- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Press Room. Aujourd'hui, on reçoit Linda Bendali. Dans cet épisode, elle va nous raconter comment elle a embarqué un pistolet 9mm à bord d'un avion.
- Speaker #1
Moi, je vous parie que vous pouvez faire passer une arme. Ok, chiche, on tente quoi. Ma productrice me dit, je sais pas si tu dors chez toi, parce que peut-être qu'à 6h du matin, on va venir te chercher. Jusqu'au bout, je savais pas. pas si on allait venir m'arrêter ou pas. Moi, je suis un peu une fouilleuse. Je vais aller chercher ce qu'on nous cache. J'ai un plaisir à ça, à trouver.
- Speaker #0
Linda est une journaliste d'investigation redoutable qui a commencé au canard enchaîné et ensuite, elle a signé plusieurs enquêtes très fouillées pour envoyer spécial au Cache Investigation. Ça tourne avec Linda Bendali. Salut Linda. Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. On est super contentes de te recevoir. Tu as fait une enquête pour envoyer spécial sur les aéroports. Est-ce que tu peux nous dire ce que tu as découvert ?
- Speaker #1
L'idée, c'était de tester la sûreté dans les aéroports. C'est-à-dire, quand on passe un portique, comment est fait le travail ? Est-ce qu'on peut faire passer un objet interdit ? L'idée, elle m'est venue pourquoi ? C'est parce qu'à l'époque, Sarkozy disait, on va enlever 150 000 fonctionnaires en France. Donc, 150 000 fonctionnaires, c'est dans les écoles, dans les hôpitaux. Et je me suis dit, et si on enlevait les policiers, ça donnerait quoi ? Il y avait un secteur dans lequel les policiers avaient été retirés depuis longtemps, c'était les aéroports. Parce qu'avant, c'était des policiers de la police de l'air et des frontières qui faisaient cette mission. Et je me suis dit, on va voir ce que ça donne quand on enlève des fonctionnaires qui assurent une mission de service public et qu'on remplace par des agents de sécurité privée.
- Speaker #0
Et donc, ça a été difficile de pouvoir filmer dans les aéroports ? C'est hyper dur normalement d'avoir des autorisations ? Ça a été compliqué, j'imagine ?
- Speaker #1
Alors moi j'ai eu une chance, mais on dit en général en investigation que la chance c'est pas vraiment de la chance, c'est du professionnalisme.
- Speaker #0
Et que de ne pas avoir de chance c'est une faute professionnelle. Voilà, exactement. Ça c'est dur, c'est exprimé dans le métier.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc moi là j'ai eu de la chance, c'est-à-dire que j'ai demandé l'autorisation auprès de l'aéroport de Paris pour pouvoir filmer. Quelques jours avant, ils avaient fait une réunion où ils se disaient qu'il y avait un problème d'image du métier. C'est-à-dire que les agents de sûreté avaient une mauvaise image au niveau de la société. Et ils se disaient, on va financer une publicité comme ça, on va redorer notre image. Et j'arrive et ils se disent, ça va être gratuit, il va y avoir un reportage sur les agents de sûreté de l'aéroport. On va se faire de la pub gratuite, donc formidable, welcome, on vous ouvre les portes. C'est comme ça que ça s'est passé à la base.
- Speaker #0
Tu as découvert qu'il y avait donc des failles de sécurité finalement dans les aéroports.
- Speaker #1
Alors, ce que j'ai découvert, c'est que les agents qui étaient chargés de la sûreté, on dit sûreté en aéroport, on ne dit pas sécurité, eh bien, ils étaient mal formés. C'est-à-dire qu'en gros, on avait besoin d'embaucher du monde et donc on leur donnait des formations un peu comme ça. Vous passez quelques heures de formation et on vous mettait là. L'idée, c'était de mettre des présences dans les aéroports pour rassurer les gens. Et donc, mon sujet, c'est qu'ils sont mal formés. Donc... Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si moi j'ai envie de passer un objet interdit, est-ce qu'il passe ?
- Speaker #0
Et qu'est-ce que t'as essayé de faire passer alors ? Comment t'as eu cette idée de dame ?
