- Speaker #0
Au-delà du CV, qui est vraiment Didier Decaizer ? Bloc 1, l'ADN professionnel de Didier Decaizer.
- Speaker #1
Alors pour bien comprendre vos réponses à venir, on commence par situer votre parcours. Qu'est-ce qui vous a forgé dans votre rapport Ausha ? Vous avez connu beaucoup de sociétés, du public, du privé. Qu'est-ce qui fait que vous êtes l'individu que vous êtes devenu aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je crois justement à la diversité des sociétés où j'ai eu la chance de travailler et la diversité de gens que j'ai rencontrés. Je pense qu'on va faire une expérience à partir du moment où, quand vous faites une petite PME, vous touchez à tout. La première, j'ai eu la chance de faire tout sauf les achats. L'acheteur était très bon et j'ai fait tout sauf les achats, mais j'ai vu tout. Puis après, j'ai fait des achats de la logistique et puis ils m'ont demandé de faire un peu d'IT et ce genre de choses. J'ai touché à ça et j'étais en Espagne en train de tirer des câbles. Oui, il y a 30 ans, ce n'était pas encore comme aujourd'hui. Puis on commence à évoluer des fluxis où le cadre est quand même un peu plus structuré. Je pense que c'est aussi déjà semi-public. Et là, les structures sont très importantes parce que j'ai été chez Fluxis quand il y avait Guilanguin, quand Guilanguin a explosé, donc j'étais là. Donc j'ai vécu cette période-là aussi. Puis Bipost, j'ai appris beaucoup de choses en passant dix ans chez Bipost, en voyant toute l'évolution de Bipost, la transformation de Bipost. J'ai fait tout ça et j'ai vu aussi l'impact petit à petit qu'on pouvait avoir de plus en plus, même si on a des marchés publics, mais on pouvait avoir de plus en plus d'impact. Quand on se lançait dans des discussions, on avait de plus en plus d'impact. J'ai eu la chance d'aller chez Engie où ils sont arrivés en disant on restructure tout, il faut une nouvelle équipe et il faut avoir... On a mis une nouvelle équipe en place, l'équipe commençait à tourner, directement on vient à chez vous en disant il faut un plan de performance, il faut mettre en place quelque chose, il faut réduire les coûts. Ok, on y va. Donc petit à petit, on se forge cette expérience et en fonction du secteur où vous êtes, en fonction du domaine, je pense que ça aussi amène encore plus d'expérience Ausha. Je pense qu'une banque n'est pas la même chose que Bipost, n'est pas la même chose que Fluxis, n'est pas la même chose qu'Equance où j'ai passé mes trois dernières années. Et c'est tout à fait différent. Mais l'expérience accumulée fait que dans les achats, en fin de compte, vous savez, on achète toujours de l'électricité, on achète toujours des choses. De temps en temps, on achète un peu plus spécial, mais on achète de l'IT partout. Bien sûr. Même si vous n'êtes pas une société... Une catégorie originale. Voilà, il y a plein de catégories qui sont les mêmes. Et c'est juste la manière de les approcher qu'on peut changer par rapport à la société que vous avez en face de vous. Oui. Mais je suis arrivé à faire ça, et petit à petit, on touche à tout. Je veux dire, les achats, on a la chance de toucher à tout. On rentre dans une société, on est un département de service. On est un département de service, on est là pour les aider. Maintenant, les ressources humaines, la finance, sont des départements de service aussi, comme vous. La finance, ils ne regardent que les chiffres, grosso modo. Les finances, c'est les gens. Intéressant aussi comme domaine, mais c'est les gens. Mais les achats, on touche au corps business de votre client interne et de la société. Parce qu'en fin de compte, on fait des chiffres pour la finance, on fait de l'humain parce qu'on a une équipe, mais on fait beaucoup de business. Bien sûr. Et on va toucher au business. Et ça, ça m'a forgé aussi. Au début, quand j'ai touché à tout dans ma petite PME, j'ai touché à tous les départements. J'ai dit « Waouh, c'est gai ! » J'ai un fils, par exemple, qui me dit maintenant, l'année prochaine, il faut que je fasse un stage, mais je n'ai pas envie de faire ce stage-là parce que je serai limité à ça. J'ai envie de voir autre chose. J'ai la chance de voir autre chose. Et cette chance m'a permis de dire Ausha, c'est génial parce qu'en fin de compte, on touche tous les départements.