s'autonomiser. des grandes industries, effectivement, et donc on montre tous les jours que c'est possible, que c'est pas facile, je n'ai jamais dit que c'était facile, mais en tout cas que c'était possible et qu'on pouvait avoir une activité agricole qui est respectueuse de l'humain, des animaux, de la nature et de notre dignité et forcément de notre souveraineté alimentaire derrière.
- Speaker #1
Alors ce qui est très intéressant, c'est que tu viens de dire, je rebondis, c'est possible, mais c'est pas facile. Mais quand on réfléchit, la société dans laquelle nous sommes, n'est pas facile du tout, non plus. Mais ce n'est pas facile, ça nous contraint, même économiquement, pour produire de la destruction. Donc, quitte à ce que ce ne soit pas facile, c'est là que je pense que ce ne soit pas facile pour produire quelque chose de constructif. Je présume évidemment, et tu peux nous en parler un petit peu, les difficultés que vous avez rencontrées. On a eu dans des précédents enregistrements... avec des membres du collège, certains qui ont réussi des choses vraiment extraordinaires, mais qui sont passés, par exemple, par des dépôts de bilan. qui sont passés par des difficultés économiques. Quand on arrive à s'en sortir, ils expriment tous que c'est d'une richesse incommensurable d'avoir subi cette épreuve.
- Speaker #2
Ça c'est sûr et certain. Je pense qu'on arrive à trouver la richesse de quelque chose de par le fait de ne pas l'avoir eu. Même d'ailleurs, on le voit, on est en termes de gastronomie, plus on a faim et plus on va manger et plus le plat sera bon. Et c'est vraiment ça. On mesure la chance qu'on a à travers les épreuves qu'on a eues. Et effectivement... Nous, les épreuves économiques, ça a été très difficile.
- Speaker #1
Ça fait combien de temps que vous avez ?
- Speaker #2
Ça fait dix ans qu'on est agriculteur et ça fait huit ans qu'on a monté le restaurant.
- Speaker #1
Huit ans, donc tout de suite, deux ans après.
- Speaker #2
Deux ans après, on s'est vite rendu compte que financièrement, juste la partie agricole, on n'allait jamais s'en sortir. Donc, on a voulu valoriser chacune de nos productions parce qu'on ne voulait pas aller dans ce système agricole de monoproduction. On voulait vraiment quelque chose de cohérent. Donc, c'était soit on arrêtait tout notre projet et au bout de deux ans, ça allait être vraiment frustrant. ou soit on valorisait et on faisait quelque chose de nouveau. De nouveau, bien qu'on ne sache pas que c'était nouveau au final. Donc, on est allé au fur et à mesure dans cette voie-là. Alors, au départ, notre ferme, elle n'était pas à ce qu'elle était. Et en fait, notre ferme et le restaurant ont évolué au fur et à mesure de tout ce qu'on a mis en place, jusqu'à ce que là, maintenant, on arrive à un équilibre entre la ferme et le restaurant. Et même pour prévoir les productions, en fonction des gens qu'il va y avoir, c'était un sacré pari aussi, parce que les gens aussi viennent dans notre ferme, un peu au milieu de rien. Il faut le dire, sur notre ferme, c'était quand même aussi un sacré challenge. Et au départ, on n'était pas du tout soutenus ni par les communes, ni par les mairies, ni même par l'Office du tourisme. On a fait en fait toute notre réputation, tout le restaurant, tout nous-mêmes, de nos propres mains. Donc oui, on est passé par des grandes difficultés. On n'en sort que plus fort et on n'en sort que plus courageux aussi pour continuer à avoir aussi cette parole politique et de montrer encore plus que oui, c'est possible. Même si ce n'est pas facile, je le répète.
