- Speaker #0
L'absence de règles quand on est en projet bébé, c'est bien souvent le début d'un vrai parcours du combattant. On commence par consulter, par faire des examens, on repart parfois avec un diagnostic qui n'est pas toujours le bon, et pendant ce temps-là, les mois continuent de passer les uns après les autres. Dans cet épisode, avec mon invitée Barbara Vulpinari, diététicienne spécialisée, elle résume ça beaucoup mieux que je ne pourrais jamais le faire. Elle m'a dit, le corps est en train de faire ses comptes. Il dit « j'ai de l'énergie pour faire battre le cœur, te faire respirer, réfléchir, mais pour le cycle, il n'y en a plus » . Et ça, c'est l'aménorée hypothalamique fonctionnelle, un sujet totalement méconnu qui est souvent confondu et qui touche malheureusement bien plus de femmes qu'on ne le croit. Et c'est exactement de ça dont on va parler aujourd'hui avec Barbara. Place à l'épisode. Bienvenue dans Rendez-vous avec Diana, le podcast où on parle fertilité et santé des femmes. que vous veniez d'arrêter la pilule, que vous soyez en ECBB ou engagé dans un parcours PMA, si vous cherchez des clés pour prendre soin de votre fertilité et de votre santé, vous êtes au bon endroit. Je suis Diana. Après 15 ans en tant que sage-femme, c'est mon propre parcours d'infertilité qui m'a menée à changer de vous. Aujourd'hui, j'accompagne les femmes en désir de grossesse à redevenir actrices de leur parcours vers la maternité. Dans ce podcast, nous parlerons de fertilité, d'hormones. de cycle, de santé et de bien-être.
- Speaker #1
Alors installez-vous confortablement et c'est parti pour le rendez-vous du jour.
- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Rendez-vous avec Diana. Je suis ravie de t'accueillir aujourd'hui pour ce nouvel épisode. On va aborder aujourd'hui un sujet relativement méconnu parce que les femmes concernées, elles, elles existent, elles galèrent et elles, souvent, elles ne savent même pas que c'est ça leur problème. Aujourd'hui, on va parler... d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle et de son cousin méconnu, le RAID-S. Parce que l'absence de règles quand on est en parcours de fertilité, ça peut vite relever du parcours du combattant. Et pour aborder ce sujet, j'ai aujourd'hui le plaisir d'accueillir Barbara Vulpinari, qui est diététicienne experte dans l'accompagnement de l'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle et du RAID-S. Bonjour Barbara et bienvenue dans l'épisode.
- Speaker #1
Bonjour Diana, merci de m'accueillir.
- Speaker #0
Je suis ravie de t'accueillir. Avant qu'on démarre et qu'on entre dans le vif du sujet, est-ce que tu pourrais s'il te plaît commencer par te présenter et nous dire un petit peu quel est ton parcours et qu'est-ce qui t'a amené à accompagner plus spécifiquement la ménorée hypothalamique fonctionnelle et le REDS ?
- Speaker #1
Oui, alors je suis diététicienne nutritionniste, comme tu l'as dit. J'ai aussi un master en nutrition avec une spécialité en nutrition sportive. Je m'intéresse aux questions du syndrome du REDS. et de la triade de la femme sportive depuis très très longtemps. Je m'intéresse beaucoup à ce sujet, donc je lis beaucoup les recherches scientifiques à ce sujet. Depuis quelques années, je m'intéresse beaucoup aussi aux comportements alimentaires. Donc je me spécialise aussi en troubles des conduites alimentaires ou désordre alimentaire. Peut-être que j'expliquerai un petit peu plus plus tard.
- Speaker #0
On pourra en parler tout à l'heure, effectivement.
- Speaker #1
Moi, j'ai vécu la ménorrhée hypothalamique. Donc finalement, il y a... Plus de dix ans, c'est comme ça que je m'y suis intéressée. J'ai souhaité au début partager un petit peu sur Insta les connaissances que j'avais à ce sujet et je me suis rendue compte que ça touchait énormément de femmes et en fait, j'avais beaucoup d'interactions à ce sujet-là et c'est un petit peu comme ça que j'ai continué à partager à ce sujet finalement.
- Speaker #0
Pour sensibiliser les femmes sur ce sujet en quelque sorte qui est vraiment, j'ai le sentiment quand j'entends les femmes... complètement méconnues.
- Speaker #1
Complètement méconnues et qui donnent lieu à beaucoup d'errance médicale aussi, malheureusement, parce qu'il y a encore une croyance, en France en tout cas, qui est bien ancrée, qui est que la ménorée hypothalamique, elle ne touche que les femmes qui ont une anorexie mentale sévère ou les sportives de haut niveau. Et du coup, on se retrouve avec beaucoup, beaucoup de femmes qui sont en errance médicale à ce sujet depuis longtemps. à qui on propose des solutions qui, malheureusement, ne sont pas adaptées. Alors, il y a de plus en plus quand même de professionnels de santé qui commencent à connaître cette pathologie et qui commencent aussi un petit peu plus à être à la page au niveau des propositions, mais ça reste quand même…
- Speaker #0
Minoritaire.
- Speaker #1
Malheureusement,
- Speaker #0
oui. Moi, c'est le retour aussi que j'ai des femmes avec qui j'échange. c'est qu'elles sont des années en errance avant de réussir à mettre des mots sur ce qu'elles traversent. Elles passent par toute une batterie d'examens et par des mois, des années d'errance avant que vraiment on arrive à identifier la problématique. Et effectivement, moi j'ai le sentiment, on en reparlera bien évidemment tout à l'heure, que cette croyance que le fait que la triade de la femme sportive, ça ne concerne que les athlètes de haut niveau, ça c'est vraiment problématique.
- Speaker #1
Oui, et alors il y a d'autres croyances encore à ce sujet-là, mais effectivement, du coup, c'est une croyance qui dit à la plupart des femmes, vous n'avez pas ce trouble-là, ça ne peut pas être pour vous, et donc elles se détournent un petit peu de ce diagnostic possible, parfois, alors que la ménorée hypothalamique ne touche pas que les sportifs de haut niveau. Au contraire, bien loin de là, les troubles du cycle menstruel touchent à peu près 50%. des sportives amatrices.
