- #Thierry Bonjour
Vos questions sont du savoir. Thierry, bonjour. QualiExcellence 360. Chères auditrices, chers auditeurs, je vous remercie. Vous êtes de plus en plus nombreux à écouter "vos questions sont du savoir". Je salue même les personnes qui nous écoutent de France, de Belgique. J'ai vu de Pologne aussi, j'étais un peu étonné. Et j'encourage toutes celles et ceux qui ne l'ont pas encore fait à s'abonner. à notre newsletter, ça nous permettra d'augmenter le nombre de personnes appartenant à la communauté et puis aussi ça vous permettra d'avoir bien évidemment toutes les informations sur les éditions et les nouvelles éditions des prochains épisodes et des prochaines saisons également. Bienvenue dans QualiExcellence 360, le podcast qui explore comment piloter efficacement une organisation dans un monde complexe. Aujourd'hui, j'ai la chance d'accueillir Emile Galland, horticulteur de formation, passionné par les arbres, le végétal et les espaces publics, responsable dans le domaine de la mobilité et acteur engagé dans la qualité de vie en ville, chroniqueur régulier à la RTS dans l'émission Côté Jardin, et engagé dans la transmission, la formation professionnelle et la valorisation des métiers du paysage. Bonjour Emile.
- #Emile Galland
Bonjour, merci beaucoup pour l'accueil.
- #Thierry Bonjour
Aujourd'hui, on va parler de parcours de formation et de transmission, mais aussi de rythme de vie, d'engagement et d'équilibre. Le fameux équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Emile Galland, si vous deviez résumer votre parcours en une image de jardinier, diriez-vous que vous avez planté, greffé, taillé ou laissé pousser ?
- #Emile Galland
Je crois que je suis plutôt quelqu'un qui plante. C'était d'ailleurs ma première idée quand je suis devenu paysagiste, c'était d'avoir un... Voilà, un impact sur mon environnement, de sauver la planète, et puis de planter un maximum d'arbres pour faire de l'oxygène.
- #Thierry Bonjour
Votre parcours, il est assez singulier. Horticulture, espace public, mobilité, médias, formation. Le fil rouge qui relie toutes ces étapes, c'est lequel ?
- #Emile Galland
Déjà, la curiosité. Finalement, le but, c'était d'avoir de l'impact directement, de choisir des métiers du faire, de la construction. toucher la vie de l'autre. Et mon but, ça a toujours été de rentrer chez moi en me disant j'ai fait quelque chose de bien aujourd'hui. Et la vie étant une aventure comme la vie professionnelle, j'ai eu des opportunités à des moments qui m'ont poussé à changer pas de métier, mais de terrain de jeu, d'élargir finalement aussi du jardin à l'espace public, d'avoir chaque fois un peu plus d'ampleur pour augmenter cette action d'impact et aussi de terrain de jeu.
- #Thierry Bonjour
En fait, ce n'est pas un changement de métier, c'est un élargissement des perspectives du même métier de base ?
- #Emile Galland
Tout à fait, parce que si le paysage, par exemple, c'est déjà très large. Donc, on dit paysagiste, on peut dire jardinier, mais ça dépend toujours de la façon dont on conçoit ce qu'on fait. Moi, j'aime bien la citation qui dit « certains empilent des pierres, certains construisent des murs et d'autres bâtissent des cathédrales » . Et moi, j'ai toujours eu envie de bâtir des cathédrales.
- #Thierry Bonjour
Dans votre parcours, on sent une envie d'être utile, concret, en lien avec le terrain. D'où vous vient cette nécessité de faire quelque chose qui ait un impact visible ?
- #Emile Galland
Je pense par le faire. En fait, on en parle souvent du faire. Mais en fait, le faire, c'est quoi ? Pour moi, le faire, c'est que concrètement, ce que je dois... Aujourd'hui, je crée des stratégies, je réfléchis à ces stratégies. de la manière de passer du concept à l'action. Et en fait, l'action, elle est hyper importante parce que finalement, j'ai remarqué que c'est ce qui me nourrit. Lorsque j'arrive à implémenter une stratégie, une théorie ou même un projet, concrètement, avec un impact clair sur l'environnement dans lequel je travaille, je sui s content.
- #Thierry Bonjour
Quel type de stratégie, en fait ? C'est des stratégies liées à la mobilité plutôt ?
- #Emile Galland
Alors aujourd'hui, oui. Mais auparavant, par exemple, ça pouvait être un plan directeur cantonal, un plan directeur communal ou même une idée de projet qu'il fallait justement retranscrire dans quelque chose d'actionnable. Et j'aime bien justement cette idée qu'à mon sens, pour avoir une employabilité forte, il faut être dans l'action. Donc même si finalement notre travail, c'est de créer des stratégies. Il faut créer des choses les plus tangibles possibles pour que derrière, elles soient applicables sur le terrain. Et donc, c'est comme ça qu'on me reconnaît. Parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a différents mondes qui se côtoient, le monde académique, il y a le monde scientifique. Et puis, où est-ce qu'on me classe ? Moi, j'aime bien... Dire que je suis quelqu'un qui fait.
- #Thierry Bonjour
Oui, au fond, être employable, c'est être utile. Chercher l'utilité pour avoir encore un emploi. Mais est-ce qu'il y a un moment, une rencontre ou une expérience qui a déclenché cette envie d'être concret ?
- #Emile Galland
Je pense que c'est plutôt une expérience. J'avais 16 ans et je m'ennuyais terriblement au gymnase. Et je me disais, j'aimerais apprendre maintenant à faire quelque chose de mes mains. C'était l'objectif. Pour finalement être utile et puis me sentir bien avec ça. Que mon quotidien soit marqué par des réalisations. Et que lorsque je rentrerai chez moi, j'aurai ce bonheur en fait. D'avoir fait quelque chose aujourd'hui. De laisser quelque chose sur le terrain que j'avais traversé. Et donc, c'est aussi pour ça que j'ai choisi mon premier métier. Je voulais être dehors. Je voulais sauver la planète, comme je disais. Et puis surtout, finalement, le métier de planter, de jardinier, c'est aussi ça. C'est d'aujourd'hui planter un arbre avec tout le soin qu'il faut pour que dans 30 ans, et je le fais encore aujourd'hui, c'est assez génial. Maintenant, je vais avec mes enfants dans les parcs où j'ai eu un impact, où j'ai planté quelque chose, où j'ai modifié quelque chose. Et je leur dis, vous voyez, il y a 15 ans, papa, il a planté cet arbre. C'est le fait de laisser quelque chose. Et en fait, au fur et à mesure du temps et de ma carrière, j'ai pu, à travers d'autres métiers, avoir le même acte d'agir et en me disant, je laisse quelque chose derrière moi de positif.
