- #Enora Teyssendier
Bonjour et bienvenue sur Psycho-Sexo, le podcast de Eipsho. Eipsho, ça veut dire École Internationale en Psycho-Sexologie Holistique. Moi, c'est Enora Tessandier. Je suis la fondatrice de cette école et puis la formatrice principale. Et je vous laisse tout de suite avec cet épisode. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, je suis super contente d'accueillir Emmanuelle Salier. pour parler des couples, de la relation et avec l'angle de vue du système nerveux. Bonjour Emmanuelle.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Bonjour Enora.
- #Enora Teyssendier
Donc je te remercie d'avoir accepté l'invitation pour faire une petite présentation, enfin non, juste comment j'ai connu Emmanuelle. Donc c'était, c'est via Instagram. Et en fait, je sais pas, attends c'est quoi ton compte Instagram ? La Chercheuse.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ouais, c'est la chercheuse.
- #Enora Teyssendier
Donc voilà, peut-être que vous connaissez. Elle a un compte qui, à chaque fois qu'on échange, un nombre d'abonnés qui est sacrément augmenté. Et je suis épatée. Mais en tout cas, je ne sais plus quand est-ce que j'ai échangé avec toi la première fois. Je ne sais pas si toi, ça te parle ou pas.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Mais si, je m'en souviens, c'était au mois de juin. Et à l'époque, je n'avais même pas 10 000 abonnés.
- #Enora Teyssendier
Ok. Je pense que...
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Non, pardon, c'était au mois d'avril. C'était au mois d'avril et à l'époque, je n'avais même pas encore 10 000 abos. Oui,
- #Enora Teyssendier
parce que c'est ce que j'allais dire. Il me semblait que je te suivais depuis plus longtemps. Et oui, en juin, on a parlé pour faire un épisode de podcast qu'on a finalement déplacé à maintenant. Et depuis, voilà, c'est ça. Ça a encore vachement augmenté entre avril, entre juin et entre septembre. Bravo à toi. Mais en tout cas, ce n'est pas... anodin si ton compte il augmente si son compte il augmente parce que c'est du contenu moi que je trouve très parlant très concret et du coup ça illustre vachement bien tout ce qui est théorique en fait.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Merci beaucoup et puis c'est moi qui te remercie de m'inviter dans ton podcast et oui en effet j'ai vraiment à coeur de faire un compte ou des vidéos dans lesquelles on a des exemples parce que Merci. Moi aussi, pendant longtemps, je sortais de thérapie ou bien même je voyais des trucs passer sur les réseaux très théoriques et en me disant, oui, mais quand mon conjoint, il fait ça, au moins je fais ça, concrètement, je fais quoi ? Et je me suis dit que j'allais montrer aux gens du concret. Je crois que ça marche bien.
- #Enora Teyssendier
C'est trop bien. En fait, pour vous expliquer, je ne sais pas si je te l'ai dit à toi, Emmanuel, et peut-être je l'ai déjà dit sur le podcast, moi, je suis éduquepée à la base. Et donc, en vrai, je suis du terrain, en fait. Et dès qu'il s'agit de théorie, Bon, la théorie de l'attachement, ça va. Celle-là, ça va. Parce que justement, il y a eu des expériences et des vidéos. Donc, ça m'a permis de même faire les liens entre la théorie et le concret. Mais pour beaucoup de choses théoriques, ça me... J'allais dire ça me barbe, mais c'est au-delà. C'est que mon cerveau, il a du mal à capter. J'ai vraiment besoin de mettre toujours du concret, du pratique, du terrain dessus. Et donc, c'est aussi pour ça que j'ai eu cette attirance sur ton compte. C'est parce que le tien, c'est du concret.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok, merci. C'était vraiment le but.
- #Enora Teyssendier
Et en même temps, je ne sais pas comment faire sur mon compte pour mettre du concret. Parce que je n'ai pas forcément envie de parler tout le temps de ma propre sexualité ou des choses comme ça. Ce n'est pas évident. Je trouve aussi, je salue le fait que tu parles beaucoup de ton couple. Et j'ai envie de dire, je salue aussi ton conjoint qui, du coup, a accepté ça aussi.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Oui, c'est vrai que tu fais bien de le nommer. Ça ne se voit pas forcément, mais c'est beaucoup de travail avec mon conjoint. pour définir la limite. Qu'est-ce qu'on dit ? Qu'est-ce qu'on ne dit pas ? Toutes les disputes qu'on a, je ne peux pas toutes les mettre parce qu'il y a des sujets qui sont trop persos pour l'un ou pour l'autre. Évidemment, tout ce qui est dans la sphère intime, je n'en parle pas alors qu'il y aurait des montagnes à dire sur le système nerveux, etc. Mais voilà, il y a une limite et il faut la trouver et c'est beaucoup de discussion.
- #Enora Teyssendier
Oui. Bravo à vous, du coup.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Merci, je vous dirai.
- #Enora Teyssendier
Donc je vais te laisser te présenter un petit peu plus ce que tu as envie de dire.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok. Je m'appelle Emmanuelle, j'ai 35 ans, je suis ingénieure de formation. Et par rapport à différents événements de vie, j'ai été amenée à faire de la thérapie, voire même à un moment donné de la régulation du système nerveux, parce que j'avais beaucoup d'anxiété. Puis j'avais aussi eu des chocs traumatiques, comme par exemple l'accouchement de mon premier enfant. Et cette méthode de régulation du système nerveux m'a apporté tellement de choses que je me suis dit « non mais c'est vraiment trop bien, j'adorerais faire ce métier » . Bon, les enfants en bas âge, la vie faisante, ça ne s'est pas concrétisé tout de suite. Et à un moment donné, je me suis dit que vraiment, j'avais envie de faire ça comme métier vraiment, d'accompagner les gens, parce que ça m'avait sauvé. Je pense que c'est ce qui m'a sauvé mon couple. Et après, je ne me suis pas lancée sur les réseaux sociaux tout de suite. J'ai commencé ma formation, voilà. Et maintenant, je me lance sur les réseaux en me disant je vais partager ce que j'ai appris, ce que j'ai compris et montrer aux gens que leur façon d'être en lien avec les autres est vraiment très biologiquement câblée. C'est en eux, ils n'en ont pas forcément conscience. Et les amener doucement à cheminer vers qui ils sont vraiment. Et maintenant, je suis à temps partiel, je développe mon activité, j'ai une journée qui est dédiée à ça, et puis peut-être un jour ça sera plus. Mais voilà, je commence doucement ce métier-là et je trouve ça trop cool.
- #Enora Teyssendier
Yes, trop bien. Eh bien, bravo pour ce partage et pour ce parcours. Et tu as écrit un livre aussi.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Oui, alors ça, c'était avant même que je commence ma formation en régulation du système nerveux. Mais j'ai fait une grosse dépression postpartum. Et après cet accouchement, j'ai été en choc post-traumatique. Donc en fait, si tu veux, j'avais l'impression de ne plus être moi-même. J'avais un peu perdu mes repères, ma joie de vivre. Je faisais des cauchemars, je pouvais faire des crises d'angoisse. Même, j'avais des trous de mémoire dans la journée. Et j'avais été vue par une ostéo qui m'avait expliqué ce que j'avais. déjà un choc post-traumatique et que ça se réglait. J'avais fait de l'EMDR, tu sais, avec les mouvements des yeux, qui m'avaient vraiment remis un petit peu d'aplomb. Mais derrière, il y a une grosse dépression post-partum. Et quand je m'en suis sortie, j'ai eu envie d'écrire ce bouquin. À la base, j'ai eu envie de l'écrire vraiment pour ma sœur, en me disant, le jour où elle a des enfants, il faut que je la prévienne, quoi. Mais au final, c'était l'idée d'expliquer ce que moi, j'ai traversé en devenant maman. Et aussi parce que j'avais l'impression que c'était un petit peu dans les films ou à la télé qu'on voyait le poids de la société, le conditionnement des femmes, la charge mentale. Et en fait, tout ça est arrivé dans ma vie en même temps que je suis devenue maman. Et c'est un petit peu ma compréhension à moi de tout ça et un témoignage que je lis dans ce livre.
- #Enora Teyssendier
Ok. Alors, je ne sais pas si tu sais, ni si vous savez les auditeurs, mais je suis d'où là aussi ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ah, non, je ne savais pas.