- Speaker #0
C'est énorme !
- Speaker #1
C'est énorme. Alors, la prévalence, elle est encore... Enfin, il n'y a pas beaucoup, beaucoup d'études à ce sujet-là, mais c'est les données qu'on a actuellement, parce que les troubles du cycle menstruel, il n'y a pas que la ménorée hypothalamique. Donc, la ménorée hypothalamique, c'est quand les menstruations s'arrêtent. Mais peut-être que je redéfinirai un tout petit peu plus après. Mais il y a aussi le fait de ne pas ovuler, le fait d'avoir une phase luthérale. qui est la dernière phase du cycle menstruel qui n'est pas correcte en termes de production hormonale. Les troubles du cycle qui ne sont pas perceptibles presque, il y en a d'autres que l'absence de règles, et ces troubles-là peuvent être expérimentés par 50% des femmes qui pratiquent le sport, mais de manière tout à fait banale j'ai envie de dire.
- Speaker #0
aller faire son running le dimanche, aller un peu à la salle, ça tu peux potentiellement être concernée.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
D'accord. Et donc voilà, on va commencer peut-être par poser le cadre. Est-ce qu'on pourrait s'attarder un instant sur la définition de l'aménorée hypothalamique fonctionnelle ? De quoi s'agit-il exactement ?
- Speaker #1
Donc l'aménorée hypothalamique fonctionnelle, c'est une pathologie hormonale, enfin une pathologie endocrinienne, au cours de laquelle... l'hormone maîtresse du cycle menstruel, qui est la GNRH, est moins bien produite. La sécrétion est moins bonne, la production est moins bonne. Et donc, tout le cycle menstruel va être mis sur pause. Donc, peut-être pour expliquer un petit peu aux personnes qui nous écoutent et qui ne sont pas hyper familières avec le fonctionnement du cycle menstruel, dans votre cerveau, vous avez une petite structure qui s'appelle l'hypothalamus. Et l'hypothalamus sécrète. une hormone qui s'appelle la GNRH. Et cette GNRH, elle est essentielle parce qu'elle va stimuler une autre structure dans votre cerveau qui s'appelle l'hypophyse. Et l'hypophyse, elle, elle va à son tour sécréter deux hormones, peut-être que vous connaissez, la FSH et la LH, qui elles-mêmes, à leur tour, vont stimuler les ovaires à produire notamment de l'eustradiol et de la progestérone. Et tout ça est orchestré selon différentes phases dans le cycle menstruel.
- Speaker #0
En fait, c'est toute une cascade hormonale, si je résume un petit peu, la GNRH, c'est elle qui initie toute cette cascade hormonale qui permet au cycle d'avoir lieu, tout simplement.
- Speaker #1
Exactement. Et quand les ovaires produisent des hormones, donc le stradiol et la progestérone, entre autres, ça donne des informations au cerveau à nouveau, et donc à l'hypothalamus à nouveau. Et donc c'est comme ça que se régule le cycle menstruel. Donc le cerveau communique vraiment avec les ovaires et puis avec d'autres organes aussi dans notre corps.
- Speaker #0
Oui, c'est un dialogue dans les deux sens. Le cerveau, il donne des infos aux ovaires et les ovaires, en retour, ils donnent des infos au cerveau. Et c'est comme ça qu'on a un contrôle très fin au niveau hormonal pour avoir les hormones du cycle qui fonctionnent de manière correcte et adéquate et qui permettent au cycle d'avoir lieu. Quand on est dans le cadre de la ménorée, c'est cette hormone maîtresse qui initie le cycle, la générage qui est déficiente. Et ça, c'est dû à quoi ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est dû au fait que le cerveau, il reçoit l'information que l'organisme n'est pas en capacité d'avoir des cycles menstruels parce qu'il y a du stress physiologique. Et ce stress physiologique, il vient du fait qu'il n'y a pas d'apport alimentaire suffisant pour que la production hormonale puisse se faire. Le corps, c'est comme s'il était en train de faire ses comptes. Et il dit, alors, j'ai de l'énergie pour ça, Notamment pour faire battre votre cœur, vous faire respirer, réfléchir, marcher, etc. Et par contre, quand on revient au cycle menstruel, il n'a pas l'énergie pour. Et donc, il se dit, ce n'est pas le moment en plus de procréer, si on est dans un état de famine biologique. Et donc, je court-circuite la production de GNRH. Le cycle menstruel, chez la femme, c'est un processus physiologique qui est très sensible au déficit énergétique.
- Speaker #0
Et puis, il ne faut pas oublier que la finalité du cycle, c'est la grossesse. Et la grossesse, c'est un processus qui est extrêmement coûteux sur le plan énergétique. Donc, en gros, ce que tu es en train de dire, c'est que si le cerveau, il estime qu'il n'a pas les ressources pour pouvoir mener à bien une grossesse dans de bonnes conditions, il chante le cycle en fait.
- Speaker #1
Totalement. Le truc, c'est que nos hormones, elles ne nous servent pas qu'à procréer, malheureusement. On sait du coup que les conséquences, par exemple, de la ménorée hypothalamique, C'est une fragilité osseuse parce que le stradiol notamment, qui est produit par les ovaires, permet le remodelage osseux. La progestérone aussi, mais on n'a pas trop encore élucidé ses rôles dans le remodelage osseux. Et puis il y a aussi que ces hormones-là ont un impact sur notre santé cardiovasculaire. Donc nos hormones, elles ont vraiment des rôles différents dans le corps, mais effectivement, la finalité c'est quand même pouvoir avoir une grossesse.
- Speaker #0
Donc, contrairement à ce qu'on pourrait penser, de se dire « c'est trop cool, je n'ai pas mes règles, c'est vraiment chouette, ça m'arrange pour ma vie du quotidien » , en fait, en termes de santé, ce n'est vraiment pas optimal de ne pas avoir ces règles.
