- #Enora Teyssendier
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, j'ai la joie d'accueillir Guillaume, plus connu sous son nom de scène Clémence Trü, pour parler du sujet des drag queens. Bonjour Guillaume.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Salut ! Ça va ?
- #Enora Teyssendier
Ça va, merci. Et toi ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ouais, qui lit le bon, c'est parfait.
- #Enora Teyssendier
Yes. Donc... Aujourd'hui, à notre micro, on a Guillaume pour faire une petite introduction de comment on s'est rencontrés. Donc, tu es venu, Guillaume, en Corrèze pour faire un loto... Non, pas un loto, un bingo ! Qui en Corrèze est appelé loto. Je ne sais pas comment c'est dans le reste de la France, mais...
- #Guillaume alias Clémence Trü
Il y a une sorte de petit mélange entre bingo, loto, tout le monde a une définition un peu différente, mais là, c'était un bingo drag. Donc ça, c'est encore plus spécifique.
- #Enora Teyssendier
Voilà, c'est ça. Donc, c'était dans une grange, il faisait froid, mais je me suis dit... Je me suis dit, je ne veux pas louper ce genre d'événement en Corrèze, puisque ce n'est pas tous les jours qu'on a... une drag queen qui se déplace depuis Paris jusqu'en Corrèze et donc j'en ai ma bouillotte quand même,
- #Guillaume alias Clémence Trü
faut pas exagérer j'aurais dû y penser la prochaine fois j'y penserai je t'ai prévenu quand même tu m'avais dit je ne t'ai pas cru je m'en suis mordu les doigts en tout cas mais
- #Enora Teyssendier
donc je ne connaissais pas Guillaume avant cet événement là et j'ai voulu bien évidemment partager cet événement sur mon compte Instagram. Donc, je me suis dit si jamais je le trouve ou du coup, en l'occurrence, je la trouve, si je trouve Clémence Tru sur Insta, eh bien, je pourrais la taguer. Je t'ai trouvée et j'ai vu aussi qu'on avait un ami en commun.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Yes !
- #Enora Teyssendier
Cet ami en commun, c'est Denis... Troche sec, qui est intervenu dans ce podcast. Il a inauguré presque, puisqu'il est dans les premiers interviewés. C'est ça. C'est ça, je mettrai le lien de l'épisode. Mais du coup, en fait, Denis, on était en formation en sexe ensemble. Et puis, j'avais assisté à mon premier, c'était l'unique avant et premier bingo drag à Paris. dans un super bar qui est plus spécifique, où il y a plus de personnes habituées à cette ambiance de drag queen. Et donc, comme j'avais vu qu'on avait cette amie en commun, eh bien, je t'avais contactée pour échanger un petit peu avec toi. Et c'est ce qui s'est passé. Tu m'as répondu, donc on a échangé un peu. et donc je me suis présentée aussi quand je suis venue à la soirée c'est comme ça qu'on s'est rencontré et puis ça a généré des débats le fait qu'il y ait un spectacle de drag queen des débats très intéressants j'ai trouvé et ça m'a donné d'autant plus l'envie ou le prétexte de t'inviter sur le podcast pour en fait expliquer plus ce que sont les drag queens j'ai une tonne de questions du coup à ce sujet là parce que moi même j'en connais un petit peu peut-être plus que la moyenne mais je suis encore plein de lacunes je suis pas la meilleure personne placée pour en parler et puis voilà du coup toi tu es bien mieux placée pour nous expliquer j'essaierai d'apporter
- #Guillaume alias Clémence Trü
un max de réponses dans la limite de mon expérience, voilà.
- #Enora Teyssendier
Yes, bah merci beaucoup. Et après ça, je vais te laisser te présenter.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ok, bah du coup comme je l'ai dit, je m'appelle Guillaume et ça fait à peu près dix ans maintenant que je fais du drag sous le nom de Clémence Tru, T-R-U, Tréma. Et j'ai principalement évolué dans la scène drague parisienne. Voilà. À côté de ça, j'ai un autre boulot en travail de jour, on va dire. C'est le travail de bureau qui me permet de... vivre, enfin financièrement de vivre et de surtout ne pas mettre trop de pression financière sur le drag parce que c'est pas toujours simple d'en vivre aujourd'hui il y a quand même pas beaucoup de personnes qui arrivent à en vivre et voilà j'ai 36 ans je suis gay j'ai un chat je ne sais pas qu'il y a de plus
- #Enora Teyssendier
Je pense que c'est déjà bien. Mais du coup, déjà, j'ai déjà une question qui sort de celle que je t'avais proposée. Clément Struy, est-ce qu'il y a un jeu de mots dans le prénom et le nom ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
À ton avis ?
- #Enora Teyssendier
Je pense que oui, mais je voulais en être sûre.
- #Guillaume alias Clémence Trü
En être sûre. Ça, c'est un peu une blague parce qu'il y a vraiment plein de gens. qui mettent des mois ou des années à comprendre qu'il y a justement un jeu de mots derrière. Parce qu'il y a quand même beaucoup de drag queens, de drag kings et de drag artists qui créent leurs personnages en créant un jeu de mots. Et c'est ce qui va aussi donner un peu leur personnalité aussi derrière. Et en effet, derrière Clément Strue, quand on le dit, c'est peut-être un peu plus évident. Il y a l'idée des menstruations, voilà. qui était... Un sujet qui... Quand moi, j'ai commencé le drag, il y avait sur la scène parisienne une idée que le drag, c'était, voilà, on voulait représenter la féminité, mais ça restait quand même dans des codes très clichés. Et quand justement, moi, j'ai dit que je voulais m'appeler Clémence Rue parce que, voilà, ça faisait référence à un aspect aussi de la féminité. Il y a eu des réactions assez étonnantes. Des gens qui trouvaient ça dégoûtant et autres qui disaient que la dégouttation, ce n'est pas dégoûtant, c'est juste naturel. Et ça m'a un peu dit, OK, vous voulez mettre en avant une certaine forme de féminité qui est très clichée, mais vous voulez continuer à en garder des aspects cachés, des aspects qui sont déjà complètement invisibilisés par euh par la société, des choses qui restent taboues. Il y a dix ans, il y avait encore cette blague autour des publicités pour les produits hygiéniques où le sang était bleu, était représenté par un liquide bleu et c'était toujours un peu drôle. Donc voilà, ce jeu de mots-là, ça a été aussi une occasion de dire « voilà, en fait, drag queen, c'est des paillettes » . des perruques, mais c'est aussi des choses qu'on a envie de... des normes qu'on a envie de questionner et des tabous qu'on a un peu envie de combattre, quoi.
- #Enora Teyssendier
C'est une bonne entrée en matière, en tout cas.
- #Guillaume alias Clémence Trü
C'est une épée, en général.
- #Enora Teyssendier
Oui, et du coup, est-ce que tu peux poursuivre sur qu'est-ce que c'est qu'une drag queen ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Alors, avant de dire ce que c'est qu'une drag queen, c'est bien de réfléchir à la définition de ce qu'est le drag, parce que ça parle vraiment à probablement pas beaucoup de monde, un peu plus, depuis quelques années, puisqu'on a RuPaul's Drag Race qui était arrivé en France via les plateformes de télévision en ligne, il y a Drag Race France qui a vraiment été porté aussi par France Télévisions et Niki Doll, Donc maintenant, il y a beaucoup de gens qui... Beaucoup plus de gens qui savent ce que c'est. Mais le drague, à la base, c'est, pour le définir de manière peut-être un peu maladroite, mais comme moi je le vois, c'est un art de travestissement. C'est-à-dire qu'on va jouer avec des codes vestimentaires de façon subversive. Un art de travestissement qui va jouer surtout sur les codes du genre. on va se réapproprier des codes d'un certain genre. pour s'en amuser, les questionner aussi. Et derrière, il y a aussi l'idée de, avec le drague, se créer un personnage. C'est pour ça que ça va piocher dans beaucoup de différentes compétences artistiques. Il y a tout ce qui est le maquillage, bien sûr, mais il y a aussi l'habillement, le costume, la coiffure, tout ce qui est la perruquerie. et aussi beaucoup d'arts scéniques, donc de la comédie, du drama. de l'incarnation du personnage c'est vraiment un art qui va rassembler un peu tout ça pour proposer des performances et alors les performances le drag il a commencé beaucoup dans les cabarets les caves, les bars, les clubs aujourd'hui on en a peut-être un peu plus au théâtre quoique c'est quand même encore des portes un peu fermées, mais ça c'est un de ces lettres. Et c'est un art qui est très lié depuis plus d'un siècle maintenant à la communauté LGBT, QIA+, les personnes lesbiennes, gays, bi, transgenres, les personnes non-binaires, les personnes intersexes. Toutes ces minorités qu'on met sous le mot anglais « queer » , c'est-à-dire qui ne sont pas dans l'hétérosexualité. Les gens qui ne sont pas hétérosexuels, qui sont en dehors de cette norme-là. Alors j'ai peut-être utilisé beaucoup de gros mots, si tu as besoin que je définisse aussi certains autres concepts qui pour moi paraissent évidents, mais forcément parce que je vis dedans. n'hésite pas à me dire s'il y a des notions qui ne sont pas très claires.
