- Speaker #0
Le trouble dysphorique prémenstruel, c'est juste un SPM très fort, vrai ou faux ?
- Speaker #1
Faux.
- Speaker #0
Le trouble dysphorique prémenstruel se diagnostique avec une prise de sang ou un bilan hormonal, vrai ou faux ?
- Speaker #1
Totalement faux.
- Speaker #0
Le TBPM touche surtout les femmes qui ont déjà des antécédents de dépression ou d'autres troubles psychiques, vrai ou faux ?
- Speaker #1
Majoritairement vrai.
- Speaker #0
Cher du sport et bien manger suffit à contrôler le trouble dysphorique prémenstruel.
- Speaker #1
Absolument faux.
- Speaker #0
La pilule règle totalement le problème du trouble dysphorique prémenstruel.
- Speaker #1
Absolument faux.
- Speaker #0
Les plantes suffisent pour soulager le trouble dysphorique prémenstruel.
- Speaker #1
Faux plus
- Speaker #0
Les thérapies cognitivo-comportementales et les antidépresseurs sont les meilleurs traitements du trouble dysphorique prémenstruel. Vrai. C'était le vrai faux pour démarrer l'épisode, donc vous l'aurez compris aujourd'hui, on va parler du trouble dysphorique prémenstruel.
- Speaker #1
Grâce à l'épisode.
- Speaker #0
Bienvenue. dans Rendez-vous avec Diana, le podcast où on parle fertilité et santé des femmes. Que vous veniez d'arrêter la pilule, que vous soyez en ECBB ou engagé dans un parcours PMA, si vous cherchez des clés pour prendre soin de votre fertilité et de votre santé, vous êtes au bon endroit. Je suis Diana. Après 15 ans en tant que sage-femme, c'est mon propre parcours d'infertilité qui m'a menée à changer de vous. Aujourd'hui, j'accompagne les femmes en désir de grossesse à redevenir... actrices de leur parcours vers la maternité. Dans ce podcast, nous parlerons de fertilité, d'hormones, de cycles, de santé et de bien-être. Alors installez-vous confortablement et c'est parti pour le rendez-vous du jour. Je suis vraiment ravie de vous accueillir aujourd'hui dans cet épisode. Et pour la petite histoire, cette idée d'épisode m'est venue suite à un échange avec une de mes consultantes qui m'a demandé si les plantes pouvaient suffire à soulager son trouble dysphorique très menstruel. Alors moi j'ai bien évidemment mon idée sur la question, mais je vais laisser mon invité du jour répondre à cette question. Il s'agit d'Hélène Maré-Thomas, qui est psychologue clinicienne, psychothérapeute et chercheuse sur le thème cycle menstruel et santé mentale. Hélène, je suis vraiment ravie de vous accueillir aujourd'hui à mon micro. Avant qu'on entre dans le vif du sujet, est-ce que vous pouvez s'il vous plaît commencer par vous présenter, nous en dire un petit peu plus sur votre activité et votre parcours avant qu'on ne démarre ?
- Speaker #1
Donc bonjour, merci effectivement de m'accueillir et bonjour à toutes. Je suis très contente de pouvoir parler de ce sujet aujourd'hui et de vous transmettre des choses. Donc moi je suis effectivement chercheuse sur le trouble dysphorique prémenstruel. J'ai fait ma thèse sur le sujet à l'université de Nanterre. Ma thèse elle a consisté en fait à bien comprendre le trouble pour pouvoir en sortir des éléments psychothérapeutiques de traitement. Donc en gros mon travail c'est le traitement en psychothérapie de ce trouble. Mais bien sûr, quand on veut connaître, comprendre un trouble et le traiter en psychothérapie, il faut en connaître tous les rouages. Donc la grande partie de mon travail, ça a consisté à décortiquer ce trouble.
- Speaker #0
Qui est encore très méconnu à l'heure actuelle. Alors peut-être qu'on peut commencer cet épisode en posant un petit peu le cadre. Et moi j'ai cette idée reçue qui revient souvent que le trouble dysphorique prémenstruel... c'est un syndrome prémenstruel qui serait un peu accentué. Est-ce que ça, c'est vrai ou est-ce que c'est faux ? Est-ce qu'on peut détailler un petit peu de quoi il s'agit ?
- Speaker #1
Déjà, je trouve ça super que vous puissiez amener cette idée-là, parce que je pense qu'il y a 5-6 ans, si vous vous étiez renseignés, vous m'auriez dit « mais en fait, c'est un SPM sévère » . Donc, c'est déjà une réussite qu'on sache que ça peut être une idée reçue. En fait, on compare souvent les deux, parce que le SPM, globalement, c'est un pot pourri.
- Speaker #0
C'est un peu un fourre-tout où on met plein de choses dedans.
- Speaker #1
Exactement. En fait, tout ce qui a lieu en phase prémenstruelle, on le qualifie de SPM. Mais c'est un réductionnisme qui vraiment est une erreur. C'est une erreur scientifique et c'est une erreur thérapeutique. Parce qu'en fait, quand une femme a un problème prémenstruel, on va lui dire « Ah, c'est le SPM. Bon, alors très bien. Bon, on ne peut pas faire grand-chose. Ou bien, prenez... » un peu soit d'hormones de synthèse, un peu de plantes, faites un peu de sport, et puis bon, c'est le SPM.
- Speaker #0
Alors c'est dans la tête, si ce n'est pas, c'est dans la tête.
