Philippe GoulletquerJe me présente, je m'appelle Philippe Goulletquer, je serai récemment directeur scientifique adjoint à l'IFREMER, une position qui m'a permis d'acquérir une vision transversale des thématiques marines. J'ai une expertise en milieu marin long et riche de plus de 40 années, marquée par une thèse en océanographie biologique à l'Université de Bretagne Occidentale et d'une habilitation à diriger des recherches par l'Université de Caen en 2000. Tout au long de mon parcours, j'ai développé des recherches sur les écosystèmes exploités, notamment en aquaculture, avant de me focaliser sur les questions de biodiversité marine et sur la problématique des invasions biologiques en milieu marin en particulier. Thématique qui m'a amené à publier plusieurs ouvrages chez Quae et d'autres éditeurs nationaux comme Belin et Universcience. Ces travaux m'ont amené régulièrement à travailler en soutien aux politiques publiques et développer de l'expertise à l'échelle nationale et internationale. J'ai été membre de plusieurs pannels d'experts au niveau de l'UNEP et de la Convention sur la diversité biologique, notamment afin de définir les objectifs de la CDB, donc la Convention sur la diversité biologique, pour le milieu marin, et également en tant que chair du groupe de travail de cette convention sur l'impact de l'aquaculture sur la biodiversité. De 1997 à nos jours, j'ai été membre du groupe de travail international du CIEM, le CIEM étant le Conseil international pour l'exploration de la mer, qui concerne l'Atlantique Nord, et sur la thématique des introductions et transferts d'espèces marines. Pour avoir travaillé quatre ans aux États-Unis en tant que professeur associé à l'Université du Maryland, j'ai été amené à participer à des expertises pour la NOAA dans le cadre de la réglementation fédérale sur les espèces en danger, ainsi qu'à l'Académie des sciences américaines dans le cadre de l'évaluation des risques associés à l'introduction d'espèces exotiques en milieu marin, qui s'est formalisée et traduite par la publication d'un ouvrage par cette académie. D'ailleurs, je participe toujours à des expertises à l'international pour différentes structures équivalentes à l'Agence Nationale de la Recherche, l'ANR française. Au niveau national, plusieurs expériences professionnelles ont contribué à forger mon expertise sur le milieu marin, que cela soit à l'Outre-mer ou pour l'Hexagone. Administrateur de l'IFB suivi par la Fondation de Recherche pour la Recherche sur la Biodiversité, la FRB, de l'Agence des Aires Marines Protégées dès sa création jusqu'à son intégration dans l'Agence Française de la Biodiversité, suivi de l'OFB actuel, mais également par des expériences professionnelles très intéressantes, comme le secrétariat d'un des groupes de travail du Grenelle de la Mer. J'ai été par ailleurs membre du Conseil scientifique Patrimoine, Nature et Biodiversité du ministère de l'écologie, puis jusqu'à nos jours membre du Conseil national de la protection de la nature, le CNPN, du ministère de la transition écologique. Pour préciser ce qu'est le CNPN, le Conseil national pour la protection de la nature, cette structure remplit un rôle d'expertise technique et scientifique sur toutes les questions de biodiversité terrestre, aquatique et marine. Il donne son avis sur les projets de texte législatif ou réglementaire concernant ces domaines de compétences et sur les interventions humaines en milieu naturel dans un objectif de protection des milieux et des espèces. Cela peut être par exemple la création d'espèces naturelles protégées, réserves nationales naturelles ou encore la réglementation relative aux espèces protégées ou aux espèces invasives. Mais revenons à cet ouvrage et ses objectifs. Il est intitulé « 50 idées fausses sur les océans ». Peut-être une explication sous ce titre. Certains diront « sur l'océan » et non pas « au singulier » et non pas « les océans » au pluriel. Alors, tout dépend du point de vue et de la personne à qui on s'adresse. Si on s'adresse à un océanographe-physicien, c'est le singulier qui est utilisé. En effet, toute la « machinerie océanique » entre guillemets peut être présentée comme unique avec une circulation océanique