- #Enora Teyssendier
Mais du coup, il n'y a pas de drag queen ou drag king ? Non ? Si, c'est ça ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Alors, dans le drag, tu as plusieurs familles, on va dire. Il y a... Et c'est des familles où, parce qu'on pense tout de suite qu'en France drag, on pense tout de suite drag queen, parce qu'on a l'impression qu'il n'y a que ça, mais c'est ce qui est très rapidement devenu le plus visible. Mais il y a aussi les drag kings, qui sont des personnes qui vont interpréter un personnage masculin. Il y a les drags queer, qui sont des personnes qui vont choisir un personnage non genré ou avec une fluidité entre les genres. Et derrière, il y a encore d'autres catégories qui sont les drag-créatures, les club-kids, où là, on va clairement essayer de créer des personnages qui n'ont plus rien à voir avec une notion de genre. Dans l'idée des club-kids, quand ça a émergé, c'était qu'on veut arriver dans un personnage qui est à la limite d'un objet, vraiment un personnage qui va s'habiller et être déguisé en four, par exemple. c'est quand même... quelque chose qui est assez connu autour de la scène clutide américaine, je crois, new-yorkaise. Il y a vraiment cette idée-là. Il y a un très bon film qui présente ça, mais j'ai complètement oublié le titre parce que je suis une personne qui oublie évidemment tous les objets culturels. Donc voilà, il y a tout un tas de familles sous cette grande famille qu'est le drague.
- #Enora Teyssendier
Et donc, ce qui allait être ma question, c'est pour faire du drague, Est-ce qu'il faut nécessairement être quelqu'un qui est dans la famille, on va dire, LGBTQIA+. On ne pourrait pas être hétéro, cis-hétéro et faire du drague ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Alors, il y a un truc important, c'est de se dire, le drague, ça reste un art. Et comme toute forme d'art, c'est ouvert à tout le monde. C'est un art que... la première personne qui va vouloir créer un personnage en allant piocher un peu dans ces codes-là, mais même en se les réappropriant aussi, pourra dire qu'elle a un personnage de drague, bien sûr. Après, comme c'est un art, ça demande aussi une forme d'investissement. C'est-à-dire, si une personne vient me voir et me dit « j'ai mis une perruque, des talons, et c'est bon, je suis une drague » , je dirais « oui, t'es à l'entrée » . de cette grande et belle maison qui est le drague. Mais il va peut-être falloir investir un peu plus. Il y a l'idée, il faut vraiment créer un personnage, lui donner une consistance, lui donner une histoire, avoir envie de raconter des choses avec, avoir envie de performer. Il y a une limite atténue entre le costume de soirée où on a envie de se déguiser pour la nuit et de créer un personnage où là, en fait, derrière, il y a aussi du travail et de l'investissement à avoir. Mais, en tout cas... Le drag, il est fermé pour... Dans ma vision. Après, c'est quelque chose qui peut être débattu, et tout le monde n'est pas d'accord, tous les drags, tous les artistes drags ne sont pas d'accord sur ce sujet-là, mais ça reste un sujet hyper intéressant. Moi, j'estime qu'une personne, si elle a envie de devenir drag, Je ne vois pas ce qui pourrait l'en empêcher concrètement de le faire, à part la flemme. Mais ça, c'est une question qu'il faut se poser aussi parce que ça demande en effet beaucoup d'investissement. Ça demande du temps de préparation, ça demande du temps pour apprendre, ça demande du temps pour développer. Mais comme n'importe qui peut devenir acteur, actrice de comédie, il y a des gens qui auront un talent inné pour ça probablement, mais ça demande aussi beaucoup de travail derrière pour être reconnu en tout cas comme artiste, comédien, comédienne. En tout cas, je ne pense pas que la notion de drague est... Je pense pas qu'il faut être LGBTQIA+, ou queer, pour faire du drague, forcément, parce qu'il y a des dragues qui existent qui sont hétérosexuelles. Il y en a vraiment pas beaucoup. Soit on est, genre, moi je peux en citer une, et elle est aux États-Unis. Je ne suis même pas sûr d'en connaître en France, mais probablement qu'il doit y en avoir aussi. Après, il faut reconnaître que le drague, il s'est énormément développé avec cette communauté-là. Dans cette communauté-là, c'est vraiment quelque chose de très lié au code. C'est un peu comme, je ne sais pas si tu as déjà entendu parler du voguing, de tout ce qui est de la scène ballroom. Le voguing, c'est une technique de danse. Bon, je vais peut-être me faire taper dessus, parce que c'est peut-être un peu très minimaliste comme définition, mais c'est une technique de danse qui a été développée dans le cadre de la ballroom, qui est une communauté principalement queer et... ça s'est pas complètement développé au début aux Etats-Unis donc c'était très afro-américaine, noire américaine donc en fait si tu veux il faut reconnaître que certaines formes d'art se développent dans des contextes précis, dans des contextes communautaires spécifiques le voguing tu peux pas séparer ça de la ballroom tu peux pas séparer ça des communautés minorisées noires ou afro-descendantes de la même manière que le drag en soi Tu peux difficilement séparer son histoire de l'histoire de la communauté queer et LGBTQIA+. C'est là où on peut faire un peu la différence entre le travestissement et le drag. Le travestissement, pour moi, c'est vraiment l'idée de jouer avec des codes vestimentaires, prendre les codes vestimentaires d'un autre genre et avoir un aspect subversif. Le travestissement, on le retrouve dans l'histoire artistique depuis... très longtemps au final. C'était au théâtre grec, c'était au Moyen-Âge, c'était dans les carnavals. Le drague, c'était un travestissement plus spécifique avec une création de personnage et qui est enraciné dans l'histoire LGBT qu'il y a plus et dans l'histoire queer.
- #Enora Teyssendier
La différence du coup avec le travestissement, c'est essentiellement le personnage ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ouais, je pense. Pour moi, c'est comme ça que je le définis. C'est probablement une définition un peu restreinte. Et puis probablement que d'autres personnes, d'autres artistes, diraient qu'il y a plus que ça. Mais pour moi, le travestissement, il n'y a pas l'idée de se créer un personnage et de lui donner corps, de lui donner une histoire, de vouloir raconter des choses avec. Mais probablement que je me trompe peut-être aussi. Pour moi, le travestissement, comme je disais, on le retrouve dans le théâtre, on le retrouve dans d'autres... Dans d'autres cadres, le drague va chercher autre chose. J'allais dire il va un peu plus loin, mais non, c'est juste que le drague va chercher autre chose. Il y a une notion d'identité imaginaire, identité qu'on va enrichir. Le drague, c'est un peu à la limite entre le travestissement et le jeu de rôle aussi. Dans le jeu de rôle, il y a cette idée qu'on va créer un personnage ou on va lui donner une histoire. raconter des choses avec, sans forcément l'incarner. Le drague, c'est tu incarnes ce personnage-là aussi.
- #Enora Teyssendier
Et puis, tu parlais du temps que ça nécessite. Donc, moi, j'ai eu l'immense privilège d'assister. Bon, c'était à distance, mais à la première fois où justement, Denis, dont je parlais tout à l'heure... C'est maquiller. Ça a duré quatre heures.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ouais.