- Speaker #1
Mais ce qui est génial, c'est qu'en fin de compte, c'est une façon d'apprendre. J'ai toujours cette phrase en tête que je dis souvent. Aujourd'hui, apprendre, c'est trouver ce qu'on ne cherche pas. En fait, c'est ouvrir dans un inconnu. Alors que toute la société dont on vient, c'est apprendre, c'est savoir. Non, en fin de compte, c'est s'interroger en permanence, prendre des risques. Et vous trouvez quelque chose que vous ne cherchiez pas forcément au départ.
- Speaker #2
Et ça pousse dans nos retranchements aussi. Exactement, et sur tout ça Ces difficultés là, tu vois je te disais que Effectivement pour trouver la clientèle, c'était pas forcément évident Mais du coup, on est allé toujours au bout De nos challenges, du coup on s'est dit Bon ben notre cuisine il faut qu'elle soit irréprochable Donc on a réussi à avoir une identité culinaire Aussi qui est vraiment la nôtre Pareil au niveau Financier, au début, si je te raconte mes débuts On avait pas un sou pour acheter Quoi que ce soit, du coup on avait Des cochons, donc j'ai cuisiné à... toutes les sauces, le cochon, parce que c'était le seul animal rentable rapidement. Le bœuf, il nous faut quand même 2-3 ans avant de pouvoir avoir une production. Et en fait, j'ai appris à cuisiner le cochon de toutes les manières, et maintenant de manière sublime, parce qu'on est allé dans cet apprentissage-là qui au départ, effectivement, comme tu dis, je ne cherchais pas.
- Speaker #1
Bon, merci. On va faire une petite pause pour te poser des questions.
- Speaker #0
Qui est là ?
- Speaker #1
Si tu étais une saison ?
- Speaker #2
L'été, l'été ! Le soleil même !
- Speaker #1
Parce que la chaleur, le soleil...
- Speaker #2
J'ai beaucoup de mal en hiver. J'ai beaucoup de mal en hiver.
- Speaker #1
Ça ritesse les productions là.
- Speaker #2
Ouais, c'est ça. Mais même le soleil, parce que là les gens ne me voient pas, mais je suis toujours en train de sourire, je suis assez solaire quand même comme femme, et l'été me correspond entièrement.
- Speaker #1
Un animal ?
- Speaker #2
Peut-être une chèvre.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #2
Un don de table !
- Speaker #1
Ah d'accord.
- Speaker #2
Et qui valorise même des produits qui sont absolument immangeables.
- Speaker #1
T'as pas dit le cochon ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Un mot qui définit ton identité d'artisan militant de la qualité ?
- Speaker #2
La cohérence. À être cohérent dans notre milieu. Et en fait, même cette cohérence-là, on peut la retrouver partout, dans le couple, dans la famille, dans l'économie, dans la nature. Et ouais, cette cohérence-là, je pense qu'il manque un peu dans ce monde.
- Speaker #1
Ce que profondément tu refuserais de devenir dans ton métier, dans ton activité ?
- Speaker #2
Ce que j'ai dit à ma mère, vraiment. c'est que je ne veux pas prendre la grosse tête. Quoi qu'il se passe, je veux rester humble dans ce que je fais.
- Speaker #1
Même si ça peut être une réussite formidable, etc.
- Speaker #2
Je veux toujours rester les mains dans la terre, la paysanne que je suis, et rester humble.
- Speaker #1
Rester enraciné. Comme disait Nietzsche, dans la vie, c'est « deviens ce que tu es » . C'est tellement vrai, tellement simple, tellement fort. C'est exactement l'illustration que tu sembles donner. Alors maintenant, ce n'est pas forcément évident de passer de la production à la cuisine. C'est un autre univers. Ce sont des univers aussi d'hommes. Alors évidemment, il y a ton mari qui est à tes côtés et vous partagez les choses, mais ce n'est pas évident à vivre. Déjà, en tant que femme, comment tu l'as vécu, comment tu le vis et comment ces deux univers t'arrivent à y trouver une cohérence, justement ?
