- Alisée
C'est tellement intense. On ne voulait pas juste investir dans quelques entrepreneurs. Pour nous, c'était « Ok, comment est-ce qu'on peut réallouer des capitaux dans les marchés émergents ? » Parce qu'il y a tellement d'opportunités. Donc, on pensait « Ok, comment on doit bouger un milliard ? » C'est assez painful, l'exploration. Heureusement, on avait toujours le 80-20 rule où on mettait 80% de nos ressources sur une activité, mais on préparait toujours le coût. pour les prochains leviers de croissance.
- Julien
C'est quoi les grosses erreurs que tu vois souvent chez les entrepreneurs qui aimeraient bien participer à votre programme de financement ?
- Alisée
C'est à quel point ils ont réfléchi sur qu'est-ce qui les distingue par rapport au marché. En fait, ils n'arrivent plus à se défendre.
- Julien
C'est quoi les stratégies de défense ?
- Alisée
L'asset aujourd'hui que beaucoup d'entrepreneurs peuvent acquérir,
- Julien
c'est quoi penser, quoi faire, son système, c'est l'épuisement. Alors bienvenue dans... Process Advantage. L'émission où je donne la parole à des experts et des entrepreneurs qui ont mis en place des processus afin de booster le développement de leur entreprise. Pour soutenir l'émission, pensez à laisser un avis honnête. C'est ce qui m'aide le plus à m'améliorer et me faire connaître. Et si vous voulez installer un système d'organisation pour être plus efficace, rentable et serein au quotidien, direction organisologie.com, le lien est en description. C'est parti ! Anne-Isée de Tonax, ça me fait super plaisir de pouvoir échanger avec toi aujourd'hui.
- Alisée
Merci de m'avoir.
- Julien
Tu es co-fondatrice et co-CEO de Seedstar, une organisation suisse présente dans plus de 90 pays. C'est toujours ça, 90 pays, plus de 90 pays ?
- Alisée
Oui, pas tous en même temps, mais oui.
- Julien
Ok, et Seedstar est dédiée à l'entrepreneuriat et à l'investissement dans les marchés émergents.
- Alisée
Exactement.
- Julien
Sous ta direction, Seedstar est devenue un véritable écosystème mondial. Plus de 250 millions de dollars levés pour des startups issues de marchés émergents. Plus de 500 programmes d'incubation, 1000 hackathons, 1200 programmes d'accélération menés à travers le monde. Incroyable. Aujourd'hui, tu cherches à structurer durablement le financement et l'accompagnement des jeunes entreprises. Avec Sitstar Capital, tu soutiens de nouveaux gestionnaires de fonds locaux et tu développes des programmes de formation pour renforcer la capacité des écosystèmes entrepreneuriaux à se financer eux-mêmes. Est-ce que j'ai juste jusqu'ici ?
- Alisée
Parfait.
- Julien
Génial. Ta vision est claire. Prouver que l'impact et la rentabilité peuvent aller de pair. C'est vrai que c'est un sujet un peu controversé. Tu défends l'idée que les startups des marchés émergents ne doivent pas être perçues comme des projets à subventionner, mais comme de véritables acteurs économiques capables de contribuer aux objectifs de développement durable grâce à des modèles viables et ambitieux. Tu crois sincèrement que nous sommes la somme des personnes qui nous entourent.
- Alisée
Oui.
- Julien
Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à ma présentation ?
- Alisée
Non, c'est franchement bien dit, surtout en français, parce que j'ai toujours du mal à parler en français. Là, c'était extrêmement bien dit. Merci.
- Julien
C'est juste, c'est vrai que quand j'ai préparé cet échange, j'ai écouté notamment l'épisode avec Brian Oumana et c'est vrai qu'il y a beaucoup de franglais. Je me suis dit, OK, je vais devoir recadrer, redemander, préciser. Donc, si jamais je te poserai des questions, s'il y a un terme qui n'est pas clair. Aussi, le milieu de la finance, pour moi, c'est quelque chose qui m'intéresse, mais que je connais peu. Donc, s'il y a un terme technique, je te demanderai de le préciser pour les auditeurs. Ce que j'aimerais bien... faire avec toi aujourd'hui, c'est prendre l'angle suivant, comment une PME peut transformer la levée de fonds ou la recherche de financement en un processus structuré de création de confiance plutôt qu'un épisode stressant et improvisé.
- Alisée
Je ne sais pas si je vais résoudre ce problème.
- Julien
On verra, en tout cas c'est l'angle que j'aimerais prendre, c'est-à-dire comment est-ce qu'un entrepreneur de PME qui nous écoute peut bénéficier de votre expérience, parce qu'avec Seedstar vous aidez des entreprises à lever des fonds. Et donc, forcément, des bons enseignements et ton expérience là-dedans est très... pertinentes. Il y a une phrase que j'adore qui est « On n'apprend pas de notre expérience, mais de notre réflexion sur notre expérience » de John Dewey, qui est un philosophe et éducateur américain. On va commencer comme ça. Quelle galère d'entrepreneuse t'a fait réfléchir et changer tes pratiques, que ce soit chez Seedstar ou une autre aventure ?
- Alisée
Je pense que pour moi, galère, c'est un peu similaire à l'échec, mais c'est assez quotidien chez nous parce que la seule façon qu'on va comprendre s'il y a un fit avec le marché ou Merci. Donc, on a trouvé le bon entrepreneur. On a réussi à produire le bon programme de formation pour entrepreneur dans des contextes très, très différents. Parce que le faire en Bolivie, c'est très différent de le faire en Côte d'Ivoire. C'est une suite de galères pour finalement trouver quelque chose qui marche pour une durée limitée et après lancer d'autres expériences. Donc, chez Seedstars, quand on a développé les valeurs de la boîte, c'était, je pense, au bout de deux ans, quelque chose qui était assez intuitif. pour nous, on a dû l'écrire sur un papier parce que très vite on grandissait et surtout on grandissait 100% remote, c'est-à-dire qu'on n'était pas tous dans le même bureau, on avait des gens déjà éparpillés partout dans le monde. Donc, il fallait commencer à écrire la mission, les valeurs, travailler tout ce concept de culture. Et on a « in experiments, we trust » . Alors, « experiments » , je n'arrive pas à trouver le mot équivalent en français.
- Julien
Bon, il y a le terme « itération » que je trouve intéressant, mais ça peut être dans les expériences.
- Alisée
Oui, dans les itérations, on fait confiance. Et donc, c'est vraiment un peu ce qui relie la citation que tu as mentionnée, où c'est comment est-ce qu'on peut être intentionnel sur les expériences afin d'en parler. retirer des conclusions. Et c'est un peu l'ADN. On apprend toujours comment être plus performant dans ce sens-là, mais c'est quelque chose qui, pour nous, nous semblait logique afin de grandir.
- Julien
Et ça ne doit pas être évident parce que vous venez quand même d'un milieu où le contexte est relativement stable, la Suisse, et vous allez dans un environnement où le contexte est instable. Moi, j'ai voyagé en Indonésie, tout d'un coup, le bateau ne pouvait pas débarquer, on devait attendre 5 heures. 5 heures au port. à proximité du port, donc on ne pouvait même pas débarquer. Et pour les Suisses, c'est vrai que c'est...
- Alisée
Désagréable.
- Julien
Oui, il y a plusieurs manières de le prendre. Moi, j'avais le temps. J'étais en vacances, j'avais mon ordi, des livres. C'est vrai que c'est particulier.
- Alisée
C'est drôle, je pense que... Je ne sais pas si c'est le cas pour mes cofondateurs, mais ma naïveté a beaucoup joué en ma faveur dans le sens où on était... Tellement ambitieux sur le nombre de marchés. Pour découvrir ces marchés-là, on est parti. Je suis concrètement avec mon sac à dos pendant 10 mois dans 20 pays. On ne connaissait personne et on frappait aux portes avec cette idée grande qu'on était la compétition de start-up la plus grosse venant de Suisse. On va injecter un demi-million dans le gagnant. On n'avait rien de tout ça. On n'avait pas assez de sponsoring pour faire la moitié de l'année. Donc je pense que c'est cette naïveté de nous... qui nous a juste un peu débloqués pour pouvoir avancer dans ces marchés. Mais on a fait plein de faux pas culturels, on a fait plein de faux pas en termes d'exécution de nos projets. C'est juste qu'on n'a jamais été embêtés par la complexité de travailler avec des cultures différentes, avec la diversité de talents qui va avec. C'est très dur. Encore aujourd'hui, je trouve ça extrêmement difficile et ça peut nous ralentir. Mais entre guillemets, je pense que pour toute... de décision, c'est le choix. Quels sont les inconvénients qu'on accepte ? Parce que tout choix vient avec son bon et son moins bon.
- Julien
Bien sûr.
- Alisée
Tout est compromis. Exactement. Donc c'était être entre guillemets plus lucide sur les compromis qu'on allait devoir vivre et subir.
- Julien
C'est très agile, une bonne manière de...
- Alisée
Exactement,
- Julien
oui. Comment ça vous est venu, cette notion d'agilité ? Parce qu'en fait, si tu regardes, tu as deux écoles. Tu as l'école Et... On fait des plans, des business plans, et puis ensuite, on va essayer de faire en sorte que la réalité rentre dans notre plan. C'est très occidental. Et après, tu as cette notion agile qui est, on va toquer à des portes. On part du principe que plus on va lire de l'information sur le sujet, plus on peut avoir un avantage, mais plus ça peut aussi devenir un obstacle dans le sens où ça va être une immense montagne à gravir. Et donc, des fois, comme tu le disais très bien, cette innocence a du bon. parce qu'elle te met en mouvement sans trop de surintellectualiser. Donc, ça t'est venu comment ? Ou ça vous est venu comment, cette agilité ?
- Alisée
Je pense que vraiment, j'ai eu énormément de chance. Et je dis chance parce que maintenant qu'on investit, on soutient tellement d'entrepreneurs, je réalise la difficulté que c'est de créer son équipe corps, un peu ce founding day. Et j'ai encore plus de respect pour les solo founders qui se lancent tout seuls dans l'aventure. Moi, j'ai eu énormément de chance quand j'ai décidé de quitter le monde corporate. J'étais très jeune, j'avais 22 ans. J'ai rencontré mes cofondateurs et c'est une histoire de vie quelque part. En tout cas, ça fait plus de 10 ans et on espère continuer l'aventure encore 10 ans. Et ils m'ont appris énormément parce qu'eux-mêmes, ils avaient déjà lancé des boîtes, ils avaient déjà cette agilité que je n'avais pas forcément parce que j'avais grandi quand même avec un mindset. Je suis de personnalité très perfectionniste. Donc, avec le perfectionnisme, on est un peu obsédé par le détail qui fait que parfois, ça nous bloque complètement. On est figé, on n'arrive pas à avancer. Or, le mindset d'agilité, c'est tout le contraire. Donc, j'ai vraiment dû rééduquer mon muscle. Et ça a été très difficile pour moi. Ça a été, mais ça a pris des années. Et encore aujourd'hui, je trouve que je ne suis pas l'exemple d'agilité. parce que j'ai au sein de mon équipe des gens qui « they have it in their skin » , c'est dans leur peau. Moi, c'est toujours quelque chose, je dois être intentionnelle sur le fait que c'est comme ça que je dois construire ma réflexion, c'est comme ça que je dois avancer, implémenter, c'est comme ça que je dois partager ces informations avec l'équipe. Mais ça a toujours été sincèrement mis dans l'ADN de Seedstars. Et comme on était plusieurs à lancer la boîte, c'était jamais un one woman, one man show. Donc, il n'y avait pas la singularité d'une personne.
- Julien
Le leader.
- Alisée
Exactement. Et je pense que ça nous a aidé d'amener cette agilité. Même si on a eu des périodes chez Seedstars où on a dit, il faut un leader. Parce qu'il y a ces moments de crise, ces moments de réajustement, ces moments où on doit redéfinir la stratégie. Et pour nous, ça nous semble très important de... Ok, maintenant, il faut une personne qui avance très vite, qui puisse prendre les décisions. On n'a plus le droit à des bottlenecks. Non,
- Julien
il y a des boulets,
- Alisée
des trucs comme ça. Voilà, exactement. Et forcément, la gouvernance, elle doit changer.
- Julien
C'est d'ailleurs... un petit peu les limites que tu peux voir dans un système démocratique. Je n'ai pas envie d'entrer trop dans ce sujet, mais quand il y a, par exemple, en Suisse, cette personne qui doit prendre des décisions, le leadership dans des temps de crise peut en partir. On l'a vu durant les précédentes crises sanitaires, notamment, où tout d'un coup, par rapport à d'autres pays qui sont un leader, c'est vrai que tu ralentis le processus de prise de décision et je trouve que c'est intéressant de... Enfin, je trouve que c'est un... C'est très mature pour un groupe de dire, OK, maintenant, c'est toi qui vas prendre le lead. Parce que soit on n'est pas compétent, soit on n'a pas les ressources. Et aussi, comme tu disais, le co-founder. Il y a des moments, moi, dans ma vie, je suis en mode... Tu vois, là, on a notre deuxième fils qui est né il y a moins de deux semaines.
- Alisée
C'est sûr.
