- Julien
Moi j'avais travaillé dans une entreprise à une époque où c'était dur. Et en fait, au bout d'un moment, je faisais des insomnies pour la première fois dans ma vie.
- Fabienne
Ce serait une erreur de penser que la qualité de vie au travail, c'est qu'un sujet individuel. C'est vraiment un sujet collectif qui va dépendre de nos conditions de travail, de l'environnement du travail.
- Julien
Un mauvais système viendra toujours à bout d'une personne très compétente.
- Fabienne
Exactement. Il faut dire au manager que ce n'est pas les sauveurs et les super-héros. On n'est pas le seul et on ne peut pas tout faire non plus.
- Julien
on va ouvrir la... est-ce qu'on ouvre la boîte de pendant ? Non, mais... Trop à penser, trop à faire, sans système, c'est l'épuisement. Alors bienvenue dans Process Advantage, l'émission où je donne la parole à des experts et des entrepreneurs qui ont mis en place des processus afin de booster le développement de leur entreprise. Pour soutenir l'émission, pensez à laisser un avis honnête. C'est ce qui m'aide le plus à m'améliorer et me faire connaître. Et si vous voulez installer un système d'organisation pour être plus efficace, rentable et serein, Au quotidien, direction organisologie.com, le lien est en description. C'est parti ! Fabienne Broukaret, merci beaucoup pour ta présence. Ça me fait super plaisir d'enfin pouvoir échanger avec toi sans écran interposé.
- Fabienne
Avec grand plaisir !
- Julien
Tu es fondatrice et rédactrice en chef de My Happy Job, un média dédié à la qualité de vie au travail. Depuis 2023, tu es rédactrice en chef des magazines Courrier, Cadre. rebondir et l'officiel de la franchise.
- Fabienne
C'est tout beau.
- Julien
Tu as créé en 2016 justement My Happy Job, mais tu as pionnier sur la qualité de vie au travail. D'ailleurs, c'est un terme qu'on va préciser, qu'on va clarifier. Tu as fédéré une grande communauté autour de ce mouvement, la qualité de vie au travail. Ensuite, My Happy Job a été racheté par Moodwork,
- Fabienne
puis revendu par Moodwork à CDMedia, le groupe qui possède justement Courrier Cadre, entre autres.
- Julien
Tu as plus de dix années d'expérience dans le journalisme. Tu as aussi cette identité et ce rôle d'entrepreneuse. Et puis, pas mal de ton travail est orienté justement sur cette qualité de vie au travail, notamment via les livres que tu as rédigés, qu'on va partager et discuter. Il y a deux heures chrono pour déconnecter chez Dino, dans la même collection que moi. D'ailleurs, c'est comme ça qu'on est rentrés en contact en 2016 ou 2017. Mon cahier Happy Work, Happy at Work, et ensuite le thé à travail.
- Fabienne
Exactement. dernier qui est paru, qui s'appelle le SAV des manières.
- Julien
Exactement, le tout dernier. Et puis, ton objectif du moment, c'est quoi ?
- Fabienne
Mon objectif du moment, c'est justement d'arriver à tout concilier entre les magazines, les podcasts que j'anime, les événements aussi auxquels je participe et qu'on organise en interne. Et c'est un petit peu de trouver comment réussir à tout bien faire, c'est important. Et là, la rentrée est passée, donc j'avoue que ça fait du bien d'être dans un rythme un peu plus toujours dense, mais plus tranquille quand même.
- Julien
Super. Dans cet échange que moi, j'aimerais bien pouvoir discuter, aborder avec toi, c'est comprendre le terme que tu mets ou la définition de la qualité de vie au travail. L'avantage que peuvent avoir des entrepreneurs de PME à distiller de la qualité de vie au travail dans un environnement qui est de plus en plus compétitif et certains diraient en permacrise. Donc, on est tout le temps dans le chaos, l'incertitude, etc. On aurait tendance à dire bon, qualité de vie au travail, finalement, ça coûte. Donc ça, j'aimerais bien avoir ton avis là-dessus. Et puis, détailler un processus RH, parce qu'on est quand même sur ce process advantage, j'ai l'idée de se dire, OK, à quoi ressemble un processus RH qui ne tient pas compte de la qualité de vie au travail versus tient compte de la vie au travail. Et on va zoomer justement ce qui m'intéressera. Évidemment, ce n'est qu'une proposition, mais c'est la déconnexion, c'est-à-dire à quoi ressemble un processus où la personne peut déconnecter tranquille, partir en vacances, partir le week-end, etc., versus... elle est tout le temps derrière ses écrans. Est-ce que c'est ok pour toi ?
- Fabienne
C'est parfait.
- Julien
Super. Donc Fabienne, qu'est-ce qui t'a fait tomber dans la marmite qualité de vie au travail ?
- Fabienne
Alors tout simplement parce que comme tu le disais, j'ai passé une dizaine d'années dans la presse et j'ai toujours voulu être journaliste. Donc c'est un métier vraiment passion. Je n'ai jamais imaginé faire autre chose. Et en fait, le dernier poste que j'avais occupé m'a fait perdre un petit peu l'essence de mon métier. Et au moment d'une réorganisation, je me suis dit « Mais mince, là, ce qu'on me demande de faire, ce n'est plus mon métier. » Et je ne me voyais pas rester là-dedans. Et en fait, à ce moment-là, quand je te parle, c'est 2015-2016, les accords sur la qualité de vie au travail dataient de 2013. Et en fait, dans mes articles, j'étais amenée à faire pas mal de reportages ou en tout cas d'enquêtes aussi sur, concrètement, comment s'incarne la qualité de vie au travail dans les entreprises. Les entreprises qui commençaient à mettre des choses en place. Et ça commençait à bouger. Il y avait la première université du bonheur au travail. On commençait à parler un peu de télétravail. Donc je voyais les choses bouger et moi c'était complètement en décalage aussi en interne, des soucis de management, de perte de sens, et je me suis dit bon bah... Je ne vais pas rester là, parce que je ne conçois pas de faire quelque chose qui ne va pas avec mes valeurs et avec comment je conçois mon métier. Et je me suis dit, je vais me mettre à mon compte. Et comme je ne me voyais pas devenir floriste ou boulangère, je me suis dit, je vais continuer mon métier, mais comme moi j'ai envie. Donc j'ai pris la casquette d'entrepreneur. Et en me disant, tiens, ça bouge sur la qualité de vie au travail, le bien-être au travail. Personnellement, je me pose aussi pas mal de questions. Donc je me disais que c'était un peu la réunion entre des problématiques individuelles et collectives d'entreprise. Et je me suis dit, il n'y a pas de média qui parle de qualité de vie au travail. Il y avait des choses soit très RH, institutionnelles, soit des blocs qui allaient adresser une dimension, mais pas de manière globale.
- Julien
Par exemple, la gestion du stress. Exactement,
- Fabienne
ça a tout compris la conciliation des temps de vie. Mais il n'y avait pas de site vraiment global sur la question. Donc, je me suis dit, tiens, lançons un média. C'est comme ça qu'est né My Happy Job. Et depuis, ça ne m'a pas quitté.
- Julien
Intéressant. Et donc, en fait, ce lancement de My Happy Job, tu l'as fait en mode... solo dans ton coin avec ton contact, enfin tes réseaux évidemment de journalistes, j'imagine, tu as lancé My Happy Job et finalement ça a pris. Donc au début, c'est toi qui rédigeais des articles sur ce média. Et puis finalement, j'imagine que tu as eu et ton réseau qui t'a aidé et le SEO, peut-être. Puis petit à petit, tu te dis je vais engager une personne, une deuxième, une troisième.
- Fabienne
Exactement. Alors jamais eu de salarié, mais beaucoup de pigistes et d'indépendants. Et en fait, c'est exactement ça. J'ai commencé toute seule dans mon salon en 2016. Et en me disant, on va voir si ça intéresse les gens. Rapidement, il y a eu de l'audience. Ça, c'était un premier fait. Rapidement, des entreprises m'ont contacté. Je pense à Generali, qui a été un des premiers sponsors du site. Donc, je voyais que ça bougeait à la fois d'un point de vue entreprise et ça me permettait du coup de financer le site. Et d'un point de vue individuel, l'audience était là. La newsletter a rapidement pris aussi. Et je me souviens très bien de dire à mon développeur, qui était indépendant, Pour te donner une idée, on lançait la newsletter avec Mailchimp à l'époque et Mailchimp était payant au bout de 1000 abonnés. Je lui ai dit, écoute, quand on en sera aux 1000 abonnés, je serai ravie de payer. Et en fait, c'est arrivé assez rapidement. Et du coup, de fil en aiguille, on a mis un projet après l'autre pour que le site grandisse. Mais c'est vraiment ça. C'était au départ toute seule. Et comme tu le dis, par contre, ce qui m'a beaucoup aidé, c'est que mon réseau d'experts, par exemple de psychologues au travail, de coachs que j'interviewais dans les articles avant, quand je leur parlais du site, c'était, bah oui, tiens, on va faire une interview, on va faire des chroniques. Et en fait, ça a fait un petit peu boule de neige et ça a réuni mes différents mondes professionnels d'avant dans l'aventure de My Happy Job.
- Julien
Super. Et finalement, c'était quoi le business model de My Happy Job ? Est-ce que toi, tu intervenais dans des entreprises ou tu mettais des gens en contact ?
- Fabienne
J'intervenais en entreprise. Donc ça, ça a été une découverte pour animer des webinaires, animer des tables rondes. On a eu ensuite, je ne voulais pas un modèle classique de pub où il fallait faire énormément de clics pour pouvoir s'en sortir. C'était le modèle de la presse classique qui, moi, ne me convenait pas. ... Par contre, on a eu du sponsoring d'entreprise qui, du coup, était sponsor du site, mais n'intervenait pas, en tout cas, dans le contenu. Il n'y avait pas de choses purement commerciales. Quand il y a eu de l'audience, par exemple, pour les newsletters, on a pu, du coup, mettre des manières de pub. Ça faisait sens. On a pu faire du sponsoring de podcast. On a lancé une collection de livres, My Happy Job chez Viber. Et en fait, l'idée, c'était d'avoir comme ça des briques. Au bout de quelques années, j'ai lancé un annuaire aussi de la qualité du travail, du bien-être au travail. pour répertorier des prestataires. Et puis, ça a fait un espèce de collectif d'acteurs engagés qui payaient pour être dans l'annuaire et qui fonctionnaient aussi. Et tout ça, en fait, a fait boule de neige. Et en même temps, ce qui était très rassurant, notamment au moment du Covid, c'est de se dire qu'on ne dépendait pas que des interventions d'entreprises, on ne dépendait pas que de la pub. Mais en fait, tout ça assurait différentes sources de revenus et du coup, a permis aussi de grandir et d'évoluer.
- Julien
Et aujourd'hui, My Happy Job, ça ressemble à quoi, justement, par rapport à ses débuts. vu que ça a été racheté,
- Fabienne
revendu alors ce qui est vraiment chouette c'est que le site a gardé son ADN en effet comme tu l'as dit Moodwork l'a racheté en 2021 et je suis restée deux ans quasiment en interne pour gérer le site et il n'y a pas eu de d'altération de l'ADN des valeurs du site, c'est jamais devenu un blog commercial, donc merci à eux d'en avoir pris soin aussi et là maintenant qu'on l'a retrouvé dans CDI Media, le groupe pour lequel je travaille ... On retrouve vraiment la base du site qui est la qualité de vie au travail, le bien-être au travail. C'est plus les sujets qui forcément évoluent. On ne parle plus du télétravail aujourd'hui comme il y a dix ans. Bien évidemment, le Covid est passé par là. Il y a eu aussi beaucoup plus de choses, par exemple, sur la santé mentale. Donc, je dirais que les sujets ont évolué. Mais par contre, ce qui est intéressant, c'est de voir que, par exemple, les abonnés à la newsletter sont restés très fidèles. Il y a toujours un très fort taux d'engagement. Et il y a aussi une petite valeur affective, je pense, pour le site. parce que Pour certaines personnes, ça les a aidées après un burn-out. D'autres, ça les a accompagnées pendant leur reconversion. Le site a eu aussi un rôle dans la vie des gens. Et il y a une fidélité qui est appréciable et une proximité, je pense, par rapport à un média classique.
- Julien
Et là, c'est quoi les sujets tendances sur My Happy Job ?
- Fabienne
La santé mentale, vraiment. Alors, ce n'est pas parce que c'est l'année de la grande cause en France, mais ça joue vraiment. Ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on en parle, alors qu'il y a quelques années, on parlait plus de qualité de vie au travail et santé mentale n'était pas un terme très utilisé. On allait parler plutôt de la santé physique, mais on oubliait justement ce côté plutôt psychologique. Donc aujourd'hui, c'est plus rentré dans les moeurs. Les entreprises bougent. là-dessus et tant mieux. Donc je dirais que ça c'est un premier sujet. L'équilibre de vie pro-perso reste vraiment un sujet très important parce que les gens sont en quête d'un équilibre et c'est sûr d'épanouissement de se dire que le travail est important dans sa vie, qu'on s'y épanouit mais que ça ne prend pas non plus toute la place. Tout ce qui va être la prévention par exemple du burn-out aussi intéresse énormément. Et après à l'échelle collective c'est beaucoup comment aussi on peut agir parce que ce serait une erreur de penser que la qualité de vie au travail ou la santé mentale c'est... C'est qu'un sujet individuel, c'est vraiment un sujet collectif qui va dépendre de nos conditions de travail, de l'environnement de travail, de ton manager, de la culture de l'entreprise, d'être dans un environnement sain. Donc je dirais que les entreprises cherchent de plus en plus aussi, étant mieux, à agir. Donc on partage pas mal de bonnes pratiques, des choses qui sont mises en place.
- Julien
Je te rejoins sur cette partie qui peut être très culpabilisante pour un travailleur de se dire Si je n'y arrive pas, c'est de ma faute. Alors que finalement, le système qui nous entoure a un impact incroyable.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
C'est toute l'importance du contexte. Moi, j'avais travaillé dans une entreprise à une époque où c'était dur. Et en fait, au bout d'un moment, je faisais des insomnies pour la première fois dans ma vie. Et vu que moi, je suis du genre à l'ouvrir, parce que je n'ai pas toujours été entrepreneur. J'ai fait 15 ans dans le salariat avant. Et quand j'en parlais finalement de mes insomnies avec mes collègues, Beaucoup faisaient aussi des insomnies. Donc, on pouvait voir qu'en fait, il y avait vraiment quelque chose de systémique.
- Fabienne
Oui, l'environnement et ce n'est pas que ça. Et puis, c'est ce que tu dis aussi. C'est-à-dire que les gens qui traversent par exemple un burn-out, c'est souvent des gens qui sont investis, qui veulent bien faire. Donc, ils se retrouvent à faire toujours plus, à s'oublier pour pouvoir... À dire non. Voilà, exactement. Ça ne peut pas forcément mettre des limites. Mais c'est aussi, je dirais, le rôle de l'entreprise, du manager. et quand tu es dans une entreprise où le management est dur, on te met la pression sur les objectifs ou... tu as de la concurrence où c'est très individualiste, tu ne vas pas avoir le soutien des collègues, à l'inverse, et que tu es dans des conditions de travail qui vont te pousser à toujours plus, parfois avec moins de moyens aussi. Là, oui, non, ce n'est pas que de la faute, c'est vraiment pour moi de la qualité du vieux travail. C'est une co-responsabilité entre l'entreprise au niveau des RH, qu'est-ce qu'on fait, le manager au quotidien forcément avec son équipe, mais aussi le salarié, qu'est-ce que lui fait aussi pour prendre soin de lui. Et c'est là que ce n'est pas tout blanc, tout noir. C'est vraiment une co-responsabilité, mais c'est vrai que... Il ne faut pas oublier la responsabilité de l'entreprise et la même personne dans des environnements différents. Ça change du jour et la nuit dans ton quotidien.