- Speaker #2
Alors, on pourra en parler pendant des heures. La place de la femme, autant dans la restauration que dans la production. Effectivement, heureusement, il y a mon mari. Pour aussi me défendre, parce qu'en fait, au final, il y a eu quand même pas mal de machisme, que ce soit dans la production. D'ailleurs, même encore aujourd'hui, il y a encore des agriculteurs voisins qui ne me disent pas bonjour parce que je suis une femme. C'est une réalité. Et dans la cuisine aussi, combien de fois en tant que traiteur, Manu dit, c'est pas moi le chef, c'est ma femme. Et les gens ne me regardent même pas. Une fois même, j'étais en train de passer le balai pour te dire. Et ils ont dit, vous direz bravo au chef parce que c'était vraiment excellent. Et j'ai dit, non, mais c'est moi le chef. Ils ont rigolé. Sauf que moi, je n'ai pas rigolé. Donc après, ils se sont sentis un peu bêtes. Mais tu vois, il y a vraiment ce truc de non, ça ne peut pas être moi le chef parce que je suis une femme. Et en plus, je passe le balai. Donc forcément, le chef ne va pas mettre les mains là-dedans. Et ensuite, au niveau de la production, en fait, c'est vrai que tu dis que c'est séparé. Mais au final, c'est d'une telle cohérence que moi, j'ai envie de dire que c'est plutôt superbement lié. C'est vraiment ça. Moi, dans ma journée, je vais d'abord aller dans mon jardin, voir les produits qu'il y a, récolter. et après me dire, bon, OK, qu'est-ce qu'on fait avec ça ? Et pareil au niveau de la production animale, c'est mon mari qui s'occupe de la production animale et ça va être un travail d'équipe de dire, OK, qu'est-ce que tu as là ? Là, j'ai un cochon qui est plutôt prêt. OK, très bien, qu'est-ce que je fais avec ? Comment je le cuisine ? Et ça va être plus ça au niveau des challenges. C'est vraiment le produit qui va faire la recette et pas la recette qui va faire le produit. Donc, pour moi, maintenant, c'est d'une logique impeccable que même si j'arrivais dans une autre cuisine où on me disait, vas-y, fais des recettes, Je n'aurai pas cette facilité à trouver quoi cuisiner parce que j'ai besoin de la base qui est le début de ce qui se passe et de ce qui se trouve dans ma ferme.
- Speaker #1
Il y a des mots qui reviennent dans tout ce que vous dites. C'est politique, c'est écosystème. Moi, je vais aller encore même plus loin en t'écoutant et qui est aussi un des fonds profonds du Collège Kinnard de France. C'est philosophie de vie, vision du monde et vision de se situer dans le monde. Quand tu as dit deux choses qui sont, je crois, très importantes. La première, c'est... Quand je te demandais dans ton métier, etc., tu disais, moi, ne jamais prendre la grosse tête. C'est une arme extraordinaire. Parce que la grosse tête ou être sensible à la notoriété, à l'image, etc., c'est ce qui détruit aujourd'hui toute la société. Ce n'est que de l'éphémère. C'est quelque chose qui peut satisfaire, bien évidemment, humainement. C'est rien qui construit véritablement la valeur ajoutée humaine. Et la deuxième chose, c'est la manière dont les gens te regardent parce que tu es une femme. en cuisine, mais non, c'est Manu, etc. Là, je dirais, ça fait prendre conscience de la pauvreté des gens qui sont dans cette attitude. C'est-à-dire que les gens qui réagissent comme ça, c'est dommage pour eux, parce que ils ne sont absolument pas armés pour advenir dans le monde qui arrive. C'est ça, la plus grande tristesse. C'est à partir du moment où ça ne te touche pas, toi, parce que tu dis la grosse tête, c'est pas quelque chose qui t'intéresse, t'as ta cohérence, et là, ça nous interpelle sur la manière de les sensibiliser pour les faire advenir. Là où on veut aller, c'est-à-dire où la valeur ajoutée humaine existe. On a énormément de connexions, mais on n'est pas reliés. On fait plein de clics, mais il n'y a pas de lien. Or le lien, il se passe dans une relation humaine physique, avec la Terre, avec les gens. Donc c'est ça le véritable avenir. Ça me frappe énormément au Collège Künner de France, à travers tous ces interviews, ces podcasts. Vous êtes des individualités fortes, avec des histoires singulières. du Collège Cunard de France, c'est d'en faire un collectif qui puisse justement s'imposer, non pas pour s'imposer, mais s'imposer pour ouvrir une voie sur le monde de demain.