- Julien
Oui, alors ma femme, elle est là, elle me soutient, etc. Et sans elle, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais. Mais ce que je veux dire, c'est que tu as quand même des moments où tu te dis, purée, là, un co-founder, ça pourrait être intéressant. Après, ça vient, comme tu dis, c'est une question de compromis. Moi, je pense que je ne pourrais pas travailler avec quelqu'un. Mais ça, c'est aussi...
- Alisée
Bien sûr. Oui, mais moi, je vois des gens.
- Julien
La personnalité, etc. Toi, qu'est-ce qui t'a aidé ? Puis après, on entrera dans l'angle du podcast. Qu'est-ce qui t'a aidé ? Tu disais que tu étais perfectionniste, un petit peu. Oui. Qu'est-ce qui t'a aidé ? à dépasser ce perfectionnisme ? Est-ce que c'est le fait d'être entouré de gens qui ont ça dans la peau, comme tu le disais, ou tu as un hack comme ça qui t'a aidé à te dire « Ok, c'est parti » .
- Alisée
Non, c'est assez dur. Ça reste quand même un peu contre-intuitif pour moi. On est arrivé à un stade où on a toujours été assez ambitieux sur nos réflexions, donc on ne voulait pas juste... investir dans quelques entrepreneurs. Pour nous, c'était, OK, comment est-ce qu'on peut réallouer des capitaux dans les marchés émergents ? Parce qu'il y a tellement d'opportunités. Donc, on pensait, genre, on est là, OK, comment on doit bouger un milliard ? Tout de suite, on avait des grands chiffres. On devait représenter 20 pays, 50. Pré-Covid, on faisait des événements dans 100 pays. C'était devenu un peu l'Olympia de Nestor Club. Et on réunissait tout le monde à Lausanne pendant plusieurs années. Donc, je pense que, de fait de cette ambition, qui était posée par un de mes cofondateurs qui est très agressif. En fait, je n'arrivais plus à être perfectionniste. C'est tellement intense. Et en plus, j'ai voulu fonder une famille qui est un deuxième gros projet.
- Julien
C'est sûr.
- Alisée
Et donc, je pense, je me fais avoir par mes propres ambitions et envies qui fait que je dois lâcher. Sinon, j'ai une vie difficile, mais je le vis. peut avoir des épisodes où je le vis encore très mal. Je ne peux pas dire qu'il y a un hack, j'en suis consciente, mes équipes le savent, on est très complémentaires. J'amène ça aussi. On sait que c'est une force absolument. Je dois juste apprendre comment ne pas le subir aussi négativement parce que ça peut vraiment m'atteindre mentalement. Je me sens que j'ai fait un mauvais travail et ça me ronge.
- Julien
Je m'imagine. Moi, je n'ai pas ça. J'ai de la chance. Je n'ai pas ce côté, le souci du détail, mais c'est aussi ma faiblesse.
- Alisée
Oui, oui. Voilà.
- Julien
Exactement. Pour les auditeurs qui ne sauraient pas ce que c'est, peux-tu préciser le terme hackathon ?
- Alisée
Hackathon, c'est un peu un sprint qui se fait souvent dans les 48 heures où on va poser une problématique plus ou moins précise. Je pense que, historiquement, ça venait du milieu ingénieur parce que c'était vraiment des coding hackathons. Et en 24h, 48h, 72h, je ne sais pas quel est un peu le format utilisé, on doit venir avec un prototype d'un business. Et à l'époque, il y avait, je ne sais pas si tu te rappelles des Startup Weekends. Ah, le Simlotan, tu dis ? Oui, mais il y avait des milliers de chapitres dans le monde entier. Et je trouvais que c'était génial. J'ai l'impression qu'il y a un peu une fatigue d'Hackathon maintenant, mais c'était incroyable parce que n'importe qui pouvait se présenter à ces Hackathons pour pouvoir juste découvrir un peu le muscle de l'entrepreneuriat. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Parce que ça peut de nouveau un peu tétaniser les gens. Ils disent c'est impossible, ce n'est pas mon histoire. Et en fait, en rentrant là-dedans, en très peu de temps, on crée une équipe. Soit on va se fédérer à une personne qui a déjà une idée existante et qui est venue à l'Hackathon avec cette idée-là, soit on développe l'ensemble. Soit on se rajoute à une équipe et l'objectif, c'est de créer un prototype en très peu de temps.
- Julien
Je trouve ça super intéressant. Franchement,
- Alisée
c'est génial.
- Julien
Franchement, pour casser les limites.
- Alisée
Oui, et je trouve que c'est quelque chose qui devrait être fait dans les écoles très, très tôt. C'est vraiment, ça met en valeur toutes les qualités un peu soft skills de l'entrepreneuriat que je trouve sont tellement importantes pour un peu cette... cette croissance intellectuelle de n'importe qui. Pour bien sûr le monde, c'est un asset énorme.
- Julien
Pour se challenger. Exactement. Souvent, on voit qu'on se met beaucoup de barrières mentales pour se protéger, je trouve. On se dit, je vais développer cette activité. Moi, je le vois dans mes coachings. Je coache des fois des entrepreneurs. Ils peuvent être très performants dans un domaine, puis tout d'un coup, il y a un truc qui repousse, qui repousse. Il faut que ce soit ceci, il faut que ce soit cela. Dans trois ans, ils idéalisent. Alors que dans trois mois ou dans trois semaines, ils peuvent déjà avoir testé une partie de leur idée.
- Alisée
Exact. Sans l'impression, parce que ça reste dans un contexte un peu fun, informel. Et je trouve que ça avait amorcé une superbe culture et ça a lancé plein de wannabe entrepreneurs qui n'osaient pas.
- Julien
Seedstars a été fondée en 2013. Quand tu repenses à tes débuts, à quoi ressemblait votre... votre process de financement, quand vous devez donner de l'argent à une e-startup, ça ressemblait à quoi ? Et est-ce que c'était plutôt structuré ou est-ce que c'était plutôt off-link ?
- Alisée
Alors, en 2013, on n'avait pas beaucoup d'argent à donner.
- Julien
Alors, à partir de quand avez-vous eu les fonds ?
- Alisée
Alors, de 2013 à 2019, on investissait notre balance sheet et on fédérait un peu. On avait un peu ce syndicat de business angels et d'investisseurs qui venaient investir avec nous. L'objectif dans les premières années, c'était notre... On était assez structuré sur toute la partie marketing, sourcing, screening, parce que c'était à travers la compétition de start-up. Donc, on avait des équipes, on avait un format, c'était très précis. On standardisait un peu le modèle. On trouvait les bons incubateurs, accélérateurs locaux, et vraiment partout dans le monde. Et de là, on sélectionnait les meilleurs. On les faisait venir en Suisse. De là, il y avait... un screening process avec différents experts, advisors, on prenait leur input et après on investissait dans le gagnant. Ça a été notre premier ticket d'investissement qui était une fintech au Nigeria, qui n'a pas réussi, mais qui nous a appris énormément. Et donc on faisait ça, quelques tickets par an, et après en 2019 on a commencé à accélérer parce qu'on a levé plusieurs millions, qui nous a permis de faire une cinquantaine d'investissements, de là on a levé notre premier... Venture Capital Fund, donc un fonds de Venture Capital qui fait des tickets d'amorçage pour des jeunes startups qu'on faisait, au tout début, on faisait 50, 100 000, maintenant on est à 200, 500 000. Et donc, je trouve que ça a été assez structuré. Après, au bout d'un moment, surtout quand on fait un ticket par an, ça reste un peu du feeling. au sens où c'est l'équipe.
- Julien
Bien sûr, bien sûr.
- Alisée
Ce n'est pas une stratégie d'investissement, c'est ce que je veux dire. Ce n'est pas une thèse d'investissement. Maintenant, le process, il a du sens.
- Julien
Bien sûr, bien sûr. Et puis, il y a aussi cette notion de sur 10 investissements, peut-être un va fonctionner. Ça fait partie du calcul.
- Alisée
Exactement, mais il faut augmenter ce volume. Bien sûr. On n'était pas du tout. Pour nous, personne ne nous connaissait. On n'avait aucune légimité d'être investisseur dans les pays émergents. Donc, Donc, on pensait que la façon la plus rapide à se positionner avec un track record, c'était de créer une marque forte, de se définir sur un segment. Donc, notre segment, il était large, c'était les pays émergents. Et de là, essayer de se défendre dans les écosystèmes, être un partenaire qui créait une marque qui représentait l'écosystème de startup. Ce qui a très bien marché parce qu'encore aujourd'hui, je vais au Mexique, ça fait six ans. que je ne suis physiquement pas allée au Mexique. Et les entrepreneurs, ils savent qui on est. Parce qu'ils étaient là, toi tu étais là il y a dix ans quand personne ne regardait. En Bolivie, je pense qu'on a fait le premier investissement tech. Les gens, l'écosystème se rappelle de ça, je trouve. Donc pour nous, c'était très important de premièrement créer une marque qui nous permettrait de créer une certaine légitimité. Tester, tester, parce qu'à quelques investissements par an, il n'y a pas de thèse. Et après, on fait une thèse d'investissement qui est plus rigoureuse. Et là, l'équipe de ces fonds, ils sont extrêmement structurés.
- Julien
Oui, j'imagine. Pour avoir un suivi, pas que les types se barrent dans la nature avec l'argent, quoi.
- Alisée
Non, oui, alors oui, ça, c'est plus le plus gros problème. Est-ce que ça vous est arrivé ? Non.
- Julien
Non ?
- Alisée
Non, on n'a pas eu ce problème.
- Julien
Après, je pense que vous avez d'autres problèmes.
- Alisée
Oui.
- Julien
Oui, mais évidemment.
- Alisée
Même problème. Donc, comment dire, les problèmes de relation avec le fondateur, je trouve qu'elles sont assez universelles. Après, c'est plus le go-to-market, la compréhension de ce qu'est un pipeline, la vente, la qualité de talent, l'infrastructure. Oui, tout ça, c'est très propre au contexte. Mais la relation avec l'entrepreneur, je trouve que c'est assez universel.
- Julien
Et c'est quoi, tu disais, les problèmes qui reviennent souvent ? Tu disais avec le fondateur, l'entrepreneur. Est-ce que tu en as comme ça quelques-uns, quelques mots clés ?
- Alisée
Je n'ai pas l'impression, mais il faudrait que je demande à Charlie qui suit de plus près, mais je n'ai pas l'impression qu'on a eu un big, comment dire, genre fraud, dans le sens où on nous a inventé complètement un mensonge. Il y a plein de boîtes où on s'est dit « that doesn't sound right » . Donc, on a évité, je pense, un peu ce premier screening de boîtes qui sont en fait vides. Il n'y a rien derrière. Les complexités, c'est l'ego du fondateur. On avait un peu ce « no asshole rule » . Bon, on fait la meilleure façon du « diligence » , on passe du temps avec ses entrepreneurs, mais bon, on ne connaît pas. Si vraiment ils ont envie de notre avis, s'ils veulent vraiment collaborer ensemble. Donc, il y a l'ego parfois qu'on sous-estime. Il y a la complémentarité de l'équipe, ce qui est très important qu'on sous-estime. Mais après, non, sinon ça reste quand même, surtout ces entrepreneurs dans ces marchés-là, la mission, elle est extrêmement importante. Et en règle générale... Dans ces marchés-là, on n'est pas entrepreneur. Je ne sais plus trop si c'est le cas aujourd'hui, mais j'avais envie de dire qu'on ne fait pas ça pour l'argent. C'est un défi pour la vie pendant très longtemps quand même.
- Julien
C'est des autres problèmes que ce qu'on a ici.
- Alisée
Oui, mais encore une fois, quand je pense à la start-up qui est la définition européenne d'une boîte qui va être financée par de l'equity, les venture capital, et qui va suivre une trajectoire qui est assez précise à elle, c'est une choix. En fait, c'est un luxe dans ces marchés-là parce qu'il faut pouvoir tenir, il faut pouvoir accéder à ce financement qui est entre guillemets un peu sophistiqué parce qu'il y a un certain jargon, il y a une certaine façon de se présenter. Les gens, ils ont un peu catégorisé la méthodologie. Or, la majorité des gens dans les pays émergents sont des entrepreneurs. par nécessité, mais c'est le micro-entrepreneur. C'est celui qui va vendre sur le coin de la rue. Mais ce n'est pas du tout un start-upper. Ce n'est pas dans ce jargon européen de start-up founder. C'est le micro-entrepreneur, la petite PME avec deux personnes. Et tout ça, oui, c'est par nécessité, absolument.
- Julien
Skin in the game. Voilà, la peau en jeu, vraiment.
- Alisée
Oui, mais alors il y a skin in the game aussi. En fait, dans le spectre d'entrepreneuriat, il y a les micro-entrepreneurs. Il y a les petites et moyennes entreprises et après, il y a ce qu'on appelle les high growth ventures qui souvent ont besoin d'être injectés beaucoup d'équity parce qu'ils ont une innovation, une disruption assez forte et un marché potentiel qui est important. Donc, ces entrepreneurs-là, souvent, dans beaucoup de marchés très émergents, ça reste une élite qui peut se permettre de lancer ces boîtes-là. Pour tout le reste des types d'entreprise, on sait que c'est un peu le socle de toute économie.