- Speaker #1
Comment j'ai eu cette idée ? Alors, j'ai rencontré un expert en sûreté aéroportuaire qui m'explique tout ça.
- Speaker #2
Si l'objectif pour vous c'est de tenter d'embarquer à bord d'un avion avec en l'occurrence une arme à feu, je pense que vous n'allez pas rencontrer tellement de difficultés. Je vous parie la réussite de votre test.
- Speaker #1
Alors je dis pas ok. Chiche, on tente quoi.
- Speaker #0
Direct ?
- Speaker #1
Ouais, bah oui.
- Speaker #0
Direct, tu t'es dit ok j'y vais.
- Speaker #1
Ouais, parce qu'en fait je pense que la démonstration c'est la meilleure des preuves finalement. C'est-à-dire que si je blablate en disant en fait ils sont mal formés, et s'il se passait ça. Non, en fait l'idée c'était de leur montrer, je vais vous montrer les failles. Et c'est vrai que c'est quand même un sujet très très sensible, les aéroports. Pourquoi ? On a le 11 septembre qui est dans la mémoire de tout le monde. À ce moment-là, il y avait quand même quelques alertes. Il y avait dans une imprimante, il y avait une bombe qui avait été retrouvée. Il y avait un gars qui avait été retrouvé avec des chaussures. Et donc, il y avait quand même eu plein de tentatives. Tout le monde voulait refaire Ben Ladenbis, etc. Donc, on se disait, c'est sensible.
- Speaker #0
Et là, l'expert se dit, je parie que vous pouvez faire passer une arme.
- Speaker #1
Voilà, il dit, je vous parie, je suis sûre, etc. Je dis, OK, je vais le tenter. Est-ce que vous pouvez me procurer une arme ? Donc, il m'a procuré une arme. Donc j'ai touché, enfin c'était pas la première fois, mais presque que j'avais une arme entre les mains. C'était un Tanfoglio, je m'en souviens très bien, une marque italienne. Un pistolet semi-automatique. Et l'avantage de ce pistolet, c'est qu'il était démontable en 8 pièces. Et l'idée c'était que quand on le démonte... Quand on le répartit dans les bagages à main qui passent sous les portiques, il est invisible, enfin en tout cas, des gens mal formés pouvaient ne pas le voir. Donc il m'a fourni cette arme, il fallait que j'apprenne à la monter-démonter, c'est des 8 pièces, et il me chronométrait, donc je me suis un peu pris au jeu du truc. Donc monter, je pense que je ne me rappellerai plus aujourd'hui, mais monter-démonter. Ce que je me dis, l'idée c'était de la démonter, la mettre dans mon sac, la faire monter dans un avion, aller dans les toilettes. et la remonter dans les toilettes pour pouvoir filmer la preuve que j'avais bien l'arme. Avec le stress, avec la thèse de l'air qui risque de taper à la porte, qu'est-ce que vous faites ? Il fallait que ça soit automatique, que ça soit un réflexe. Donc j'ai appris, je me suis entraînée, etc.
- Speaker #0
Combien de temps ça t'a pris ? T'as dû passer beaucoup de temps quand même.
- Speaker #1
J'ai appris avec lui et puis après chez moi, je m'entraînais régulièrement. Je l'ai ramenée, rapportée chez moi.
- Speaker #0
D'accord. Et tu t'es mariée, tu avais des enfants à l'époque ?
- Speaker #1
J'ai caché tout. Ouais, je cachais tout parce qu'avec mon fils, je ne voulais pas qu'il le voit. Quand il a su, quand c'est passé à la télé, je lui ai montré. Mais je ne voulais pas au début. Je cachais quand même.
- Speaker #0
Et il fallait que tu arrives à la remonter en combien de temps ? Tu t'étais fixée quel temps ?
- Speaker #1
C'était un truc comme, je ne sais pas, je crois que c'était 30 secondes. Il fallait le faire le plus vite possible. En fait, ça va vite. C'est 8 pièces. C'est tchlak, tchlak, tchlak, tchlak, tchlak comme ça. Et ça va super vite. Après, le chargeur à la fin, ça va très vite.
- Speaker #0
Et alors, raconte, du coup, tu arrives à l'aéroport, comment tu avais fait ? Tu les avais mis dans plusieurs sacs, c'est ça ?