- Speaker #1
C'est ça, parce qu'étendu que les femmes, comme c'est leur phase prémenstruelle qui arrive, elles conditionnent que ça va aller mal. Mais en fait, non. Parce que ça a été mal, et parce que c'est des moments difficiles, forcément, à un moment donné... intuitivement, même si ça ne nous aide pas, mais intuitivement ou anticipé, ça ne va pas bien se passer. Donc, tout ça pour dire que le SPM, en fait, c'est tous les symptômes physiques et psychologiques. Ils ont été mis dans cette case-là. Mais en réalité, c'est bien plus complexe. Chaque phénomène qui impacte notre corps en phase prémenstruelle devrait avoir un nombre à part entière. Donc je ne peux pas vous dire que c'est la continuité du SPM, le trouble dysphorique prémenstruel, parce que peut-être, je ne vous connais pas suffisamment, donc je fais des hypothèses, peut-être que vous, en phase prémenstruel, enfin votre syndrome prémenstruel, ça va être de gonfler. Peut-être que vous allez prendre 2, 3, 4 kilos d'eau, Et donc ? Ça, c'est votre symptôme à vous. Mais en fait, donc ça voudrait dire qu'une femme qui a un trouble psychiatrique, dépressif, des idées suicidaires, c'est la continuité de ce que vous vivez vous, mais en fort. Mais pas du tout. Ça n'a aucun sens. Donc c'est pour ça que dire que c'est un SPM fort, ça veut dire que toutes les femmes qui vivent un SPM, et tous les médecins, et les praticiens, les psychologues qui traitent le SPM, ils vont se dire, hop, bah en fait... C'est un syndrome prémenstruel juste un peu plus fort, alors que ça n'a rien à voir. La majorité de mes patientes qui souffrent de troubles dysphoriques prémenstruels me disent « Non mais moi, les symptômes physiques, je ne leur donne même pas, je ne fais même pas attention. »
- Speaker #0
Oui, c'est banal à côté de l'intensité des troubles psychiques qu'elles peuvent ressentir pendant cette période-là.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et sur la différence de la physiologie du trouble, parce que dans mes notions, on a un syndrome... prémenstruel parce qu'on a une chute hormonale qui arrive avant les règles. Est-ce que la physiologie du trouble dysphorique prémenstruel est liée au même phénomène ? Est-ce qu'elle est liée à cette chute hormonale ? Ou est-ce que c'est tout autre chose ?
- Speaker #1
C'est aussi une question super intéressante. En fait, toutes les personnes qui vont avoir une variation de l'humeur en phase prémenstruel présentent une réaction à cette chute hormonale. Toutes. Par contre, la question c'est plutôt l'intensité de cette chute. Donc en fait, cette variation hormonale, elle va affecter le système nerveux central qui module notre humeur. Donc notre humeur, le fait qu'on aille bien ou pas bien, c'est biochimique, et c'est dans notre cerveau, et dans notre cerveau, il y a notre système nerveux central, avec cerveau, et ensuite nos nerfs. Et en fait, ils interagissent. Et dans leurs interactions, ils vont conditionner si on va bien. ou mal, avec des petits neurotransmetteurs, ce qu'on appelle le message nerveux. Donc ça, ça peut être affecté par la variation hormonale. Mais après, ça va être affecté différemment. Et il y a certaines femmes qui, dans leur système nerveux et dans leur cerveau, sont un petit peu différentes. Et dans la manière dont elles vont recevoir cette vague de changements, comme elles sont un petit peu différentes au niveau du cerveau et du système nerveux central, eh bien, leurs petits neurotransmetteurs vont être affectés différemment et ça va donner des grosses variations.
- Speaker #0
Et en termes de symptomatologie, qu'est-ce que les femmes qui sont atteintes du trouble dysphorique vont ressentir pendant cette période prémenstruelle ? Comment ça se caractérise sur le plan du ressenti de ce qu'elles vont traverser ?
- Speaker #1
Alors, j'ai envie de dire, c'est un terme peut-être un peu... Pas très psychologique, mais c'est souvent ce qui me revient et j'ai envie de transmettre ça parce que c'est aussi la voix de mes patientes qui me traverse aujourd'hui. J'ai envie de dire l'enfer.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'entends aussi des femmes que je connais qui sont concernées par ce trouble, l'enfer. Moi, j'ai des femmes qui me décrivent des idées noires de manière récurrente en période prémenstruelle. Est-ce que ça, ça correspond à cette réalité-là ?
- Speaker #1
Oui. En fait, si vous voulez, c'est un trouble dépressif. Donc ça va être un épisode dépressif, mais qui arrive de manière très massive. Ça arrive très rapidement. Donc en fait, vous allez très vite avoir des ressentis qui changent, avec moins d'intérêt pour les choses, beaucoup plus de difficultés à réguler des émotions, la sensation d'avoir les émotions plus fortes, avoir tendance à poser l'attention sur les éléments négatifs. Ça c'est documenté, il y a une étude, espérons qu'il y en aura d'autres, mais en fait qui montre que... une femme qui a un cerveau de troubles dysphoriques prémenstruels ne sélectionne plus les éléments positifs dans son environnement en phase prémenstruel.
- Speaker #0
Elle va focus sur tout ce qui est négatif.
- Speaker #1
Exactement. Donc, il y a certaines femmes qui vont décrire d'avoir un nuage noir sur la tête.
- Speaker #0
C'est vraiment terrible comme sensation.
- Speaker #1
C'est ça. Et il y a d'autres petits éléments dont on parle moins. Ça va être le ralentissement psychomoteur, la fatigue physique. Donc, en fait, elles vont avoir une fatigue, mais Je suis un petit peu fatiguée, j'ai moins l'allant de faire des choses.