- Julien
C'est clair, sans les petites boîtes, il n'y a rien qui tient. Ce que je trouve intéressant avec Seedstar, c'est que vous avez aussi cherché des fonds. Vous allouez des fonds à des entreprises ou à des startups que vous jugez pertinentes, vous évaluez que leurs chances de succès sont plus hautes que certaines. En même temps, vous allez chercher des fonds auprès d'investisseurs. Comment ça se passe, aller chercher des fonds auprès d'investisseurs ? Oui. Parlons un peu de ce processus.
- Alisée
Il est très long. Alors, nous, on a différents véhicules d'investissement. On a ce qu'on expliquait, ces Venture Capital Funds, qui investissent dans ces startups. Donc, c'est des boîtes qui aspirent à une certaine croissance. Et là, comme nous, on attaque les pays émergents, c'est vrai que c'est une thèse d'impact, souvent pour les investisseurs européens. Donc, nos investisseurs, c'est principalement soit des family office, des high net worth qui croivent en la mission ou qui ont réussi extrêmement bien dans ces marchés-là et qui comprennent les opportunités. J'ai besoin de... Souvent, on va attirer des investisseurs qui ont quand même une compréhension de ces marchés-là. Je me rappelle essayer de convaincre des gens en Suisse qui, quand je leur parlais du Nigeria, ils pensaient à l'Ebola. C'était l'époque d'Ebola où il y avait... Là, le gap, il est trop important. Donc, c'est ce type d'investisseurs. Et après, on a beaucoup d'institutionnels comme les banques de développement, les grosses fondations comme The Rockefeller Foundation, la fondation Visa. Donc, c'est ce genre d'institutions qui vont aussi investir dans nos fonds. Après, on est mandaté par des fonds ou des fondations ou des corporate pour exécuter un mandat de financement. Et aujourd'hui, maintenant, depuis un an, comme j'expliquais avant, le spectre d'entrepreneuriat est énorme. C'est un petit pourcentage d'entrepreneurs qui ont besoin de ce VC-backed approach. La majorité, ils ont besoin d'autres types de financements. Nous, on continue à déployer, tu le disais un peu dans l'introduction, mais je pense que surtout dans des écosystèmes très naissants, très jeunes, peu développés, où on veut prendre plus de risques, donc on veut essayer de soutenir la jeune femme dans un milieu rural en Éthiopie, elle a besoin d'une dette. Elle a besoin d'une dette peu chère, donc avec des taux d'intérêt bas, avec un soutien de formation à côté, ou elle a besoin tout simplement d'un peu de subvention pour qu'elle puisse lancer son premier crop. Donc là, on a des mandats où on ne fait que de la subvention, on va faire de la dette. On fait de plus en plus de la dette parce qu'on sait que c'est un besoin énorme. Donc ça, c'est ça qui m'excite.
- Julien
Pourquoi ça a besoin énorme ?
- Alisée
Parce que ce ne sont pas des boîtes qui vont pouvoir ramener le retour d'investissement ou l'exit possible pour qu'un fonds vicié a besoin. Donc la dette, si elle est bien structurée et apportée de la bonne façon, ça peut être très intéressant. Mais comme en Suisse, plein de boîtes ont pu grandir et croître à cause de la dette.
- Julien
C'est vrai que c'est paradoxal comme concept, mais c'est vrai que ça fait sens. Dès qu'on s'intéresse un peu au domaine, tu te dis, en fait, la dette peut m'éviter de payer trop.
- Alisée
Et c'est différent parce qu'on n'est pas dilué. Il y a d'autres avantages aussi, donc ça peut être intéressant. Et c'est quelque chose que nous, on explore de plus en plus. Là, on va faire un gros programme, cette fois-ci en Afrique. Mais on en a aussi exposé un peu partout dans le monde. On va apporter de la dette à différentes PME. C'est intéressant.
- Julien
Ça doit être particulier aussi pour eux qui ne connaissent pas en fait.
- Alisée
Non, il y en a qui connaissent très bien. Oui, absolument.
- Julien
Et par rapport justement, là on va plus s'orienter sur les investisseurs que vous allez chercher. Est-ce qu'il y a toujours une démarche active pour trouver de nouveaux investisseurs ? Ou est-ce qu'il y a un fond de roulement et puis ça tourne et puis ça relaxe ? Comment ça se passe ce processus de trouver des investisseurs ? Parce que j'ai vraiment l'impression que, comme beaucoup de choses dans la vie, en tout cas, pas beaucoup de choses dans la vie, mais pour tout ce qui concerne les relations, le réseau, en fait, ça s'entretient.
- Alisée
Oui.
- Julien
Est-ce que les investisseurs, c'est la même chose ?
- Alisée
Oui.
- Julien
Comment ça se passe ?
- Alisée
Oui. Alors, est-ce qu'on parle d'investisseurs pour des entreprises ou pour nos fonds ? Voilà,
- Julien
pour les fonds. C'est-à-dire, quand vous, vous devez trouver des fonds que vous investirez plus tard. C'est des personnes qui vont vous donner des fonds. Tu parles des family offices, ça peut être les banques de défense. Comment se passe en fait ce démarchage de trouver de nouveaux investisseurs ?
- Alisée
Je pense qu'il y a un peu aussi un côté, un cercle virtuel. On commence à avoir un track record, donc on commence à avoir une certaine marque et crédibilité. Donc, il y a des investisseurs qui viennent vers nous et on a des mandats très spécifiques à les soutenir dans leur thèse d'investissement. Là, on travaille avec une corp. pour être au Mexique, où on déploie des fonds pour qu'ils puissent investir dans la FinTech au Mexique. Donc, c'est très clair dans ce cas-là, c'est un mandat. Et avant le track record, quand vous n'aviez pas de track record, c'était quoi ? Aller toquer aux portes avec le bâton de pèlerin et puis expliquer la démarche ?
- Julien
Exactement. Après, c'est ce que je dis aussi aux entrepreneurs. Il faut faire ça du diligence sur ces investisseurs potentiels. On sait s'il y a plus ou moins un match. Comme je disais, pendant longtemps, on a essayé d'expliquer à tout le monde l'opportunité des pays émergents et ce qu'il y avait comme type d'investissement possible. S'ils pensent que ce pays est que en guerre et qu'il n'y a pas d'autres opportunités, le gap est trop large. Il n'y a pas de fuite. Je trouve que c'est vachement important quand même de faire un peu ça du diligence. Et après, il faut écouter le marché. Nous, pendant longtemps, on pensait qu'on allait structurer d'une certaine façon nos financements. Et très vite, on a compris que les gros tickets allaient venir de banques de développement dans un premier temps parce que c'est eux qui vont prendre entre guillemets plus de risques. sur des fonds émergents dans des pays émergents qui font du early stage, on ne peut pas faire plus risquer, ils ne sont pas à l'aise avec des structures un peu novatrices. Ils voulaient quelque chose de très simple, très traditionnel. Donc, on doit aussi s'adapter par rapport au marché. Et après, on se permet plus de risques. C'est vrai qu'on a une thèse d'impact très forte et c'est ce qui nous anime. Ils excitent énormément. Donc très vite, on a vu plus on se structurait en tant que VC qui doit ramener un certain retour sur investissement pour nos investisseurs. Mais on ne pouvait plus faire les mêmes types d'investissement qu'avant. Donc on ne pouvait pas forcément soutenir une boîte plus niche dans un secteur d'éducation parce qu'en fait, on n'arriverait jamais à imaginer comment ils allaient être potentiellement la licorne. dans leur segment, qui est un peu l'objectif dans la thèse de Venture Capital. Et donc, c'est pour ça qu'on s'est dit, allons chercher des investisseurs qui sont prêts à faire de la dette. On dit concessional loan, donc concessional dans le sens où une dette, où ils vont prendre plus de risques, ils vont réduire le taux d'intérêt par rapport au marché privé. Allons trouver des mandats où on peut faire des subventions, parce qu'il y a un nombre d'entrepreneurs qui n'auront jamais les opportunités. tester et de se lancer parce que les conditions autour d'eux sont... C'est impossible, entre guillemets, pour eux de se lancer et de se donner une chance. Donc c'est assez du push and pull. C'est nous qui allons avec une idée ou au contraire on s'adapte au marché parce que à la fin, on a envie de réallouer ou d'allouer des capitaux pour ces entrepreneurs-là dans ces marchés qui sont encore... peu visible.
- Alisée
Oui, donc on retrouve un peu cette notion agile, tu vas avec ton idée et puis finalement, tu te dis, ah, en fait,
- Julien
tout genre. On a tenté tellement de choses.
- Alisée
Oui,
- Julien
on a tenté tellement de choses. La chance qu'on a eue, c'est qu'on n'a personne, j'ai l'impression, peut-être que je me trompe et il y a des équipes qui vont dire pas du tout, mais on a jamais été très attachés à ce qu'on faisait. On a été plus attachés à notre mission.
- Alisée
et donc on savait qu'il fallait s'adapter en fonction vous aviez en gros la mission après une stratégie qui peut aussi changer, la mission en général change peu, la stratégie puis après vous avez les actions qui qui voilà, vous écoutez le marché vous arrivez à une autre idée finalement on ne veut pas vous donner de l'argent sauf si vous faites ça, bon ben on va faire ça quoi en gros, après évidemment il y a cette notion et tu l'as mentionné ok il n'y a pas Si une entreprise n'a pas le potentiel de devenir une licorne, ça ne va pas intéresser les mêmes investisseurs.
- Julien
Exactement.
- Alisée
Là, on est plus sur des gens qui veulent contribuer à la société, qui ont suffisamment de moyens.
- Julien
Ou qui ont en tête autre chose. Ça peut être des dividendes, les intérêts sur une dette. En fait, il y a différents types d'investissements pour différents produits financiers. Il faut savoir lequel est le plus adapté pour soi.
- Alisée
Et puis maintenant... Par rapport à tout ce que tu as vécu, toute l'expérience, parce que vous avez ce rôle, vous avez le rôle de, on va chercher de l'argent et puis on le redistribue à d'autres personnes. Donc, pour que les deux soient, en fait, vous connectez les gens d'une certaine manière, des investisseurs. Évidemment, je suis allé voir votre site, il y a plusieurs services, il y a les hackathons, il y a les events, il y a aussi des co-working.
- Julien
On avait des co-working, là, il nous en reste plus que deux, trois. Donc ça, c'est d'arrêter. Avant, on avait 15. Oui, exactement.
- Alisée
Vous aviez plusieurs. Encore une fois, ça fait partie de cette...
- Julien
Mais on a fait des programmes d'incubation qui durent deux ans. On a fait des coding schools. Et on continue parce qu'un peu... En vérité, il y a deux activités chez SITSK. D'un côté, il y a l'activité d'investissement, et donc qui prend plusieurs formes. Et de l'autre côté, il y a l'activité de soutien de l'écosystème, et ce soutien à travers la formation. Mais cette formation aussi, elle peut prendre des formes très différentes, parce qu'un écosystème qu'on soit à Mexico City, les besoins sont très différents que si on se retrouve en Côte d'Ivoire à Abidjan. Abidjan, c'est un écosystème tout récent. Donc là-bas, on avait ce besoin plutôt de créer des écoles de formation d'entrepreneuriat, d'incubation, alors qu'au Mexique, on peut déjà mettre en place des fonds d'accélérateur. À travers l'accélération, on va mettre les premiers tickets dans des entrepreneurs. Donc c'est pour ça qu'en fait, on fait plein de choses différentes en fonction des besoins de l'écosystème et aussi de là où est-ce qu'on peut attirer des capitaux par rapport à ce qui peuvent intéresser les investisseurs.
- Alisée
Et justement, maintenant, si on prend l'autre casquette et on va plus s'orienter du côté de ceux qui aimeraient bien être le recevoir d'argent, est-ce que vous avez des entreprises qui vous contactent comme ça en dehors d'un événement, simplement parce qu'ils ont entendu parler de vous ?
- Julien
Oui.
- Alisée
Et comment ça se passe, justement ? Est-ce que tu peux nous guider dans ce processus ? Là, on laisse de côté la partie lever des fonds, mais plus distribuer les fonds. Cette question-là m'intéresse. parce que j'ai un client qui est entrepreneur. Et lui, il va chercher... Là, en ce moment, il cherche du financement. Puis, typiquement, il me disait, mon banquier, je suis allé lui parler, etc. C'est très... Je vais vers mon banquier, je lui demande. Et puis, finalement, il m'a dit, en fait, tu sais quoi, ce banquier, il n'avait pas le pouvoir décisionnel pour la quantité d'argent que je lui demandais. Donc, ça, c'est un des premiers obstacles. Mais justement, c'est quoi les étapes habituelles pour lever des fonds ? Merci. Moi, personnellement, j'ai tellement d'a priori par rapport à ça, qu'il faut faire tant, qu'il faut avoir une idée de génie. C'est quoi le processus ?
- Julien
On veut lever quoi comme argent ?
