Speaker #1Commentry, c'est une petite ville à côté de Montluçon dans l'Allier, qui était connue au XIXe pour ses mines de charbon à ciel ouvert. Et c'est aussi considéré comme l'un des plus importants gisements d'insectes fossiles au monde, parce qu'il a permis des centaines de descriptions d'insectes fossiles, des espèces qui avaient été fossilisées entre des dalles de ce même charbon. Et donc ce charbon, cette houille, elle provient principalement... de forêt tropicale du Carbonifère, donc il y a à peu près 300 millions d'années. A cette époque, il faut imaginer l'Allier sous un climat équatorial, avec une forêt marécageuse qui est composée de fougères arborescentes, une atmosphère qui est très riche en oxygène. On estime qu'à l'époque, il y avait à peu près 35% d'oxygène dans l'atmosphère. Les débris végétaux s'accumulent au fond de cette forêt, dans des marais relativement acides. Ces débris végétaux pourrissent, sont progressivement enfouis, mis sous pression, et c'est ça qui produit lentement la houille, tout en emprisonnant des cadavres de la faune locale qui sont ainsi fossilisés. Et donc, dans ce bassin houillé d'Auvergne, grâce aux bonnes conditions de fossilisation, on a retrouvé de nombreux fossiles assez complets, dont des insectes géants, et le cas particulier qui est souvent commenté, c'est celui d'une libellule fossile géante à la fin du XIXe. des géologues de la mine de Commentry envoie certains fossiles à un paléontologue parisien qui s'appelle Charles Brongniart, qui va décrire des centaines de spécimens de cette ligne. Et il décrit notamment une libellule fossile géante qui dépasse les plus grands insectes actuels. Elle fait 70 cm d'envergure, elle fait 30 cm de longue, on estime qu'elle pèse autour de 150 g. Il la baptise Méganora monii. Et en 1884, elle devient mondialement célèbre, puisque c'est le plus grand insecte enregistré jusqu'alors. Et cette méganeura appartient à une famille qu'on appelle les libellules griffons, qui sont aujourd'hui des libellules éteintes. Mais elle avait une morphologie qui était tout à fait analogue à celle des libellules actuelles, sauf qu'elle a la taille d'un petit faucon. Et donc, à cette époque, dans l'atmosphère, il n'y a que des insectes volants, parce qu'ils détiennent le monopole du vol. Il n'y a pas encore de vertébrés volants, et donc c'est grâce à cette particularité, et puis grâce à la forte concentration de l'atmosphère en oxygène, que pouvaient exister des insectes aussi grands, des insectes géants entre guillemets. Alors il y a des fourmis rousses ailleurs que dans les sapinières des Vosges, mais dans les forêts vosgiennes, ces fourmis rousses des bois sont particulièrement abondantes et particulièrement diversifiées. En fait, dans ces forêts, il y a à peu près 5 ou 6 espèces de fourmis rousses. Elles sont toutes bicolores, noires et roues. Elles sont toutes à peu près longues d'un centimètre. Elles ont toutes les mêmes antennes coudées. Elles ont toutes des mandibules assez imposantes. Mais entre les espèces, c'est assez difficile de les distinguer. La plus commune, c'est celle qu'on appelle Formica ruffa. Et en fait, elle, on la retrouve dans presque toute la France. Alors, toutes les fourmis rousses édifient un nid Merci. qui est en forme de dôme, mais qui est constitué de matériaux légers, alors c'est des brindilles, des aiguilles de conifères, des morceaux de mousse, ce que les fourmis trouvent. Et ce nid, ça fournit une protection contre les prédateurs, contre les variations de température, contre les intempéries. Et ce nid, il est composé d'un réseau dense de galeries, de chambres pour la ponte, pour le stockage de nourriture, pour le soin des larves. Il peut atteindre des dimensions... importante autour de 1,50 mètre de diamètre, 1,50 mètre de hauteur, ça fait un volume total de plusieurs mètres cubes, avec également une partie souterraine, des galeries sous le sol, sous le niveau du sol, qui sont creusées jusqu'à 1 mètre de profondeur. Donc l'emplacement de ce nid, qui est toujours exposé au soleil, et toujours si possible à l'abri du vent, il a été choisi par la reine. Comme il est construit en matériaux légers, sa structure, elle est... facilement et rapidement adapté, modifié par les ouvrières. En été, par exemple, pour réguler la température à l'intérieur du nid, les ouvrières sont capables de... fermer les entrées qui sont exposées au soleil, ouvrir celles qui sont situées à l'ombre, élargir les chambres, modifier l'orientation des cheminées qui descendent du haut et des cheminées qui ventilent afin de diminuer, de réguler la température. Au sein de la colonie, la reine est la seule qui se reproduit, ou qui s'est reproduite même d'ailleurs. Elle peut vivre après s'être reproduite une quinzaine d'années et elle pond environ 10 000 œufs par