- Julien
Ça me fait penser à cette citation de Edward Heming qui disait « Un mauvais système viendra toujours à bout d'une personne très compétente » . Exactement. On le voit aussi pour faire le parallèle avec le foot. Je ne suis pas forcément un fan de foot, donc je ne peux pas partager les noms, etc. Mais je crois que c'est le PSG. Attention pour ceux qui nous écoutent, vous m'excuserez. Mais en fait, qui débouchait des stars, qui faisait venir des stars et qui n'arrivait pas, malgré toutes les stars, à gagner parce que finalement, il y avait la structure interne qui ne fonctionnait pas.
- Fabienne
Oui.
- Julien
Et je pense que ça, c'est aussi un challenge pour les entrepreneurs qui nous écoutent. C'est justement réussir à réfléchir à la structure, au système en place pour que les gens en performent. reste le plus longtemps possible, le plus heureux possible, etc.
- Fabienne
Oui, exactement. Et par rapport au PSG, ce qui est intéressant aussi, c'est de te dire que tu peux rassembler les meilleurs joueurs au monde, les meilleures individualités. Ce n'est pas pour ça que ça fera un bon collectif. Et c'est ce qui explique aussi que les gens performent ensemble. Et là, le PSG, typiquement, a gagné en n'ayant pas de stars. Et ce n'est peut-être pas un hasard non plus. C'est de se dire qu'il y avait une vraie volonté que le collectif avance avec un coach qui a réussi du coup à ce que chacun ait une place. à montrer lui aussi l'exemple. Donc, c'est hyper intéressant ce parallèle. Je pense que c'est vraiment aussi ça dans une équipe. Ce n'est pas parce que tu auras la personne brillante que forcément, ça va faire, je vais dire, surtout, et ça va être la recette miracle qui va tout changer.
- Julien
Et je pense que c'est un bon parallèle, un bon principe de se dire je vais travailler avec des gens qui ne sont pas des stars et on va atteindre un résultat exceptionnel. Donc, comment faire ?
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Et ça force des contraintes parce que beaucoup de gens courent après les talents.
- Fabienne
Oui.
- Julien
Et les talents, on oublie qu'ils ne sont pas faciles à maintenir, à conserver. Souvent, ils le savent. Donc, ça crée d'autres problèmes, on va dire.
- Fabienne
Oui, et puis, il faut que les talents s'épanouissent dans l'environnement, ce qu'on disait, de l'entreprise, de la culture de l'entreprise. Et c'est vrai que selon le type de management, si tu laisses plus ou moins d'autonomie aux gens, il y a des gens, l'autonomie, la responsabilisation, ça va leur aller comme un gant. Et ils vont être vraiment hyper contents de s'épanouir comme ça. Puis, il y a des gens, non, ils vont avoir besoin de quelqu'un qui va être un peu plus soutenu. soutenants et derrière eux pour avancer. Donc, c'est vraiment aussi, je pense, important d'être raccord entre qui on est en tant qu'individualité et qu'est-ce qui est promu comme valeur au niveau collectif de l'entreprise pour que tout soit aligné, en tout cas, du mieux possible.
- Julien
Tu vois des PME qui mettent la santé mentale en avant, pour de vrai, pas uniquement en mode on le fait et puis derrière, il n'y a rien qui se passe.
- Fabienne
Oui, oui.
- Julien
Ou c'est plutôt des grands groupes ?
- Fabienne
Alors, ça va être des actions différentes. Les grands groupes ont l'avantage d'avoir plus de moyens financiers. Après, ce serait une erreur de se dire que parce que je ne suis pas une entreprise d'une 440, je ne peux rien faire en termes de qualité de vie au travail ou de santé mentale. Donc non, je pense que tout simplement, quand on est une PME, déjà, c'est l'humain. Donc, c'est former ses managers. On devient souvent manager parce qu'on était bon technicien ou bon expert. Si on ne forme pas les gens, il y a peu de chances que du coup, ils deviennent. Alors, il y en a un et tant mieux, ça existe. Mais pour beaucoup, il y aura besoin d'être formé, tout simplement aussi à l'écoute, à quelle posture j'adopte en tant que manager, comment j'essaye d'améliorer les conditions, en tout cas l'environnement de travail de mes équipes, sachant que, par exemple, le rôle du manager ne va pas être le garant et lui seul qui porte la responsabilité de la santé mentale de son équipe. Par contre, il a un rôle pour essayer que les gens travaillent dans les horaires déjà, de pouvoir déconnecter le week-end, de ne pas enchaîner les réunions non-stop, de savoir... quel rôle ils ont, tout simplement. Donc je dirais que le manager est important. Et après, il y a des choses, le droit à la déconnexion en France. Depuis qu'il y a la loi, les entreprises se doivent d'avoir des, si ce n'est une charte ou en tout cas, des process très clairs pour permettre aux gens de déconnecter. Donc je dirais déjà, si on s'appuie sur les basiques en termes de management, d'équilibre vie pro, vie perso, le but, ce n'est pas d'avoir l'entreprise qui propose toute la panoplie QVT. Et puis c'est aussi peut-être de base d'écouter ses salariés. De quoi est-ce qu'ils ont besoin pour bien faire leur travail et sentir bien. Il y a des entreprises, ça va être, nous, si on pouvait améliorer un petit peu, peut-être les bureaux, avoir un espace pour se reposer ou des bureaux mieux agencés. Un bureau pour travailler debout, par exemple. Voilà, oui, oui. Donc, c'est vraiment déjà de partir de quoi ont besoin vraiment les collaborateurs au quotidien et après de voir qu'est-ce qu'on peut faire. Et ce n'est pas pour ça. Des fois, les entreprises se disent, on va ouvrir la boîte de Pandore, on va nous demander tout. Et en fait, non. Des fois, les demandes, c'est des... La salle de yoga, la piscine. Non, rassurez-vous. Et à l'inverse, il y a des startups, par exemple, qui ont justement, si je pense au GAFAM ou à Google, qui ont des bureaux de dingue, etc. Ce n'est pas ça qui fait seulement la qualité du travail. C'est-à-dire que c'est aussi nos relations de travail et la manière dont on va travailler ensemble. Donc, je dirais que c'est vraiment veiller à ces différentes sphères et en tout cas, les équilibrer. Et oui, il y a des PME qui y arrivent. Donc, c'est possible. Et aussi parce qu'il y a des RH, tout simplement, qui sont engagés et qui aussi veulent mettre des choses en place. donc je dirais que c'est se poser des questions de qu'est-ce qu'on peut faire nous à notre échelle avec nos moyens et aussi faire participer les collaborateurs pour les écouter.
- Julien
Et justement dans votre livre, le SAV des managers qui vient de sortir, j'imagine que vous donnez des conseils pour les managers qui se retrouveraient en porte-à-faux, c'est-à-dire d'un côté dans une entreprise PME qui est réfractaire ou pas intéressée à cette notion de qualité de vie au travail, mais qui lui à son niveau a conscience que plus ses subordonnés sont satisfait au travail, plus son équipe va performer. S'il y a un manager qui nous écoute, est-ce que ce livre serait pertinent pour lui par rapport à cette problématique-là ? Je n'ai pas de contrôle sur mon chef ou l'entrepreneur qui me paye, mais à mon niveau, il y a déjà des choses que je peux mettre en place.
- Fabienne
Oui, bien sûr. Déjà, il faut dire au manager que ce n'est pas les sauveurs et les super-héros. Il faut être clair sur son rôle de manager. Je disais comment on peut aider à... permettre de travailler dans de bonnes conditions, mais on n'est pas le seul et on ne peut pas tout faire non plus. Il y a des choses sur lesquelles on a le contrôle et d'autres qui dépendent de la direction et pas de nous. Et là où c'est intéressant, je pense, ou en tout cas le livre peut répondre à des problématiques, c'est déjà se préserver soi. Parce que quand on est manager, la priorité c'est aussi de prendre soin de soi. Ce n'est pas facile parce que ce n'est pas évident pour tout le monde de se dire qu'il faut garder du temps pour veiller à son propre équilibre, savoir comment on va déjà aussi. Donc ce temps-là, il est important pour les managers. comment je prends soin de moi au quotidien malgré mes responsabilités, malgré un agenda qui déborde, malgré peut-être beaucoup de réunions et beaucoup de sollicitations aussi de l'équipe. Donc il y a plusieurs situations dans le livre qui répondent à ça, comment j'apprends à me préserver, à poser des limites moi aussi. La vertu de ça, c'est que ça montre aussi l'exemple à son équipe, c'est-à-dire qu'on n'est pas un manager qui va être non-stop de 6h du mat à 22h, disponible tout le temps, qui va envoyer des mails le week-end. On montre que non, nous aussi on a besoin de se ressourcer et donc les gens dans l'équipe se sentent tout simplement autorisés aussi. à avoir cette déconnexion et ce meilleur équilibre de vie. Et après, oui, on apporte des problématiques sur quel est vraiment le rôle du manager et comment je peux aider aussi mes collaborateurs dans l'écoute de leurs propres besoins. De quoi un tel a besoin pour être motivé, pour au quotidien être bien dans son travail. Et ce sera vraiment différent sûrement de son collègue. Et c'est à moi en tant que manager, alors de m'adapter sans me suradapter non plus. On ne peut pas passer du coq à l'âne tout le temps, mais c'est aussi... intéressant de voir qu'est-ce que je peux apporter, comment je peux contribuer. Une fois qu'on a compris comment fonctionnent les gens, c'est beaucoup plus facile de mieux travailler en équipe. Et c'est vrai que le manager peut être garant de tout ça au quotidien, c'est-à-dire faire des points réguliers, écouter son équipe, faire remonter aussi tout simplement au RH et à la direction. Après, malheureusement, c'est pris ou pas en compte. Mais en tout cas, oui, ça change énormément. On dit beaucoup qu'on arrive dans une entreprise pour l'entreprise et qu'on la quitte à cause d'un manager. Mais moi, je suis persuadée aussi que les gens restent souvent grâce au manager. C'est vrai. Parce que le quotidien, voilà, et grâce à cette personne, on va avoir peut-être plus de liberté, d'autonomie. On va gagner en compétences. On va voir qu'on progresse. On va nous faire confiance. Oui, c'est ça. Quand on a ces relations-là au quotidien, c'est génial.
- Julien
Oui, c'est ça, qu'on a la confiance de la personne et que la personne nous voit comme étant compétente dans notre domaine. C'est très gratifiant.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Tu as dit que tu donnais justement, vous donniez des conseils justement pour vous préserver en tant que manager. Je le prends. La question vol, c'est quoi tes trois trucs pour le préserver ?
- Fabienne
Mes trois trucs, je fais attention moi au temps de travail pour pouvoir déconnecter. Vous ne me verrez jamais à 20h ou 21h au bureau. J'arrive tôt, je me connais en fait. Je pense que c'est ça aussi une des clés. Je sais que je bosse bien le matin. Donc si je dois faire un peu plus d'heures, je préfère venir. Et généralement, il n'y a pas grand monde au bureau tôt. Donc j'ai aussi ce temps tranquille pour avancer sur mes dossiers avant d'avoir mes points avec l'équipe. donc je dirais qu'apprendre à se connaître c'est bien savoir s'écouter tout simplement dans la gestion de son énergie et pas que de son emploi du temps, savoir qu'est-ce qui me ressource moi ça va être aussi d'avoir des activités en dehors du travail qui me font plaisir, qui me font du bien je suis quelqu'un qui se nourrit aussi beaucoup des rencontres donc être toute la journée toute seule devant mon ordi c'est pas forcément pour moi tout le temps et à l'inverse le télétravail est génial pour ça parce que deux jours dans la semaine je sais que je coupe aussi et je peux être focus sur mes dossiers. Et le luxe, en tout cas, moi, en tant que manager, c'est de me dire des fois que j'ai deux heures pour avancer sur quelque chose sans avoir de rendez-vous, sans être interpellée, etc. Donc, je dirais que tout ça, ça m'aide. Et après, ça peut passer par du sport. En tout cas, il y a besoin d'avoir des sasses de décompression, de dire que le boulot est très, très important et j'adore ce que je fais. Mais par contre, il ne faut pas que ça prenne toute la place. Donc, la vie de famille, la vie sociale est hyper importante. Et après, je dirais qu'une difficulté, c'est peut-être les notifs, les mails. On est hyper sollicité. LinkedIn, les WhatsApp. Nous, on a Teams. C'est vrai que ça fait beaucoup de canaux. Et c'est ça, peut-être, la difficulté. C'est quand tu t'interromps. Quand est-ce que je réponds rapidement parce que c'est fait ? Et ça sort de ma liste. Et quand est-ce que là, je dis non, en fait, on verra ça plus tard parce que ce n'est pas ma priorité. Donc, c'est ça aussi au quotidien qui demande une gymnastique.
- Julien
Et justement, par rapport à ces sujets de canaux, canaux de communication, on a Stéphane Mulut. mille feuilles. Le SMS n'a pas été supprimé avec l'arrivée du WhatsApp.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Teams n'a pas viré le mail. Et donc, en fait, on a ces canaux qui s'empilent et donc qui sont difficiles à gérer. Et je pense que ça, c'est un sujet vraiment... En tout cas, moi, quand on me parle de qualité de vie au travail, je vois deux trucs. Je vois le manager doit être formé. Voilà. Et puis, je vois tout ce qui est gestion par l'entreprise, donc pas par l'individu. Mais définition d'un cadre clair de oui, messieurs, mesdames, messieurs, vous avez le droit entre, par exemple, 10h et 12h de ne pas répondre à vos emails.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Mais tant qu'en fait, parce que de temps en temps, je vais dans des grands groupes pour parler d'organisation, etc. Mais en fait, tant que tu n'as pas la direction qui pose un cadre, la pression reste sur l'individu qui se dit si je ne réponds pas à mes emails, si je ne réponds pas à mon Slack, si je ne réponds pas à Teams, whatever, J'ai potentiellement un collègue qui ne va pas pouvoir avancer sur ses projets. Et ce collègue, j'en aurai peut-être besoin dans deux, trois semaines.
- Fabienne
Oui, je comprends.
- Julien
Est-ce que toi, tu as pu tester la mise en place de règles, de cadres comme ça, que ce soit chez My Happy Job ou des entreprises ? Comment ça s'est passé ?