- Speaker #1
Alors, oui, voilà. On a choisi l'aéroport Charles de Gaulle, le plus gros aéroport français. Et l'idée, c'était, pour pas non plus que ce soit trop facile et que je vois choper tout de suite, c'était de faire comme un touriste aurait pu faire, de le répartir dans deux sacs. Donc, j'avais un sac plus grand où j'avais mis les grosses pièces et un sac plus petit où j'avais mis les petites pièces. Et j'avais sur moi une caméra qui... que j'avais mis dans ma poche, comme ça, avec l'objectif qui ressemblait à un téléphone, avec l'objectif qui sortait pour pouvoir filmer. À l'autre bout du tapis, cet opérateur en blanc inspecte le contenu de nos sacs sur son écran. Normalement, il devrait repérer les pièces du pistolet, mais le sac rouge passe sans problème. Et là, il y a mon gros sac avec les plus grosses pièces qui passent. Et là, l'agent fait « Attends, attends, j'ai mal vu, repasse-le » . Et donc là, il repasse. Et là, je... Grosse suée. À l'intérieur, la crosse, la culasse, le canon et le chargeur de notre pistolet. On se stresse quand même. On ne fait pas ça tranquille. On voit quand même... C'est quand même des sites sensibles, les aéroports. Ils passeront finalement inaperçus.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu avais préparé au cas où ils repèrent l'arme, justement ?
- Speaker #1
En fait, on ne savait pas trop, évidemment. J'avais consulté un avocat. On ne savait pas trop quel risque on prenait, parce que finalement... On montait un objet interdit à bord. Donc, si on avait voulu nous embêter, on pouvait nous embêter.
- Speaker #0
Même en tant que journaliste ?
- Speaker #1
Ça dépend de ce qu'on veut faire. On aurait pu considérer que je mettais en danger l'avion avec la présence de cette arme. Alors nous, ce qu'on avait fait, c'est qu'on n'avait pas les balles. Ça, c'était hyper important. Parce qu'avec une balle, si quelqu'un me l'attrape, met la balle et tire dans l'avion, c'est là où on prenait un risque. d'ailleurs on a Le lendemain matin de la diffusion du sujet, ma productrice me dit, je ne sais pas si tu dors chez toi, parce que peut-être qu'à 6h du matin, on va venir te chercher. Parce qu'on peut aussi faire l'exemple en disant, les journalistes, arrêtez de vous amuser à faire passer des armes dans les avions. Ce n'est pas possible. Donc, je ne savais pas trop. Jusqu'au bout, je ne savais pas si on allait venir m'arrêter ou pas. Quand je passe le portique, j'ai une lettre de France Télévisions, de France 2. qui dit que je suis journaliste et qui dit pourquoi je fais ce reportage, etc. qui détaille tout. Donc si jamais je suis attrapée, je monte la lettre. Mais dans ma tête, je me disais, si les gens voient ça, qu'est-ce qu'ils font ? Ils m'attrapent, ils me plaquent, ils ne vont pas attendre. Ah, j'ai une lettre à te donner ! Donc je savais quand même que les premiers moments allaient être un peu tendus malgré tout. Ce n'est pas rien d'avoir une arme dans un sac.
- Speaker #0
Donc tu passes, tu montes dans l'avion et là, qu'est-ce qui se passe quand tu arrives dans l'avion ?
- Speaker #1
Alors j'attends, et puis durant le vol, je prends mes sacs, je réunis mes deux pièces dans le même sac, je vais dans les toilettes. Une à une, nous réunissons les sept pièces du pistolet. En quelques minutes à peine, le 9 mm est opérationnel.
- Speaker #0
Et tu l'as fait deux fois en plus ?
- Speaker #1
Je l'ai fait deux fois. Alors le retour de Marseille, en fait je fais l'aller-retour tant qu'à faire, je remets une pièce dans la machine.
- Speaker #0
T'étais entraînée ?