- #Enora Teyssendier
Ensuite, c'est le démaquillage une heure. Et aujourd'hui, il a drastiquement réduit son temps et heureusement, mais il me semble, la dernière fois qu'on en a parlé, c'était une heure de temps pour se maquiller.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Pas mal quand même. Genre, passer de quatre heures à une heure... On a un grand gain en efficacité.
- #Enora Teyssendier
Tant que c'est à combien ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Moi, honnêtement... J'étais dans les débuts, pareil, entre 3 et 4 heures de préparation, parce qu'on parle du maquillage, mais il y a aussi après l'habillage. Et puis après, il y a aussi tout le travail qu'il y a eu en amont, si tu veux te créer un costume, si tu veux te coiffer une perruque ou autre. Sur la partie du maquillage, j'étais 3-4 heures aussi. Là, récemment, je tiens souvent entre 1 et 2 heures aussi. 2 heures quand je prends mon temps, que je me presse. pas et que je discute, que je blablate, que je regarde des choses sur le téléphone. Si je suis en mode full concentré, que j'ai pas trop le time, j'arrive à faire en une heure, maquillage quasi complet. Après, il me restera une petite demi-heure pour m'habiller et me coiffer.
- #Enora Teyssendier
C'est du temps, quand même.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Le truc qui me prend le plus de temps, honnêtement, c'est coller les ongles. Ça, pour moi, c'est pas encore la technique, je pense.
- #Enora Teyssendier
Et il y en a un qui était tombé en plus.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Hé ! Attends, mais si je n'en perds pas un, c'est pas moi. Ça peut pas être moi. C'est hyper rare que je garde tous mes ongles toute la soirée. C'est pas possible. Parce que je suis toujours en train de bouger, de toute façon, les mains, les trucs. Donc, non, non, non, ça, c'est pas possible.
- #Enora Teyssendier
Du coup, en question encore que j'ai, est-ce que c'est toujours des hommes qui incarnent une drag queen et une femme qui incarne un drag king ? ou pas ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Alors, ça c'est une question que beaucoup de gens se posent et je pense que c'est normal puisque comme on parle de beaucoup de subversion, de jouer avec les codes, on se dit forcément, on va chercher dans le genre opposé. Bon déjà, c'est une version quand même une vision du genre qui reste quand même assez binaire dans la communauté. On a quand même cette idée que le genre, c'est un spectre sur lequel on va essayer de se... placer, on est plus, voilà, d'un côté, du côté masculin ou du côté féminin, et en fait, c'est là où les personnes vont aller piocher, là où elles ont envie d'aller piocher. C'est pour ça que nous, on parle aussi, parfois, de drame queer, c'est de se dire, bon, ben voilà, en fait, les personnes ne cherchent pas seulement à faire soit du masculin, soit du féminin, mais voilà, entre mêlent un peu les deux, ou vont piocher un temps dans l'un, un temps dans l'autre. Non, il n'y a pas que des hommes qui jouent des qui incarnent des drag queens, et il n'y a pas que des femmes qui incarnent des drag kings, ça s'est beaucoup développé récemment aussi. Une de mes meilleures amies drag, Angélica Stratrice, avec qui je fais un podcast, est drag queen. Et c'est une femme cis, lesbienne, qui, elle, joue aussi avec des codes de féminité qui sont... les codes qui existent dans la société et c'est une forme aussi de réappropriation d'une forme de pression sur la féminité. Je pense qu'il y a beaucoup ça, mais c'est ces personnes-là qui en parleraient le mieux, forcément, et ce serait intéressant qu'elles passent le voir dans ce podcast. Mais, voilà, quand t'es une femme cis, tu as la pression au quotidien d'être une femme selon la définition de la société pour... certaines personnes c'est tout à fait ok, pour d'autres c'est genre une blé au quotidien et justement faire du drag queen ça te permet de jouer avec ça, d'aller dire ok, moi je vais me moquer de tous ces dictates là je vais les surjouer et vous voulez que je sois une femme, je vais être une femme encore plus que ce que vous pouvez l'imaginer je vais incarner un personnage qui est ultra ultra féminin selon des codes très clichés finalement. Et à l'inverse, pareil, on connaît aussi Desdames 6 qui joue un personnage de killing qui vont questionner ce que c'est la virilité, la masculinité et essayer de tordre ces concepts-là. Je pense que dans le drag, il y a cette idée qu'on sait... que le genre, de toute façon, c'est un rôle, c'est une performance même au quotidien. C'est-à-dire que pour beaucoup de personnes cis et pour beaucoup de personnes cis hétérosexuelles, la question du genre ne se pose pas. C'est-à-dire que, on va prendre l'exemple, Michel, il est homme cis et il est hétéro, il se lève le matin, il ne se pose pas la question de savoir, voilà... Comment il est perçu ? Il est perçu comme un homme, il est perçu comme hétéro, et personne ne va à un moment lui questionner ça. Et quand on est dans la communauté, quand on vient de la communauté, bien avant qu'on sache déjà qu'on appartient à la communauté, on subit des formes d'oppression par rapport à ça. Exemple basique, moi au collège, avant même que j'ai une notion même de ce qu'est la sexualité, On me traitait déjà de fillette, de garçon efféminé, de tapette, tu vois. Donc, il y a une forme de violence autour du genre que, dans la communauté, on va subir. Alors même que nous, on n'en a pas spécialement conscience, tu vois. Et c'est à partir de ce moment-là qu'on se dit, en fait, oui, peut-être que, du coup, je ne correspond pas au... qu'est la définition du garçon, à ce qu'est la définition de la fille, et en subissant un peu ce projet-là, c'est comme ça aussi que nous, on questionne ce qu'est le genre, finalement, sur quoi ça repose, qu'est-ce qui fait que moi, j'arrive pas à répondre à ces obligations-là, qu'est-ce qui fait que moi, je suis pas un garçon comme les autres, je suis pas une fille comme les autres, et de ces questionnements-là, je sais que moi, c'est là que s'est enraciné un peu le début. de mon envie de faire du drag, de dire « En fait, vous estimez que moi, je ne suis pas un garçon, mais je le suis. Vous m'avez traité comme une fillette. Vous avez très souvent utilisé des attributs féminins pour me définir. Très bien, moi, je vais les prendre et je vais jouer avec ça. » Et en fait, à ce moment-là... C'est aussi un truc qui a permis de me libérer de ça, d'une forme d'oppression. Et quand tu commences à jouer avec ça, avec ces codes-là, tu te rends compte à quel point Michel, qui est cet homme cis, lui aussi joue un rôle parce qu'en fait, dans son quotidien, Michel, il répond à comment la société lui a appris à être un homme. C'est-à-dire qu'il y a quand même énormément de personnes loin de la communauté qui ne se rendent pas compte qu'au quotidien, elles jouent le rôle d'un genre qui est le leur, mais elles jouent un rôle quand même. Un mec qui est très viril, qui est sur le rouleau de la virilité, en fait, c'est un rôle qu'il est en train de jouer. C'est une performance de genre qu'il donne. Une... Une f... femme cis qui va survouer la féminité, c'est aussi une performance. Et parfois, c'est juste tellement ancré dans les quotidiens et dans les vécus des personnes qu'elles ne s'en rendent même pas compte. Il n'y a qu'à partir du moment où, en fait, on t'a exclu de cette norme-là, où on a dit, ben non, toi, t'es pas dedans, toi, tu fais pas comme les autres, et toi, t'es différent, que tu te rends compte à quel point, ben, tout ça, c'est un jeu et c'est performé, c'est un masque. le genre c'est un théâtre aussi et je pense que les gens ne se rendent pas compte à quel point parfois c'est contraignant et ça ça les enferme là-dedans parce que finalement quand tu commences à jouer avec ça tu te rends compte aussi à quel point il y a beaucoup d'oppression qui sont juste basées sur ça alors que ça ne tient pas à grand chose Le patriarcat, il repose principalement sur une oppression qui est liée au genre. Et c'est ce qui fait que les hommes n'ont plus de pouvoir dans la société, que les femmes sont opprimées. C'est ce qui fait qu'il y a des violences sexistes, des violences sexuelles. Je suis parti dans un grand détour, mais tout ça pour dire que... Le drague, c'est une façon de jouer avec le genre et que le genre, c'est quelque chose qui repose sur des conventions sociales qui elles-mêmes reposent sur pas grand-chose.