- #Enora Teyssendier
Ouais, et j'en parle pas du tout parce que, bon, certes, les personnes que j'accompagne, en général, elles ont suffisamment d'outils pour ne pas en arriver, enfin, pour pas qu'il y ait de trauma de ce qu'elles vivent à la maternité. Mais en fait, il y a trop souvent des choses où moi, je suis, j'observe que c'est de la violence. Et pour moi, c'était trop difficile émotionnellement, en fait, à voir. Et puis, en fait, quand j'accompagne les traumas, il y en a beaucoup suite à l'accouchement. et du coup j'ai vraiment mis de ce côté cette partie là, l'accompagnement pendant la grossesse enfin parce que moi j'accompagne pas au niveau de la naissance c'est vraiment d'accompagner les couples à être autonome le jour de la naissance et du coup la femme à pouvoir s'apaiser au conjoint de pouvoir l'accompagner dans cet apaisement enfin différentes choses et donc voilà, dernièrement j'accompagne uniquement des amis Merci. mais c'est vrai que je l'ai mis de côté ok,
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
mais je peux comprendre c'est vraiment pas facile mon conjoint aussi il a été un peu traumatisé de tout ça on peut vite basculer dans la violence on m'a pas demandé mon avis pour plein de choses parce qu'il fallait faire vite,
- #Enora Teyssendier
parce que l'enfant allait pas bien moi je comprenais pas ce qu'il se passait c'était vraiment une expérience traumatique pour moi et puis quand tu sais je sais pas si tu t'es plus renseignée pour la deuxième grossesse ta deuxième recesse ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Alors, pour la première grossesse, je voulais éviter les violences obstétricales. J'avais très peur. J'avais fait ce qu'on appelle un accompagnement global à la naissance. Donc c'était un sage-femme qui t'accompagne du début jusqu'à la fin, jusqu'à l'accouchement. Manque de peau le jour de l'accouchement, et bien il n'était pas là parce qu'il avait accouché quelqu'un d'autre la veille ou l'avant-veille. Donc en fait, j'ai eu une remplaçante qui ne m'avait pas suivie. Donc déjà, j'étais un peu frustrée. Bon, il y avait déjà un truc qui ne partait pas bien. Et au final, voilà. J'ai eu des violences, objectivement. En tout cas, ma psychologue a noté dans mon dossier violences obstétricales. On ne m'a pas demandé pour me faire une épisotomie. On ne m'a pas prévenu avant de me faire le forceps. Je n'ai même pas compris ce qui se passait. C'est la douleur qui m'a fait comprendre que c'était un forceps. Donc voilà, des trucs vraiment aberrants. Et pour ma fille, je me suis dit, de toute façon, comme l'adage dit, va où tu veux, meurs où tu dois. Moi, je me suis dit, va où tu veux, accouche comme tu dois. Et en fait, je me suis mis à l'hôpital public qui était à côté de chez moi. J'ai fait un accompagnement basique avec une sage-femme basique. Et je me suis dit, le jour J, j'irai et on verra. Et en fait, ça a été un événement, mais merveilleux.
- #Enora Teyssendier
Ok.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Tu m'aurais donné un crayon, un papier, je n'aurais même pas pu écrire une histoire aussi belle. J'étais la seule femme à accoucher ce soir-là, donc toutes les sages-femmes étaient disponibles, détendues. Tout le monde a accueilli ma fille, elle chuchotait dans la salle. Et j'ai sorti ma fille moi-même. Elles m'ont laissé le faire. J'avais une péridurale, mais juste dosée, donc je sentais tout sauf la douleur. C'était merveilleux, mais magique. Et je me suis dit, bon ben, c'est une petite réparation pour la première fois.
- #Enora Teyssendier
Trop bien. Du coup, ce que j'allais dire, c'est que quand on sait le fonctionnement de la physiologie, on sait que ce que tu as pu vivre pour la première, enfin, ta première grossesse ou ton premier accouchement, en fait, un moindre petit truc, et qui peut venir du milieu médical parce qu'ils ne le savent pas. En fait, moi, j'ai halluciné. Les sages-femmes ne sont pas formées à la physiologie de la naissance. Elles savent tout faire pour les problèmes, mais ce qu'elles ne savent pas, c'est qu'en fait, c'est elles qui engendrent les problèmes. Et après, tu as une cascade d'enchaînements de choses et on dit que l'enfant est en danger, par exemple, alors qu'en fait, c'est parce qu'elles, elles ont mis en place des choses qui ont fait que... Bref, ce n'était pas le sujet de l'épisode du jour. Je ne sais pas combien de temps de discrétion on aura eu, mais allez, ce n'est pas grave. ton livre il s'appelle comment quand même ? il s'appelle la montagne d'une jeune maman ok je le mettrai dans la description de l'épisode donc pour rentrer dans le vif du sujet bon même si c'est tout a des liens et ce que tu as pu partager a aussi des liens j'imagine avec après comment ça se passe dans le couple concernant aussi le système nerveux comment ça se passe oui Donc en tout cas dans un épisode précédent, on a exploré la théorie de l'attachement avec Sabrina Leroy, je remettrai l'épisode dans la description. Et aujourd'hui on va parler du coup, on va continuer un petit peu par rapport à ce sujet, on va parler du couple. Tu parles un petit peu de certaines choses qui viennent de la théorie de l'attachement, mais toi tu te bases vachement sur l'activation du système nerveux. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est l'activation du système nerveux ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Dis-nous ce que tu as envie de partager à ce Enora, s'il te plaît.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok. En fait, ce que j'ai expérimenté, et après ce pourquoi je me suis formée au niveau du système nerveux, est basé sur la conscience du fait que, quand on est face à un autre être humain, il va y avoir des choses qui vont se passer dans l'ordre... biologique en fait, au niveau de ton corps, parce qu'en fait ton corps va regarder avec l'autre personne est-ce que tu es en sécurité ou est-ce que tu es en danger. Et cette façon de ressentir le lien à l'autre, elle est prédéfinie, elle est câblée par à la fois l'attachement dans ton enfance, avec tes figures d'attachement, celles qui sont censées prendre soin de toi et te mettre en sécurité, te donner de l'amour, et aussi toutes tes expériences de vie, ce que tu auras vu à l'école, ce que tu auras vécu dans le cercle de l'amitié. Parfois même tes premiers amours, tout ça vont faire que tu vas enregistrer est-ce que tu es en sécurité ou est-ce que tu es en danger dans un lien avec une autre personne. Et quand on arrive après dans notre vie d'adulte, et surtout quand il y a de l'enjeu, donc souvent dans les relations avec notre conjoint, notre conjointe, avec nos enfants aussi, on voit ça. Et puis après, un peu les parents, la famille, on va avoir notre système nerveux qui sera câblé pour se mettre en sécurité dans ce lien. Et c'est quelque chose qui est inconscient, c'est-à-dire que c'est plus rapide que la pensée comme mécanisme. Donc par exemple, tu vas te retrouver face à quelqu'un qui va dire une phrase et tu peux avoir la boule au ventre ou sentir que quand il te dit ça, ta respiration se coupe. Et ces mécanismes-là sont plus rapides que la pensée, donc tu n'as même pas le temps de comprendre ce qui se passe. C'est exactement la même chose que si par exemple quelqu'un arrive et te saisit les mains, ton corps va se crisper. Il est câblé pour ça. Parce qu'il sent que l'autre main en face, il est trop proche, il t'attrape les mains, tu ne peux plus bouger, je ne suis pas en sécurité, je ne suis pas libre de mes mouvements. Donc tu vois, c'est vraiment archaïque comme chose. Et le système nerveux, c'est la même chose qui gère la digestion, le rythme cardiaque, le sommeil. Donc des trucs inconscients. On n'a pas la main là-dessus. Et donc au début, on a des réactions qui sont subies. Donc on va être en couple avec notre partenaire, par exemple. Il ne va pas répondre à notre texto, il va... je ne sais pas, pas vouloir avoir ces discussions avec nous ou nous faire une réflexion. Et bien là, on monte dans les tours, on s'énerve, on s'agace, ou bien on a envie de pleurer. Et ces réactions, elles sont à observer parce qu'elles nous montrent comment nous, on est câblés dans le lien. Et ça, ça a été une révolution pour moi parce que j'ai vraiment cru déjà que de 1, ma façon de réagir était mon identité. Je pensais que j'étais impulsive, je pensais que j'étais anxieuse, et j'étais comme ça, que ça ne se change pas. Et pareil, j'avais plein d'étiquettes collées sur mon conjoint. Parce que je n'avais pas conscience que ce n'était pas mon identité, c'était juste des mécanismes de survie qui étaient déclenchés par mon système nerveux. Parce que je n'avais pas de sécurité. Et je n'avais pas de sécurité notamment dans le lien à mon conjoint. Et c'est ça que je fais aujourd'hui maintenant, c'est que j'accompagne les gens, en individuel ou en couple, pour regarder qu'est-ce qui déclenche leur système nerveux. C'est ça mon point de départ. Pour comprendre, en fait, si son système nerveux est déclenché, c'est qu'il y a un danger, et c'est quoi ce danger ? et ensuite reprogrammer le système nerveux pour lui montrer que peut-être à l'époque, il y a eu un danger, mais aujourd'hui, on n'en a plus parce qu'on est des adultes, on n'est plus des enfants. Et cette espèce de programme obsolète qui nous fait réagir, on peut le reprogrammer.