- Fabienne
Il y a beaucoup d'entreprises qui ont des chartes. Maintenant, il faut que les chartes vivent au quotidien. C'est ce que tu dis, puisque c'est bien de les afficher ou de l'avoir. Il y a un règlement, il y a une charte, mais au quotidien, qu'est-ce que ça donne ? L'exemplarité du manager, là encore, est importante parce que j'avais interviewé un moment un manager et c'était hyper intéressant. Il disait « Mais moi, je l'aurais dit à mon équipe. Le soir, moi, je travaille moi, mais eux, pas la peine de répondre. » Et en fait, il envoyait un mail à 22h. À 22h30, les premiers commencent à répondre. Et en fait, c'était dans la foulée, tu n'en avais répondu. Et en fait, avant minuit, même ceux qui n'avaient pas répondu, tu y penses parce que tu as lu le mail. Et tu te dis « Ah ben, demain matin, je suis seule à ne pas avoir répondu. » Et donc en fait, il s'est rendu compte que c'était très bien plutôt de programmer ses mails. que lui bossait le soir si il avait envie, mais que par contre son mail partait le lendemain matin à 8h, et que du coup, dans son équipe, on passerait une vraiment meilleure soirée. Et ça partait d'une bonne intention de sa part, de dire, je ne leur demande pas de répondre, mais en fait, une fois qu'il y en a un qui répond, tout le monde répond derrière, parce qu'on se sent obligé de répondre. Donc, déjà, d'être au clair, et en tant que manager, en tout cas, essayer autant que possible de ne pas envoyer des mails ou le week-end. Et puis, tout simplement, soit aussi de ne pas forcément répondre. Si quelqu'un envoie un samedi ou un dimanche, sauf... urgence mais dans nos métiers il n'y a quand même pas d'urgence vitale généralement donc de savoir vraiment être au clair de prioriser sur qu'est ce qui est vraiment urgent et qu'est ce qui peut attendre lundi matin et tout le monde ira très bien quand même et après oui c'est un rôle aussi des rh il ya certaines entreprises qui font des ateliers pour expliquer les bonnes pratiques et tout simplement communiquer aussi dans l'équipe quel canot on préfère est ce qu'on communique par teams quand est ce qu'on s'appelle il ya des règles souvent comme ça que au bout de trois mails en fait on s'appelle parce que ça sert à rien. Donc c'est quel est le meilleur canal pour les personnes. Donc ça, c'est vraiment important. Et puis aussi, je dirais, de savoir les manières de travailler de chacun. Certains vont prendre très rapidement leur téléphone. Ça ne va pas en arranger d'autres. Donc c'est de se dire, je préfère que tu m'envoies un message sur Teams parce que je suis peut-être en vision, en réunion. Et on est très bien comme ça. Après, c'est difficile, je trouve, aujourd'hui. C'est que moi, ça m'arrive souvent, on m'envoie un message sur LinkedIn. Si je ne réponds pas dans la journée, on m'envoie un mail. Et après, on m'envoie un texto pour être sûre que j'ai bien reçu le mail. Et en fait, ça, c'est compliqué parce qu'après... Non, vraiment pas. Mais du coup, c'est de se dire qu'en fait, on est un petit peu assaillis de tous les côtés. Et ça, ça demande une vraie discipline personnelle. Mais c'est dur parce que moi, des fois, si je ne réponds pas tout de suite... Après, j'oublie en fait, le lendemain sur LinkedIn, ça a été perdu dans 20 autres ou 30 autres messages. Donc, ce n'est pas évident, je trouve, de trouver le bon équilibre.
- Julien
Mais justement, je pense que ça doit être discuté. c'est le point en commun des entreprises qui mettent en place des chartes qui sont appliquées, c'est de discuter avec les équipes et puis il y a vraiment cette réflexion de dans quel cadre on va utiliser un email, dans quel cadre on va aller communiquer sur le projet, dans quel cadre on utilise Teams, etc. Moi, j'ai souvent un système d'organisation est composé de trois éléments, tu as l'outil, la méthode et puis les actions. Et puis souvent ce qui arrive c'est que tu as un nouvel outil qui arrive et puis les humains on adore les outils, tu vois. Et genre tu as un problème avec les emails dans une entreprise et tout d'un coup il y a Teams. qu'est-ce qui se passe ? Ah, tenez, on a installé Teams, vous avez tous des licences Teams, allez, bonne chance. Et en fait, tu as l'outil qui est en place, mais tu n'as pas de travail qui a été fait sur cadrer la méthode, comment on travaille, et puis sur aussi accompagner les gens, parce que ça semble évident comment mettre des rappels, des règles, des trucs, des machins dans Outlook, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde.
- Fabienne
Ah non, c'est clair, parce que comme tu dis, il faut former, les bonnes pratiques se partagent, et du coup, c'est vachement aidant de savoir bien se servir des outils, parce qu'en effet, ça peut te faciliter la vie, comme ça peut-être complexifier les tenants et les aboutissants. Et c'est pareil pour la boîte mail, c'est-à-dire apprendre à programmer des mails pour ne pas les envoyer le soir, etc. En fait, tout ça, c'est des petites choses. Mais si on ne te les montre pas, tu ne vas pas forcément oser demander « Au fait, moi, je ne sais pas programmer, je ne sais pas faire ça. » Donc, ne serait-ce que ce que tu dis, former les bases, que tout le monde parte avec le même bagage et du coup, se sente pleinement en possession de tous ces outils-là qui peuvent être formidables aussi au quotidien.
- Julien
Oui, c'est des épées à double tranchant. C'est numérique. On le voit aussi sur les créateurs de contenu et les personnes qui font des business en ligne. On le voit bien. Tu as des personnes qui arrivent à maîtriser la technologie et en tirer un avantage. Tu as les personnes qui se font dévorer par celle-ci. J'en veux pour preuve les gens sur TikTok, dans le métro, et qui sont en mode zombie.
- Fabienne
Tu passes un temps fou.
- Julien
C'est ça. D'ailleurs, tu sais de quoi tu parles avec le livre 2 heures chrono pour déconnecter. on va Je te propose qu'on zoome sur un processus, justement ce processus de déconnexion au travail, ça m'intéresse. J'aimerais que tu... Enfin, j'aimerais, je souhaite, tu me diras si t'es OK, mais que tu présentes deux processus de déconnexion au travail. Donc, un processus dans une entreprise où il n'y a rien qui est fait pour aider le travailleur à déconnecter. Donc, qu'est-ce qui se passe ? Étape après étape, voilà. On va dire sur un week-end, la personne parle vendredi soir et puis elle revient le lundi. Et puis, qu'est-ce qui est fait dans des entreprises qui prennent en considération ce besoin ? Et voilà, que tu nous décrives un petit peu. Ça pourrait être un peu un avant, un après, si tu veux.
- Fabienne
Quand il ne se passe rien, je dirais que c'est un petit peu... Vraiment, tu pars du bureau et tu poursais voir, dès le week-end, on va te demander, tu vas te sentir obligé d'y répondre. Donc, tu n'as pas... de temps de répit et c'est surtout quand je disais que l'important c'est de se sentir autorisé c'est que il y a généralement le contexte qui va avec tu sais que si tu réponds pas ton manager va te mettre la pression voilà que tu vas être la personne mal vue le lundi matin ou alors on t'envoie un mail le vendredi à 18 heures pour te dire au fait lundi à 9 heures tu prépareras ça pour la réunion à part bosser le week-end je vois pas quand est ce que je peux le faire donc en fait c'est toutes ces mauvaises pratiques à la fois de management aussi d'équipe des fois pour les collègues où des fois, on pense pas mal faire, on veut se décharger de sa to-do list le vendredi soir et on envoie plein de mails le vendredi à 16h, pour les gens, cadeau, voilà. Toi, t'as fini, mais les autres, bon courage. Donc, c'est vraiment important de ce point de vue-là de se dire, j'ai le droit de lâcher mes mails le week-end. À la limite, il y a des gens que ça rassure. Si tu veux jeter un oeil, tant mieux, c'est pas grave. Mais que tu ne te sentes pas obligé, que tu n'aies pas la pression de te dire si je n'ai pas répondu avant lundi. Comme tu dis, tu vas avoir des insomnies la nuit. Donc, au final, qu'est-ce qui va arriver ? Les gens vont s'épuiser parce que tu n'as plus de sas de déconnexion, de repos. Ton cerveau, il est non-stop en train de penser « Mais mince, lundi matin, la réunion, il faut que je fasse telle présentation, etc. » Donc, en fait, tu n'as pas le répit tout simplement et le repos dont tu as besoin. Et c'est ça qui est vraiment vicieux avec les outils digitaux. Tu peux être en télétravail, tu peux être chez toi le week-end, tu es constamment rappelé par ces notifications. Donc, ça, c'est quand même ce qui peut... arriver à terme, c'est vraiment l'épuisement professionnel, dans certains cas, le burn-out. Et le digital contribue à ça. La souffle mentale cognitive, ça fait partie des symptômes. Ce n'est pas le seul, mais en tout cas, ça en rajoute. Et après, ça fait un trop-plein. On sature et tu arrives au bureau le lundi matin, tu n'es pas du tout reposé parce qu'en fait, tu avais le nez dedans. Et ça crée beaucoup de frustration parce que tu n'es ni chez toi, avec tes enfants, ta famille, tes amis, parce que tu es soit sur ton téléphone en train de répondre, etc. Et tu n'es ni complètement au bureau. Donc, tu te dis que tu ne fais pas forcément bien les choses non plus. donc en fait tout se mélange et il n'y a pas de règles claires proposées. Et je dirais que les entreprises où ça marche le mieux, alors il y a des entreprises qui ont essayé de couper les serveurs, par exemple, le vendredi, le week-end, avec des résultats mitigés parce que ça crée aussi du stress, de se dire « Oh là là, j'ai plus accès pour ceux qui veulent renvoyer un mail, etc. » Donc, c'était pas forcément... Volvo avait fait ça à une époque, etc. certaines entreprises, la plupart en sont revenues. Mais par contre, on oblige les gens à programmer, on met des mentions dans les mails de ce mail, n'appelle pas de réponse en dehors des horaires de travail. Et ça crée ce que je te disais tout à l'heure en disant je suis autorisée à ne pas répondre. Si je ne réponds pas, il ne va rien m'arriver. En fait, ce n'est pas grave. Sauf énorme urgence. Mais comme je disais, c'est rarissime dans la plupart des métiers. En fait, il faut relativiser, mettre les choses à leur place. Et après, ce qui va être important aussi, c'est est-ce que tout simplement on m'autorise par exemple à ne pas avoir Teams sur mon téléphone perso ? Est-ce que j'ai deux téléphones ? Voilà, ou les mails. Est-ce que j'ai un téléphone pro que j'ai le droit d'éteindre le week-end et je ne leur allume que lundi matin ? Est-ce que si c'est sur mon perso, je coupe Teams, les notifs, et comme ça, je ne vois pas et je n'ai pas les alertes constamment ? Donc, c'est l'entreprise qui vraiment va permettre cette déconnexion et dans les faits, et pas le manager qui va envoyer 15 mails ou 15 Teams et qui ne va pas comprendre pourquoi les gens ne répondent pas à la minute. Donc, il y a le volet... Je dirais à la fois des outils de savoir couper les tifs et toi réussir vraiment à déconnecter. Et après, ça passe beaucoup par, je le disais tout à l'heure, ça peut être déjà des ateliers, de vraiment rappeler les choses parce que tu as beau avoir fait une formation sur la déconnexion, un atelier pratique et avoir des bonnes initiatives qui sont prises immédiatement après, six mois ou un an après quand tu es dans le rush du quotidien, je pense qu'on en a tous oublié la moitié. Donc, ça fait du bien d'avoir des rappels aussi. Et c'est vraiment pour moi, le rôle pivot, c'est le manager là-dedans et qui fait vivre ce que va demander aussi les RH. Parce que si tu as un beau cadre et qu'au niveau de l'entreprise, c'est tout bien posé, oui, vous avez le droit de la déconnexion, mais que derrière, ton manager te met la pression, ça ne va pas le faire non plus. Donc, je dirais, c'est vraiment comment on incarne, par quel type de comportement on incarne ce droit à la déconnexion. Je ne réponds pas aux mails après 20 heures et ce n'est pas grave. Je programme mes mails moi aussi, je ne mets pas la terre entière en copie de tous mes échanges tout le temps. C'est vraiment de se dire quel bon comportement on a tous, parce qu'en fait, là encore, on a une co-responsabilité. Il n'y a pas que le manager, il y a le reste de l'équipe, il y a le vis-à-vis du client, des fournisseurs, quand on est en contact avec l'extérieur aussi.
- Julien
C'est complexe, mais je trouve que c'est intéressant. Des solutions ont été trouvées, elles existent. Et donc, si un entrepreneur nous écoute et est intéressé à mettre ça en place dans son entreprise, quelles sont les étapes par lesquelles il pourrait passer ?
- Fabienne
Déjà, je pense d'écouter les collaborateurs. Alors, si on est une petite équipe, TPE, TME, PME, c'est facile à organiser. C'est de se dire, déjà, alors soit ça peut passer par un sondage en ligne si on ne veut pas réunir tout le monde, mais déjà de recueillir les avis. Qu'est-ce qu'on fait bien ? Parce que forcément, il y a forcément des prothèses qui sont déjà en place. et qui conviennent très bien aux gens. Donc, capitalisons là-dessus. Qu'est-ce qu'on peut améliorer ? Peut-être qu'il va y avoir des retours de « Ah bah non, j'ai beaucoup trop de mails, moi, là, c'est pas possible. » Peut-être que les tunnels, ça va être au final les réunions. Je n'ai pas le temps d'avoir ce qu'on appelle du deep work.
- Julien
C'est quoi les tunnels ? Les tunnels de réunion ? De réunion, voilà.
- Fabienne
Donc, il y a des entreprises, par exemple, pour que les gens puissent aussi avoir du temps de travail de qualité, vraiment focus, ce qu'on appelle le deep work. Le vendredi après, par exemple, il n'y a aucune réunion. Très bien. donc en fait c'est vraiment partir de du ressenti des collaborateurs. Teams nous est hyper utile. Ah bah non, moi, j'ai trop de notifs. Et à partir de là, de voir les besoins, de se dire qu'est-ce qu'on continue, qu'est-ce qu'on arrête, qu'est-ce qu'on modifie ? Est-ce que nos outils sont les bons ? Est-ce qu'on utilise Teams ou autre chose ? Qu'est-ce que la messagerie en interne ? Est-ce que les gens s'en servent ? Enfin, voilà, vraiment de re-challenger un petit peu les outils. Et après, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est d'essayer d'élaborer une charte dans le sens où... Qu'est-ce que ça veut dire concrètement d'incarner le droit à la déconnexion dans notre entreprise ? Le week-end, non, on n'envoie pas de mail et donc personne ne sera sanctionné derrière parce qu'il n'aura pas répondu. Donc c'est vraiment de poser le cadre et qu'est-ce qui est autorisé, qu'est-ce qui n'est pas autorisé et que tout le monde soit informé. Donc après, il y a le boulot non seulement, une fois qu'on a écouté tout le monde, de mettre le plan d'action derrière, de le diffuser. Et ce que je disais de le faire vivre, ça repasse peut-être par des temps forts dans l'année où on rappelle les règles. de requestionner six mois après, est-ce que ce qu'on a mis en place, ça vous a été utile ? C'est mieux ? Pas mieux ? Voilà, exactement. Et je pense que c'est vraiment en ayant ce retour terrain qu'on se rend compte de qu'est-ce qui marche ou qu'est-ce qui est pesant, parce qu'en fait, on est tous aussi différents. Est-ce que moi, ça va me peser ? Toi, peut-être, ça va te convenir, et vice-versa. Donc, c'est de comprendre aussi comment fonctionne chacun et comment on peut travailler du mieux possible ensemble.
- Julien
Oui. Moi, mon retour d'expérience très perso à mon niveau, c'est que Le moment où j'ai mis des bloqueurs d'ordinateur, c'est-à-dire mon ordinateur se verrouille à partir d'une certaine heure, j'ai ressenti une énorme frustration les premiers jours parce que souvent, ça me coupait dans un élan où j'étais en train de travailler comme d'habitude. Et après deux, trois jours à peu près, le corps s'adapte. Et le matin, je me connecte, je me dis attention, ce soir, ça va se verrouiller. Donc, comment je vais utiliser ce temps à ma disposition ? C'est intéressant. Et ça, je partage parce que ça peut peut-être aussi... répondre à des craintes qu'on peut avoir, c'est de se dire si le week-end, alors je ne dis pas qu'il faut verrouiller les écrans, mais le fait de placer des limites, je trouve que ça permet d'innover et de changer, de développer ses compétences. Qu'est-ce qui mérite vraiment mon temps, vu que j'ai que 8 heures ?