- #Enora Teyssendier
Ça fait pas tant un détour parce que ça explique d'autant plus qu'est-ce que c'est en fait. Et je trouve ça vraiment passionnant que tu parles aussi de... que le genre en soi, c'est un rôle aussi. Mais en fait, c'est tellement ça. Et ça m'a fait penser d'autant plus à une jeune. Donc je fais du XP, j'ai accompagné en pédopsychiatrie des ados en individuel. Et en gros, moi, j'aimais mieux les filles qui faisaient du foot, de la moto, cross. Voilà, j'étais plus à l'aise et j'avais plus d'atomes crochets, on va dire. Et un jour, le pédopsy m'oriente sur moi une jeune que lui a accompagné depuis quelques temps. Et qui ne pensait qu'au maquillage, à ses boutons, qui soi-disant n'allait pas bien à cause de ses boutons. Il y avait tout un tas de rituels, en fin de compte, qu'elle mettait en place chaque matin et tout ça. Qui allait jouer sur son bien-être de la journée. Et sur le coup, je lui en voulais. Et il savait très bien que moi, j'avais plus de facilité. ou deux. Pas de facilité, que j'appréciais plus, on va dire. Et en fait, cette jeune, un jour, est venue déconstruire tout ça et elle m'a dit, en fait, je joue un rôle. On m'a mise... Comment ça s'appelle la fille la plus populaire du collège ? J'ai plus le nom.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ah ouais, bon. La reine du lycée, quoi.
- #Enora Teyssendier
Ouais, alors c'est pas le terme, il y a un terme maintenant, mais bon bref. En tout cas, on l'avait mise dans les plus populaires du lycée. Et du coup, il fallait d'autant plus répondre à ces codes de beauté. Et en plus de ça, elle trouvait les autres personnes qui étaient mises sur le côté les plus populaires inintéressants. Elle, elle avait envie d'échanger avec plus de monde. mais on lui disait... On l'a renvoyée à que non, elle ne pouvait pas quand même se soumettre à parler avec d'autres gens. Et donc, elle est venue déconstruire vraiment tout ça. C'est devenu une des jeunes que j'ai adoré accompagner. Après le lycée, elle a voulu aller voyager et justement arrêter toutes ces histoires de maquillage et tout ça. Mais en fait, il y avait vraiment ce rôle-là. Comme tu dis, ça m'a vraiment renvoyée à cette jeune parce que non, c'est global. C'est quand même quelque chose... très présent mais c'est vrai que ça m'a fait penser à elle où on nous demande...
- #Guillaume alias Clémence Trü
Tout ça en plus naît un peu dans ces moments là quoi vraiment au moment du collège du lycée c'est là où en fait c'est où on est confronté à voilà qu'est ce que c'est la définition de ce que vous allez devenir et vous n'avez pas tellement le choix vous avez ces deux cases là dans lesquelles il faut vous rentrer à tout prix et les personnes qui de facto parce qu'elles sont en sont exclues, se prennent un mur là-dedans. C'est-à-dire que quand tu n'arrives pas, alors il y a les questions de personnes populaires et autres, mais bon, ça c'est déjà un grand sujet, mais voilà, de devoir rentrer dans ces cases qui sont de plus en plus... Je ne sais pas si elles sont de plus en plus difficiles à vivre. Mais c'est juste des carcans hyper étouffants. Et c'est hyper triste qu'au fil des ans, on n'arrive pas à les ouvrir complètement. C'est cette définition dans laquelle les plus jeunes finissent par essayer de s'enfermer souvent à leur dépens. On a parlé des personnes... Alors j'ai... J'ai employé le terme cis, d'ailleurs, mais peut-être que ça vaudrait le coup de définir. Les personnes cis, c'est un terme qu'on emploie en opposition à personnes trans. Les personnes cis, c'est des personnes qui se sentent bien dans le genre qu'on leur a attribué à la naissance et que leur identité de genre, voilà, elle est conforme à l'identité qu'on leur a attribuée. J'ai employé l'exemple de Michel tout à l'heure. Michel, homme cis. Il est né homme, il a toujours vécu en homme, il ne se sent pas différent que homme. À l'inverse des personnes cis, il y a les personnes trans qui, elles, ne se sentent pas en phase avec le genre qu'on leur a attribué et dont l'identité de genre va être différente. Après les personnes trans, il y a aussi les personnes non-binaires qui refusent complètement les définitions homme-femme. Et dans les personnes trans, il y a aussi des personnes qui acceptent aussi de se rapprocher à cette définition-là. Si c'est clair, j'espère, en tout cas. Il y a plein de gens qui l'expliquent beaucoup mieux que moi en ligne. Il ne faut pas hésiter à aller écouter ce que ces personnes-là vont raconter.
- #Enora Teyssendier
Oui, d'ailleurs, il y a un épisode de podcast sur les personnes trans avec Aline Alzétataton que je pourrais aussi mettre dans la description.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Trop bien.
- #Enora Teyssendier
Mais d'ailleurs, en parlant des personnes trans, je vais sauter quelques questions, mais je rebondis. Quand tu es venue en Corrèze, justement, on m'a posé des questions. et donc il y a quelqu'un qui me disait qu'elle pensait que les drags étaient des personnes trans. Donc tu nous as bien dit que non, pas nécessairement. Et peut-être tu peux en dire un peu plus sur le sujet ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Yes. Alors c'est une confusion qui est souvent faite, mais voilà, en vrai ça part pas de nulle part cette confusion-là parce que, déjà historiquement... les personnes trans avaient beaucoup moins de visibilité qu'elles peuvent en avoir aujourd'hui et étaient beaucoup cloisonnées justement dans la communauté LGBTQIA+. Les personnes trans, pendant très longtemps, elles ont aussi été précaires. C'est des personnes qu'on mettait vraiment au bord de la société, qui vivaient dans la pauvreté. Les personnes trans, elles ont aussi un lien assez fort avec le drag dans le sens où... Dans beaucoup de parcours personnels, on va se prendre compte que les personnes vont avoir une prise de conscience de leur identité à travers le drague. C'est-à-dire que les personnes vont commencer à faire du drague, et puis vont aimer, et puis vont se rendre compte que ça questionne aussi beaucoup de choses en elles, sur leur identité. Parfois, le drague, ça sert aussi de première étape dans un parcours de transition derrière. Ça sert de moment de... révélation, j'ai envie de dire, ou en tout cas, c'est vraiment presque l'initiation au questionnement de genre. Donc, c'est normal que si, voilà, comme ça reste des questionnements autour du genre, autour de son identité, vu de l'extérieur, les personnes, je pense que c'est aussi pour ça qu'il y a la confusion qui est faite. Mais une personne trans, c'est vraiment en lien à son identité, son identité de genre, à qui elle est. Le drag, c'est une forme d'art, c'est une discipline, c'est quelque chose de... une activité, une performance. Donc voilà, on est sur des choses qui se regardent en face, je pense, mais c'est vraiment deux choses séparées. Et du coup, il y a des personnes trans qui font du drag, il y a des personnes trans qui ne font pas de drag, il y a des drags qui sont des personnes trans. et il y a des dragues qui sont des personnes non trans, donc plutôt des personnes cis. C'est deux choses qui parfois se touchent, mais qui sont quand même des concepts bien différents. J'espère que c'est clair. Encore une fois, je ne suis pas du tout un expert sur le sujet, mais il ne faut pas hésiter à se renseigner en ligne des personnes qui le définissent peut-être mieux que moi.
- #Enora Teyssendier
Après dans les personnes que j'ai pu accompagner, donc qui sont venues en sexo, il y en a eu plusieurs qui venaient en me disant que c'est parce qu'ils se travestissaient. Et en fait plusieurs de ces personnes m'ont dit finalement, alors je pense à un qui m'a dit bah en fait non mais c'est que moi je me sens femme finalement. Et cette personne a entamé une transition.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ok.
