Speaker #0Bienvenue dans le podcast qui s'adresse aux dirigeants et cadres sous pression et qui explore comment retrouver de la clarté mentale et une performance durable en travaillant sur la façon dont votre esprit fonctionne au quotidien. Mon nom est Géraldine Breton, bienvenue dans Présence et Performance. Aujourd'hui, je souhaite vous parler de deux choses, deux choses qu'on ne voit dans aucun agenda, qui n'apparaissent dans aucun reporting. et qui pourtant peuvent voler une partie de vos journées. Il s'agit des plus grands distracteurs des dirigeants. Deux bruits de fond très précis qui prennent votre temps sans jamais se déclarer comme tels. Alors, vous connaissez peut-être cette sensation, c'est la fin de la journée, vous êtes rincé, vous avez répondu à des mails, pris des décisions, géré des urgences, vous n'avez pas rien fait. Mais si vous regardez honnêtement, vous ne savez pas vraiment où est passé votre temps. Ce qui a avancé, ce qui est resté en suspens, et pourquoi vous êtes aussi fatigué pour si peu de choses essentielles vraiment faites. Ce que je vois en coaching, ce sont deux grands détours d'attention. Deux façons de travailler qui donnent l'illusion d'être très occupé, d'être très impliqué, mais qui grignotent silencieusement vos heures et votre énergie. Le premier distracteur, je l'appelle le faux travail. C'est tout ce qui ressemble à du travail, qui en a le goût, la texture, mais qui ne porte pas vraiment votre fonction de dirigeant. Il s'agit de mails consultés en flux continu. Il s'agit aussi de notifications Teams, Slack, WhatsApp, les micro-demandes auxquelles vous répondez dans la minute. Les petites choses qui donnent l'impression d'être utiles. Je vais vous parler de Julien. il dirige une PME en croissance et la veille au soir il m'a partagé, souhaité bloquer deux heures en fait donc il me dit demain matin je bloque deux heures ça y est je travaille sur la vision à trois ans et sache que j'ai vraiment choisi de mettre aucune réunion et puis j'utiliserai pas mon téléphone ce qui s'est passé c'est que le lendemain à 8h30 quand il est arrivé il a ouvert son ordinateur Et comme beaucoup de dirigeants, il s'est dit, je regarde juste rapidement mes mails pour voir s'il y a une urgence. Il ouvre la boîte, un client qui pose une question, un collaborateur qui demande un arbitrage, une notification de projet. Alors il répond, il envoie un autre rapide, puis un autre. Il jette un oeil à Teams, un canal a explosé pendant le week-end. Il lit, il réagit, il clarifie. Et en une heure... Il a été extrêmement occupé. Seulement, il n'a pas touché une ligne de son travail stratégique. A 10h, il regarde l'heure et il se dit « je m'y mets après le prochain mail » . Son corps est déjà en état d'alerte légère, sa respiration est plus courte, sa tête pleine de micro-informations. Et il se retrouve exactement là où il ne voulait pas être, c'est-à-dire dans une matinée qui va se fragmenter en petites tâches sans profondeur. Alors, ce faux travail, c'est un mélange de plusieurs choses. C'est votre système nerveux qui cherche à se rassurer en fermant des petites boucles rapides, votre besoin de maîtriser, de ne rien laisser passer. Et souvent, c'est aussi une difficulté à tenir l'inconfort des tâches profondes, celles qui demandent de penser, de décider, celles qui demandent de renoncer. A chaque micro-tâche, On vit un mini-shoot de satisfaction. On est utile. Notre cerveau apprend, bon ben ça, c'est confortable. Le problème, c'est que ce faux travail peut remplir votre journée et peut surtout vous vider complètement de votre rôle. Le deuxième distracteur que je remarque, c'est ce que j'appelle le travail caché. Il est encore plus discret. Lui, il ne se passe pas sur vos écrans, il se passe dans votre tête. Ce sont des ruminations, des scénarios que vous rejouez avant une conversation difficile par exemple, les réunions que vous faites tout seul, sous la douche, en voiture, le soir en cuisinant. Alors je vais vous parler de Claire, elle dirige une équipe de direction de 10 personnes et pour cet exemple, dans quelques jours, elle doit annoncer un changement d'organisation délicat. Pendant la semaine qui précède, elle travaille. travaille beaucoup dans sa tête. Alors le matin, sous la douche, elle se fait la réunion, elle imagine les réactions, un tel qui va se braquer, une telle qui va se mettre en retrait. En voiture, elle rejoue les arguments. « Ah ben, si on me dit ça, je vais répondre ça. » Le soir, au lieu de décrocher, même conversation silencieuse. Son corps, lui, il vit la scène comme si elle était réelle. Tension