- Speaker #0
Est-ce que dans ce projet bébé, la sexualité s'est devenue un rendez-vous à cocher sur le calendrier plutôt qu'un moment de plaisir, de partage avec son partenaire ? Aujourd'hui, j'ai eu envie d'aborder ce sujet, la perte de désir, le manque de spontanéité qu'il peut y avoir dans les rapports pendant les essais bébés. Pour ça, j'accueille une de mes anciennes collègues, Mélanie Cordon, infirmière sexologue. Place au rendez-vous du jour. Bienvenue dans Rendez-vous avec Diana, le podcast où on parle fertilité. et santé des femmes. Que vous veniez d'arrêter la pilule, que vous soyez en ECBB ou engagé dans un parcours PMA, si vous cherchez des clés pour prendre soin de votre fertilité et de votre santé, vous êtes au bon endroit. Je suis Diana. Après 15 ans en tant que sage-femme, c'est mon propre parcours d'infertilité qui m'a menée à changer de vous. Aujourd'hui, j'accompagne les femmes en désir de grossesse à redevenir actrices de leur parcours vers la maternité. Dans ce podcast, Nous parlerons de fertilité. d'hormones, de cycles, de santé et de bien-être. Alors installez-vous confortablement et c'est parti pour le rendez-vous du jour. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Rendez-vous avec Diana. Ça y est, c'est la rentrée et je suis vraiment ravie de vous retrouver après cette pause estivale. Et cette rentrée, j'avais très envie de remettre au goût du jour quelque chose que j'adore et que je sais que vous, les auditrices, vous appréciez également, mais que j'ai... un petit peu mis en pause ces derniers mois, ce sont les épisodes invités. Parce que même si j'aime beaucoup vous partager des choses de mon côté, il y a des sujets que j'ai envie d'aborder mais qui dépassent clairement le cadre de mes compétences et de mon expertise. Et je préfère dans ce cas-là laisser la parole à quelqu'un dont c'est le sujet de cœur et dont c'est l'expertise. Et aujourd'hui, pour ce premier épisode invité de la rentrée, on attaque un sujet qui est rarement abordé alors que... Je suis absolument certaine qu'il concerne nombre d'entre vous. C'est la perte de désir et le manque de spontanéité dans les rapports quand les essais bébés s'installent un petit peu dans la durée et ne sont pas fructueux rapidement. Ces moments où les rapports, ça devient presque un objectif à cocher plutôt qu'un moment de plaisir et de partage. Et cette sensation de ne pas oser en parler, soit à son conjoint, à son médecin. Donc pour aborder ce thème, j'ai invité quelqu'un que je connais bien, avec qui j'ai travaillé pendant de nombreuses années à la maternité. C'est ma collègue Mélanie Cordon, qui est aujourd'hui infirmière sexologue. Mélanie, je suis très heureuse de t'accueillir pour cet épisode, mais avant qu'on entre dans le vif du sujet, est-ce que tu peux s'il te plaît commencer par te présenter et nous dire un petit peu quelle est ton activité ?
- Speaker #1
Oui ! Alors, merci beaucoup de m'avoir invitée à partager ce moment avec toi. C'est un vrai plaisir. Alors, pour ma présentation, je m'appelle Mélanie Cordon, je suis infirmière et sexologue. J'ai exercé pendant neuf années en tant qu'infirmière en salle de naissance et aux urgences gynécologiques dans un hôpital parisien en ta compagnie. Cette expérience, elle a été très riche parce que... Elle m'a permis d'être véritablement au contact des femmes dans le domaine de la maternité, mais aussi dans le domaine de la gynécologie, et de me rendre compte qu'à tous les moments de leur vie, les femmes peuvent rencontrer des difficultés sur le plan de la sexualité, et ne trouvent pas, ou en tout cas il y a quelques années, ne trouvaient pas d'interlocuteur qui avait un petit peu une expertise pour aborder avec elle ces sujets. lequel nous travaillions était un hôpital référent de l'endométriose, donc on accueillait beaucoup de patients atteints d'endométriose. Et donc, cette maladie engendre très souvent des douleurs pendant les rapports sexuels. Ce sont des plaintes qu'on entendait, mais auxquelles on ne savait pas trop répondre. Du coup, ça a été, je dirais, l'élément qui m'a donné envie de me former et de devenir cette personne. de personnes ressources au sein de l'équipe sur le sujet de la sexualité. J'ai suivi une formation universitaire de trois années, un DIU d'études de la sexualité humaine à la faculté Paris Descartes et cette formation m'a permis d'avoir justement cette expertise, d'explorer mon métier d'une manière complètement différente. Aujourd'hui, je ne travaille plus du tout comme infirmière, je ne suis plus que sexologue. J'ai donc une activité hospitalière dans laquelle j'accompagne ces patients atteints d'endométriose. Je rencontre également des patients qui ont des dysfonctions érectiles associées à des pathologies cardiovasculaires principalement, mais aussi pour d'autres motifs comme le cancer ou d'autres raisons. Et puis, j'accompagne les femmes qui sont dans la période de la périménopause-ménopause. Donc ça, c'est mon activité hospitalière. Et j'ai également une activité en libéral, où je rencontre des femmes et des hommes pour plein de motifs, et notamment le projet de l'arrivée d'un enfant.