- #Enora Teyssendier
Et donc, il n'y avait plus le besoin de « se travestir » puisque finalement, c'était son genre. Et une autre personne où la démarche a été... Enfin, j'ai trouvé très profonde, qui donc s'est rendue compte que oui, en fait, je me « travestis » parce qu'en fait, moi, je me sens femme. Ces deux personnes, c'était vraiment que dans le cadre très privé, pas du tout à l'extérieur. Et donc la deuxième avait des enfants et a dit déjà, aujourd'hui, au vu de mon métier de mes enfants, je ne veux pas entamer une transition pour le côté social par rapport aux enfants, qu'ils n'aient pas de problème de moquer, etc. Mais en fait, cette personne n'a plus ressenti le besoin de se, entre guillemets, travestir. alors je vais m'expliquer du coup dans ces temps personnels la personne pouvait être en robe et c'était pas du travestissement puisque en fait c'était juste un habit qui correspond à son genre qui correspond, j'ai mis des guillemets avec mes mains et pour la perruque il n'y avait plus le besoin non plus parce que La personne me disait que finalement, elle n'avait qu'à se laisser pousser les cheveux pour que ça corresponde au genre qu'elle ressentait, mais que du coup, la perruque finalement n'est qu'un accessoire qui devenait inutile pour cette personne.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Ok, super intéressant. C'est là où on se rend compte aussi à quel point c'est très compliqué pour les personnes en transition, d'entamer une transition parce qu'il y a toujours la peur de ce que ça va créer sur l'entourage, sur la famille, sur le travail, les risques qu'on prend par rapport à ça, le rejet. C'est vraiment là où tu vois toutes ces questions-là. pour le drag, ça se pose presque pas, parce que dans la question de la transidentité, c'est une question de qui on est, qui on se sent à l'intérieur, vers quel genre on a l'impression. Le drag, une fois que tu enlèves le maquillage, une fois que tu enlèves la perruque, il n'y a plus de problème. Alors, en effet, tu peux faire du drag et que ta famille ne soit jamais au courant, que... Si t'as des enfants, ils pourraient aussi ne pas être au courant et tout. Mais voilà, je veux dire, l'enjeu n'est pas du tout le même. Là où pour les personnes trans, c'est très compliqué, très compliqué à tout plein d'étapes de la vie et sur tout plein de sujets. Voilà, le drag, c'est une activité. Donc, on n'est pas du tout sur les mêmes enjeux à ce niveau-là.
- #Enora Teyssendier
Et du coup, dans les spectacles de drag, il y a... Tu as un peu dit que vous transmettiez des messages. Est-ce qu'il y a autre chose que tu aimerais dire par rapport à ça ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Je pense que... Alors, ça, c'est quelque chose qui est dit, redit, redit, redit partout. C'est, voilà, le drague, c'est politique. Le drague, c'est politique. Les gens aiment bien mettre en avant cette formule. Alors, oui, de fait, mais parce qu'aujourd'hui, il y a quand même énormément de choses qui sont politiques. Être une fan, c'est politique. Voilà. Être queer, c'est politique. Si on dit juste ça, ça ne dit pas grand-chose. Le drague qui cherche à passer des messages, en effet, c'est important, via notre art, de défendre nos identités, de porter des combats, de porter des combats liés aux communautés de la communauté LGBTQIA+, aux communautés minorisées, que ce soit les minorités raciales ou les minorités handies. toutes ces minorités-là qui se retrouvent dans le drague, qui veulent porter des messages, c'est un vecteur à la fois d'émancipation et un vecteur de dialogue que je trouve moi extrêmement fort. Après, il y a des dragues qui ne sont pas du tout portées là-dessus, qui cherchent surtout la performance. Ça peut être la performance fun, la performance sexy, voilà. Ce n'est pas forcément une drague qui va derrière essayer de questionner. Le drague en soi est politique quand on le voit d'un regard extérieur, parce que ça vient créer un trouble dans le genre, ça vient, pour citer Judith Butler, mais ça vient créer aussi un étonnement, questionner des normes. Après, je pense que c'est une bonne première étape, mais ce n'est pas suffisant. Le drague militant, il n'est pas que sur scène. Pour moi, il est aussi dans la façon dont on va se présenter aux autres, dans la façon où on va être en lien avec son public, parce qu'aujourd'hui, des dragues, il n'y a pas que du show, il y a aussi beaucoup de... des dragues qui font comme moi j'ai fait en Corrèze des bingo donc c'est beaucoup plus de l'animation il y a des dragues qui font de la création de contenu en ligne, des vidéos des podcasts ou autres c'est juste porter des messages mais auprès de qui et avec quelle force et quelle efficacité je pense qu'il faut toujours bien se poser cette question là Quand on est face à notre public, que notre public est composé que de personnes queer, porter des messages sur ce que c'est la queerness, ce que c'est être LGBTQIA+, on reste dans un certain entre-soi, et je ne sais pas si on fait beaucoup bouger certaines lignes, même si ça permet toujours de créer des débats, parce que toutes les personnes ne sont pas au même cheminement dans leur vie, dans leur déconstruction, dans leur expérience. du drague qui va faire de la lecture de contes pour enfants, là déjà on se dit, ok, ça vient questionner, montrer des choses différentes à des enfants qui derrière vont avoir une vision justement peut-être moins clichée de ce qu'ils peuvent être plus tard. Ce qu'on disait tout à l'heure avec, voilà, quand on arrive au collège et qu'on se retrouve face à des petites cases dans lesquelles on n'arrive pas à rentrer, voilà. Ça permet à des personnes de se dire, en fait, s'il y a aussi d'autres choses qui existent et d'avoir des, je ne veux pas dire des modèles, mais des images et des projections de ce qui est possible dans l'avenir. C'est-à-dire que je pense que moi, c'est quelque chose qui, et je suis loin d'être seul dans ce cas-là, quand j'étais plus jeune, de me... projeté dans l'avenir, c'était très compliqué parce que quand tu sens que tu es différent, tu te dis quelles images j'ai à la télé, quelles images j'ai dans les livres, quelles images j'ai dans les dessins animés, dans lesquelles j'arrive à me retrouver. Moi quand j'étais petit, je jouais beaucoup aux jeux vidéo et quand on jouait après avec mes frères dans le jardin, j'adorais incarner, j'étais toujours fasciné par les personnages féminins. Et du coup, moi, quand je jouais avec eux, je voulais toujours jouer des personnages féminins. Donc déjà, là, il y avait quelque chose de... Ça reste dans le jeu, mais assez rapidement en grandissant, je me suis dit, bon, en fait, je me rends compte que mes copains, eux, ils font pas ça. Eux, ils veulent jouer au foot. Eux, ils veulent jouer à la bagarre. OK, mais voilà, moi, c'est pas mon cas. aller vers des publics plus jeunes. Et je sais à quel point il y a plein de gens qui trouvent ça scandaleux qu'il y ait des drag queens ou des drag kings qui soient avec des enfants. Qu'est-ce que ça... Quels modèles on leur montre ? Justement, on leur montre des modèles qui sont peut-être des modèles qui leur sauveront la vie derrière parce qu'ils auront un moyen de se projeter dans ces modèles-là ou pas du tout. Mais en tout cas, ils auront vu que la différence, c'est OK. et que ça peut être fun, que ça peut être joli, que ça peut être joyeux et que c'est pas une mauvaise chose en fait. Donc voilà, je pense qu'il y a ces façons-là de porter des messages. Alors j'ai probablement des collègues qui crieraient en m'entendant dire ça, mais je pense qu'en performant devant des publics très hétérosexuels, j'ai envie de dire, principalement composé de personnes hétérosexuelles, c'est aussi un moyen de leur dire « ben en fait, voilà, on existe, on est là, on ne mord pas, on ne représente pas un danger pour vous, on ne représente pas un danger pour la société non plus, on n'est pas des symboles de décadence, non, on est juste des personnes avec un art qui cherchent à faire communauté en plus, qui cherchent à rassembler, et qui cherchent à faire rire, pleurer, danser, chanter. » C'est juste ça, le drague, au final. C'est un art pour faire communauté ensemble. Et moi, j'aime bien avoir du temps aussi comme ça avec des gens qui, ou quand je sens qu'ils ont rarement vu des dragues, ils auront des questions maladroites, ils auront des questions auxquelles j'aurais déjà répondu cent mille fois auparavant. Ils auront, mais en fait, moi, je préfère qu'on vienne me poser la question et qu'on reparte en ayant compris quelque chose et que ça ait peut-être fait bouger... d'un micro-millimètre certaines lignes plutôt que d'être sur scène, proposer ce que j'ai à proposer et que les gens ne comprennent pas forcément et repartent en se disant bon voilà, je ne sais pas ce que j'ai vu quoi. Et je préfère que les gens repartent avec des réponses qu'avec des questions. Bon, une réponse va ramener plein d'autres questions mais...