- Speaker #1
Pas du tout, effectivement. Donc, l'aménorée hypothalamique fonctionnelle, c'est quand les menstruations, les cycles menstruels ne sont plus là depuis au moins trois mois, on parle de au moins trois mois, ou quand les cycles menstruels sont de manière persistante plus long que 45 jours. Donc, normalement, le premier jour des règles. C'est le premier jour du cycle et le dernier jour avant la menstruation d'après. Et quand les cycles sont de manière persistante plus long que 45 jours, on peut parler aussi d'aménorée hypothalamique fonctionnelle.
- Speaker #0
Mais dans ce que tu me dis là, moi ça me fait penser à quelque chose, à une autre pathologie féminine avec des cycles très rallongés, ça fait penser au SOPK. Comment on peut faire le distinguo entre le SOPK et l'aménorée hypothalamique fonctionnelle ?
- Speaker #1
Alors du coup, comme je disais, dans la ménorée hypothalamique fonctionnelle, il y a vraiment une régulation à la baisse de la production des hormones sexuelles. Dans le SOPK, c'est une autre pathologie endocrinienne, mais qui a des mécanismes physiopathologiques qui sont complètement différents, qui sont vraiment complexes, donc je ne vais pas non plus rentrer trop dans les détails, mais dans le cadre d'un SOPK, on a plus une hyperproduction, en théorie, de GNRH. Et donc, ça entraîne, comme tu le disais tout à l'heure, toute une perturbation dans la cascade qu'on a énoncée plus tôt sur la production des hormones sexuelles. Et donc, ce qui se passe, c'est qu'il y a des perturbations, des dérégulations au niveau des ovaires. Et ça entraîne notamment une hyperproduction des hormones androgènes et de l'ostradiole. Et c'est ce qui fait aussi que les ovaires peuvent avoir un aspect multifolliculaire. Parce qu'il y a aussi une... une perturbation au niveau ovarien. Le problème aussi, c'est que le diagnostic du SOPK, il se fait sur deux des trois critères. Les trois critères, pardon. C'est, premier critère, ça peut être justement une perturbation du cycle menstruel avec des cycles longs, justement, irréguliers, voire absents. Le deuxième critère, ça va être les ovaires à l'aspect polycystique. Et le troisième critère, ça va être... une hyperandrogénie clinique ou biologique. Ça veut dire qu'au niveau clinique, il y a des signes d'hyperandrogénie. Donc généralement, ça peut être une pilosité assez importante, de l'acné, etc. Ça, c'est des signes cliniques. Et au niveau biologique, effectivement, on va retrouver des taux hormonaux au niveau des hormones androgènes qui vont être plus élevées que la norme, en tout cas qui vont apparaître comme anormales. Et donc le souci, c'est que il y a beaucoup de femmes qui... ont une aménorée hypothalamique et qui peuvent avoir des ovaires à l'aspect polycystique. C'est aussi le cas dans la population générale. On peut des fois avoir des ovaires à l'aspect polycystique sans pour autant qu'il y ait de SOPK. Le problème, c'est que dans le contexte d'une femme qui a une aménorée hypothalamique fonctionnelle, comme elle n'a pas ces règles, ça fait deux critères sur trois. qui remplissent en fait les critères de diagnostic d'un SOPK.
- Speaker #0
D'où les années d'errance médicale.
- Speaker #1
D'où les années d'errance médicale, parce que parfois, c'est hyper compliqué de faire la différence entre les deux. Donc voilà, des fois, il y a des femmes qui sont diagnostiquées à tort avec un SOPK, alors qu'elles ont une aminorée hypothalamique fonctionnelle, et c'est compliqué parce que ce n'est pas du tout la même prise en soins en fait.
- Speaker #0
Oui, d'accord, ok. Et par exemple, une jeune femme... qui constate qu'elle n'a plus ses règles, qu'est-ce qui doit commencer par l'alerter, au-delà de cette absence de règles ? Est-ce qu'il y a des signes d'alerte qui devraient éveiller la suspicion ?
- Speaker #1
J'ai envie de te dire l'absence de règles. L'absence de règles, c'est vraiment le marqueur qui doit vous faire consulter parce que l'absence de règles, ça peut être dû aussi à d'autres pathologies qui peuvent être très sérieuses, du type tumeur de lipophys, etc. Donc, il ne faut vraiment pas rigoler avec une absence de règles et il faut faire vérifier par un suivi gynécologique ce qui se passe. Et ensuite, le diagnostic d'aménorée, il se fait une fois que toutes les pathologies sérieuses ont été éliminées. Et généralement, effectivement, c'est dans un contexte clinique où il y a un rapport à l'alimentation qui peut être problématique, voire des troubles des conduites alimentaires cliniques, donc avec une alimentation qui est vraiment restrictive. Généralement, il y a une activité physique qui est assez importante aussi, mais pas toujours, voire un contexte anxieux, des troubles anxieux qui peuvent être aussi assez envahissants.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des régimes ou des types d'alimentation qui sont plus à risque de développer une améliorée hypothalamique fonctionnelle ?
- Speaker #1
Si tu veux, tout type d'alimentation restrictive, à partir du moment où tu enlèves des groupes d'aliments, où tu restreins certains nutriments, typiquement les glucides dans les féculents, qui sont généralement assez diabolisés par les femmes malheureusement, à chaque fois qu'il va y avoir des groupes d'aliments ou des groupes de nutriments qui vont être... éliminés, restreints, etc., on se place à risque effectivement que les apports ne soient pas suffisants. Les apports en nutriments et en calories, donc en énergie, les apports alimentaires globalement ne soient pas suffisants pour que le corps puisse fonctionner correctement. Souvent, en fait, ça vient d'une bonne intention, de l'intention de bien faire. Ah ben, je fais attention à mon alimentation parce que On m'a dit que le sucre n'était pas très bon, par exemple. Donc, j'essaye d'éliminer les sucres de mon alimentation. Donc, du coup, je mange moins de telle et telle chose. Du coup, oui, mais le corps, peut-être qu'il se régulait comme ça aussi, d'un point de vue énergétique. Ou alors, effectivement, ça peut être le passage au végétarisme aussi, ou au véganisme. Bien que ça puisse avoir des bienfaits pour la santé, il y a aussi un autre pendant. au végétarisme ou au végétalisme, c'est le fait de ne pas combler des nutriments qui ont été supprimés. Et puis aussi au fait que c'est une alimentation qui peut être très riche en fibres et qui peut effectivement perturber les cycles menstruels.