- Fabienne
Là, je te rejoins complètement et le fléau en France, pour moi, c'est le présentéisme, qu'on soit au bureau ou en télétravail, c'est-à-dire on reste connecté parce que ça fait bien, parce que... On est encore dans une culture qui valorise celui qui va partir tard parce qu'il aura fait beaucoup d'heures par rapport aux autres. Alors déjà, ce que je trouve particulièrement injuste, c'est le cas par exemple de beaucoup de parents, quand on arrive plus tôt, on ne le voit pas. Donc, tu as tout le travail invisibilisé par rapport à ceux qui vont finir plus tard. Et il y a aussi autre chose qui est du coup hyper intéressant, c'est de te dire vraiment comment je suis efficace. C'est-à-dire, j'ai huit heures dans ma journée, je vais essayer d'être efficace. Ça n'empêche pas de faire des pauses. Ça n'empêche pas de... prendre une pause déjeuner le midi, en tout cas d'avoir des temps de repos aussi. Mais c'est de te dire comment je tire le meilleur. Et en fait, je trouve qu'on gagne énormément quand on apprend à être efficace dans son travail. Et ce n'est pas parce qu'on n'a pas fait 10 heures comme le manager d'à côté qu'au final, ma journée aura peut-être été plus productive. Parce que comme tu dis, j'ai mis la limite et je sais qu'à 18h ou 19h, je vais avoir fini. Donc, je vais faire le tri, je vais prioriser. Donc en fait, tout ça a un impact plutôt que de te dire, la journée, peu importe, à 20h, j'ai le temps, ce n'est pas grave. et en fait je trouve que tu gagnes vachement en En temps de présence de qualité, vraiment, tu es focus sur ce que tu as à faire. Et ça demande des fois qu'est-ce qui est prioritaire, qu'est-ce qui peut attendre demain, la semaine prochaine. Tout n'est pas sur le même plan. Mais vraiment d'être très carré. Et moi, je fonctionne beaucoup par bloc de temps. De 11h à 12h, ce sera ça, de telle heure à telle heure. Et je sais que ma journée se passe comme ça, vraiment cadencé selon mes projets. Ça marche bien.
- Julien
Après, tu dois justement réussir à les protéger, ces blocs de temps. Et c'est pour ça que je trouve que c'est intéressant, parce que l'organisation, moi, je trouve que c'est un super pouvoir et on ne va pas revenir là-dessus parce que j'adore ce sujet, mais c'est une compétence transversale qui va se chevaucher avec d'autres compétences, c'est-à-dire la négociation, la communication. Et c'est vrai que... des fois j'ai des clients, je leur dis là on va travailler sur une semaine type on va pas faire on off du jour au lendemain, on va commencer à mettre un peu en place des blocs passer en mode beaucoup plus délibéré et puis moins réactif mais c'est vrai que le compromis parce qu'il y a toujours un trade off, il y a toujours un compromis à faire c'est je mets en place une structure si je veux que ça fonctionne, il faut que je sois en mesure, quand il y a l'unmeuse qui m'appelle de dire Merci. Rappelle-moi, manière de parler.
- Fabienne
Mais c'est vrai que ça,
- Julien
et beaucoup de gens, en fait, ne sont pas conscients de ça. En fait, l'organisation, c'est une partie, en fait. C'est bien beau de tout planifier, mais si au moindre email ou au moindre téléphone, il y a tout qui vole en éclat, les blocs de temps…
- Fabienne
Et c'est dur pour les managers parce qu'il faut avoir du temps pour son équipe, il faut avoir du temps pour son propre travail, il y a encore de l'opérationnel. Donc, c'est quel temps je consacre au collectif, quand est-ce que je fais mes points ? hebdo avec l'équipe pour préserver ces temps là parce que c'est fondamental mais c'est aussi en effet de pas s'oublier dans le sens j'ai tel dossier moi aussi à gérer aujourd'hui prioritaire et il doit pas passer à la trappe sinon en effet j'aurais fini ma journée et moi j'aurais l'impression de ne pas avoir avancé sur mon boulot à moi et là où je te rejoins complètement c'est d'apprendre alors si ce n'est à dire non mais moi je sais que je suis une fervente adepte du oui mais alors oui je le ferai avec plaisir mais par contre ça rentre pas avant lundi prochain et est ce que ça te va ah bah oui oui il n'y avait pas d'urgence au final et des fois on se fait tout un une montagne de dire que les gens vont mal le prendre. En fait, non, les gens comprennent généralement.
- Julien
Souvent, ils ont du respect pour les gens qui arrivent à négocier.
- Fabienne
Oui, c'est de se rendre compte, quand on peut aider ou rendre un service, oui, ça peut rentrer, mais là, pas tout de suite. Par contre, demain, je m'en occupe, on voit. Donc, c'est de se dire, en effet, quand est-ce que je préserve vraiment mon temps, parce que là, je ne peux pas faire autrement. et quand est-ce que voilà je peux gérer et après j'aime beaucoup je participe à beaucoup de webinaires donc j'apprends beaucoup des gens que j'interview par exemple Adrien Chignard qui est un psychologue du travail que j'adore sur la gestion du temps il disait les imprévus vous en aurez dans les journées donc en fait il faut prévoir ce temps là de dire là j'ai une heure et je garde ça parce qu'en fait si tu blindes ton agenda de toute la journée non stop de 11h en fait tes grains de sable parce qu'il y en aura forcément tu peux pas les gérer Donc... L'organisation aide vachement où tu anticipes un maximum de choses. Et plus tu es organisé, je trouve que plus tu peux accueillir l'imprévu. Il y a un changement, il y a une urgence qui tombe. Voilà, c'est ta base. Et après, il faut accepter par contre que ça peut bouger.
- Julien
Tu as dit un truc qui m'a fait tilt. C'est la notion d'efficacité au quotidien. Je trouve qu'on fait un mur, qu'on crée un mur, qu'on crée un jardin, qu'on crée du concret, une chaise. C'est beaucoup plus facile d'identifier ce qu'est de la qualité. Je veux pouvoir m'asseoir, je veux que cette chaise puisse porter, je ne sais pas, 120 kilos, 130 kilos, etc. Quel coup de temps ? Dans le travail du savoir, on est resté en fait sur ce qui se rapprochait le plus des chaînes de montage. C'est-à-dire, la personne est sur place, elle s'agite, donc... elle est efficace. Un maçon qui va vite, il va déplacer des briques beaucoup plus rapidement qu'un maçon qui va moins vite. Et on est très visuels, les humains. Pour 80% de la population, le sens de la vue, c'est le plus développé. Donc, on va essentiellement se baser sur ce sens pour évaluer ce qui nous entoure. Et on arrive sur une grosse difficulté. C'est comment on évalue la qualité. Par exemple... tant et moins d'écrire des livres. Qu'est-ce qui fait un bon livre ?
- Fabienne
C'est une super question, ça !
- Julien
Moi, je n'ai pas la réponse.
- Fabienne
Oui, c'est dur.
- Julien
On va dire, j'ai une réponse subjective. Et cette question, je trouve qu'elle est rarement posée pour des personnes qui travaillent derrière un écran. Et donc, conséquence... Les salariés, ils sont en mode laissés à eux-mêmes et ils font ce que font les autres, c'est-à-dire ils bougent la souris le plus vite possible. Quand tu as le manager qui passe dans le cadre de la porte, j'exagère un peu.
- Fabienne
Mais là où je suis d'accord avec toi, c'est que tu as le côté agitation et le côté… Tu as certaines personnes qui sont très fortes pour ça aussi, qui s'activent dans tous les sens, etc. Les gens en copie. Tu as l'impression qu'ils ont une vie… Je file de réunion et je suis toujours speed dans la course. Je me vante d'avoir 1000 mails dans la journée. Enfin, voilà, tu as des gens comme ça qui sont... Mais ce n'est pas pour ça qu'ils sont plus productifs derrière.
- Julien
Je dirais que c'est même l'inverse.
- Fabienne
Oui, voilà. Tu as des gens qui vont s'éparpiller. Et à l'inverse, tu as des gens qui vont être très, je dirais, pas un profil forcément type, mais peut-être un peu introverti et qui vont faire le taf très bien sans rameuter la terre entière. Donc, il y a ça. Et après, il y a aussi de se dire, pour répondre à ta question, par rapport au livre et par rapport au travail peut-être plus intellectuel, c'est quand est-ce que j'estime que c'est suffisant ? parce qu'on a un biais parfois de perfectionnisme. Et c'est dur de savoir quand est-ce que là, j'arrive dans du détail que limite, il n'y a que moi qui vais vraiment faire la différence. Et des fois, on y passe beaucoup de temps. Et donc, c'est quand est-ce que j'estime que j'ai fait un travail de qualité suffisant qui répond à ce qu'on m'a demandé, qui va être utile au lecteur, qui va avoir suffisamment de fond, qui va être intéressant à lire, mais je n'ai pas besoin d'y passer trois heures de plus. Et c'est peut-être des fois le travers du ou de la bonne élève de dire je veux le travail parfait. Et en fait, ça t'empêche d'avancer sur autre chose. Et du coup, ça prend trop de temps au quotidien. Donc, c'est apprendre à gagner en efficacité, de te dire quels critères je me mets. Et là encore, le manager peut être très utile. Tu as un regard extérieur qui peut t'aider à te dire « Non, mais en fait, là, ton rapport, il est déjà très bien comme ça. Ça fait le job et hop, parfait, c'est bon, passe à autre chose. » Alors que quand des fois, tu es pris dans des détails ou dans des choses qui, au final, n'auront pas un impact énorme, c'est de se dire « Non, là, en fait, il vaut mieux lâcher. Et après, ce sera très bien comme ça. » Donc, C'est où est-ce que je mets le curseur dans la qualité pour être efficace ? Pas dire j'en ai rien à faire et je le bâcle non plus, ce n'est pas le but. Mais par contre, d'avoir un bon équilibre et de te dire que là, tu arrives du coup à peut-être un peu à faire plus, mais toujours de la qualité.
- Julien
Est-ce que la qualité passe par la quantité selon toi ?
- Fabienne
Non. Et en termes de projet, moi, je pense que la qualité passe aussi beaucoup par ce qui nous anime. Quand on a la chance de faire un métier qu'on aime. on peut, je pense, absorber des fois un peu plus. Alors, il faut faire attention au burn-out et au côté passion qui peut prendre trop de place. Mais par contre, je pense que ça s'apporte et ça nous aide à mener des fois beaucoup plus de projets que quand on ne se sent pas forcément aligné et qu'on se demande le pourquoi je fais ça. Ça n'a pas de sens pour moi. Et là, c'est plus dur de faire plus de choses parce qu'en fait, on n'y trouve pas d'intérêt tout simplement. Donc, le côté plaisir au travail et l'énergie que ça nous donne, parce que des fois, on a tous des projets qui vont... à la fois nous prendre de l'énergie, mais vous nous en donnez tellement que ça nous permet aussi de faire d'autres choses. Donc ça, c'est génial. Je trouve quand on y arrive. Mais non, pas la quantité à tout prix. Et notamment, moi, dans les médias, et c'était un des biais, une des erreurs que je ne voulais pas refaire quand j'ai eu My Happy Job, c'est-à-dire qu'on est dans une société où il y a déjà énormément d'informations et on est dans le toujours plus. Il faut publier 50 articles par jour parce que ça va faire du clic. Mais en fait, quel est l'intérêt ? On ne peut pas faire d'interview quand on publie 25 articles par semaine. En tout cas, à titre personnel. Par exemple, pour My Happy Job, j'étais partie sur le moins mais mieux. C'est-à-dire que j'ai moins publié qu'un site classique. Par contre, je vais être très fière de l'article qu'on va publier toutes les X fois par semaine. Et bizarrement, quand la qualité est au rendez-vous, les gens sont aussi là. Donc, c'est de se dire que des fois, moins, c'est mieux.
- Julien
C'est souvent le cas. Est-ce qu'on ouvre la boîte ? Non, mais je te rejoins sur le fait que, de toute façon, déjà, il y a 2000 ans en arrière, Séné qui disait « Une vie ne suffira pas à lire uniquement les titres des livres » . Donc, en fait, maintenant, à l'ère de l'intelligence artificielle, tu as toute cette problématique de contenu, contenu, contenu, et finalement, à qui tu apportes ton attention ?
- Fabienne
Exactement. Puis ça rejoint pour moi l'impact que tu vas avoir. c'est à dire que produire moins d'articles ou de contenus, mais se rendre compte que tes contenus ont été hyper utiles à des gens, que les gens les ont lus, partagés. En fait, c'est génial. C'est ça pour moi aussi. C'est-à-dire que oui, on peut se glorifier d'avoir écrit 50 articles dans la semaine, mais je ne suis pas sûre que... Et puis que ce soit hyper gratifiant parce que tu vas avoir fait le top classement de je ne sais pas quoi ou le diapo qui va faire x clics. Au final, je ne suis pas certaine que je m'épanouirais à écrire 15 fois plus. Par contre, se rendre compte qu'on a passé un peu de temps, on a interviewé une telle personne et ça en a aidé d'autres, c'est génial. C'est aussi l'impact qu'on veut avoir. Des fois, l'impact, ça passe par un peu moins. On n'est pas des super-héros. À être toujours dans la production, on oublie clairement la qualité.
- Julien
C'est pour ça que tu animes ce podcast. C'est pour être plus dans la qualité et revenir sur du tout. sur un rythme plus humain ?
- Fabienne
Les podcasts, ce que j'aime bien, c'est vraiment les rencontres. C'est des temps où moi, je vais être beaucoup, par exemple, pour les magazines en relecture. Je vais être pareil pour le web, dans pas mal de choses à imaginer ou à créer. Les podcasts, c'est un peu un temps de respiration où tu vas apprendre d'experts. Et c'est là que je te disais que moi, ça me nourrait énormément. Parce qu'à force d'entendre des psychologues du travail, c'est « Ah bah tiens, moi j'aime bien telle idée, je vais l'essayer dans mon quotidien. » Et puis on se rend compte qu'en fait, on se nourrit comme ça et on progresse aussi soi-même. Et les podcasts sont hyper intéressants aussi. Moi, j'aime bien les formats un peu courts où du coup, dans la journée de travail, les gens peuvent écouter. Alors, le SAVD Manager vient d'un podcast qu'on a créé avec Aurélie Durand qui s'appelle Les Petits Cailloux. Et c'est en cinq minutes de chrono, on essaye de débloquer une situation. Je dois manager mes anciens collègues, je dois recadrer quelqu'un dans mon équipe. Comment je fais ? Par quoi je commence ? Quels sont les états à respecter ? Les questions que je me pose. Et Good Job, l'autre podcast que j'anime, c'est plutôt se dire qu'est-ce qui m'épanouit au travail et qu'elles sont... qu'est-ce qui peut m'aider ? Là, typiquement, on a fait quelque chose par exemple sur la gestion de l'énergie, de la gestion du temps, on a parlé du burn-out. On aborde plein de questions comme ça pour aider les gens dans leur quotidien et se dire qu'est-ce qui peut les aider à se sentir mieux dans leur travail au quotidien.
- Julien
Pour lancer le podcast, j'avais des potes qui étaient plus avancés que moi, évidemment, sur le chemin. Et avec qui j'ai demandé des conseils. Et aussi sur le rythme de publication et tout ça. Et on me disait, ouais, si tu veux vraiment faire connaître ton podcast, etc. Il faut avoir un rythme d'un podcast par semaine. Puis moi, j'ai dit, ah non, ça...
- Fabienne
C'est dur.