- Speaker #0
Super, merci Mélanie pour cette présentation. C'était très enrichissant d'entendre à ce sujet-là. Alors, On va peut-être commencer par poser le cadre un petit peu de cet épisode. Moi, j'ai voulu aborder ce sujet parce qu'on en parle très peu au final et je suis vraiment convaincue que ça concerne beaucoup de monde. C'est quand on est dans un parcours vers la maternité qui dure depuis un petit moment où on sait très bien que les femmes ne sont fertiles que quelques jours par mois, contrairement aux hommes qui sont fertiles en permanence. Et on se dit peut-être dans une stratégie où on a envie de... optimiser un petit peu les choses et de viser la fenêtre de fertilité. Peut-être on a ce côté un petit peu mécanique, ce côté perte de spontanéité qui s'installe dans l'intimité. Et est-ce que ça, ça peut conduire à une perte de désir quand on est dans un projet de grossesse, ce côté checker sur son calendrier le jour où on a des rapports ?
- Speaker #1
Alors effectivement, au moment de cette fenêtre fertile, Très souvent, on voit une augmentation de la fréquence des rapports, en tout cas au départ, quand le projet se lance. Il y a des femmes qui vont se mettre dans un processus d'organiser des rapports sexuels qui vont se dérouler presque sans autre désir que celui d'être enceinte. Et ça, c'est quelque chose d'humain. Il ne faut pas être trop dur avec soi si c'est ce à quoi on est un peu confronté. Effectivement, nous... On peut voir une augmentation des initiatives sexuelles de la part de la femme et qui finalement sont un peu décorrélées du désir et de l'excitation. Le désir sexuel, pour reprendre un petit peu la définition, c'est une perception qui est plus ou moins repérée, c'est une sensation qui est plutôt interne, qui est positive et qui est donc l'anticipation mentale d'un plaisir ou d'une relation sexuelle ou amoureuse. accompagné de réactions physiologiques. Les réactions physiologiques, ça va être l'excitation sexuelle, l'excitation émotionnelle. Tout ça, c'est dépendant d'un support biologique qui va être notre imprégnation hormonale. Et donc, ça fait appel au système de la récompense. On ressent du désir, on obtient du désir, on est à même de ressentir à nouveau du désir pour ressentir à nouveau du plaisir. Et donc, le fait de ressentir du désir sexuel, c'est aussi beaucoup sous l'influence de la culture. Le désir sexuel, il est soumis à la physiologie, donc à l'âge, au cycle, et aux codes d'attraction sexuels sentimentaux. Mais malheureusement, le désir sexuel, il est aussi soumis à l'hidure, à la routine, et puis à des influences autres qui peuvent être les influences affectives, émotionnelles, mais aussi au stress, la fatigue, les rythmes de vie qui peuvent être un petit peu effrénés. et parfois des événements de vie qui peuvent être difficiles, voire douloureux. Et parfois, le désir de grossesse peut s'inscrire dans ces épreuves de vie, quand ça met un petit peu de temps à se mettre en place.
- Speaker #0
Très clair. Parce que si on suit la physiologie, la libido, quand une femme est proche de l'ovulation, sur le plan hormonal, on va avoir une augmentation théorique de la libido à ce moment-là. Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est bien confirmé ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Tout à fait, ça doit être les vestiges de notre animalité. Dans la nature, pour la plupart des espèces, les femelles montrent leur disponibilité sexuelle au moment de ce qu'on appelle l'œstrus, c'est l'ovulation. Et finalement, elles n'ont de sexualité qu'au moment de cette ovulation. En dehors de cette période-là, elles n'ont pas de rapport sexuel. Vraiment, elles nous montrent leur disponibilité. Chez nous, la sexualité est possible tout le temps. On peut avoir des rapports sexuels à n'importe quel moment. C'est vrai qu'il y a des couples, quand ils sont dans ce désir de grossesse, finalement, ils vont se mettre à avoir une sexualité qu'au moment de l'ovulation, quand on est parfois déjà dans un parcours un petit peu essoufflé d'avoir une sexualité récréative tout au long du cycle. C'est le fait d'avoir une sexualité juste au moment de l'ovulation. C'est aussi parfois se déconnecter de la... de la sexualité à proprement parler et d'oublier un petit peu le plaisir que peut être la sexualité.
