- Speaker #0
Bienvenue sur Press Room, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques. Aujourd'hui, c'est un reporter un peu spécial qu'on reçoit. Il s'appelle Victor Bergeon. Vous l'avez certainement déjà vu sur Canal+, dans l'émission Les Nouveaux Explorateurs. Et vous allez voir qu'il s'est mis dans des situations vraiment extrêmes.
- Speaker #1
Il y a des gens qui meurent sur le Kilimanjaro, ça existe, tu vois. Il n'y a pas d'hélico qui vient te chercher, quoi. S'ils veulent arrêter le coup avant qu'il soit porté, ils arrêtent. Et s'ils veulent te défoncer, ils te défoncent. C'était... Hyper mal vu par le marabout et c'était le mauvais oeil. Il s'est mort les gars, il faut qu'on parte, ils veulent plus qu'on soit là. J'ai même pas le physique que vous avez, mais par contre, tant qu'il y aura un pourcent d'énergie à l'intérieur de mon corps, je vais tout donner jusqu'au bout,
- Speaker #0
Dans cet épisode, il va nous raconter comment il a survécu au mal aigu des montagnes à 5000 mètres d'altitude, pourquoi un plat traditionnel sénégalais a failli lui faire tout perdre et comment il a fait pour calmer la colère d'un marabout ultra puissant. Ça tourne avec Victor Bergeon. Salut Victor !
- Speaker #1
Ça va ?
- Speaker #0
Merci d'être venu.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Toi, t'es un journaliste un peu spécial quand même.
- Speaker #1
Peut-être, ça fait plaisir alors, si je suis un peu différent.
- Speaker #0
Bah oui, t'es ce qu'on appelle un gonzo journaliste.
- Speaker #1
On peut dire ça. Le gonzo journalisme, c'est l'idée de plonger dans ses sujets la tête la première, d'oublier un peu ce qu'on apprend notamment en école de journalisme, l'idée d'objectivité, de distance avec le sujet. Là, c'est l'inverse, tu plonges la tête la première là-dedans. Tu m'avais demandé d'amener un objet, et donc cet objet c'est ça, c'est Hunter S. Thompson, « Hells Angels » . Hunter S. Thompson, c'est le créateur du journalisme gonzo. Et dans ce bouquin, en fait, il est parti, c'était dans les années 60, et il est parti plonger dans la vie des Hells Angels, qui sont donc un groupe de mecs en Harley Davidson qui étaient des motards pirates. C'est un gang ? Oui, un gang de motards. Il a foncé là-dedans et il a vécu l'expérience avec eux. Il a pris des drogues avec eux. il a... rouler avec eux, il a acheté une moto pour faire partie de ce truc-là, et il s'est fait péter la gueule par ces mecs-là aussi.
- Speaker #0
À la fin ?
- Speaker #1
À la fin, il s'est fait un moment cramponner par ces types-là, il s'en est sorti d'assez peu, il s'est fait bien secouer. Mais ça a été le début de sa carrière, ça a été le vrai premier bouquin qu'il a fait. Et ensuite, ça a été sa marque de fabrique. C'est aussi le mec qui a fait Las Vegas Parade.
- Speaker #0
Oui, le film.
- Speaker #1
Le film qui est excellent, le bouquin est génial.
- Speaker #0
Alors moi, je n'ai pas vu le bouquin, mais le film avec... C'est Johnny Depp.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il est drôle ce film !
- Speaker #1
Donc c'est vraiment cette idée de ne pas avoir de distance avec le sujet que tu explores, mais d'y plonger la tête la première et de vivre les choses avec les gens, pour essayer d'en tirer quelque chose.
- Speaker #0
Et comment t'en es venu toi à faire ça ? C'est quoi ton histoire ?
- Speaker #1
En fait, à la base, moi je suis en école de journalisme, et je rentre dans une école de journalisme parce que je veux faire photoreporter. Je veux aller faire des photos et raconter des histoires un peu partout dans le monde. Mais il m'est arrivé un truc dans cette période-là de ma vie, c'est que je suis tombé très malade des poumons. J'ai eu une tuberculose pulmonaire quand j'avais 20 ans et j'ai fait une rechute, etc. C'est une maladie qui a pris, on va dire, deux ans et demi, trois ans de ma vie.
- Speaker #0
C'est une maladie hyper grave.
- Speaker #1
Globalement, j'avais des trous dans les poumons et j'ai été hospitalisé. Et surtout, on ne comprenait pas vraiment pourquoi cette maladie, moi, dans mon corps, n'avait du mal à la soigner. Et donc, j'ai été dans une situation d'angoisse assez profonde, très profonde même, où je me suis vu mourir. Je me suis dit, OK, ça y est, c'est maintenant. T'as 23 ans, t'es à l'hôpital Bichat et c'est là que ça se termine. Et donc j'ai eu hyper peur. Et pendant ce séjour à l'hôpital, j'ai vu une psy qui m'a aidé à reconstruire un peu une autre histoire. Une histoire dans laquelle j'allais peut-être pas mourir ici, mais dans laquelle peut-être cette maladie-là, c'était le point de départ d'autre chose. Et donc j'ai écrit une liste de choses que je rêvais de faire. C'était beaucoup de rêves qui étaient liés à mon corps. Beaucoup de trucs qui étaient liés au sport. Je voulais faire un Ironman, je voulais gravir le Kilimanjaro, je voulais... Me prouver que mon corps... qui était là malade et en mauvaise santé, il était capable de reprendre le dessus et que je pouvais aller l'utiliser pour explorer le monde comme je voulais le faire avec les photos, mais là de le faire avec mon corps. Et ça a donné, quelques années plus tard, la série que je fais aujourd'hui qui s'appelle donc Voyage au bout de l'effort et où je pars aux quatre camps du monde rencontrer des gens au travers du sport. C'est bien beau de vouloir partir aux quatre camps du monde, mais tu le fais avec quel argent ? Tu le fais comment ? Tu le fais avec qui ? Comment cette idée-là, ce rêve de l'hôpital, j'étais sorti et j'étais a priori guéri ? Mais t'es personne, ta crédibilité, elle est zéro. Je ne connais personne dans ce milieu. Mon père, il est agriculteur dans la Vienne. Aucune porte d'entrée.
- Speaker #0
À Paris, tu ne connais personne.
- Speaker #1
Et là, j'ai un appel d'une femme qui dit « J'ai vu ton dossier, c'est tombé sur mon bureau, je monte une boîte de production, on n'a encore quasiment rien créé, mais je veux bien qu'on se rende compte. Moi, j'ai été réel avant et je veux bien qu'on se rende compte. Et je vais la voir et elle a l'air d'avoir tout compris à ce que je veux faire. Et donc maintenant, ça fait cinq ans qu'on vit ensemble ce projet-là.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce que t'as fait ? Raconte. Le truc de ouf que t'as fait ?
- Speaker #1
Il y a eu l'ascension du Kilimanjaro. J'ai intégré une école de cascade pour devenir cascadeur. J'ai fait une grande transhumance avec les derniers cow-boys d'Andalousie.
- Speaker #0
Tu savais monter à cheval ?
- Speaker #1
J'étais monté à cheval petit. Parce que chez mon père, qui était agriculteur, il y avait des chevaux. Donc petit, j'avais eu ça. Et donc j'ai reconnecté un peu avec ce truc-là de l'enfance. C'était dingue. Et puis je suis parti faire le calcio storico, qui est un sport de baston en Italie. T'es à 27 contre 27 et tous les coups sont permis. T'as un ballon au milieu de 27 mecs et 27 mecs. Et ils s'envoient des nyons. Et tu dois survivre et essayer d'aller marquer des buts. C'est assez absurde, mais c'est ouf.
- Speaker #0
Et en plus, tu pars quand même avec un déficit, c'est la respiration, finalement.
