Speaker #0Bienvenue dans le podcast qui s'adresse aux dirigeants et cadres sous pression et qui explore comment retrouver de la clarté mentale et une performance durable en travaillant sur la façon dont votre esprit fonctionne au quotidien. Mon nom est Géraldine Breton, bienvenue dans Présence et Performance. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on parle d'un mot. Un mot que vous utilisez peut-être souvent. Surtout quand les sujets sont vraiment importants pour vous. Ce mot, c'est le mot « blocage » . Je suis bloqué. Je tourne en rond, je n'arrive pas à avancer alors que tout est là. Je suis bloqué. Dans cet épisode, je vais vous proposer quelque chose d'assez radical. Sachez que je ne crois pas aux personnes bloquées. Ce en quoi je crois, c'est que parfois, on peut manquer de recul, on peut manquer de présence. et aussi de connaissance de notre propre fonctionnement. Mais on n'est pas bloqué, on n'est pas pris par quelque chose d'invisible, plus fort que nous, qui nous empêche d'avancer. Et ce n'est pas non plus nous-mêmes qui nous bloquons. Ce que vous pouvez vivre comme un blocage, je remarque avec mes accompagnements que c'est très souvent un manque d'espace intérieur. Un espace pour voir, pour sentir, un espace pour comprendre. comment vous réagissez face à ce qui vous arrive. Alors, on va explorer ça ensemble aujourd'hui, avec une histoire, un regard différent sur ce fameux blocage, et deux exercices guidés, pour vous aider à passer de « je suis bloqué » à « je comprends ce qui se passe en moi, et donc je retrouve une marge de manœuvre » . Alors, commençons par là. Quand vous dites « je suis bloqué » , moi j'entends souvent « je suis bloqué » sur cette décision. Je suis bloqué avec cette personne. Je suis bloqué dans mon poste, dans ma boîte, dans ma vie pro. Derrière ces phrases, il y a vraiment beaucoup de choses. Je remarque qu'il y a de la fatigue. Il y a aussi de la confusion. Souvent, il y a la peur de se tromper. Parfois, il y a aussi de la colère contre soi-même. Je devrais avancer. Je ne comprends pas pourquoi je n'y arrive pas. Je me bloque. Très vite, le cerveau fait un raccourci. On n'est plus dans « je vis une situation complexe » , mais on se raconte « je suis bloqué » . Comme si quelque chose était cassé en vous, comme s'il fallait vous débloquer pour enfin redevenir la personne performante, efficace, claire que vous pensez devoir être. Ce que j'aimerais vous montrer aujourd'hui, c'est qu'il ne s'agit pas de vous réparer. Il s'agit vraiment d'apprendre à vous regarder fonctionner quand vous êtes face à quelque chose d'important. Aujourd'hui, je vais vous parler de Jean. Jean est dirigeant depuis plusieurs années. Quand il arrive en coaching, il me dit, dès la première séance, « Je suis bloqué. Je ne sais pas si je dois rester dans cette entreprise ou partir. Je tourne en rond depuis des mois. » Concrètement, voilà ce qu'il vit. Il ne se sent plus vraiment aligné avec la direction que prend l'entreprise. Il se sent fatigué, tendu. Il est parfois cynique. Certains jours, il rêve de tout quitter. D'autres jours, il se dit que ce serait fou de lâcher maintenant. Alors, le week-end, il y pense. En vacances aussi, dans la voiture. Il en a aussi parlé à son entourage, lu des articles. Il a même fait des listes pour et contre. Et malgré tout ça, sa phrase reste toujours la même. Je suis bloqué. En séance, je lui demande de me décrire une scène précise. Alors, il me parle d'un dimanche soir. où il est assis dans son salon, le lundi arrive, et rien que l'idée de retourner au bureau le contracte. Dans sa tête, deux scénarios se battent. Si je pars, je perds ma sécurité, je trahis mon équipe, je repars de zéro. Si je reste, je m'éteins, je maigris et je ne me respecte plus. Alors physiquement, il sent un poids dans la poitrine, sa gorge est serrée, et un mélange de tristesse et de peur. Au milieu de tout ça, il a une petite voix qui insiste. Décide, décide, décide. Alors plus cette voix insiste, plus son corps se contracte, plus ses pensées tournent, et moins il arrive à faire un pas dans un sens ou dans un autre. Alors ce jour-là, je lui propose quelque chose, je lui dis, on va faire comme si la question n'était plus « est-ce que je pars ou est-ce que je reste ? » On va regarder autre chose. On va simplement regarder comment tu fonctionnes. Comment ? Quand tu es face à une décision qui va toucher à ton identité, à ta sécurité, à ta loyauté, comment tu fonctionnes, comment tu réagis ? Et il ne s'agit pas de chercher la bonne réponse, on cherche vraiment à comprendre comment toi tu vis la question. Ce qui se passe vraiment derrière le ressenti de blocage, je remarque que c'est trois choses différentes. La première, c'est que vous manquez de recul. Vous êtes tellement collé au problème que vous ne distinguez plus les faits, vos peurs, vos projections, vos croyances, tout est mélangé. Ce que