- #Enora Teyssendier
Ça me donne déjà des questions et je me dis que là, il faudrait que je les garde pour la fin. Du coup, tu peux nous expliquer concrètement comment ça se répercute dans le couple ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Oui. Alors, dans le couple... on va avoir des blessures qui vont s'activer, c'est-à-dire que ces blessures nous appartiennent. Bon, alors attends, je recommence. Le discours que je vais avoir là est en dehors de tout ce qui est violence verbale, physique, émotionnelle, sexuelle, parce qu'évidemment, quand on a ce genre de violence qui arrive dans le couple, le système nerveux est sainement et normalement câblé pour réagir. Donc l'humiliation, un geste violent... Tout ça, c'est normal que ça nous fasse stresser, c'est normal que ça nous mette en insécurité. Donc quand je parle de recalibration du système nerveux, de reprogrammation, je ne suis pas du tout sur ces registres-là. Je suis vraiment sur des actions qui, pour tout un chacun, ne seraient pas problématiques, mais pour certaines personnes, ça va l'être. Et c'est pour ça que je dis souvent dans mes vidéos, est-ce que quelqu'un d'autre, dans une autre culture, à l'autre bout de la planète, d'un autre sexe, d'un autre âge, réagirait comme nous ? Donc, si la réponse est non, il y a fort à parier que c'est sûrement une blessure qui nous appartient. Bon, maintenant que j'ai dit ça, comment ça se répercute dans le couple ? Donc, je vais avoir des blessures, par exemple de ne pas avoir été assez vue quand j'étais enfant, de ne pas avoir été assez écoutée. Et quand je vais être avec mon conjoint, dans le lien que je vais avoir avec lui, mon système nerveux est câblé pour repérer ces choses-là. parce que c'est quelque chose qui me fait mal et je ne veux pas le revivre. Donc à chaque fois que je vais avoir le sentiment que mon conjoint ne me voit pas, que mon conjoint ne m'écoute pas, ça va activer mon système nerveux. Et on va se retrouver dans des scènes où par exemple je vais lui raconter quelque chose, mais il est occupé, il va me dire « ah oui oui, moi je ne me sens pas écouté » et tout de suite ça vient m'activer. Donc quand on parle de l'anxieux et de l'évitant, c'est quelque chose qu'on retrouve beaucoup dans le fait de garder le lien. ou de rester en sécurité. On a du coup les anxieux qui vont avoir tendance à avoir besoin de réassurance, de sentir que l'autre est là. Ils ont besoin du lien, d'être réassurés dans ce lien. Et les évitants, ceux qui ont un attachement de type évitant, ont tendance à vouloir garder leur distance, avoir une bulle, avoir un sas de décompression dans le lien. Et ça, c'est typiquement des blessures qui, comme elles sont contradictoires, font des cercles vicieux ou des boucles. Mais il n'y a pas que l'attachement, il n'y a pas que les évitants, les anxieux, etc., qui font des boucles. Ça peut être, par exemple, je vais te donner un exemple de mon couple. Moi, j'avais un besoin de contrôle exacerbé, parce que pour moi, le contrôle, c'était la sécurité. Et mon conjoint est épidermiquement allergique au contrôle. Donc, régulièrement, il y avait des boucles qui pouvaient se passer entre nous, où j'allais lui demander, est-ce qu'il avait bien vérifié pour la voiture ? Est-ce qu'il avait bien vérifié pour la vaisselle ? Est-ce qu'il avait fait ci, il fait ça ? Et lui, à ce moment-là, il montait en pression en se disant « Non, mais je suis autonome, je n'ai pas besoin qu'on me contrôle. » Et donc, il contre-attaquait en me disant que c'était moi le problème, que j'étais hyper contrôlante, etc. Et quand en thérapie, on a compris tous les deux quelles étaient nos blessures et comment en fait, l'un et l'autre, on venait marcher dessus, on mettait les gros pieds dans le plat de la blessure de l'autre, déjà, ça nous a appris à prendre soin du lien. Et ça nous a aussi appris que nos blessures, on en est responsable. C'est pas l'autre le problème.
- #Enora Teyssendier
C'est super intéressant l'exemple que tu donnais et qui sort justement d'exemples par rapport aux théories de l'attachement, sécure, insécure. Est-ce que tu en as d'autres, des exemples concrets, des exemples concrets peut-être du quotidien ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Où il va y avoir des blessures qui s'activent l'une l'autre ?
- #Enora Teyssendier
Par exemple ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Je réfléchis. Qu'est-ce que je peux te trouver ? Alors. Par exemple, pour mon conjoint, c'est très important, ou en tout cas c'est quelque chose de vertueux, d'être très cultivé. Donc il est très renseigné sur des auteurs, des compositeurs, des titres de films, des livres, etc. Plein de choses qui, moi, ne m'intéressent pas forcément. Et moi, je viens d'un milieu familial où on est un petit peu complexé par notre culture générale. On parle beaucoup de nos émotions, il y a plein de choses qu'on aborde dans nos vies, mais pas vraiment la culture. Et exemple de blessure qui s'active l'une l'autre, quand mon conjoint va me parler de quelqu'un, d'un auteur, et que je lui dis « je ne sais pas qui c'est » , et qu'il me dit « quoi ? Mais tu ne sais pas qui c'est lui ? » Alors là, moi, je vris complet. Je sens au fond de moi l'activation de l'attaque, et d'ailleurs je lui répondais au début « excuse-moi, mais non, je ne sais pas qui c'est » , et puis j'étais assez... agressive avec lui en lui disant « quand je suis née, c'était pas tatoué sur mon bras le nom de ce mec, alors je sais pas qui c'est » . Moi, je partais dans le sarcasme, dans l'humour, pour tourner en dérision un petit peu. Et quand je faisais ça, lui, ça lui donnait l'impression que il était pas vu dans son envie de partager des choses, et qu'en fait, il était victime juste de mon comportement agressif. Et en fait, à chaque fois, lui, il avait l'intention de partager avec moi cet auteur, ce compositeur. Je ne savais pas qui c'était. Il me le pointait. Puis moi, je l'agressais en lui disant « je n'étais pas censée savoir » . Et en fait, à la fin, on finissait par ne plus parler culture. Juste parce que tous les deux, on avait des blessures et on ne pouvait pas vraiment communiquer à cet endroit-là. Jusqu'à ce que je comprenne que mon complexe d'infériorité sur la culture, j'allais le régler. Et que lui comprenne que quand je... Je suis agressif comme ça, c'est pas contre lui, c'est que je suis en pleine activation en fait. Je suis en plein trauma. Ça c'est un autre exemple que je peux te donner.
- #Enora Teyssendier
Et vous faites comment du coup maintenant ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Alors aujourd'hui, on repart toujours de notre système nerveux. Donc par exemple, ça dépend de notre niveau de fatigue aussi, pour le repérer. Mais globalement, quand tout va bien, je vais dire quelque chose, et lui va me dire, tu vois ce que tu as dit là ? J'ai senti que ça m'a touchée. Donc ça veut dire qu'il se sent. que lui ça le saoule ou que ça lui donne envie de partir parce qu'il est énervé ou bien que ça le fige et il me dit ah là je sens que ce que tu m'as dit ça m'a fait un truc là, donc moi j'ai l'info il dit ah ouais ? quand j'ai dit ça ça t'a fait quoi ? t'as eu l'impression de quoi ? et il me dit ben dis-moi quand t'as dit ça j'ai l'impression que tu m'as pris pour un con il me dit ah ben non c'est pas du tout ce que j'ai voulu faire et on en parle ou alors sinon des fois je vais dire un truc lui va contre-attaquer enfin je dis ça mais ça peut être l'un ou l'autre l'exemple je dis un truc, il contre-attaque. Et c'est sa contre-attaque que je vois, en fait. C'est-à-dire que parfois, on voit pas soi-même son activation, puisque des fois, c'est réflexe, et ça nous chope encore, même si on bosse dessus depuis quelques années. Et c'est lui qui va me dire... Enfin, c'est moi qui vais lui dire, ah, je vois que là, t'es un peu agressif dans le ton de ta voix, etc. J'ai dit un truc qu'il faut pas, et on en parle. Donc, on revient toujours à la dérégulation de chacun, et qu'est-ce que ça dit de nous.