- Speaker #0
Alors, moi je rappelle juste sur le sujet du végétarisme, végétalisme, que idéalement, quand on change d'alimentation de manière aussi importante que ça, c'est idéal de se faire accompagner par un professionnel formé sur le sujet. Puisque effectivement, quand on enlève des groupes alimentaires, chez les végétariens, on enlève le poisson, la viande. Chez les végétaliens, on enlève le poisson, la viande, les produits laitiers, les œufs. On enlève des nutriments. Donc c'est important d'adapter son alimentation pour pouvoir avoir ses nutriments d'autre manière et ou une supplémentation en vitamine B12. Tous ceux qui sont végés, véganes, ici, s'il vous plaît, on n'oublie pas sa vitamine B12. Je dis ça parce que je suis végane depuis des années, c'est un sujet que je connais bien. Et je vois bon nombre de femmes qui n'équilibrent pas suffisamment leurs apports, pas forcément des gens qui sont végés, des gens qui sont flexitariens, qui vont manger de la viande une fois de temps en temps, du poisson une fois de temps en temps. Mais c'est vrai que du coup, ça peut entraîner un déficit. On pense bien faire et au final, on se retrouve avec un déficit.
- Speaker #1
Complètement. Et comme tu le dis, je rajoute quand même que la B12, les carences en B12, elles peuvent être irréversibles. Ça peut avoir un impact sur votre système nerveux. Donc, il ne faut pas rigoler avec ça.
- Speaker #0
On se fait accompagner par un professionnel formé sur le sujet quand on change drastiquement d'alimentation. Tu as parlé tout à l'heure de restrictions caloriques. Est-ce que le fait d'avoir des attentes en termes d'images corporelles, de la peur de prendre du poids, est-ce que c'est quelque chose qui est intrinsèquement lié à la ménorée hypothalamique fonctionnelle ?
- Speaker #1
Souvent, la ménorée hypothalamique fonctionnelle provient d'une alimentation restrictive dans le but. dans le but de contrôler effectivement sa santé, mais aussi son poids. C'est souvent effectivement associé à une peur de trop grossir, une peur de trop manger, etc. En même temps, ce qui est complètement légitime, étant donné qu'on vit dans une société qui est grossophobe et qui véhicule des messages qui sont angoissants autour de la prise de poids.
- Speaker #0
Oui, et ça c'est dramatique pour... les femmes, l'image des femmes, les petites filles qui se trouvent grosses à 7 ans ou 8 ans. Enfin, j'avais lu un papier qui disait que les petites filles à 7 ans ou 8 ans, elles étaient hyper nombreuses déjà à se trouver grosses. C'était l'image de la société qui nous matrixe ça dans le cerveau dès le plus jeune âge.
- Speaker #1
Tout à fait. Et qui se mettent au régime. Même avant 10 ans, c'est hallucinant. C'est complètement hallucinant. Et à cet âge-là, tu es en pleine croissance. Donc, c'est effrayant, effectivement.
- Speaker #0
Si on revient sur le sujet de l'aménorée, est-ce que ça engendre des carences spécifiques ? On a parlé tout à l'heure des problématiques au niveau osseuse, mais est-ce que le fait d'être en déficit énergétique permanent, ça peut amener à certains... T'aimes déficience en matière de nutriments, de micronutriments ? On a déjà parlé un petit peu de la vitamine B12 pour celles qui deviennent végées. Dans la population générale, qui diminue sa consommation énergétique et ou qui augmente sa pratique sportive, est-ce qu'il peut y avoir des carences quelque part ?
- Speaker #1
À partir du moment, si tu veux, où tu es en restriction calorique, ça veut dire qu'il y a des nutriments qui ne proviennent plus de ton alimentation. Ça dépend des personnes. Disons que c'est la ménorée hypothalamique, la carence, presque, tu vois.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et du coup, effectivement, il va y avoir d'autres conséquences. Donc, comme je disais, sur le remodelage osseux, sur la fonction cardiovasculaire, mais aussi sur les hormones, on dit anaboliques, les hormones qui sont constructives, constructives des muscles, constructives dans les organes, etc. Ça peut être aussi des troubles digestifs, ça peut être aussi des difficultés de sommeil, mais ça peut aussi alimenter. des troubles de la santé mentale. C'est-à-dire que quand on ne s'alimente pas suffisamment, on peut avoir tendance à avoir des troubles anxieux qui sont majorés, par exemple des troubles anxieux et des troubles dépressifs.
- Speaker #0
D'accord. Quand je pense aux sportifs, est-ce que ça va se traduire, le fait d'être en aménoré, puisque on sait que ça concerne beaucoup les sportifs, par une baisse des performances peut-être ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Alors, ce qu'on sait, c'est que... En tout cas, il y a certaines études qui montrent que quand on... compare deux groupes de femmes, un groupe de femmes qui a des cycles menstruels réguliers, chez qui tout va bien, et un groupe de femmes, par exemple, qui n'ovulent plus, qui n'ont plus d'ovulation, on se rend compte que même si elles ont le même programme d'entraînement, eh bien, celles qui ont des cycles menstruels réguliers et qui n'ont pas de problème de manque énergétique, en tout cas, elles vont plus progresser par rapport à des femmes qui ont des troubles du cycle menstruel liés à une restriction énergétique. Mais ça peut être subtil. Le problème, c'est que les performances, malheureusement, ce n'est pas le meilleur indicateur de santé parce que ce n'est pas la fonction qui va être impactée le plus vite. Quand les performances sont impactées, il faut quand même s'inquiéter. Ça veut certainement dire qu'il y a clairement d'autres choses. Et ça, c'est notamment lié au fait que notre organisme, en tout cas notre cerveau, sa priorité absolue, c'est notre survie sur le court terme. Le long terme, il s'en tamponne un peu, malheureusement. Sauf que d'un point de vue de l'évolution, on se devait de pouvoir se déplacer, soit pour pouvoir fuir des dangers imminents, soit évidemment en situation de famine pour aller chercher de la nourriture. Rester sur place alors qu'on était en état de famine biologique, c'était se condamner à mourir. Donc en fait, notre corps, il va toujours pouvoir... aller chercher des ressources plus loin pour que le mouvement soit possible. Donc les performances, ce n'est pas forcément l'indicateur le plus marquant. Moi, j'ai même des patientes, j'ai beaucoup de patientes qui me disent « mais moi, mes performances sportives, ça va et je me sens presque mieux dans ma peau, etc. » C'est souvent parce qu'il y a une phase de lune de miel, qu'on appelle la lune de miel, où vraiment, effectivement, s'il y a une petite perte de poids au début, il y a cette espèce de boost d'adrénaline. qui fait que la personne a tendance à même mieux se sentir dans sa peau.