- #Thierry Bonjour
Oui, faire quelque chose d'utile et puis le faire à bon escient, mais aussi pour être un peu plus indépendant.
- #Emile Galland
Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, on oppose souvent, finalement, le travail au degré d'appartenance qu'on... qu'on en a. Et moi, personnellement, après c'est peut-être un peu cliché, mais c'est cette fameuse phrase qui dit que si vous faites ce que vous aimez au quotidien, vous ne travaillerez pas un seul jour de votre vie.
- #Thierry Bonjour
Je confirme.
- #Emile Galland
Donc moi, mon travail, c'est ma vie. Je ne fais pas de différenciation. Il faut que je sois complètement aligné avec mes valeurs, ce que je ressens. Et si je fais un travail de la sorte, je n'ai pas l'impression de travailler, j'ai l'impression de prendre du plaisir.
- #Thierry Bonjour
Pour moi, c'est vraiment la plus grande richesse. C'est de pouvoir vraiment faire ce qui nous plaît, c'est-à-dire le métier qui nous plaît, c'est la plus grande richesse qu'on puisse avoir, et c'est votre cas.
- #Emile Galland
En tout cas, aujourd'hui que j'ai deux enfants en bas âge, il y a aussi une autre chose qui s'est ajoutée, que j'ai plus maintenant qu'avant, c'est le fait aussi de rentrer chez soi, en regardant sa famille, puis en se disant, aujourd'hui j'ai fait quelque chose de bien, qui leur laisse un meilleur monde. J'essaye de faire ça aussi. Et donc, ce qui est assez chouette, c'est que... En même temps, je me fais plaisir et en même temps, j'ai l'impression d'avoir un impact positif et que je vais leur laisser quelque chose de bien.
- #Thierry Bonjour
Vous êtes aussi très engagé dans la formation et la valorisation des métiers de l'horticulture et du paysage. Mais pourquoi ce sujet de formation, de transfert est-il aussi important pour vous aujourd'hui ?
- #Emile Galland
Alors, je l'aborde par plusieurs activités aujourd'hui. Je donne des cours, je vais aussi et puis j'ai commencé à coacher des jeunes. qui sont perdus parfois dans leur parcours. Ils ont 16 ans. Et donc, ces diverses expériences, qu'est-ce qu'elles m'apportent ? C'est que pareil, en fait, moi, j'ai eu l'occasion dans ma vie d'avoir des gens qui m'ont orienté, qui m'ont accompagné, qui m'ont aidé à être meilleur. Et ce métier m'a beaucoup donné, en fait. Il me permet aujourd'hui, mon premier métier, de nourrir mes enfants. Même si ce n'est plus le même, j'ai réussi à grandir avec lui, à avoir d'autres opportunités. Donc, je pense que de rendre... et de donner au prochain. D'une part, je pense que c'est un concept, c'est un principe de vie. J'aimerais qu'on fasse pareil avec mes enfants. Et donc, je me dis, j'aimerais bien faire pareil avec les enfants des autres, mais aussi rendre ce qu'à moi, on m'a donné.
- #Thierry Bonjour
Qu'est-ce que la formation apporte de différent, de complémentaire à l'expérience ?
- #Emile Galland
Je pense que d'une part, ça nous permet de rester au goût du jour, à ne pas perdre le fil de l'évolution du monde professionnel. D'autre part, ce que je trouve très chouette, c'est que dans la formation, il y a aussi une autre facette dont on parle peu, c'est d'être au contact des gens et d'avoir une posture de coach, de mentor, et parfois même d'ami, des années après. Et ce qui est très chouette avec cela, c'est que, pareil que mon arbre que j'ai planté il y a 15 ans, On accompagne des personnes qui vont devenir d'autres personnes. On les aide à grandir, on les aide à potentiellement aussi atteindre leurs objectifs, être meilleurs dans ce qu'ils font. Et parfois, c'est juste une écoute aussi, une discussion plus humaine. Et je trouve que ce qui est très chouette dans la formation, c'est que l'expérience, c'est bien, on l'emporte avec nous. Mais finalement, cette relation de mentorat aussi qu'on a, quand je pense qu'on est investi dans la formation et qu'on donne des formations avec le cœur, c'est que ça nous apporte à nous, en retour, de l'humanité, de l'humilité, de comprendre aussi que le monde est peuplé de gens bien et que ça donne espoir pour les générations futures et aussi, finalement, pour la société qu'ils vont construire eux.
- #Thierry Bonjour
Vous avez aussi cette impression réelle, en ce qui me concerne, qu'être formateur, c'est s'obliger à toujours mettre à niveau ses propres connaissances techniques, à pouvoir trouver les réponses à des questions qui sont parfois étonnantes. Vous avez aussi cette impression que c'est toujours être au fait des derniers éléments ?
- #Emile Galland
Je pense que quand on donne des formations, il faut d'abord être exemplaire. Et quand on est exemplaire, il faut être informé. On ne doit pas perdre le fil de nouveau de ce qui se fait, de moderne, de contemporain. Aujourd'hui, on a en plus l'IA qui est arrivée sur la table, donc les choses vont de plus en plus vite. Et je pense que c'est bien de rentrer dans ce monde parce que c'est ce que maîtrisent beaucoup mieux les jeunes générations aussi. Ça demande de se mettre à la page finalement, pas que professionnellement, mais aussi dans les outils qu'on utilise pour transmettre.
- #Thierry Bonjour
Vous avez aussi un rôle d'auditeur dans les formations supérieures en horticulture. Quand vous regardez une formation, qu'est-ce qui vous permet de dire là on prépare vraiment les professionnels de demain ?
- #Emile Galland
Il faut savoir que ces audits, ils interviennent dans un processus d'augmentation de la qualité, mais qui est une collaboration, et c'est ce qui m'a tout de suite plu là-dedans. C'est que mon métier là-dedans ne sera pas de dire c'est juste, c'est faux, mais à débriefons sur quelque chose qu'on a pu vivre ensemble, parce que l'un donne le cours et moi je l'observe. Et derrière, ce qui est intéressant, c'est qu'on va capter les processus d'amélioration par plusieurs biais. L'un, c'est peut-être la prestance, la façon de transmettre. L'autre, ça va aussi être de se dire, mais est-ce qu'on est au niveau finalement qu'on aimerait avoir dans cette transmission en termes de moyens ? Et ce que je vois aujourd'hui, c'est que chacun a un ordinateur et un téléphone et l'étudiant est de plus en plus compliqué. Pourquoi ? Parce qu'il a une source d'informations infinie, rapide et on est en train de passer beaucoup plus dans l'exprérientiel que de la théorie pure. Et ça aussi, c'est un tournant qu'il faut marquer. Parce qu'aujourd'hui, à mon sens, on préférera quelqu'un qui arrive et qui dit « Bon, la théorie, c'est cela. Je vais vous transmettre les concepts les plus importants, ceux que vous devrez retenir. Mais ensuite, moi, je vais vous expliquer comment je les mets en pratique ou quels sont les exemples aujourd'hui qui sont parlants. Allons les voir. » Et ce côté expérientiel, je pense, va faire vraiment évoluer la prestation de formation.