- #Enora Teyssendier
Et du coup... Par rapport à l'exemple concret que tu as donné de la culture, est-ce que lui, il va dire les choses différemment maintenant ou est-ce que c'est toi qui vas réagir différemment ? C'est comment maintenant à ce Enora ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Alors, on connaît les blessures de l'un de l'autre. Chacun, c'est en travail, mais on les connaît. Donc aujourd'hui, mon conjoint ne me dirait plus du tout « Mais lui, tu ne sais pas qu'il sait ? »
- #Enora Teyssendier
Oui,
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
non.
- #Enora Teyssendier
Il ne dirait pas ça.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Pas du tout. Parce qu'en fait, il sait que c'est une corde sensible chez moi, même si c'est en travail. C'est une façon en fait de... C'est ça aussi que j'apprends à mes clients, c'est... À un moment donné, l'autre, il va avoir des blessures, il va travailler dessus, mais ça prend du temps parfois. Donc, dès lors que vous savez que ça, c'est la blessure, prenez-en soin, faites attention. Et c'est comme ça, en fait, qu'on construit la sécurité émotionnelle. Donc, il sait que ça, c'est ma blessure, il ne va pas le dire comme ça.
- #Enora Teyssendier
Très bien. Et par rapport aux personnes que tu accompagnes, ce serait quoi les situations qui reviennent le plus souvent dans leur couple ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Alors... Dans les couples que j'ai pu accompagner, déjà quand ils arrivent, ils sont fatigués. La situation qui vient, c'est qu'ils ne se parlent plus, la communication n'est plus trop possible. Ils se disputent aussi énormément, c'est-à-dire qu'ils essaient de communiquer. Mais dans leur façon de communiquer, ça dure trois heures parce qu'ils essaient de se mettre d'accord mais ils n'y arrivent pas. Ils essaient de se comprendre mais ils n'y arrivent pas. Donc voilà, déjà la communication c'est compliqué, ils sont fatigués. Et moi ce que je remarque aussi, c'est que chacun pense que l'autre est à peu près comme lui. Ils n'ont pas conscience qu'ils sont différents. Donc les blessures qu'elle va avoir, elle pense que lui aussi les a et inversement. Et souvent aussi, ce que je vois beaucoup dans les couples que j'accompagne, c'est que l'un décrit l'autre. C'est-à-dire que rarement, ils vont dire, moi je suis comme ça, moi je suis comme ça, ils commencent par dire, elle, elle fait ça, et lui, il me dit, oui, mais... Et inversement, elle, elle me dit, ben lui, il est comme ci, il est comme ça, il est comme ça, et donc je dis, mais parlez de vous. On revient sur chacun. Moi, je veux rendre à chacun son individualité, et on parle pas pour l'autre, etc. Alors, j'ai des évitants anxieux, classiquement, mais j'ai aussi, par exemple, deux anxieux. ou deux évitants. Et d'ailleurs, j'en profite pour le dire que les gens qui pensent qu'anxieux-évitant, c'est un couple qui ne doit pas exister parce que ce n'est pas compatible, c'est tout autant le bordel chez deux anxieux ou deux évitants. C'est juste des dysfonctionnements dans la façon d'être en lien. Donc deux anxieux, c'est des disputes explosives qui n'en finissent pas, des crises de jalousie, voilà, ça peut. Et deux évitants, ils ne se parlent jamais. Donc en fait, au final, ce n'est pas mieux.
- #Enora Teyssendier
Donc maintenant, j'ai des petites questions très concrètes. Quand une personne a un style anxieux, quand elle se sent menacée dans la relation, qu'est-ce qu'on voit concrètement ? Comment elle peut réagir ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Donc, la personne qui a un attachement de type anxieux, elle a compris dans sa construction qu'il faut y aller. Il faut aller vers l'autre, il faut se mettre en mouvement. Donc, c'est une activation du système nerveux qui est très haute. Et quand un anxieux sent que, tiens, il ne répond pas à mes messages, il ne veut pas discuter, enfin, je dis il, mais il ou elle. Là, ça fait plusieurs jours qu'on n'a pas passé un moment tous les deux. Donc, voilà, le système nerveux commence à se mettre en alerte en se disant, je perds le lien. Et bien, l'anxieux, il va y aller. Est-ce qu'on peut discuter ? Est-ce qu'on peut se voir ? Il va envoyer plein de messages. Donc, il va se mettre en action. Ça va commencer par ça. en fonction du degré, et puis ça dépend des gens aussi, mais on peut retrouver après des comportements de protestation, on appelle ça comme ça. Donc ça veut dire qu'on va bouder, on va punir par le silence, on peut envoyer des piques, envoyer du sarcasme. En fait, l'idée, c'est de piquer l'autre, le faire bouger. En fait, c'est tellement insupportable que l'autre ne réagisse pas, que l'autre, même quand on s'agite un peu, prenne un peu le large, qu'on va tout faire pour avoir une réaction. Parce que la dispute reste un lien là où le silence n'en est pas un. Et on retrouve quand on va à l'extrême des menaces ou du chantage à la rupture. Parce qu'en fait, l'anxieux attend que l'autre se réveille et lui dise « Non, non, non, reste ! » Pour vraiment avoir cette preuve qu'il compte et que le lien est maintenu. Bon, c'est complètement antirelationnel, ça fait des gros dégâts, mais c'est comme ça que son système nerveux est câblé.
- #Enora Teyssendier
Ok. Et pour une personne qui serait d'un style évitant ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Les évitants, c'est... Alors, quand un évitant va se sentir un peu étouffé, un peu contrôlé, il peut y avoir aussi le fait que... En fait, dans les évitants, il y a plusieurs profils. Il y a ceux qui se disent « je n'arrive pas à entrer en lien parce qu'elle peut me trahir, parce que, en fait, moi j'ai appris dans mon enfance que le lien, il est... » pas très stable, il est même peut-être des fois inexistant. C'est un peu compliqué parce qu'il y a vraiment ce détachement, comme une espèce de dissociation, tu vois. Et sa façon de réagir quand l'autre va commencer à s'énerver, c'est de se dire « bon, ça confirme mon scénario, c'est quelqu'un qui est instable, c'est quelqu'un qui ne va pas être là pour moi. » Et du coup, ils ont envie de fuir. Et après, tu as les évitants qui ont juste envie d'être en lien. Pour eux, le lien, ça peut être bien, mais attention parce que c'est contrôlant, attention, c'est étouffant. Donc quand l'anxieux va commencer, en tout cas quand quelqu'un va arriver et lui dire « Ah mais tu sais, toi t'es tout pour moi, j'ai vraiment besoin de toi. » Alors là, ils se disent « Mon Dieu, mais en fait, ça va m'étouffer si elle compte que sur moi. » D'ailleurs, dans les personnes que j'accompagne qui ont un profil évitant, la phrase qui revient c'est « Je ne veux pas qu'il ou elle dépendent de moi. »
- #Enora Teyssendier
Et je dis, mais il ou elle a besoin de lien, c'est pas forcément de la dépendance affective. Déjà de clarifier, ça les apaise, mais il y a ce truc de, on peut pas m'étouffer. Et alors, toutes les phrases comme, je pense qu'il faut que tu changes, je pense qu'il faut que t'ailles voir un thérapeute, alors là, c'est du contrôle. Et ça, ça leur donne envie de prendre le large.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Aux évitants.
- #Enora Teyssendier
Aux évitants, ouais. Ça leur donne envie de partir. Mais c'est même des fois très confusant, parce qu'ils se disent... Mais en fait, peut-être que je ne suis pas bien dans cette relation, peut-être que je ne l'aime pas. Ils doutent vraiment de leurs sentiments à cause de l'activation de leur système nerveux qui leur dit « danger, danger, il faut que tu partes » . Et c'est arrivé d'ailleurs à un de mes clients. Il s'est éloigné et à la seconde où il n'était plus à côté de la source de danger, donc sa copine, il m'a dit « mais en fait, je me rends compte que je l'aime » . Donc, c'est montrer à quel point c'est une réaction biologique par rapport à un danger. Et que quand cette réaction est que ce calme et qu'on se reconnecte à nous-mêmes, on y voit plus clair.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Et quelqu'un qui aurait un profil désorganisé ?