- Speaker #1
Voilà, donc le soir je rentre de Marseille, et là c'est pas le sac qui fait des allers-retours, c'est mon petit sac dans lequel il y a les plus petites pièces, qui est fouillé. A la sortie des rayons X, un agent le récupère. Dans ce sac, nous avons dissimulé ces trois petites pièces de notre pistolet. Nous pensons être démasqués. Là c'est pareil, petit suspense quand même. J'ai pas fait exprès pour le scénario, mais petit suspense. L'agent de contrôle n'a rien trouvé. Il est 20h15. Nous montons sans encombre à bord du vol Marseille-Paris. Merci, bienvenue à bord. Toutes ces personnes, elles étaient formées sur des images et jamais elles n'avaient d'armes dans leurs mains.
- Speaker #0
Mais elle ne t'a pas demandé c'est quoi ce truc ? Non.
- Speaker #1
Bah non, c'est un ressort, c'est un grand ressort, l'autre c'est un petit bitonio comme ça, non, bah non, elles s'en fauchent en fait.
- Speaker #0
Elle voit une femme passer comme ça avec un ressort, un bitonio sur elle, c'est pas ce qu'elle se voit. Oui, on se pose pas de questions. C'était normal en fait, tout le monde se prenne avec.
- Speaker #1
Et là c'est vrai que cette image qui a beaucoup marqué à l'époque, des toilettes d'avion, d'une arme dans des toilettes d'avion, ça on ne le voit que dans mes films en fait. On ne le voit pas en vrai quoi, ça n'existe pas. Je sais que ça a marqué beaucoup de gens. parce que je trouvais que la preuve par l'image a été hyper forte. Cette image l'a encore en tête d'ailleurs.
- Speaker #0
Moi, je m'en souviens encore. Ce reportage, il a eu un énorme impact.
- Speaker #1
Complètement, oui. C'est vrai que le lendemain, j'ai eu énormément... J'ai fait les médias pendant une semaine, 15 jours, même internationaux, parce qu'effectivement, c'est un sujet international, les aéroports. J'ai eu beaucoup d'appels de policiers aussi, de syndicats de policiers qui me remerciaient en disant qu'on valorise aussi notre travail. Je trouvais ça chouette. Et puis, c'était rigolo, les copains caméramans qui, dans les mois qu'on suivait la diffusion du reportage, quand ils passaient les portiques des aéroports, on les embêtait. À chaque fois, c'était « Ah ouais, vous allez vous faire chier, alors nous on va vous faire chier, alors on les a repassés dix fois, on va venir vérifier vos caméras. » Et à chaque fois, ils m'appelaient en me disant « Ouais, grâce à toi, j'ai passé deux heures aux portiques. » Donc, il y avait une petite revanche de la part des agents de sûreté.
- Speaker #0
Ils se sont vengés sur eux.
- Speaker #1
C'est vrai que les gens qui ont vu le reportage après, le grand public, quand on les embêtait pour une bouteille d'eau, ils nous disaient « Attendez, vous avez vu, vous n'avez pas repéré l'arme, vous n'allez pas me faire chier pour une bouteille d'eau » . Donc, c'est vrai qu'ils ont eu beaucoup de retours négatifs de la part du public qui, du coup, se vengeaient un petit peu d'enlever la ceinture, d'enlever les chaussures.
- Speaker #0
D'ailleurs, à un moment donné, tu fais l'interview du directeur de la sécurité des aéroports.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et là, tu utilises une technique qu'on utilise… Un peu tous pour qu'ils se piègent tous seuls.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'en investigation, on fait des démonstrations. Et les démonstrations, c'est vous nous avez dit que c'était comme ça, nous on va vous montrer que c'est comme ça. Et donc c'est une technique classique en investigation, c'est-à-dire qu'à la base, on arrive, on leur dit comment sont vos aéroports, la sûreté dans vos aéroports, expliquez-moi comment sont faites les formations. Et donc évidemment, ils vont nous dire. C'est formidable ce qu'on fait, tout est sous contrôle.
- Speaker #3
Ce sont des agents qui sont extrêmement formés, qui sont attentifs à ce genre de choses, qui sont très contrôlés également par les services de l'État, qui effectuent des tests de façon régulière pour voir s'ils accomplissent bien leur mission et qui vous permettent de prendre un avion dans les conditions de sécurité maximales.