- Alisée
Admettons que j'ai une idée cool. Je me dis, mon idée, je pense qu'elle a vraiment du potentiel. Admettons, moi, j'ai un programme qui s'appelle le cerveau numérique. Je me dis, il peut vraiment révolutionner la vie d'énormément de gens. C'est une formation en ligne, etc. Ça a déjà révolutionné la vie. Donc, j'ai déjà des clients qui ont testé, qui ont témoigné, etc. Et puis, je me dis, bon, maintenant, en fait, est-ce qu'une entreprise voudrait me prêter des fonds, par exemple ? Comment ça se passe ? Comment je m'y prends dans ce cas-là ? Ou ça peut être un autre produit ?
- Julien
Bien sûr, c'est un peu difficile dans le sens où chaque... Alors, j'ai eu plein d'entrepreneurs... qui venaient, voilà, je sors de l'université, j'ai aucune idée, je sais que je veux me lancer dans une idée, je ne sais pas ce que je veux, j'y crois à fond. On sent qu'il y a peut-être un manque de confiance en soi de faire le pas. Pour moi, c'est un peu, il y a tellement, there's so much free money. Il y a beaucoup d'argent gratuit. Ça ne veut pas dire que c'est de l'argent intelligent et ce n'est pas qu'il faut faire que ça. Mais dans un premier temps, je trouve qu'il y a plein d'accélérateurs, il y a plein de fonds, il y a plein de projets qui permettent de faire cette... d'amorçage, avec de la formation qui est toujours plutôt intéressante et intelligente, qui peuvent les connecter à un réseau d'entrepreneurs, ou un réseau pour trouver son premier cofondateur, ou trouver des gens importants dans leurs équipes. Mais après, il y a des gens qui ont déjà leur petite PME et qui ont envie de lever un peu de fonds, mais j'en connais plein qui vont poursuivre de la dette. ou qui vont au contraire s'associer ou qui vont se préparer pour une acquisition. Donc, il faut entrer un acteur un peu plus stratégique. En fait, c'est tellement particulier à l'envie et à l'ambition de l'entrepreneur et où il se trouve par rapport aux produits qu'il a développés, qu'il soit sur un PowerPoint ou qu'il soit une PME existante avec ses contraintes.
- Alisée
Pour vous alors,
- Julien
comment ça se passe ?
- Alisée
Pour nous,
- Julien
avec nos fonds VC, c'est vrai qu'on a soit un... Donc, on a un process online, on a un process où on a des associés, donc on a des équipes sur place dans chaque continent. Comme certains de nos fonds sont agnostiques et qu'ils se trouvent sur plusieurs régions dans le monde, on ne va jamais lider l'investissement. On va co-investir avec des investisseurs locaux. Donc, mon job, c'est de trouver les bons co-investisseurs. Ce n'est pas forcément trouver les bons entrepreneurs à ce stade. Parce que je ne peux pas me permettre d'être l'expert du marché indonésien, comme le Brésil, comme le Nigéria, en même temps, tout le temps. Donc, on a un process online. Les gens peuvent se présenter. Là, si on est intéressé, on va voir ce que le marché local ou régional nous dit par rapport à cet entrepreneur.
- Alisée
Donc là, en fait, vous faites une recherche, c'est ça ? C'est-à-dire, à l'intérieur, vous avez des équipes. Donc, admettons, moi, je viens sur votre site. Admettons, je vis dans un autre pays, à Mergent. que je corresponde à le type d'entreprise que vous... Financé J'imagine qu'il y a un formulaire en mode, c'est quoi votre... Enfin, qui récupère des questions. Oui,
- Julien
comment le PG Day, quelques informations sur la boîte, la croissance, les points de tension. Et de là, si on est intéressé, on va de l'avant. Après, cette rencontre, elle peut se faire online parce qu'on a reçu l'application, comme elle peut se faire sur les événements, comme ça peut être... Aujourd'hui, la plupart du temps, c'est à travers du referral. Donc, c'est soit nos réseaux de co-investisseurs qui vont nous dire, ben voilà, on a ce deal, on est intéressé. Should we pull in our way ? ce qu'on devrait aller investir ensemble.
- Alisée
Et là, vous avez des experts à l'intérieur de Seedstar qui vont analyser le marché, la boîte, ok.
- Julien
Et après, ils préparent un investment memo et c'est présenté un peu un document qui va récapituler les différents échanges avec l'entrepreneur, qui va valider plusieurs informations par rapport à la croissance de la boîte, par rapport à le background check des fondateurs. On va faire plusieurs calls autour On va peut-être parler avec des anciens investisseurs et ça, c'est présenté au comité d'investissement qui sera composé de personnes. Dans un fonds visé, on a le general partner, c'est celui qui va manager le fonds, d'autres investisseurs du fonds parfois. Et après, on fait venir des experts en fonction de l'industrie, la région ou la technologie. On a besoin un peu plus de précision.
- Alisée
Comment tu disais, comité d'investissement ? Voilà. Et donc, chaque fois, celui-là est unique. à l'investissement.
- Julien
Il est réuni pour cet investissement. Et on fait venir, bien évidemment, le fondateur de la boîte pour aussi échanger avec. Même s'il y a eu plusieurs échanges auparavant. Ce n'est pas le premier échange qui est fait à travers ce comité d'investissement.
- Alisée
Et donc, s'il y a un feu vert, si ça se passe bien à cette phase-là, après, ça se passe comment ?
- Julien
Je pense qu'il faut finaliser la due diligence, donc par rapport à différents documents. et ce n'est pas nous qui lidons l'investissement. Donc, ce sera l'investisseur qui lide, qui va finaliser la documentation, le shareholder qui va décider pour un board suite, etc. Nous, on ne prend pas.
- Alisée
Donc, à partir d'un certain moment, le deal se concrétise. Mais vous êtes en dehors de la boucle à ce moment-là.
- Julien
On a noté. termes, nous, on dit qu'on peut venir avec temps, on discute de la valorisation de la boîte et tout, mais ce n'est pas nous qui vont finaliser la documentation.
- Alisée
Et c'est toujours comme ça ?
- Julien
Pour ce fonds-là de early stage, oui. Après, on a un fonds plus Series A Afrique, et là, eux, ils vont lider l'investissement parce qu'ils vont faire des tickets jusqu'à 5 millions. Au contraire, ils vont concentrer leur fonds sur quelques boîtes. le fait qu'ils sont beaucoup, beaucoup plus proactifs. Donc ça, c'est pour la partie equity, mais il n'y a pas la partie dette. Il y a un autre processus, c'est là, on a une plateforme, on travaille soit avec des fintechs sur place, soit avec notre propre plateforme, ou c'est la même chose, c'est une application. Alors avec la dette, surtout quand c'est un peu plus de la microfinance, il y a un peu le KYC qui va nous permettre de comprendre, bon, est-ce que c'est une boîte qui a une... Legal Registration.
- Alisée
Oui, bien sûr. Le track record, les finances.
- Julien
Voilà, c'est un peu la base d'informations. Et après, on collecte de plus en plus de données qui nous permettent de créer un profil de risque de cette entreprise pour pouvoir après déployer les fonds. Et si le remboursement se fait bien, on peut redéployer de la dette à cette entreprise. Et après, on a tous nos programmes de donations. de subventions. Et là, on a des... C'est par thématique. Donc, je peux lancer avec la Banque de Développement en Allemagne, par exemple. On a fait ça il y a deux ans. On va déployer plusieurs millions pour des centaines d'entrepreneurs. Donc, ça peut être des tickets qui vont jusqu'à 50, 60 000. Donc, c'est free money. Après, en contrepartie, il faut nous montrer un rapport. rapport, ce qui a été fait, un rapport d'impact. Donc, il y a tout un processus un peu d'auditing qui doit être fait. Et là, les gens, vraiment, ils s'inscrivent sur une plateforme dédiée à ce programme pour pouvoir recevoir ces donations. Ils traversent un programme et à chaque milestone du programme, ils montrent leur... Leur résultat. Non, leur commitment.
- Alisée
L'engagement. L'engagement.
- Julien
C'est difficile de tout être... trop bornés sur le résultat parfois, mais donc leur engagement... Les efforts, quoi, qui ont été mis en œuvre. Exactement. On peut ouvrir une tranche de subvention. C'est très, très différent.
- Alisée
Oui, oui, oui. Et justement, ce free money, on dit toujours qu'il n'y a pas de free lunch.
- Julien
Oui, oui.
- Alisée
Il y a quand même le string attached. C'est quoi ? C'est genre, si ça fonctionne bien, parce que ceux qui donnent des tickets, on va dire, à 20, 30, 40 000, ils disent, bon, sur... 100 tickets, je vais peut-être en avoir 5 qui vont bien fonctionner, ou 10, ils ont leurs chiffres. Donc, après, ils ont quoi ? Des shares ? C'est comme on dit, des parts dans l'entreprise ?
- Julien
Rien.
- Alisée
C'est du free money.
- Julien
Non, free money existe. Et même en Suisse, il y a des... Même qu'on pense à Inno Suisse ou des fondations ou des différents incubateurs-accélérateurs.
- Alisée
C'est fou, ça ? Oui,
- Julien
bien sûr. Mais parce qu'eux, ils ont une thèse d'impact de créer un écosystème.
- Alisée
Ouais, OK.
- Julien
Pas tout le monde peut faire les investissements plus tard où il y a vraiment plusieurs années de track record. du C... On a besoin et c'est souvent épaulé par le gouvernement. Mais dans ces marchés-là, il n'y a pas ces mêmes financements. Donc, ça a souvent été fait par des banques de développement, des fondations. Il y a différents mécènes, Réseu et OCO qui opèrent ces programmes-là. Mais c'est extrêmement important.
- Alisée
En fait, eux, ils se disent… C'est en fait la conséquence de ça, fait qu'on a un système, un tissu économique qui prospère.
- Julien
On crée un pipeline. On crée un pipeline. On sait que la majorité d'entrepreneurs, ce n'est pas au premier coup qu'ils ont tout compris, ils ont tout réussi. On a besoin de les éduquer. Alors, soit on le fait dans l'éducation nationale plus tôt et on crée des prototypes dès l'âge de 12 ans et on crée ce muscle et on apporte différents financements.
- Alisée
Il y a les hackathons aussi.
- Julien
Il y a ces hackathons. des petits budgets pour qu'ils comprennent. Soit on le fait plus tard. Et c'est pour ça qu'il y a ces super incubateurs, accélérateurs, agences d'innovation en Suisse.
- Alisée
Et donc, revenons sur cette personne que j'ai en tête qui est une PME de 50 personnes dans le domaine très concret, les choses qui se déplacent. Physique, ce n'est pas de la technologique. Ce n'est pas un domaine technologique. Si la banque dit non, Quelles sont les options ? Admettons que c'est un maçon, une entreprise de maçonnerie, 50 personnes. C'est quoi ses options à lui, hormis son réseau ? Est-ce qu'il pourrait aller à quelque part ou pas forcément ? Parce qu'il y a déjà une boîte, ou c'est difficile ?
- Julien
C'est difficile, en tout cas dans le milieu de start-up qu'on a en tête, c'est vachement drivé par l'innovation et la technologie. Donc, il n'arrivera pas à rentrer dans les... cases de ces thématiques de programme. Maintenant, ça doit exister des entrepreneurs, des business angels qui voient une valeur dans ce type de réseau traditionnel et qui pensent qu'en injectant du capital, ils vont pouvoir optimiser, repenser le modèle, agrandir, soutenir des acquisitions. Développer une app. pour que ça puisse consolider. Oui, je ne sais pas si c'est là qu'il fait la différence, mais peut-être. Et aussi, la dette, il faut continuer à chercher. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'argent qui est mis. Mais ce n'est pas vrai. Il y a plein de produits de dette, mais c'est vrai qu'il faut un certain track record, une certaine profitabilité pour pouvoir faire une demande de dette. Ça, c'est sûr. Alors, on m'a dit qu'il y avait des banques locales qui étaient plus... entrepreneuriales et qui prenaient plus de risques, je n'en ai pas fait le témoin.
- Alisée
Et par rapport à ces entreprises qui vont venir chercher des franchés, vous devez en voir passer tellement, j'ai l'impression. C'est quoi les grosses erreurs que tu vois souvent ?
- Julien
Chez les entrepreneurs ?
- Alisée
On va dire chez les entrepreneurs qui viennent demander, c'est à qui on aimerait bien participer à votre programme de financement.
- Julien
C'est plus le defensibility, c'est à quel point ils ont réfléchi sur leur unfair advantage. Oui,
- Alisée
leur avantage.
- Julien
Leur avantage, voilà, leur uniqueness.
- Alisée
Leur MVP, quoi.
- Julien
Non, pas le MVP, c'est vraiment qu'est-ce qui les distingue par rapport au marché, qu'est-ce qui fait que ça va être plus difficile pour la concurrence ou qu'eux, ils vont réussir à acquérir une petite part du marché. Et là, parfois... on réalise qu'en fait, il n'y a pas vraiment de stratégie concurrentielle. Et ça va être difficile.
- Alisée
Oui, c'est-à-dire dès que ça va marcher, il va y avoir des gros acteurs qui vont venir. Et puis, ça va être très difficile à défendre. Oui,
- Julien
et ça plateau. Donc, ils savent comment générer tant. Ils savent se développer sur cette distribution. Mais après, dépasser ça, soit les economics n'ont pas de sens. Donc, ça coûte trop cher l'expansion et donc, ce n'est pas rentable. soit ils arrivent... En fait, ils arrivent... plus à se défendre.