dans la nuque. estomac noué, sommeil plus léger. Au total, Claire a déjà vécu cette réunion trois ou quatre fois avant le jour J. Mais ce travail mental ne crée pas de nouvel éclairage. C'est toujours les mêmes boucles, les mêmes peurs, les mêmes scénarios qui se répètent. Quand Claire arrive en réunion, elle est épuisée. Elle a l'impression d'avoir déjà tout donné sur ce sujet alors qu'objectivement rien n'a encore été posé de manière précise. Alors là aussi, il y a une tentative de contrôler l'incertitude, et ce n'est pas du tout un défaut de caractère. Votre cerveau essaie de sécuriser le futur. Il rejoue des scènes encore et encore. Le problème, c'est que ça consomme votre énergie cognitive. Ça consomme aussi votre disponibilité émotionnelle. Et bien sûr, ça touche à votre temps de récupération. Ce qui pourrait être un moment de marche, de repos, de vraie présence, devient une demi-réunion mentale où rien ne se décide vraiment. Alors, avant de passer à la pratique, je veux vous donner deux clés de compréhension, deux mécanismes cognitifs qui sont très bien documentés, parce que quand on comprend le pourquoi, on juge moins et on peut mieux agir. Alors, Le premier biais, c'est l'effet Zegarnik. Bluma Zegarnik était une psychologue soviétique. Dans les années 1920, elle a fait une observation simple. Les serveurs de café se souvenaient parfaitement des commandes en cours et oubliaient immédiatement celles qui étaient réglées. Elle en a tiré quelque chose d'essentiel. Le cerveau humain retient les tâches inachevées bien mieux que les tâches terminées. Une boucle ouverte. Pour votre cerveau, c'est une alarme en veille, un mail auquel vous n'avez pas répondu, une décision que vous n'avez pas encore prise, une conversation que vous avez repoussée. Tant que la boucle n'est pas fermée, votre cerveau y revient, en arrière-plan, en permanence, même quand vous faites autre chose. C'est pour cela que Julien ouvre ses mails juste pour voir. Son cerveau cherche à fermer des boucles, à se libérer de cette pression silencieuse. Le problème, c'est qu'en ouvrant des mails, il en crée de nouvelles, et la boucle ne se ferme jamais vraiment. Alors, le deuxième biais, c'est le mécanisme de rumination. La rumination, c'est un mode de pensée répétitif. On tourne autour du même problème, sans avancer, sans résoudre, juste tourner. Ce que la recherche en neurosciences montre, c'est quelque chose d'assez fascinant et aussi de déstabilisant. Votre cerveau ne fait pas la différence entre une expérience vécue et une expérience imaginée avec intensité. Lorsque Claire rejoue sa réunion dans sa tête, son système nerveux répond comme si la réunion avait lieu maintenant. Cortisol, tension musculaire, activation du système d'alerte. Le cerveau ne sait pas que c'est un scénario, il gère. Ils se protègent, ils consomment des ressources. Et voilà le paradoxe. Claire, en pensant se préparer, en réalité traverse déjà l'épreuve plusieurs fois avant même qu'elle ait lieu. La rumination a une fonction, tenter de trouver une sortie à une menace perçue. Le problème, c'est le fait qu'elle tourne à vide. Elle rejoue, mais elle ne résout pas. Elle consomme de l'énergie sans produire de décision. Alors, ces deux mécanismes ont en commun le fait que ce sont des réponses automatiques de votre cerveau face à l'incertitude. Ce sont des stratégies de survie cognitive qui sont très anciennes et très humaines. Aujourd'hui, ils se déclenchent sur des mails et des réunions d'entreprise, mais le câblage, lui, il date de bien avant. Comprendre tout ça, c'est arrêter de vous demander « mais pourquoi je suis comme ça ? » . Maintenant... Une fois qu'on a compris que c'était naturel, que c'était le chemin naturel que prenait notre cerveau, Ça va être surtout intéressant de commencer à se demander comment je reprends la main. Alors, le faux travail et le travail caché partagent un autre point commun. Tous les deux nous donnent la sensation d'être en action. Tous les deux nous éloignent de notre vrai travail de dirigeant. Et aussi, ils sont quasiment invisibles dans notre agenda. Alors, quand vous êtes épuisé, vous sentez que vous n'avez pas le droit de l'être. Vous vous dites, j'ai répondu à des mails, j'ai réfléchi dans ma tête, j'ai pris quelques réunions, mais je ne devrais pas être autant fatiguée. La question à se poser maintenant est simple. Où va vraiment mon attention au cours d'une journée ? Avant même de parler d'outils ou de productivité, il s'agit déjà de rendre visibles ces deux grandes fuites. Comme chaque semaine, je vous propose un exercice. Vous pouvez