- Speaker #0
Si je comprends bien, quand on en arrive à une baisse des performances, ça veut dire qu'on est déjà allé loin dans la ménorée hypothalamique fonctionnelle.
- Speaker #1
C'est possible, c'est assez individuel, mais ça veut dire quand même que le corps est vraiment en train de s'épuiser.
- Speaker #0
Oui, il est en train de vraiment puiser dans ses ressources de manière très importante.
- Speaker #1
Oui, et c'est vrai que généralement, avant, il y a quand même des signes avant-coureurs. Ça va être des blessures qui guérissent moins bien, voire qui ne se résorbent pas, malgré les traitements en kinésithérapie. Ça va être des fractures, bien sûr, des fractures osseuses. Ah oui. Le fait d'être souvent malade aussi, et donc de ne pas pouvoir se rendre aux entraînements ou manquer des compétitions parce que finalement on est malade. Mais encore une fois, ça dépend des personnes. Et il y a des personnes pour lesquelles... Il faudra aller très très loin dans la restriction et même dans le temps pour qu'il y ait des effets sur la performance et même des fois il n'y en a pas.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a une différence entre l'aménorée hypothalamique fonctionnelle et le REDS ?
- Speaker #1
Très bonne question aussi. Du coup, alors le REDS, c'est un syndrome. En français, c'est le syndrome du déficit énergétique relatif dans le sport. Donc, je vais garder le REDS, du coup, pour la suite de l'échange. Et donc, c'est un syndrome, c'est un ensemble de symptômes et de signes cliniques qui sont effectivement dus. au fait que les apports énergétiques ne sont pas suffisants par rapport aux dépenses énergétiques du corps et qui sont aussi liées à l'activité physique et sportive pour que tous les processus physiologiques de l'organisme puissent fonctionner correctement. Et donc en fait, la ménorée hypothalamique fonctionnelle, c'est l'un des signes cliniques du REDS. Mais donc il y a d'autres signes cliniques dans le REDS, notamment, comme je le disais, Le remodelage osseux qui ne se fait pas bien, ça se traduit par une fragilité osseuse. Ça se traduit par des perturbations au niveau cardiovasculaire. Ça peut être des troubles digestifs. Ça peut être de l'incontinence urinaire. Ça peut être des troubles au niveau hématologique. Voilà, ça peut être vraiment plein de choses.
- Speaker #0
Ça, pour le coup, j'imagine que ça ne concerne que les sportifs. Et j'imagine que ça peut donc concerner les sportifs aussi bien femmes qu'hommes.
- Speaker #1
Tout à fait. Ça concerne aussi bien les sportifs... les sportives que les sportifs, sachant que les femmes sont quand même plus sensibles au déficit énergétique de par notre physiologie qui est différente de celle des hommes et de par la sensibilité qu'ont nos hormones au déficit énergétique. Mais les hommes aussi peuvent développer un syndrome du REDS et donc chez eux, ça peut se traduire notamment par une diminution des fréquences de l'érection matinale. Ça peut se traduire par une faiblesse de la libido, ça peut se traduire par de l'irritabilité aussi, puis des troubles anxieux, des troubles dépressifs également. Mais c'est vrai que chez les hommes, déjà peut-être que les symptômes seront un peu plus subtils. Et effectivement, la testostérone va être impactée par un RAID, par un déficit énergétique.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des sports, des pratiques sportives qui sont plus à risque de voir arriver un RAID ? S ou une aménorée. Ça concerne tout type de sport, vraiment. Ça peut concerner tout type de sport parce que les facteurs de risque de développer un REDS, ils sont nombreux en fait si tu veux. Et puis il y a aussi des facteurs individuels qui prédisposent à ce type de syndrome. C'est-à-dire que déjà on sait quand même que le REDS peut être déclenché par des troubles des conduites alimentaires ou justement une alimentation restrictive qui ne correspond pas forcément, tu vois, aux critères de diagnostic des TCA, mais c'est quand même une alimentation qui est problématique. Donc, à ça, les individus ont une vulnérabilité propre à développer ce genre de trouble, déjà. Donc, il y a ça. Et ensuite, ça dépend aussi de l'environnement sportif. Donc, ça peut dépendre d'un coach, en fait. Ça dépend de l'éducation sportive. Ça dépend des compagnons aussi, des copains et des copines. de sport. Donc, il y a des personnes, malheureusement, qui vont évoluer dans des environnements qui sont un peu toxiques. Et effectivement, il va y avoir des particularités qui vont venir du sport en particulier. Donc, il y a différentes catégories de sport qui peuvent être un petit peu plus à risque, notamment les sports d'endurance. Pourquoi ? Parce que c'est ultra énergivore.
- Speaker #1
Oui, je pense à la prépa des marathons, par exemple, ou ce genre de choses.
- Speaker #0
Ouais, exactement, parce que du coup, s'il y a un déficit énergétique qui est créé, ça peut vite faire effet boule de neige. Donc les sports d'endurance, il y a les sports aussi à catégorie de poids, puisque dans les compétitions, tu dois matcher une catégorie de poids. Et donc, si tu fais des pertes de poids drastiques, etc., effectivement, c'est un gros facteur de risque de développer un REDS. Ça peut être aussi souvent dans les sports qu'on dit esthétiques, dans lesquels... L'esthétique a une certaine importance.