- #Enora Teyssendier
Mais c'est génial ça et merci du coup de le faire. C'est vrai que... personnellement pour avoir vécu du coup un bingo à Paris dans un barguet et donc en Corrèze avec des gens qui ont possiblement jamais vu de spectacle ou de drague c'est sûr que l'impact derrière déjà moi personnellement je me suis sentie mieux quand même à Paris moi j'ai adoré et donc je sais pas si les gens sur ce podcast le savent je suis Du coup, une personne cis, hétéro. Mais pour autant, je me suis sentie intégrée, ou pas forcément intégrée, mais pas rejetée dans le bar à Paris. J'ai trouvé l'ambiance géniale, j'ai adoré. En Corrèze, c'était bien différent. C'était... Enfin, c'est deux univers bien différents. Mais je trouve ça génial pour... Donc, clairement, moi, j'ai essayé de me préparer que je n'allais pas vivre la même chose qu'à Paris. Mais j'étais obligée de venir soutenir la démarche parce qu'effectivement, derrière, il y a un engagement qui, pour moi, est plus important. En Corée, des dragues, on n'en voit pas tous les jours.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Oui. Je suis pas sûre de connaître un ou une drague qui... performe en Corrèze. Des gens de Paris qui font du drague et qui viennent de Corrèze. J'en ai eu plusieurs qui sont venus me voir quand j'avais posté l'événement en me disant « Ah, mais c'est incroyable, c'est à côté de là où je suis né ! » Je dis « Mais il est temps que tu y retournes parce qu'il y a des gens qui veulent voir des dragues là-bas. » En fait, j'étais vraiment très étonné en venant à cet événement parce que, pour redonner un peu plus de contexte pour les personnes qui écoutent, c'est dans une ferme où il y a tous les ans un événement qui est créé. En général, c'est des associations qui viennent faire un bal, des performances, je sais qu'il y avait eu des performances de cirque dans les années précédentes, et cette année, moi j'avais une amie qui participe à chaque fois à cet événement, qui m'a dit « Ah, mais ce serait cool que tu viennes ! » Et on a organisé ça un peu comme ça, et je suis arrivé, mais vraiment en connaissant deux personnes dans la ferme, alors que c'est un peu une communauté où il y a plusieurs personnes, mais j'ai été si bien accueilli, c'était incroyable, vraiment. traité pour le coup comme une reine quoi et c'était incroyable de quand je suis arrivé je me suis senti très bien mais quand je suis arrivé en quand je dis en boy fin genre pas en drague et une fois que j'étais prête et que je suis arrivé dans cette grange où tout le monde était assis je me suis senti hyper à l'aise parce que ben en fait il y avait pas de ouais il y avait peut-être des questions il n'y avait pas d'animosité je pense que tu vois il n'y a pas de Tu le sens assez rapidement, il y a des regards parfois ou des grimaces ou des sourires qui ne trompent pas. Tu vois, on sait, on a l'habitude, on les a vus en fait toute notre vie déjà. Et quand on est en drague, on a un peu cette essai d'armure, mais ça ne nous empêche pas d'être conscient, consciente de ce qui se passe. Là, il n'y avait pas du tout ça. Tout le monde était content, tout le monde. Et je suis même... La première partie a quand même duré un peu longtemps parce que j'ai tendance un peu à trop blablater. Mais ils sont quand même, la plupart des personnes sont restées pour la deuxième partie. Et je me suis dit, alors que ça fait tard quand même. Et ça, je trouvais ça exceptionnel.
- #Enora Teyssendier
Oui, et puis, si tu me permets, la grange était pleine. Enfin, il y avait du monde. Alors qu'on est en Corrèze, on est en hiver. Je pense que c'est encore plus difficile en Corrèze, en hiver, de se déplacer. Et puis là, pour aller dans une grange où il va faire froid. On m'a demandé après, de toute façon, c'était des gens habitués du loto. Non, ce ne sont pas des gens. Il y en avait peut-être, allez, cinq qui étaient habitués des lotos. Et par contre, c'était les gens qui se déplacent quand il y a du spectacle. Enfin, les gens qui sont plutôt engagés, soit politiquement, environnementalement. D'ailleurs, politiquement, bien sûr, tous les gens à ma table, ils étaient tous sur une liste parce que c'était en plein pendant les... Et la période de campagne électorale pour les communes, enfin, les maires. Et donc, oui, c'est des gens qui se déplacent pour... Enfin, qui ont envie que ça bouge d'un point de vue plus large de société, d'environnement, etc.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Tout à fait. Mais d'ailleurs, c'est aussi une discussion que j'ai eue avec Hélène qui est donc... qui travaille à la ferme et qui est un peu à la tête de l'organisation de cet événement-là, qui m'a dit qu'apparemment, une des personnes du voisinage avait vu l'affiche et avait trouvé ça... Bon, apparemment, déjà, la personne n'est jamais trop contente quand il y a des événements comme ça, parce que visiblement, ça la dérange. Mais là, elle trouvait ça pas correct. que c'était de l'exhibition, que c'était de la démonstration de la sexualité, voilà. Donc j'ai senti quand même que, en effet, je suis quasi persuadé qu'on peut aussi entendre ce genre de discours à Paris, c'est vraiment une notion de la ville, la campagne, Paris, la province, mais voilà. C'est là où tu te dis, il y a quand même une énorme confusion de qu'est-ce qui est quoi. Est-ce que tu as eu l'impression que ma performance allait être quelque chose de sexuel ?
- #Enora Teyssendier
Non.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Voilà, c'est qu'en fait, le drag, les gens, ils collent une étiquette un peu... Voilà, c'est un peu à violents, c'est un peu... Parce qu'on dit que c'est subversif, vont tout de suite imaginer que c'est quelque chose de très sexualisé. Alors, ça peut l'être, ça c'est sûr, il y a des performances qui recherchent ça, de la même manière que dans le cabaret, il y a aussi des choses, les feuillages, on peut estimer que c'est sexualisé. Et encore, c'est juste genre comment est-ce qu'on considère le corps nu en général. Mais dans le drague, il y a aussi du drague qui est très proche du clown, il y a du drague qui est très diva, il y a du drague qui est très personnage, à la limite du cosplay de jeux vidéo. En fait, c'est une forme d'art et ça n'a rien à voir avec la sexualité. Et c'est aussi pour ça qu'il y a beaucoup de gens qui se disent Merci. Ah, drag queen égale gay, drag king égale lesbienne. Non, en fait, ça, c'est une vision très étriquée. En fait, on regarde le drag par le trou de la serrure. Alors qu'en fait, il suffit juste d'ouvrir la porte pour se rendre compte que c'est genre méga riche et qu'en fait, ça n'a rien à voir avec de la sexualité ou quoi que ce soit. Et c'est pour ça qu'en fait, on a beaucoup de critiques, notamment dans les événements qui sont organisés avec les publics plus jeunes. c'est que les gens estiment que les enfants n'ont pas à être mis en contact avec ça parce que c'est sexualisé, parce que... Pour avoir fait des lectures de contes, c'est des moments qui sont vraiment adorables avec les enfants qui ont plein de questions, qui sont trop contents de voir quelqu'un qui est maquillé avec des paillettes, avec des strass, avec des cheveux de couleurs différentes. Et honnêtement, il n'y a vraiment que les gens qui n'y sont jamais allés pour ne pas comprendre, qui ne veulent pas y aller de toute façon pour ne pas voir les moments hyper touchants et hyper intéressants que ça représente.