- #Thierry Bonjour
Oui, puisque vous le voyez, les participants, étudiants participants, c'est les exemples. Vous avez fait ça comment ? Et puis surtout, d'être capable de répondre à la question mais au fond, chez moi, ça ne marche pas. Donc, comment je dois faire ? Donc, c'est une question aussi de technique, de posture, de durabilité. Quand on donne une formation, on a des indicateurs, la satisfaction des participants, la réussite des examens éventuellement, je ne sais pas, et qu'apporte de plus l'auditeur dans l'analyse du processus au fond ? Qu'est-ce qu'il apporte de plus comme indicateur ou comme mesure, comme outil de mesure ?
- #Emile Galland
La mesure va être faite évidemment, on améliore ce qu'on mesure comme on dit, mais la chose est aussi que derrière le formateur il y a un être humain. Et ce que je trouve intéressant, c'est que finalement, on a toujours, on a tous des œillères dans nos vies. Et le but, c'est aussi de prendre un moment pour échanger de manière humaine sur une expérience qu'on a eue, qui est souvent courte, qui ne représente pas toute la vie du formateur dans sa fonction professionnelle. Mais on a l'occasion, en fait, d'échanger avec lui, d'humain à humain, de voilà, mon feeling, ça a été ça. Et on sait que la qualité, ça s'obtient aussi par le bonheur, la performance. pour moi, elle est aussi clairement liée au côté de « je me sens bien quand je donne mon cours » . Donc là, c'est ce qui me plaît aussi dans cette orientation d'auditeur, c'est vraiment d'avoir une approche humaine dans l'échange et ce qui permet aussi que le professeur soit vachement peut-être mieux par la suite, en fait c'est le but, dans ce qu'il a à transmettre. Et à mon sens, un professeur qui est droit dans ses baskets, qui aime être là, puis qui aime transmettre, et puis qui s'améliore par ses processus, il va faire mieux et ça va se ressentir aussi dans sa qualité de transmission et surtout dans ce que vont transposer les élèves dans leurs examens.
- #Thierry Bonjour
Le participant, l'élève, l'étudiant, il va voir la différence entre quelqu'un qui est passionné par ce qu'il raconte et celui qui, au fond, ne fait que d'interpréter le manuel qu'il a sous les yeux. Au fond, ce que vous représentez, c'est une autre perspective de la qualité perçue.
- #Emile Galland
Tout à fait.
- #Thierry Bonjour
C'est une autre perspective de ça.
- #Emile Galland
Et surtout, dans un monde où aujourd'hui, on est de plus en plus aussi tourné vers l'image qu'on donne, qu'on rend à travers nos réseaux sociaux, nos réussites. personnelles, nos réussites professionnelles. Aujourd'hui, je pense que cette jeunesse d'étudiants a besoin d'incarner, d'incarnation des principes qui leur sont transmis. Et ça, c'est important, c'est qu'on n'est plus seulement des exemples, on est aussi des postures dans lesquelles doivent de plus en plus se reconnaître ces nouvelles générations.
- #Thierry Bonjour
Qui puissent s'identifier. Dans les métiers du paysage, je peux imaginer souvent le geste, le terrain, la pratique. Comment faire comprendre aux jeunes et au grand public aussi que ces métiers demandent aussi, vous avez utilisé le mot, de stratégie, de réflexion et une vraie vision d'avenir ?
- #Emile Galland
Ce qui est intéressant dans les métiers du paysage, c'est que tout d'abord on travaille avec le vivant. Et finalement, ce qui est très drôle, c'est que la plupart d'entre nous, les humains, on aime les visions cartésiennes, quand c'est carré, 1 plus 1 fait 2, c'est super. Les métiers du paysage sont beaucoup plus, je dirais, tournés vers des conditions qu'on peut parfois peu maîtriser, telles que le sol, l'air, l'eau et la bonne plante au bon endroit. Et pour avoir un degré de réussite important, il faut avoir cette science, cette approche, cette espèce de compréhension de l'écosystème. On a aussi perdu parfois à travers le temps cette science. En fait, à l'époque, le paysagisme, l'ortus, le jardin... étaient aussi plutôt des connaissances qui appartenaient à une certaine bourgeoisie, qui avaient les moyens, je dirais, de s'informer, de partir en voyage, de voir, de ramener des plantes, de faire finalement la promotion de cette science, le jardin. Et petit à petit, les années sont passées, on a perdu ce côté académique pour aller potentiellement vers soit de la recherche, Soit j'ai un jardinier qui va me planter mes bégonias comme chaque année. Et finalement, je pense que c'est plutôt une dégradation d'image qu'il y a eu. Mais le paysagiste, il doit toujours connaître sa liste de plantes. Il doit maîtriser la construction, le végétal et maintenant aussi les ressources.
- #Thierry Bonjour
Quelle idée reçue aimeriez-vous définitivement faire tomber ?
- #Emile Galland
Je pense qu'en fait, le jardinier, c'est quelqu'un de complet. parce que il a les pieds sur terre, il respire le bon air, il doit se parfaire de connaissances qui sont continuellement en train d'évoluer avec les technologies de la construction. Mais également, on vit une période où le réchauffement climatique devient une préoccupation. Et ce qui est intéressant, c'est que finalement, plus on plante et mieux on plante, plus on aura d'arbres dans l'avenir. Et cette idée que le jardinier est quelqu'un qui pousse une tondeuse est révolue.
- #Thierry Bonjour
Dans vos multiples facettes, vous êtes aussi chroniqueur à la RTS, vous avez l'habitude de parler à un large public. Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur l'art de vulgariser sans simplifier à l'excès ?
- #Emile Galland
Alors tout d'abord de la technique. C'est vrai que moi je n'ai pas reçu de formation journalistique. J'ai fait un peu de théâtre à l'époque, ce qui aide aussi avec l'improvisation ou savoir s'exprimer. Mais ce qui est très intéressant finalement, c'est que la personne, l'auditeur retient les dix premières secondes et c'est là qu'il faut accrocher. Et souvent, si on est trop loin de la personne qui nous écoute en termes justement de pas assez vulgarisés ou de sujets trop complexes, eh bien on ne va pas l'accrocher.