- Speaker #1
Lui, il était très sûr de lui, un commissaire, moi jeune femme en face. Les officiels en face ne pensent pas qu'on travaille autant. Et ils confondent un peu communication et information. C'est-à-dire qu'ils arrivent, ils pensent qu'on va leur tendre le micro et qu'on ne va rien dire derrière. Et donc ils ne sont pas assez préparés, ils sont un peu...
- Speaker #0
Arrogants ?
- Speaker #1
Un petit peu, oui. Une forme en tout cas de supériorité, comme étant les sachants par rapport à nous.
- Speaker #0
Et ça, ils se font prendre au piège, forcément. Et après, tu nous montres les images de l'arme qui est passée, c'est ça ?
- Speaker #1
Non, je ne lui montre pas les images de l'arme qui est passée parce que je ne voulais pas les montrer en amont.
- Speaker #0
Oui, c'est la question que je me suis posée. Voilà,
- Speaker #1
parce que je ne veux pas qu'on bloque la diffusion.
- Speaker #0
Ils auraient pu bloquer ?
- Speaker #1
Oui, ils auraient pu. De toute façon, un référé en disant que c'est une incitation à faire passer des armes ou des choses comme ça, nous, on ne voulait pas du tout de ça. On voulait d'abord diffuser. Donc non, la vidéo que je lui montre, c'est une vidéo d'une interview d'un monsieur qui nous raconte les formations sans bidon. Lui, il voit ça, il dit...
- Speaker #3
Essayez vous-même de passer avec un canif ou autre, ce canif sera détecté.
- Speaker #1
Moi, je ne l'attendais pas, celle-là.
- Speaker #3
Ah, il te dit ça ? Oui,
- Speaker #1
spontanément. Je ne veux pas passer un canif, tu vas voir. Je l'avais déjà fait en vrai, donc je savais en plus. Vous pensez que si quelqu'un passait avec une arme ou un explosif... Un pistolet ou un explosif, il sera détecté, pas à 100%, mais que les agents ont des chances de l'opérer. Oui,
- Speaker #3
j'ai cru comprendre que vous m'aviez posé plusieurs fois cette question-là, et ma réponse est toujours la même, oui.
- Speaker #1
J'étais assez contente de l'effet.
- Speaker #0
Comment tu fais justement, comment tu te prépares quand tu dois interviewer des gens qui ont des postes hyper importants ? Moi, je sais par exemple que je fais un peu la fille un peu bébête, justement, qui n'a rien compris. Ah oui, ah bon ?
- Speaker #1
C'est une forme de naïveté.
- Speaker #0
Toi, tu prends quoi comme posture ?
- Speaker #1
Moi, je ne joue pas la naïve, peut-être un peu ingénue, mais en tout cas, je pose les questions les plus factuelles. Je reste assez sérieuse, le moins de contact possible en amont, avant que l'interview commence. Je fais en sorte qu'assez vite, on soit en interview, pour que je rentre tout de suite dans le vif du sujet, pour ne pas qu'ils me posent une question hors caméra et que je sois un peu coincée dans la chose. Là, pour ce sujet, c'était assez facile parce que finalement, c'est un sujet sur la sûreté reportuaire. Une interview, c'est assez logique. Et donc, je pose une série de questions assez basiques. Et à un moment, je pose la question sur la formation. Mais avant, j'ai posé plein de questions. On vise large. Et ensuite, ce qu'on vient chercher, au bout d'un moment, il est en confiance, etc. Ce qu'on vient chercher, il le dit. Il répond à la question et on ne va pas tout de suite sur la question qui nous intéresse. C'est-à-dire que la garde est un peu tombée à ce moment-là aussi. Dans les impacts de ce reportage sur la sûreté reportière, il y a eu quand même six jours après une mission parlementaire qui a été ouverte à l'Assemblée nationale. Donc ça, j'étais assez fière de ça parce qu'ils ont travaillé pendant un an pour auditer tout le secteur. Et moi, j'ai été auditionnée. Et de là, ils ont proposé des réformes. Mais aujourd'hui, je ne sais pas ce que tu en penses, mais par rapport à une certaine époque, ils sont beaucoup plus sérieux. Les process sont beaucoup plus appliqués. C'est beaucoup moins le bordel qu'avant. Et on sent qu'il y a une valorisation de ce métier.