- #Enora Teyssendier
Alors, Guillaume, je te remercie pour tout ce que tu nous partages. Le temps passe à une allure inimaginable. J'aimerais aborder un dernier sujet, s'il te plaît. avec plaisir donc en fait comme je disais tout à l'heure suite à ta venue en Corrèze j'ai eu des conversations notamment avec une amie je sais qu'elle attend cet épisode de podcast du coup avec enthousiasme à défaut de discuter directement avec toi parce qu'elle avait toute une réflexion j'ai essayé de reprendre ses mots et je voudrais pas euh... traduire... Enfin, je voudrais pas... Ah ! Bon, j'ai essayé de reprendre, c'est bon, en tout cas. Donc, ce qu'elle disait, c'est qu'elle, elle préférerait que pour la communauté LGBTQIA+, ce soit un non-événement, de faire partie de la communauté LGBTQIA+, plutôt que d'en faire un spectacle. Alors, il y a eu toute une discussion avant aussi, j'ai essayé... d'expliquer avec mes mots, mais je suis loin de connaître tout. Est-ce que déjà, par rapport à ça, tu aurais une réponse ?
- #Guillaume alias Clémence Trü
Moi, je suis 100% d'accord avec elle. J'aimerais aussi que toutes les identités qu'il y a dans la communauté LGBTQIA+, soient intégrées dans les normes de société, qu'on fasse partie de la norme. Mais le principe... d'une norme, c'est qu'elle est quand même un peu excluante. C'est-à-dire que ça voudrait dire, si la communauté LGBTQIA+, n'est plus une marge, l'hétérosexualité et les identités cisgenres auraient plus de place centrale qu'elles ont aujourd'hui dans la société. Moi, j'aimerais bien que ce soit un autre sujet aussi. Est-ce que ça nous empêcherait d'en faire un spectacle derrière ? Honnêtement, je ne pense pas parce qu'encore une fois, le drag, il est certes enraciné dans la communauté, mais il s'est développé aussi au-delà. Et je ne pense pas qu'on...
- #Enora Teyssendier
On gagnerait à avoir plus de personnes hétérosexuelles probablement à faire du drag. Ça permettrait justement de, j'ai envie de dire, le normaliser. Alors, je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ne sont pas du tout d'accord avec moi là-dessus. Moi, je pense que plus on a de gens qui font du drag, et plus on... Pas moins on se fera casser la gueule, quoi. J'ai envie de dire. Parce qu'aujourd'hui, sortir en drag à Paris, je pense qu'en fait... J'ai moins de risques à sortir en drague en Corrèze que sortir en drague dans la rue à Paris. Aujourd'hui, on est encore rejeté pour ce qu'on est et c'est là où on voit la raison. On se sert de ça pour en faire un spectacle, pour essayer de se servir du drama, pour dédramatiser ces violences qu'on subit. On est encore très très loin de ça malheureusement. Un jour, si c'est plus un sujet, les gens se poseront peut-être moins. La question de faire du drag, ça c'est sûr, mais c'est un beau projet de société, mais pour l'instant, c'était loin d'être la réalité. Ça, ce serait la première réponse que je lui ferais. Après, je pense très honnêtement qu'il y a toujours l'envie de ce jeu de rôle, de ce jeu avec le travestissement ou autre, qui n'est pas que... inhérents à la communauté, tu vois, c'est cet aspect du drague qui est un peu au-delà pour moi.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Et du coup ce qu'elle disait aussi c'est que dans un monde où tout le monde accepterait tout le monde, des femmes méga maquillées, pas du tout, avec poils, sans poils, des personnes trans etc. que pour elle il n'y aurait pas de sens d'en faire un spectacle et que ce serait même peut-être à l'inverse mal vu. Alors, pour pas déformer ses propos, elle précise bien qu'effectivement, on n'est pas encore dans ce monde-là. Mais toi, t'en penses quoi de ça, que ça pourrait être à l'inverse mal vu, en fait ?
- #Enora Teyssendier
Bah, je pense qu'on aura bien, bien avancé en tant que société le jour où, en effet, le drag serait mal vu dans ce sens-là. C'est-à-dire de se dire, ah bah, vraiment, c'est genre plus nécessaire et c'en est peut-être même un peu outrancier. Après, je pense que c'est une façon de voir le... drague qui est encore un peu restreinte là où aujourd'hui beaucoup de personnes aiment faire du drague parce qu'elles aiment créer ce personnage il faut aussi comparer un peu avec le cosplay, tu vois j'aime bien avoir cette comparaison là, le cosplay dans le monde du cosplay, on cherche à incarner un personnage de jeu vidéo de manga, de bande dessinée de comics, parce que on aime ce que ce personnage représente Merci. Et on a envie de jouer, on a envie de se sentir dans ce personnage pendant une journée, on va dire. Je pense que le drague a toujours cette porte-là de se dire, on se met dans la peau d'un autre personnage et on se sort de notre performance du quotidien. Ça renvoie à ce que j'expliquais tout à l'heure, que le genre, ça reste quand même une performance. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, moi, j'ai tout autant l'impression de performer Guillaume que je performe Clémence. Parce que dans la rue, dans le métro, au travail, j'adopte des postures, je dépends à des codes sociaux, je m'habille d'une certaine manière, je me coiffe d'une certaine manière. C'est déjà un peu du drague, en fait. C'est juste du drague. socialement accepté du drague pas vraiment fun et pas vraiment joué, là où quand je suis Clémence je suis un tout autre personnage et ça me fait du bien de sortir de Guillaume pour rentrer dans Clémence de la même manière que parfois ça me fait du bien de rester Clémence et de rester Guillaume ça me fait penser que
- #Guillaume alias Clémence Trü
en formation d'éduc, on avait ce qu'on appelait des... Je ne sais plus comment ça s'appelait, mais on avait fait une semaine. Donc là, en l'occurrence, c'est une semaine où on avait fabriqué une marionnette. Ce n'était pas trop mon délire à la base. J'aurais préféré quelque chose plus autour du spectacle, mais il n'y avait pas cette option-là cette année-là. Et en fait, je me suis rendue compte que finalement, d'avoir fabriqué la marionnette et de la faire jouer, c'était comme presque thérapeutique, on va dire ça comme ça. Est-ce que toi tu ressens quelque chose comme ça, qu'il y a un côté libérateur ou thérapeutique d'être dans le personnage de Clémence ?
- #Enora Teyssendier
Ça, c'est une très bonne question. Et je sais qu'on a abordé il n'y a pas longtemps le sujet justement avec Angélika dans notre podcast, d'ailleurs.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Il sera dans la description. Et d'ailleurs, on peut mettre cet épisode-là précisément aussi.
- #Enora Teyssendier
Yes. Je ne sais pas si c'est déjà sorti, mais il faudra. Oui, peu importe. Je pense qu'il y a un aspect thérapeutique de se sortir de soi. Ça, c'est sûr. Est-ce que c'est quelque chose que je recherche ? Je ne pense pas. J'ai dû le rechercher à des moments. mais... C'est pas fixé dans le temps. Il y a des moments où ça me fait vraiment du bien. Il y a des moments où c'est facile, où je vais rechercher ça. Il y a des moments où ça va me donner de la force, où je vais me sentir vraiment... Quand tu te retrouves sur scène face à un millier de personnes, en tout cas, je me sauve pas. C'est vraiment arrivé que je sois face à un millier de personnes.
- #Guillaume alias Clémence Trü
OK.