- Speaker #2
C'est clairement ça. J'en suis persuadée, aujourd'hui, nous sommes l'avenir de la gastronomie. En fait, soit on va dans cette voie-là, ou soit tout s'écroule. Et des producteurs. Mais complètement. De la production et de la gastronomie. Complètement.
- Speaker #1
De la chaîne humaine, quoi.
- Speaker #2
C'est ça, c'est ça. Mais même quand je dis qu'on est l'avenir de la gastronomie, c'est pourquoi ? Parce que derrière, il y a la production et qu'il y a les producteurs, en fait. parce qu'on a complètement oublié que derrière les recettes, il y a des hommes et des femmes, même si on les importe de l'autre bout du monde, ça ne reste pas moins des hommes et des femmes. Moi, c'est ce que je fais avec mes enfants. Je dis que la meilleure éducation, c'est l'exemple. Donc aujourd'hui, je ne pourrais pas me regarder dans une classe si je parlais de la paysannerie, si je parlais de politique, si moi, en fait, derrière, je n'agissais pas. Et effectivement, je ne sais pas trop comment ces gens la font pour parler et nous expliquer comment faire, alors qu'eux-mêmes ne le font pas. Et c'est peut-être ça notre meilleure arme aujourd'hui, c'est de montrer l'exemple et de dire que oui, c'est possible. Oui, le respect de l'humain, oui, le respect de l'animal, oui, le respect de la terre, c'est primordial aujourd'hui.
- Speaker #1
Passionnant. On va faire un deuxième pas de côté pour parler d'alternatives.
- Speaker #0
C'est fromage ou dessert ?
- Speaker #1
Est-ce que tu es marché du matin ou service du soir ?
- Speaker #2
Le matin. Complètement le moteur. Le soir, en plus je fais le service plus le soir parce que toute la journée on est sur la carte.
- Speaker #1
Vous faites le service le midi également, l'heure du déjeuner ?
- Speaker #2
Le samedi et le dimanche, oui. Uniquement. Sinon, après, c'est le soir parce que le reste du temps, on est sur la ferme. Mais oui, je suis plutôt du matin.
- Speaker #1
Et alors, vous n'êtes que tous les deux ou vous avez des gens ?
- Speaker #2
Non, au début, oui. Pendant six ans, on n'était que tous les deux. Sauf qu'à un moment donné, je suis arrivée à mes limites physiques et émotionnelles. Et en fait, on a fait le pari d'employer du monde pour être avec nous, pour nous seconder. Et du coup, ça fait deux ans maintenant qu'on a une petite équipe avec nous. Au départ, on n'était que tous les deux, surtout sur la ferme et sur le restaurant.
- Speaker #1
Comment on aborde une équipe ? sur un projet comme ça ?
- Speaker #2
Chacun son rôle, entre guillemets. C'est très compliqué de dire à quelqu'un, toi tu t'occuperas du maraîchage et de la cuisine. Non, ça va être une personne qui va s'occuper de la cuisine, tout en ayant la communication avec la personne qui s'occupe du maraîchage pour savoir un petit peu ce qu'il y a et du coup faire le lien.
- Speaker #1
Vous êtes travail ou vacances ?