- #Enora Teyssendier
Quelqu'un qui a un profil désorganisé, c'est compliqué. Et je recommande vraiment de se faire accompagner quand c'est comme ça. Mais en gros, c'est quelqu'un qui, au même moment, va avoir envie de proximité par rapport à un partenaire, une partenaire, et en même temps, c'est pas possible. Donc, ce sont des personnes qui vont, par exemple, être très, très, très anxieuses quand le partenaire s'en va au travail ou ne répond pas à un message. Et si jamais il vient faire un câlin, demander peut-être un peu d'intimité, c'est « Oh, attends, attends, là, je ne peux pas ! » ou fuir dans une activité ménagère, une tâche, un truc. Donc, avec la même personne, il y a à la fois une profonde peur, anxiété quand il n'est pas là et quand il s'en rapproche, c'est pareil, on ne veut pas.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
En général, c'est des personnes qui ont vécu des traumas complexes.
- #Enora Teyssendier
C'est des traumas complexes. Souvent, il y a de la violence. Quelque chose qui est enregistré dans le système nerveux que quand on est en lien avec quelqu'un, à la fois, s'il n'est pas là, on meurt. Et à la fois, s'il est là, on est en danger. Il y a vraiment cette ambivalence. Et les gens qui sont en couple avec des partenaires désorganisés, c'est compliqué. Ça demande beaucoup de cohérence, beaucoup de régulation. Franchement, il faut se faire accompagner. Moi, c'est ma vision.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Je rigole parce que mon dernier partenaire, en fait, était là-dedans.
- #Enora Teyssendier
Ah oui. On voit bien la complexité.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Oui, ben voilà, ça a fini qu'on n'est plus ensemble. Mais oui, mais il y a ce truc-là. En fait, je suis bien que seule et en même temps, j'ai besoin de l'autre. Mais non, je suis bien que seule. De toute façon, je ne peux pas compter sur les autres. Mais j'ai besoin de l'autre. et c'est un yo-yo en permanence ouais c'est compliqué émotionnellement c'est très compliqué en tout cas c'était le cas de cet ex et puis pour un certain nombre de personnes quand ils ont un style d'attachement désorganisé et du coup qu'est-ce qui se passe quand quand Ces profils se mettent en couple, ces différents profils. Est-ce que tu peux nous donner des exemples un peu concrets ? Pardon, et là, on est parti sur les styles d'attachement, mais peut-être que tu peux faire les liens aussi par rapport au système nerveux, avec toi,
- #Enora Teyssendier
ta propre approche. Quand deux personnes vont se mettre en couple, Si je prends l'angle de l'attachement, mais après, ça pourra se généraliser à d'autres blessures. Mais en gros, on est en lien avec quelqu'un, et donc notre système nerveux va rejouer sa partition classique qu'il connaît quand il est en lien. Donc, qu'est-ce qui fait sécurité ? Qu'est-ce qui fait danger ? Chez les anxieux, ce qui fait sécurité, c'est le fait qu'on s'intéresse à moi, le fait qu'on me valide, qu'on me fasse des compliments, le fait qu'il y ait de la proximité, par exemple. Encore une fois, c'est un tableau général, parce que ça peut être plus compliqué.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Bien évidemment.
- #Enora Teyssendier
Mais voilà. J'ai en tête, dans mon inconscient en tout cas, que ça, ça fait sécurité, ça me fait me sentir bien dans la relation. Et j'ai pareil une autre grille qui est tout ce qui n'est pas relationnel pour moi et qui va me mettre en alerte. Et chez l'anxieux, souvent ça va être les silences, la distance, le fait de ne pas être validé, le fait qu'on puisse nous dire « je préfère aller ce soir faire du sport que de passer la soirée avec toi » . Et les évitants, pareil, ils ont leur propre grille de lecture. Ce qui va faire sécurité, c'est qu'on me laisse mon libre-arbitre, de voir que j'ai de la liberté, que je suis entendue quand je discute, voilà, ou compris. Et ce qui fait danger, c'est quand on essaie de me changer, quand on essaie de me contrôler. Et donc, quand on va se mettre en couple, quand les deux vont se mettre en couple, chacun va commencer à être en relation. Alors au début, oui, c'est la lune de miel. Alors on s'adapte un peu, on porte des masques, c'est normal. On a même physiologiquement des choses qui sont atténuées. On n'est pas tout à fait lucide de la même façon que quand ça s'apaise.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Oui, il y a des zones du cerveau qui se désactivent.
- #Enora Teyssendier
Complètement. Puis cette phase passe, et là, on arrive dans quelque chose qui ressemble un peu plus à nous-mêmes, donc dans à la fois nos qualités, mais nos défauts, dans ce qui fait sécurité pour nous et ce qui fait danger. Et c'est là qu'on commence à appuyer sur les blessures de l'un et les blessures de l'autre. En fait, l'attachement entre anxieux et évitant, souvent ce que je vois, c'est que c'est une partie des problèmes de couple, parce que c'est vraiment au cœur du lien sur... L'anxieux a peur qu'il parte et l'évitant a peur qu'il ou elle se colle trop. D'accord. Mais avant d'en arriver là, il y a plein de choses qui se passent dans le couple. Ta façon d'écouter ce que je dis, ta façon de valider ce que je ressens, ta façon de me montrer, tu sais on parle beaucoup des langages de l'amour, ta façon de me montrer que tu tiens à moi, et bien qu'en le disant, par des petits gestes, par plein de choses, tout ça va faire que dans le couple, il y a un climat de sécurité émotionnel qui va se déposer, ou pas. Par exemple, moi, j'ai été la reine dans mon couple pour ne pas créer de sécurité émotionnelle, par exemple à cause du sarcasme ou de la moquerie. Quand mon conjoint pouvait me partager son avis, je pouvais me moquer ou je pouvais lui dire, je ne sais pas, ça c'est bien un avis d'homme. Des phrases qui sont complètement antirelationnelles, mais je n'avais aucun recul sur ce genre de choses. Et dans le système nerveux de mon conjoint, c'était quand je lui formule quelque chose, je ne suis pas vue, je ne suis pas validée, limite on se moque de moi. Et ça crée une expérience dans son système nerveux. Et quand on n'apprend pas à relationner, quand on n'a pas conscience de ça, on renforce les systèmes nerveux de l'un et de l'autre dans le fait qu'il n'y a pas de sécurité, je ne suis pas vue, je ne suis pas entendue, il ou elle, c'est qu'un con, c'est qu'une conne, etc. À l'inverse... quand on commence à apprendre à relationner différemment, on peut recommencer ces schémas-là. Donc si par exemple... Oui ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Non, j'allais dire c'est à dire, mais vas-y.
- #Enora Teyssendier
On peut les reprogrammer. Par exemple, mon conjoint va me faire une réflexion et je vais bouder. Parce que je suis pas encore... Voilà, ça m'active. Pour l'instant, je peux pas faire autrement. Pour le moment, je boude. Et ben, quand il vient me voir et qu'il me dit « Ah, je vois que tu boudes. Ah, excuse-moi, je voulais pas te... » Je voulais pas te blesser de ta leurre. Tu peux m'en parler. Il y a une espèce d'expérience correctrice. Et dans mon système nerveux, je vais me dire finalement, il est revenu. Il a vu que ça m'avait fait de la peine. Et ça modifie déjà ce qui se passe entre nous. Alors que si j'ai un disant, tu boudes comme d'habitude, parce que ça, c'est vraiment toi. Donc en fait, c'est de montrer à l'autre qu'on voit ce qui traverse. Que je le valide, même si moi, je comprends pas. Moi, si je réagis pas comme ça, je comprends que tout... toi, aujourd'hui, c'est ça que tu ressens. Et ça ne se contrôle pas. Et je n'ai pas à le juger parce que si ton corps réagit comme ça, c'est qu'il a une bonne raison. Et à partir de là, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Qu'est-ce qu'on peut faire différemment pour que ça aille mieux ? Et c'est comme ça qu'on construit petit à petit la sécurité émotionnelle. Je ne sais pas si j'ai répondu tout à moi à ta question.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Je ne sais pas. Et puis, je ne sais pas si ma question était très claire non plus. Et tu as des exemples dans l'autre sens ? Parce que là, tu as donné l'exemple de ton partenaire qui est revenu vers toi et toi qui avais un profil plutôt anxieux, si je ne me trompe pas. Et dans l'autre sens ?