- Speaker #1
En fait, je... Je pense que oui, mais ça a été tellement l'objectif de ma vie ces dernières années, de me prouver que ce n'était pas ça, que je n'étais pas amoindri du fait de cette maladie, que je pense que l'entraînement et le fait de me plonger dans le sport à fond comme ça, ça a compensé les trous et les cicatrices que j'ai encore dans les poumons.
- Speaker #0
Et c'est quoi le truc le plus fort que tu as vécu ?
- Speaker #1
C'est dur parce que franchement, sur les 4-5 dernières années, ça a été tellement tassé d'expériences ultra fondatrices pour moi. que c'est dur d'en faire ressortir une plus qu'une autre. Je pense que la dernière ascension du Kilimanjaro, les derniers mètres, ça a été quelque chose de très très fort.
- Speaker #0
5 800 mètres d'altitude, c'est la plus haute montagne d'Afrique. Pourquoi c'était un rêve pour toi ?
- Speaker #1
En fait, moi je ne connaissais rien à la montagne, déjà. Donc pour moi, tu avais l'Everest et tu avais le Kilimanjaro et tu avais le Mont Blanc. Et globalement, dans ma tête, c'était ça. Donc la vraie réponse d'abord, c'est que quand je me suis dit le Kilimanjaro, c'est parce que pour moi, ça voulait dire gravir quelque chose d'impossible. Tu vois, c'était un synonyme.
- Speaker #0
Et puis le nom est sympa.
- Speaker #1
Le nom est très sympa. Tu voyages, le Mont Blanc, c'est génial. C'est hyper dur en plus et tout. Ça doit être magnifique. Mais je ne sais pas, j'avais envie de... Quand j'ai pensé à ça au tout départ, il y avait cette idée de voyager, de partir à l'autre bout du monde. Moi, je n'avais jamais été en Afrique. donc il y avait toute cette idée d'aventure qui allait avec Et donc, on est parti sur cette piste-là. Et en faisant cette enquête, on se rend compte qu'il y a une association du 93 qui souhaite emmener la première cordée de femmes du 93 sur le Kilimanjaro. Donc, on lit cet article avec Sarah, ma productrice, et on se dit, c'est marrant, ce serait cool qu'on les rencontre. On a ce projet en commun. Elles comme moi, on n'est jamais gravies de montagne. Et on veut partir là-bas. Et là, on a rencontré ces filles-là, qui étaient une dizaine, et qui voulaient partir sur le Kilimanjaro. Avec l'expérience, toi tu connais ça très bien, tu sens quand tu as des persos ou pas. Tu sens quand tu as des gens qui ont des choses à dire, qui ont des personnalités fortes, qui vont bien passer à l'image. Ce n'est pas une question d'esthétique ou de physique, c'est une question d'énergie. Est-ce qu'ils vont être hyper enfermés, ils ne vont rien oser dire ou est-ce qu'ils vont faire vivre ce qui se passe ? Et partager les choses. Et partager les choses. Et là, elles sont trop marrantes. Et il y a de tout en plus. Dans ce petit groupe de D-Nala, il y a vraiment des personnalités hyper différentes. On sent qu'il y a une énergie qui est dingue. Et moi, tout de suite, je me dis, si je devais gravir le Kilimanjaro, j'ai trop envie de le faire avec ces filles-là.
- Speaker #0
Elles étaient trop sympas.
- Speaker #1
Elles étaient sympas, elles étaient marrantes. Elles étaient hyper sûres d'elles ou elles avaient hyper peur d'y aller. Mais elles vivaient un truc fort.
- Speaker #0
Et puis courageuses parce qu'à la base, elles ne sont pas sportives du tout.
- Speaker #1
Il y en avait qui étaient hyper bonnes footballeuses. Et puis, il y en avait d'autres qui avaient, la dernière fois qu'elles avaient fait du sport, c'était au collège et elles avaient, tu vois. Et donc, il y avait cette équipe un peu absurde. Et donc, à la fin de ce rendez-vous, je leur ai demandé, j'ai dit, est-ce que ça serait envisageable qu'on amène les caméras avec nous et que moi, je vienne faire l'ascension avec vous ? Et elles ont dit direct oui. On leur a laissé le temps quand même de réfléchir un peu et que je ne vienne pas, tu vois...
- Speaker #0
Parce que tu étais le seul mec.
- Speaker #1
Je suis le seul mec, ouais. Et finalement, elles ont accepté.
- Speaker #0
Ça n'a pas été dur de les convaincre.
- Speaker #1
De les convaincre le premier jour, ça n'a pas été dur du tout. Après, ce qui a été dur, c'est de... Et c'était ça qui a été hyper fascinant en même temps. C'est comment tu... C'est du lien avec ce groupe-là. Ce n'est pas genre, on s'est dit oui, on se serre la main, puis on se retrouve trois mois ou quatre mois plus tard en bas du Kilimanjaro. Il fallait que j'apprenne à les connaître pour avoir des choses à raconter sur elles. Pour vous d'être entraînés ensemble en plus. Exactement. Et en fait, pendant trois, quatre mois, plusieurs fois par semaine, on se retrouvait, on s'entraînait ensemble. On allait au fitness park à côté de Roissy, on s'entraînait là-bas. On avait un coach et tout. Et en fait, on transpire ensemble. Pareil que ce que je te disais tout à l'heure. Quand tu transpires avec les gens, quand tu... partage l'effort avec eux, tout de suite, il se passe un truc cool. Et du coup, on s'entraide, on discute, on parle d'autres choses. Sans caméra, tu vois, on s'entraînait beaucoup. Il y a eu des entraînements tournés, mais la plupart du temps, il n'y avait pas de caméra. Et donc, on est devenus potes avant de partir.
- Speaker #0
Mais le Kilimanjaro, c'est audacieux parce que le problème, évidemment, en montagne, c'est le manque d'oxygène. Et donc, toi, avec ta maladie, j'imagine que c'était... problématique. Il y a même une séquence où tu vas tester ta capacité pulmonaire et ils te disent que tu as 98% de risque d'œdème pulmonaire ou cérébral.
- Speaker #1
Et toi,
- Speaker #0
tu y vas quand même.
- Speaker #1
Oui. En fait, on est parti au centre d'entraînement en altitude de Fon-Romeu. C'est un espace où tu as plein de gens qui s'entraînent en altitude et tu as des chambres en hypoxie. Tu dors là-bas et on teste ta capacité de réaction au manque d'oxygène. On l'a fait d'abord pour savoir si Eric, le coréal de ce film et qui filmait l'aventure, s'il était capable d'y aller et si moi j'étais capable d'y aller. Et en fait, les résultats, pour lui ça allait, pour moi c'était catastrophique.
- Speaker #2
Les plus grosses complications, c'est l'œdème pulmonaire.
- Speaker #1
et le dème cérébral.
- Speaker #3
D'accord.
- Speaker #0
C'est hyper risqué ce mal aigu. On peut en mourir ? Oui,
- Speaker #1
tu peux en mourir si ce n'est pas pris à temps. S'il y a un enchaînement de mauvaises situations, ça peut devenir très vite très grave. Parce qu'en fait, sur le Kilimanjaro, je crois que c'est au-delà de 4000 mètres d'altitude, tu n'as plus d'hélicos qui viennent te chercher, tu n'as plus de possibilité d'être rapatrié. Donc ça veut dire qu'on descend sur un truc en bois. le plus vite possible et on se met sous oxygène rapidement et voilà.
- Speaker #3
On commence à rentrer dans une petite période de crise. Partout autour de la tête. Moi aussi ça commence à m'attraper bien derrière, devant. J'ai l'impression que ma tête a l'exposé. Plus je monte, plus c'est intense.
