- Speaker #0
Bloc 4. Recruter, garder, faire grandir.
- Speaker #1
On parle souvent de pénurie, de turnover. Qu'est-ce que vous en pensez vraiment ?
- Speaker #0
Je pense qu'aujourd'hui, il y a énormément de gens qui cherchent dans les achats. Je pense qu'il y a énormément de gens qui ont envie de changer, qui ont envie de chercher des nouvelles opportunités. Est-ce qu'il y en a beaucoup ? Je pense qu'il y a des opportunités sur le marché, beaucoup peut-être pas par rapport au nombre de gens. Je pense qu'il y a trop de gens qui essayent de monter trop vite ou essayent de se positionner à des rôles. Alors, il faut à un certain moment donner la chance aux gens. Mais je pense qu'il y a des gens qui veulent monter l'échelle deux par deux et pas un pas par pas. Et ça, c'est très dangereux pour ces gens-là. Et je pense que là, pour la société, ce n'est pas non plus un bon recrutement.
- Speaker #1
On sent le vécu.
- Speaker #0
Oui, il faut faire attention. Quand j'étais chez Equan, c'est qu'au dernier temps, on demandait, tiens, il me faut un purchasing manager pour gérer une équipe de 15 personnes qui avaient cette expérience-là. Vous recevez des CV et des gens qui... Ce n'est pas évident. Non, clairement. Est-ce qu'on leur donne la chance ? On ne leur donne pas la chance. Ça, ça devient à ce moment-là un risque. Et puis, vous savez que vous n'avez qu'un autre CV. Bien sûr. Donc, vous dites, on ne lui donne pas sa chance. Donc, il est un peu frustré en plus. Donc, il y a toujours un peu de... Une des discussions que j'ai eues, c'est de dire, est-ce qu'on donne du feedback aux gens quand on a fait ce recrutement et quand on passe par l'HR ? On s'est discuté en interne avec eux en disant, mais donnez-leur un feedback, voilà le feedback. Quand vous avez une société, vous passez par une société, c'est bien que cette société donne aussi un feedback. Pour bien comprendre le pourquoi. Parce que ces gens doivent... Il y a des gens qui sont très bons, mais... qui peut-être ont envoyé leur CV en disant peut-être que... J'ai essayé. J'ai essayé. Il ne faut pas que ça ait des motifs. Je pense que les achats, on a besoin de beaucoup de gens. Tout à fait. C'est un monde où il n'y a pas... C'est un monde où il n'y a pas assez de gens. Oui. De gens bons.
- Speaker #1
Et alors, vous allez préférer prendre un risque peut-être sur une certaine personne que vous connaissez en interne mais dont vous n'êtes pas sûr peut-être des capacités ou justement aller recruter à l'externe. Et là... Certainement faire votre contrôle de référence, passer pléthore de tests, etc. Vous favorisez du coup l'interne ou l'externe ?
- Speaker #0
J'essaye de trouver en interne quand on ouvre des opportunités. La première chose, c'est que j'ai eu la chance de redessiner des départements achats dans les sociétés où j'ai commencé et que j'ai passé quelques temps dans certaines sociétés. Mais j'ai chaque fois commencé par redessiner le département achat. Ce que j'ai toujours essayé de faire, c'est de dire, les gens que je positionne à certaines places, j'essaye de les voir à l'avenir plus haut dans l'organisation. Et donc, à ce moment-là, c'est de leur donner des trajets. Parce qu'en fin de compte, l'interne, il ne peut pas vivre dix ans à la même place et au même job. Et donc, il faut leur donner la possibilité. Et donc, à ce moment-là, quand il y a une place qui se libère, oui, c'était toujours regarder en dessous, est-ce qu'il est prêt ou pas prêt pour le faire ou pas. Et s'il n'est pas prêt et qu'il faut encore un an, moi, je l'ai fait chez ING. J'avais quelqu'un, il n'était pas prêt. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai été chercher quelqu'un en externe pendant un an. Je lui ai dit, je lui ai dit, ton rôle, c'est faire le job, mais en même temps, tu coaches.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
et puis un an après il est parti Et là, on a fait le pas. Mais je pense que la personne arrivait à ce moment-là avec un background qui était déjà beaucoup plus stable que d'arriver un an plus tôt où on risquait un peu de le pénaliser. Et quand on fait une faute à ce moment-là, elle va être très très mal vue. Donc il vaut mieux qu'il attende un petit peu et qu'il le fasse. Mais alors, il faut bien l'expliquer. Voilà. Oui,
- Speaker #1
effectivement, je peux comprendre que parfois, pour la personne, ça doit être vécu comme un manque de confiance ou peut-être une petite remise en question. Après, si c'est bien amené, comme vous le dites, avec la bonne communication, les bons mots, encore une fois, ça passe.