- #Enora Teyssendier
Des moments où c'est mon partenaire évitant qui est activé et moi qui vais vers lui.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Par exemple, ou si tu as d'autres par rapport à des personnes que tu accompagnes ?
- #Enora Teyssendier
Oui. Là, l'exemple qui me vient, c'est avec mon conjoint. Mon conjoint avait une blessure qui était héritée de son enfance ou de sa construction, on ne sait pas d'ailleurs, qui est qu'il a l'impression qu'il ne fait jamais assez, que quoi qu'il fasse, c'est toujours perfectible, que ce n'est jamais suffisant et qu'il n'est jamais vu dans le fait que ce qu'il fait, c'est bien. Donc son système nerveux est très sensible à ça. Donc s'il fait quelque chose, il attend de la reconnaissance, de la validation, que je dise « ah, c'est cool » . Et si je lui dis « c'est cool, mais… » ça va pas bien se passer. Faut pas de mais quoi. Il est très sensible à ça. Et avec son type d'attachement un peu évitant, il a du mal... à communiquer ses émotions, il a du mal à rentrer en lien sur ce terrain-là. Il n'y a pas de sécurité là, parce que quand on parle des émotions, on peut se faire manipuler, on est vulnérable. Ça, chez les évitants, en tout cas chez mon conjoint, c'est compliqué, la vulnérabilité. Et bien, régulièrement, il arrivait que je lui dise « Ah, t'as fait ça, c'est cool, mais tu vois, la prochaine fois, tu peux faire comme ça, ça sera mieux. » Alors là, moi, je mets les pieds dans plein, dans sa blessure, sans me rendre compte. Et lui, il fait « Ouais, d'accord, ok. » Et il m'en parle pas. Mais je vois qu'après, il n'est pas bien. Je vois qu'il est froid, je vois qu'il y a un truc qui l'a touché. Eh bien, la voie antirelationnelle, c'est de se dire « Oh, mais qu'est-ce qu'il est susceptible ? » On ne peut rien lui dire, voilà. Et l'autre voie, c'est ce que j'ai fini par faire, c'est de lui dire « Écoute, là, je vois que ça ne va pas. Est-ce que tu veux qu'on en parle ? » Et à force de sécurité émotionnelle, il finit par me dire « Oui, mais quand tu me saches, j'ai l'impression que ça ne te convient jamais. » Et je dis, ben non, c'est pas que ça me convient jamais. Et ah, je comprends que c'est ça que tu ressens. Ok, et donc... Alors, ça veut pas dire qu'aujourd'hui, quand il fait quelque chose, je m'empêche de faire un commentaire. Il peut faire un truc, je vais dire, ah, c'est cool, ça aurait pu être mieux fait, mais du coup, je vais lui dire en rigolant, je vais lui dire, pardon, je veux pas appuyer sur ta blessure, tu vois, je veux pas que tu crois que c'est pas bien. En fait, on prend soin de ça et on finit par en rire un peu.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok. Et ça se passe beaucoup mieux, j'imagine.
- #Enora Teyssendier
Oui, ça se passe beaucoup mieux. Alors, on est comme tous les couples, on a encore des disputes. Mais ce que je dis aux gens, c'est que... Parce que mes clients, ils me disent ça des fois. Mais est-ce qu'on n'a pas arrêté de se disputer un jour ? Ben non, parce qu'on a toujours des points d'achoppement. Et puis, on a des colères qui sont saines aussi, sur des valeurs, sur des principes. Et bien sûr qu'on va continuer de se disputer, mais ça ne va pas dépasser certaines limites. Ça dure moins longtemps et c'est vachement moins fréquent. Donc oui, on vit mieux au global.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Et je me demandais deux personnes qui auraient un profil anxieux qui seraient ensemble. Ou un sécure.
- #Enora Teyssendier
Un sécure ?
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Bah les deux.
- #Enora Teyssendier
En fait, moi l'exemple que j'ai, où c'est deux personnes anxieuses qui sont ensemble, elles ont toutes les deux peur de perdre le lien. À cet endroit-là, c'est vrai qu'elles communiquent beaucoup, qu'elles font des réunions de couple. qu'elles mettent en place des moments pour elles. Ça, c'est vrai qu'elles en prennent soin parce que c'est leur blessure à toutes les deux, perdre le lien. Sauf qu'elles restent quand même deux personnes différentes. Donc, il y en a une qui aime beaucoup sortir et l'autre, du coup, se tape des grosses, grosses crises de jalousie parce qu'en fait, ça met son système nerveux en activation. Et l'autre, en fait, quand elle voit la première qui est jalouse, se dit « Ah, mais en fait, elle s'attaque à moi. » Enfin, attends. J'essaie de reprendre le schéma qu'elles avaient toutes les deux. Donc, c'était deux femmes. Donc, ce qui se passait entre elles, c'est que la première, elle aimait beaucoup sortir. Et la seconde, du coup, faisait beaucoup de crises de jalousie à cet endroit-là. La première, ensuite, elle se sentait pas aimée. Elle se sentait moquée. Enfin, pas moquée, mais elle avait des pics, du sarcasme. Elle était aussi dénigrée parce qu'elle lui faisait comprendre que si tu sors, c'est parce que t'es encore une ado, c'est parce que t'es pas une adulte. En fait... Au lieu de prendre la responsabilité de « quand tu sors, j'ai mal, parce que c'est ma blessure, c'était plutôt toi le problème » , et ces espèces de joutes verbales de « qu'est-ce que toi tu es, de bien ou de pas bien » , avaient beaucoup abîmé la relation. Et l'autre aussi était assez volcanique dans ses comportements de protestation, et à chaque dispute, toutes les deux, elle se disait « prouve-moi que tu m'aimes, sinon je pars » . Et donc la relation est tout le temps sur le fil rouge, et ça c'est compliqué. Après voilà, ça c'est un exemple, parce qu'il n'y a pas tous les anxieux qui sont aussi très volcaniques, il y a beaucoup d'anxieux qui sont people pleasing. Je me tais, je t'aime mes besoins, je m'adapte à l'extrême, ça ça me plaît pas mais je vais pas le dire. Il y a des anxieux qui sont aussi comme ça, c'est pas forcément volcanique, mais c'est tout aussi délétère pour la relation parce qu'on n'est plus nous-mêmes, on s'efface, on se fatigue, et à terme ça marche pas non plus. Et du coup, comment aider un couple à observer ce qu'ils jouent entre eux ? Ce que je propose, moi, c'est déjà de revenir... Alors, je leur explique un peu, quand j'ai un couple, tu vois, le fonctionnement du système nerveux. Et ensuite, je reviens à chacun. Qu'est-ce qui se passe dans leur corps ? Donc ça, c'est ma boussole, c'est ma grille de lecture. Parce que si je suffoque, j'ai envie de partir, je vois que c'est une énergie haute, donc attaque-suite. Et si on me dit, je ne sais pas, là j'ai du coton dans la tête, je ne ressens rien, je sais qu'on est coupé, qu'on est figé. Et en fonction de comment ça se passe dans le système nerveux, moi ça me dit le niveau de danger. Et donc souvent, ce que je leur demande, c'est de m'apporter une scène. qui a pu se passer, ou de me dire en fait ce sur quoi ils veulent travailler aujourd'hui, de regarder comment ils dérégulent devant l'autre. Et moi, je fais de la corrégulation avec le premier, c'est-à-dire regarder comment ils dérégulent devant l'autre. En fait, par exemple, j'ai deux personnes qui arrivent, et elle, elle va me dire « En ce moment, c'est compliqué avec lui parce qu'il s'est passé ça dans notre couple. Lui, il va me partager une autre scène sur laquelle il veut travailler. » Je dis « D'accord, par exemple, je commence avec madame. » Qu'est-ce que tu ressens quand il s'est passé ça ? Quel est le moment où tu as senti l'activation ? Et je dis d'accord, qu'est-ce qui se passe dans ton corps ? Est-ce que tu sens ma présence ? Est-ce que tu sens la sécurité ? Comment ça se passe ? Elle, elle a des prises de conscience. Là, je ne me sens pas vue, je ne me sens pas entendue. Là, j'ai l'impression d'être nulle. En fait, tu vois les blessures qui émergent. Et pendant ce temps, je demande à l'autre d'être très attentif à ce qui se passe dans son propre corps à lui. Ensuite, on fait un petit temps d'échange sur ce moment-là et on inverse. Et ce qui se passe, c'est que par exemple, elle ou lui se rend compte de la blessure qui est sous-jacente. Ah ben en fait, quand je fais ça, je vois que ce qui se passe dans son corps, c'est qu'elle est nulle. L'autre jour, c'était assez flagrant parce que c'est une anxieuse et un évitant. Ils amenaient la même scène, c'était une dispute qui ne s'était pas très bien passée. Et quand je travaille avec monsieur, il me dit, ce qui se déclenche dans mon système nerveux, c'est que je me sens comme pris en étau entre quatre murs, quand on me dit, qu'est-ce que tu vas faire ? Qu'est-ce que tu comptes faire ? Genre, tu as des comptes à rendre dans le couple, qu'est-ce que tu vas faire ? Comment tu vas te mettre en mouvement ? Et cette façon de se mettre en mouvement, ça figeait son système. Et après, quand on fait le débrief, la dame me dit, mais moi je ne me rendais pas compte que cette simple question, qui pour moi est anodine... qu'est-ce que tu vas faire par rapport à ce que je te dis, pouvait déclencher ça chez lui. Et je comprends que c'est super difficile et je comprends pourquoi il ne répondait pas. Donc, quand je fais le travail avec l'un, l'autre voit les blessures émerger, voit ce qui se joue dans son corps et du coup, ça nous permet de comprendre l'un et l'autre, ce qui se passe entre eux.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
On est d'accord que comprendre, c'est pas suffisant ?