- #Enora Teyssendier
Et d'un seul coup, les gens te regardent et les gens t'acclament pour le personnage que t'as créé. Ça a quelque chose de... ça te... une bouffée d'énergie incroyable. Mais ça aussi, devant 15 personnes, que ce soit en Corrèze, dans une grange... Il y en avait plus ! Il y en avait plus, on a été une petite trentaine, voilà. Mais même dans un bar où il y a 15 personnes, et où tu vois que ces 15 personnes, là, elles sont venues pour te voir et voir ce que tu as à leur proposer, et tu te connectes avec ces personnes-là, et ça, je sais pas, ça fait du bien à l'âme. tu vois d'un seul coup c'est aussi se dire c'est là où je dis que c'est un art intéressant parce qu'il fait communauté c'est que d'un seul coup on va passer un moment ensemble autour de ce personnage que j'ai créé et avec vous et en fait ça va bien se passer et on va vivre des choses et ça va nous faire du bien ça permet de travailler sur des émotions ça permet, parfois c'est cathartique aussi j'ai déjà eu des performances où en sortant de la performance j'ai quelqu'un qui est venu pleurer et on s'est fait un câlin et je me suis dit ah oui en fait ça travaille aussi les choses chez les gens et pas que chez moi cet aspect un peu de catharsis, mais aussi d'exutoire pour moi, d'émotion, c'est hyper inhérent à ce type de performance-là. Parfois, à l'inverse, je pense que ça me fait du mal, honnêtement. Il y a des moments où peut-être j'en fais trop, il y a des moments où ça me stresse trop, il y a des moments où il y a peut-être trop de trac. Il y a aussi des moments où c'est l'inverse de l'érapeutique, où je pense que... Et il faut aussi en avoir conscience que parfois c'est trop d'investissement, parfois c'est épuisant, parfois ça fait mal au corps aussi, parce qu'on utilise quand même des choses qui ont longtemps été réservées aux femmes d'ailleurs, mais à croire que visiblement la société veut torturer les femmes, dis donc ce serait une grande surprise ça. Mais voilà, les corsets, les collants, les tanons très hauts, les robes trop serrées, c'est pas toujours très agréable. Non, je pense qu'il y a vraiment un aspect thérapeutique. Ça peut... Je pense que ça fait du bien de se le rappeler. Mais il faut aussi avoir conscience qu'il y a un autre aspect qui peut être épuisant, éreintant et qu'il faut savoir s'en protéger aussi.
- #Guillaume alias Clémence Trü
OK.
- #Enora Teyssendier
Voilà.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Merci beaucoup. On va devoir s'arrêter là.
- #Enora Teyssendier
Merci à toi, c'était trop bien.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Franchement, merci beaucoup de prendre... du temps pour moi et puis pour la communauté qui écoute ce podcast aussi pour faire découvrir un peu plus ce que c'est que les drags ou queer avec grand plaisir et si les personnes ont des questions mes
- #Enora Teyssendier
messages sont ouverts sur Instagram, je prends toujours du temps pour répondre et il n'y a pas de mauvaises questions et même si la question est posée maladroitement, ce n'est pas très grave on en discute et je préfère donner des réponses que seulement Bon. poser des questions.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Merci beaucoup pour aussi cette ouverture d'esprit et d'accepter les questions maladroites.
- #Enora Teyssendier
Avec plaisir.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Parce que je pense que oui, il y a plein de personnes qui sont chargées de bonnes intentions. Et puis moi-même, des fois, je me dis est-ce que ça se dit ? Est-ce que c'est politiquement correct de dire ça ou pas ? Et bon, je l'ai posé la question tout à l'heure.
- #Enora Teyssendier
Faut pas hésiter. Moi, je fais partie des personnes où euh... c'est pas une charge en soi et je vis pas au quotidien je pense qu'il y a des personnes pour qui quand on leur pose tout le temps la même question forcément ça devient difficile aussi et ça demande beaucoup d'investissement voilà moi ça va je suis pas trop confronté je reste quand même un mec cis et avec certaines facilités et certains privilèges aussi à ce niveau donc voilà c'est une de mes missions pour moi
- #Guillaume alias Clémence Trü
C'est vrai que par rapport aux mots, tu vois, même toi dans ton spectacle, tu as parlé, tu as dit une travelote. C'est... D'ailleurs, il y a un autre épisode de podcast sur le sujet plus queer, qu'est-ce que c'est, tout ça, avec des personnes d'une association de La Rochelle, où il y a des mots qui peuvent être utilisés comme des insultes. et qui ont été reprises par la communauté LGBTQIA+, pour peut-être ne plus les vivre comme des insultes. Mais du coup, ça fait que moi, et j'imagine que d'autres personnes, on a peur de dire des gros mots. Alors que je sais qu'en parlant avec des potes, comme Denis, il pourrait utiliser ces mots-là. Mais venant de moi, moi, je n'ose pas parce que je me dis « Ah là là, comment ça va être interprété ? »
- #Enora Teyssendier
Je pense qu'à partir du moment où tu oses pas, c'est que t'as pas besoin non plus de les utiliser. Quand ça reste dans le cadre avec des amis et tout, quand je pense qu'il n'y a aucun mal, surtout si tes amis-là les utilisent. Moi, je sais que j'aime beaucoup utiliser, comme tu dis, le mot « trablote » , parce que ça désacralise aussi un peu le drag qui, parfois, on n'a un peu que cette image très... polissé, très glamour, très diva. J'aime bien dire que je suis trablotte parce que je ne me rase pas le torse, il y a souvent des poils qui dépassent. J'aime bien qu'il y ait un côté qui ne se prend pas trop au sérieux. Et je sais que dans la conversation, si tu disais le mot trablotte et tout, on en parle ensemble, c'est ok. Que quelqu'un vienne que je ne connais pas dans la rue et me dise « et la trablotte » , là, je sentirais quand même qu'il y a... une différence d'intention derrière et je me dirais, bon, peut-être que là il faut que je commence à prendre mes talons à mon cou mais en fait ça tout dépend, c'est vraiment des questions de contexte et pareil le mot pédé par exemple j'espère que ça va pas faire strike, mais en tout cas c'est un mot que j'aime utiliser, bon ok ça va alors mais c'est un mot que moi j'aime utiliser à côté parce que comme tu expliquais, il y a Merci. cet aspect de réappropriation de l'insulte, de retournement du stigmate. C'est vraiment se dire, ben voilà, c'est un mot. En fait, moi, je ne me suis jamais senti comme PD. C'est à partir du moment où on m'a dit que je l'étais, que j'ai commencé à me dire, que ça a commencé à me définir. Donc, voilà. En fait, ce n'est pas quelque chose que j'ai cherché à être. C'est comme ça qu'on m'a catégorisé. Et du coup, si je le réutilise, au bout d'un moment, l'insulte, elle ne finit pas. Fondre comme un glaçon, c'est juste ce que tu utilises, plus ça pète sa valeur offensive d'attaque. Et si on me dit que je suis une traveloze, je dis « ouais » et je ne vois pas en quoi c'est un problème.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Yes. Bon, ce sera le mot de la fin pour aujourd'hui.
- #Enora Teyssendier
Parfait. Ça me va très bien.
- #Guillaume alias Clémence Trü
Merci, merci beaucoup. Bah du coup je clore cet épisode.
- #Enora Teyssendier
Des bisous !
- #Guillaume alias Clémence Trü
Je rajoute un petit bout à cet épisode qui est déjà long, je le sais. Merci de nous avoir écouté jusque là d'ailleurs. Pour dire que donc dans la description il y a l'Instagram de Clément Stru. Il y a le lien ou les liens vers le podcast dont Guillaume nous a parlé. Si vous voulez que Clémence intervienne quelque part pour un spectacle ou quoi que ce soit, c'est en passant par son compte Instagram. Et puis, j'ai aussi une autre info à transmettre qui n'a rien à voir avec Clémence ou Guillaume. C'est que déjà, si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à laisser un petit 5 étoiles, un petit commentaire, etc. pour soutenir le podcast, ça nous aide énormément. et puis l'autre point c'est que si tu es thérapeute, soignant, éduque, doula, coach de la communauté LGBTQIA+, ou pas ou aussi en reconversion ou envie d'entamer une reconversion vers la sexologie et bien je propose des supervisions sexo gratuites donc c'est pour aborder des sujets, des questions que vous avez Merci. ou quand vous accompagnez quelqu'un que vous savez pas trop, comment l'accompagner sur un sujet autour de la sexualité, et bien ces lives de supervision sexe gratuit sont là. pour répondre aux questions. D'ailleurs, ça peut aussi être des questions incluant les sujets LBTQIA+. Je n'ai pas toujours les réponses. Comme vous l'avez vu dans cet épisode, il y a des personnes qui savent mieux que moi, mais je fais en sorte de répondre et puis sinon de chercher la réponse que je donnerai par la suite dans les mails. En tout cas, les prochains rendez-vous, c'est le 5 mai à 18h. Ça dure une heure. Et le 2 juin à 19h. Et ça durera... deux heures, donc vous pouvez venir avec un cas concret ou simplement pour écouter ce qui se dit. Et il n'y a pas de replay et par contre tu peux t'inscrire dans le lien qui est dans la description. Voilà et puis je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.