- Speaker #0
C'est important ce que tu dis là, je pense, quand on est dans un parcours qui dure un petit peu, ce que je comprends bien ce que tu dis, c'est qu'on va se concentrer sur le versant reproductif de la sexualité et qu'on va délaisser un petit peu le côté récréatif, plaisant, joyeux qu'il y a autour de la sexualité. Et à quel moment on peut se dire qu'il y a une différence de baisse de libido dans ce contexte et ou une... plutôt une vraie difficulté sexuelle qui commence à s'inscrire dans la durée ?
- Speaker #1
Dans l'idée de savoir si on est véritablement dans une difficulté ou si cette diminution du désir sexuel est, on va dire, normale, déjà, en réfléchissant à cette question, ça m'a fait mettre en lumière plusieurs types de couples. Déjà, quand on entre dans le projet de parentalité, On n'en est pas tous au même niveau dans le vécu de notre sexualité. Donc c'était assez drôle pour moi de catégoriser les couples que je peux rencontrer. Le premier type de couple que j'ai pu mettre en lumière, c'est le couple en lune de miel. C'est-à-dire que c'est un couple au sein duquel la sexualité se déroule bien. On est dans une sexualité plaisir, une sexualité récréative. Et ça, ça ne veut pas forcément dire qu'on est au sein d'un jeune couple. Il y a des couples qui sont ensemble depuis très longtemps et pour qui la sexualité, c'est vraiment quelque chose qui se déroule bien, qui est important. Notre type de couple, c'est un couple qui va bien fonctionner, où la sexualité n'est pas forcément la priorité, mais c'est tout de même un moment de connexion entre les partenaires. Ce n'est pas l'élément central qui définit leur lien d'attachement, mais c'est quelque chose, un petit bonus, la cerise sur le gâteau. Et puis, il y a un autre type de couple qui serait le couple au sein duquel la sexualité n'est pas fortement appréciée, soit pour un des partenaires, soit pour l'autre, soit pour les deux, pour plein de raisons. Des raisons éducatives, des raisons affectives, des influences sociales, culturelles, religieuses, le fait d'avoir vécu des expériences négatives, des traumatismes, ou le fait d'avoir des maladies qui peuvent impacter la sexualité, comme l'endométriose par exemple. Et en fait, tout n'est pas... complètement linéaire, on peut retrouver au sein d'un couple un partenaire pour qui l'impression que la sexualité se déroule hyper bien avec une partenaire pour qui la sexualité est un petit peu problématique depuis le début finalement, ou un couple un partenaire qui a une sexualité, ce n'est pas la priorité mais c'est un moment de connexion. avec une partenaire qui va, elle, être en lune de miel, avoir l'impression qu'on se mélange, disons.
- Speaker #0
Moi, il y a une petite réflexion qui me vient à travers la mise en lumière de ces différents types de couples. C'est que si jamais on est dans un couple où la sexualité, c'est quelque chose qui est vécu de manière peut-être pas négative, mais c'est quelque chose peut-être difficile ou pas apprécié, comme tu le disais justement, par les deux partenaires, peut-être qu'on part déjà sur une difficulté pour la conception.
- Speaker #1
Oui, complètement. D'ailleurs, c'est quelque chose qui est souvent mis en évidence dans les parcours d'aide à la procréation. C'est que parfois, quand on interroge les gens sur « est-ce que vous avez une sexualité régulière ? » , on se rend compte que non. Et donc, évidemment, la conception n'est pas possible parce que, malheureusement... ou heureusement, je ne sais pas trop, pour concevoir, c'est par la sexualité que ça se passe, avant de passer par une aide. Donc du coup, la sexualité est un vecteur, un moyen, un moyen de parvenir à la conception. Tu me demandais, c'est que généralement pour la plupart des couples, dès que l'envie de grossesse est ok pour les deux partenaires, très souvent on assiste effectivement à une augmentation de la fréquence des rapports. C'est un super moteur pour la sexualité. Il y a plein de partenaires, généralement des hommes.
- Speaker #0
Oui, on connaît le marathon des débuts des essais bébés. C'est le marathon, on a des rapports tous les deux jours. C'est fun, c'est sympa. Mais quand ça finit par s'éterniser… Exactement,
- Speaker #1
il voudrait rester dans cette période-là très longtemps.
- Speaker #0
Mais quand ça finit par s'éterniser, on finit par s'essouffler un petit peu.