- Speaker #1
C'est une ascension qui dure huit jours. Et donc, tu es huit jours dans des conditions de sommeil et d'existence très précaires malgré tout. Pourquoi de sommeil ?
- Speaker #0
Parce que tu ne dors pas à cause de l'oxygène ?
- Speaker #1
Oui, à cause du manque d'oxygène, tu dors hyper mal et tu prends des diurétiques pour éviter les oedèmes. Donc, ça te fait pisser beaucoup. Tu vas beaucoup, beaucoup pisser toute la nuit. Donc, tu te réveilles toutes les deux heures et tu dors quatre, cinq heures dans la nuit en vrai, quand ça va bien et plus tu montes, c'est de moins en moins. Donc, sur huit jours, tu as accumulé une fatigue qui est vraiment forte.
- Speaker #0
On voit que vous vivez des moments très difficiles. Je vous apporte. Prochés du sommet. Et qu'il y avait des moments où tu avais une espèce de blackout. Oui,
- Speaker #1
en fait, sur le dernier moment de l'ascension, tu pars de nuit pour essayer d'arriver là-bas le matin, sur le sommet le matin, et de redescendre ensuite. Et donc, il est 21h quand on part. On n'a du coup pas dormi de la nuit qui arrive, puisqu'il est 21h. Et la nuit d'avant, tu as dormi trois heures dans des conditions extrêmes. Tu n'es déjà pas hyper en forme. Et on monte. Et en fait, c'est là où ça devient hyper dur physiquement. On était en hypothermie, très vite, je pense que vers 23h, minuit, avec la fatigue accumulée, plus le froid.
- Speaker #0
Il fait ultra froid.
- Speaker #1
Il fait hyper froid, t'es hyper couvert, mais je crois qu'il fait pas loin de moins 20 degrés, tu vois. Ah ouais. Ouais, il fait moins 20 degrés. Et t'es crevé. Et en fait, ça c'était ce qui m'a fait le plus flipper, en fait. C'est que sur cette partie de l'ascension-là, après trois heures, on va dire, d'ascension, il est, tu vois, minuit, une heure, et là, vraiment, je peux plus lutter contre le sommeil. Mais vraiment, je peux plus lutter.
- Speaker #3
J'ai envie de dormir. Moi aussi. Je suis épuisé, j'ai envie de dormir. Je suis en train de mourir.
- Speaker #1
Ton corps en hypothermie, il se met en mode survie. Donc, être debout, être réveillé, ça consomme de l'énergie. Pour éviter ça, il s'endort. Et comme ça, il peut concentrer son énergie sur le minimum syndical, faire battre le cœur et continuer à oxygéner le cerveau. Et avec ce manque d'oxygène, tout ça s'est amplifié. Du coup, t'es là et tu luttes contre le sommeil, Esther, mais à un point que tu peux pas imaginer. Genre, t'as déjà été fatiguée, épuisée. Là, c'est dinguissime. Tu sais qu'il en va de ta survie et pourtant, tu t'endors pas.
- Speaker #3
Faut pas dormir parce qu'ici, c'est un peu dangereux.
- Speaker #1
Les guides nous réveillent.
- Speaker #3
Ils nous réchauffent comme ils peuvent. Ça va mieux ? En vérité, ils nous maintiennent en vie. Allez, il faut repartir. C'est bien, restez forts.
- Speaker #1
On a réussi à se réveiller, mais c'était un combat contre nous-mêmes de dingue. Et ça, c'était la première partie. Et ensuite, on a continué à monter, Et là, il y a We Dead, une des filles avec qui on était, qui s'est effondrée. À côté de moi, on voyait un autre groupe qui montait, des mecs qui vomissaient leur trip et tout. Et là, en fait, avec Eric, on s'est regardés. Il y avait Eric et Yvan Lingerçon. Et là, on se dit, OK, les gars, il faut qu'on soit ensemble. Là, on ne peut pas se lâcher, parce que sinon, on va peut-être y passer, en fait.
- Speaker #0
Ah, tu peux carrément y passer ?
- Speaker #1
Bah ouais, tu peux. Là, il en va de ta survie. En fait, il y a des gens qui meurent sur le Kilimanjaro. Ça existe, tu vois. Genre, à un moment, si tu t'endors là-haut, il n'y a pas d'hélico qui vient te chercher. Il faut que d'autres mecs te ramènent. Mais si les autres guides te ramènent, les filles qui sont là se retrouvent toutes seules. Donc, ce n'est pas possible. Donc, tu mets en péril tout le monde, tu mets en péril tout le truc. Et de nuit, à des altitudes pareilles, s'il t'arrive quelque chose ou s'il arrive quelque chose aux guides qui sont là avec toi, si toi, tu les mets en danger, tout peut prendre des proportions très vite extrêmes. Et en fait, à ce moment-là, on le sent bien. Avec Eric et Yvan, on le sent vraiment. Et là, on se dit, OK. Là, il va falloir qu'on soit hyper soudés et qu'on soit là pour les filles et qu'on ne soit pas un poids pour les guides et qu'on y aille ensemble. Je pense que ce shot d'adrénaline, ça nous a remis d'aplomb. Mais il y avait des moments où c'était absurde. Je disais à Eric, t'as encore des batteries ? Avec le froid, les batteries, elles se crament hyper vite. Et t'as encore des batteries et tout. Il me regarde et tout. Il a les yeux dans le vague.
- Speaker #0
Parce que lui aussi, il est déchiré.
- Speaker #1
On est déchiré. On est comme défoncé, en fait. On n'arrive plus à se comprendre. On a du mal à communiquer. Et finalement, on continue, on avance. On continue d'y croire et tout. Les guides.
- Speaker #0
Ah oui, ils sont top. Ça se voit.
- Speaker #1
Mais t'étais fou. Ils chantent en Swahili, tu vois, la langue locale et tout. Ils ont des chants hyper puissants. Ils chantent encore fort, ils ont encore de la voix, ils t'emmènent avec eux et tout. Tu sais, c'est des chants...
- Speaker #0
Fémaniques presque. Presque.
- Speaker #1
T'es dans une forme de transcendance un peu. Ouais, oui, on sent. T'es guidé, t'as les petites lumières de leur... T'as leurs petites lumières que tu suis comme ça et tu montes avec eux. Et donc là, t'es emmené par ce truc-là. Et puis arrivé en haut, j'ai pris une claque. énorme et je me suis dit mais ok en fait tout ça avant tous les moments durs la maladie tout ça en fait c'était pour ça c'était pour vivre ce genre de moment là ce qui me fout les larmes aux yeux là tout de suite c'est qu'on les fait ensemble quand
- Speaker #0
on regarde l'épisode on a des frissons on est vraiment avec vous quoi c'est ça va l'air d'être c'est une expérience incroyable quoi c'est incroyable et alors la descente l'enfer quoi
- Speaker #1
Tu vois, le soleil qui te crame la tronche, plus personne n'a de crème solaire, de truc, tu sais même plus où t'habites. T'es en survie totale. T'es là, t'avances, tu suis ce qu'on te dit et voilà. Tu descends encore pendant 7 heures, t'as toujours pas dormi. T'es parti à 21 heures, t'arrives là-bas, on est arrivé là-bas, il était 9h du mat' et on est redescendu, on a dormi le soir. Par contre, on s'est pas couché tard, mais on est redormi dans un camp à 18h le soir, plus bas que ça. Et donc, il y a Abir, notamment, une des filles qui était avec nous, qui a fini en brancard, portée par les mecs, par les guides, qui t'aiment. Ça, franchement, il faudrait faire un film que sur ces types-là. Parce que physiquement, c'est des machines. C'est dingue ce qu'ils font. Ils l'ont emmenée et tout. Elle avait la peau complètement cramée du visage. On était dans des états de fatigue extrême. Et tu mets deux jours à descendre. Mais ça va très vite beaucoup mieux. Dès que tu as commencé à descendre...