- Speaker #0
Moins l'énergie, j'ai moins l'élan de me lancer dans des choses, des projets à cette période-là.
- Speaker #1
Ce qu'on peut appeler aussi en termes techniques une forme d'abouti, une difficulté à bouger. Donc, c'est vraiment... Et puis, après, je ne parle même pas du rapport à la nourriture qui peut changer, du rapport au sommeil qui peut changer. Donc, il y en a certaines, elles vont avoir de l'insomnie, une qualité de sommeil beaucoup moins bonne. Et il y en a certaines, elles vont avoir sommeil. Et puis, parce qu'elles auront eu une insomnie, elles auront plus de sommeil dans la journée. Donc, le rythme veille-sommeil, il peut aussi se voir modifié.
- Speaker #0
Dans la notion que j'ai, c'est résolutif à l'arrivée des règles. On a l'impression de devenir une autre personne à l'arrivée des règles.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça, c'est vrai ou est-ce que ça, c'est faux ? Oui,
- Speaker #1
c'est tout à fait vrai. Pendant très longtemps, j'ai juste simplifié un petit peu à ça parce que déjà, c'est compliqué que les gens comprennent le trouble. Maintenant, on observe, en tout cas, ça commence à être documenté qu'il y a des petites spécificités avec ce qu'on appelle les décompensations tardives. C'est-à-dire qu'il y a des femmes, elles ne vont pas retrouver leurs esprits pile à l'arrivée des règles. Il y a une petite partie des femmes qui vont retrouver leurs esprits sur quelques jours. C'est vrai que j'ai une patiente qui est venue me voir et m'a dit que mon médecin généraliste n'avait pas de TDPM parce que le premier jour des règles, j'avais encore des symptômes. Ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas de troubles dysphoriques prémenstruels. Donc, on a fait une vraie évaluation pour tout mesurer. Et en fait, le fait d'avoir un peu de symptômes pendant les règles, ce n'est pas forcément rédhibitoire pour ne pas avoir de TDPM.
- Speaker #0
Vous parliez du médecin traitant et qui pose le diagnostic du TDPM ? Qui est le professionnel qui pose le diagnostic ? Alors,
- Speaker #1
ça c'est un grand débat, parce que c'est le seul trouble pour lequel l'évaluation diagnostique doit se faire sur un long cours, ou un des seuls. Il y a aussi le trouble bipolaire, mais ce n'est pas du tout la même chose, parce que quand vous avez des phases, en fait vous êtes devant votre médecin. Là, le trouble dysphorique prémenstruel, vous venez... Vous avez vos phases, mais ensuite, il vous revoit et vous n'avez plus votre phase. Et ensuite, on vous revoit et vous avez peut-être une phase. Puis ensuite, peut-être que sur ce cycle-là, vous n'avez pas de symptômes, mais ça ne veut pas dire que vous n'avez pas de troubles. Donc tout ça pour dire que moi, ce pourquoi je milite et j'essaye de faire comprendre et d'argumenter, c'est que c'est super important d'utiliser une évaluation qui soit qualitative. Il y en a une qui a été développée par une chercheuse américaine qui permet de faire des stats. Et cette cotation, elle est validée. Donc moi, je milite pour qu'on puisse évaluer le trouble d'historique prémenstruel à partir de points très précis et de statistiques tout au long du cycle.
- Speaker #0
Et c'est quoi cette évaluation ? C'est un journal qu'on pourrait remplir, comme un journaling qu'on ferait quand on pratique la symptothermie, l'observation du cycle, on note sa glaire, on note sa température. Et là, dans ce cadre-là, ce serait une sorte de journaling où on note les symptômes qu'on traverse au cours de son cycle ?
- Speaker #1
Alors, En fait, comme je vous l'ai dit, le trouble dysphorique prémenstruel, il s'évalue par rapport à la fréquence des symptômes, leur durée et leur intensité. Et le problème de beaucoup d'outils d'évaluation, c'est qu'ils n'évaluent pas l'intensité. Ils vont juste dire « je me suis sentie déprimée » . Mais en fait, « je me suis sentie déprimée » , ça peut être à 1 sur 10 ou à 10 sur 10.
- Speaker #0
Ou à 10 sur 10, oui bien sûr.
- Speaker #1
Donc tous les outils qui ne disent pas à combien vous êtes, sur votre symptôme, en fait, ils n'ont pas vraiment d'intérêt clinique. S'ils en ont un qui est que, oui, voilà, je remarque qu'à cette période, j'ai été déprimée, j'ai été anxieuse, j'ai des troubles du comportement alimentaire, j'ai mal dormi. Super. Maintenant, pour pouvoir faire une vraie évaluation qualitative, il faut aller un peu plus loin. C'est à quel degré ? Qu'est-ce que ça change par rapport au reste du cycle ? Quels sont les pourcentages de changement ? Etc.
- Speaker #0
Donc, si je comprends bien, il faut évaluer la survenue de la symptomatologie et l'intensité de la symptomatologie qu'on observe en phase prémenstruelle.
- Speaker #1
Exactement. Et c'est pour ça que n'importe quel praticien qui n'utilise pas un outil strict d'évaluation et qui voit la patiente une, deux, trois fois et lui dit vous avez un trouble d'historique prémenstruelle,
- Speaker #0
ça manque de rigueur.
- Speaker #1
Voilà. Peut être mis en question et c'est un manque de rigueur, effectivement.