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Donc, quand vous allez, je dirais, à une réunion chez Equan, si vous avez un top 300, vous rencontrez tout le monde. Tout le monde vous connaît, tandis que d'autres, c'est plus limité. Donc voilà, c'est comme ça que j'ai évolué, c'est comme ça que je me suis dit, c'est quand même un département qui est très intéressant. Et j'ai continué dans cette voie-là parce que justement, on rentrait dans une société et on avait la vision totale de ce que la société faisait et on peut les aider. Chez Equan, on a été repris par le groupe Bouygues en 2022. Le groupe Bouygues a mis un plan de performance sur le sujet. Il y avait cinq points sur ce plan de performance pour l'ensemble de la société. Et le point qui était, un des points, c'était procurement. Et l'objectif, c'était de gagner 1% d'ébit. Donc pas de savings, mais 1% d'ébit. Donc il fallait aider notre business à augmenter leur marge de 1%. Donc ce n'est pas en négociant vite fait quelque chose. Ça se prépare. Parce que ça se prépare, ça se discute. Il faut aller beaucoup plus loin que ça. Bien sûr. Et donc, c'est aussi, je veux dire, un bon message de Boeing en disant les achats, ils sont partout.
- Speaker #1
Et vous avez, un terme que j'aime beaucoup, vous avez utilisé service et non pas support. Encore dans beaucoup trop de structures, le service achat est considéré comme un service de support. Et pour moi, c'est toujours un peu blessant puisque le service achat, parfois, n'est que là pour signer des PO. mais c'est c'est diminuer, je trouve, la valeur qu'il peut apporter largement, trop largement. Et une société qui n'a pas encore compris et qui ne place pas ses achats de manière centrale dans son organisation est vouée, je pense, à terme, alors peut-être pas à péricliter, mais du moins à être, je pense, chahutée.
- Speaker #0
Je pense que si vous êtes considéré comme support, oui, vous allez vous taper des PO, vous signez des PO sans savoir ce que vous signez, mais vous êtes toujours trop tard. Si vous êtes un service, vous allez, en fait, c'est ce que je dis souvent, on passe de quelqu'un qui exécute ce qu'on vous demande à quelqu'un qui anticipe ce qu'on va vous demander. Et la proactivité, c'est quelque chose qui fait qu'on devient un service, parce qu'ils vont vous demander à l'avance en disant « j'ai besoin de ça bientôt » . Et vous, vous arrivez à ce moment-là avec « voilà, des choses intéressantes » . Et votre business est très content sur le sujet. Tandis que quand ils arrivent après coup, tout est déjà fait. Et puis votre pouvoir de négociation, je suis désolé, mais votre pouvoir de négociation, il se réduit à rien. Donc vous êtes plus dans le support administratif et on attend que vous fassiez un très beau PO. J'espère que quand même certaines sociétés vous demandent de faire un contrat avec quelques clauses pour que vous soyez protégé. Parce que le PO, avec les conditions générales, c'est souvent un peu limité. Parce que si vous, en plus, vous faites trop référence à... À l'offre de fournisseurs, vous avez en plus réduit votre pouvoir. Donc, je pense qu'il y a un petit peu de support à faire. Mais il y a beaucoup de proactivité. Et ça, ça fait la différence pour moi.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez eu un mentor ou une rencontre particulière qui a marqué votre parcours ?
- Speaker #0
Alors, vous m'avez posé la question. J'y ai réfléchi. Je vais citer un nom qui s'appelle de M. Jan Valkoff. Peut-être pas très connu, mais à l'époque, quand j'étais chez Bipost, on avait commencé des formations. Et Yann avait créé sa société pour faire des formations. Il était venu faire. C'est quelqu'un qui avait un rôle de CPO aussi pendant 20-30 ans. Et qui avait fait ça chez des Philips, ce genre de choses. Et je me souviens que j'avais été à une des formations où on s'est dit, mais voilà, il est complètement fou. Parce qu'il nous expliquait de dire, voilà, il faut calculer le coût total et puis il faut analyser. Je veux dire, c'était une machine, mais il faut aller carrément à la matière première, l'acier. Il faut voir le marché de l'acier. Il allait très, très loin.