- #Enora Teyssendier
Non. comprendre, ce n'est pas suffisant. Et c'est pour ça que je travaille un peu avec l'un, puis avec l'autre. Parce que moi, pendant ce temps, ce que je fais, c'est que la blessure, il en parle, il ou elle en parle, on la voit, elle s'active. Mais du coup, il faut que le système nerveux enregistre que cette activation, aujourd'hui, on peut la reprogrammer, on peut la vivre autrement, en sécurité, avec moi.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Est-ce que tu veux dire que ça, c'est dans un rendez-vous de couple ? que tu vas faire ça avec l'un et l'autre ou est-ce qu'après tu vas faire des rendez-vous en individuel ?
- #Enora Teyssendier
Ça dépend. Je ne fais pas toujours des rendez-vous en individuel, mais ça c'est quand je fais une séance de couple. Et après, souvent, j'ai des gens qui viennent tout seuls consulter. Ils ont des problèmes de couple, mais ils viennent seuls. Et moi, ce que je regarde, c'est comment ils vivent ce qui se passe dans le couple. Déjà, on va regarder ça, solutionner ça au niveau du système nerveux. Et ça, c'est dans ce que je porte dans la régulation. Et parfois aussi, il faut que j'explique qu'on n'a pas à s'adapter à des insultes, on n'a pas à s'adapter à plein de comportements. Et donc, en fait, l'idée, c'est que moi, je vais réguler et l'aider là où il y a des blessures qui lui appartiennent, là où il y a de la responsabilité qui appartient à l'autre, que l'autre doit se mettre en mouvement aussi, que quand elle ou il a exprimé ses besoins, posé ses limites, le job, à un moment donné, il est de l'autre côté. Et bien, c'est que cette frontière-là, elle soit... bien explicite dans son corps et dans sa tête à cette personne.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Mais quand ils viennent en couple, pardon, quand ils viennent en couple, tu ne fais que des rendez-vous de couple, tu ne proposes pas aussi des rendez-vous en individuel ?
- #Enora Teyssendier
Alors, moi je ne le fais pas, parce qu'en fait, je pourrais, il y en a, j'ai déjà entendu des gens qui disent non, il faut la neutralité parfaite, donc il ne faut pas les voir séparément, etc. Moi, l'intuition que j'ai, et ce que je ne veux pas, C'est qu'on brise la sécurité parce qu'en fonction de ce qu'elle va me dire ou lui va me dire en tête à tête, parfois l'autre s'en méfie ou bien il peut y avoir un jeu de... Moi, je vais te raconter ce qui m'arrive pour que tu sois plus de mon côté. Et je le sens, ça, des fois, dans la séance. En fait, chacun cherche à m'apporter un petit peu dans son camp en montrant les problèmes de l'autre. Et moi, je n'ai pas envie, du coup, de ça. J'ai l'impression... dans ma façon de travailler aujourd'hui et dans mes capacités aussi à moi, que pour apporter de la sécurité aux gens que j'accompagne. Donc la transparence, l'égalité, l'impartialité aussi, et l'accueil de ce qui va se passer pour chacun. Je travaille qu'avec les deux.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok. Et donc, quand tu parles de régulation du système nerveux, est-ce que ça peut être, genre, traiter des traumas ?
- #Enora Teyssendier
Oui. Oui, oui, oui.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Et tu vas traiter les traumas avec l'autre à côté, c'est ça ?
- #Enora Teyssendier
C'est ça. En fait... souvent ce que je demande, c'est « Donnez-moi une scène de votre quotidien. » Ma porte d'entrée, ce n'est pas forcément un trauma d'enfance ou quelque chose. Je cherche le mécanisme. C'est-à-dire que quand il a dit ça, elle, ça l'a mise en colère. D'accord. Et je vais regarder ce déclenchement-là. Et en fait, en déroulant la pelote, tu arrives quand même à des traumas. Parce que très vite, ce qui va se passer dans la relation que je vais avoir avec la personne pendant que la troisième, elle regarde, elle s'observe, elle... elle enregistre ce qui se passe, c'est en fait, j'ai l'impression que j'ai jamais le droit de parler ou que je suis jamais vue. Ah mais oui, je me souviens que dans ma fratrie, j'étais pas souvent vue, j'étais pas souvent machin. Et en fait, on arrive assez naturellement à un moment donné aux blessures des gens. Mais je regarde toujours la porte d'entrée, le mécanisme. D'ailleurs, c'est assez compliqué pour moi quand quelqu'un arrive en séance et me dit voilà ce que j'ai vécu dans mon enfance. Parce que... C'est pas parce qu'elle a vécu ça qu'elle garde la trace dans son système nerveux et que ça pose problème dans les liens aujourd'hui. Peut-être qu'elle a cheminé dessus dans d'autres thérapies. Peut-être que c'est réglé, ça. Moi, c'est comment aujourd'hui, là, tu as eu la moutarde qui t'est montée au nez sur un sujet qui m'intéresse. Parce que c'est là, en fait, que je vais savoir pourquoi et qu'est-ce qui se passe dessous. Et ce qui est assez fou, c'est que quand je commence la séance, je vois le couple qui est un petit peu tendu. Et quand j'ai passé le temps avec la première, le temps avec la deuxième, qu'elles ont pu dire des choses comme, moi ça me refait vivre une solitude extrême de quand là je me vois petite dans ma chambre en train de pleurer et mes parents qui me font pas de câlins ou l'autre qui dit, ben là j'ai l'impression que j'ai pas droit à l'erreur, que je vais me prendre un coup parce que j'ai été battue. À la fin de la séance, le regard que l'un porte sur l'autre, je le vois dans leurs yeux, n'est pas du tout le même.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Alors, Et je... Je vais me permettre une question un peu concrète. Quand tu dis quand je passe du temps avec l'un ou quand je passe du temps avec l'autre, concrètement, comment tu gères ça ? Comment ça se passe ? Genre, est-ce que tu mets un timer ? Est-ce que c'est dans le bureau et l'autre est à côté ? Enfin, concrètement. Ah non, mais toi, tu fais beaucoup de visio, non ?