vous craignez devient aussi réel que ce qui se passe vraiment. Votre cerveau ne sait plus si vous êtes face à une situation complexe ou face à un mur. La deuxième chose que je remarque, c'est que vous manquez de présence. Votre système nerveux fait son travail. Il détecte un possible danger, un risque de perte, un enjeu identitaire qui est fort. votre corps se contracte, la respiration se fige et on passe en mode lutte, fuite ou figement. Dans cet état-là, vous avez beaucoup moins accès à votre pensée fine, à votre nuance, et même à votre créativité. Ce n'est pas que vous êtes bloqué, c'est que votre système vous protège et il le fait de manière un peu brutale. La troisième chose que je remarque, c'est que vous manquez de connaissance. de votre propre fonctionnement dans ces moments-là. Vous ne voyez pas encore vos patterns. Peut-être que vous avez tendance à repousser dès que la décision touche à votre image, à vouloir trouver la bonne option qui satisfait tout le monde, à vous raconter que si vous bougez, vous allez forcément beaucoup perdre. Tant que ces mécanismes restent invisibles, vous vivez le tout comme « je suis bloqué » . Alors qu'en réalité, vous êtes en train de suivre très fidèlement un certain nombre de règles internes que vous n'avez jamais formulées. Et c'est ça le cœur de mon travail. Je ne permets pas aux personnes de se débloquer. Je les accompagne à prendre du recul, à revenir elles-mêmes dans leur présence et aussi à comprendre comment elles fonctionnent dans les moments où elles ont l'impression d'être coincées. Rappelez-vous, elles ne sont pas coincées, elles ne sont pas bloquées. Là, on est vraiment sur un ressenti, une impression. Alors, cette semaine, je vais vous proposer plusieurs exercices. Le premier va consister à cartographier votre ressenti de blocage. L'idée, ce n'est pas de résoudre votre situation en 15 minutes de podcast. L'idée, c'est de vous aider de passer à « je suis bloqué » , à « je vois ce qui se passe en moi quand je me sens bloqué » . Percevez la nuance. Si vous pouvez, prenez un papier et un stylo. Vous pouvez mettre l'épisode sur pause, le temps de vous installer. Allez, on y va ! En haut de votre feuille, écrivez « Je me sens bloquée sur… » et complétez avec une situation concrète. Alors, n'écrivez pas « ma vie professionnelle » , « toute ma boîte » , vraiment une situation avec une décision à prendre, un projet, une conversation que vous repoussez. Prenez un instant pour l'écrire, mettez l'épisode en pause. Ensuite, notez ce qui se passe. dans votre corps quand vous pensez à cette situation. Trois éléments. Par exemple, poitrine serrée, boule dans le ventre, fatigue dans les épaules, gorge nouée, respiration courte. Écrivez simplement « dans mon corps, je sens » et vous listez ce que vous remarquez. Maintenant, on regarde la boucle de pensée. Notez les trois phrases qui tournent le plus souvent dans votre tête, quand vous pensez à ce sujet. Même si ces phrases sont exagérées, même si vous savez qu'elles ne sont pas parfaitement rationnelles. Par exemple, « Si je me trompe, je vais tout perdre. » Ou alors, il y a une phrase parasite aussi, c'est « Je devrais avoir déjà décidé. » Ou alors, « Je ne vois aucune solution. » Écrivez ces phrases telles qu'elles vous viennent. Ensuite, je vais vous... Posez cette question. De quoi avez-vous le plus peur si vous vous trompez dans cette situation ? Pas la peur politiquement correcte, la vraie. Est-ce que cette vraie peur, c'est de perdre de l'argent, de décevoir, de perdre un statut, d'être jugé, de vous sentir coupable ? Formulez-la en une phrase. Écrivez « ce que je crains le plus, c'est… » et vous complétez. Maintenant, on change légèrement le regard. En bas de votre feuille, réécrivez la phrase du début, mais... différemment. Au lieu d'écrire « je suis bloqué sur » , écrivez « aujourd'hui, face à cette situation, je manque de recul, je manque de présence et je comprends encore mal comment je fonctionne » . Choisissez la formule qui résonne le plus, bien sûr, avec ce que vous venez d'écrire, peut-être la combinaison des trois. Notez cette phrase. Ce changement de formulation, il n'est pas neutre. Vous passez d'une identité figée Je suis quelqu'un de bloqué. À en ce moment. Je manque de recul. Je suis très activé. Et je ne comprends pas encore bien mon propre fonctionnement. Ça, c'est vivant. Ça, c'est en train d'évoluer. Et du coup, ça, ça peut se travailler. Alors, le deuxième exercice que je vous propose consiste à créer un micro-espace de décision possible. On va maintenant créer un tout petit peu d'espace entre vous et cette situation. L'objectif n'est pas de prendre la grande décision. L'objectif, c'est de retrouver la sensation qu'un mouvement est possible. Vous pouvez continuer sur la même feuille. D'abord, on va réduire l'enjeu intérieur. Posez-vous cette question. Si je ne cherchais pas la bonne décision