- Julien
Je vais me retrouver de nouveau dans cette course effrénée contre le contenu. Que j'ai abandonné aussi sur... Je faisais beaucoup d'articles SEO à une époque. Maintenant, j'ai complètement arrêté. Enfin, je continue de faire des articles. Mais c'est plus des articles kiff. C'est-à-dire des articles pour moi et parce que je trouve utile. et je prends beaucoup plus de plaisir. C'est vrai qu'on peut vite devenir l'esclave d'un algorithme.
- Fabienne
Exactement. Le problème, c'est que les algorithmes changent, que ce soit sur les réseaux sociaux ou Google, l'IA aujourd'hui, avec les gens qui font des recherches sur TGPT. En fait, tu es hyper dépendant du coup de ça. Donc, c'est compliqué aussi de te dire que ton travail, tu as beau t'investir autant, faire un travail de la même qualité, des fois, tu auras... pas d'écho derrière parce que l'algorithme sur LinkedIn ou sur Insta a changé et que c'est tel type de contenu que tu privilégies. Donc ça, c'est un aspect qui est assez difficile. Et en effet, tu te dis des fois à quoi bon quand tu n'as pas toutes les cartes en main.
- Julien
Et pour revenir sur le non, moi, c'est aussi un petit partage d'expérience. On revient quand j'étais salarié, quand j'ai vraiment commencé à apprendre à dire non. L'effet key school ou l'effet bénéfique que j'en ai retiré, c'est que je respectais aussi beaucoup plus facilement le nom des autres. et donc par effet de deux ou troisième conséquence, je me disais ok pour que cette personne, qu'elle soit même, ou en tout cas que je vous demande mes chances qu'elle l'accepte, il faut que je vienne plus tôt et donc que j'anticipe et en fait, il y a vraiment disons que c'est pas une garantie c'est pas à partir du moment où on commence à dire non qu'il y a ça qui va se passer moi c'est un effet que j'ai pas souvent lu que j'ai retrouvé intéressant, c'est à partir du moment où je dis non Merci. et que je l'assume, je respecte beaucoup plus la personne qui dit non parce que je comprends le raisonnement derrière. Et c'est vrai que c'est un super pouvoir. Après, ce que je vois aussi, c'est que tu as des personnes qui arrivent, d'autres qui n'arrivent pas. Et là, on arrive sur la personnalité, le caractère, mais aussi les options. C'est-à-dire que tu as des personnes qui retrouvent facilement du travail. Parce que leur profil est à jour, parce qu'ils ont des compétences, parce qu'elles se forment, parce qu'elles ont un réseau. Tu as d'autres personnes qui ne font pas ce même travail, alors qu'elles ont moins de chance ou peu importe. Et pour qui c'est plus difficile ?
- Fabienne
Oui, tout à fait. Mais c'est pour ça que la stratégie du oui mais est pas mal. Tu ne dis pas un nom frontal, ce qui peut être dur. Tu dis oui, je peux, mais pas tout de suite. Demain, oui, mais avec ton aide. Et en fait, ça aide à faire le premier pas. Et après, un conseil qu'on m'avait transmis aussi en interview, c'est de se dire de commencer par des petites choses. Et typiquement, on m'avait cité le prospectus dans la rue que tu n'as pas envie de prendre. Et bien, tu dis non. Et en fait, d'apprendre des choses sans conséquence où tu ne joues pas ton travail ou ta vie. Et en fait, tu apprends comme ça à dire non. Et en fait, ça rentre petite victoire par petite victoire. Et bien, tu t'entraînes et tu arrives de plus en plus.
- Julien
Ça me fait penser au travail et au livre d'Atomic Habit de James Clear. que tout le monde connaît, je pense que je n'ai plus besoin de le présenter, mais un très bon livre pour mettre en place des habitudes où il dit en fait pour pour qu'un changement dure il faut l'attacher à une nouvelle identité et pour que cette nouvelle identité enfin sur quoi tu vas baser cette nouvelle identité, sur de nouvelles petites actions et donc c'est typiquement cet exemple je vais dans la rue, d'ailleurs en venant ici évidemment on m'a demandé de te retrait et c'est vrai que le fait de dire non en fait tu te dis si tu n'as pas l'habitude de dire non tu le fais via chez des personnes que tu ne connais pas, la pression est
- Fabienne
Oui,
- Julien
c'est moins.
- Fabienne
Et puis, pour le coup, je trouve que la stratégie des petits pas dans la vie est pas mal, parce que des fois, on se fait des montagnes de certaines choses, et c'est de se dire, quel premier petit pas je peux commencer à faire ? Et voilà, de fil en aiguille, ça en amène un autre. Et des fois, ça rassure aussi de te dire que tu y vas progressivement. Et au final, quand tu regardes quelques temps après le chemin parcouru, tu te dis, bon, en fait, j'en ai fait pas mal des petits pas.
- Julien
Non, c'est clair, la force des petits pas, et je trouve aussi sa faiblesse, c'est qu'en fait, si tu le manques au quotidien, il ne va rien se passer. et c'est ce qui fait que certaines personnes se disent bon ben finalement ça sert à rien tu vois mais moi je suis pour les petits pas et puis pour l'effet cumulé des petites actions ça apporte vraiment des gros changements mais pas sur le coup l'entrepreneur qui était sceptique sur la qualité de vie au travail il commence à réfléchir il est toujours avec nous il se dit ah peut-être il y a un truc est-ce qu'il y a une action, l'action tu sais Pareto c'est le qui avec un petit investissement pourrait avoir un gros effet de levier. Est-ce que tu as une action comme ça en tête ?
- Fabienne
Je dirais que c'est vraiment pour moi le basique que je disais tout à l'heure, mais c'est écouter vos salariés. Parce que tu pourrais te dire l'équilibre, vais-t'en vie, pas travailler le vendredi, la semaine de 4 jours. Mais en fait, ce qui va convenir à une entreprise même de la même taille, PME, il suffit que tu ne sois pas dans le même secteur, que l'entreprise soit plus ancienne, etc. Donc, c'est vraiment écouter vos salariés. Et déjà, les gens sont toujours contents qu'on... prennent le temps de les écouter, ils ne sont pas forcément l'habitude, souvent on leur impose plus des choses qu'autre chose donc les écouter et de voir après quelles premières actions on peut faire pour peut-être que vous allez vous rendre compte les gens sont, ça peut être questionner la charge de travail, est-ce que tout le monde s'y retrouve, est-ce qu'il y a du trop ou du pas assez des fois de certains côtés est-ce que c'est l'équilibre de temps de vie pro-perso, est-ce que les gens en ont marre des réunions et qu'on organise trop de réunions internes, donc c'est se dire est-ce qu'on préserve des temps, par exemple typiquement le vendredi après-midi sans réunion ... Est-ce que, alors on est plutôt sur un retour du télétravail, avec moins de télétravail en ce moment dans certaines entreprises, mais c'est de se dire, voilà quel équilibre convient, est-ce que c'est deux jours de télétravail dans la semaine et ça va à tout le monde ? Donc c'est vraiment ces temps-là. Et après peut-être que les gens aussi ont besoin, peut-être que c'est le côté collectif qui manque. Donc est-ce qu'il faut créer des moments aussi différents ? Des fois c'est des choses simples, mais les petits-déj, les déj ensemble, de ne pas voir ses collègues qu'à travers le prisme boulot, boulot, boulot et on ne se parle pas du tout. autrement, sans devenir forcément les potes et faire des after-work tout le temps. Mais en tout cas, ça peut être aussi ça, de se dire, tu vois un petit peu tes collègues différemment, on passe du temps différemment. Pour d'autres, un levier, ça va être la formation. Ils vont se dire que l'entreprise a mis sur moi, j'ai pu accéder à telle formation que je n'aurais pas pu faire autrement. C'est vraiment pour moi l'écoute, parce que vous allez tomber juste. C'est vraiment de se dire ça. Et après, ce qui peut être clé aussi, c'est d'accompagner vos managers. Vraiment. Ce n'est pas du temps perdu de former vos managers, d'investir sur eux. Là encore, de voir quelles problématiques ils ont. Est-ce qu'ils se sentent assez armés et outillés pour manager et faire évoluer leur équipe ? Je dirais que tout ça peut être déjà des premières choses où on est plutôt dans le diagnostic. Et après, qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Julien
Donc, récupérer de l'info.
- Fabienne
En gros.
- Julien
Je trouve que ça fait un excellent parallèle avec... Je trouve qu'un bon entrepreneur, c'est aussi une personne qui va aller voir ses clients et récupérer de l'info aussi auprès de ses clients plutôt que de vouloir toujours de nouveaux clients. Oui, exactement. Je trouve que ça me fait penser à une question de... Thibaud Gemme, c'est un entrepreneur suisse que j'avais interviewé. Il demandait à tous ses techniciens qu'ils allaient discuter avec les entrepreneurs ou qu'ils allaient dans les entreprises. À la fin, il demandait une question qui l'avait énormément aidé, qui lui avait permis de trouver plein d'idées pour sa boîte qui était « est-ce que je peux vous aider avec autre chose ? » . En fait, il demandait à ses techniciens qui n'avaient pas du tout l'habitude de la vente, donc qui n'avaient pas cette fibre vente, de poser cette question Et puis, d'écrire mot pour mot ce que le client répondait.
- Fabienne
D'accord.
- Julien
Et en fait, lui, il passait ensuite une fois par semaine sur tous ses formulaires. Et puis, c'est ce qui lui a permis de développer de nouvelles offres. Et parce que finalement, la demande était là. Ils sont déjà clients, etc.
- Fabienne
Et c'est hyper intéressant parce que ce que tu dis, le parler avec les clients, c'est vraiment la symétrie des attentions. C'est comment prendre soin de mes collaborateurs comme j'écoute et je prends soin de mes clients. Et plus, du coup, mes collaborateurs seront… contents et heureux dans leur travail ou on leur assure de bonnes conditions de travail, plus on a de chance que le client, au bout, soit content aussi. Donc, c'est vraiment de se dire que c'est accorder ce temps-là et partir des besoins des gens. Dans les entreprises, on va peut-être vous dire, nous, on manque de reconnaissance. Et il n'y a pas que la reconnaissance financière. Bien évidemment, le salaire est un élément clé et important, ça ne se discute pas. Mais par contre, ça peut être aussi... former les managers à la reconnaissance au quotidien et pas attendre l'entretien annuel pour dire « Ah, au fait, bravo, c'est super ton travail ! » Et puis le reste de l'année, il n'y a aucun retour. On ne sait pas si ce qu'on fait, si on donne le meilleur de soi-même, on fait beaucoup d'efforts, on n'a pas plus de retour derrière. Et des fois, ça, c'est hyper frustrant et déstabilisant. Donc, c'est de se dire vraiment de quoi ont besoin les gens. Est-ce que c'est plus d'autonomie ? Le sentiment d'appartenance, le collectif, est aussi un élément très important. de l'employabilité et la formation des gens. Beaucoup de gens aujourd'hui ont peur de l'IA, c'est de se dire comment on peut les accompagner, les former, en quoi ça peut être un plus éventuellement. Donc c'est vraiment pour moi, à partir de l'écoute des besoins, on peut rarement se tromper quand on fait ça.
- Julien
Tu penses que le manager est en porte-à-faux avec l'IA ? Comment tu vois le futur ? C'est-à-dire, est-ce qu'il risque d'être remplacé ? C'est quoi ton avis là-dessus ? Tu m'as tendu là, tu m'as tendu d'un père.
- Fabienne
Remplacé en tant que manager, en tant que tel, je ne pense pas. par contre moi alors je parlerai de ce que je connais moi j'y vois une révolution similaire à internet quand j'ai démarré, ça ne nous rajeunit pas mais du coup premier post 2006 moi j'étais ce qu'on appelle bimédia c'est à dire print et web et en fait c'était les premiers journalistes web c'est à dire qu'avant si tu veux tu avais le site internet, tu t'abonnais au magazine il n'y avait rien, il n'y avait pas d'info, il n'y avait pas d'article et donc on a été dans le magazine par exemple le féminin pour lequel j'étais à l'époque OL, c'était les premières rédactions web et en fait c'est te dire de pas louper le coche alors moi j'étais arrivé à ce moment là donc pour moi ça a été normal dès le début de de la profession mais les journalistes qui étaient là depuis longtemps c'était pas forcément si évident que ça et aujourd'hui pour moi l'IA ça fait pareil et l'erreur serait de se dire ah non moi j'y vais pas ça va sinon ça va nous remplacer en tant que journaliste non en fait je pense que demain il ya plus de chances d'être remplacé par des gens qui maîtrisent l'IA qui savent très bien se servir des outils qui ont compris quel outil était pertinent ou pas qu'est-ce qu'on pouvait faire ou pas, dans quel cadre. Et donc, je pense que c'est très intéressant, dans tous les cas, de s'y intéresser, de tester plein d'outils différents. Parce que l'idée, ce n'est pas, là encore, de multiplier les outils et d'avoir 15 000 aides et qui, au final, devront prendre plus de temps qu'autre chose. Mais c'est de se dire à quoi ça peut me servir, comment ça peut m'aider. Là, en fait, je me rends compte que oui, ça m'aide et ça me fait gagner un temps de dingue. Là, en fait, moi, par exemple, ChatGPT, je m'en sers beaucoup aussi sur du côté un petit peu, comment dire, partenaire pour... challenger des titres et je vais rarement prendre ce qui me donne tel quel mais par contre ça va me donner l'idée ah oui tu n'avais pas à ça et ça va débloquer on va pas partir de la page complètement blanche on va avoir une v1 quelque chose ou alors on part de ma v1 et on voit qu'est ce qu'on peut améliorer et du coup ça challenge c'est pas mal aussi de se dire voilà comment je peux améliorer on parlait du SEO mes titres SEO là où des outils de retranscription d'interview vont nous faire aujourd'hui gagner énormément de temps et là où c'est pas peut-être pas pertinent et où, au contraire, on va garder, pour aller faire des interviews, rien de mieux qu'un humain. Voilà, c'est mieux.
- Julien
C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'étais partie sur le podcast. Il y avait réduire mon temps d'écran, rencontrer des gens qui m'inspirent, que je trouve intéressants pour x, y, z raisons. Et aussi parce que, simplement, je trouve que c'est plus difficile à créer. Il y a la logistique, il faut se déplacer, il faut nanana, nanana, alors que... Un article est si haut, chat GPT, boum. Donc, il y avait cette réflexion-là.
- Fabienne
Tu as raison dans le sens où qu'est-ce que l'IA ne pourra pas remplacer, ou en tout cas maintenant.
- Julien
Oui.
- Fabienne
Et c'est sur quoi, nous, on a une valeur ajoutée qui est énorme. C'est ça. Donc, c'est pareil quand tu es dirigeant ou manager, c'est de se dire, l'IA, peut-être qu'elle tâche chronophage et sans intérêt, sans plus-value, elle peut nous faire gagner. Et à l'inverse, qu'est-ce qu'on peut faire du temps gagné ? Toute l'idée étant, est-ce qu'on en rajoute toujours plus ? Donc là, on va être dans ce qu'on disait tout à l'heure, la productivité tout le temps et on ne s'arrête jamais. Ou est-ce qu'on en profite pour faire mieux certaines choses ? Comment je réaloue pour les managers ? Est-ce que j'ai passé plus de temps avec mon équipe ? Est-ce que ça va me dégager du temps pour des missions où j'ai une plus forte valeur ajoutée ? Parce que l'idée, c'est si on en rajoute toujours plus, je n'ai pas les temps de respiration dont j'ai besoin. Qu'est-ce qu'on fait du temps qu'on gagne grâce à l'IA ? Et ça, c'est une vraie question à se poser, je trouve, pour tous les dirigeants aujourd'hui.