- Speaker #0
Et ça, cet outil, il est accessible en ligne ? Par exemple, on pourrait le mettre dans les notes de l'épisode pour que les auditrices, elles, puissent s'y référer ? Parfait. Super. Donc, une femme qui se sentirait concernée par ce type de problématique, elle pourrait remplir ce document et s'orienter vers son professionnel de santé avec ce document complété pour avoir un premier pas peut-être vers un diagnostic.
- Speaker #1
Exactement. D'ailleurs, je conseille à toutes les femmes qui imaginent avoir ce type de trouble, déjà si elles ne rentrent pas dans tous les critères du TDPM ou s'en fichent, de 1, parce que la souffrance, ce n'est pas juste quand c'est psychiatrique. de 2, remplissez, même si c'est pendant des mois, remplissez. Parce que tout ce que vous avez en preuve, ça permet derrière... Si le praticien est rigoureux, ça lui donnera beaucoup de billes.
- Speaker #0
C'est ce que j'encourage les femmes à faire, à noter leur symptomatologie. Je n'avais pas cette notion de l'intensité, mais pour avoir des outils avec lesquels arriver vers leur pro de santé pour pouvoir se faire prendre en charge de la meilleure manière possible.
- Speaker #1
Et c'est super important.
- Speaker #0
Et donc, elles en parlent à qui ces femmes ? Elles en parlent à leur médecin traitant ? Elles en parlent à leur gynéco ? Elles doivent s'orienter vers un psychiatre qui va être le professionnel qui va être le plus apte à évaluer les choses.
- Speaker #1
Pour moi, le plus apte à pouvoir évaluer quelque chose, c'est le professionnel qui a une spécialité en santé mentale.
- Speaker #0
D'accord, donc plutôt un psychiatre ou un médecin traitant qui aurait une sensibilité pour la psychiatrie, peut-être ?
- Speaker #1
Plutôt un psychiatre ou un psychologue. Parce qu'en réalité, pour pouvoir évaluer une symptomatologie psychologique slash psychiatrique, il faut être capable d'évaluer des symptômes psychiatriques.
- Speaker #0
Oui, ça fait sens. Ça fait complètement sens.
- Speaker #1
Mais après, personne n'a statué là-dessus, puisque comme c'est un trouble au carrefour, en fait, si vous voulez, ce qui nous manque encore, c'est d'avoir un chemin vers qui on oriente. Qu'est-ce qu'on fait ? Un peu comme j'ai un trouble du déficit de l'attention, qu'est-ce que je fais ? Je peux voir un psychiatre qui va commencer à évaluer les symptômes. Il faut qu'il y ait un bilan neuropsychologique d'évaluation des troubles, de l'impact. du trouble attentionnel sur le fonctionnement. Et puis, à partir de là, on commence à avoir une évaluation et puis envisager l'introduction d'un traitement.
- Speaker #0
Encore. Et le traitement, justement, puisque vous en parlez, ça me fait une transition parfaite. Quel est le traitement de référence, si je puis dire, du trouble dysphorique prémenstruel ? Est-ce qu'il y a un traitement de référence ?
- Speaker #1
Oui, il y a un traitement de référence qui est l'antidépresseur. Ça, c'est le traitement de référence parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de recherches dessus, qui ont montré des résultats, une efficacité. Après, on me dit, oui, il est lobbying pharmaceutique, etc. Ce que je dis toujours, c'est que moi, l'antidépresseur n'est pas mon outil. Ça fait partie de la prise en charge de mon patient, mais je n'ai pas d'action chez eux. Je n'ai aucun intérêt à dire oui, le lobbying pharmaceutique, etc. C'est juste que, factuellement, les antidépresseurs, quand on regarde les études, il y a beaucoup d'études. Alors oui, ils ont beaucoup de sous. Mais ils ont aussi beaucoup d'études qui montrent des résultats.
- Speaker #0
Et du coup, après, ces antidépresseurs, ils ne se prennent qu'en période prémenstruelle ? Est-ce qu'ils se prennent en continu ? Est-ce qu'ils se prennent pour toute la vie ? Est-ce qu'ils se prennent sur une durée déterminée ? Comment est-ce qu'on oriente ces choses-là ?
- Speaker #1
Alors, ce que disent les données de recherche, c'est que ça peut être les deux. Ça peut être en continu ou en discontinu. Donc ça, c'est à voir avec le médecin, en fonction des spécificités de son propre cas. Moi j'ai tendance à penser que quand une femme arrive, qu'elle est déjà épuisée par ces phases, commencer un antidépresseur en discontinu, c'est peut-être pas ce qu'il y a de mieux pour elle. Même si parfois elle a envie de le prendre le moins possible, en réalité il vaut peut-être mieux stabiliser son système. Mais une fois de plus, ça c'est le médecin qui voit avec elle. Parce qu'il va introduire le traitement, faire de la prévention sur les effets secondaires, et envisager le changement de traitement si jamais ça marche pas. ou pas comme on voudrait.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres outils thérapeutiques qui sont utiles dans le cadre du TDPM ? On a parlé tout à l'heure des TCC, des thérapies cognitivo-comportementales. Est-ce que la pilule aussi peut être une aide dans ce cadre-là ?