- Speaker #1
Exactement. Oui, c'est quelque chose de finalement complètement normal. La notion de temps, elle est quand même une notion très importante. parce que déjà, on n'a pas tous la même notion au temps. On a tendance, dans les parcours d'accompagnement des couples qui essaient d'avoir des enfants, à mettre en évidence parfois le jeune âge. On dit « mais vous êtes jeunes, vous avez le temps » . Mais il y a des patientes qui ont 22 ans et qui ont une envie impatiente de grossesse. Et du coup, ça ne se juge pas. On n'a pas la même notion au temps et on n'a pas tous non plus le même temps pour concevoir. Donc, c'est vrai que la notion de temps, elle est très importante à prendre en considération. Il y a des couples qui parviennent, et c'est ça finalement, c'est ce vers quoi on devrait tendre quand on est dans l'attente d'une conception, c'est de parvenir à dissocier la sexualité de la conception. C'est ça la clé, finalement. Mais ce n'est pas facile ça,
- Speaker #0
mon avis. Ce n'est pas facile ça, mon avis.
- Speaker #1
C'est très difficile, c'est extrêmement difficile, parce qu'effectivement, au bout d'un moment, il y a une fatigue qui se met en place. On se met à être dans l'attente de spermatozoïdes et finalement rien d'autre.
- Speaker #0
Et on se met la pression au final.
- Speaker #1
Exactement. Ça, ça peut être perçu par les partenaires et du coup, ça ne donne pas très en vue.
- Speaker #0
C'est pas stimulant.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Ça peut créer des points de fixation. On est fixé pendant le rapport sexuel sur le fait que ça marche. On se retrouve à lever les jambes après les rapports sexuels en espérant que…
- Speaker #0
Alors que c'est documenté que ça n'a aucun impact sur la survenue d'une grossesse. Je tiens à mettre cette petite parenthèse ici. Ce n'est pas utile, les filles.
- Speaker #1
Mais c'est encore des choses qu'on voit. Voilà, ça peut créer des conflits s'il y en a un, si l'un des deux n'est pas disponible pendant la période de fertilité, si l'un ou l'autre n'a pas fait ce qu'il fallait, pas consommé d'alcool, pas consommé de tabac, je n'en sais rien. Ça crée chez certaines femmes, parce que c'est principalement chez les femmes qu'on constate cela, des espèces de pensées obsédantes et au bout d'un moment, un essoufflement. Et puis le besoin d'être suppléé généralement par une équipe médicale. Et finalement, l'accompagnement médical devient la solution qui permet au couple de se libérer d'une espèce de charge.
- Speaker #0
Oui, très clair. Et... Est-ce qu'il y a des signes qui doivent alerter et à quel moment ça dépasse la simple fatigue de couple ? Quels sont les signes qui doivent nous mettre la puce à l'oreille pour nous dire que peut-être il serait pertinent d'aller consulter ?
- Speaker #1
Les signes qui doivent alerter, c'est la mise en place des mécanismes de protection, j'appellerais ça comme ça. C'est l'apparition de troubles sur le plan de la sexualité qui vont être des douleurs pendant les rapports. une contracture involontaire des muscles du vagin qui rendent le rapport sexuel impossible. D'ailleurs,
- Speaker #0
je fais une petite pause, une petite parenthèse à propos des douleurs pendant les rapports. Ça doit toujours amener à consulter quel que soit le cadre et quel que soit le contexte. Avoir des douleurs pendant les rapports, ce n'est pas normal. Voilà, c'est la petite parenthèse que je voulais faire à ce sujet.
- Speaker #1
Exactement. Dans ces mécanismes de protection, on peut avoir ce qu'on appelle les disparunis. Les disparunis, ça veut dire les douleurs. pendant les rapports. Donc ça peut être des disparus uniques profondes, donc à la pénétration profonde, des disparus uniques d'intromission, donc à l'entrée du vagin. Ça peut être la mise en place d'un vaginisme, c'est la contracture involontaire des muscles qui entourent le vagin, comme pour le protéger, protéger sa pénétration. Et puis des douleurs au niveau de la vulve qu'on appelle des vulvodymi, des vestibulodymi. Ça, ça doit alerter. Chez l'homme, le fait de voir apparaître des dysfonctions érectiles ou des problèmes d'ane-éjaculation, ça aussi, ça doit alerter. Parce que finalement, eux aussi sont impactés. Et je dirais que l'annonce d'une dysfertilité ou d'une infertilité, c'est toujours un événement traumatique et dramatique. C'est une énorme atteinte narcissique pour l'un comme pour l'autre. Et ce n'est pas rare, quand la problématique vient de l'homme, ce n'est pas rare de voir apparaître des dysfonctions érectiles transitoires. surtout quand il y a cette anomalie au niveau du sperme et donc pour en revenir aux signes qui doivent alerter, les sécheresses vaginales aussi elles font partie parfois d'un mécanisme de protection donc ça ça doit alerter il faut se faire atténuer du coup on en parle à qui ?