- Julien
Oui, avec la technologie d'une manière générale. Est-ce que tu as lu le livre de Artmut Rosa, Accélération et Alienation ?
- Fabienne
Oui, je l'avais lu.
- Julien
Il parle de ce sujet, je le cite de reprise dans mes livres parce que je trouve que c'est une excellente lecture. Il montre bien que la technologie devrait nous faire gagner du temps, mais qu'en fait, le temps qu'elle nous fait gagner, on le remplit avec d'autres choses. C'est-à-dire, avant l'arrivée de l'email et du clavier, on avait la machine à écrire, puis on avait peut-être 2-3 lettres, on pouvait répondre à 2-3 lettres par heure. Après, il y a l'email qui est arrivé. C'est ça. Ces 2-3 emails, on pourrait les compléter en 5-10 minutes. Enfin, on pourrait y répondre en 5-10 minutes. Mais vu que l'humain est câblé à quand même aller chercher plus, etc. Voilà, c'est ça, on n'aime pas le vide. On va faire plus, plus, plus. Et au niveau de la société, on fait plus, plus, plus. Et c'est la même chose avec la voiture. Il parle très bien. Il dit, la voiture, si on s'était contenté des mêmes distances que ce qu'on faisait à pied avant, en fait, on aurait beaucoup plus de temps dans notre journée. Sauf que maintenant, on fait deux heures de voiture pour aller travailler.
- Fabienne
C'est ça.
- Julien
Et je trouve ça, c'est intéressant. Et l'intelligence artificielle, on est droit là-dedans. C'est-à-dire que moi, on sort un peu du sujet, mais je trouve que c'est intéressant. Si l'avantage compétitif, c'est la quantité d'articles écrits par l'intelligence artificielle ou la quantité de contenu, l'avantage compétitif est nul parce que tôt ou tard, on va avoir une entreprise qui sera encore beaucoup plus rapide.
- Fabienne
Oui, tout à fait.
- Julien
Donc, on revient sur cette notion de qualité. Qu'est-ce qu'on veut faire ? Qu'est-ce qu'on veut produire ?
- Fabienne
Oui, c'est ça. Et où est-ce que je mets mes forces au quotidien ? Où est ma plus-value ? Je trouve que c'est une vraie question quand on est manager, dirigeant et par exemple qu'on manque de temps ou qu'il y a beaucoup de choses. C'est là où j'apporte un vrai plus. Et là où une IA peut faire le taf ou organiser les choses, faire un tableau Excel et que ce soit moi ou quelqu'un d'autre qui le fasse, ça n'apportera rien de plus, rien de moins. Limite, il sera fait plus vite et mieux. OK, mais par contre, c'est où est-ce que moi, en tant que manager ou dirigeant, j'ai intérêt à aller. Et là où mes idées, ma créativité, mon innovation va aider à avancer.
- Julien
Et justement, toi, tu as la tête de plusieurs médias. Comment tu fais pour prioriser ? C'est un bon sujet.
- Fabienne
Ah oui.
- Julien
Ce n'était pas prévu, mais je trouve toujours très intéressant puisque c'est compliqué d'une manière générale la prise de décision.
- Fabienne
Oui.
- Julien
C'est aligné avec la stratégie. C'est quoi ton processus en mode, on va faire ce print plutôt que ce print, on va faire ce sujet plutôt que ce sujet ?
- Fabienne
Alors, du coup, pour la gestion des priorités vraiment dans l'agenda et dans nous, nos priorités au sein de la rédaction, c'est vraiment, j'aime bien avoir une visibilité à différents niveaux. C'est-à-dire que le web, on va être plutôt dans le quotidien. Donc on va faire par exemple des points hebdo. Pour les événements, les salons, c'est deux, trois mois avant. Pour les magazines, c'est souvent pareil, trois mois avant qu'il faut lancer les choses. Donc je dirais que la clé dans ces priorités-là, c'est vraiment de savoir là où on doit anticiper, comme tu le disais, là où vraiment on a besoin de savoir très en amont pour contacter les gens, pour des événements, pour des webinaires, du podcast. Et on gagne du temps en anticipant parce que les gens sont libres, parce qu'en fait, ça nous fait gagner du temps après plutôt que si tu prends deux semaines avant, personne n'est là, donc tu vas envoyer deux fois plus de mails et de demandes. Et là où il faut être très réactif au quotidien, le web, des fois, tu ne sais pas, d'une semaine à l'autre, d'un jour à l'autre, il faut savoir s'adapter et vraiment accepter cette part un petit peu d'imprévu. Donc, je dirais que tout ce qui peut être anticipé doit être anticipé.
- Julien
Et juste le sujet, le choix des sujets, c'est en fonction des tendances ?
- Fabienne
Alors, il y a vraiment de la paye pour sentir les choses.
- Julien
Ton réseau direct ? Oui,
- Fabienne
le fait d'être connecté avec des gens en entreprise pour des webinaires. Donc, on va discuter avant, après. Il y a beaucoup d'études qui sortent aussi sur les tendances. L'IA, par exemple, ressort beaucoup. Quand tu vois là où on est dans un climat du travail qui est un peu moins, comment dire, qui est plus compliqué en tout cas pour les gens avec la crise qui dure. Et donc, c'est de quoi les gens ont besoin. Donc, c'est toujours se mettre à la place de nos lecteurs. Moi, en tant que lecteur, qu'est-ce que j'aimerais bien lire sur l'IA parce que ça me préoccupe. En tant que manager, c'est quoi mes difficultés ? On parlait de l'art de la... La décision, c'est un vrai sujet. On a fait un webinaire là-dessus. Donc, c'est de se dire vraiment comment être utile. Qu'est-ce qui potentiellement peut bien évidemment marcher, fonctionner ? Donc, tu as des sujets type la santé mentale. Oui, les gens sont hyper intéressés parce que tu as beaucoup de gens qui sont en burn-out, soit qui ne vont pas bien, donc qui sont en quête de contenu, de conseils, de faire le petit pas de côté aussi qui va faire du bien. Donc, c'est vraiment un travail de veille, d'écoute. et ensuite te dire moi j'aime beaucoup, j'aime pas refaire la même chose donc je suis aussi en quête de qu'est-ce qu'on a pas fait encore sujet, ou alors par exemple l'IA, on va le traiter on va dire depuis deux ans, il y a deux ans c'était quelles sont les idées reçues sur l'IA aujourd'hui on va être plutôt quelle formation tu vois pour te former à l'IA dans mon quotidien comment je m'en sers donc on est déjà plus vraiment dans la vraie vie et plus dans ce fantasme de l'IA dans 5 ans ou dans 10 ans donc c'est comment le même sujet tu vas réussir du coup à... le transformer pour ne pas refaire le même dossier tous les ans. Parce que nous, ça nous ennuierait en tant que journalistes et ça ennuierait nos lecteurs de se dire, super, on retrouve la même chose. Les dix ponts. C'est ça. Donc, c'est vraiment comment on essaye des fois de trouver un angle qu'on n'a pas encore fait, de nouveaux intervenants. Donc, il y a vraiment aussi une volonté, en tout cas chez nous, de vouloir se renouveler, mais qui est importante pour nous, pour qu'on continue à trouver du plaisir et de l'intérêt à notre travail et pour nos lecteurs parce qu'ils vont être stimulés, ils vont découvrir des experts qui... qu'ils ne connaissaient pas, ils vont pouvoir entendre des regards complémentaires et différents. Et je dirais que c'est aussi important d'avoir, si je prends par exemple l'angle de la santé mentale, enfin de la qualité du travail, pour moi c'est important d'avoir les différentes sphères assez régulièrement. On va parler de santé physique, la sédentarité est un énorme problème dans nos vies aujourd'hui, on ne bouge pas assez.
- Julien
Tu connais Alexandre Dana ?
- Fabienne
Oui, je l'interview bientôt.
- Julien
Ok, très bien.
- Fabienne
La chasse tue, un petit promo pour son livre.
- Julien
Oui, c'est un excellent livre, je l'ai lu.
- Fabienne
Exactement. Et c'est vraiment de se dire, on va parler de santé physique, on va parler de santé mentale en interrogeant des psychologues du travail, on va parler management de ce qu'on le disait tout à l'heure, par exemple, ça peut être devenir un manager coach, on en parle beaucoup comme posture, concrètement on fait comment. Donc c'est vraiment de se dire, Pour la qualité de vie au travail, on parlait des bureaux, de l'ergonomie. Donc, c'est vraiment essayer de te dire qu'on va focus sur tous les angles de manière assez variée pour que les gens se rendent compte que c'est un tout aussi. Et après, je pense que quand on prend du plaisir aussi à rédiger les choses, à les créer avec les podcasts ou les webinaires, ça se sent. Et du coup, les gens sont aussi plus au rendez-vous parce qu'il y a quelque chose qui va... Une petite énergie. Oui, exactement.
- Julien
que l'IA n'a pas encore notre petit plus-value donc il faut en profiter notre petit supplément d'âme qui se ressent pour rester sur l'IA il y a cette phrase que j'aime beaucoup je ne sais plus de qui elle est peu importe la technologie atrophie la partie de nos scores qu'elle amplifie donc en gros le smartphone moi je me souviens du numéro 032 731 48 17 ceux qui m'écoutent sont la purée il nous fait tout le temps le coup à son podcast j'ai déjà fait tu vas respirer encore Et en fait, ça, c'est le numéro de chez mes parents quand j'étais enfant, tu vois. Après, il y a eu le smartphone. Et durant longtemps, je ne connaissais pas le numéro de ma femme par cœur. Maintenant, je l'ai appris. Parce que podcast après podcast, je répète, je me dis OK, maintenant, je l'ai appris. Puis le jour, elle m'a dit c'est bon, tu le connais par cœur. Et en fait, l'idée là derrière, c'est qu'on a délégué la mémoire. Donc, on ne travaille plus vraiment notre mémoire parce qu'il y a ces écrans. Et si on pousse le parallèle un petit peu plus loin. la chaise atrophie nos jambes, plus plein d'autres choses. Et que va atrophier l'intelligence artificielle ? C'est toutes ces notions de réflexion. Moi, je fais vraiment très attention. Typiquement, tout ce que j'écris... C'est pas vrai. Mais la plupart de ce que j'écris, pas d'IA.
- Fabienne
Oui, oui, oui. Là où je te rejoins, c'est par exemple, moi, je m'en sers pour corriger beaucoup les articles, les fautes d'orthographe, les coquilles. Je fais toujours une première lecture, moi. Parce que je ne veux pas perdre, en fait, ce côté de me dire là, tu veilles aux accords, à la grammaire, au machin, et après ne plus... avoir l'œil et de me dire, en fait, j'ai laissé passer des coquilles. Ou alors des pignons de phase. J'ai complètement laissé l'IA faire. Et c'est de se dire que ça corrige celle que je n'ai pas vue. Tant mieux. Ça nous fait monter. On traque, etc. Mais je ne délègue pas à 100%. Et là où je te rejoins, et par exemple, aux États-Unis, les emplois les plus menacés par l'IA, c'est les juniors. Et en fait, moi, je me dis que les jeunes, j'ai l'impression encore de parler communique, mais... Je me dis que, par exemple, pour la prise de notes, pour retranscrire des interviews, on a des outils géniaux. Moi, je continue à prendre mes notes, en fait, parce que ça m'aide. Je me sers de ces outils-là pour gagner du temps. Mais par contre, avoir ces notes-là, je sais que du coup, je hiérarchise dans ma tête. Ah bah tiens, ça, c'était hyper intéressant, je l'entoure. Ça, non, je lève mon stylo parce qu'en fait, c'est complètement re-sujetté par rapport à ma demande. Donc,
- Julien
pendant le podcast ?
- Fabienne
Oui, alors pendant des interviews, pas des podcasts, mais pendant des interviews qu'on va retranscrire avec. Mais c'est vrai que ça a du gymnastique. la elle m'aide. pour pouvoir synthétiser après, pour savoir les idées clés. Si je suis complètement passive à complètement écouter, déjà, si l'enregistrement plante, je n'ai plus rien. Mais ensuite, c'est de te dire, en fait, ce que tu dis, tu perds la capacité de synthèse derrière. Il y a des super magiques outils aujourd'hui pour faire des comptes rendus de réunion. C'est génial. Au lieu de perdre du temps après les réunions et d'y passer des heures, ça te fait gagner beaucoup de temps. Mais par contre, quand est-ce qu'on développe cette capacité à synthétiser ? Quand est-ce qu'on développe ? les capacités à mémoriser, quand est-ce qu'on développe la capacité à retranscrire, à hiérarchiser les idées. Et en fait, comme je pars du principe que je l'ai fait pendant 20 ans, études, boulot, etc., je l'ai. Et donc, il ne faut pas la perdre, ce que tu dis. Mais quand tu démarres en tant que junior et que l'IA peut faire les boulots que peuvent faire des stagiaires ou des gens qui démarrent, c'est compliqué de te dire que si tu ne fais pas ce boulot-là au départ de synthèse, d'apprendre, en fait, tu le délègues complètement et tu ne sais pas faire. donc ça c'est un peu compliqué et puis d'avoir tu as un esprit critique vis-à-vis de l'IA parce que tu sais faire aussi c'est-à-dire que tu te rends compte que ton résumé il est pas bon voilà si tu t'es pas entraîné à ça avant et que t'as pas les compétences ou l'esprit critique pour te dire ah bah non là en fait ça va pas et que tu prends pour argent comptant c'est
- Julien
un gros problème donc oui je m'étais je m'étais un peu perdu sur un site qui s'intitule Layer Prompt ou Prompt Layer Je le mettrai dans la description de cet épisode. Leur business model, c'est qu'en fait, par équipe, si tu travailles l'intelligence artificielle et avec différents modèles, il te permet de stocker tes promptes, de les analyser en fonction du résultat, etc. Donc, c'est déjà assez avancé. Mais où je veux en venir, c'est qu'ils ont accès à pas mal de data sur quels sont les meilleurs promptes et qui génère les meilleurs promptes. En fait, le résultat est toujours le même. C'est les gens les plus expérimentés qui vont très peu les utiliser, mais les utilisateurs des moments ok là je vais utiliser le prompt à ce moment parce que je sais qu'il va me faire gagner une heure de temps c'est ça finalement il n'y a pas beaucoup de valeur ajoutée là dessus et on en revient sur cette injuste injuste si j'aime pas le terme mais où en fait c'est les gens les plus compétents qui vont le plus en profiter.
- Fabienne
Oui, c'est vraiment comment tu t'en sers et en effet je pense qu'il ne faut pas avoir les deux extrêmes. Il ne faut pas tout déléguer à l'IA et te dire c'est bon, vas-y, il m'a fait mon résumé, je l'envoie tel quel. D'un autre côté, il ne faut pas se dire oh là là, je ne m'en servirai jamais parce que là c'est dangereux je pense pour son employabilité dans quelques années. Et donc il faut vraiment trouver le bon équilibre, trouver les outils qui nous conviennent. Et ne pas hésiter à se former. Nous, on a eu deux formations dans l'année et je trouve ça très bien. Ça permet de poser des questions à quelqu'un qui en sait plus que nous. Ça permet de tester plein d'outils différents, de faire le tri dedans.
- Julien
C'est fou.
- Fabienne
Oui, c'est ça. Et puis, tu te rends compte que les outils, tout simplement, ils évoluent aussi. Entre ChatGPT il y a deux ans et aujourd'hui, il n'y a pas photo. Donc, ça va à une vitesse quand même assez impressionnante. Je pense qu'on a gagné à s'y intéresser et à voir comment ça peut nous aider. Mais pas à tout. déléguée non plus.