- Speaker #0
L'oxygène revient.
- Speaker #1
Ça desserre le cerveau.
- Speaker #0
Et tu en parles à ta famille de ça ? Ou à tes proches de ce genre de projet ? Tu leur demandes leur avis ? Ou tu y vas bien en tête comme ça ?
- Speaker #1
Non, je leur demande pas leur avis. Sinon, il y a trop de bruit contraire. Je peux pas leur demander leur avis. Par contre, je les préviens pas trop des dangers avant. Là, en l'occurrence, sur celui-ci, j'en ai parlé à mes potes. J'ai dit, putain, il y a ce truc quand même de 98% de chance, ça fait quand même pas beaucoup de chance de s'en sortir convenablement. Mais en fait, en en discutant, j'en venais toujours à la même conclusion. Je disais, si moi, je dois arrêter, peut-être que dans les filles, Il y en a certaines qui vont réussir à monter là-haut. Et alors, le cadreur ou l'ingé son continueront à monter avec eux. On filmera comme on peut jusque là-haut. Et l'histoire, elle se raconte quand même. Ce n'est pas Voyage au bout de l'effort et ce que je fais moi. Ce n'est pas l'histoire d'un mec qui gagne tout le temps. C'est l'histoire d'un mec qui a envie de rêver, qui a envie d'y croire et qui va. Et puis, si on se plante, ça fait partie du jeu. Petite anecdote marrante, mais au tout début de l'ascension, notre premier guide, il s'appelle Félix. Il a bientôt 80 balais. Et il avance. Ils ont un mot là-bas, ils disent « polé polé » , ça veut dire « tout doux » , « doucement doucement » . Et Félix, il ne fait que nous dire ça, « polé polé » , il avance à deux à l'heure. Le rythme qu'on a là, il est lent ?
- Speaker #4
Maintenant ?
- Speaker #1
Ouais, on marche tout doucement.
- Speaker #4
Doucement, oui, c'est très bien, c'est ce qu'il faut.
- Speaker #1
Pourquoi c'est mieux de marcher doucement ?
- Speaker #4
C'est mieux pour l'acclimatation, pour arriver au sommet.
- Speaker #1
Je me dis, mais à ce rythme-là, on ne va pas mettre huit jours, on va mettre un mois et demi en fait. Et bien Félix, il n'a jamais changé son rythme. Mais quand on est arrivé là-haut, il était toujours sur le même rythme, polé-polé. Et nous, il nous mettait des distances et on en chiait pour essayer de le suivre. Et en fait, lui, il savait qu'il veut aller loin, ménage à monture, tranquille.
- Speaker #0
Il y a un autre épisode dont tu as parlé, enfin une autre expérience que tu as faite, c'est quand tu es parti, alors là, c'est hyper impressionnant, te mesurer au lutteur sénégalais. Alors déjà, je ne savais pas que la lutte, c'était le sport national au Sénégal. Déjà, on apprend quelque chose et c'est des...
- Speaker #1
Des barmules.
- Speaker #0
Ah, ils sont énormes. C'est vraiment des armes en ragaçant. Déjà, pourquoi tu as voulu faire ça ?
- Speaker #1
Parce que tu vois, ce que tu as vécu en rentrant en Sénégal en voyant le film, tu vois, c'est géant un peu. C'est un sport qui est hyper important là-bas, au Sénégal. Et c'est une lutte qui se passe dans le sable avec des formats. Les gars, on se sent dans des formats quand même. Vraiment, ils incarnent la force et la puissance. Et moi, à l'hosto, j'étais l'exact opposé de ça. J'avais perdu beaucoup de poids et je me sentais hyper faible. Et donc, pour moi, il y avait un truc de me dire... Peut-être qu'un jour, je serai capable d'aller me mesurer à ces mecs-là. Pas pour gagner, mais juste d'avoir le courage de m'y confronter. Encore une fois, de me prouver que je suis capable.
- Speaker #0
Parce que là, on te voit, t'es quand même costaud. Mais avant de faire tout ça, t'étais tout maigre. Ouais,
- Speaker #1
mais j'ai toujours fait du sport. J'ai toujours aimé le sport dans ma vie et tout. Mais j'avais pas... Je n'étais pas hyper volumineux, mais surtout, la maladie m'a séché. Sur la première, avec le premier traitement, j'ai perdu 7 kilos en trois semaines. C'était le traitement qui m'a fait perdre beaucoup de poids. Et ça a été hyper frustrant de ne pas avoir d'appétit, de ne pas avoir faim. Donc, dès que j'ai pu remarcher, je me suis remis au sport. Et là, mon objectif, c'était de reprendre du poids. Donc, je suis allé me muscler, fabriquer de la masse musculaire que j'avais perdue.
- Speaker #0
Donc porter de la fonte.
- Speaker #1
Porter de la fonte. En fait, ça a été les... Et manger des potes. Ouais. Au début, c'était juste même marcher, quoi. Et puis après, marcher, j'ai pu... Au début, j'étais au lit. Et puis ensuite, j'ai pu marcher, mais je marchais à deux à l'heure. Et puis après, j'ai pu aller faire un footing. Et puis après, j'avais perdu du poids. Donc un bon moyen d'en gagner, c'est de manger et d'aller faire du sport, quoi. De refabriquer la masse musculaire que j'avais perdue. Donc le point de départ, ça a été ça. Et puis ensuite, quand je suis rentré dans cette série, et que j'ai commencé à en faire mon métier, Et bien du coup, avoir un corps hybride, c'est-à-dire un corps qui te permet de faire un peu tous mes biens, ça demande de s'entraîner tout le temps en fait. Donc tu vois, je m'entraîne 5-6 fois par semaine avec des entraînements très variés. Je vais faire des sprints, je vais faire de l'endurance fondamentale. Je vais faire aussi de la musculation parce que la masse musculaire, elle t'aide à plein de choses dans ce travail-là. Je vais travailler ma souplesse, je vais travailler ma mobilité. Ça fait qu'aujourd'hui, j'ai des épaules un peu plus larges que quand j'ai commencé.
- Speaker #0
Mais d'ailleurs, quand tu t'entraînes, on a des images d'entraînement pour te mesurer au lutteur sénégalais. Tu vas dans un centre de MMA et là, c'est chaud.
- Speaker #1
Oui, je suis obligé de m'entraîner. Là, pour le coup, je ne peux pas y arriver les mains dans les poches. Tu vois, bonjour, je vais faire de la lutte au Sénégal. Je vais lutter contre vous. Pas parce que je ne veux pas perdre contre eux, parce qu'il y a de grandes chances que je perde. Mais surtout par respect pour les gens que tu rencontres.
- Speaker #0
Il y a une technique en plus.
- Speaker #1
tu as de la technique et tu ne peux pas arriver. Si tu veux être pris au sérieux un minimum, il faut que tu aies quelque chose à montrer. À partir de là, on peut travailler avec toi. À partir de là, si tu as des notions, on peut te dire, améliore ça, améliore ça. Si tu arrives comme un grand guignol et que tu ne sais rien faire du tout, tu passes pour un guignol. Et puis, merci, au revoir, ok, on a compris. Tu es venu faire le bois avec ta caméra. Et puis, barre-toi. Donc, déjà, pour qu'il se passe quelque chose, il faut arriver avec un bagage. Sauf que ce bagage, je ne l'avais pas du tout. Et donc, je me suis entraîné pendant 8 mois au MMA Factory à Paris. Et avec un coach qui était spécialisé en lutte, qui s'appelle Benjamin Manga. qui était un grand lutteur camerounais, qui coache plein de combattants professionnels et tout ça. Il a aimé le projet, il m'a pris sous son aile vraiment, et il m'a martyrisé. Il m'a martyrisé pendant les huit mois d'entraînement.