- #Thierry Bonjour
C'est ce qui a changé dans votre manière de formuler, en fait, c'est l'accroche.
- #Emile Galland
Tout à fait, donc j'ai commencé à travailler beaucoup plus en profondeur l'accroche, mais tout en restant très modeste, en étant humble. Et ce que j'ai remarqué, en fait, c'est que si de nouveau on prend du plaisir à transmettre ce qu'on a envie de dire à travers un micro, parce qu'on ne voit pas les auditeurs, donc la seule façon d'accrocher, c'est d'être juste, d'être aligné, et de parler aussi avec ses tripes, avec ses émotions, avec ce qu'on a envie finalement de dire, mais qu'on ne peut transmettre à travers un micro comme ici, qu'à travers son discours et la façon de le porter.
- #Thierry Bonjour
Comment vous gérez ce paradoxe ? Parce qu'en fait, on appelle l'expert et on veut entendre l'expert. Puis vous parlez aussi d'humilité. Comment vous gérez ce paradoxe ?
- #Emile Galland
Je pense que c'est pareil à mon sens dans la vie. Déjà, je pense que se prétendre expert, c'est déjà une chose qu'il faut pouvoir se dire. Parce que personnellement, je pense que c'est un monde tellement vaste que j'en saurais uniquement 15-20%. Et ce n'est pas faute d'y travailler encore par des lectures, par une veille aussi de ce qui se fait, par des connaissances, par un réseau. Et donc finalement, moi je suis assez humble avec ça, je viens avec mes connaissances, ma volonté de m'améliorer, et puis la recherche de la solution.
- #Thierry Bonjour
Être conscient de ce qu'on ne sait pas, au fond c'est ça qui rend un peu plus humble.
- #Emile Galland
Je pense que si on sait qu'on ne sait pas, on va toujours être poussé à savoir plus.
- #Thierry Bonjour
Alors que l'expert qui croit qu'il sait mais qui ne sait pas, lui il pose d'autres problèmes. Quand vous prenez la parole sur les arbres, la biodiversité, les jardins ou les espaces publics, comment choisissez-vous l'angle qui va vraiment toucher vos auditeurs ?
- #Emile Galland
Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est que j'ai la chance de travailler au sein d'une équipe où tout le monde a une spécialité. Et donc, moi, c'est mes dada, l'espace public, la manière d'adapter la ville. J'ai quelques sujets de prédilection qui me passionnent. sur lesquels je continue à étudier, à suivre, à visiter, à le vivre. Et donc l'angle, c'est que finalement, j'essaye de parler de choses qui sortent un peu potentiellement de l'ordinaire, parce que chacun s'intéresse plutôt à son potager, potentiellement, ou à son cadre, habitat, jardin, qui est très proche de lui. Et parfois, j'ai l'impression, à travers aussi mes connaissances, que lorsqu'on se promène en ville, si on n'est pas dans un parc, proprement parler la fonction parc, et qu'on se promène en ville, on a du mal à déceler les efforts ou les choses qui manquent dans cet espace qu'on traverse et qu'on vit. Et aujourd'hui, moi ce qui me plaît là-dedans, c'est qu'il y a une thématique qui me fait vivre, c'est cette thématique du réchauffement climatique qu'on sent de plus en plus dans les villes, ça devient invivable, on suffoque, on a une impression vraiment d'être... Et là on le sent. On a de plus en plus de gens qui nous font des retours. J'ai du mal à vivre cet espace. Je ne veux plus sortir de chez moi quand il fait trop chaud. Je ne sors que le soir. Et en fait, mon credo à moi, c'est de faire prendre conscience finalement à tout un chacun que par des techniques qu'on a aujourd'hui et qu'on maîtrise, on peut faire mieux et on peut modifier ces espaces pour mieux les vivre aussi.
- #Thierry Bonjour
Comment vous faites passer dans vos chroniques l'aspect émotionnel de votre métier ?
- #Emile Galland
Eh bien, par des anecdotes, par du vécu, par de la visite, par aussi des choses très simples. En fait, c'est ça qu'il faut, c'est de parler simplement. Et puis, de réveiller quelque chose chez l'auditeur. Typiquement, quand on parle d'un arbre, on est plusieurs, et beaucoup même, à avoir vécu nos préaux d'école. Quand on était jeunes, avec ce platane qui nous laissait ses feuilles, ses odeurs, ses impressions saisonnières. Il nous a vécu 10-12 ans ce platane, et on s'en rappelle. Et donc ? C'était un platane, un chêne ou un marronnier. On a tous un arbre fétiche dans notre vie qu'on peut rappeler. Et ce souvenir, en fait, c'est là qu'il faut aller chercher l'auditeur. C'est dans ce qu'on a pu vivre en commun. Et souvent, eh bien, on le trouve, ce vécu en commun.
- #Thierry Bonjour
Vous menez beaucoup d'activités en parallèle, responsabilités professionnelles, formation, engagement de branches, bien sûr des projets personnels aussi. Comment organisez-vous concrètement votre temps ?
- #Emile Galland
Alors, je fais ce que je dis et je dis ce que je fais. Ça, c'est mon principe. C'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir une femme soutenante et qui, finalement, m'accompagne dans toutes mes aventures. J'ai aussi deux enfants en bas âge. Donc, l'objectif, c'est vraiment d'avoir une clarté totale sur mon emploi du temps, mais aussi de l'organiser de manière disciplinée, avec un agenda qui bouge peu, parce que quand je prends un engagement, je l'honore. N on négociable. Derrière cela, il n'y a pas de surprise. Malheureusement, j'ai certains amis qui me disent « Ah, ta vie est un peu triste. » Mais dans mon agenda, dans ma vie, il n'y a pas de surprise. Et pourquoi il n'y a pas de surprise ? Ça me permet d'être toujours aussi dans quelque chose d'organisé, de structurant. Et donc, finalement, l'ensemble des choses que je fais pourraient parfois susciter une certaine anxiété. Eh bien, pour lutter contre cette anxiété, et être bien avec soi-même, d'être organisé, c'est le premier facteur de la réussite.
- #Thierry Bonjour
Dans l'agenda, il y a des rituels ?
- #Emile Galland
Tout à fait. Je me suis fixé des objectifs à ne pas dépasser. Par exemple, je me dis par semaine, je ne fais pas plus que trois activités en soirée ou le week-end liées à une profession ou à une association. Ça peut paraître beaucoup.
- #Thierry Bonjour
Bénévole ou pas ?