- Julien
Par rapport au Covid, toi, tu gérais My Happy Job quand c'est arrivé.
- Fabienne
Oui.
- Julien
Vous êtes tous parties en télétravail.
- Fabienne
Alors, je ne travaillais qu'avec des freelances. En fait,
- Julien
il n'y a pas eu de gros changements.
- Fabienne
Non, par contre, moi, ce qui était intéressant, c'est que le Covid a mis en exergue toutes les problématiques sur lesquelles on travaillait et notamment le télétravail. Et en fait, moi, le plus gros souvenir que j'ai au moment de l'annonce du confinement, c'est qu'une semaine avant, Il est annoncé que les écoles étaient fermées. Moi étant maman de deux enfants, je me disais « Oh là là, à partir de la semaine prochaine, télétravail à temps plein. » Donc le jeudi soir, on nous annonça. Le vendredi, je commence à faire des articles sur comment bien télétravailler à la maison, comment gérer en même temps. Et du coup, je demande à mes chroniqueurs, les experts, des interviews. Pour faire le mardi d'après, la newsletter 100% télétravail. Lundi soir, Emmanuel Macron annonce le confinement pour le mardi. Le mardi, on a explosé toutes les audiences. En fait, les gens se transféraient, les gens qui n'avaient jamais télétravaillé. les gens qui n'avaient pas des accords dans les entreprises. Et c'était comment on va faire ? Comment on travaille bien à distance ? Donc en fait, ce qui est drôle, c'est que cette période-là a vraiment boosté le site énormément. Et on a commencé à plus parler de santé mentale, d'idolement, de qu'est-ce qu'il va faire aussi une équipe ? Comment on fait pour bien travailler à distance ? Comment garder le moral quand tu avais le premier confinement, le deuxième, qu'il y avait toutes ces mesures sanitaires ? Ou la crise un petit peu permanente, l'angoisse qui naissait aussi chez certains. Donc en fait ça nous a fait grandir au niveau de l'audience et on a gardé ce flux après. Et puis ça a été aussi vecteur, c'était marrant de tester de nouvelles choses. On ne pouvait plus intervenir en entreprise donc on a tous fait des webinaires. Mais d'un autre côté c'était génial de se retrouver à distance, d'imaginer des formats qu'on n'avait jamais fait chez soi. Hop, on avait 1000 ou 2000 personnes connectées parce que les gens n'avaient que ça à faire donc les gens se connectaient. Donc c'est une période assez marrante pour ça mais c'était aussi compliqué avec l'école à la maison, avec tout le reste quoi.
- Julien
Et justement, par rapport à cette... Parce que toi, tu vas demander à des professionnels d'écrire des articles, c'est ça ? En gros, au bout d'un moment, il y a des gens qui vont publier. Je ne sais pas comment on... Les pigistes, c'est comme ça ?
- Fabienne
Alors, il y a des journalistes.
- Julien
Les journalistes. Les pigistes. Donc,
- Fabienne
c'est vraiment leur métier. Ils sont journalistes, mais alors...
- Julien
C'est quoi la différence entre journalistes et pigistes ?
- Fabienne
Pigistes, c'est juste des journalistes, mais à ton compte. en tant qu'indépendant, freelance ou pas d'interprétiste.
- Julien
Et journaliste et salarié.
- Fabienne
Voilà, t'es journaliste même quand t'es pigiste, mais pigiste c'est vraiment le terme pour les freelancers dans le journalisme. Et on a donc ces personnes-là pour tous nos sites, des pigistes en plus de notre équipe en interne, des externes. Et après on a des chroniqueurs, ça peut être des coachs, ça peut être des psychologues du travail, ça peut être des DRH qui vont écrire de manière occasionnelle, mais par rapport à leur expertise, des profs d'université ou autres, ou des auteurs de bouquins, etc. qui vont vraiment partager par rapport à leur expérience. Donc, c'est les deux types d'intervenants qu'on a.
- Julien
Et comment tu sais en fait les articles qui sont… Est-ce que c'est un tableau de type Trello en disant « ça, c'est des articles qui sont en cours de rédaction » ou c'est encore très en mode « tu me le rends pour telle date, par email » . Comment tu fais pour gérer ? Parce qu'il y a quand même ta courrier cadre.
- Fabienne
Oui.
- Julien
My Happy Job.
- Fabienne
Dire et l'offre.
- Julien
Comment tu fais pour garder cette vue d'ensemble sur… tout ce qui est en train d'être écrit.
- Fabienne
On a un planning hebdo pour tous les sites. Moi, en interne, j'ai un journaliste par site. Du coup, je fais un point hebdo avec ce ou cette journaliste. Et on a un planning web en ligne qu'on remplit. Comme ça, on sait en début de semaine qu'on a tel article, telle commune. Donc, ça demande juste ces points-là hebdo. D'accepter aussi, quand il y a une actu, une étude qui tombe, qu'est-ce qu'on enlève ? Et après, en externe, ça va être des mails de « Ah bah tiens, tel article, ce serait bien pour telle date, etc. » Et après, j'ai la même gymnastique pour chaque magazine. Les magazines sortent tous les deux mois. Et donc là, on anticipe plus. Et donc, les journalistes ont X semaines pour rendre le papier. Et après, moi, je suis dans la phase de relecture où je reçois les articles de manière échelonnée pour ne pas tout recevoir d'un coup. Et ces process là, notamment pour les magazines, se sont mis en place un peu progressivement. Quand je suis arrivée, c'était beaucoup tout en même temps. C'est compliqué parce que du coup, tu ne peux pas gérer le web en parallèle. Si tu as tes 15 ou 20 articles qui arrivent... en trois jours et c'est aussi comprendre que pour le web un peu moins parce que le ou la journaliste ou moins on va mettre directement en ligne donc on n'est pas dépendant d'autres personnes par contre pour le magazine il y a le pigiste ou le journaliste qui va écrire moi qui vais relire et derrière il y a le maquettiste le directeur artistique qui va faire la maquette et après on relit derrière donc tu as plus une mécanique où s'il y en a un qui est en retard il met tout le monde en retard Mais la date d'impression ne change pas, donc du coup, c'est les derniers qui vont devoir se booster dans les derniers jours parce que tout le monde est en retard avant. Donc moi, ça a été un des gros process en arrivant. Il y a bientôt trois ans de se dire comment on assainit tout ça, comment on reprend de la marge de manœuvre. Il n'y a plus de rendu à la dernière minute. On fait les confs en amont pour que tout le monde ait le temps de bien travailler. Et pareil, les journalistes étaient sur plusieurs sites. Quand je suis arrivée, on a décidé de les spécialiser chacun sur un site. donc chacun un média parce que c'est plus facile de dire j'ai le magazine, le site mais avec les mêmes thématiques plutôt que voilà, donc on est que deux en transverse, le directeur artistique et moi où là nous on gère de manière transverse mais les journalistes sont focus sur leur titre
- Julien
Et donc là, justement, c'est quoi ? C'est un logiciel ? C'est un Google Drive ?
- Fabienne
Pour le web, c'est du Google Drive avec un tableau Excel. Je ne suis pas du tout la championne des tableaux Excel, etc. Moi, il y a de process, mieux c'est. Donc, c'est un Google Drive partagé. Et après, pour les chemins de fer, du coup, c'est aussi simple. On s'envoie par... Le chemin de fer, c'est le sommaire du magazine. Et du coup, on sait toutes les rubriques, qui fait quoi, les sujets, etc. Donc, lors des conférences de rédaction qu'on fait pour chaque magazine, on les remplit. Et puis après... Et du coup, on a un logiciel après en ligne pour vraiment la maquette du magazine, etc. Mais une fois qu'on a trouvé la bonne organisation, au final, ça roule. C'est ce qu'il a à faire.
- Julien
Et par rapport justement à ces différentes casquettes que tu as, tu m'as dit que les semaines ne se ressemblaient pas.
- Fabienne
Oui.
- Julien
Donc ça, je pense que c'est quelque chose que tu apprécies.
- Fabienne
Oui, exactement.
- Julien
Vu ton énergie, je pense que tu es quand même pas mal en… J'ai un petit point. Voilà, c'est ça. Est-ce que tu as quand même des points fixes avec tes journalistes qui reviennent tout le temps ? Quels sont tes points fixes et à quoi ils servent ?
- Fabienne
Oui, vraiment les points hebdo. C'est-à-dire que toutes les semaines, je prends une demi-heure généralement avec chaque journaliste pour faire le point, pour le web, pour le Mac, savoir s'il y a des difficultés, au contraire, ce qui va bien, que j'ai une visibilité s'il y a des retards, qu'on se dise le programme de la semaine prochaine, il y a tel événement qu'il ne faut pas rater. Ça permet aussi d'échanger pour ne pas faire que du Teams. ou du distance et profiter d'avoir un temps où on peut se parler, savoir comment ça va aussi au global. Parce que des fois, on a des périodes de rush, donc c'est aussi sentir s'il y a de la fatigue. C'est aussi important d'avoir ces points-là pour prendre le pouls un petit peu de comment va chacun, et de se dire quand ça va ou quand ça ne va pas. Donc ces points-là ne bougent pas.
- Julien
Une heure, une demi-heure ?
- Fabienne
On fait une demi-heure, généralement, des fois un peu plus, mais ça dépend après. Mais en tout cas, on y passe à minimum une demi-heure et c'est des temps qui, je pense, sont importants de maintenir. Je ne me verrais pas faire tous les 15 jours.
- Julien
Le ritme d'eau, je le trouve pertinent.
- Fabienne
Oui, exactement. Et ce n'est pas trop non plus. Je ne suis pas du tout une adepte des réunions à tout va. Moi, j'en ai, mais je me porte dans ma journée de travail. Par contre, c'est important quand on lance des nouveaux projets, de prendre le temps en anticipant. Et pour les magazines, on se fait une réunion, mais du coup, une conférence de rédaction tous les deux mois. Là, on est pareil en interne, un peu transverse selon les services. Mais ça lance vraiment. Et c'est bien, c'est que ces rituels-là, par exemple, lancent les nouveaux magazines. et ça laisse du temps, plus on les anticipe, plus les journalistes ont du temps pour écrire derrière, plutôt que de les faire à l'arrache. Donc c'est aussi composer que, des fois, moi, c'est les bouclages d'autres magazines, donc ça ne m'arrangerait pas de faire la conférence de rédaction pour courrier à ce moment-là. Par contre, ça va aider ma journaliste parce que du coup, elle aura un mois et demi ou deux mois et pas pile poil un mois. Donc c'est aussi de se dire, voilà, là, moi, dans mon agenda, ce n'est pas ma priorité là tout de suite, mais par contre, ça permet à mes pugistes et à mes journalistes de commencer à bosser. Donc c'est aussi important d'avoir ça en tête. Et après, moi, j'ai aussi des points réguliers avec mon manager. Et c'est aussi important parce que, du coup, là, c'est plus une vision transverse. des activités du groupe, sur comment ça va. Là, je m'occupe plus des événements sur la programmation. On va aussi se parler de tout ça. Donc, je dirais qu'il y a aussi la réciproque de... Moi, c'est important. Alors, on ne se fait pas forcément des points hebdo. Par contre, on se voit souvent dans la semaine. Donc, c'est un peu moins formalisé la demi-heure, mais on se voit assez souvent et on échange souvent. Et ça, c'est important aussi.
- Julien
On travaille avec des humains.
- Fabienne
Exactement. Sinon,
- Julien
on se met des agents IA.
- Fabienne
C'est ça.
- Julien
Est-ce que tu as un assistant ? Une assistante ?
- Fabienne
Non, je n'ai pas d'assistant. Ok, pour toi. Alors déjà, je pense qu'on a une taille d'entreprise ou de structure où ce ne serait pas gérable.
- Julien
Il est en termes de charges financières, c'est ça ?
- Fabienne
Oui, et puis on est 18 ou 20, donc même le directeur général du groupe n'en a pas. Donc moi, mon niveau en dessous, lui, ça ne ferait pas sens d'en avoir.
- Julien
Coup de pression au directeur général.
- Fabienne
Pas si méfage. Non, et après, on a une office manager qui est géniale parce qu'elle va justement gérer aussi quand on va en déplacement, celle qui va s'occuper des... des billets, quand il y a des choses avec des partenaires, c'est elle qui va gérer la facturation. Donc en fait, elle joue un rôle. Et pour le coup, je l'appelle toujours, elle le sait, la fée de l'entreprise et du service, parce que dès qu'on lui demande des choses, ça roule. C'est génial. En fait, c'est des gens qui sont un peu de l'ombre, qu'on ne voit pas tous les jours, mais par contre, qui sont hyper importants dans le quotidien parce qu'ils facilitent énormément les choses et ça fait le lien des fois avec des externes, etc. Donc... Ce rôle-là, pour le coup, est important dans l'entreprise. Donc, je n'ai pas d'assistante, mais par contre, je sais que je peux m'appuyer aussi.
- Julien
Tu n'as personne qui peut gérer ce genre de tâches.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Quels sont les outils que tu utilises au quotidien ? Là, on est évidemment passé un peu plus dans la partie organisation pour les gens qui sont toujours avec nous. Mais si tu devais, tous les outils que tu as, ils disparaissent jour au lendemain. Et puis, tu peux en reprendre trois.
- Fabienne
Oui.
- Julien
Tu prendrais lesquels ? Moi, j'ai mon…
- Fabienne
Alors déjà, je vais faire rire, mais moi, ma to-do liste, je la fais sur un cahier avec un stylo. Et ça, c'est vraiment mon rituel. Il y a le plaisir aussi de rire, de dire ma to-do liste à la semaine, ma to-do liste à la journée, de savoir priorité, j'entoure. Donc ça, je dirais mon cahier et mon crayon. Quand on me voit en Réunion, j'ai souvent l'ordi et le cahier, parce qu'en fait, là encore, ça me permet, je pense, dans ma tête, de hiérarchiser les choses et écrire, ça fait du bien. Donc, cahier, crayon, priorité.
- Julien
Et après, tu... Je t'interromps, mais après, tu repasses une partie de ces informations sur le vignet ?
- Fabienne
Pas toujours. Quand c'est sur des plannings et tout, oui. Mais pour ma gestion personnelle de mes projets, de mes priorités de la journée, qu'est-ce que je dois faire ? Non, c'est vraiment ma to-do list papier. Et après, Teams, parce que c'est notre outil pour collaborer avec l'équipe. Donc, messagerie quotidienne, etc. Donc, je dirais que je ne peux pas m'en passer parce que consulter les travails, une partie de l'équipe, etc. C'est vraiment notre canal de communication. Et si je devais en prendre un dernier dans mes outils, qu'est-ce que j'utilise souvent ? LinkedIn, si on peut dire. C'est un outil qui est quand même génial pour moi parce que c'est là où j'ai la plus grosse partie de mon réseau. Et des fois, au lieu d'envoyer des mails, on contacte les gens comme ça. On garde contact aussi avec les gens tout simplement en voyant. Tiens, il a sorti un bouquin. Tiens, on répond à telle chose au commentaire en bas. Ou les gens vont nous dire, super, cet article, ça a été hyper utile. Donc en fait, LinkedIn est quand même un outil hyper important. Intéressant. Pour le coup, je l'ai ouvert quasiment toute la journée. Voilà, je dirais que c'est mon temps.
- Julien
Donc, pas d'agenda ?
- Fabienne
Non.
- Julien
Pas mal. Parce que moi, dans ma tête, j'étais là, elle va dire l'agenda.