- Speaker #0
on en parle à son gynéco, on va consulter un sexologue, on fait quoi ?
- Speaker #1
Oui. Ça me semble être une bonne idée, consulter une sage-femme, un gynécologue, un sexologue, pourquoi pas, quand on a identifié des problématiques ou quand on se questionne même sur la sexualité. La notion de questionnement, c'est quelque chose, quand la mise en place d'une grossesse met du temps à se mettre en route, c'est quelque chose qui apparaît finalement pour beaucoup de personnes. des questions assez existentielles. Et je dirais en fait que ces questions-là, dès lors qu'elles apparaissent, ça montre déjà qu'il y a une souffrance et du coup qu'il faut consulter, il faut se faire accompagner. Les questions qu'on peut avoir, c'est des questionnements profonds sur finalement, est-ce que j'ai vraiment envie d'une grossesse ? Les questionnements autour de la personne, est-ce que j'ai trouvé la bonne personne ? Est-ce que c'est vraiment avec cette femme, avec cet homme ? que j'ai envie d'avoir un enfant ? Est-ce que si j'avais eu une relation avec quelqu'un d'autre, ça aurait mieux fonctionné ? C'est très déstabilisant dans un couple aussi, la mise en lumière de la personne qui présente le plus de troubles. sur le spermogramme ou sur la qualité ovocitaire. C'est très difficile à gérer au sein d'un couple. Et puis, parfois, il y a aussi, c'est plus rare, mais il y a des gens, le fait de se retrouver dans ce parcours, ils se questionnent même sur l'orientation sexuelle. C'est des choses qu'on voit et qui peuvent expliquer, en fait, parfois le fait que ça ne fonctionne pas, parce qu'on n'est pas dans la bonne relation, dans la vie qui nous convient, finalement. Et puis parfois, il y a des séparations qui surviennent dans ces parcours-là. C'est quelque chose qui arrive.
- Speaker #0
D'accord, ok. C'est très clair. On a parlé tout à l'heure un petit peu des rapports autour de la fenêtre de fertilité. Justement, comment la pression du timing autour de cette fenêtre de fertilité, ça peut impacter le désir du côté de la femme et du côté de l'homme ?
- Speaker #1
Alors, je dirais qu'au départ, tout va bien.
- Speaker #0
Au départ, tout va bien. on a des rapports tous les deux jours, c'est cool, c'est chouette.
- Speaker #1
Voilà. Au départ, tout va bien, sauf quand la sexualité est déjà problématique antérieurement. Mais on va dire qu'au départ, tout va bien, on a un élan qui nous pousse à la sexualité. Et puis au bout d'un moment, la sexualité, elle est un petit peu instrumentalisée.
- Speaker #0
On va se mettre à calculer, à programmer, à rendre obligatoire des rapports sexuels. Ah non, pitié, ça c'est vraiment horrible. Moi, mon crédo, c'est qu'on a un rapport quand on a envie d'avoir un rapport. Et si ce n'est pas sur le moment de la fenêtre de fertilité ce mois-ci, ce n'est pas grave, on pourra attendre le mois d'après. Parce que l'obligation du rapport, c'est vraiment quelque chose de lourd et de pesant, quelque part.
- Speaker #1
Oui, complètement. Mais c'est humain d'en arriver là. Il y a des femmes qui parviennent, le temps d'un projet de grossesse, à avoir une sexualité disons conceptionnelles pendant un temps et puis dès que la grossesse est obtenue et que la vie normale reprend son cours la sexualité récréative est à nouveau possible mais du coup elles sont parfois en mode on y va on donne tout et puis on se penchera sur le plaisir plus tard c'est quelque chose il ne faut pas porter trop de jugement là-dessus parce que chacun fait avec ce qu'il est avec ce qu'il peut Merci. Très souvent, les femmes prennent vraiment à bras-le-corps le projet. Elles élaborent des stratégies. Elles deviennent un petit peu des expertes du cycle en disant « là, je sais que j'ovule » . Très souvent, elles utilisent des applications qui leur disent « c'est maintenant » .
- Speaker #0
Spoiler, des applications qui ne sont pas très, très fissables. C'est mon cheval de bataille.
- Speaker #1
Oui, mais c'est quelque chose quand même de très utilisé. Et voilà, l'intérêt de regarder de plus près comment le corps fonctionne véritablement pour se donner vraiment toutes les chances et pas être dépendant de ce qu'une application va nous dire. Pour les femmes, il y a une espèce de mécanisation des choses. Et pour les hommes, comme vous le disiez finalement tout à l'heure, parfois le fait de percevoir l'absence de désir chez leur partenaire, ça peut être un peu inhibant dans la sexualité. Ils ont l'impression qu'elles ne veulent que des spermatozoïdes et ce n'est pas du tout sexy. C'est un petit peu loin de la sensualité propice à la sexualité récréative.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des situations qui vont être plus à risque de voir des troubles de la sexualité apparaître quand on a dans un parcours des CBB qui s'éternisent un petit peu ?