définitive, mais juste le prochain pas honnête sur ce sujet-là, ce serait quoi ? Un prochain pas honnête, ce n'est pas tout décider. C'est par exemple... Demandez une information qui vous manque. En parlez à une personne clé. Écrire noir sur blanc vos options. Posez un cadre temporel réaliste pour prendre votre décision. Laissez venir ce qui, pour vous, serait un petit pas honnête. Et écrivez « le prochain pas honnête que je peux faire, c'est… » et puis vous complétez. Ensuite, je vais vous demander de séparer la réflexion de l'action. Beaucoup de dirigeants vivent le blocal parce qu'ils veulent réfléchir, décider et agir. Tout en même temps, tout dans la même journée, dans la même heure. Moi ce que je vous propose c'est autre chose. Décidez d'un créneau dédié, court, pour penser à cette question. Et seulement à ça. Par exemple, 30 minutes demain matin ou vendredi après-midi. Écrivez, je prends un temps de réflexion sur ce sujet, le, la date, à quelle heure. Faites-le, c'est important. Pendant ce créneau, votre seul objectif sera d'explorer les faits, vos peurs, vos options. De l'exploration, pas de décision. Vous allez juste mettre de la lumière sur la situation. Ensuite, je vais vous proposer de prendre un engagement minuscule mais précis. Notez, dans les 48 heures, le plus petit pas que je peux faire. pour gagner un peu de carté sur ce sujet, c'est... Et là, ça peut être d'envoyer un mail, de prendre un rendez-vous, peut-être simplement d'écrire une page entière sur ce que vous ressentez. Laissez venir quelque chose qui vous paraît faisable, pas héroïque. Le ressenti de blocage diminue rarement quand on se met la pression pour enfin décider. Donc, il va plutôt diminuer quand votre système retrouve la sensation qu'un mouvement est possible. même très petit. Et surtout, il diminue quand votre système retrouve la sensation que vous êtes capable de le faire. Alors aujourd'hui, si je vous partage tout ça, c'est aussi pour vous dire très clairement comment je vois mon métier. Mon travail, ce n'est pas de débloquer des personnes. Je ne vous vois jamais comme un problème à résoudre. Je vous vois comme une personne qui traverse des situations complexes, avec un système nerveux qui fait ce qu'il peut pour vous protéger, avec des schémas de pensée que vous avez construits pour rester en sécurité, pour être loyal, pour réussir, des schémas de pensée qui fonctionnent, mais qui peuvent aussi être réajustés. Mon rôle, c'est de vous offrir ces trois choses. L'espace de recul, où tout n'est plus collé, aussi un espace de présence, où votre système peut se calmer suffisamment. que vous retrouviez votre clarté. Et enfin, un espace de connaissance de votre fonctionnement, où vous pouvez enfin vous voir agir et décider autrement. Alors, j'espère que vous êtes d'accord avec moi, vous n'êtes pas bloqué, vous manquez d'espace intérieur. Et c'est exactement ce que je travaille avec les personnes que j'accompagne. Alors, je vais vous dire ce qui s'est passé pour Jean. On n'a pas tout résolu son problème en une séance. On n'a pas trouvé la... Bonne réponse, rester ou partir. Ce qu'on a fait, c'est exactement ce qu'on vient de faire ensemble. On a cartographié ce qui se passait en lui. La peur de trahir son équipe, la croyance que partir c'était échouer, le schéma qui faisait que plus la décision était importante, plus il se mettait sous pression, et donc plus il se figeait. Quand il a vu ça, qu'il a vraiment vu ça, il y a quelque chose qui s'est comme déposé. Enfin, il comprenait pourquoi il tournait en rond. Et depuis cet endroit-là, quelque chose de différent a pu être possible. Alors, pour l'histoire. Il a choisi de rester pour l'instant. C'est pas par peur, c'est pas par défaut, c'est depuis un choix conscient, posé, assumé. Il a eu une conversation franche avec sa direction, une conversation qu'il repoussait depuis des mois. Il a lui-même posé des conditions claires et il s'est donné un horizon de 6 mois pour réévaluer. C'est pas forcément spectaculaire, mais c'est souverain. Et Jean n'était pas bloqué, il manquait d'espace pour se voir fonctionner. Et quand cet espace est apparu, la décision est venue d'elle-même, depuis lui, et pas depuis la pression. J'aimerais que vous repartiez avec ceci. Vous ne serez jamais une personne bloquée, un dossier à débloquer, une personne à débloquer. Vous êtes une personne, avec des forces, avec beaucoup de ressources. Parfois, vous vous retrouvez collé à une situation, prise dans des mécanismes de protection, et épuisé aussi. par vos propres exigences. A chaque fois que vous transformez un « je suis bloqué » en « je manque d'espace, je vais regarder ce qui se passe en moi » , vous faites un vrai travail de présence et de responsabilité. Et ça, c'est déjà de la performance. Merci d'avoir pris ce temps pour vous. On se retrouve mercredi prochain à 8h pour un nouvel épisode de Présence et Performance.