- Speaker #0
Tu as fait évoluer le...
- Speaker #1
Oui, je pense que ce reportage a vraiment, parce qu'il a créé un électrochoc, il a vraiment fait évoluer les choses.
- Speaker #0
C'est le but, en fait, justement, de sortir des choses qui vont changer la société.
- Speaker #1
Oui, c'est beaucoup de travail. Il faut quand même que ça serve à quelque chose. Déjà, informer, c'est hyper important. Que les gens soient avertis, qu'ils fassent leur choix en connaissance de cause. Et puis, après, si ça change les choses... tant mieux, au moins on sert à quelque chose. Quelques années après, je l'appelle d'un journaliste qui écrivait un livre à la gloire de l'aéroport de Paris. Et là, il me dit, votre reportage fait partie de l'histoire de l'aéroport de Paris, parce que ça a fait du bruit quand même, et je voudrais vous rencontrer. Alors, il me rencontre, et là il me dit, en fait, à l'aéroport de Paris, ils m'ont dit que vous aviez filmé dans les toilettes d'un TGV. Donc moi, j'allais écrire ça, mais j'ai préféré vérifier auprès de vous.
- Speaker #0
Ah oui, quand même, ouais.
- Speaker #1
Je lui ai dit, écoutez, vous pouvez vérifier auprès de moi, mais il n'y a qu'à regarder les images. On voit bien. Et en plus, je fais exprès de filmer quand je tire la chasse d'eau dans le reportage. Flush, la chasse d'eau des avions, ce n'est pas une chasse d'eau de TGV. J'ai trouvé que la manœuvre était un peu grossière de faire passer les toilettes d'avion pour des toilettes de TGV.
- Speaker #0
Ils sont un peu mauvais joueurs quand même. En fait, ils ont remis en cause ton travail au lieu de se remettre en cause eux-mêmes.
- Speaker #1
Complètement, voilà. C'est plus simple. Il ne voulait pas qu'il y ait un petit truc en tâche dans le livre, peut-être aussi.
- Speaker #0
Mais c'est souvent quand même, surtout ces dernières années, ces derniers temps, soit les hommes politiques, etc., les journalistes sont souvent dévalorisés. On dit toujours qu'on va mentir, qu'on va changer les montages, qu'on va changer ce que disent les gens. C'est de pire en pire à ce niveau-là quand même dans notre métier, tu ne trouves pas ?
- Speaker #1
Oui, c'est pour ça que c'est important aussi de faire de la pédagogie, comme on le fait là maintenant, de comment on travaille. En fait, on est des gens, on travaille de manière besogneuse avec nos dossiers. Et c'est vrai qu'avec l'ère de la post-vérité, des fake news, notre travail peut être vachement remis en cause. Mais il faut qu'on continue parce qu'en fait, heureusement qu'on est là par rapport justement à toutes ces fake news. Et on est quand même à un sacré contrepoids pour justement donner un peu de vérité dans tout ça, de réalité.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire un petit peu, toi, d'où tu viens ? Est-ce que tu as étudié le journalisme ? Comment tu as commencé un petit peu ta carrière ?
- Speaker #1
Alors, oui, j'ai étudié. J'étais dans une école de journalisme, le CFJ à Paris. Donc, j'ai passé le concours et j'ai commencé en presse écrite. Et tout de suite, dès l'école, j'étais attirée par l'investigation. Donc, j'ai fait mes premières unes de journaux quand j'étais à l'école.
- Speaker #0
Ah, carrément !
- Speaker #1
Oui. Ouais, c'était quand même assez chouette. Et puis, de là, j'ai fait que des enquêtes d'investigation. Et puis un jour, on m'a proposé de passer en télé. Parce qu'en télé, à l'époque, il y avait très peu de journalistes d'investigation. Encore moins de journalistes femmes d'investigation. Et c'est comme ça que je suis arrivée en télé. Je ne savais pas faire de la télé et j'ai réalisé mes premiers reportages.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te plaît, toi, dans l'investigation ? Parce que finalement, c'est ce qu'il y a de plus dur dans tous les métiers du journalisme. C'est ce qu'il y a de plus compliqué.