- #Emile Galland
Bénévole ou pas. Et derrière, il y a un facteur. très très très important aussi, c'est que quand je suis là, je suis là. Pour mes enfants, pour mon travail, ou pour mon activité.
- #Thierry Bonjour
Et comment vous faites pour préserver toute cette énergie pour votre famille et au fond, votre vie personnelle ?
- #Emile Galland
Alors déjà, toute chose que je fais doit avoir un sens, être proche de mes valeurs. J'en parlais tout à l'heure, mais c'est important. Parce que j'ai compris avec le temps, en fait, que de faire quelque chose par défaut, ou que j'avais à moitié envie... c'était aussi de m'imposer quelque chose qui était dans l'énergie pas super, où je rentrais pas satisfait. Donc j'ai appris aussi à mettre mes limites et à sélectionner les activités beaucoup mieux qu'avant finalement, ce qui me permet en fait de toujours avoir le feu sacré quand je fais quelque chose.
- #Thierry Bonjour
Et comment vous savez que vous devez ralentir ?
- #Emile Galland
Alors ça c'est intéressant parce que j'ai appris très tard que j'étais vulnérable. En fait, dans ma vie, j'ai eu, je pense, deux gros coups de fatigue qui m'ont vraiment fait réfléchir. Et c'était intéressant parce que ma tête, elle y allait. Vraiment, ma tête, elle suivait le rythme, il n'y avait pas de souci. Mais c'était mon corps. Et sans parler de burn-out ou d'épuisement vraiment jusqu'au boutiste, j'ai réussi finalement à avoir des signaux avant qui m'ont permis de me remettre en question deux fois. La première fois, je crois que je n'ai pas appris. J'avais 24 ans. Je venais de fermer ma... Enfin non, j'avais ouvert ma boîte. Puis c'est aussi quelque chose qui m'a amené à la fermer. Et la deuxième, c'est que j'avais de nouveau... Je faisais le MBA. J'avais beaucoup d'activités associatives. J'avais mes deux enfants qui étaient là en très bas âge. Et j'avais un métier hyper prenant, passionnant, avec des challenges dingues. Donc finalement, j'avais tout. Sauf que je me suis... un peu oublié. Et donc, ça m'a poussé à travailler sur moi. Et travailler sur soi, finalement, c'est pas évident à avouer qu'on le fait. Parce que c'est aussi reconnaître qu'on a potentiellement manqué de vigilance, parce qu'on s'est laissé trop aller.
- #Thierry Bonjour
Aveu de faiblesse?
- #Emile Galland
Exactement. Et finalement, moi, j'ai appris à le vivre plutôt vers une quête, c'est terrible, mais vers une quête de la productivité heureuse, de faire toutes choses que je fais avec plaisir, de considérer que quand je rentre chez moi aussi, pour avoir une qualité de relation avec mes enfants, avec ma femme, de leur donner ce que je suis de meilleur, c'était aussi de faire des activités la journée qui me remplissent de bonheur et de positivité. Ça a beaucoup à voir aussi avec les gens avec qui on travaille, ça. C'est pas que le métier. on l'apprend aussi. Et finalement, je me suis mis quelques concepts en place pour réussir. Donc comme je disais, la limitation d'activité, c'est quelque chose, mais étant hyperactif, si je les limite trop, je m'ennuie, donc je ne suis pas satisfait. Il faut aussi se connaître soi-même et je pense que le plus beau travail que j'ai fait ces dernières années, du moins ces deux dernières années, c'était d'apprendre à me connaître, d'apprendre vraiment comment je fonctionne, ce qui me rend heureux, ce qui me rend malheureux, limite de l'écrire, d'en discuter et d'être coaché là-dedans.
- #Thierry Bonjour
Certains professionnels se ressourcent en allant au jardin et en s'occupant de leur rose ou de leur tulipe. Comment un jardinier se ressource ?
- #Emile Galland
Alors moi, j'ai l'occasion... Aujourd'hui, je n'ai pas de jardin. Et je me considère jardinier dans tout ce que je fais. C'est-à-dire que si je peux planter, arroser et faire fructifier, je suis heureux. Que ce soit à travers toute activité. Mais moi, il y a quelque chose avec lequel j'ai arrêté de lutter depuis longtemps.
- #Thierry Bonjour
C'est que comme je le disais, mon travail, c'est ma vie. Il en fait partie. Ce n'est pas un moment qui n'est pas pour moi. Et cette notion du moment pour soi, eh bien, je l'ai regardé en face. Et je lui ai dit, mais en fait, tout ce que je fais, tout ce que je devrais faire, sont des moments pour moi. Je n'oppose pas mon travail à mes moments, finalement, de détente, ou pendant lesquels je me retrouve avec moi-même. Et finalement, je considère ma vie en trois gros blocs. Le travail, 70% de son temps quand même, c'est quelque chose. Le temps avec ma famille. Et puis finalement, on travaille tellement avec des gens qu'on voit tout le temps, avec qui on fait de l'associatif, que toutes ces personnes deviennent aussi notre cadre de vie. Et ce que j'ai remarqué, c'est qu'on oppose aussi amitié longue. Oui, en effet, je pense qu'on a tous des amis d'enfance, qu'on se plaît à voir. Mais je considère aussi que finalement, toutes les personnes qui m'entourent régulièrement sont des connaissances qui mérite d'avoir une relation qui est intéressante. Et c'est en s'intéressant aussi à l'autre qu'on voit qu'en fait, chaque relation donne quelque chose et fleurit.
- #Emile Galland
L'impression, peut-être que vous la partagez, que j'ai, c'est qu'au fond, c'est le mot travail qui n'est pas le bon mot parce qu'il a une connotation de rébarbatif, qui est vraiment très ennuyeux même, le travail. Je dois aller au travail. et comme vous en parlez, ça donne l'impression de ne pas être le travail en fait. Mais je n'ai pas d'autres mots pour des occupations qui font qu'on fait encore une fois le métier pour lequel on est passionné. Et puis voilà, on exerce quelque chose, on apporte aux autres en fait. C'est ça.
- #Thierry Bonjour
Moi, je différencie déjà le travail comme on l'a connu à l'époque et comment on peut le dire aujourd'hui. J'ai l'impression que le travail est passé de valeur à tâche. Ce qui est différent. Et moi, je cultive le travail comme une valeur. J'aime travailler, j'aime faire, j'aime avoir un impact. Et c'est par mon travail que je fais ça. Bien sûr, avec les gens qui m'entourent ou dans les relations. Mais mon travail, c'est le fer de lance de ma réalisation sur Terre.