- Speaker #1
C'est évident aujourd'hui.
- Speaker #0
Alors, ça paraît évident aujourd'hui, mais à l'époque, c'était ce qu'il nous fait. Et donc, je me souviens que j'ai continué à garder un peu contact avec lui et un certain nombre de ses... de ses collègues avec qui il avait formé cette société de formation. Et aujourd'hui, j'ai d'ailleurs quelqu'un qui m'a suivi et qui a donné des formations, que ce soit chez ING ou même chez Equans, qui s'appelle Annie Lioshi, avec qui je m'entends très bien. Et c'est quelqu'un qui donne des formations très pointues et qui va très loin. Et donc, quand on a formé une équipe et qu'on se dit maintenant, c'est le dernier pas, parce que c'est des acheteurs qui savent de quoi on parle et c'est le dernier pas, c'est des gens de personnes qu'il faut mettre en place. et qu'il faut faire venir. Et moi, je me souviens que c'était « waouh » , c'est quelqu'un qui m'avait dit « je peux encore aller beaucoup plus loin et je ne vois qu'une petite partie des achats » .
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des principes que vous appliquez dans tous vos projets achats ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a deux principes que je demande aux gens. C'est de faire un traitement équitable de tous les fournisseurs. On voit souvent, oui, mais lui, on le connaît bien. Oui, on le connaît bien, mais je pense qu'il y en a d'autres qu'on connaît moins bien, à qui il faut leur donner la chance et il faut analyser. Et je pense qu'une des choses qu'il faut faire, surtout quand on va dans la direction, on le connaît bien, c'est d'aller faire le coût total de l'achat quand il est chez vous. Peut-être aussi quand il est maintenu chez vous pendant des années, etc. Donc, ce n'est pas toujours se limiter à un... prix, mais c'est limité à l'ensemble du calcul total. Et je pense que ça, on ne le fait pas encore assez. On ne le fait pas toujours. Et ça peut porter... Réjudice. Oui, et ça peut amener des surprises. Je me souviens que chez Beepost, j'avais une personne qui travaillait dans mon équipe, que j'adore, et avec qui j'ai toujours des contacts, et qui était venue en disant, voilà, il faut remplacer dans tous les centres de tri les luminaires de secours.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et le business arrivait en disant, on ne peut pas citer Tenard peut-être, mais la marque Etape, c'est le top du top, c'est génial. Et lui est arrivé en prenant un autre, et il avait dit, oui, maintenant, l'autre, voilà, l'ampoule se remplace peut-être un peu plus, etc. Mais dans le coût total, qu'est-ce qui est fait qu'en remplaçant sur cinq ans, combien est-ce que ça coûte ? Et il est allé prouver au business que peut-être qu'une marque un peu moins chère, qu'on remplace une fois de plus, mais sur cinq ans, ça coûte moins cher. Et là, le business s'est dit, ah bon ? Oui, mais on gagne quand même, parce que voilà, chez Bipost, les lampes de secours dans tous les bâtiments, il y en avait beaucoup. Donc, fois le volume, ça fait beaucoup. Et donc, c'est là qu'on se dit aussi que le coût total est important et on n'a pas toujours le temps de le faire, l'analyse. Et on n'a pas toujours un client interne devant vous qui prend en compte. Il y a des clients internes qui vont juste se dire, moi, j'ai besoin du matériel, je le place et j'ai fini. Et puis, il y a un autre client interne qui dit, mais moi, je dois maintenir le matériel. si vous pouvez déjà les mettre ensemble en disant oui mais l'un va peut-être avoir plus de maintenance parce que vous vous choisissez un matériel qui en demande plus mais si vous vous payez un peu plus cher, lui il n'a pas de maintenance donc pour la société en total ça gagne et c'est là qu'il faut expliquer beaucoup il y a de l'éducation,
- Speaker #1
de la sensibilisation je pense qu'il y a un côté culturel aussi par rapport à la structure oui bon bah très bien