- Speaker #1
La gym, la danse, ce genre de choses, j'imagine ?
- Speaker #0
Tout à fait, la gym, la danse, le patinage, etc. Donc là, effectivement, il peut y avoir un certain contrôle du corps, un contrôle pondéral, donc un contrôle de l'appétit, donc un contrôle finalement sur l'alimentation quand même.
- Speaker #1
Donc il y a des catégories à risque, effectivement.
- Speaker #0
Donc effectivement, il y a des catégories.
- Speaker #1
C'est dit ! On fait le lien avec la fertilité parce que c'est un peu ça le cœur de mon domaine. Est-ce qu'on peut tomber enceinte avec une aménorée hypothalamique fonctionnelle qui n'a pas été prise en charge ?
- Speaker #0
Non, parce que du coup, si elle n'a pas été prise en charge, ça veut dire qu'il n'y a pas de cycle menstruel. Mais attention, pendant le processus de rémission, il est possible d'ovuler avant d'avoir des menstruations. Et donc moi, j'ai plusieurs patientes qui étaient informées. Donc, elles étaient déjà dans une démarche d'avoir un enfant, mais qui sont tombées enceintes, en fait, avant de retrouver des règles.
- Speaker #1
Oui, ça arrive, ça. Et par exemple, qu'est-ce qu'on pourrait penser d'une jeune femme chez qui on a bien identifié une aménorée hypothalamique fonctionnelle qu'on aurait orientée vers la PMA, sans avoir eu un accompagnement autour de cette aménorée ? Est-ce que la PMA, elle a quand même des chances d'aboutir ?
- Speaker #0
Alors, c'est une question qui est compliquée. parce que je pense qu'il n'y a pas vraiment de données scientifiques sur le sujet. En tout cas, moi, je n'en ai pas connaissance. Ce que je sais, c'est que la plupart des femmes, moi, que j'ai connues, qui m'ont consultée dans le cadre d'une AHF, ne parvenaient pas, en fait, à aller au bout de la PMA parce qu'il n'y avait pas de résultat. Ou alors, j'ai eu une ou deux patientes quand même qui étaient dans un processus de PMA et on avait un travail à côté, effectivement, sur la rémission. de l'aménorée hypothalamique, et là, ça pouvait aboutir. Mais généralement, en fait, le « traitement » , « traitement » , entre guillemets...
- Speaker #1
C'est la pompe à GNRH ?
- Speaker #0
Voilà, le pansement court terme d'une aménorée hypothalamique, lorsque la patiente veut avoir un enfant, sur le court terme, c'est la pompe. Le problème, c'est que...
- Speaker #1
Si on n'a pas assuré la sécurité énergétique, la pompe, on retourne à la case départ, en fait. C'est le serpent qui se mord la queue.
- Speaker #0
Après je peux comprendre tout à fait Qu'il y a certaines femmes Soit déjà elles ont été en errance thérapeutique Pendant de nombreuses années Et elles n'en peuvent plus Et juste tu vois il y a aussi le temps On a aussi un facteur temps qui joue Bien sûr C'est totalement compréhensible Qu'elles aient envie juste D'avoir la pompe Et d'avoir leur bébé C'est complètement légitime Mais il faut savoir qu'une fois que la grossesse est terminée Malheureusement, c'est retour à la case départ. Si un travail suffisant n'a pas été fait.
- Speaker #1
Mené, oui. J'imagine que c'est assez variable, mais est-ce qu'il y a des moyennes ? Quel délai il y a entre la rémission, si je puis dire, je ne sais pas si c'est comme ça qu'on dit, d'une améliorée, et le début de la prise en charge ? J'imagine que c'est un process qui peut prendre du temps.
- Speaker #0
Je t'avoue que c'est hyper compliqué de te donner une moyenne, parce que ça dépend énormément des contextes. J'ai des femmes, par exemple, qui ont des troubles des conduites alimentaires cliniques, qui peuvent partir de plus loin, notamment d'un point de vue pondéral, malheureusement, parce que le taux de masse grasse, ça reste le meilleur prédicteur du retour de cycle menstruel. C'est pas le seul prédicteur, c'est pas ce que je veux dire, mais c'est quand même un indicateur important de la fertilité. en tout cas du retour de la fertilité. Et donc, ils partent déjà d'un point qui est malheureusement moins avancé que certaines femmes, bien sûr. Et puis, il y a aussi toute cette question d'image corporelle qu'on a abordée tout à l'heure. Chacune, en fait, a sa sensibilité à ce sujet-là. Si tu veux, une alimentation restrictive, elle est rarement mise en place pour le plaisir. Généralement, quand c'est une alimentation restrictive qui dure, ça a des bénéfices. pour la patiente, ça sert des choses. Ça peut être, ça sert à contrôler la peur de grossir, par exemple, ou contrôler la peur que le corps change. Ça sert à... Ça rassure aussi, tu vois, le fait de se dire « je contrôle mon alimentation » , donc c'est de la réassurance. Donc en fait, ça dépend de vraiment énormément de variables et ça dépend de chacune d'où elle commence le processus, tu vois. Ça dépend de plein de facteurs, c'est hyper individuel. Mais je dirais qu'en fait, il faut s'engager quand même dans le processus. Et ça, c'est vraiment les scientifiques qui travaillent sur le sujet qui le disent. Il faut au moins s'engager sur un an parce qu'on sait que l'exposition aux oestrogènes, on sait que le remodelage osseux, etc. se remet en place correctement à partir d'au moins un an.
- Speaker #1
Donc, ce n'est pas un accompagnement comme ça, au bout de trois semaines, on va avoir une amélioration. Clairement, on n'est pas du tout dans ce type d'accompagnement où avec une petite baguette magique, on va révolutionner les choses. C'est un travail de longue haleine.
- Speaker #0
C'est un travail de longue haleine. Après, il y a des profils qui ne sont pas forcément tant restrictifs ou alors qui sont plus enclines aussi à enclencher les choses dans le changement. Il y a aussi certaines patientes que je ne vais voir que quelques fois et ce sera... terminé.