- Speaker #1
Je dirais que toutes les situations sont à risque. Le fait d'être dans un essai long. Le fait d'enchaîner les échecs, c'est dur de dire. Le mot échec, il est extrêmement lourd, je trouve, parce que ce sont des expériences mine de rien. Elles sont absolument désagréables à vivre, parfois extrêmement douloureuses. Donc, le fait de se sentir dans cette situation lourde, en fait, ça atteint profondément les gens. Et puis, le fait d'être dans des parcours d'aide à la procréation aussi, ça abîme le corps des femmes. Et pendant ces parcours, très souvent médicalisés, on fait plein d'examens qui, par façon douloureuse, le corps est un peu mis au service de la médecine un temps donné pour faire toutes ces explorations. Et parfois, c'est difficile de se reconnecter à son corps, de se reconnecter à son plaisir. C'est un vrai travail pour revenir à la sensualisation de son corps, à la sensualisation de ses moments intimes partagés. Ça demande parfois un petit peu de temps.
- Speaker #0
Et peut-être aussi un accompagnement pour retrouver du plaisir, retrouver de la joie dans la sexualité. Et justement, est-ce que tu pourrais peut-être nous dire comment, je pense qu'il y a beaucoup d'idées reçues, de clichés peut-être à ce sujet, comment ça se passe concrètement une prise en charge en sexologie ? Quels sont les versants qu'on va aborder ? Comment ça se passe une consultation pour dédramatiser un petit peu les choses ?
- Speaker #1
Une consultation au sexologie, c'est une consultation qui peut se faire de manière individuelle ou en couple. Si le projet, c'est un projet de couple, c'est quand même intéressant de voir les deux partenaires parce que tout le monde n'a pas les mêmes attentes et ne ressent pas les mêmes souffrances. Donc ça, c'est extrêmement important. Donc cet accompagnement, on va reprendre ensemble le parcours de chacun. Comment se déroulait la sexualité avant ? que le projet de grossesse ne soit une préoccupation, voir quelles ont été les expériences agréables, de se refocaliser finalement sur le positif et de mettre en lumière les choses qui ne vont pas pour les améliorer. Très souvent, quand il y a besoin, il faut passer par le versant éducatif parce qu'un manque de connaissances sur comment mon corps fonctionne, comment le corps de l'autre fonctionne, c'est parfois nécessaire. Et puis, on va reprendre un petit peu... tous les versants du développement affectif et sexuel par lesquels sont passées les personnes. Donc, ça va être le développement affectif, tout ce à quoi on a assisté en termes de démonstration d'amour, d'affection, parce que ça, ça va conditionner la personne qu'on va être dans la sexualité un petit peu. Et on va ajouter à ça tout ce dont les patients peuvent avoir manqué, les carences affectives, par exemple. On va mettre en lumière d'éventuelles difficultés sur ce versant-là qui peut impacter la sexualité, la possibilité de ressentir du plaisir dans la sexualité. On va revoir un petit peu les expériences de vie, agréables, désagréables. Et puis, s'il y a des pathologies, des choses comme ça, travailler avec d'autres équipes parfois pour traiter les problématiques, les sujets sensibles. revenir tout doucement vers l'essence même qui font que ce couple est un couple et les ramener à eux et de se dire que si obtention de grossesse il y a, ce sera le bonus de quelque chose qui existe au sein de leur couple et qui peut bien fonctionner.
- Speaker #0
Oui, ok, très bien. Il y a une question qui me vient, c'est est-ce que par exemple une couple consultation en sexologie, ça peut être l'occasion de porter un diagnostic, de mettre en lumière peut-être une pathologie gynécologique ou une pathologie masculine ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Parfois, on dit que au simple interrogatoire, le diagnostic, notamment d'endométriose, pourrait être posé, même si bien sûr, il faut le faire valider par des imageries très souvent. Mais c'est vrai que juste dans le récit des patientes, on arrive très facilement à se dire « là, je pense qu'on est passé à côté du endométriose » . Du endométriose, bien sûr. Et puis parfois, ça me permet très souvent de pouvoir réorienter les gens en disant « là, il faut absolument que vous voyez un neurologue pour la mise en place d'un traitement, pour une échographie » . On arrive juste à l'interrogatoire et dans l'échange. à pouvoir réorienter les gens vers les professionnels qui seront les accompagnés pour vraiment mettre toutes les chances de leur côté pour que la grossesse arrive.
- Speaker #0
D'où l'intérêt d'un travail pluridisciplinaire entre différents praticiens de soins pour accompagner les couples aussi dans ce parcours autour de la maternité.