- Speaker #2
Travail quand même. Je crois que si j'étais vacances, on n'en serait plus là. Mais c'est vrai que des vacances, ça me ferait plaisir.
- Speaker #1
Mais j'ai aussi l'impression que votre travail, c'est des vacances.
- Speaker #2
Alors,
- Speaker #0
viens à la maison et on en reparlera.
- Speaker #1
Compétition ou coopération ?
- Speaker #2
Coopération. Dans la compétition, on perd tous. Alors que dans la coopération, on a tous à y gagner.
- Speaker #1
C'est un jeu à somme nulle, tu as raison. La compétition, et ça, on ne s'en rend pas assez compte. Plutôt logique ou plutôt émotion ?
- Speaker #2
Émotion. Je ne suis qu'émotion. Je n'ai pas encore pleuré, mais ça peut vite arriver.
- Speaker #1
C'est Manu la logique. Donc, il y a une complémentarité. Si tu avais à résumer un petit peu les principaux obstacles que vous avez eu à surmonter, de quelle nature sont-ils ?
- Speaker #2
Ça a été financier au début. On a commencé notre projet, on n'avait pas un euro en poche. Du coup, on a tout acheté à crédit. Et donc, du coup, c'est vrai que cette pression financière et du crédit a été très, très difficile, surtout les premiers temps. Et ensuite, ça a été la no-acceptation, je dirais. Parce qu'en fait, il faut savoir que du coup, dans la tête des gens, on n'est ni agriculteur ni restaurateur. Donc du coup, en fait, on avait autant les agriculteurs qui disaient non, mais eux, de toute façon, c'est rien, ils ne sont pas des agriculteurs. Et les restaurateurs qui disaient non, mais de toute façon, eux, ils font de la popote à mamie. Voilà, donc ils ne sont pas restaurateurs. L'UMA a été une des parties les plus compliquées à avoir. Bon, maintenant, ça va mieux. Maintenant, on a réussi à faire notre place. Mais c'est vrai qu'au départ, c'était compliqué. Et comme je te disais aussi, on n'a pas du tout été aidés. par les communes, par les mairies, par l'office du tourisme. En fait, ça a été vraiment compliqué de faire notre place et montrer que cette nouvelle façon de faire est là. Maintenant, je ne leur en veux pas du tout. Et je pense que c'est plutôt parce que ça bousculait trop leurs codes et qu'ils ne savaient pas trop comment nous prendre au final. Donc maintenant, ça va mieux. Mais c'est vrai qu'au début, ça n'a pas été forcément évident.
- Speaker #1
Ta grande bataille, c'est celle de l'humain, en fait. Oui, c'est ça. Ce que tu viens de dire est significatif du fait que tous les êtres humains ont besoin... pour se rassurer de fixer les gens dans une case.
- Speaker #2
C'est ça. Et comme nous, on ne rentre dans aucune case jamais.
- Speaker #1
Vous rentrez dans la case de l'humain, du vivant. C'est en ce sens, à mon avis, que vous êtes précurseur de plein de choses, avec toutes les difficultés que ça peut comporter. Il y a un auteur que j'aime beaucoup qui s'appelle René Girard, qui a défini d'une manière tellement lumineuse et tellement simple l'articulation humaine en disant où un humain a besoin de trouver une identification dans laquelle il peut s'identifier parce que ça lui ressemble, Un bouc émissaire. Oui, c'est ça. Donc, de deux choses l'une, où tu as le bouc émissaire, où tu t'identifies. Mais au milieu des deux, c'est difficile. Il faut apprendre peut-être à s'identifier autrement à travers un parcours comme le vôtre. Alors, on va terminer avec un troisième petit espace, ce qu'on appelle la moutarde de Montaunay.
- Speaker #0
La moutarde de Montaunay.
- Speaker #2
Ça c'est souvent, mais la moutarde maison !
- Speaker #1
Alors, ton coup de gueule aujourd'hui par rapport à nos environnements ?