- Alisée
C'est intéressant ce sujet. Ça me parle bien. C'est quoi les stratégies de défense ? On connaît les brevets. Ça, c'est une stratégie de type.
- Julien
Oui, ça peut être leur rapidité d'exécution. Voilà, l'agilité, ça peut être la technologie derrière, ça peut être la qualité du produit. Good product, ça se vit, ça se sent. Ça peut être l'asset aujourd'hui qu'on voit beaucoup d'entrepreneurs acquérir, c'est les données. Les données du consommateur ou leur capacité de traduire ces données dans quelque chose de concurrentiel. Donc, c'est un produit, un service qui est pertinent. Et parfois, on a vu des entrepreneurs qui ont... Un réseau physique, parce qu'on est vachement dans le monde digital de plus en plus, mais le réseau de distribution physique dans certains marchés, on mentionnait l'Indonésie, est tellement complexe qu'ils ont réussi à s'infiltrer dans tous les mom-and-pop shops, ce qui fait que leur avantage concurrentiel est énorme. Parce que le coût de ce réseau est tellement difficile à acquérir que ce n'est pas évident de se lancer deux mains là-dedans et d'avoir... cet même accès au consommateur.
- Alisée
Ça me fait penser à un ami... T'as entendu parler de la marque de steak haché féroce ? Ça te dit quelque chose ? Non. Il lance ça en France et je trouve intéressant. Le concept, je trouve, c'est David Nicolas. Il m'avait invité sur son podcast Limitless Project.
- Julien
Et puis,
- Alisée
en fait, il a lancé un truc qui cartonne, qui est en hypercroissance. En fait, l'idée, c'est un steak haché et puis dans ce steak haché, des abats.
- Julien
Ok.
- Alisée
Voilà. Et en fait, les abats, l'intérêt des abats en termes de nutrition, c'est qu'en fait, ça peut te... ça court pas mal d'apports en fait, en termes de magnésium, en termes de zinc, en termes de... Enfin, t'as pas mal de trucs intéressants, sauf que souvent, c'est jeté.
- Julien
D'accord.
- Alisée
Parce que les gens n'aiment pas. Moi, le premier. Oui. J'ai goûté des ors secs, j'ai pas senti le goût d'un. Ok. Et c'est allé ultra vite.
- Julien
D'accord.
- Alisée
C'est vraiment...
- Julien
Un phénomène.
- Alisée
C'est un truc de malade. Et puis...
- Julien
Et il arrive à comprendre pourquoi ?
- Alisée
Bah, en fait...
- Julien
C'est la qualité du produit, c'est le réseau.
- Alisée
Lui, il est déjà ultra chaud comme gars. Quand tu parles avec lui, tu sens qu'il est au bon endroit, aligné, et puis que ce n'est pas sa première boîte. Ça fait longtemps qu'il fait des boîtes. Mais moi, je pense que c'est la qualité de son réseau, en fait. Parce qu'il a fait énormément de podcasts dans le domaine de la santé. Et puis ensuite, quand il a créé son steak... que les gens s'arrachaient comme des petits pains, après, il est allé voir les gens, est-ce que je peux venir parler de ça ? Il y a vraiment une mission. Ça m'a fait penser à ça, ce réseau de distribution qui prend des années et des années et des années à développer et tout d'un coup, il est activé. On peut l'activer. Intéressant, cet aspect-là. Ça m'a fait penser à lui en termes de réseau de distribution.
- Julien
Il sort quelque part, pour nous, notre capacité d'investissement, c'est vrai que ce n'était pas... En 2020, on a commencé à investir et voilà, ça marche. Il y a des très belles boîtes qui sont en train de sortir un peu partout dans le monde. Non, ça faisait dix ans qu'on travaillait ce réseau pour sourcing et ce réseau de marques. Et après, on a pu l'activer, entre guillemets, à travers l'investissement récemment, quelque part.
- Alisée
Tu sais, Coluche disait, j'ai mis dix ans à être connu du jour au lendemain.
- Julien
Oui.
- Alisée
Est-ce que vous avez eu ce moment où tout d'un coup... Gladwell ou je ne sais plus son nom, il parle de tipping point.
- Julien
Le tipping point, oui.
- Alisée
Tout d'un coup, tout ce qu'on a fait, on passe à un autre niveau. Vous l'avez ressenti ça ? Et c'est lui, comment ? C'est tout d'un coup ?
- Julien
Non, jamais eu ça. Je rêve de ces... Ce que j'entends toujours, c'est ces entrepreneurs qui parlent de ce aha moment, mais non, rien n'a été tipping point, tout est incrémental et ce que tu mentionnais au début, la thèse de faire une boîte rentable dans le temps a fort... impact est extrêmement difficile. Parfois, je suis là, mais pourquoi on s'est lancé ? C'est tellement dur. Donc, je n'ai jamais ce sentiment de tipping point. Au contraire, j'ai l'impression qu'on fait dix pas en arrière parce qu'on a... parce qu'on est sur tellement de marchés différents, avec des problématiques tellement propres, avec ce problème de, OK, mais comment est-ce qu'on peut trouver plus de jobs pour des femmes habillant comme... Est-ce que... On peut vraiment faire des licornes en Colombie en ce moment sur ce marché-là. Donc, je ne sais pas si… Oui, je vois ce côté un peu hyper growth. On voit si bien dans certaines startups. Chez nous, je n'ai pas l'impression que ça sera le trajet de toi.
- Alisée
Oui, oui. Après, je pense aussi que c'est la structure du business.
- Julien
Oui, on est extrêmement diversifié. On fait deux business très différents entre la formation et l'investissement. heureusement que ces mondes coexistent la marque elle l'est donc il y a plein de synergies mais c'est quand même et en même temps ça a été notre plus grande force on n'aurait jamais survécu si on avait eu une stratégie 100% all in one country one industry, one domain heureusement on avait toujours On avait toujours le 80-20 rule où on mettait 80% de nos ressources sur une activité, mais on préparait toujours le coût pour les prochains leviers de croissance. Il y a huit ans, en Afrique, on pensait que c'était le Nigeria, l'explosion. Effectivement, c'est un énorme marché. On parle de plus de 200 millions de personnes. C'est en train de s'ouvrir, ça se structure. Mais avec la dévaluation aujourd'hui, si on avait fait la majorité de nos investissements africains au Nigeria, on ne serait plus là. On a lancé des co-working space partout, mais aussi en Birmanie, où du jour au lendemain, on nous a repris notre co-working space quand il y a eu le coup. On n'a que des histoires comme ça. Donc, heureusement qu'on avait une stratégie de diversification.
- Alisée
Oui, ça me fait penser à cet... Il y a un principe qui est partagé par des entreprises ou des individus qui ont tendance à survivre plus longtemps dans un environnement chaotique ou incertain. qui est 80% des ressources sont investies sur ce qui fonctionne. C'est-à-dire qu'on part du principe que ça va continuer à fonctionner puisqu'on ne peut pas prédire. Et 20% sur l'exploration, qui en cas d'échec n'est pas fatale. Ça me fait penser un peu à ça.
- Julien
Oui, il y a pas mal de littérature un peu scientifique, académique sur ce sujet-là. Et nous, on utilisait même la marque... Marc Ruber de EPFL a lancé le Market Opportunity Navigator, qui est un peu aussi cette priorisation par rapport à ses assets. Et on l'a utilisé vraiment pour nous aider un peu à structurer nos pensées et qu'on ne perde pas de vue.
- Alisée
Qu'est-ce qui fonctionne ?
- Julien
Non, qu'est-ce qui fonctionne, c'est un peu plus simple. C'est pourquoi on a le besoin de continuer à explorer. Parce que c'est assez painful, l'exploration.
- Alisée
Ah bah !
- Julien
Donc, Et on se pose toujours la question, est-ce qu'on n'a pas mis assez de focus et ressources sur ce qui fonctionne ? Mais pour nous, c'était un peu notre mode de survie dans ces marchés et ces activités assez compliquées, et avant tout avec une mission d'impact.
- Alisée
Et justement, admettons, vous faites tout ce travail de…
- Julien
Quand tout le monde disait qu'ils étaient des licornes, on disait « we're the cockroaches » . C'était notre truc. parce que the cockroach survives le cafard survives radiation survives everything c'était un peu ça notre façon d'en parler alors que la licorne montrez-moi une licorne quoi alors que les cafards ceux
- Alisée
qui ont voyagé un petit peu en dehors de Suisse ah non mais ça n'a rien à voir avec les cafards suisses c'est clair moi j'en suis allé à des cafards que j'ai vus dans la rue justement en Indonésie.
- Julien
Ils font des bruits, ils volent, c'est un autre animal.
- Alisée
Particulier. En tout cas, ceux d'Indonésie sont particuliers pour le moment, il y en a d'autres ailleurs. Donc en fait, vous, votre business model, qu'est-ce qui vous permet de tenir ? C'est les investisseurs qui, une partie des fonds qui sont investis sont pour vous ? Ou c'est par exemple quand vous, tout d'un coup, vous avez une entreprise qui fonctionne bien ? Est-ce que vous avez des parts dans cette entreprise ?
- Julien
Oui, absolument.
- Alisée
C'est ça en fait.
- Julien
On a nos fonds d'investissement et donc... On doit manager ses fonds, donc on est payé pour manager ses fonds. Et on a un carré, donc on aura un upside sur le retour d'investissement. Et sur la partie formation, on est mandaté par des fondations, des banques de développement, des ministères locaux, des corporates, à opérer ces programmes. Donc, on est payé pour implémenter ces programmes-là. Et depuis peu, comme tout le monde, on tente de... de le faire de façon plus intelligente avec l'IA.
- Alisée
Parlons un peu de l'IA, justement, de Big Race.
- Julien
L'IA, ça a été un peu une opportunité incroyable pour nous d'imaginer apporter de la formation à une personne, on appelle ça dans le genre « last mile people » , donc vraiment dans les endroits les plus « remote » du monde, leur amener cette formation et leur amener l'accès au financement. On n'aurait pu jamais imaginer ça avant parce qu'on est en train d'accéder à plein de dialectes locaux over lights. On est en train de démocratiser le coût d'accéder à un coach extrêmement intelligent. Et parce que comme on arrive à collecter des données de moins en moins structurées, donc là, on est en train de le faire avec WhatsApp, parce que c'est le moyen de communication le plus intéressant dans beaucoup de marchés, à travers un échange WhatsApp. de structurer un peu leur financement, de structurer un peu leur réflexion, leur stratégie, avec un coaching que nous,
- Alisée
avant l'IA nous coûtait extrêmement cher.
- Julien
Parce qu'il fallait...
- Alisée
C'était l'humain et le lune.
- Julien
L'humain derrière.
- Alisée
Exactement. Donc, nos programmes, on pouvait... Je pense que le plus gros programme qu'on avait fait d'accélération, où je parle d'une accélération où on est sincèrement à côté de l'entrepreneur pendant plusieurs mois, on pouvait le faire au maximum pour 100 entreprises. Et c'était déjà un gros travail, un énorme budget.
- Julien
Bien sûr.
- Alisée
Donc là, c'est vrai qu'on est assez excité à l'idée de créer ce produit. qui vraiment va permettre de soutenir ces entrepreneurs et d'accélérer le financement de ces entreprises. Mais bon, il faut être extrêmement agile parce qu'overnight, on est passé d'une boîte de service à une boîte de produits. Et c'est deux muscles complètement différents. Donc, on se réinvente complètement.
- Julien
Oui, je vois les enjeux structurels derrière le développement de d'app et tout ça. Après, en termes de besoins, ça reste un humain qui a besoin de savoir comment... développer sa boîte.
- Alisée
Oui, le consommateur est le même, mais l'interface est complètement différente. Et du coup, nous, on doit structurer nos réflexions avec un life cycle, avec une expérience de client qui est complètement différente. Auparavant, j'étais au service du donateur, de l'investisseur qui me mandatait pour implémenter un programme. Aujourd'hui, je dois faire un produit qui se vend par lui-même, de par l'expérience que je crée pour l'entrepreneur. C'est magnifique, ce qui est le monde idéal. La vérité, c'est que la majorité de ces entrepreneurs dans ces marchés-là ne pourront probablement jamais payer ce service, sauf si on arrive vraiment à faire un freemium qui est exceptionnel. Donc il y aura toujours cette relation B2B, B2G avant d'arriver au consommateur, mais je trouve que c'est vraiment différent d'opérer. en tant que boîte-service que boîte-produit.
- Julien
Je n'ai pas suffisamment d'expérience pour pouvoir me prononcer là-dedans, surtout à ces échelles-là. Même si fondamentalement, j'ai quand même une partie coaching, une partie formation libre. Donc, j'ai quand même un peu les deux. Tu as dit P&L, la Profit & Loss. Est-ce qu'il y a des documents qui sont vraiment que toutes les entreprises que vous aidez doivent posséder ? J'imagine le pitch deck ?