- Speaker #1
Complètement. Moi, je travaille aussi beaucoup avec les cliniques, justement pour les femmes qui auraient des douleurs pendant les rapports. Il y a un gros travail qui est fait par les kinés qui sont spécialistes dans l'approche pedipérinéale, sur l'apprentissage du relâchement du plancher pelvien, la contraction des contractions. Ce sont des choses hyper importantes qui permettent d'améliorer la sexualité quand elle est au départ un petit peu problématique.
- Speaker #0
Quels sont les freins que tu rencontres dans ta pratique le plus souvent chez les couples que tu accompagnes ?
- Speaker #1
Les freins, je dirais les freins les plus difficiles à lever.
- Speaker #0
C'est quand il y a une colère ou de la rancœur qui est présente. Ça, c'est vraiment le plus difficile. Il y a des couples que je rencontre parfois qui sont ensemble, qui sont bien ensemble, mais qui ont un petit peu gardé en souvenir ou mis sous le tapis des choses qui les ont abîmées ou blessées au sein de leur relation. le fait d'avoir eu à... à avoir recours à l'IVG, par exemple, dans un début de relation. Ça, ça peut abîmer une femme.
- Speaker #1
Surtout quand, après, on est dans un parcours où peut-être la grossesse tarde à arriver.
- Speaker #0
Oui, exactement. Donc ça, ça peut être un point. Sinon, oui, c'est ça. Je pense que ça, c'est le plus difficile, c'est faire la paix. Et généralement, cette paix, elle est possible. Mais avec l'obtention d'une grossesse, le fait qu'enfin ça fonctionne, que le projet aboutisse, ça permet d'apaiser.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu pourrais orienter, qu'est-ce que tu aurais envie de dire peut-être à une femme qui nous écoute et qui se reconnaît un petit peu dans le tableau qu'on a décrit de peut-être perte de désir, de mécanisation des rapports ou alors peut-être ressentiment, colère à l'égard de… de son partenaire. Comment tu pourrais orienter cette patiente ? Qu'est-ce que tu pourrais lui conseiller ?
- Speaker #0
Moi, ce que je lui conseillerais, d'abord, alors ce n'est pas facile de le dire comme ça, mais je pense que c'est absolument nécessaire. Je pense qu'il faut être capable de s'isoler des sources de souffrance. C'est-à-dire que si vous êtes dans ce parcours de projet de grossesse et que vous avez autour de vous plein de copines qui ont toutes des bébés ou qui attendent le deuxième et que ça a été extrêmement facile ou que vous avez régulièrement des membres de votre entourage qui vous questionnent sur et nous c'est pour quand ça c'est des plaintes que j'entends mais à longueur de
- Speaker #1
journée que les femmes elles entendent ça et c'est vraiment extrêmement difficile à gérer quand on est dans une femme et que c'est normal de ressentir Merci. les émotions qu'on ressent à ce moment-là, de la tristesse, de la colère, peut-être de la jalousie, peut-être de l'envie. Je pense que c'est essentiel de rappeler aux femmes que ces émotions sont normales et légitimes et que peut-être elles ont le droit aussi de se protéger de ça, des personnes qui sont intrusives ou alors de fréquenter peut-être un petit peu moins les personnes qui ont des bébés, qui attendent des bébés pour se protéger quelque part. Est-ce que c'est ça que toi tu voulais dire ?
- Speaker #0
Oui. Je pense que ça peut être nécessaire, dans un premier temps, de se recentrer sur soi ou s'entourer de personnes qui vont être soit sans enfant, soit dans une dynamique commune d'attente de l'arrivée d'un enfant. Je pense que pour le versant de la sexualité, il y a un livre que je trouve très bien fait qui s'appelle « Jouissance Club » . L'autrice, c'est June Pla. C'est un manuel de pratiques sexuelles qui ne sont pas forcément tournées autour de la sexualité pénétrante, mais qui rend à nouveau possible la sexualité ludique et agréable. Les dessins sont très parlants, c'est assez facile. C'est un manuel qu'on peut très facilement utiliser en couple pour se repencher sur la notion pure du plaisir.
- Speaker #1
Du plaisir.