- Speaker #2
Réveillez-vous, vraiment les gens, réveillez-vous, je vous en supplie !
- Speaker #1
Réveillez-vous !
- Speaker #2
Réveillez-vous, réveillez-vous, voyez un petit peu, là tu vois on parle de gastronomie, mais là on le voit avec le Mercosur et avec tout ce qui arrive là actuellement. Reprenez en même votre alimentation et faites en sorte de donner votre argent à des vrais producteurs et plus à des industries. Vraiment, là ce serait mon coup de gueule, ce serait celui-là. et j'en ai un autre là qui me tient de plus en plus à cœur. Pour moi, la révolution, elle se fera dans les cuisines, dans le cœur des gens et dans le cœur du foyer. Et si tout le monde commence à petit à petit prendre en main son alimentation et à prendre conscience qu'au final, chaque petite lumière redonnera le grand soleil qu'était la France, en fait, ça permettra de nous ouvrir à un nouveau monde, comme tu dis, et à le faire arriver plus vite parce qu'il y arrivera, mais voilà, ça le fera arriver plus vite.
- Speaker #1
Guillaume Apollinaire disait Il est temps que les étoiles se rallument.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est exactement ce que tu viens de dire. Écoute, merci. Merci, Kyria. C'était passionnant, riche, vivant, évidemment, comme tu l'incarnes. Peut-être as-tu en tête, pour nos auditeurs, une ou deux adresses qui t'ont marqué ou qu'on aime partager en fin de podcast ?
- Speaker #2
Moi, j'ai envie de dire chaque restaurant fermier aujourd'hui, parce qu'il y en a de plus en plus. En ce moment, il y a beaucoup aussi de food trucks, de pays. Les paysans qui essayent de valoriser leur production comme ça, j'ai envie qu'ils aillent dans ces endroits-là.
- Speaker #1
Aller explorer.
- Speaker #2
C'est ça, aller explorer, aller sur les fermes et faire en sorte que les paysans puissent vivre en fait.
- Speaker #1
On n'a pas forcément l'idée de se dire, je vais aller là, on va toujours vers les endroits un petit peu classiques, connus, répétés. Mais justement, en explorant aussi bien l'humain que les endroits où se trouvent des pépites, comme ce que vous êtes en train de développer, je crois que c'est très ouvert et ça enrichit tout le monde. Alors, mon prochain invité, le prochain podcast qui passera dans 15 jours, c'est celui de Nicolas Cléry. Nicolas Cléry, c'est un homme aussi qui illustre une démarche très particulière, qui est celle vraiment d'un artisan, pas forcément directement relié à la gastronomie, il est artisan d'art ébéniste. La rencontre avec lui, c'est la rencontre d'un autre rapport à la table, au design, à l'éthique, à la matière, à la gastronomie. Après avoir été dans la musique pendant plusieurs années, est rentrée en relation avec de façon sensuelle, tactile, avec la matière, le bois. Et il en a fait des instruments de cuisine. Et c'est extraordinaire parce que là, il y a une dualité entre la table, la gastronomie au sens de l'aliment et les produits. Il propose de mettre les mains à l'œuvre pour célébrer ce que nous mangeons. C'est une démarche passionnante, durable et sensorielle. Encore un grand voyage à ne pas manquer.
- Speaker #0
Vous venez de déguster un épisode de La Terre à la Tite. le podcast qui vous donne envie de bien manger. Nous espérons que vous avez passé un agréable moment en notre compagnie. Si ce podcast vous a régalé, soutenez-nous en lui donnant un maximum d'étoiles, comme un grand chef, et en vous abonnant. Vous avez envie d'en savoir plus sur les actions du Collège Culinaire de France et sur le mouvement Manger Citoyen ? Suivez-nous sur les réseaux sociaux et sur notre site internet. A très vite pour un prochain épisode. Ah oui, et évidemment, l'addition, elle est pour nous !