- Speaker #1
Il y a une question qui vient du coup, comment ça se passe une prise en charge ? On travaille j'imagine sur l'alimentation, est-ce qu'on adapte l'activité physique ? Est-ce qu'on fait un travail sur l'aspect gestion du stress, des émotions, de la récupération ? Est-ce qu'on travaille en lien avec d'autres professionnels ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors c'est pareil, ça dépend de chacune, ça dépend des besoins de chacune. Donc effectivement il y a un travail nutritionnel à faire. Il y a un travail nutritionnel, donc s'il y a une activité physique et sportive, ça inclut généralement de faire un travail aussi en nutrition sportive, parce que j'ai beaucoup de femmes qui font de l'activité, mais elles ne nourrissent pas du tout leurs efforts. Donc, par exemple, pour toutes celles qui font de l'endurance, etc., ça va être aussi comprendre comment elles doivent s'alimenter à l'effort, ou en tout cas, comment elles peuvent s'alimenter à l'effort. Donc, il va y avoir tout l'aspect nutritionnel. Et puis, d'un autre côté, moi, j'ai une approche qui est comportementale. Donc, le but, c'est que les symptômes, s'il y a des TCA, bien sûr, ou même s'il y a une alimentation qui est problématique, etc., moi, le but, ce n'est pas forcément la guérison de la ménorée hypothalamique qui m'intéresse. C'est la qualité de vie, c'est la liberté alimentaire, c'est retrouver une alimentation qui est beaucoup plus apaisée, qui est beaucoup moins contrôlée. qui est beaucoup plus connecté à ses signaux corporels. C'est diminuer aussi l'hyperactivité physique. On sait d'ailleurs que ne pas avoir assez d'apport énergétique, ça a tendance à augmenter l'hyperactivité en plus.
- Speaker #1
Donc c'est le serpent qui se mord la queue encore une fois.
- Speaker #0
Donc c'est encore une fois le serpent qui se mord la queue. C'est comment aussi, voilà, quel est le respect qu'on peut apprendre à accorder à son corps. Tu vois, donc il y a vraiment... plein de choses différentes. Je dirais que l'aspect nutritionnel, c'est une partie, mais ce que je cherche vraiment, c'est les autonomiser, c'est leur donner des outils pour qu'elles puissent en fait mieux respecter leur corps, mieux être à l'écoute de leur corps, avoir aussi une connaissance quand même sur l'alimentation, bien sûr. Voilà, donc ça englobe plein de choses et du coup, les consultations, ça dépend aussi, on jongle en fait. entre plein de sujets différents. D'une séance à l'autre, ça peut être complètement différent. Une séance, on peut travailler sur comment je dois m'alimenter à l'effort ou quels sont les conseils nutritionnels, qu'est-ce que je pourrais mettre en place dans mon quotidien. si je peux le faire, selon les résistances aussi de la patiente. Et puis, tu vois, la séance d'après, ça peut être, OK, quelles sont les stratégies que je mets en place finalement pour continuer à contrôler mon poids ? Quels sont les bénéfices ? Qu'est-ce que ça me coûte aussi beaucoup ? Et comment on peut faire évoluer ça ? Et puis, la séance d'après, ça peut être, je fais de la psychoéducation sur qu'est-ce que l'image corporelle.
- Speaker #1
Donc, c'est un travail au final qui est extrêmement large et qui couvre vraiment Plein d'aspects différents.
- Speaker #0
Totalement.
- Speaker #1
Si tu avais un petit mot à adresser aux professionnels de santé qui prennent en charge des femmes à propos de l'aménorée, qu'est-ce que tu aimerais qu'ils sachent ? Qu'est-ce que tu aimerais leur dire ?
- Speaker #0
Déjà, j'aimerais leur dire que le sujet des cycles menstruels pour une femme, c'est hyper intime. Ça peut être associé à beaucoup de choses qui peuvent être difficiles pour les patientes. Les règles, c'est pas qu'une question de sang qui coule, c'est une question de fertilité, c'est une question de relation sexuelle, c'est une question de relation à soi, c'est une question de comment je perçois mon corps, c'est une question de vraiment d'énormément de choses. Donc je pense que la plupart, je sais pas, j'ai pas l'impression que les professionnels de santé, enfin tous les professionnels de santé que je rencontre en tout cas... Et cette sensibilité au fait que les mots qui vont être employés face à une patiente, notamment qui n'a plus ses règles ou qui essaye d'avoir un enfant, vont avoir une grosse importance et peuvent jouer énormément sur le parcours d'une patiente, sur le parcours de sa rémission, mais aussi sur son parcours santé. Et que certains discours peuvent être hyper destructeurs. Moi, j'ai quand même des patientes à qui on a dit que leur hypothalamus était grillé. Donc qu'elle n'aurait plus jamais de cycle menstruel après des années de restriction. Donc moi, quand j'entends ça en consultation, je suis en mode, je garde ma poker face, mais je pleure intérieurement quand même parce que ça me détruit le cœur, tu vois. Donc ouais, déjà ça, les règles, c'est pas que des règles, c'est pas que du sang qui coule.
- Speaker #1
Et justement, est-ce que dans le retour que tu as de la part de tes patientes, est-ce qu'elles reçoivent parfois des recommandations qui peuvent... aggraver davantage encore la situation ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. Ça dépend des professionnels de santé. Mais par exemple, tu vois, chez des personnes qui ont une alimentation restreinte avec des comportements alimentaires restrictifs, etc., c'est souvent qu'on peut leur dire qu'elles sont accros à la nourriture, qu'elles devraient mieux contrôler leur nourriture. Alors que forcément, la restriction, ça entraîne un état de famine biologique. Et du coup, le cerveau... va à tout prix mettre en place des stratégies pour orienter l'attention vers la nourriture. Donc ça peut vraiment entraîner des conséquences qui sont majeures pour certaines patientes. Donc ouais, les recommandations de il vaut mieux faire attention à votre alimentation, ne pas trop manger sucré, ce genre de choses. Oui, oui, oui, ça a déjà été bien entendu.
- Speaker #1
Ça a été peut-être même trop entendu.