- Speaker #0
Chez Equence, ici, j'avais des gens qui étaient ambitieux. Donc, j'aurais dit, écoute, OK, c'est bon, ce poste-là, peut-être, mais si tu vas faire ce job-là, et je dis ce poste-là, écoute, là, on met une personne externe. qui vient pendant un an, et cette personne, à la fin de cette année-ci, normalement, c'était fini, donc le poste se libère, donc à ce moment-là, tu es prêt. Mais il y avait un manquement que tu n'avais pas, ce manquement, tu vas le faire ici pendant un an, dans un plus petit job, moins visible, mais tu vas pouvoir te faire de l'expérience, et quand tu arriveras là... Tu vas pouvoir à ce moment-là t'épanouir à fond et donner directement de la valeur ajoutée parce qu'aujourd'hui les sociétés n'attendent plus. Je veux dire, quand j'ai commencé, voilà, j'ai fait six mois de bureau d'études, bon, on ne rentabilisait pas trop et on essayait d'apprendre. Personne ne venait vous dire, il faut que ce soit fait demain. Aujourd'hui... On arrive dans des sociétés où le chiffre, le financier va vous dire « on a un trimestre à terminer, il faut y aller » . Donc on est dans une vitesse et une approche totalement différentes. Donc il faut que les gens, il faut essayer de jouer un buffer avec les gens. Et alors celui qui est le plus intelligent, qui a de l'ambition, va comprendre. Celui qui a une ambition qui est peut-être trop ambitieuse, qui est peut-être un peu moins intelligent, peut-être sur ce domaine-là. Mais son ambition passe au-dessus de tout, il ne va pas comprendre. Mais le jour où il aura le job, il ne va pas comprendre pourquoi il ne va pas rester longtemps. Et ça, c'est dommage. Donc il faut essayer de... Oui,
- Speaker #1
la prise de recul, peut-être la perspective. Puis on est dans une société, et moi je le vois beaucoup avec les jeunes, du tout tout de suite, du tout maintenant. On veut arriver, on veut faire un an, on veut que ça soit promis, ensuite une évolution, etc. Et on l'expérimente aussi.
- Speaker #0
C'est formidable. Je pense que j'ai vu quelques jeunes arriver qui me disaient, OK, je veux bien faire ça, mais l'année prochaine, je vais être manager. Et puis je me dis, OK, dans deux ans, je prends ma pension et tu me prends ma place. Et donc, ils me regardaient, oui, peut-être pas dans deux ans, je dirais, allez, trois. Mais on voyait bien. Et alors, on essaye de leur expliquer. Je pense qu'il y a dix ans, c'était plus facile à expliquer. Aujourd'hui, c'est un peu plus difficile. Mais je pense qu'il y a encore beaucoup de jeunes et beaucoup de gens qui savent comprendre et qui vont comprendre.
- Speaker #1
J'ai bien compris que vous recruteriez encore, monsieur Decaizer. Combien, justement, là, ces dernières années, combien d'acheteurs vous avez recrutés ? Et quelles ont été les compétences clés que vous avez recherchées chez ces personnes ?