- #Emile Galland
Oui, c'est exactement ce que je pense. Alors quand on dit que le travail n'est pas valorisé, moi j'ai l'impression que c'est vraiment à nous de trouver la valeur qu'on donne à notre propre occupation, j'utilise le mot occupation avec prudence, mais si je donne un cours, c'est quelle est véritablement la valeur que je veux apporter ou que ce soit dans vos tâches professionnelles, exactement, c'est quelle est la valeur que je peux amener en plus à cette société, il faut être clair. Des fois, c'est difficile de dire non. Vous choisissez comment les projets avant véritablement l'économie, quand vous dites oui, ok, je m'engage, vous avez dit je m'engage, vous les choisissez comment ? C'est quoi vos critères de priorité ?
- #Thierry Bonjour
Alors, déjà, j'ai fait finalement un gros tri ces dernières années dans mes activités, mais pas en termes de nombre, plutôt en termes de cause. Et j'ai réfléchi mes engagements en termes d'impact, de nouveau, et en termes de nouveauté aussi. C'est-à-dire que toute activité que je mène doit me faire grandir, et psychologiquement, et humainement, et de manière académique. Il faut que je grandisse par cette expérience. Donc elle ne doit pas être redondante. Je dois toujours faire quelque chose d'original, et surtout avec des gens avec qui j'ai envie de passer du temps et qui m'inspirent. Et en fait, potentiellement, jusqu'alors, j'avais dans l'associatif par exemple, ou dans d'autres activités, plutôt cherché des mentors, des gens en qui je pouvais me transposer en me disant « ah bah super, cette personne m'inspire » , etc. J'ai toujours ce facteur, mais vu que j'ai pris un peu d'âge, je vois aussi que j'essaye de chercher des gens qui ont peut-être des avis complémentaires, de métiers complémentaires ou même parfois divergents, parce que je trouve que c'est ça qui me fait avancer aujourd'hui. Et comment je dis non ? Eh bien j'évalue évidemment toujours de manière très cartésienne l'engagement, le temps, la récurrence. et puis finalement quel est le but quel est le livrable, qu'est-ce qu'on fait qu'est-ce qu'on va faire, quelles sont les valeurs exactement, surtout ça aussi et ça ça passe souvent aujourd'hui je trouve et c'est assez chouette, par une rencontre et qu'est-ce qu'on va faire ensemble puis d'abord avant de faire quelque chose ensemble prenons le temps de nous connaître prenons le temps de connaître les autres et puis est-ce qu'on match dans ces valeurs voilà exactement,
- #Emile Galland
Est-ce qu'on match dans ces valeurs et et Au fond, c'est ça qui fait que les gens, à un moment donné, sont inspirés. Mais vous, vous dites, vous avez été inspiré, vous fréquentez des gens inspirants. Mais à quel moment vous vous êtes aperçu que vous-même, vous deveniez aussi quelqu'un d'inspirant ? Ça vous est sûrement arrivé avec des étudiants, avec des participants ? Comment vous avez eu le titre ? en disant, tiens, là... J'ai une autre responsabilité, au fond.
- #Thierry Bonjour
Oui, en fait, de nouveau, je parlais de l'incarnation. Et c'est très, très important. Moi, je suis content quand on me dit, par exemple, c'est drôle, je vous ai croisé au travail et dans la vie, et en fait, vous êtes la même personne. Parce que c'est un effort d'alignement. Et j'aime bien ce terme de congruence, dans le message, dans la posture et dans la pensée. Si j'arrive à être... Tous les jours, Émile Galland, bien sûr, avec quelques petites adaptations, mais dont l'essence est la même, qui dégage en fait toujours la même chose et qui vit surtout ce qu'il prône, je pense que c'est là qu'on devient inspirant. Parce que ce dont j'ai un peu l'impression, c'est qu'aujourd'hui, on a tellement de choses qui nous passent sous la main. On est tout le temps sur nos réseaux sociaux, on voit beaucoup d'informations. On voit beaucoup dans la presse des choses qui sont plaisantes ou déplaisantes, en termes de travail, en termes de politique, je ne sais quoi, ce n'est pas grave. Mais ce que je vois souvent, c'est de la déception chez les gens, parce que finalement, ils considèrent qu'il y a beaucoup de gens qui font ça par façade ou affiche, et que quand ils rencontrent la personne en qui ils ont porté des espoirs, eh bien, ils ne rencontrent pas la même personne que ce qu'ils avaient pu comprendre d'elle. Et donc, pour moi, et surtout avec les générations futures, qui sont de plus en plus connectées, chercheuses de sens, chercheuses aussi d'honnêteté intellectuelle et relationnelle. C'est ce qui va changer dans notre management, dans notre approche, mais c'est ce qui me plaît aussi parce qu'elle nous pousse, cette génération, à avoir une image. Et quand on dit on va là-bas, eh bien on y va, mais en corps et en esprit. C'est plus allez-y, c'est on y va. Et on doit incarner les choses et les principes dans lesquels on croit. Et souvent, ça repasse par les valeurs. On a les mêmes valeurs, on y va ensemble.
- #Emile Galland
En fait, le tronc reste la même personne. Et puis, il y a des rôles qu'on joue, que vous jouez, avec des discours différents, que vous soyez formateur, auditeur ou chroniqueur, avec des discours différents, mais c'est les mêmes valeurs. Ou la même valeur. Dans 5 ou 10 ans, qu'aimeriez-vous que l'on comprenne mieux de la place du végétal, des arbres et des métiers du paysage ? dans nos villes et dans nos organisations ? Qu'est-ce que vous aimeriez au fond qu'on ait changé, ou qu'on comprenne de devoir changer ?
- #Thierry Bonjour
J'aimerais qu'on puisse considérer ces métiers comme plus étant les derniers qui interviennent quand le bâtiment est fini, mais plus comme le premier qu'il faut qu'ils considèrent pour qu'on ait une qualité de vie à l'extérieur qui soit agréable. Je vois aujourd'hui qu'en fait, on oppose toujours les mondes alors qu'on pourrait travailler ensemble. Et finalement, la composante du paysage, la composante de la mobilité, la composante de l'espace public, sont tous les ingrédients qui font qu'on réussit un lieu. Parce que finalement, quand on monte dans son appartement, on est content d'avoir sa cuisine, son confort, on y dort, on y mange et on ressort. Et souvent, j'ai l'impression qu'on n'a pas l'appréciation réelle du temps qu'on passe à l'extérieur de chez soi. Ou qu'on pourrait passer.
- #Emile Galland
Ou qu'on pourrait passer si c'était agréable. Exactement. Donc si j'ai un vœu pieux aujourd'hui, ce serait qu'on décilote tous les métiers qui interviennent finalement dans la création de ces espaces, qu'on apprenne à se parler et qu'on recherche plus le besoin de l'autre, mais en considérant de nouveau la mission. Et la mission, c'est j'aimerais que l'être humain ait un joli passage quand il va chez lui ou qu'il rejoint son enfant à l'école, tout simplement.