- Speaker #0
Il teste aussi ta volonté.
- Speaker #1
Il teste ma volonté dans la discipline. T'arrives à l'heure le matin, il m'a dit, moi je te laisserai tomber. Si toi tu ne montres pas que tu as plus de volonté que moi que d'aller au bout de ce projet, ça ne sert à rien de compter sur moi. Et donc je flippais grave. Et Sarah m'appelait, putain Victor, t'as du boulot quand même. T'as les montages là, t'as ça à faire, t'as l'enquête, machin. Je lui disais, mais je ne peux pas, il y a Benjamin qui... J'ai entraînement en fait. C'était carrément compliqué pour la production, pour l'impact de mon boulot. Parce que mon métier, ce n'est pas de faire de la lutte, c'est de faire des films documentaires. Et tout le reste passait à côté parce que Benjamin m'avait dit, c'est telle heure, à tel endroit, et tu t'entraînes. J'étais rincé tout le temps, je t'ai fatigué tout le temps. Ça a été hyper dur physiquement.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu t'es fait une déchirure à la cuisse et un arrachement osseux de la cheville.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais tu as continué.
- Speaker #1
Ça a été horrible. En plus, c'était assez proche du moment du départ. Donc, j'ai dû arrêter l'entraînement, ce qui était une bonne chose. En fait, je pense que j'ai eu la grâce du ciel. Un mal pour un bien. Un mal pour un bien parce que j'étais en surentraînement par rapport à ma capacité physique. Et donc, ça m'a obligé à me reposer avant de partir. Et ça a été horrible parce que je voyais l'échéance arriver et je ne pouvais plus rien faire. Et j'ai flippé, flippé, flippé, flippé, flippé jusqu'au départ parce que je voulais aller là-bas, comme je te dis, en respectant les gens. Et on avait prévu que je puisse combattre dans un tournoi officiel là-bas. On avait préparé pendant des mois ce truc-là. Ça faisait des années que j'y pensais et des mois que je m'entraînais comme un dingue. Et là, quelques semaines du départ, il m'arrive ce truc. Déchirure de l'ischio et arrachement au niveau de la cheville. Je me souviens du Noël de cette année-là, où tout le monde fait la fête et tout, boit des coups et tout. Et je suis tellement mal, j'ai tellement de pression de me dire « Putain, mais je vais me faire plier en deux comme une merde » . devant la télévision, devant des milliers de gens qui vont regarder ça. Je vais passer pour un con là-bas. Et moi, je suis dégoûté d'avoir fait tout ça pour être ridicule là-bas. Ça me mettait tellement mal. Je suis parti dans le salon et j'ai pleuré à côté de la cheminée tout seul pendant 5 minutes.
- Speaker #0
Le soir de Noël.
- Speaker #1
Le réveillon. C'est pas possible, je suis trop nul. Je vais me faire plier. Et en fait, j'y suis allé. Et à la mesure de la peur et de l'anxiété que j'avais avant, la joie et le bonheur de vivre cette expérience à fond là-bas, ça a été aussi l'un des plus beaux tournages et une des plus belles expériences de ma vie.
- Speaker #0
Et comment toi, quand tu es arrivé au Sénégal, le petit blanc qui veut faire de la lutte sénégalaise, comment tu as été reçu en fait ?
- Speaker #1
Déjà, moi, quand j'arrive là-bas... J'étais allé en Afrique une fois pour le tournage sur le Kilimanjaro, mais t'es un peu sur des sentiers battus. T'arrives à l'aéroport, t'es dans un petit hôtel, et puis après tu fais le chemin du Kilimanjaro, t'es dans les clous. Là, c'était un tournage beaucoup plus freestyle. T'arrives à Joal Fadiout, qui est une ville de bord de mer, de village de pêcheurs, t'as rien pour les touristes ou qui y ressemblent. T'es vraiment avec les habitants dans leur vraie vie et tout. Et donc, pour moi déjà, il y a un... Un choc énorme et c'est culturel et c'est génial. Tout de suite, je me dis, mais waouh, je suis dans un autre monde. C'est génial de découvrir ça, rencontrer ces gens et tout. Et en fait, ils sont très accueillants. Et j'arrive chez Grandmas. Grandmas. Ouais, Grandmas, c'est un mec assez fin, qui a beaucoup de force, qui est connu pour ça et qui est le coach de l'écurie dans laquelle je vais rentrer. Et donc, on est chez lui, dans sa maison. T'es à l'extérieur et tout, et t'as tous les lutteurs qui sont là. Donc moi, j'arrive, je suis un peu intimidé, tu vois. Tac. que des masses et tout qui sont là et je viens avec, tu vois, ma coupe de chanteur des années 80 et tout, bonjour, je viens leur serrer la main et tout ça, et ils me serrent la main, et il y en a qui me serrent la main avec beaucoup de bienveillance et gentillesse, et d'autres qui disent, toi, mon pote, avec ta petite caméra et ta petite tronche là, on va te secouer, tu vois. T'es dans ce genre de relation. T'es le bienvenu, mais on va pas te faire de cadeau. T'es le bienvenu, tu veux découvrir notre monde, viens.
- Speaker #0
Mais tu vas en chier.
- Speaker #1
Mais on va te montrer ce que ça veut dire. Si tu veux. Et puis moi, je précisais toujours aux enquêteurs et tout ça. Je disais moi, je veux vivre l'expérience à 100%. Je ne veux pas qu'on soit gentil avec moi parce que je viens pour la télé, que machin, que truc. Ça n'a aucun intérêt. Ce n'est pas ça que je veux vivre. Et donc, je me suis fait plier en deux à l'entraînement et tout. Je me suis retrouvé dans des efforts vraiment très, très extrêmes.
- Speaker #0
Genre ?
- Speaker #1
Genre, l'écurie dans laquelle j'étais, ça s'appelait La Montagne. Parce que... Il s'appelait l'écurie La Montagne parce qu'en fait, il s'entraînait sur une plage avec une butte de sable qui fait genre 25 mètres de long, qu'ils appelaient La Montagne. Et le premier entraînement, on n'a pas lutté du tout. Le premier entraînement, ils ont voulu me faire exploser en vol, en fait. Mais juste, ils m'ont fait faire leur entraînement à eux. Moi, je veux bien faire. Je suis hyper respectueux des mecs que j'ai rencontrés et tout. Donc, tant que je peux, je continue. Sauf qu'à un moment, ton corps, respectueux ou pas, il arrête, en fait. Et donc, on est là, on enchaîne, on enchaîne. Grand Masse, il nous engueule. Et une fois qu'il est là, il dit, bon, maintenant, vous avez 15 secondes pour récupérer. OK. 15 secondes, ça fait pas large. Je suis mort, j'ai envie de rentrer me reposer.
- Speaker #0
J'ai pas le temps de fumer une clope.
- Speaker #1
15 jours pour se reposer. C'est ça que t'aimerais. Il m'a détruit.
- Speaker #0
Je pense que ça a duré encore peut-être 30 minutes. J'ai l'impression que ça a duré 4 heures. Là, tu vois, t'as gagné le respect des mecs qui sont là. T'as pas abandonné, t'aurais pu partir. C'était hyper important,
- Speaker #1
en fait, que tu le fasses jusqu'au bout.
- Speaker #0
Bah ouais, c'était fondamental, en fait. C'était fondamental de montrer que j'ai pas la technique que vous avez, j'ai pas les années d'expérience que vous avez, j'ai même pas le physique que vous avez. Mais par contre, tant qu'il y aura un pourcent d'énergie à l'intérieur de mon corps, je vais tout donner jusqu'au bout, Et de ce premier entraînement, ça a changé complètement nos relations. Et là, j'ai été intégré comme dans une famille, tu vois, pour de vrai. C'est des relations, moi, qui m'ont marqué pour toute la vie. Et je pense que c'est aujourd'hui des amis qui vont durer pour toute la vie, tu vois.