- Speaker #0
J'en ai recruté beaucoup. Et quelles sont les compétences ? Comme je vous l'ai dit, je vais dire en fonction du job.
- Speaker #1
C'est ça, ok.
- Speaker #0
Je pense que si vous recrutez un jeune dans une fonction de base, je vais chercher un jeune qui va pouvoir évoluer. D'accord. Donc c'est quelqu'un qui va évoluer à droite ou à gauche dans l'organigramme. mais qui va évoluer. Donc on va essayer de comprendre en disant, voilà, c'est quelqu'un qui a envie, c'est quelqu'un qui sait, est-ce qu'il a des compétences qu'on peut, ou qu'on doit encore un peu retravailler, mais on va le faire évoluer. Ça, c'est pour les jeunes. Les gens un peu plus expérimentés, on va regarder quelles sont leurs ambitions. Qu'est-ce qu'ils veulent faire ? Alors oui, ils veulent tous me remplacer, c'est magnifique. J'adore ce principe. Mais je vais dire, par quel chemin ? Est-ce qu'ils vont prendre la droite ou la gauche ? Est-ce qu'ils sont plus dans la négociation de contrat ou est-ce qu'ils sont plus dans la négociation de pitbull ? Quel caractère ils ont ? Est-ce qu'ils savent à un certain moment faire les deux ? Est-ce qu'ils savent, face à un grand projet, faire le pitbull, mais quand ils sont face à un projet, s'adapter ? Ils n'ont pas cette force-là. OK, ils doivent aller par là et puis... Donc, il faut essayer de leur voir leurs ambitions à eux et dans quelle direction ils vont. Prenez un manager qui va gérer une équipe. Je pense qu'il... Moi, comme j'aime bien... savoir ce qu'ils font. Je pense que ce manager doit être humain. Il ne doit pas juste être quelqu'un qui me rapporte des chiffres, qui dit on a réussi, on n'a pas réussi. C'est quelqu'un qui doit être... On parle beaucoup de paysager, de choses comme ça. On va de temps en temps un peu dans l'autre sens parce qu'il y a des petites cages où on va s'enfermer pour être tout seul à cause des calls et pas déranger dans le paysager. Mais quelqu'un qui est au milieu de ces gens. Donc on va chercher quelqu'un comme ça. D'accord. Moi c'est ce que je cherche. Je pense qu'il y a l'expérience. Alors l'expérience, je regarde l'expérience achat. Quand vous m'avez demandé quel domaine, quel secteur, comme j'ai fait tous les secteurs, je pense que... Enfin, tous, non. Il y a beaucoup de secteurs que je n'ai pas fait, mais j'en ai fait beaucoup. Mais je pense que... Je regarde un peu moins dans quel secteur il a été. Par contre, je regarde s'il est ouvert à découvrir de nouvelles choses. Je pense que si c'est quelqu'un qui dit « Je vais essayer, je vais écouter » , c'est aussi quelqu'un qui écoute. Je pense que ça va aller beaucoup plus vite.
- Speaker #1
Bien sûr, ça on va le retrouver. Chez les jeunes, nous je sais que quand on crute, on va plus s'engager sur les soft skills, parce que les hard skills, on peut les apprendre, on peut développer les gens. Mais les softs, pour nous, elles sont très importantes. Quelqu'un qui a envie, qui a de l'ambition, et qui est surtout très à l'écoute. Pour moi, un acheteur qui ne l'écoute pas,
- Speaker #0
bon,
- Speaker #1
plus compliqué.