- Speaker #1
En fait, il y a quelques recherches qui portent sur la pilule. Pendant très longtemps, beaucoup, beaucoup de personnes ont amené la pilule comme la réponse au TDPM. Déjà parce que les personnes... qui souffraient de troubles de l'humeur en phase prémenstruelle aller voir leur gynéco et que leur gynéco, intuitivement, ils vont plutôt aller sur des traitements hormonaux. Les gynécos, ils ne vont pas vous prescrire. En tout cas, maintenant, ça a évolué. Mais il y a 15 ans, les articles de recherche, ils portent sur... Ah bah, il y a un problème avec les règles. Bon bah, la cause, c'est une cause hormonale. Et donc, en fait, pendant très longtemps, on a été dans ce flou de parce qu'il y a un lien avec la variation menstruelle, c'est hormonal. Et puis en plus, il y a le fait que vers la périménopause, il y a des modifications progestatives, mais ça vous le saurez mieux que moi, je vais l'expliquer, qui vont entraîner des modifications possibles de l'humeur. Donc chez les personnes qui vont vers la périménopause, on a tendance à leur prescrire des hormones. Donc en fait, on a cette croyance que c'est ça qui va aider le TDPM. Et effectivement, bien sûr, le lobbying pharmaceutique a aussi fait des pilules avec des études qui montrent des résultats. Par contre... Il y en a, je ne sais pas, à l'heure actuelle, à l'époque où j'ai regardé, il y a encore un an, je regardais, c'était peut-être 4-5 articles. Peut-être qu'il y en a un petit peu plus qui sont sortis là. C'est un seul type de pilule à base de drospirenone. Après, ce qu'il faut bien regarder, quand on introduit un traitement médicamenteux aussi, que ce soit une pilule ou un antidépresseur, c'est de le faire avec son médecin.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est évident. On ne va pas faire tout ça tout seul dans notre coin. De toute façon, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors ça, c'est tout à fait… Oui. C'est aussi, indépendamment de juste consulter, c'est aussi de pouvoir essayer d'en parler et de faire les meilleurs choix et que le praticien vous informe. Sur, ben voilà, si vous prenez une contraception, ah ben vous avez besoin d'une pilule, d'habitude vous prenez la pilule, bon ben on ne va peut-être pas introduire un antidépresseur. On va peut-être essayer de modifier la pilule. Donc après, c'est des choix à faire avec la personne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Le praticien.
- Speaker #0
Et sur l'aspect, on a tout à l'heure parlé un petit peu dans le préambule de l'aspect hygiène de vie, de l'aspect prise en charge naturelle, faire du sport, bien manger. Est-ce que ça a un impact dessus ou… Pas du tout, de même que certaines plantes qu'on pourrait proposer en deuxième partie de cycle pour atténuer un petit peu la variation hormonale, le syndrome prémenstruel. Est-ce que ça peut avoir un effet bénéfique sur le trouble dysphorique ou pas du tout ? Ou est-ce que ce n'est pas documenté ?
- Speaker #1
Alors, justement, il y avait déjà, je pense que c'est important de pouvoir noter, qu'est-ce que vous appelez comme plante ?
- Speaker #0
Très souvent, en phase prémenstruelle, on va proposer de l'alchimie ou du gâtillier en période prémenstruelle. Et ça, dans le TDPM ?
- Speaker #1
En fait, le gâtillier, on s'est rendu compte que la molécule est instable. Et donc, on imagine que ça fait le même travail que certains antidépresseurs, mais en fait, ça ne touche pas les mêmes récepteurs et donc, il n'y a pas la même efficacité. Donc, le problème de ce genre de plante, de traitement, c'est des molécules aussi, parce que c'est modifié. Mais pour le moment, on n'a pas trop d'articles de recherche qui montrent une efficacité aussi régulière, constante, que l'antidépresseur. Après, à voir dans le temps, parce que maintenant, ces deux dernières années, ça a été vachement critiqué. Mais avant ça, il y avait quelques articles qui commençaient à porter sur le safran.
- Speaker #0
Pour l'humeur, pour la régulation de l'humeur ?
- Speaker #1
Pour la régulation de l'humeur. Donc, moi, j'ai été très enthousiaste. J'ai commencé à lire des choses parce que je me suis dit « waouh, le safran, ça peut être super, il y aurait moins d'effets secondaires, nanani, nanana » . Et en fait, là, on en revient.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
je ne peux pas trop être péremptoire non plus parce que je n'ai pas tout lu encore sur le safran. J'ai quand même espoir que ça puisse être une option.
- Speaker #0
Ce serait hyper intéressant d'avoir davantage de données sur ce sujet.
- Speaker #1
Pour s'aider, il y a des choses qui sont quand même documentées pour sûr. Et souvent, ce que je dis, c'est le plus simple. c'est-à-dire magnésium, B6, calcium, vitamine D. Franchement, c'est les bases. Au lieu d'aller acheter des trucs qui sont un peu complexes, déjà se supplémenter là-dessus, ça permet potentiellement, en tout cas c'est documenté que ça a un effet positif sur la phase prémenstruelle et les symptômes psychologiques.
- Speaker #0
Donc autant aller sur des choses simples. Et l'aspect dont je parlais, hygiène de vie, est-ce que ça a un lien ? Est-ce qu'il y a quelque chose de documenté dessus ou pas du tout ?
- Speaker #1
C'est plutôt qu'il n'y a pas de bonne réponse. Parce que ce que c'est, c'est que le stress va moduler beaucoup les symptômes. Donc c'est pas comme si on importe qui, on disait, bon ben voilà, si vous faites un peu de marche tous les jours, ça va aller mieux. Si ça va aider votre système. Si vous faites un peu de sport, ça va moduler votre système. Si vous mangez bien, ça va faire que vous n'ayez pas de TDPM. Non, c'est plutôt vous en tant que personne. Qu'est-ce qui fait que vous vous sentez bien, que vous dormez bien ?