- Alisée
Oui, le pitch deck. Après, ils ont... Ils offrent toujours un peu un data room. On a plus d'analyse sur les finances, les documents de la boîte. On regarde beaucoup le sales pipeline, comment il est construit, qu'est-ce que ça veut dire, c'est quoi les stages pour eux. Et après, le futur. Ce qui se retrouve dans le pitch deck, mais après qui peut-être se débrouiller plus avec ses documents. Oui, ce n'est pas cette question banale, mais c'est plus le prévisionnel. Quelle est la stratégie de croissance ? Quels sont les experts ? Les itérations qu'ils sont en train de mettre en place, quel est l'équipe, les besoins, s'ils demandent tant, l'argent va où, pourquoi ? Qui est dans la cap table déjà ? Est-ce qu'elle est intéressante pour nous ? Est-ce que nous, on peut rentrer dedans ?
- Julien
Est-ce que tu as développé le concept de cap table justement pour les personnes qui connaissent ? En fait,
- Alisée
c'est juste qui détient la boîte, qui a les actions de la boîte. Et souvent, à notre stade, il y a déjà... Alors, il y aura certainement des fondateurs... ou des key employees qui font des participations, mais il y a souvent quelques investisseurs externes. Donc, soit c'est des...
- Julien
Des proches.
- Alisée
On peut avoir ça, des business angels, peut-être un fonds Priscide. Et donc, c'est de voir comment tout le monde peut se mettre ensemble.
- Julien
Comment tout le monde peut avoir...
- Alisée
One big happy family.
- Julien
C'est ça, c'est ça. Et donc, le comité d'investissement est là pour ça.
- Alisée
Non, on est plus... Alors, comme nous, on co-investit.
- Julien
Oui.
- Alisée
On se retrouve souvent dans des rounds qui sont d'environ un million. Donc, on est plusieurs investisseurs à rentrer. Mais de nouveau, c'est vrai que c'est difficile parce que là, je parle au nom d'un fonds, mais il y a le fonds et après, il y a nos fonds dette. Donc, c'est vrai que je n'ai jamais de la précision pour ce early stage VC fund. Mais après, pour celui qui met 5 millions, c'est différent.
- Julien
Merci à la façon des auditeurs qui sont toujours avec nous. Merci. Et qui nous écoutent toujours. Ils auront compris qu'en fait, ça va dépendre pas mal du type d'investissement, qui va investir, à quel moment, etc. Et que vous êtes là justement pour faciliter tout ça, en fait. C'est-à-dire que c'est un job, quoi. C'est vraiment... On le voit vraiment... Encore une fois, moi, c'est un... un milieu que je ne connais pas du tout, donc je trouvais très intéressant de pouvoir échanger avec toi un peu là-dessus. Mais je vois vraiment que c'est un monde à part. C'est un job.
- Alisée
Mais il faut commencer quelque part. Bien sûr.
- Julien
Donc,
- Alisée
comment dire ? C'est sûr qu'il y a dix ans, quand on commençait, personne ne nous donnait crédibilité ou légitimité d'être investisseur. Donc, tout s'est construit. Après, plus on grossit, plus on peut attirer du talent exceptionnel qui vient avec sa propre expérience.
- Julien
Et selon ton expérience, qu'est-ce qui ralentit les levées de fonds ? Admettons, on a un entrepreneur qui nous écoute, qui se dit « je serais intéressé de lever de l'argent, je vais aller voir ma banque » . J'aurais bien levé des fonds pour, je ne sais pas, d'ici la fin d'année, enfin peut-être pas la fin d'année, mais moi, qu'est-ce qui ralentit ? C'est ne pas avoir les documents ?
- Alisée
Je pense qu'on sous-estime, parce que je suis dans le bord de certaines PME suisses et qui font des demandes à la banque, ils sous-estiment le temps que ça prend. Donc, s'ils arrivent, entre guillemets, à faire la demande trop tard, ils se retrouvent un peu sur la tension. Et c'est là où on peut faire des mauvaises décisions, où on peut accepter. étaient des termes qui sont en fait invivables. Invivables pour la boîte. Je l'ai vu encore plus dans l'equity, donc des shareholder agreements qui ne sont pas possibles. Mais on me l'explique et je comprends le fondateur qui n'avait pas le choix parce que l'ancien investisseur avait une position qu'il pouvait revendre même à la compétition et donc il se retrouve à devoir accepter le premier venu qui met des termes encore plus exigeants. et qui ne sont pas des termes vraiment de venture capital qui veut attendre 15 ans, mais en fait, il veut un retour sur investissement très clair au bout de 4 ans. Et ça, ça met une pression énorme sur la boîte. Mais tout était écrit dans le shareholder. Donc, je pense qu'il faut vraiment lire bien les clauses, les termes, pour comprendre quel type d'investisseur on a en face aussi. Parce que c'est un mariage, c'est un investissement long terme. Alors ça, c'est vraiment pour l'equity, la dette. J'imagine qu'il y a d'autres strings attached.
- Julien
Bien lire son trac, quoi. Bien réfléchir aussi à la structure du deal et tout ça.
- Alisée
Et après, pour les levées de fonds equity en général, ce qu'on a vu, c'est qu'il y a aussi des dynamiques de marché qu'on ne contrôle pas, mais qui ont un réel impact sur l'entrepreneur. Que dans leur industrie, tout d'un coup, il y a un trend plutôt négatif ou que toute une région, pour les entrepreneurs en Afrique, pendant un moment, c'était très difficile avec la dévaluation. personne ne voulait investir dans leur marché et encore beaucoup d'investisseurs, c'était des investisseurs étrangers, donc il y avait cette problématique de exchange rate,
- Julien
de l'or, de l'art ou un franc suisse.
- Alisée
Il y avait tous ces éléments-là qui faisaient que c'était très difficile, mais qui ne sont pas forcément dans le contrôle de l'entrepreneur. Donc c'est pour ça que le côté bootstrapping, venir avec des vrais chiffres, ça les met toujours dans une position plus forte pour négocier. pour imposer leurs termes, parce que c'est eux qui viennent avec le levier, c'est eux qui ont fait le premier pas et l'effort nécessaire pour pouvoir mettre les termes.
- Julien
Ouais, tu m'as fait penser à tous ces entrepreneurs qui ont vu leur taxe de douane augmenter. C'est fou, quoi. Voilà,
- Alisée
on contrôle ça.
- Julien
On ne contrôle pas et tout d'un coup, on a une marge de 10% et tout d'un coup...
- Alisée
Exactement. Mais comme on l'a vu avec les sorties de Chia GP2 ou les dernières avancées, et overnight, il y a plein de SaaS qui disparaissent. Et on l'a vu avec tous les gros, que ce soit Google, quand ils sortaient leur travel, leurs flights, etc. Il y en a plein qui sont partis avec.
- Julien
Oui, c'est...
- Alisée
Après, bon, ça, c'est... That's life. Oui,
- Julien
c'est le marché, quoi.
- Alisée
C'est le business. Mais oui, je pense que... Et on estime toujours que ça ira plus vite que...
- Julien
Oui, ça c'est quelque chose, mais pas que dans le financement.
- Alisée
Ce qui est embêtant, c'est qu'on a tous l'histoire, que ce soit mes amis qui lèvent des fonds comme des entrepreneurs, où on a l'impression qu'ils l'ont fait en pleine nuit. Parce qu'on a tous cette histoire-là. Moi, j'ai vraiment des amis qui m'ont levé 50 millions en trois mois. C'est impressionnant.
- Julien
C'est des cas exceptionnels qui attirent l'attention.
- Alisée
Exactement.
- Julien
Et ça m'a fait penser justement à cette... On prête de l'argent à ceux qui en ont moins besoin.
- Alisée
prête de l'argent à ceux qui en ont le moins besoin pourquoi ?
- Julien
parce que finalement ils sont en train d'en gagner ils sont dans une position voilà c'est comme une personne qui n'a pas besoin d'un deal elle sera plus convaincante est-ce que à ton avis c'est une bonne stratégie pour un entrepreneur qui nous écoute qui n'a pas l'expérience à lever de fonds qui a suffisamment de trésorerie de commencer à se mettre en quête de lever des fonds parce que comme je t'entends ça prend du temps C'est un monde, c'est un métier ?
- Alisée
Tout dépend de l'ambition. On a besoin de l'argent. Soit il arrive à faire sa propre croissance suffisamment vite par rapport aux ambitions. Bien évidemment, tout intérêt d'être self-sustainable et bootstrapped parce qu'on gardera plus d'ownership, de contrôle. Mais c'est vraiment un choix personnel aussi par rapport à l'ambition de ce qu'on veut faire et ce qu'on veut devenir. Mais il y en a qui ont été self-funded jusqu'au bout, d'autres qui ont besoin de... d'injecter beaucoup d'argent très vite, très tôt. Donc, je trouve que c'est un peu propre à chaque entrepreneur. Et les dynamiques du marché et l'industrie dans laquelle il travaille, si on lance une Medtech, ce n'est pas du tout la même histoire que si on lance un SAS demain. Donc, c'est vraiment des trajectoires assez différentes. Oui,
- Julien
technologie médicale, ça, Medtech.
- Alisée
Oui, voilà, exactement.
- Julien
Il y a beaucoup de régulations.
- Alisée
Il y a besoin de beaucoup de financement. Ce sont des trajectoires assez différentes. Mais c'est pour ça que nous aussi, on a décidé de sortir de faire seulement un play. Venture Capital, parce que c'est vrai qu'il y avait une certaine frustration aussi de ne pas pouvoir soutenir les entrepreneurs qui étaient le plus en difficulté. Oui,
- Julien
j'imagine.
- Alisée
Mais il faut donc créer des instruments appropriés pour eux, c'est-à-dire le micro-entrepreneur qui se lance pour la première fois et qui n'a zéro expérience. C'est vrai que nous, on trouve qu'une forme de free money, subvention ou d'une… un produit dette qui est très avantageux, ça a du sens. Mais après, il faut trouver l'investisseur qui a cette thèse d'impact parce qu'ils perdent leur argent. Et c'est OK. Je pense qu'il y a tout type d'investisseurs pour tout type d'entrepreneurs. Il faut juste trouver le match. Et on aimerait faire le match pour tout type d'entrepreneurs. Ça, c'est vrai. Comme je le disais avant, dans notre fonds VC, très vite, on n'a pas pu prendre autant de risques sur certains secteurs ou certains entrepreneurs. Et c'était dommage de ne pas pouvoir les retrouver ou les soutenir autrement. Mais on ne pouvait plus avec nos thèses. On a maintenant un devoir auprès de nos investisseurs.
- Julien
Est-ce qu'il y a un petit hack que tu donnerais à des gens qui veulent lever des fonds, qui te semblent être, tu as dit, faire de la due diligence, connaître l'entreprise, connaître ce système. Est-ce qu'il y a d'autres choses comme ça qui permettent, tu dis, pour avoir l'intention, pour avoir votre attention, pour se démarquer ? Est-ce qu'il y a un petit truc comme ça que certaines entreprises font ? Moi, je te donne un exemple. Quand je vois un prospect intéressant, je vais lui envoyer une petite vidéo Loom. OK. Il s'inscrit sur mon site, il dit qu'il est intéressé par un coaching. Je lui dis, parce qu'il peut me laisser la problématique qu'ils ont, etc. Je lui dis, lui, ça a l'air d'être intéressant. C'est mon client idéal. Il a mis un pavé. Donc, je pense que ça doit être pesant pour lui. plutôt que de lui envoyer un mail, je vais prendre le logiciel Lou, je lui dis « Salut, j'ai vu que tu étais là, est-ce que tu serais intéressé de faire un petit call avec moi ? » C'est une petite attention. Des fois, je n'ai pas de réponse, des fois, j'ai des réponses, mais je trouve que ça marque un petit peu ce côté humain. Parce qu'en fait, dans le passé, j'avais des gens qui me contactaient et qui faisaient ça.
- Alisée
Oui,
- Julien
ça a marché. Et ça a marché pour avoir mon attention. Je me suis dit, la question que j'avais toujours, c'était « Est-ce qu'il va dire mon prénom ? » Est-ce que c'est vraiment une vidéo pour moi ? Et puis, je voulais avoir les... je voulais voir l'énergie de la personne et puis je me suis dit, en fait c'est smart parce que vous, vous avez des petits hacks comme ça, tout d'un coup tu te dis c'est vrai que c'est une bonne manière d'avoir notre attention et de sortir du lot en fait ce que j'aime bien,
- Alisée
mais c'est personnel donc aussi c'est propre à chacun, il y a des entrepreneurs que j'ai rencontrés, il n'y avait pas de feed et ce qui est chouette, c'est que tous les 2-3 mois je peux recevoir un email quelques bullet points, ils vont me donner les avancées de la boîte. Et j'aime bien parce qu'ils me montrent le progrès où je me retrouve surprise de voir qu'il y a tel et tel développement. Et donc ça me parle. Ça me parle. C'est vrai que je retiens l'histoire de cet entrepreneur et de son entreprise. Donc je trouve que ça, c'est... Et c'est pas vécu comme du spam. Parce que je ne sais... On a eu une accroche où on s'est rencontré à un événement où l'histoire était intéressante, l'entrepreneur était juste dans ses réponses, c'était carré, toute l'approche, la réflexion. Et après, j'ai de temps en temps ces updates en quelques bullet points qui sont intéressantes à avoir. Alors,
- Julien
il n'y a pas eu de deal,
- Alisée
ce n'est pas les plus loin. Non, j'avais honnêtement dit qu'il n'y aurait pas de fit à ce stade. Mais c'est vrai que là, il reste top of mind.