- Fabienne
Oui, alors non, c'est vrai, je ne le vois pas comme un outil, mais c'est vrai que sans agenda, je n'irais pas très loin. Et j'ai longtemps eu un agenda papier. Je me suis mis, ça doit faire moins de cinq ans quand même que j'ai mon agenda en ligne. Ça doit dater de quand j'ai rejoint Moodwork. Tout le monde avait un agenda partagé, et donc j'ai dû m'y mettre parce qu'on ne pouvait pas voir caler des réunions. mais oui l'agenda est important forcément et notamment pour éviter les... journée de tunnel de réunion, etc. C'est-à-dire d'avoir l'œil sur j'ai quand même deux heures où je peux renforcer et j'aime pas du tout avoir des après-midi ou des journées où je sais que j'ai aucune marge de manœuvre, j'enchaîne les rendez-vous et en fait ça c'est pas ma manière de fonctionner. Je préfère vraiment, et je te rejoins, avoir une gestion de l'agenda qui est sereine et de te dire que tu répartis les enregistrements, tu répartis les réunions. pour ne pas enchaîner, sinon tu n'y arrives pas. J'avoue que l'agenda est tellement ancré dans le quotidien pour caler les rendez-vous qu'il est important aussi.
- Julien
LinkedIn, je te rejoins. Alors moi, je ne le maîtrise pas autant que toi parce que je l'ai rejoint activement il y a une année et demie ou deux.
- Fabienne
OK.
- Julien
Mais c'est vrai que c'est un réseau puissant. Par contre, la frustration que je peux des fois avoir, c'est que tu suis des personnes et tout d'un coup, elles disparaissent.
- Fabienne
Ah oui.
- Julien
Mais elles continuent de poster, en fait.
- Fabienne
C'est les joies de l'algorithme.
- Julien
C'est ça, exactement. Et ça, on a tendance des fois à l'oublier.
- Fabienne
Ah oui, oui, carrément. Ah, t'as sorti un livre ? Ah oui, j'avais pas vu. Bon, après,
- Julien
si le livre est quand même bien lancé, tu vas quand même le voir passer, quoi.
- Fabienne
Non, mais c'est clair qu'on reste dépendant, en effet, de ce que l'algorithme montre. Et dans mes relations, il suffit que tu aies liké ou commenté un post, cette personne va remonter dans ton fil assez régulièrement. Alors que si tu prenais juste du temps pour regarder, mais sans être actif, je pense que LinkedIn, ce soir... Donc, oui, c'est pas forcément évident de comprendre le pourquoi. pourquoi tu as des fils. Et puis maintenant, LinkedIn republie des choses d'il y a deux semaines ou trois semaines. Donc, c'est vrai que ça change. C'est une gymnastique qui peut bouger. Mais en même temps, c'est génial, je trouve, pour être en contact avec des gens qu'on n'aurait pas rencontrés autrement. C'est vraiment... C'est un match d'idées réseaux.
- Julien
Un entrepreneur qui est toujours avec nous, qui nous écoute toujours. Déjà, félicitations. On voit que tu as une belle énergie. Qu'est-ce que tu lui recommanderais à cet entrepreneur qui est peut-être... surchargé, surmené, un petit hack, un petit truc qui, toi, t'a beaucoup aidé. Tu parlais de qualité de vie au travail, mais pour toi, vu que t'as ce rôle de dirigeante, d'entrepreneuse, de maman.
- Fabienne
Moi, mon conseil, c'est de ne pas s'oublier. Quand j'ai lancé My Happy Job, j'avais deux enfants en bas âge. J'ai lancé My Happy Job enceinte de ma deuxième. C'est bien de penser aux autres, à son boulot. C'est génial d'avoir un métier passion. et ça nourrit et ça donne de l'énergie. Mais c'est aussi de ne pas s'oublier parce que des fois, on est là pour ses enfants, on est là pour les autres. Et en fait, c'est de se dire, mince, est-ce que je ne me suis pas oubliée en route ? Et ça, même les premières années de My Happy Job, je pense qu'on est tellement à fond quand on lance quelque chose qu'on voit que ça marche en plus. Donc, c'est génial. Donc, on couche les enfants, on rebosse le soir, ce n'est pas grave. On se dit, où ils dorment ? Tiens, je vais profiter de ce temps-là. Et en fait, on se rend compte qu'il y a boulot, en fond et que le reste, mince. Donc c'est de se dire est-ce que j'adorais faire du sport et est-ce que j'ai fait une croix dessus ? Moi je sais que j'ai repris le tennis après, par exemple, sport que j'adore. Donc c'est de se dire de ne pas s'oublier qu'est-ce qui va vous nourrir. Est-ce que c'est de sortir, de voir des expos, d'aller voir des matchs de foot ? En gros, qu'est-ce qui va vous faire du bien ? D'aller voir vos amis ? Donc je dirais de ne pas oublier. C'est des manières de recharger ses batteries autrement que sinon on pourrait vous dire préservez-vous en dormant, en mangeant bien. Oui, ça c'est la base et voilà, ça compte. Mais c'est aussi de ne pas s'oublier soi, même si on a un projet merveilleux, même si on s'éclate dans son boulot. Et c'est de se dire que le boulot, c'est génial, mais ça ne doit pas pour moi jamais en tout cas prendre toute la place. Parce que je pars du principe, quand on a des enfants bas âge, c'est du temps qu'on ne rattrapera pas après. Et c'est de se dire que je suis très fière, moi, de leur montrer qu'on peut s'éclater dans son boulot, avoir des responsabilités. et vraiment d'avoir le côté plaisir au travail et de leur montrer que bah oui je suis content d'aller bosser quoi j'ai pas la poule au ventre le dimanche soir et ça je trouve que comme un message de transmission à ses enfants c'est canon et en même temps de se dire que bah non en fait je suis là j'accompagne la semaine dernière j'ai accompagné une sortie scolaire et j'étais autant content de mes enregistrements que d'accompagner ma fille à sa sortie quoi et c'est de se dire que quand on arrive en tout cas à avoir cet équilibre là je dis pas que c'est facile parce que c'est souvent compliqué de courir partout Mais en tout cas, c'est de se dire de quoi vous avez besoin vous aussi et de ne pas vous oublier. Juste de se questionner des fois, est-ce qu'il faut que je remette un peu de sport ? Est-ce que je remette des temps de lecture ? Est-ce qu'il faut que je remette de quoi j'ai besoin aussi pour me nourrir ? Et vous verrez que ça donne de l'énergie aussi. C'est-à-dire, là encore, de se rendre compte de qu'est-ce qui va remonter mes batteries.
- Julien
Ça nous relance un peu sur ce sujet. Je vais le rouvrir brièvement, on ne va pas revenir là-dessus, mais sur la notion de, OK, à quel moment je vais produire vraiment de la valeur en tant que travailleur du savoir ? Et ce moment, il n'est pas toujours derrière un écran, en fait.
- Fabienne
Exactement.
- Julien
Et moi, j'ai soit la chance ou j'ai aussi travaillé pour faire en sorte que j'habite proche d'une rivière dans la nature. Et donc, en fait, souvent, je vais me balader, que ce soit seul ou avec mon gamin. En général, j'ai des idées quand je suis seul, parce que quand je suis avec mon gamin... bizarre je suis là non attends tu vois il a deux ans et demi donc il court un peu partout machin je vois bien mais quand je suis seul en règle générale pas toujours mais souvent j'ai des idées intéressantes mais c'est ça en fait et en fait de l'extérieur est-ce que je suis productif à ce moment là oui les gens qui ont pas mal réfléchi sur ce sujet auront tendance à répondre oui. Tu peux être très productif en allant balader, marcher. Les personnes qui sont encore en mode Tyler et puis les usines de montage vont dire « Non, en fait, tu es productif quand tu tapes sur un… »
- Fabienne
Et que tu es là.
- Julien
Voilà, et que tu es là.
- Fabienne
Mais je te rejoins totalement. Des fois, on va se rendre compte qu'on va marcher, on va courir, on va… Des fois, c'est bête, mais c'est des petites pauses comme ça. On va prendre un thé ou discuter avec quelqu'un. Et en fait, c'est là l'idée qui va venir et te dire « Ah ben ouais, super, tiens, on peut faire ça. » Et c'est vraiment, moi j'y crois beaucoup, de te dire que des fois, les idées n'est pas forcément que derrière l'ordi ou dans une salle de réunion, tout sont fermés.
- Julien
Sous la douche.
- Fabienne
C'est ça, ça marche bien.
- Julien
C'est la raison pour laquelle je prends des douches. Non, j'arrête, j'arrête. Et puis tu disais, c'est pas facile. Alors évidemment, quand on prend des responsabilités, pas toujours, mais souvent, on a quand même un petit peu plus de flexibilité sur son organisation, quand on est entrepreneur, entrepreneuse. Moi, il y a cette phrase d'Isaac Asimov que je trouve très bien. Il a dit un jour, ma philosophie dans la vie, c'est que les difficultés disparaissent lorsqu'on les affronte avec audace. Et c'est clair que ce n'est pas facile de se créer une semaine idéale, de se dire, OK, je vais conjuguer les enfants en bas âge et le développement de mon entreprise. Mais les difficultés disparaissent lorsqu'on se dit, c'est ce que je veux.
- Fabienne
Oui, c'est ça. et on sait pourquoi on fait les choses. Et il y a une intention aussi, c'est de se dire comme tu dis, c'est plus facile quand on a la marge de manœuvre, quand on peut décider d'arrêter à 16h ou à 18h. Moi, ce qui a été le plus frustrant, par exemple, c'est quand j'étais loin, j'étais salariée et j'avais une heure et un quart minimum, voire une heure et demie de transport. J'avais beau le vendredi partir plus tôt, s'il y avait un problème dans le RER, j'étais là plus tard que d'habitude. Et en fait, c'est hyper frustrant parce qu'au boulot, t'es celle qui est partie plus tôt. À la maison, t'es le gars qui arrive en retard et t'as sur aucun tableau. C'est vrai que quand t'as la marge de manœuvre ou que tu bosses un peu plus de chez toi, c'est plus facile. Mais oui, en tout cas, c'est de se dire que ce n'est pas impossible.
- Julien
Des fois,
- Fabienne
c'est des petites choses. On en revient en stratégie des petits pas. Mais c'est de se dire que je ne pourrais peut-être pas me dégager tout mon vendredi. Mais ne serait-ce que vendredi, je ne terminerai pas à 18h, je terminerai à 15h ou à 16h. Et après, il y a les barrières qu'on se met soit, moi en tant qu'entrepreneur, j'étais la première à me mettre devant l'ordi à 8h30 et puis arrêter à 17h ou 18h. Au bout d'un moment, je me suis dit qu'est-ce qui t'oblige à avoir ces horaires classiques ? Je n'arrivais pas à refaire du soir. Je me suis dit que je commençais ma journée par ça ou je vais le midi. Je prends deux heures de pause. Qui ça va gêner ? Personne. Mais des fois, on est son pire ennemi. On a notre propre... Quand je disais de ne pas s'oublier, c'est aussi quand on est entrepreneur, les congés. La première année, j'avais du mal en me disant ah non non mais si tu m'arrêtes trop Noël est le jour de l'an et qu'il y a un client qui machin, ça va être compliqué et tout. Puis on se rend compte qu'en fait, non, les gens comprennent. Ceux qui ne comprennent pas,
- Julien
ce ne sont pas forcément des gens avec qui tu as envie de bosser.
- Fabienne
Mais c'est de s'autoriser et ce n'est pas facile parce qu'on veut bien faire, on veut que ça marche, on veut... Des fois, c'est de se dire que les quelques jours de congé, ils vont te permettre de revenir les batteries rechargées et en pleine forme plutôt que si tu as tiré sur la corde et qu'au final, tu auras plus la lucidité et tu vas t'épuiser.
- Julien
Où c'est qu'on te suit ? Sur LinkedIn ?
- Fabienne
Sur LinkedIn, c'est facile.
- Julien
Est-ce que tu publies toi-même encore des textes à quelque part ? Oui,
- Fabienne
je publie toujours sur My Happy Job, c'est toujours mon petit plaisir.
- Julien
Tu continues d'écrire ?
- Fabienne
Oui, et après pour tous les médias, Courrier Cadre, Bondir et l'Officiel de la Franchise, je m'occupe généralement des interviews. Pour Courrier Cadre, on a toujours un invité ou une invitée en couverture. Donc là, par exemple, à la rentrée, on avait Fabien Olicard, rock et mentaliste. Cet été, on avait Boris Cyrulnik. Des fois, on a des sportifs, on a eu Tony Parker. Donc, c'est l'entretien sur 6 ou 8 pages à l'intérieur du magazine. Donc là, je m'en occupe toujours. Et pareil, pour rebondir, on a un invité. On avait Virginie Delalande dans le numéro de rentrée. Donc, c'est des rendez-vous que j'aime bien. Et puis, c'est toujours des rencontres. Donc, ça, c'est chouette.
- Julien
Oui, c'est génial.
- Fabienne
Voilà, ça fait... Enfin, t'apprends des gens que tu rencontres. et ça permet de rencontrer des gens au parcours des fois un peu exceptionnel, qui t'apprennent beaucoup en partageant leur parcours. cours et puis qui te sortent du purement monde du travail. On aime bien aller voir que ce soit, on a vu Pierre Hermé, chef pâtissier, des sportifs. C'est aussi d'apprendre de gens différents mais qui ont le goût de l'excellence, qui ont eux aussi des plannings surchargés à gérer. On peut se dire qu'on apprend aussi d'eux. Et après, on me retrouve beaucoup pour les podcasts Good Job et les petits cailloux. Et après, j'anime pas mal de webinaires. Et ça, c'est chouette aussi parce que des formes à table ronde et je m'y retrouve dans ce côté animation. Généralement, c'est moi qui pose mes questions. Et c'est chouette, c'est un rôle que j'aime
- Julien
Excellent. Et comment mon audience qui est toujours avec nous, on l'espère, peut t'aider ?
- Fabienne
Comment on peut m'aider ? On va aller voir ce qu'on fait. Aller voir Courrier Cadre, Bondy, My Happy Job. Et surtout, je pense que les gens ne se rendent pas compte des fois du pouvoir d'un commentaire ou d'un retour positif. Moi, quand j'envoie la newsletter, par exemple, de My Happy Job, il y a toujours des gens qui répondent. Mais en fait, je trouve ça génial. Et un commentaire ou un message sur LinkedIn, en fait, ça booste. Là, on retrouve l'impact. le sentiment d'utilité. Des fois, aller faire un commentaire ou quand on a trouvé quelque chose d'utile, le dire, je pense qu'on ne se rend pas compte comment ça peut nourrir et redonner de l'énergie.
- Julien
Je plussois. Je suis d'accord avec toi. C'est vrai que simplement mettre un like on a tendance à oublier. On est en mode...
- Fabienne
C'est ça. Et puis, en fait, quand quelqu'un vous dit que l'article a été... utile, intéressant, qu'ils ont appris des choses, c'est génial. Moi, je trouve qu'il n'y a rien de plus chouette que d'avoir un retour sur ce qu'on fait. Et là, quand on parlait de reconnaissance tout à l'heure que le manager peut apporter, ça peut être les collègues et ça peut être les gens pour qui on travaille. Nous, en l'occurrence, les lecteurs, mais des fois les clients, les partenaires. Et c'est de se dire qu'on a tous un rôle à jouer pour participer à la reconnaissance du travail des autres. Et ça fait du bien. Je pense que ça nourrit énormément.
- Julien
Cool, merci. Merci Fabienne, c'était un plaisir de pouvoir échanger avec toi. Je te souhaite tout le meilleur dans tes projets.
- Fabienne
Avec grand plaisir, merci beaucoup.
- Julien
Avec plaisir.