- Speaker #0
Qui va vous faire du bien à vous en tant que personne. Est-ce que c'est de respirer ? Est-ce que c'est d'aller sortir prendre l'air ? De peut-être proposer des activités pendant cette phase qui vont être ressourçantes, qui vont faire du bien, tout simplement. Je pense, j'ai une consultante qui me parlait et qui me disait que pendant cette période-là, elle aimait bien faire du dessin, elle aimait bien faire des choses qui lui permettaient de se vider la tête en quelque sorte.
- Speaker #1
Si ça l'aide à se décentrer, alors c'est une bonne chose.
- Speaker #0
Sans que ce soit une thérapeutique à part entière, mais... Tout ce qui peut faire du bien, on prend pendant cette période-là.
- Speaker #1
Oui, et c'est pour ça que, justement, il y a un gros travail à faire au niveau psychothérapeutique. Parce qu'une fois qu'on a dit, une fois qu'on a fait le diagnostic, une fois qu'on a introduit un possible traitement, ça ne va pas forcément gérer tous les symptômes. En moyenne, l'antidépresseur, il retire 65% des problèmes. Donc ça veut dire qu'il reste des symptômes, des mouvements d'humeur, des difficultés. Et si on veut envisager un jour ? de limiter ou d'arrêter le traitement, alors il faut pouvoir prendre en compte le fait qu'il faut les ressources psychologiques.
- Speaker #0
Il faut tout un accompagnement à côté. J'imagine que le traitement, ça ne s'arrête pas comme ça, en claquant des doigts, qu'il y a un sevrage, une diminution qui se fait petit à petit.
- Speaker #1
Oui, et puis surtout, indépendamment de ça, ce qui fait qu'on développe des phases prémenstruelles qui vont être plus fortes, c'est aussi qu'on a ce trouble qui s'active et peut-être qu'il y a des choses qui peuvent faire dans notre fonctionnement. On gère mieux nos phases ou bien qu'on gère mieux en général notre stress. pour limiter l'activation de ces phases. Et tout ça, c'est psychothérapeutique en fait.
- Speaker #0
Et j'imagine aussi dans ce cas-là que l'entourage de la femme doit avoir une importance parce que quelqu'un qui va être dans un entourage qui va être soutenant, qui va être bienveillant à cette période du mois, ça va être beaucoup plus bénéfique qu'une femme qui va être entourée par des personnes qui vont lui dire « mais c'est dans la tête, arrête, t'exagères » , ce genre de choses j'imagine.
- Speaker #1
Bien sûr. Mais en fait, c'est toujours pareil. Réfléchissez comme votre centre et qu'est-ce qui me fait du bien ? Et donc, effectivement, mais ça, dans n'importe quelle pathologie, c'est documenté, le soutien moral aide. Bien sûr, il ne faut pas non plus s'imaginer que le soutien moral, ça va être forcément que la personne donne tout ce dont on a besoin ou alors accepte certains comportements difficiles, etc. Par contre, oui, des moments de collaboration, Des moments. de soutien affectif, des moments juste de validation des émotions, ça peut considérablement permettre d'avoir du réconfort.
- Speaker #0
Ok, c'est vraiment hyper intéressant. Et ça me soulève une question par rapport au travail. Comment les femmes qui ont un trouble dysphorique prémenstruel peuvent gérer le travail ? Est-ce qu'elles sont en capacité de travailler ? Est-ce qu'elles sont sujettes à avoir davantage d'arrêts de travail peut-être pendant cette période si c'est un trouble dépressif qui est vraiment très marqué ? Est-ce que c'est compatible avec une vie professionnelle ?
- Speaker #1
C'est très spécifique par personne. Moi, je pense que oui, parce que j'ai plein de patientes qui le font. Maintenant, il n'y a pas de réponse toute faite.
- Speaker #0
C'est vraiment très personne dépendant, ça va vraiment dépendre de la situation de chaque femme qui est concernée.
- Speaker #1
Imaginez, moi je suis des personnes qui ont tout un tas de symptomatologies face prémenstruelles. Mais je suis aussi des personnes qui ont des troubles de l'humeur. Je suis des personnes qui ont des troubles bipolaires, par exemple. Il y en a qui ont des carrières, d'autres pas. Et en fait, c'est aussi très spécifique à l'intensité des symptômes de chacune, à comment ils s'expriment chez elles, à ses ressources psychologiques, à la nature de son métier. Donc, est-ce que c'est un métier de nuit qui modifie son sommeil, qui la fatigue, qui crée du stress ? En fait, ça dépend de tellement de choses que... C'est vraiment en fonction de la personne.
- Speaker #0
Et on n'a pas du tout parlé de la prévalence de ce trouble. J'ai lu un petit peu en préparant cet épisode des chiffres qui disaient entre 3 et 8 % des femmes en âge de procréer. Est-ce qu'on est dans cet ordre-là ?
- Speaker #1
Oui, on est, on va dire, les chiffres les plus officiels qui sont les chiffres du DSM-5, c'est 1,8 à 5,8 %, donc 2 à 6 % à peu près.
- Speaker #0
Oui, ce n'est quand même pas quantité négligeable, ça concerne quand même un nombre. considérable de femmes, je pense, qui s'ignorent.
- Speaker #1
Bien sûr, qui ne connaissent pas le trouble. Encore ce matin, je parlais à une personne qui me disait « j'ai connu le trouble en vous écoutant » . Donc, d'où l'intérêt d'en parler. Et après, ce que je voulais aussi rajouter, c'est qu'il y a d'autres études qui parlent des personnes qui ont des symptômes psychologiques en phase prémenstruel. Au moins un grave, pas trois, quatre graves, au moins un grave, on va jusqu'à 13% des femmes qui ont des règles.
- Speaker #0
C'est énorme.