- Speaker #1
Je dirais que moi, je suis un peu une fouilleuse. Je vais aller chercher ce qu'on me cache. J'ai envie de savoir vraiment. Quand je sens un truc qui n'est pas net, j'ai envie d'aller chercher, creuser. Et ça, j'aime beaucoup. J'ai un plaisir à ça, à trouver et à essayer. Justement, je trouve que notre rôle, il est là. C'est de révéler les faces cachées de certains systèmes. Et on a vraiment un rôle là-dessus à jouer dans la démocratie.
- Speaker #0
Est-ce que toi, tu as vu une évolution dans le métier depuis ? que tu as commencé, sur la façon dont sont considérés les journalistes, comment on nous voit ?
- Speaker #1
En fait, j'ai eu la chance de passer par Cache Investigation. Et Cache a une très bonne aura auprès du grand public. Je trouve que Cache Investigation a donné ce petit côté un peu justicier des journalistes. C'est-à-dire que le grand public s'est dit, on a des porte-paroles. Les journalistes sont là aussi pour nous aider dans la société. Ce ne sont pas des gens qui font partie du grand capital, etc. Ils peuvent aussi être des contrepoids et une espèce de quatrième pouvoir qui est important. En tout cas, le travail que j'ai fait a toujours eu un très bon écho et j'ai rarement été l'objet, sauf des mauvais coucheurs, l'objet de trucs d'Aéroports de Paris ou d'autres. J'ai eu des procès. Ah, t'as eu des procès ? Oui, j'ai eu un procès et une tentative de procès qui s'est soldée par un non-lieu. C'était sur quoi ? Alors j'ai eu un procès sur la banque Dexia qui était une banque qui faisait des emprunts toxiques auprès des communes et les emprunts toxiques avaient ruiné beaucoup de villes des fois des petites villes et la banque Dexia m'a poursuivie alors ce qui était on appelle ça une procédure Bayon en fait parce que c'est pas sur un fait c'est pas sur une phrase m'a poursuivie sur l'ensemble du film donc là Dexia prend le reportage et le verse en disant tout le reportage est diffamatoire. Et donc, il fallait que je prouve toutes les phrases du film.
- Speaker #0
Mais ils ont le droit de faire ça, c'est pas une procédure abusive. Non, ils ont le droit de faire ça. C'est l'enfer, dis-toi,
- Speaker #1
à prouver derrière. Oui, c'est ça. Je savais que sur 90% des phrases, j'avais rien à prouver. Mais quand même, je me dis, on sait jamais. Là-dessus, tout à fait. Tu peux jouer sur un mot. Oui, voilà, exactement. Avec mon avocate, on a passé un temps fou à dire ça, parce qu'en fait, on... On passe un temps fou à essayer de... On ne sait jamais sur quoi on va nous attaquer parce que tout est sujet à accusation. Moi, je garde toutes les preuves, toutes les traces audio, toutes les traces j'enregistre tout, etc. sur ce genre de sujet, bien sûr. Et du coup, le procureur a dit « En fait, vous avez fait un travail sérieux, documenté, contrebalancé, donc il n'y avait aucun problème de côté de mon travail. » Moi, ce qui m'a frappée, c'est que ces procédures baillons, c'est nous ruiner, nous. On va dépenser beaucoup d'argent en justice, en frais de justice, et aussi sur place. C'était l'armée d'avocats qui arrivait, et puis ils en imposaient, ils me regardaient comme ça. Et en fait, l'idée c'était qu'au tribunal, à la barre, je sois une petite chose. Donc eux, ils jouent les gros costauds. Eh bien, il faut que tu fasses la nana qui n'est même pas peur. Et donc j'étais vraiment... En fait, j'ai joué un rôle aussi de montrer l'extrême assurance.
- Speaker #0
Elle va nous déchirer. on est franchement j'étais hyper préparée mais là je me dis ok je suis contente ils se sont dit que si je parle c'est pas bon pour eux merci beaucoup merci à toi merci beaucoup d'être venue de nous avoir raconté tout ça c'était passionnant merci aussi à vous tous d'avoir regardé cet épisode jusqu'au bout à bientôt sur Pressroom