- Speaker #1
Donc, t'es arrivé dans un nouveau pays, une nouvelle culture. Est-ce que t'as fait des impairs ? Est-ce qu'il y a eu des erreurs que t'as faites, justement ? Qu'est-ce qui t'est arrivé, alors ?
- Speaker #0
Quand t'es dans une culture que tu connais pas, il y a forcément des petits moments où tu te plantes. Et là, moi, en l'occurrence, on est invité à déjeuner. Et il y a... Bon, Grandmas, il a quatre femmes. On arrive chez lui, il a ces quatre femmes qui sont là, et elles sont en train de commencer à préparer à manger pour tous les lutteurs. Et moi, je vois les quatre femmes de Grandmas, et je propose mon aide. Je dis, est-ce que vous avez besoin d'un coup de main et tout ? Et je me retrouve pendant, mais vraiment, littéralement, trois heures en plein cagnard à couper les trucs, à aller chercher le bois pour le feu, à machiner. Et moi, j'avais dit ça, un peu demandé ça par politesse, je me retrouve trois heures embarqué dans le truc. Ça dure, ça dure, ça dure. On passe à table. Sauf que maintenant, on a perdu grave de temps. Et il va falloir qu'on a plein de trucs à faire. Vider les rushs, s'occuper du matos, machin, avant de tourner la prochaine séquence du soir. Et donc, on commence à manger le Thierboudienne tous ensemble. Et là, au bout d'une demi-heure, on commence à manger. Là, on dit, nous, les gars, on doit y aller. Désolé. Et on voit que ça fronce un peu les sourcils, mais on leur explique que ce n'est pas méchant. C'est juste qu'on a du boulot et tout. On y va. Et après ça, notre fixeur est venu nous voir. Il nous a dit, les gars, je pense que ça va être compliqué pour continuer de tourner et tout. Ils ne veulent plus. ça a été hyper mal perçu le fait que tu finisses pas le repas avec eux ça a été vraiment comme un affront on t'offre l'hospitalité on te fait manger à notre table tous ensemble et toi tu te barres comme ça au milieu ça veut dire quoi tu vois et ça a été hyper mal perçu tu vois grand-ma s'était super vexée comment vous avez fait pour le récupérer tu t'excuses en fait c'est le mieux à faire il y a des impairs t'en fais tout le temps Tu penses pas à mal, mais tu fais pas les choses comme il faut. C'est une culture que tu connais pas et tout. Donc je suis allé le voir et je lui ai dit, franchement, on m'a dit que c'était pas cool qu'on soit partis comme ça. Voilà notre contexte pour nous. Et surtout, on avait pas du tout pris la mesure de ce que ça représentait ici. Et sincèrement, je m'excuse. Sincèrement, je m'excuse. Et si tu veux pas continuer à tourner parce que c'est un affront qui est trop grand, je le comprends. La balle, elle est dans ton camp, en fait. Lui, il a accepté complètement mes excuses. Il m'a dit, t'inquiète, c'est comme ça, ça arrive, maintenant tu sais. Il a été très cool et ça a même resserré nos relations. Parfois, de se tromper, de faire des erreurs, c'est aussi l'occasion de dire pardon. Et quand tu demandes pardon, et que l'autre l'accepte, il y a quelque chose qui se passe. Plutôt que d'essayer d'être impeccable tout le temps. Des fois, tu n'es pas impeccable, mais...
- Speaker #1
Il faut l'assumer.
- Speaker #0
Il faut l'assumer. Il faut t'avouer à moitié pardonné. Voilà, désolé, c'est pour moi et je m'excuse.
- Speaker #1
Tu as failli foutre en l'air le... tournage pour un Thiboudian. Ouais,
- Speaker #0
exactement, pour un Thiboudian excellent.
- Speaker #1
Excellent en plus.
- Speaker #0
Que je m'étais fait chier à préparer.
- Speaker #1
Allez boule !
- Speaker #0
Pendant trois heures et que, ouais, ça aurait pu mal tourner. Mais tu vois, ça s'est super bien passé au final.
- Speaker #1
Alors, il y a une séquence, moi, qui m'aurait vraiment, vraiment fait flipper, que t'as fait, c'est que t'es allé voir un marabout, mais un vrai marabout, avec du sang animal et tout. Enfin, on sent que c'est de la magie, je sais pas, noire ou blanche. Et en plus, surtout, le marabout, tu l'as mis en colère.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Alors, tu vas te dire à quand c'est passé.
- Speaker #0
En fait, au Sénégal, il faut comprendre que tu ne rentres pas dans l'arène sans être protégé, tu vois. Et moi, j'étais OK. Puis en plus, tu vois, je pensais un peu en mode télé. Je me suis dit, c'est super, on va faire des superbes images. Avec un marabout, je n'ai jamais vu ça. Ça va être hyper original à découvrir et tout. Ça va être top. Et en fait, le matin où on part chez le marabout, Saliou, tu vois, Saliou, c'est un grand costaud. Il doit faire 160 kilos. Il fait 2 mètres. énorme, tu vois, c'est une masse de muscles. Et ce matin-là, je le sens dans ses petits souliers, j'ai l'impression qu'il avait diminué de 40%, tu vois. Il était hyper calme, tout était très feutré. Et donc, on part chez le marabout, on fait genre une heure de route, et je sens vraiment la pression qui monte, la tension qui monte pour lui. Et du fait de voir ça, je me dis, mais attends, Victor, dans quoi tu t'embarques, là ? Genre, en fait, c'est à lui où ce grand bonhomme, là, il a peur, il est dans la crainte. Ça se trouve, tu vas te faire marabouter, et c'est... Enfin, tu vois... Toi, dans ta tête, tu n'y crois pas. Mais là, ça a l'air d'être très concret pour lui. Donc, sur la route, je commençais à flipper un peu. Et quand on arrive là-bas, devant la maison du Marabout, on voit qu'il y a une longue file d'attente. Et là, je me dis, il y a quand même beaucoup de gens qui y croient. Ça a l'air d'être quelqu'un de sérieux. Je vois un vautour. Je commence à voir des trucs un peu oufs. Des trucs que je n'avais jamais vus. Donc, on est pris dans cette ambiance-là. Et Eric, il va en attendre. Et Eric, il s'est... Pas attendre 15 minutes sans faire quelque chose et sans tourner une image. Donc, il a fait tous ses plans de coupe et tout. Et comme ça, il attend, il trépigne un peu. Et là, boum, il envoie le drone. Et là, il y a Salou qui débarque et qui nous dit, les gars, coupez le drone, coupez le drone et tout. Il est en panique totale. Arrêtez ça, arrêtez de tourner. Ils nous font redescendre le drone en panique. Ils nous disent, c'est mort, les gars, il faut qu'on parte. Ils ne veulent plus qu'on soit là. Tu as mis l'œil sur l'endroit et c'est terminé.
- Speaker #1
Le drone, c'était l'œil sur l'endroit.
- Speaker #0
Le drone, c'était l'œil. Le drone, la caméra, on n'avait pas demandé encore. Le mauvais œil, quoi. C'était le mauvais œil. C'était... hyper mal vu par le marabout et ses proches. Et pareil, grosse erreur, grosse bêtise, on ne savait pas. Et donc, il ne veut plus qu'on tourne. Et moi, je suis obligé d'aller passer par là pour pouvoir rentrer dans l'arène. Donc, là encore, on est bloqué. Et du coup, je demande à Salut, je dis Salut, s'il te plaît, laisse-moi voir avec lui. On prend le temps qu'il faut, on attend, on a tout coupé, on supprime les rushs, on fait tout ce qu'il veut, mais on discute avec lui. Et finalement, on va le voir, on discute ensemble. Et pareil, il veut pas. Mais alors lui, au début, c'est mort, vraiment. Il nous dit, c'est terminé, vous dégagez, en fait, tu vois. Et on lui explique qu'on s'excuse, on efface les rushs, qu'il veut pas qu'on ait machin. Ah oui, t'effaces les rushs. On lui montre qu'on est de bonne foi, quoi. Et qu'on veut filmer, que ce qu'il nous autorise à filmer. Et finalement, après tout ça, il accepte de me protéger, quoi. Et donc là, on rentre dans une petite tente avec des bâches bleues, il y a le vautour à l'entrée. C'est juste des murs en parpaing, t'as pas de toit, tu vois. Et là, t'as des vasques énormes, et en dessous, t'as des serpents.