- Speaker #1
13 personnes sur 100 auraient au moins un symptôme psy, donc anxiété, dépression, pleurs, modification massive de l'humeur, dispute en phase prémenstruée.
- Speaker #0
C'est considérable. D'où l'intérêt d'en parler, d'où l'intérêt de sensibiliser sur ces sujets de la santé de la femme. Vraiment, c'est le pourquoi de ce podcast. Et ça me soulève une question. Donc, si ça concerne un nombre si important des femmes qui sont menstruées, Ma question, c'est en lien avec la grossesse, qu'en est-il d'après la grossesse ? Parce que si c'est une sensibilité accrue aux variations hormonales, on sait qu'après la grossesse, après l'accouchement, il y a une variation, il y a une chute hormonale très importante qui peut occasionner des dépressions du postpartum. Ma question, c'est est-ce que les femmes qui sont concernées par le trouble dysphorique sont plus sujettes d'avoir une dépression du postpartum ?
- Speaker #1
Oui, c'est documenté. C'est pour ça que c'est important. en fait Partons de notre base, qu'on s'est dit tout à l'heure. Cerveau, système nerveux un petit peu différent. Tout ce qui va le toucher. lié à la variation hormonale
- Speaker #0
peut créer quelque chose.
- Speaker #1
Oui, donc ça me fait rebondir sur un point. J'accompagne essentiellement des femmes qui sont dans des parcours PMA. Donc, qui dit parcours PMA, dit variation hormonale très importante. Donc, est-ce que c'est documenté que ces femmes qui entrent dans un parcours PMA vont avoir une majoration de leurs troubles à ce moment-là ? Ou une apparition de leurs troubles ?
- Speaker #0
Tout est flou. Enfin, en tout cas,
- Speaker #1
c'est pas documenté.
- Speaker #0
Récemment, il faudrait que je recherche parce qu'à chaque fois qu'on me pose une nouvelle question je me dis bon je vais replonger dans PubMed mais étant quand même pas mal sur PubMed, non j'ai pas vu ça donc peut-être qu'il y a un article mais c'est pas un champ de recherche
- Speaker #1
C'est pas un champ de recherche mais si on rationalise et en se disant que tout ce qui entraîne une variation hormonale va impacter les femmes qui sont concernées par le trouble dysphorique On peut émettre l'hypothèse que les femmes qui sont en parcours PMA, elles vont avoir des symptômes qui vont se manifester via la fluctuation hormonale qui est induite par la stimulation hormonale en PMA, tout simplement.
- Speaker #0
C'est une option. C'est là où c'est super important. Et si jamais il y a des chercheurs qui nous écoutent, peut-être qu'ils vont s'en saisir. Mais c'est là où, pour moi, il faudrait vraiment faire une étude, donc un essai contrôlé randomisé. sur des populations de femmes qui ont un trouble dysphorique prémenstruel. Donc déjà, il faut être capable de le diagnostiquer et de l'évaluer correctement par médicament induit. Sachant que sur un parcours de PMA, vous avez combien ? 7 traitements ?
- Speaker #1
Il y en a plusieurs, c'est vraiment très variable en fonction des parcours.
- Speaker #0
Donc en fait, il faudrait faire une évaluée sur cette population-là de personnes malades, au même titre que, je ne sais pas moi, on va regarder l'impact de telle pilule. sur les personnes qui présentent une endométriose. Là, par exemple, chez une personne qui présente un trouble dysphorique prémenstruel, c'est quoi l'impact de la pilule Minidril ? C'est quoi l'impact de la pilule des ogéstrènes ? C'est à partir de là qu'on commencerait à avoir des vraies données. Mais pour le moment, dire tel médicament ou tout un parcours va créer ça, ce n'est pas possible, on ne sait pas.
- Speaker #1
On ne sait pas. Bon, appel à l'action s'il y a des chercheurs qui sont dans la salle. N'hésitez pas à un prochain sujet d'études à envisager pour les femmes qui sont concernées par le TDPM. Maintenant, j'aimerais qu'on aborde que faire si on est concerné, si une de nos auditrices est concernée par le TDPM. Qu'est-ce qu'elle peut mettre en place dès à présent pour mieux vivre avec le trouble dysphorique prémenstruel ? Qu'est-ce qu'au-delà de documenter la symptomatologie comme un premier pas à faire ? pour échanger avec son pro de santé, qu'est-ce qu'elle pourrait faire ?
- Speaker #0
Alors, effectivement, l'intensité des symptômes va conditionner et la présence du diagnostic va conditionner ou pas la nécessité d'un antidépresseur. Donc, avant de sauter sur l'antidépresseur, faites-vous faire un vrai diagnostic.
- Speaker #1
L'observation sur plusieurs mois.