- Speaker #0
trop entendue, trop trop entendue et du coup tu vois ça m'amène aussi à donner le message aux professionnels de santé de ne jamais s'improviser nutritionniste diététicien etc et vraiment de renvoyer les personnes vers nous, vers des professionnels qui sont vraiment habilités à discuter de ces sujets là avec des patients là pour le coup, des patients et des patientes Ça, c'est vraiment important. Voilà, j'ai aussi des femmes qui ont un diagnostic d'aménorrhée hypothalamique à qui on a dit, il faut juste manger plus et vous reposer.
- Speaker #1
Ah bah, c'est super efficace ça !
- Speaker #0
Explique-moi ! Voilà, donc non, commençons à faire du lien entre professionnels de santé. Voilà, et puis le dernier message, c'est intéressez-vous à l'aménorrhée hypothalamique. Si vous voulez regarder mon compte, il y a pléthore de trucs dessus. intéressez-vous aux troubles du cycle menstruel et jamais partir du principe qu'une femme invente sa souffrance ou qu'elle exagère sa souffrance jamais non c'est jamais le cas,
- Speaker #1
ça il faut le dire le redire, le marteler encore et encore pour arrêter de prendre les femmes pour des fabulatrices j'aimerais qu'on remette ça vraiment au premier plan et comment est-ce qu'on pourrait orienter une femme qui se reconnaît dans ce tableau Merci. Si parmi nos auditrices, il y a une jeune femme qui se dit « moi, je n'ai pas mes règles depuis un petit moment » , qu'est-ce qu'elle doit faire en premier ? On a dit consulter un pro de santé pour écarter d'autres pathologies endocriniennes potentiellement graves. Et après, qu'est-ce qu'on fait ?
- Speaker #0
Alors, ça dépend du profil. S'il y a beaucoup de sport... Il faut se tourner vers quelqu'un qui a aussi une formation en nutrition sportive, quand même. Et il faut quand même se tourner vers des professionnels qui sont sensibilisés, voire formés au trouble des conduites alimentaires. Parce que la nutrition, c'est bien, mais généralement, les contextes restrictifs, ils sont là, comme je te l'ai dit, pour des raisons. Et c'est des contextes, en fait, dans lesquels le comportemental va jouer. Et il faut avoir une compréhension fine de ces... de ces mécanismes et de comment fonctionnent les comportements alimentaires.
- Speaker #1
Super clair. Avant qu'on ne se quitte, est-ce que tu aurais quelque chose à allouter qu'on n'aurait pas abordé et que tu tiens à partager ici ?
- Speaker #0
J'aimerais dire quand même, je ne l'ai pas dit, mais la ménorée, c'est réversible. Donc, j'ai envie de vous dire, si vous vous sentez concerné par ça, ça peut être un peu flippant qu'on ait abordé l'idée que le processus peut être long, etc. Voilà, n'écoutez pas trop les scénarios catastrophes que votre tête peut vous raconter, parce que la rémission, elle peut ressembler à bien d'autres choses que des scénarios catastrophes qui se passent dans votre tête, et que ça vaut le coup de guérir, parce que ça engendre aussi plein de choses peut-être qu'on ignore sur soi-même aussi. Et bien sûr, c'est réversible, et c'est vraiment prendre soin de soi et prendre soin de sa santé. que de retrouver ces cycles menstruels, sans aucun doute.
- Speaker #1
Parce que je le rappelle, le cycle menstruel, c'est un signe de vitalité, au même titre que la fréquence cardiaque, la température, la fréquence respiratoire. C'est aussi important que ça. J'ai envie de souligner ce passage-là. C'est quelque chose que je dis et que je répète en permanence. Le cycle menstruel, c'est hyper important dans la vie d'une femme. On a tendance bien souvent à le mettre de côté, à se dire que les règles, c'est pénible. Non, le cycle, c'est un signe de santé et ça, c'est très important de véhiculer ce message.
- Speaker #0
Merci à toi de le faire.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses à autre chose ?
- Speaker #0
Non, je crois que c'est tout.
- Speaker #1
Petite question rituelle que je pose à tous mes invités experts. Est-ce que toi, tu as mis en place quelque chose récemment pour soutenir ta santé et ou ta fertilité dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Bonne question. Moi, j'essaye quand même de regarder mon ovulation, regarder quand même si j'ai de la glaire cervicale à peu près à quel jour. Ça, c'est un truc que je fais habituellement. Je n'ai pas de contraception hormonale, donc j'ai un cycle naturel. Et sinon, globalement, qu'est-ce que je fais pour soutenir ma santé ? Un truc qui va vous sembler, je pense, complètement débile. J'ai mis un tapis de gym chez moi par terre. Et je le laisse là. Et en fait, il est près d'une fenêtre. Et souvent, quand je me sens le besoin de juste ralentir, je m'allonge par terre sur le dos. je mets mes pieds sur un... en Swiss ball, voilà. Et je regarde le plafond et je me détends.
- Speaker #1
Ouais, top ! Encourager les gens à se détendre, se détendre, franchement, c'est top, c'est très bien.
- Speaker #0
Ouais, écoute, j'essaye de le faire régulièrement en tout cas, mais c'est plus facile quand le tapis est déjà par terre.
- Speaker #1
Quand on limite la friction pour les choses qu'on veut faire et qui nous font du bien, ça nous permet de passer plus facilement à l'action, je trouve. Donc mettre le tapis près de la fenêtre, hop, il est là, je passe devant, je m'allonge un peu, top, chouette ! En tout cas, merci beaucoup à toi Barbara pour cet échange que j'ai trouvé vraiment passionnant. Je pense que c'est ce genre de conversation que les femmes, elles ont vraiment besoin d'entendre. Donc à toi qui nous écoutes aujourd'hui, si tu t'es reconnue dans ce qu'on s'est dit, tu n'es pas seule. Je mets tous les liens pour retrouver Barbara dans les descriptions de l'épisode. Pense à t'abonner pour ne manquer aucun rendez-vous. On se retrouve la semaine prochaine pour un prochain épisode et d'ici là, prends soin de toi.