- Speaker #1
Des vrais serpents vivants ?
- Speaker #0
Ouais, des vrais serpents vivants. Et dans ces vasques, t'as des liquides, des eaux que je dois me passer sur le corps pour me laver avant d'aller le voir,
- Speaker #1
tu vois. C'est du sang ? Non, c'est un liquide.
- Speaker #0
Sincèrement, je me suis... Je sais pas ce que c'est. Et j'ai pas demandé. Ça sentait mauvais ? Ça sentait très fort, pas mauvais, mais très fort, très très fort.
- Speaker #2
Il y a un certain grigri. Il faut déterrer des gens qui sont morts et prendre leur ossement et les ramener.
- Speaker #0
Il m'a posé plein de questions sur ma vie, qui j'étais, tout ça. Et en même temps, il fabriquait des colliers, il fabriquait des objets qui me protégeaient. Ce sont des trucs que j'ai toujours, j'aurais pu les amener. Mais je n'ose pas, ils sont dans un endroit un peu protégé.
- Speaker #1
Tu n'oses pas trop les toucher.
- Speaker #0
Je sais qu'elles m'ont protégé pendant mon combat. Elles ont été là pour moi. C'est des trucs auxquels, maintenant, j'ai tissé un petit lien avec ces objets-là.
- Speaker #1
Tu sens qu'ils sont mystiques, qu'ils sont chargés.
- Speaker #0
Moi, j'ai mis ma charge à moi là-dedans. J'ai une histoire là-dedans, j'ai ces moments-là que je te raconte. Donc pour moi, ils ont un sens. Et dans le doute, je préfère les laisser où ils sont, dans le respect du truc.
- Speaker #1
Et tu as ressenti quelque chose quand tu étais avec ce marabout ? Je ne sais pas, parce que tu disais que tu y allais, que tu n'y croyais pas trop. Est-ce que quand tu es ressorti de là, tu avais changé d'avis ?
- Speaker #0
En fait, tu es tellement pris dans le truc, ne serait-ce que par le contexte. que même si tu rentres hyper borné en disant ça n'existe pas, ça marche pas, ça machin, t'es pris dans une atmosphère où au moins tu te poses très fortement la question. Tu te dis d'abord j'ai intérêt à être plutôt bien avec le marabout. Bah oui. Et puis après une fois que t'as ces objets-là et qu'il te les a donnés, tu y mets quelque chose. Moi j'y ai mis quelque chose, j'ai mis mon envie d'aller gagner. J'ai gagné le premier combat du tournoi et j'ai perdu le deuxième. Mais ouais, ça a été... hyper épique. J'ai toutes les images dans ma tête. C'est un combat qui a duré longtemps. Ça a été hyper dur. Mais c'est un grand moment. C'est très marrant. J'ai eu des promoteurs de combats de lutte sénégalaise qui m'ont contacté sur les réseaux sociaux, par Facebook et tout, en me disant Toubab Champion, c'était mon nom là-bas. On m'a dit, Toubab Champion, on va t'attraper. On va faire de toi un vrai lutteur. On va faire de toi une star. Un blanc comme ça qui vient lutter au Sénégal, on va faire de l'argent avec toi, t'inquiète et tout. Et donc, j'ai eu des contacts et tout. Mais on en parlait partout. Saliou, il m'a envoyé plein de messages, des journaux, des chaînes de télé, des trucs comme ça.
- Speaker #1
Et t'as hésité ?
- Speaker #0
Non, j'ai pas hésité.
- Speaker #1
Tu te voyais pas lutter ?
- Speaker #0
J'ai pas pensé pour de vrai de tout quitter pour aller devenir lutteur à Joe Alpha Dude. Mais c'est peut-être... ça reste dans un coin de ma tête.
- Speaker #1
D'ailleurs, c'est marrant parce que dans les épisodes, il y a toujours un début où tu te moques de toi-même. C'est ton idée, ça ?
- Speaker #0
En fait, je ne suis pas du tout un aventurier à la base. Je n'ai pas du tout... J'ai fait des interviews au tout début, quand la série a été lancée. Le nouveau Mike Horn, il repousse ses limites, l'aventurier, tout ça. Et en fait, je suis l'inverse de ça. Je suis un bobo. Maintenant, j'habite à Paris, je bois mon café au lait d'avoine. Je suis précieux, tu vois. Je n'aime pas me faire mal, je n'aime pas avoir froid. J'aime dormir dans un lit confortable. Je ne suis pas le mec qui est capable de... Tu as l'aventuré de l'extrême, ce n'est pas qui je suis. Et pour moi, c'était hyper important de si je me montre ma gueule à la télévision, si je raconte quelque chose, je veux raconter la vérité. Et donc ça, c'était la vérité.
- Speaker #1
Tu voulais pas de la jouer quoi.
- Speaker #0
Bah non, je voulais pas me la jouer. Tu voulais être toi-même, quoi. Ouais. Si on essaye d'avoir des plans que où je suis beau gosse sous mon bon profil avec la bonne coupe de cheveux, tu sais, sur le Kilimanjaro, t'oublies le film, en fait. Ça sert à rien, tu mets tout à la poubelle. Donc déjà, j'ai accepté l'idée que ce soit imparfait, que je sois pas tout comme il faut. Et puis en plus, en vrai, c'est ce qui est le plus cool à regarder. Moi, tu vois, quand je suis en montage, je me mets en mode spectateur et j'ai pas envie de voir que les moments coupés parfaits du truc. Ce que je veux, c'est justement tout ce qui est un peu chaotique, qui est un peu le bordel, les moments de doute. les moments où tu passes pas loin de te faire très très mal, voire les moments où tu te fais très très mal, tu vois.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une anecdote que t'aimerais raconter ? Un truc de fou qui t'est arrivé, que t'a touché, ou qu'on n'a pas forcément vu justement à l'écran ?
- Speaker #0
Le truc qui m'a vraiment touché récemment, c'était sur mon dernier tournage, où je suis parti découvrir le catch mexicain. Et c'est un tournage sur lequel je m'attendais vraiment à ce que ce soit facile, parce que c'est du catch, et que dans ma tête, le catch, c'est pour de faux. Et que donc, c'est un objet parfait pour faire de la télé, c'est-à-dire que je vais pouvoir faire un combat de catch, on va le monter, on va le mettre en scène, ça va être cool. Je suis vraiment parti en mode presque vacances. Et en fait, je suis arrivé dans un pays où le catch, c'est hyper important. Ici, le catch, c'est une religion. Je ne le savais pas avant d'arriver. Et je l'ai appris dans la douleur. Et je me suis donné dix jours pour monter sur le rythme. J'étais pas du tout, du tout au niveau pour pouvoir aller au bout du défi que je m'étais lancé. Et j'ai pris conscience de mon ridicule à moi, de vouloir venir, dire je vais passer quinze jours ici, puis je vais devenir un catcheur, et puis je vais mettre ça à la télé et me mettre en avant comme ça.
- Speaker #1
Tu t'étais pas préparé ?