- Speaker #0
Exactement. Ça ne sert à rien de se précipiter parce que c'est un trouble complexe. Donc, prenant le temps, observons, ayons un vrai diagnostic. Et ensuite, peut-être que j'aurai besoin d'un antidépresseur. Ensuite, ça c'est une étape, mais il y a plein d'autres choses qui peuvent être faites sur moi et mon rapport au monde. C'est-à-dire savoir ce qui m'active dans ces phases, savoir ce qui me permet de me protéger dans ces phases. Il y a certaines personnes, elles auront besoin de sortir. Il y a d'autres personnes, elles auront besoin de rester plutôt dans leur coco. Il y a d'autres personnes qui auront besoin de sortir mais n'arriveront pas à sortir. Il y a des personnes qui auront des proches qui leur feront du bien. D'autres personnes qui auront des proches ou certaines situations sociales qui seront difficiles. Donc en fait, posez-vous la question. Moi, à titre personnel, concrètement, c'est quoi qui m'active dans ces phases ? C'est quoi ce qui va être difficile à vivre ? C'est quoi les thématiques récurrentes de mes pensées obsessionnelles et dépressives dans ces phases ? Et à chaque fois que vous ressortez de la phase, vous regardez ce qui vous a paru étrange ou ce que vous ne ressentez plus. Et donc là, vous avez votre différence quand je suis en trouble de l'humeur et quand je suis moins fonctionnelle. Donc ensuite, je vais apprendre à observer quand mon humeur, elle s'effondre. Et donc, je ne vais pas réagir de la même manière quand mon humeur s'effondre. Puisque je ne suis plus vraiment capable de prendre des décisions. Donc surtout, Vous ne prenez pas la décision de quitter votre job, votre famille, qui que ce soit, en phase prémenstruelle. Pas de grande décision de vie en phase prémenstruelle. Si jamais vous voulez faire des changements, dans dix jours, vous en aurez encore envie, je vous le promets.
- Speaker #1
On retient, on essaye de privilégier des choses qui ne vont pas nous activer quand on est dans cette phase-là et pas de décision de vie globalement. Je quitte mon mec, je quitte mon job, je pars à l'autre bout du monde pendant cette période prémenstruelle.
- Speaker #0
Exactement. Et puis, un autre élément que je dis toujours, c'est que la majorité du traitement du TDPM se fait en dehors des phases prémenstruelles.
- Speaker #1
Pas pendant la phase d'activation.
- Speaker #0
Pendant la phase, on sauve les meubles.
- Speaker #1
On fait comme on peut.
- Speaker #0
Exactement. On met en place ce qu'on a appris précédemment, si on a appris des choses, et sinon, on sauve les meubles. Et en dehors des phases, je reviens sur mes phases, je revois ce qui s'est activé, je développe de nouvelles ressources, donc d'autres manières de penser, d'autres manières d'agir. Et quand j'arrive dans la phase, paf, je le mets en place.
- Speaker #1
D'accord. En fait, c'est une stratégie, du coup, pour mieux vivre cette... Enfin, mieux vivre. Vivre avec le... plus de douceur, je ne sais pas si je peux dire ça comme terme, cette phase d'activation.
- Speaker #0
Exactement, parce que plus on va avoir de réactions qui ne vont pas nous aider dans un moment de mouvement d'humeur, plus on a des chances de faire des choses pour lesquelles on va les payer, sorti de la phase pré-menstruale, de se générer de la culpabilité, des regrets, tout un tas d'impacts qui vont ensuite venir impacter votre santé mentale en général. C'est pour ça que je parle aussi de chronicisation des affects dépressifs. Parce que si pendant ma phase prémenstruelle, j'ai fait des choses avec lesquelles je ne suis pas en accord, qui me font du mal, derrière, parce que j'ai été impulsive, ce qui est classique, donc une fois que c'est fait, ça ne sert à rien que je m'en veuille, puisque c'est un trouble grave. Mais si je l'ai fait, en fait, derrière, je vais m'en vouloir, et derrière, ça va affecter ma santé mentale. Je ne sais pas si je suis tout à fait claire.
- Speaker #1
Si, j'ai très bien compris. C'est vraiment hyper intéressant d'avoir ce regard, ce recul par rapport aux troubles dysphoriques, de ne pas culpabiliser sur ce qui s'est passé pendant cette phase où on n'était pas soi-même. Moi, dans le sentiment que j'ai des quelques femmes concernées que je connais, que je côtoie, elles me disent « je ne suis pas moi-même à cette période du mois » . Donc, ne pas avoir de culpabilité par rapport à des actions qui ont pu avoir lieu quand on n'était pas soi-même.
- Speaker #0
Et après, petit à petit, c'est à ça que sert la psychothérapie, c'est d'apprendre un peu à apprivoiser le cheval fou qui s'active.
- Speaker #1
Le cheval fou, c'est intéressant comme image. Est-ce qu'il y a autre chose que vous souhaiteriez ajouter par rapport à ce qu'une femme pourrait faire avant d'arriver à un diagnostic pendant cette période-là ?
- Speaker #0
Elle peut travailler sur son sommeil, son stress. Se supplémenter.
- Speaker #1
Supplémenter, on l'a dit tout à l'heure, magnésium, vitamine D, B6, calcium.
- Speaker #0
Et puis, c'est déjà bien. Et vraiment, l'autocompassion.
- Speaker #1
La bienveillance avec soi-même. Est-ce qu'il y a autre chose que vous souhaitez ajouter avant qu'on ne conclue ?
- Speaker #0
Pour le moment, je pense que c'est très bien.
- Speaker #1
Super. Bah écoutez, je crois qu'on arrive au bout de cet épisode. Vraiment, j'espère à vous les auditrices que cet échange vous aura autant passionné que moi. C'était vraiment... hyper, hyper intéressant, que ça vous aura donné des clés de compréhension, un petit peu plus de clarté sur ce sujet qui est vraiment méconnu, qui est incompris. Et encore merci à vous Hélène d'avoir été avec nous aujourd'hui et d'avoir répondu avec autant de rigueur et de bienveillance. Je mettrai vos contacts dans la description de l'épisode pour que les auditrices qui sont concernées puissent aller voir votre compte, c'est vraiment une mine d'or. sur le trouble dysphorique prémenstruel, c'est vraiment hyper intéressant. Merci beaucoup Hélène d'avoir été avec nous aujourd'hui, et je vous retrouve la semaine prochaine pour un prochain épisode.