intégrée à l'échelle du globe, ce qui est d'ailleurs important dans la perspective du changement climatique et ses effets notamment sur les grands courants océaniques par exemple. Par contre, pour un océanographe biologiste, la perspective est un peu différente, surtout si on évoque la bio-géographie des espèces. On a d'ailleurs l'océan Atlantique, l'océan Pacifique, l'océan Indien, et à titre d'exemple, des espèces originaires d'Indo-Pacifique. Donc j'en reste donc à l'utilisation du pluriel, puisque bon nombre de fiches concernent la biodiversité marine. Mais cela reste un point de vue qui, à mon avis, est plus parlant pour le lecteur. La particularité de cet ouvrage est d'aborder une thématique très large à la différence des autres livres de cette collection, où l'on va retrouver 50 idées fausses sur les abeilles, les requins, les orques, les arbres, les oiseaux ou bien encore les tortues. Donc des ouvrages qui sont très spécifiques. C'est un point non négligeable qui amène à traiter de nombreux sujets très divers, avec le corollaire de la difficulté à sélectionner uniquement 50 questions. A contrario, certains sujets du livre auraient pu mériter à eux-mêmes un ouvrage, peut-être pour une suite. Je suis parti initialement d'une centaine de questions, mais ce qui m'a vraiment aidé à effectuer cette sélection, avec Véronique Véto et Aude Boufflet, éditrices chez Quae, ce sont les échanges que j'ai pu avoir avec le public lors des conférences que je donne. Cela permet d'identifier les sujets qui nécessitent des précisions, des nuances ou bien encore des corrections. Les informations issues des médias sont souvent raccourcies ou ne traitent que de façon partielle les sujets. Donc le résultat avec cet ouvrage est bien en phase avec les préoccupations du public. Un certain équilibre est donné avec 10 sujets portant sur les caractéristiques même des océans, une vingtaine en lien avec la biodiversité marine, et la suite sur les usages, pressions et les approches de gestion du milieu marin. De façon transversale, on retrouve logiquement les questions actuelles, notamment sur les effets du changement global, dont le changement climatique. Certains sujets d'actualité, comme l'exploitation des ressources minérales des grands fonds, l'éolien en mer, ou bien encore la protection des espèces et des écosystèmes par des approches d'aires marines protégées, que cela soit sous juridiction nationale ou en haute mer, semblaient indispensables à traiter. Les cadres conceptuels internationaux actuels sont pris en compte de façon sous-jacente dans cet ouvrage. On peut s'attacher à celui de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, dont l'acronyme est IPBES, qui est souvent comparé au GIEC pour le climat, et donc on parle souvent du GIEC de la biodiversité. Cette plateforme de conseil auprès des gouvernements identifie 5 crises mondiales interconnectées, biodiversité, eau, alimentation, santé, changement climatique, encadrées sous le terme générique NEXUS. Des interactions complexes entre les composants de ce Nexus, comme les boucles de rétroaction, les synergies et les effets de cascade, montrent que chaque dégradation sur l'une d'entre elles entraîne des conséquences négatives sur une ou plusieurs autres. L'IPBES appelle ainsi à de vrais changements transformateurs pour limiter et solutionner ces problèmes à l'avenir. Mais l'ouvrage se veut avant tout pédagogique, grand public et d'un apport facile. Pour les lecteurs qui veulent en savoir plus, des références de publications scientifiques sont toutefois disponibles. Les très nombreuses relectures effectuées par des spécialistes et des non-spécialistes permettent une lecture facile, sans jargon scientifique, avec une validation du contenu scientifique. A ce titre, la contribution aux relectures d'Élise Durand est ici essentielle, cette collection étant de toutes les collections Quae la plus observée et orientée vers le grand public. L'obtention récente du label « coup de cœur » des librairies FNAC pour cet ouvrage montre clairement que son approche pédagogique est à l'intérêt de la transmission de l'information scientifique auprès du grand public. J'espère qu'il recevra un accueil favorable par celui-ci.