- Speaker #0
Voilà. Et certes, dans ces pratiques, il n'y a pas que des pratiques sexuelles pénétrantes, à savoir qu'il y a parfois des femmes qui parviennent à obtenir des grossesses sans même que la pénétration ait lieu. C'est ce qu'on appelle l'éjaculation antéportasse. C'est vraiment le fait d'émettre le sperme à l'entrée de la vulve. Et si la glaire cervicale est présente à ce moment-là, l'ascension des spermatozoïdes peut être possible. Donc, si ça, ça peut appeler, rassurer certaines femmes, c'est aussi possible. Voilà, je pense aussi que c'est pas mal de lire des ouvrages sur le sujet parce que c'est important de se sentir compris et comprise, de ne pas avoir l'impression d'être seule dans ce qu'on traverse. Il y a un livre que j'avais lu, que j'avais trouvé très bien. Alors, je ne partage pas forcément les convictions du couple, mais… mais le sujet était vraiment bien traité et avec finesse. Le livre s'appelait « Attendre et espérer » . J'avais trouvé ce titre très beau parce que je trouve qu'il est très proche de ce par quoi les couples passent. Ils attendent et ils espèrent. Le monsieur qui a écrit ce livre s'appelle Olivier Matona. M-A-T-H-O-N-A-T.
- Speaker #1
Je mettrai toutes les ressources que tu partages dans la description de l'épisode. Comme ça, les auditrices y auront accès.
- Speaker #0
Super. Après, il existe des groupes de parole auxquels les femmes peuvent assister. Je pense que ça fait du bien de ne pas se sentir seule. Je sais que l'Institut Monsouris propose des groupes de parole de ce type, mais j'imagine que tous les centres de PMA le font. Et puis la mise en place d'une consultation de sexologie, elle est pertinente dès lors qu'il y a une souffrance, dès lors qu'on est finalement dans l'évitement sensuel et sexuel, que la sexualité est devenue trop problématique et du coup on la fuit. L'évitement sensuel, c'est le fait de ne plus être sensuel ou charnel dans son rapport à l'autre, ne plus embrasser l'autre de manière langoureuse, ne pas le toucher, le caresser, ne pas passer en culotte dans le salon par exemple. pour ne pas susciter chez l'autre une envie à laquelle on n'a plus envie de répondre parce qu'on en a un petit peu ras-le-bol de la sexualité. Voilà, donc du coup, quand on est dans cette démarche-là, quand on a atteint ce niveau-là, je pense que oui, c'est très pertinent de consulter un sexologue.
- Speaker #1
Très très clair. Est-ce qu'avant qu'on ne se quitte, est-ce qu'il y a quelque chose que tu as envie d'ajouter, Mélanie ?
- Speaker #0
J'aimerais dire que le sujet de la sexualité et de la procréation, C'est un sujet qui est très sensible et je dirais même que c'est un sujet extrêmement précieux pour lequel chaque mot compte. Et du coup, c'est important, je pense, pour les professionnels, mais aussi pour les patientes, de se sentir accompagnés par des gens qui les comprennent vraiment. Et donc, ce que je dirais, j'aimerais rester sur une note d'espoir dans le message que je voulais donner aux personnes qui nous écouteront. C'est qu'effectivement, dans l'idée d'une dissociation entre la sexualité et la conception, il y a quand même quelque chose qu'il faut garder en tête, c'est cette notion de mystère de la vie. On n'est pas à court de récits de grossesses qui ont été obtenues alors qu'on allait commencer un parcours de PMA, qui ont été obtenues alors qu'on venait d'accueillir un bébé par l'adoption. On n'est pas à court de ces récits-là. Donc le miracle, le mystère de la vie, il existe quand même. Et donc quand la sexualité, elle est possible qu'elle n'est pas douloureuse, il faut essayer de la rendre à nouveau agréable, à nouveau ludique. Et l'arrivée d'un bébé sera juste le feu d'artifice qu'on célébrera. Mais voilà, il faut, je pense, rester sur une note d'espoir, garder de l'espoir. Et puis aussi garder en tête qu'il y a aussi d'autres manières d'être parent. parfois on est obligé de passer par cette de ces autres manières-là, mais qui ne sont finalement pas des manières inférieures aux autres.
- Speaker #1
Écoute, merci Mélanie beaucoup pour ce message d'espoir. Merci infiniment pour cet échange, Mélanie. Je pense que ça va vraiment aider bon nombre d'auditrices à se sentir moins seules sur ce sujet qui est au final extrêmement peu abordé. Merci pour ta générosité dans cet échange. Je laisse toutes les coordonnées de Mélanie dans les notes. de l'épisode si vous voulez la retrouver, si vous voulez prendre un rendez-vous avec elle. Tout est en description de l'épisode. Si cet épisode vous a parlé, si vous vous êtes reconnu dans ce qui a été évoqué aujourd'hui, sachez vraiment que vous n'êtes pas seul à vivre ça. Je le dis et je le répète de manière récurrente, vous n'êtes pas seul dans ce que vous traversez. N'hésitez pas à partager ça à une personne qui aurait besoin d'entendre cet épisode, ça aide vraiment beaucoup de se sentir moins seul. Je vous dis... A la semaine prochaine pour un prochain rendez-vous et d'ici là, prenez soin de vous !