- #Thierry Bonjour
Oui, c'est d'ailleurs... Plutôt que de dire, on met l'immeuble et qu'est-ce qu'on met un bout de gazon à côté pour que ce soit joli, plutôt que de se dire, il y a un parc et le parc doit être comme ça. On va faire quoi comme maison au mieux ? C'est ça l'idée ?
- #Emile Galland
En tout cas, que les gens se parlent pendant l'idée de projet.
- #Thierry Bonjour
Est-ce que vous pensez vraiment que ces sujets vont devenir centraux dans la qualité de vie au futur ?
- #Emile Galland
Pour moi, oui. Ce qui nous manque, c'est justement, à mon sens aujourd'hui, cette vision systémique parce qu'on crée des spécialités par métier. Mais souvent on oublie de leur dire qu'il faudrait qu'elles causent entre elles. Je pense qu'on a les capacités, on a les compétences, on a les technologies, mais il faut qu'on réussisse à casser ces clivages entre les corps de métier qui, en travaillant ensemble, deviennent intelligentes. Aujourd'hui, ce qui est drôle, c'est qu'on est en train de mettre en avant les projets qu'on juge comme étant bons, avec de bonnes qualités. Et puis, parfois, j'ai un peu l'impression qu'on oublie de travailler sur le fond. Et le fond, à mon avis, c'est justement à l'école, c'est justement en formation qu'on peut le donner. Le corps de métier qui travaille en parallèle de toi n'est pas ton ennemi, mais ton ami pour faire quelque chose de bien. Et donc, à mon sens, il faut qu'on travaille sur l'intelligence collective afin d'améliorer tout cela.
- #Thierry Bonjour
Quelle est la part, vous avez cité bien sûr les corps de métier qu'on doit mettre autour de la table pour réfléchir. Il y a quand même, à mon avis... Et là, je rentre dans votre métier et donc je sors de ma zone de confort. Il y a une partie quand même étatique, une partie prenante, importante, qui représente la loi, les normes. Est-ce que là aussi, il y a besoin de sensibiliser dans la formation des personnes qui sont à la tête des offices, des services ? Quel est votre sentiment par rapport à ça ou votre expérience ?
- #Emile Galland
Alors, il y a plusieurs vitesses. Je trouve en tout cas en Suisse romande parce qu'on voit que dans les grandes villes ou les cantons-villes, il y a vraiment une prise de conscience importante. Après, on va attendre quelques années avant d'avoir les conditions légales pour pouvoir imposer la qualité finalement. Puis après, tout le monde doit s'y faire. Maintenant, ça dépend qu'est-ce qu'on considère. Est-ce qu'on considère le paysage ou est-ce qu'on considère le mètre carré de gazon ? Et finalement, ma vision, c'est qu'il faut qu'on considère du paysage jusqu'au point. petit mètre carré de gazon. Et on voit en fait que plus la problématique devient petite, à petite échelle, finalement, plus on a d'acteurs. Parce qu'un quartier, il nous faut un développeur, une banque, enfin, il y a énormément de gens, finalement, qui se mettent autour de ce projet. Et le but, c'est pas pour moi d'être un adepte de la décroissance, du dogme, mais je pense qu'il faut aujourd'hui qu'on arrive à se parler. Et c'est bête, mais... Chaque acteur a intérêt pour valoriser ce qu'il fait d'augmenter la qualité de son projet. Et je pense qu'une des parties qu'on voit moins dans les quartiers, mais qu'on voit bien par exemple dans une villa qui coûte plusieurs millions de francs au bord d'un lac, c'est que le jardin est la première pièce de la maison qu'on visite.
- #Thierry Bonjour
Vous faites comment pour alerter, influencer, discuter avec des personnes élues qui à un moment donné sont en responsabilité ?
- #Emile Galland
Ça dépend les sujets. Aujourd'hui, ce qui est très intéressant, c'est que pour moi, il faut déjà changer sa propre approche à soi. Et moi, je me suis donné une règle. C'est que finalement, quand on aborde quelqu'un, mais même dans la vie pour certains sujets, si on arrive et qu'on a une approche qui est très clivante, qui est émotionnelle, et que la personne en face de nous ne sent pas notre degré d'ouverture, C'est le premier problème, parce que c'est nous qui sommes fermés à l'accueil de ce qu'elle va nous dire. Donc moi, je m'ouvre. Ensuite, que ce soit un politique, un acteur important, un patron d'entreprise, j'essaye toujours d'être authentique, dans cette honnêteté intellectuelle de dire « Bon, écoutez, je vous écoute. » Et en fait, je suis quelqu'un qui parle beaucoup, mais je me suis donné des objectifs d'apprendre beaucoup à écouter. Et ça, c'est une des méthodes aujourd'hui qui, je trouve, en tout cas... pour moi est quelque chose que je suis très content d'avoir amélioré chez moi-même parce que je vois qu'en fait, les gens sont à l'aise quand ils se sentent écoutés. Et c'est là aussi où on peut casser les barrières, on passe la balustrade, on se retrouve dans l'espace sécurisé de la personne. Et c'est là qu'elle va nous dire la vérité sur ce qu'elle vit ou ce qu'elle veut obtenir, atteindre ou quels sont vraiment les objectifs qu'elle a.
- #Thierry Bonjour
Un jeune étudiant, une personne en reconversion professionnelle qui hésite à s'engager dans une formation exigeante parce qu'il doute de sa place, de sa légitimité, de ses compétences, vous lui diriez quoi ?
- #Emile Galland
Moi, j'ai souvent réfléchi à ma légitimité. Et mes compétences, peu, mais c'était surtout est-ce que je suis la bonne personne pour aller faire ça ? Et l'exemple, quand j'ai fait mon EMBA à la HEG après avoir eu que des titres professionnels, je me suis dit, vas-y. ose. Simplement, il va falloir mettre les bouchées doubles, se retrousser les manches, mais ce sera une expérience finalement qui peut aussi me prouver à moi-même que j'y arrive. Et en fait, il y a ce mythe de l'imposteur aussi, on y pense, parce que quand nous, on est en train de se poser des questions, vous inquiétez pas qu'il y a la majorité des gens qui sont autour de nous qui, eux, ne doutent pas.
- #Thierry Bonjour
Ça veut dire qu'à un moment donné, vous avez aussi douté de rentrer de nouveau dans la théorie, c'est ça ?