- Speaker #0
Je m'étais pas assez préparé, et je rentrais dans un monde qui était pas le mien, et que... Tu vois, au Sénégal, je m'étais entraîné pendant huit mois comme un... dingue, j'avais mis ma vie là-dedans pour que ça soit possible, et là je l'avais pris un peu par-dessus la jambe. Et donc il y avait une dissonance dans ce tournage-là où je me disais, mais tu veux faire quoi en fait ? Tu veux faire croire aux gens qu'en 15 jours tu vas devenir un super catcher ? Il y avait une dissonance, j'étais pas en sincérité avec moi-même. Et j'ai rencontré un personnage là-bas, un exotico, c'est un catcher ouvertement homosexuel, qui s'appelle David dans la vie réelle et Davisha, qui devient elle quand elle monte sur le ring, tu vois. Et à un moment, je commence à pressentir ce truc-là, que je ne suis pas vraiment à ma place, tu vois, et je lui pose la question. Et je lui dis, Davichat, qu'est-ce que tu penses de ce que je fais, en fait ? Que je sois là et que je monte dans 15 jours sur le ring, dans une grosse aréna. Comment tu le vis, quoi ? Et elle me dit, pour moi, tu es un imposteur. Pour moi, tu es un fanfaron. Tu viens faire le beau ici, mais ce n'est pas notre réalité. Et ça fait mal. Et là, ça a été hyper, hyper dur, parce que, tu sais, pour l'ego, mais bon, ça... C'est l'ego, c'est pas très grave, mais aussi parce que moi, j'ai vendu un film à Canal+, j'ai une production qui compte sur moi. Ça représente quand même des vraies sommes d'argent d'aller faire un film à l'étranger et tout. Et donc, tu t'es engagé dans un processus en disant je vais aller faire du catch au Mexique, je vais aller lutter dans une arène et tout. Et puis finalement, en fait, t'es plus du tout aligné avec qui t'es. Et moi, je me voyais monter sur le ring, offrir un show pathétique à des enfants qui viennent là rêver face à leur héros et moi être ridicule. et ensuite par le montage, essayer de traficoter un truc pour savoir qu'en fait... Et j'ai eu une boule au ventre. Et finalement, j'ai eu la prod au téléphone. J'ai eu Sarah au téléphone. J'ai pas dormi de la nuit et tout. Je disais, tu sais, je suis désolé, mais je suis pas à ma place. Et elle m'a sauvé, en fait, Sarah, parce qu'elle m'a dit, mais Victor, raconte-le ça. Raconte ce truc-là. Ce que tu dis là, ce qu'elle t'a dit d'Avisha, ce que tu vis là, n'essaie pas de le cacher. Tourne-le. Fais-en quelque chose, en fait.
- Speaker #1
Elle a eu raison.
- Speaker #0
Parce que la contrepartie d'avoir un sport qui est du catch, donc qui est du spectacle, c'est que t'as pas de règles. C'est-à-dire que les mecs, s'ils veulent arrêter le coup avant qu'il soit porté, ils arrêtent. Mais s'ils veulent te défoncer, ils te défoncent. Et moi, j'ai vu les gars. J'ai vu les gars en sang pour de vrai. J'étais là à côté, je les ai vus. Je me suis fait martyriser à l'entraînement et tout. Je me suis vu revenir en fauteuil roulant. Franchement, je ne m'y attendais vraiment pas dans ce film-là. Parce que je pensais que tout allait être du fake. J'ai pris une claque de réalité. Probablement la plus grosse de mes films de mes aventures. Mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Comment on termine le film ? Et du coup, j'ai... Davy Chac qui s'entraîne depuis 10 ans et tout ça, on s'est appelé, je lui ai dit est-ce que tu penses que c'est jouable ? Est-ce que tu serais, toi, preneuse de me remplacer ? Elle m'a dit ok.
- Speaker #1
Elle t'a remplacé.
- Speaker #0
C'était la fin de tournage hardcore, on ne savait pas, je n'avais pas de film. Jusqu'à la dernière minute de la dernière seconde, je ne savais pas comment on allait terminer ce film. Parce que moi, j'avais ma petite idée, j'aurais aimé que Davy Chac me remplace, ça faisait un beau truc dans l'histoire. Mais il y a un promoteur en face à qui on a déjà... demander d'accepter le guignol qui finalement revient sur ce qu'il a dit. Le jour du combat, on va avoir le promoteur et on lui dit finalement, moi, je ne me sens pas d'y aller. Est-ce qu'on peut faire tester Davicha ? Et jusqu'à la... Jusqu'à les deux dernières heures de tournage, on n'avait pas de film. Finalement, il l'a testé. Moi, il m'a testé. J'étais en slip en cuir avec un masque. Tu vas voir les images. C'est assez marrant quand même. Je suis slip en cuir avec un cœur sur le sexe. Mon personnage, c'était le French Lover.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Oui, très marrant. Masque en cuir, slip en cuir, les petits trucs à moustache. Il me dit, tu ne veux pas monter sur le ring ? On va voir ce que tu veux. Je monte à l'entraînement. Je me fais retourner. Je suis mauvais. Ok, tu ne vas pas. Il teste Davisha. Et Davicha met sa vie sur le rig et finalement, il lui a proposé le combat du soir même. Mais derrière les masques, j'ai découvert une ferveur unique. Une sincérité totale. Et des combats qui dépassent largement ce qu'on voit sur le rig. Ça a lancé sa carrière pro maintenant, mais un truc de ouf.
- Speaker #1
Un mal pour un bien encore.
- Speaker #0
Un mal pour un très très bien.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce que ça t'apporte, toi, tu penses, d'un point de vue personnel, de faire tout ça ? D'aller au-delà, justement, de cette maladie, finalement ?
- Speaker #0
Ça m'a apporté des choses différentes à des moments différents. En fait, je crois qu'au début, aujourd'hui, tu vois, c'est devenu mon métier. Et je ne le fais plus du tout de la même manière. Je ne pars plus à l'aventure de la même manière que je le faisais quand j'ai commencé. Au début, quand je l'ai commencé, je le faisais de manière très égocentrique et personnelle, en fait. C'est-à-dire que je ne le faisais pas pour faire plaisir. à Canal+, ou pour faire des bons films, ou pour quoi. Je le faisais parce que j'avais besoin de guérir dans ma tête, d'être sûr que je pouvais compter sur mon corps, et de retisser un lien qui était fort avec mon corps. Donc ça, ça a été, on va dire, la première saison, ça a été vraiment ça, en fait, c'était une thérapie. Et puis ensuite, j'ai découvert en faisant ça, en faisant ces films-là, en faisant ces documentaires pour Canal, que de partager l'effort avec les gens, c'était un moyen de dingue de connecter avec eux. Et peu importe d'où tu viens, de quelle classe sociale, de quel milieu, de quel pays, même si tu ne parles pas la même langue, à partir du moment où tu en chies avec quelqu'un physiquement et que tu vas le voir en lui disant « j'ai envie de comprendre ce que tu vis toi et je veux faire pareil que toi » , ou que tu ailles dans le monde, en fait, on t'ouvre la porte et on te dit « vas-y, si tu veux transpirer et en chier avec nous, tu es le bienvenu » . Et la porte du gymnase ou la porte de la salle d'entraînement, ça s'ouvre en fait.
- Speaker #1
Merci beaucoup en tout cas d'être venu, d'avoir raconté tout ça. C'était super. Merci beaucoup à toi. Une interview très intéressante, très forte. Je conseille d'ailleurs à tout le monde de regarder cette émission parce qu'elle donne vraiment beaucoup d'espoir. On a vraiment la pêche, on est avec toi, il y a de l'émotion. C'est vraiment hyper sympa. Merci beaucoup Victor.
- Speaker #0
Merci beaucoup Esther.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour votre écoute. A bientôt sur Pressroom. Générique