- Julien
pas de mind putter mais he stays in my mind ouais c'est intéressant c'est la projection de la pas forcément de la réjection mais toi t'as été claire voilà voilà exactement mais c'est pas pour autant que je coupe les ponts oui oui exactement et des fois il y a des deals qui ont changé comme ça où tu dis ah ouais c'est intéressant il y a eu un développement euh je vous coupe
- Alisée
En général, on est souvent intéressé. Il n'y a pas un manque de cool entrepreneurs avec des histoires et des business ou des missions intéressantes. Il y a eu des développements dans le sens où au début, on sentait que c'était peut-être trop tôt ou on n'a pas compris un certain élément du business. Mais on se donne le temps. Donc pour nous, ça fait partie entre guillemets de cette due diligence où on se re-rencontre, on se revoit quelques mois plus tard, on le présente à des investisseurs et on se dit que peut-être dans le prochain round avec notre fonds plus late stage, ça aura plus de sens encore.
- Julien
Oui, c'est un bon point.
- Alisée
Mais je n'ai pas l'impression que c'était un non pour nous et tout d'un coup, on s'est dit en fait, on va le faire. Je ne pense pas qu'on s'est retrouvé dans cette situation-là.
- Julien
Bon point. C'est intéressant cet aspect de suivi, en fait, même s'il n'y a pas de deal, je trouve.
- Alisée
Mais moi qui est un peu FOMO, donc de nature, je suis un peu fear of missing out, je peux avoir des deals où j'ai vu tous les noms un peu clés, soit gros investisseurs ou le pedigree de l'entrepreneur. Et je vais voir mes partenaires en disant, il faut qu'on investisse. Et eux, toujours, ils m'envoient, follow the process.
- Julien
donc heureusement que c'est pas moi qui est GP des fonds parce que je dirais oui à celui qui gère le fonds le gérant partner parce que j'ai très vite faux fonds c'est clair j'imagine que vous avez les process pour choisir il faut une rigueur sinon
- Alisée
on devient business angel et on fait ça autrement pour d'autres raisons mais c'est pas du tout le même métier Merci.
- Julien
Donc en gros, il y a un process. Mais en même temps, la question que j'avais, c'est est-ce que ce process change en fonction du pays dans lequel vous êtes ou il est standardisé ?
- Alisée
Non, il est assez standardisé.
- Julien
Est-ce qu'il y a des gros changements ? Tu parlais justement entre le Mexique et la Côte d'Ivoire par exemple. Est-ce qu'il y a des gros changements comme ça qui vont avoir un impact sur votre manière de travailler ? Ou les gens, s'ils veulent travailler avec vous, ils doivent se conformer à votre manière de faire ?
- Alisée
Non, c'est vrai que nous, on impose l'anglais, parce que tout le processus doit être en anglais. Donc ça, c'est une contrainte qu'on doit accepter. Et on aimerait être plus inclusif après, donc il y a cet élément-là. Mais sinon, il est assez standardisé. La vérité, c'est que dans les écosystèmes encore très peu développés, c'est qu'on n'a pas encore fait d'investissement VC. On a fait des investissements de dette ou de subvention, mais on n'a pas fait du VC encore. Et on aimerait bien. D'où tout ce travail en amont pour créer un pipeline futur. Ce serait ça, l'idéal.
- Julien
Tu mentionnes souvent cette notion de pipeline. C'est pas doux. Donc, un pipeline, c'est quoi ? Un funnel. Un tunnel. Un flux, quoi. Un flux,
- Alisée
exactement. Pour nous, la blague chez Cidsar, c'est qu'un jour, on va faire des crèches. Parce qu'on voulait investir. Après, on a vu qu'il n'y a pas assez de boîtes dans lesquelles on peut investir. Donc, on va créer ces programmes d'accélération. On va essayer de soutenir plus de boîtes pour se développer, pour parler ce jargon, pour se préparer pour ce milieu-ci. C'est de la croissance qu'ils veulent. Après, ils se sont dit qu'il n'y en a pas assez. Donc, on va faire des programmes d'incubation. Mais pour des programmes d'incubation, il faut des talents avec un certain skill set. Bon, alors, on va faire des écoles. Et d'où, un jour, il faudra aller… jusqu'au crèche. Et c'est un concept de flux. Il faut augmenter le fanol pour pouvoir créer ces pépites partout dans le monde.
- Julien
Parce qu'à chaque étape, en fait, tu as une déperdition.
- Alisée
Complètement.
- Julien
Idéalement, tu aimerais un tunnel, mais dans la réalité...
- Alisée
Parce que pas zéro perte. Mais non, ce n'est pas comme ça.
- Julien
C'est très business aussi. Tu vois, au moins sur mon site, le nombre de visiteurs, le nombre de...
- Alisée
Exactement. Oui, oui.
- Julien
Ça se tunnel, quoi.
- Alisée
Oui, oui.
- Julien
Et le nombre de personnes qui laissent des témoignages après avoir suivi une formation en ligne. bref ok c'est un indicateur qui vaut quelque chose ouais bah oui c'est important parce que parce que je trouve que c'est une manière de mesurer l'impact tu vois une personne qui suit une formation et qui dit j'ai vraiment transformé ma vie moi pour moi je me dis ah bah cette formation a quelque chose il y a quelque chose à creuser à améliorer à itérer même si je sais pertinemment qu'il y a énormément de perdition et si tu travailles avec des gens ou tu discutes avec des gens qui sont dans ce domaine là ils te le diront tous Merci. Une formation en ligne, en fait, le problème, c'est quoi ? C'est que tu as un clic de la dispersion, quoi.
- Alisée
Bien sûr.
- Julien
Donc, c'est la gestion de l'attention. Et donc, à côté de ta formation en ligne, tu as TikTok, YouTube. Donc, en fait, c'est cette notion-là qui est difficile à capter. Et donc, on rentre dans la pédagogie, que je trouve super intéressante. Mais comment, entre guillemets, c'est de la responsabilité de... du formateur slash pédagogue d'amener les gens. Et là, pour l'instant, c'est un peu mon... En tout cas, sur ce produit-là, c'est mon focus. C'est-à-dire comment raccourcir le hara moment, la petite expérience irréversible. C'est-à-dire, oh purée, c'est vraiment bien, c'est vraiment intéressant. Donc voilà. Et puis après, oui, évidemment, tous ceux qui ne sont pas contents de l'information ne vont pas laisser de témoignages ou moins. Ils vont avoir tendance à se remettre en question. Donc, il y a un biais. Mais je trouve que c'est un indicateur intéressant quand même. Passons à ton organisation à toi. Tu es maman de trois enfants. Tu as un pied dans le comité d'innovation en
- Alisée
Suisse. Oui,
- Julien
c'est à moi.
- Alisée
Plus maintenant, c'est l'agence d'innovation Inno Suisse où je faisais partie du conseil. On devait choisir les projets dans lesquels investir chaque année. Donc ça, c'était génial. C'est lié, absolument. C'est lié, absolument. Je pense que je me suis sentie… CITSARS a toujours eu une ADN suisse très forte parce que ça nous a permis de voyager partout dans le monde, d'avoir cette neutralité, cette capacité de vraiment représenter l'entrepreneur où qu'il soit. Et c'est vraiment le drapeau suisse qui nous a soutenus. C'est le réseau suisse aussi. Nos premiers contacts, c'était les ambassades suisses. Ils ont été les premiers à… à soutenir nos événements, à participer. Ça fait sens. Exactement.
- Julien
Tu n'aurais pas pensé.
- Alisée
Exactement. Et c'est devenu vraiment notre histoire. Donc, je dois beaucoup à la Suisse et toujours été attachée à l'écosystème suisse. Donc, InnoSuisse, c'était une superbe plateforme pour découvrir d'autres entrepreneurs en Suisse et comprendre la complexité de l'argent public. et comment au mieux déployer les fonds publics pour pouvoir soutenir l'innovation en Suisse et pas que dans l'Arclémanie, qui est celui que je connais le mieux.
- Julien
Et donc, comment tu gères ces différentes casquettes ? C'est quelque chose, j'aime bien poser cette question entre eux, parce que c'est rare qu'on ait juste un truc. En général, on a plusieurs trucs. Donc, en termes d'organisation, comment tu fais pour... On est plus sur ton organisation.
- Alisée
Bien sûr. Comment tu fais ?
- Julien
C'est quoi tes tips ? C'est quoi ton...
- Alisée
En fait... quand je suis tombée enceinte la première fois, malheureusement, je tombe très malade pendant la grossesse. Donc très vite, j'étais perfectionniste et plutôt opératif ou operational, je ne sais pas comment opérationnel. Le nombre d'heures que je mets dans la boîte est très important parce que c'était un peu l'input et l'output étaient complètement corrélés parce que je faisais partie de l'équipe opérationnelle et donc de devoir tout d'un coup ne de ne pas pouvoir délivrer de la même façon, je me sentais vachement coupable. Et en ayant cette première grossesse, j'ai eu l'opportunité de participer à un premier board d'une PME suisse, Loïco, qui est ici à Genève. Et de là, j'ai eu Inno Suisse, et j'ai participé dans plusieurs boards de différentes boîtes, des fondations, des écoles, de HEG Fribourg, où ils ont créé un conseil. advisory board. Et ça m'a énormément aidée à créer mon muscle plus stratégique. Parce que par contre, là, l'input et l'output est très différent. Ce n'est pas une question de nombre d'heures, c'est plus un peu what moves the needle. Donc, les décisions un peu plus stratégiques. Et en participant dans tous ces différents contextes et vraiment, j'avais pris la PME, la family business, la fondation. l'école, l'agence d'innovation. J'avais pris sept mandats.
- Julien
C'est fou.
- Alisée
Et ça avait été la meilleure école pour pouvoir développer ce muscle. Et après, j'ai décidé de faire plusieurs enfants. Donc, j'ai réussi à pouvoir me sentir, à évoluer avec Six Stars pour pouvoir amener de la valeur, sachant que je devais opérer différemment.
- Julien
Donc, en fait, il disait ce muscle, c'est-à-dire le muscle de bien choisir. de choisir qu'est-ce qui compte, c'est ça ?
- Alisée
En fait, au sein de Seedstars, on est très complémentaires. Donc, mon co-fondateur était très bon dans tout ce qui était vision et stratégie. Donc, quelque part, on le travaille un peu moins. Et je savais que ça allait devenir de plus en plus un problème pour moi si je restais au niveau un peu de machine opérationnelle parce que je n'arriverais pas. physiquement, je n'étais plus du tout capable.
- Julien
Et donc, qu'est-ce qui a changé alors ?
- Alisée
La façon que j'amène les décisions, après très vite, j'ai voulu être celle qui ramenait les plus gros deals dans les levées de fonds et les programmes de formation. Donc, c'était vraiment travailler cette partie vente, travailler au sein de la stratégie. Exactement. Je trouve que c'est vraiment là où j'ai gagné plus de compétences, de créer un réseau plus pertinent pour pouvoir trouver les bons talents qu'ils pouvaient, eux, implémenter, trouver les bons partnerships pour qu'on puisse croître plus vite. et vraiment de participer de façon plus proactive dans la stratégie et la vision de Seedstars.
- Julien
Et justement, concrètement, ça ressemble à quoi tes semaines ? Comment tu fais pour gérer tout ça ?
- Alisée
Une semaine se ressemble. Donc, je ne suis pas du tout disciplinée. J'aimerais tôt, ça me fait rêver. Vraiment, les entrepreneurs qui se réveillent à 5 heures, qui prennent un green smoothie, qui font ça, qui ont 4 heures de sport, une machine pendant 10 heures. Je ne suis pas du tout comme ça. Je n'ai pas un jour qui se ressemble.
- Julien
Tu as des rituels, tu as des choses comme ça qui te permettent de maintenir une bonne énergie ?
- Alisée
Non, j'essaye. Franchement, ils sont petits mes enfants, donc je dors peu encore. Oui, je pense que malheureusement, je suis toujours un peu en survie. Maintenant, on a pris une décision très consciente que... J'ai eu une décision très sérieuse avec mon partenaire où on a décidé de... Vous voulez... croire sincèrement que c'est un village qui va éduquer nos enfants. Donc, on a toujours essayé, ils ont une relation très proche avec leurs grands-parents, leurs cousins. On a une nounou qui est le pilier de la famille. Quand elle ne va pas bien, tout s'écroule parce qu'on dépend d'elle par rapport aux sorties d'école et ainsi de suite. Donc, on a vraiment, on s'est organisé et sans se sentir coupable parce que c'était notre vision de parentalité et de qu'est-ce qu'on pouvait apporter à nos enfants. pour que les deux, on puisse vraiment s'épanouir et donner à fond nos carrières. Et ça, ça nous a permis à néanmoins dégager beaucoup de temps pour le boulot, outsourcer toutes les tâches, entre guillemets, administratives, logistiques. Et vraiment...