an. Et le reste de la colonie, c'est ce qu'on appelle la caste des ouvrières, qui est constituée de femelles, dépourvues d'ailes, qui sont toutes des sœurs qui élèvent la descendance de leur mère, la reine, et donc elles élèvent leur propre sœur pendant toutes ces générations. Elles se consacrent à la construction, à l'entretien, à la défense du nid, elles se consacrent également aux soins des œufs, aux... à l'éducation des larves et des cocons, et puis à la prospection alimentaire pour la récolte des ressources. Elles sont d'ailleurs omnivores, et leur rôle régulateur sur les pullulations de ravageurs, les chenilles défoliatrices, les squalides en forêt, a été largement démontré. Si bien qu'on estime aujourd'hui que la densité de dôme de fourmi rousse, c'est un indicateur de bonne santé de l'écosystème. Quand les forêts sont moins perturbées, Quand elles sont moins dégradées par des aménagements ou dérangées par la surfréquentation, cette densité de dômes de fourmis rousses augmente. En dehors des insectes qui piquent, des insectes qui transmettent des manettes qui ravagent les cultures ou les forêts, c'est probablement le seul cas d'insectes à avoir autant défrayé la chronique pour une affaire de protection de la nature. Et cet insecte, c'est l'osmoderme. on l'appelle aussi pic prune, c'est un scarabée de la famille des Cétoines, dont les larves sont des gros vers blancs qui vivent dans le terreau qui s'accumule au fond des grosses cavités dans les arbres feuillus. Et comme c'est un habitat qui se raréfie dans nos territoires et dans nos forêts, cette espèce est menacée et donc protégée à l'échelle nationale et à l'échelle européenne. Et donc voici l'histoire qui va relier ce scarabée à un chantier d'autoroute pendant un peu plus de six ans de conflit. projetons nous en 93 donc 1993 le chantier d'une autoroute débute c'est l'autoroute A28 qui relie Alençon à Tours le chantier a commencé et trois ans après le début de ce chantier durant l'été de 1996 à Écommoy dans la Sarthe dans un vieux verger de Châtaigniers un entomologiste amateur découvre un spécimen de ce scarabeus moderne sur le tracé de la future autoroute Les associations écologistes des Pays de Loire, qui sont farouchement opposées à ce projet d'aménagement, ont finalement enfin découvert un argument de poids. Elles déposent rapidement un recours devant la Commission européenne contre l'État français pour manquement à ses obligations de protection de l'espèce. La Commission européenne répond relativement rapidement en adressant une mise en demeure aux autorités françaises et en leur demandant une protection stricte des habitats du Scarabée. Dès juillet 1997, le ministère des Transports admet qu'il y a eu des carences dans la pré-étude d'impact environnemental du chantier et il exige immédiatement une étude complémentaire au concessionnaire qui s'appelle Coffieroute. Et en même temps, il bloque pour deux ans le chantier sur le tronçon de 23 km concerné entre Montabon et Écommoy. Localement, ça va susciter des mouvements de foule. Les agriculteurs, par exemple, qui ont été agacés par la suspension du remembrement sur lequel ils attendaient beaucoup de progrès, ils vont jusqu'à brûler l'effigie de l'entomologiste parisien du Muséum d'Histoire Naturelle qui était chargé de l'expertise devant la préfecture du Mans. Mais en août 1999, les conclusions du rapport qui est remis par cet entomologiste sont sans appel. Toutes les destructions d'habitats, qui auraient été causés par les remembrements liés à la construction de cette autoroute, auraient affecté gravement et durablement les populations de l'espèce osmoderme. Et donc, dès 2000, à la demande de l'État, un comité scientifique, auquel je prendrai part, examine et essaie de rédiger des mesures de compensation qui seraient nécessaires. Et donc, in fine, Coffee Route, le concessionnaire, doit revoir sa copie. Le remembrement agricole est modifié. pour épargner des haies d'arbres vétérans, pour épargner également une centaine de gros arbres à caviter de la fameuse Châtaigneraie, ce qui décale des voies d'accès de l'autoroute, ce qui décale un échangeur également. Et après toutes ces turpitudes, en juillet 2002, l'État donne le feu vert. à la reprise des travaux, qui avait donc été suspendu durant six longues années, depuis 1996. L'autoroute va ouvrir en décembre 2005. Pour l'anecdote, l'aire d'autoroute, qui est située à Écommoy, est dédiée à l'osmoderme, avec des sculptures et des panneaux consacrés à cette espèce. L'osmoderme, c'est aujourd'hui reconnu comme un cas d'école en sociologie, comme un cas d'école sur les conflits qu'on peut observer entre Les préconisations d'aménagement du territoire sous une pression économique et sociale, et puis l'application réglementaire des directives de protection de l'environnement.