- Speaker #0
Dans votre équipe, s'il n'écoute pas, c'est déjà compliqué. Mais si demain, en face d'un fournisseur, il n'écoute pas, c'est très compliqué. J'étais un jour... Désolé, je refais une petite anecdote. J'étais un jour... J'étais face à deux recruteurs. Et c'était face à un recruteur et le directeur de la société. Ils expliquaient. Et moi, j'avais pris mon petit carnet. Je ne suis pas un grand fan de notes, mais j'avais ouvert mon carnet et je prenais des notes. Ils expliquaient, ils expliquaient, ils expliquaient. Et puis après 20 minutes, ils m'ont dit « Bon, vous n'avez pas de questions » . Et je leur ai répondu « Oui, j'en ai plein, mais j'attendais que vous ayez fini » . Ils m'ont répondu « Tiens, c'est la première fois qu'on a un candidat qui nous laisse expliquer et qui note et qui pose des questions à la fin » . Je dis « Oui, mais quand on fait une présentation au PowerPoint... » On laisse la personne faire ses slides et puis à la fin, on pose ses questions. Je dirais toujours un slide avec le magnifique point d'interrogation. Est-ce que vous avez des questions ? Et donc j'ai dit, j'ai fait la même chose. Et les gens étaient étonnés en disant, et puis j'avais plein de questions. Et puis ils ont dit, ah bon ? Parce que je revenais sur pratiquement les deux premières minutes. Il y a ça, il y a ça, j'ai entendu ça, mais quoi ? Et puis ils ont dit, écoutez, c'est la base. Je veux dire, si on est devant un fournisseur, souvent dans des vendeurs. qui vendent leurs produits, blablabla. Si vous n'écoutez que la moitié, ce qu'il a dit au début, c'est fini, vous ne l'avez pas entendu. Et donc, c'est sur ce point-là que vous allez pouvoir mettre l'accent en disant « Oui, mais j'ai entendu ça. Pourquoi est-ce que dans l'offre, je n'ai pas ça ? » Donc, c'est la première base aussi, c'est d'écouter. Oui, d'accord.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a d'autres choses, justement ? Parce que la question qui arrive, c'est comment est-ce qu'on juge et comment est-ce qu'on challenge un bon acheteur. Donc là, sur l'écoute. Est-ce qu'il y a d'autres choses que vous allez aller chercher, que ce soit sur du contrat ou sur le côté vraiment pitbull ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faut... Alors, on parle souvent d'intraverti, extraverti. Je pense que l'extraverti est beaucoup plus facile à faire ça, mais il faut le gérer. L'intraverti, il va falloir le pousser, mais je pense qu'il faut qu'un acheteur puisse aussi... poser les questions qu'il a. Et il n'y a pas de bêtes questions. Surtout quand on est en négociation, c'est les plus bêtes questions qui rapportent le plus.
- Speaker #1
Un exemple en particulier ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, j'ai toujours eu l'habitude de partir en négociation en tant qu'à ce moment-là manager ou CPO. Je dis à mes acheteurs, j'ai dit écoutez, moi je vais me mettre avec vous. Ah ouais, ça va faire un effet. Je dis oui, mais... Moi je suis là pour poser les bêtes questions. Et donc je posais des bêtes questions juste pour déstabiliser la personne que j'ai en face de moi. Et je pense que, c'est pour ça que je dis à un introverti, il va falloir le pousser à oser poser une question parce que c'est souvent quelqu'un qui est beaucoup plus réfléchi. Il dit, mais ça c'est vraiment bête si je pose ça. Je ne peux pas poser ça. Donc il faut le pousser à poser. L'extroverti va la poser, mais il ne va pas en tirer les bonnes conclusions. Donc il faut aussi lui dire, écoute. plutôt que de continuer à poser des questions. Donc, c'est deux styles différents. Mais je pense qu'il faut poser des bêtes questions et de temps en temps dévier. Pas toujours rester sur le... Et l'acheteur, il y en a qui font du travail et qui sont en train de forer un trou de plus en plus profond. On y va, on y va, on a encore de quoi forer. Oui, mais le trou, moi, je vais le faire plus large et je vais voir ce qu'ils peuvent faire. D'accord. Donc de temps en temps, il faut ouvrir son esprit et poser des questions tout à fait différentes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je n'ai pas d'anecdotes plus tard.
- Speaker #1
D'accord.