- Julien
Concentrer sur votre magie ou votre zone de génie. Oui,
- Alisée
donner à Six Stars et aussi de pouvoir se sentir qu'on est là pour les enfants. Et nos week-ends sont sacrés. On essaie de les faire sacrés. Après, on voyage. Parfait, c'est compliqué. Mais rien n'est parfait. Je suis sûre de rien. Souvent aussi, je me sens... Il y a des mois, je me sens que je fais tout mal. En fait, j'aimerais trop venir avec cette sauce parfaite où j'ai tout compris. Merci. Plus souvent, j'ai l'impression que je ne comprends pas grand-chose sur la gestion du temps.
- Julien
C'est intéressant d'accepter qu'on ne comprend pas. Je trouve que c'est la première étape pour s'améliorer.
- Alisée
Il y a des semaines où je commence à avoir des bons rituels parce que j'arrive à reprendre un peu de sport. J'arrive à trouver une dynamique chouette avec les enfants, à les accompagner. sur une partie d'un projet qu'ils font ou quoi que ce soit. Et après, on tombe malade. Et après, les trois autres enfants tombent malades. Et voilà.
- Julien
Oui,
- Alisée
oui, ça tourne. J'ai toujours en tête, maintenant, ma phrase préférée que je garde en tête pour garder un peu le calme, c'est une de Mike Tyson. J'aurais jamais cru que je cite Mike Tyson. Mais en gros, « Everyone has a business plan until they get punched in the face. » tellement ça. C'est que j'ai beau... Je suis perfectionniste, donc j'ai beau m'organiser, j'ai beau avoir un plan, j'ai beau vouloir faire ça, Mais la plupart des jours, je me mets juste dans la tête et j'essaie de m'en sortir de ça.
- Julien
Oui, oui. C'est vrai qu'avec la famille, le business...
- Alisée
C'est dur, mais c'est mes choix. Après,
- Julien
il y a aussi, je pense, une manière de fonctionner. Moi, je vois, c'est ce que je dis, moi, j'aurais tendance à... appuyer certains entrepreneurs sur leur système d'organisation. Mais c'est ce que je dis, j'ai des entrepreneurs qui réussissent très bien, soit parce qu'ils ont un CEO, soit parce qu'ils ont une manière de fonctionner qui est plus, on va dire, feeling.
- Alisée
Oui, feeling.
- Julien
C'est peut-être ça le terme. Je pense qu'il y a aussi beaucoup de pression qu'on se met sur « Ah, il faudrait que je sois comme ça » , mais au final, qui a dit ça ?
- Alisée
C'est vrai, c'est vrai. J'ai tendance... Oui, il y a ce travail de plus... C'est un équilibre, quoi. Oui, exactement.
- Julien
C'est un équilibre à trouver.
- Alisée
Après, moi, ça m'a pris beaucoup de temps, et je ne sais même pas si aujourd'hui je pourrais le dire, mais ça m'a pris beaucoup de temps d'avoir confiance en moi. Et confiance en moi, c'était aussi avoir confiance sur les décisions que je prenais, parce que je les ai quand même beaucoup prises depuis longtemps. pour plaire. Et donc, quand on sort de ce schéma-là, on récupère énormément d'énergie. Et je ne réalisais pas à quel point je perdais de l'énergie parce que peut-être on dit oui aux choses qu'en fait on n'a pas vraiment, on se pousse autrement, on crée un personnage, mais on est trop souvent dans le personnage et pas soi-même. Donc ça, ça aide. Mais je ne pourrais même pas dire quels sont les hacks pour ça. Pour moi, ça a été une suite logique d'expérience. Après, chaque fois que je suis redevenue maman, je me redécouvre parce qu'on se déconstruit pas mal physiquement, mentalement. Donc, toutes ces épreuves-là, qui sont pour moi assez vécues comme des épreuves.
- Julien
Ces transformations.
- Alisée
Voilà, exactement.
- Julien
Je l'ai vu avec ma femme, ça marque. Aussi moi, forcément, mais j'ai un autre niveau quand même.
- Alisée
Ah bah oui, parce qu'on prête notre corps comme un maguel avec l'un de l'autre. Non,
- Julien
non, c'est clair.
- Alisée
C'est assez fou.
- Julien
Est-ce que tu as des outils comme ça que tu utilises pour gérer ta charge mentale, ne pas oublier certains trucs ? Admettons, tu as tous tes outils qui disparaissent du jour au lendemain et puis tu ne peux en reprendre que trois. Tu utiliserais lesquels pour justement gérer ton quotidien ? Qu'est-ce qui ne te semble plus ?
- Alisée
C'est drôle, je ne suis pas vraiment...
- Julien
Calpin, crayon ?
- Alisée
Non, pas du tout. Je n'ai jamais compris. Je trouve qu'ils ont un côté très mystérieux à ça, mais non. Je suis assez relationnelle. Donc moi, tant que j'ai mes personnes autour de moi…
- Julien
La somme des cinq personnes.
- Alisée
Exactement. Je n'en ai pas beaucoup, mais je sais qui ils sont. Ils n'ont pas changé depuis 20 ans. C'est toujours les mêmes. J'ai l'impression que je peux m'en sortir avec les hauts et les bas. Donc, j'ai besoin de ça. Après, nous, en ce moment, je ne sais pas, c'est vrai qu'on communique principalement à travers Slack. Ça nous a aidés, on utilise Notion, ça nous a aidés. Donc, tous ces outils d'optimisation, why not ? Je ne suis pas contre. J'essaie plutôt de faire une détox digitale. Donc, moi, je dois enlever des apps plutôt que les brèches. Je n'ai jamais été sur les réseaux sociaux ou je l'ai fait une fois pendant le tour du monde, mais j'enlève. Dès que je me suis retrouvée happée par un... Même LinkedIn, maintenant, c'est devenu... Moi,
- Julien
je ne fais rien, donc...
- Alisée
Donc, je pense que je vais bientôt enlever ça. parce que ça me prend trop d'énergie et je suis le consommateur parfait.
- Julien
C'est-à-dire ? Ah,
- Alisée
mais moi, je peux rentrer dedans, je peux me retrouver dans le tunnel de l'information médiocre. Donc, je dois enlever tout ça et je suis celui qui est le consommateur où je me retrouve sur Instagram, je me sens, let's be clear, une merde au bout d'une heure. Donc, j'ai vraiment besoin d'être intentionnelle sur ce genre de choses. Donc, j'essaye d'enlever tous ces éléments-là. Next step, ça serait d'enlever Netflix et tout, mais c'est vachement dur. Oui, oui,
- Julien
oui. Tu l'as dit, le faux mot, ça te parle, fear of missing. Oui. Il a le droit de manquer une information ou un événement.
- Alisée
Exact. Mais je m'en sors mieux avec moins d'informations en général. On est deux.
- Julien
Moi, j'ai écrit un livre qui s'intitule « En finir avec l'infobésité » . Je parlais de creuser le sujet de la surcharge d'informations.
- Alisée
Exact.
- Julien
Et j'utilise moi-même, il y a deux apps. Donc les auditeurs qui me connaissent, ils les connaissent, mais je les dis peut-être que toi, tu ne les connais pas. Il y a Cold Turkey. C'est une app qui te permet en fait de bloquer certains sites web, certaines apps à certains moments sur l'ordinateur. donc très puissant en fait moi je l'ai utilisé clairement pour arrêter de travailler le soir arrêter de travailler le week-end et finalement il y a eu une frustration qui a duré quelques jours et puis après je me suis dit en fait j'utilise mieux mon temps qui est dévié au travail. Et après, forcément, certains sites que je trouve très... Moi, j'ai une personnalité addictive, donc autant... Il y a toujours des avantages et des inconvénients. Mais il faut que je fasse gaffe à ça. Et puis j'ai AppBlock, qui est un peu l'alternative pour le... Tu connais ? Tu en as encore des places ?
- Alisée
Tu en as entendu parler, oui.
- Julien
Pareil, le mode strict, c'est 37 balles par an, très bien investi, qui permettent de simplement... Tu sais, il y a cette image d'Ulysse qui s'est attaché au mât de son navire, enfin qui a demandé à son équipage de l'attacher au mât de son navire pour qu'il ne succombe pas au champ des sirènes. Et je trouve qu'aujourd'hui, les sirènes, elles ont été remplacées par les notifs et tout ça. Moi, je le vois à chaque fois que je prends le train, le métro, je vois des gens qui se font dévorer par ces outils et d'autres qui les utilisent très bien pour justement développer des empires, des business et tout ça.
- Alisée
Je pense que je ne sais pas comment ces gens arrivent à rester sains en utilisant ces outils à longueur de journée. Ou je pense à ceux qui sont devenus indirectement ou directement influenceurs pour leur marque, pour leur boîte ou pour eux-mêmes. C'est tellement dur.
- Julien
Soit ils sont légers, soit ils sont très, très carrés. Ils le voient vraiment comme un... Je viens, en tout cas, moi, c'est comme ça que je gère LinkedIn.
- Alisée
C'est-à-dire,
- Julien
par jour, je viens, je pose, je pars.
- Alisée
OK.
- Julien
Et après, j'échange un petit peu.
- Alisée
Oui.
- Julien
Mais sinon, pareil. Oui,
- Alisée
ça peut durer éternellement.
- Julien
Ah,
- Alisée
c'est terrible.
- Julien
Parlons de LinkedIn. Où c'est que mes auditeurs qui sont toujours avec nous peuvent te retrouver ?
- Alisée
Ben, LinkedIn, sur Seedstars, par rapport aux différents plateformes, les gens peuvent sign-up selon là où ils pensent qu'il y a un feed.
- Julien
Si tu m'appliques aux certains...
- Alisée
Absolument, oui. Donc, c'est le site Internet ou LinkedIn.
- Julien
C'est Internet, LinkedIn, tu crées du contenu, tu m'as dit. hors micro, tu m'as dit non, je crois pas.
- Alisée
Non, c'est l'équipe qui met en avant les programmes, etc.
- Julien
Et une lecture à recommander ? Imagine que si tu fais attention aux outils numériques, tu dois...
- Alisée
Même pas. Non, je suis pas très bonne à ça. Mais le livre, là, je viens de l'acheter, mais j'ai pas terminé. C'est L'immortel de Dos Santos.
- Julien
Donc,
- Alisée
j'étais sur ça.
- Julien
C'est quoi ? C'est un...
- Alisée
Un peu science-fiction, mais...
- Julien
qui peut être très réaliste un peu sur le futur donc on me disait que c'était un peu just in time ah excellent et un peu orwellien ou pas forcément un peu tu sais genre qui décrit le futur très
- Alisée
réaliste une manière réaliste et sinon c'est mon compagnon qui lui lit beaucoup beaucoup et donc il me fait toujours un super résumé ah ouais Merci. Et là, il y a... Procuration. Exactement. Et c'était un livre vachement intéressant sur... Cette fois-ci, c'était sur les enfants. Et c'était Hold on to your kids. Et l'auteur, je ne me rappelle plus son nom.
- Julien
C'était sur l'éducation ?
- Alisée
Oui. Et c'était bien parce que sur tous les livres qu'on avait lus, finalement, celui-là, il n'est pas dogmatique où il y aurait, entre guillemets, une tout doux, une façon de faire et pas faire. Vraiment, on sent que c'est noir et blanc. Pour lui, en fait, c'est juste... jamais perdre la communication. Et comment, à travers les phases d'années de vie d'un enfant, on peut retrouver ces tensions de perte de communication. Et la bonne chose aussi, c'est qu'on peut toujours récupérer la communication. Donc, ce n'était pas du tout culpabilisant. Et ça rejoint un peu ce concept, il faut bien choisir l'entourage. Parce que si nous-mêmes, on perd la communication, il faut espérer qu'il y a des gens bien intentionnés qui récupèrent cette communication. en attendant. Donc ça, c'était intéressant.
- Julien
C'est chouette. Merci pour le partage. Je suis aussi pas mal sur des livres d'éducation.
- Alisée
Pendant que tu ne dors plus la nuit.
- Julien
Ouais, ou simplement, j'ai longtemps lu des livres, tu sais, un peu, soit du développement personnel, soit de la...
- Alisée
Oui.
- Julien
Ouais, soit du business. Et en fait, moi, je remarque, en tant que créateur de contenu, tu peux vite, ça peut vite raconter. réactiver le cerveau, en fait.
- Alisée
Oui.
- Julien
Donc maintenant, le soir, je lis soit des choses sur l'éducation, soit des romans.
- Alisée
Je suis d'accord. Moi, genre, ce self-help, comment ça…
- Julien
Puis je lis de moins en moins, fondamentalement, de self-help. Je suis de plus en plus sûr de la philosophie, des sujets un peu… Ouais, ou des livres, ça peut être sur la science, ça peut être sur la biologie, sur des concepts qui sont éloignés de ma… On voit ce que je fais et je sais tirer des parallèles et je trouve ça intéressant. Cool, c'était un plaisir d'échanger avec toi, Alizé. Je vais mettre les liens et je te souhaite tout le meilleur pour ta famille, pour Seedstar et puis la Suisse est un petit village, donc on aura probablement l'occasion de se recroiser.
- Alisée
Avec plaisir, merci beaucoup.