- #Emile Galland
Je pense que j'ai plutôt eu une peur de l'exigence que je n'avais pas connue jusqu'alors, l'exigence plutôt académique. Alors qu'à travers l'expérience que j'en ai eue, j'ai trouvé que c'était très tourné vers la pratique et donc j'ai été rassuré. Mais finalement, je me disais plutôt, comme à l'époque, quand j'ai fait mon CFC de paysagiste, et je me retrouvais de nouveau avec ce carcan de croyances qui peut être familial, qui peut être amical, mais avec tes notes, mais pourquoi vas-tu faire un CFC ? Et là, je vivais l'inverse. Je vivais mon enfant intérieur qui se disait... Mais pourquoi j'irais faire une formation académique alors que je suis quelqu'un de pratique ? Et en fait, pas du tout. Il faut que nous aussi, on arrive à casser ses propres barrières et à se dire « Mais en fait, combien de personnes sortent de cette formation chaque année ou chaque deux ans ? » Eh bien, tu devras en faire partie. Et c'est comme ça.
- #Thierry Bonjour
Qu'est-ce qui fait que vous êtes ennuyé à un moment donné dans votre scolarité, mais que vous n'êtes pas ennuyé dans cette formation lourde ?
- #Emile Galland
En fait, les formations que j'ai le mieux réussies, elles étaient à temps partiel. et la transposabilité au quotidien professionnel.
- #Thierry Bonjour
C'est des formations continues pendant le boulot ?
- #Emile Galland
C'est génial. Et en fait, j'ai fait un diplôme de conducteur de travaux, je rentrais le lendemain, j'appliquais ce que j'avais appris la veille. Le spécialiste de conduite d'équipe, le brevet fédéral où on s'est connus, pareil, j'ai des concepts, je les applique, je regarde si ça fonctionne et le MBA, c'est exactement pareil.
- #Thierry Bonjour
Ça veut dire qu'on a des intervenants qui sont aussi conscients. qui doit transférer, au fond, un savoir, une expérience, que le participant peut appliquer lundi en rentrant, ou le lendemain en rentrant sur son lieu de travail.
- #Emile Galland
Tout à fait, et ce que je pense aussi, et ce que je conseille, c'est que quand on fait des formations exigeantes, en plus qu'on paye, il faut se laisser surprendre. Il faut baisser ces exigences des choses qu'on aimerait voir, et accueillir ce que l'enseignant peut nous apporter. Et si la matière nous est déjà connue, mais abrevons-nous de son vécu, de ce qu'il a à nous transmettre là-dessus. Et vice-versa, si la personne nous paraît avoir un vécu qu'on aurait imaginé autrement, profitons en fait de sa théorie. Et je vois en fait qu'à travers le temps, en fait c'est des formations qui sont aussi suivies par des gens qui ont un certain âge ou un degré de maturité ou de séniorité dans leur travail. Et j'en ai rencontré beaucoup. qui était passionné, mais que par une partie des branches, ou qui avait de grandes attentes. Et j'ai trouvé dommage, en fait, parce qu'il faut être ouvert, il faut s'ouvrir à l'autre et puis prendre le meilleur qu'il a à nous apporter. On est là, on a un temps à rentabiliser. Pendant qu'on est en formation continue, notre femme, nos enfants, nos amis font autre chose. Nous, on est là. Donc, profitons de chaque instant pour qu'on sorte de ces minutes, mais quelconque, passées là, avec un gain. et qu'on puisse derrière appliquer à notre quotidien.
- #Thierry Bonjour
Ce n'est plus une relation client-fournisseur, mais c'est vraiment une relation de partenaire avec un partenaire.
- #Emile Galland
Exact. Et ça se ressent parce que moi, ce que j'ai beaucoup aimé aussi, c'est créer des liens avec les professeurs. Et aujourd'hui, j'ai pas mal de professeurs comme aujourd'hui, ou d'autres qui me disent, « Ah, salut Emile, je suis de passage sur Genève, est-ce qu'on n'irait pas se faire un petit déjeuner ? » Mais génial, allons-y ! Puis on discute, on réseaute. Chacun a apporté quelque chose à l'autre. Et finalement, notre collègue de classe ou notre professeur, il l'est aujourd'hui, mais c'est aussi potentiellement notre client de demain.
- #Thierry Bonjour
Bien évidemment, la relation, elle change. Et vous, comme formateur, comment vous faites pour faire passer justement cette idée de partenariat plutôt que de... On ne peut pas dire, voilà, je suis votre intervenant et puis vous êtes... Vous n'êtes pas des clients, mais vous êtes des participants. Mais comment vous faites passer le message ? Nous sommes partenaires.
- #Emile Galland
Je pense qu'il faut se rendre compte que chaque métier, mine de rien, est un microcosme avec un réseau, une toile tissée autour de ce métier. Et ce que j'essaye souvent de dire, c'est peut-être que vous ne vous rendez pas compte, mais la Suisse romande est toute petite. Comment sont-là ? Et en fait, moi je promets et je le fais. Quand j'ai des étudiants, j'ai souvent eu de très très bonnes expériences. avec beaucoup de volets que j'ai pu suivre. Quand j'ai des étudiants valeureux qui démontrent aussi, je dirais, leur volonté, leur passion, leur application, je les suis. C'est-à-dire qu'ils vont finir leur papier. Mais une fois qu'ils auront leur papier, je leur dis souvent, n'oubliez pas, vous avez mon numéro. Et si vous voulez un conseil, si vous voulez qu'on mange ensemble une fois parce que vous êtes perdus dans un choix, et si j'entends quelque chose, vous serez les premiers informés. Et c'est ça aussi, c'est de leur rendre, mais de leur faire profiter de notre réseau après.
- #Thierry Bonjour
Créer une relation à moyen et long terme. Former, transmettre, cultiver, au fond, c'est peut-être la même logique. On prépare aujourd'hui ce qui donnera l'heure demain.
- #Emile Galland
C'est exactement ça et il y a plusieurs façons de le faire. Donc si on essaye d'en faire un petit peu chaque jour, on améliorera la chose, ça c'est certain.
- #Thierry Bonjour
Emile Galland, encore une dernière question. Quelle graine aimeriez-vous laisser aux auditeurs de Cali Excellence 360 après notre échange ?
- #Emile Galland
Croyez en vous, croyez en ce que vous faites. Et parfois, je trouve que quand on réfléchit trop aux choses, on en considère aussi souvent beaucoup le poids. Donc apprendre à regarder notre vie, notre quotidien professionnel ou les choses que l'on fait comme des choses légères, ça décuple la force parce qu'on n'en considère plus le poids.
- #Thierry Bonjour
Merci Emile Galland de nous avoir accompagnés pour ce podcast. Vos questions sont du savoir.
- #Emile Galland
Merci à vous.