- #Enora Teyssendier
Je suis en visio. Donc, on est tous les trois. On discute déjà, on s'accueille. Comment ça va ? Ok, comment tu te sens ? aujourd'hui, parce que c'est aussi important quand même en fonction de la journée, de ce qu'on a vécu, on n'est pas tous disponibles pareil parce que ça, ça me donne un élément de contexte ensuite je demande qui commence j'essaie d'alterner, il y en a des fois qui disent moi je me sens ou moi je préfère pas commencer donc je respecte ça aussi pour se mettre à l'aise, ok et ben je dis madame monsieur par exemple madame veut commencer, qu'est-ce qu'aujourd'hui tu apportes ? Et ben voilà ces derniers temps dans le couple il y a ça qui me dérange ok, qu'est-ce qui se passe dans ton corps ? Quand tu me partages ça, je sens l'activation, l'énergie, etc. Ok, donc moi, après, je commence mon protocole de co-régulation. Voir, en fait, dans le lien, qu'est-ce qui se passe. Et pendant ce temps, j'invite l'autre. Régulièrement, je vérifie comment il va. Et à écouter l'échange et regarder ce que ça résonne en lui. Si jamais ça part dans des accusations, des choses comme ça, je recadre. Le but est qu'est-ce que tu ressens. C'est pas ce que l'autre y fait, c'est pas ce que l'autre y est. Et pour prendre soin de l'autre aussi. Parce que des espaces thérapeutiques... où on arrive et on n'arrête pas de balancer sur l'autre, ce n'est pas simple. Ça peut être vécu comme des espaces traumatiques. Et du coup, à la fin de ce temps, je regarde si la co-régulation a pris, si elle n'a pas pris. Après, des fois, il y a des traumas qui ne se régulent pas en une séance. Quand j'arrive au bout du temps, bien évidemment, c'est adapté parce que si tu es en plein dans une activation, tu ne vas pas dire stop, c'est à l'autre. Donc, c'est toujours dans le soin du système nerveux de la personne. On a un temps de débrief. Qu'est-ce que ça t'a fait vivre, cet échange que j'ai eu avec madame ? Qu'est-ce que ça t'a rappelé ? Qu'est-ce que ça t'a évoqué ? Et ensuite, je lui dis, maintenant, c'est à toi. Madame est invitée à regarder ce qui se passe à l'intérieur d'elle-même. Et je lui dis, de quoi tu veux parler ? Est-ce que tu veux qu'on parle de ce qui s'est passé entre elle et moi ? Est-ce que tu veux qu'on parle d'autre chose ? Et je fais la même chose. Et pareil, à la fin, il y a un débrief. Et c'est intéressant parce que... ma façon de faire de la co-régulation avec les gens. Elle est propre à chaque système nerveux. Donc par exemple, il y en a un des deux quand il va commencer à avoir des larmes, des émotions fortes. il va apprécier que je me rapproche de la caméra. Je lui dis, est-ce que tu sens plus ma présence ? Et il y en a un autre, s'il commence à pleurer ou je ne sais pas quoi, il faut que je recule, parce que c'est intime. Et donc, ce que je leur dis, c'est ce que vous avez vu là, c'est le mode d'emploi. Donc, si madame se met à pleurer, monsieur, vous avez vu que ce qui fait sécurité pour elle, c'est le rapprochement, c'est le câlin. Quand monsieur commence à avoir des émotions, madame, ce que vous avez vu... C'est que peut-être asseyez-vous à côté, mais restez pas en face. C'est compliqué d'un regard soutenant en face comme ça quand il est en train de vivre son émotion. Et du coup, je leur montre ce que moi je trouve dans le système nerveux de l'un pour le montrer à l'autre et qu'après ils apprennent tous les deux c'est quoi leur grille.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ok, super intéressant. Donc je crois que ma question suivante t'y a un peu répondu, qui était concrètement comment tu accompagnes un couple pour... qu'il réponde autrement, c'est ce que tu disais. Ou tu as d'autres choses à rajouter ?
- #Enora Teyssendier
Globalement, c'est vraiment ça. J'essaye de faire de l'explicite sur le système nerveux le plus possible aussi parce que je pense que quand on comprend comment ça fonctionne, que c'est inconscient, qu'il y a des blessures, ce qui nous appartient ou pas, c'est quand même plus facile de s'y retrouver. Et on n'est pas du tout éduqués à ce genre de choses. Je parle aussi beaucoup des postures de victimes ou receveurs qui se retrouvent un peu dans les couples. Mais après, dès que chacun comprend la responsabilité émotionnelle, ça disparaît assez facilement. Voilà comment je les accompagne. Qu'est-ce que je peux te dire d'autre ? Là, je n'ai rien en tête d'autre à te dire sur l'accompagnement.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
C'est déjà génial. Je n'ai pas regardé à quelle heure on a commencé l'enregistrement. Peut-être qu'on a passé l'heure déjà. Est-ce que tu aurais un dernier truc que tu voudrais rajouter ? Ou est-ce qu'on s'arrête là ?
- #Enora Teyssendier
Le dernier truc que je voudrais rajouter, c'est que j'ai à cœur à terme de diversifier mon contenu parce qu'on parle beaucoup de couple. Là, j'essaie de commencer à parler un peu des questions de parentalité. Mais qu'en fait, les activations qu'on va ressentir à cause de nos blessures, de nos traumas, tout ça, c'est dans n'importe quel lien avec un autre être humain. Et c'est d'ailleurs pour ça que ça fonctionne bien, la co-régulation avec un thérapeute. C'est parce qu'un thérapeute, c'est un autre être humain. Et la façon dont les gens réagissent avec moi, comment ils vont pleurer, se figer, s'éloigner, je sais que globalement, ils se comportent comme ça aussi avec les autres. Donc, c'est un câblage que l'on a qui va impacter toutes nos relations. Et donc, de se dire que tiens, même si c'est une amie, même si c'est un proche parent, même si c'est un collègue de boulot, avoir en tête que... je vais avoir des réflexes relationnels dus à mon histoire. Voilà.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Merci beaucoup pour ton intervention. C'était super intéressant.
- #Enora Teyssendier
Merci à toi.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Donc, avant qu'on s'arrête là, pour te retrouver, pour prendre rendez-vous avec toi ou quoi que ce soit, alors il y a ton Instagram, il y a peut-être autre chose ?
- #Enora Teyssendier
Je suis sur Instagram, je suis sur TikTok. J'essaie de finir un site internet, mais je trouve ça bien plus compliqué que ce à quoi je m'attendais. Mais à terme, voilà, j'aurai un site internet où les gens pourront me contacter s'ils veulent prendre rendez-vous.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Donc là, il n'y est pas ?
- #Enora Teyssendier
Non, il n'y est pas encore, mais les gens me contactent par les réseaux.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Ouais. Donc Instagram, la pointe chercheuse, que je mettrai en lien. TikTok, c'est pareil ? Hum hum. Ok. Et puis, ben, voilà, je pourrais rajouter les sites plus tard. Puisque contrairement à Instagram, le contenu des podcasts peut être écouté bien plus tard. En tout cas, merci beaucoup pour ton intervention.
- #Enora Teyssendier
Avec plaisir, c'était chouette.
- #Emmanuelle Saliez thérapeute de couple
Et bonne continuation à toi. Je voulais rajouter deux petits points à cet épisode. Déjà, le premier, c'est qu'entre l'enregistrement et la sortie de cet épisode, Emmanuel a rejoint... l'équipe des intervenants de la formation en psychosexologie et psychotrauma et j'en suis vraiment ravie, je suis sûre qu'elle va vraiment apporter un plus pour les cours sur la thérapie de couple et l'autre point, c'est que justement, cette formation, elle commence tout bientôt le zoom d'ouverture officiel, c'est le 6 octobre, donc c'est le moment de nous rejoindre.
- #Enora Teyssendier
Tout d'abord parce qu'il n'y a qu'une promo par an. Donc si vous loupez le coche, il faudra attendre un an. Et puis les autres petites choses qui font qu'il faut s'inscrire au plus vite, c'est qu'il y a des bonus à la formation. Jusqu'au 25 septembre, on a en plus de la formation en psychosexologie et psychotromo qui dure 3 ans, il y a la formation à la pratique de l'œuf de Yoni. de Lydia Vasquez qui avait l'entreprise Freemoon, qui a transmis ses formations à Eipsho, plus une autre formation d'elle qui est sur la continence menstruelle ou flux instinctif libre, et aussi une autre sur la contraception naturelle, enfin, ou plusieurs contraceptions naturelles, puisqu'elle transmet six méthodes, même plus de six méthodes différentes. En contraception naturelle... Voilà donc si vous êtes intéressé par la formation déjà vous pouvez avoir plus d'informations sur la page du site qui est dédiée que je mettrai dans la description et puis vous pouvez candidater ou prendre un rendez-vous pour poser toutes vos questions avec Sandrine. Sandrine elle fait partie de mon équipe, elle connaît la formation sur le bout des doigts et c'est avec elle qu'ont lieu les rendez-vous pour poser toutes les questions et puis pour candidater. Voilà, je vous dis à tout bientôt pour un prochain épisode. Et puis je vous souhaite une bonne soirée, une bonne nuit ou une bonne journée. Je ne sais plus ce que j'ai dit en fonction de quand vous nous écoutez. À la semaine prochaine.