mettre en pause, prendre un papier, un stylo ou ouvrir une note sur votre téléphone. On va le faire ensemble. Alors, première étape, je vous propose, en haut de la feuille, d'écrire mon distracteur dominant en ce moment, deux points. Et là, vous allez choisir honnêtement. Est-ce que c'est plutôt le faux travail, c'est-à-dire des mails, des notifications, micro-tâches en flux continu ? Ou est-ce que c'est plutôt le travail caché dans votre tête ? Des ruminations, des scénarios, des pré-réunions mentales ? Choisissez ce qui est le plus courant chez vous. Ensuite, je vais vous proposer de tracer trois lignes, matin, midi, après-midi. Et en face de chaque moment, Notez un épisode récent où votre distracteur dominant a pris le dessus. Par exemple, matin, j'ai voulu commencer un document important, j'ai passé 40 minutes à répondre à des mails. Midi, en déjeunant, j'ai refait dans ma tête la discussion du matin en boucle. Après midi, en réunion, je pensais à autre chose au lieu d'écouter vraiment. Prenez le temps pour identifier ce qu'il s'est passé pour vous. Vous pouvez mettre l'épisode en pause. La troisième étape va consister, pour chacun de ces trois moments, à ajouter une phrase. « À ce moment-là, ce que je cherchais vraiment, c'était… » Deux points. Et là, je vous invite à laisser venir ce qui est vrai pour vous. Donc, ça pourrait être « À ce moment-là, ce que je cherchais vraiment, c'était… me rassurer. » C'était… éviter une tâche. C'était repousser une décision. C'était tenir à distance une émotion. C'était garder l'impression de maîtrise. Ce que vous allez écrire là est très précieux. Vos distracteurs travaillent pour vous à leur façon, mais simplement ils le font d'une façon qui vous coûte trop cher. Alors, Maintenant pour la quatrième étape, on va poser une micro-limite pour 48 heures. Choisissez une micro-limite que vous allez vous faire vivre pendant les 48 prochaines heures. Si votre distracteur dominant, c'est le faux travail, ce que je vous propose, c'est de prévoir deux fenêtres mail par demi-journée, plutôt qu'un flux continu. Alors, ça vous demande d'enlever les notifications. Ou alors, vous choisissez un créneau de 30 minutes pour traiter les micro-demandes, et vous vous y tenez. Vous ne les traitez pas avant d'être dans ce créneau de 30 minutes. Si c'est le travail caché, le travail caché dans la tête, alors je vous invite à noter vos scénarios sur papier, au lieu de les rejouer. A chaque fois qu'ils se manifestent, écrivez-les. Et si c'est vraiment très présent, une autre stratégie qui est très efficace, ça va être que vous puissiez vous donner par exemple 15 minutes de réflexion volontaire. Que vous puissiez vous dire de telle heure à telle heure, je réfléchis volontairement à ce sujet. Et dès que vous dépassez les 15 minutes, vous fermez le sujet. Donc choisissez. Pendant 48 heures, je teste. Le créneau de 30 minutes pour traiter les micro-demandes. ou les deux fenêtres mail par demi-journée, ou noter les scénarios qui se rejouent dans ma tête, ou ouvrir des espaces de 15 à 20 minutes où je réfléchis de manière constructive à ces scénarios. Ce que je vous propose avec cet exercice, c'est de tout simplement redevenir pilote de votre attention. Je vous propose de voir où part votre temps, comprendre ce que vos distracteurs essaient de protéger. Et petit à petit, de pouvoir décider où vous voulez vraiment mettre votre présence. Votre cerveau fait ce qu'il peut avec ce qu'il connaît. L'effet Zeigarnik, la rumination, ce sont des réflexes anciens. Votre travail, c'est de leur donner un meilleur endroit où aller. Parce qu'une heure de faux travail n'a pas le même impact qu'une heure passée sur votre vrai rôle de dirigeant. C'est aussi simple et aussi radical que ça. Si en m'écoutant aujourd'hui, vous avez reconnu l'un de ces deux distracteurs, ou même les deux, sachez que vous êtes en très bonne compagnie. C'est un sujet qui revient tout le temps en coaching. J'ai les dirigeants brillants, engagés, qui ne manquent ni de courage, ni de travail. Dans ce podcast, je vous donne des pratiques pour avancer en autonomie. En accompagnement individuel, on va aller plus loin. On va regarder précisément comment ces mécanismes se manifestent chez vous, ce qu'ils protègent, et comment transformer ces fuites en décisions claires, en temps vraiment habité. Si vous sentez que c'est le bon moment, le lien pour ouvrir une discussion ensemble est en description pour qu'on puisse avancer sur le sujet. Merci d'avoir pris ce temps pour vous. On se retrouve mercredi prochain à 8h pour un nouvel épisode de Présence et Performance.