Speaker #0Des années. Des années à avoir mal, à ne pas pouvoir sortir de chez soi quand on a les règles, poser des congés maladie, rester en boule dans son lit, annuler des soirées, des rendez-vous, des projets, des envies, être pliée dans les toilettes du bureau en espérant que personne n'entende. Et à chaque fois qu'on en parle, c'est normal, toutes les femmes elles ont mal quand elles ont leurs règles, prends un Doliprane, un Antadis et ça va se passer. Oh là là, t'es sensible, t'es chochotte, c'est tout. Et on finit par y croire à cette petite histoire, on range ça dans la case, bon bah c'est comme ça pour moi. Et on essaye de survivre mois après mois à la période menstruelle, sauf que des années d'errance après, on apprend que certaines ont une endométriose, une endoméose, un SOPK, une inflammation chronique, des années à souffrir, des années pendant lesquelles personne nous dit mais attends là c'est peut-être pas normal. Et c'est de ça qu'on va parler aujourd'hui. Que le fait d'avoir des règles gênantes, c'est pas la même histoire que d'avoir des règles extrêmement douloureuses. Et ça, c'est pas acceptable, c'est pas la même chose. Bienvenue dans Rendez-vous avec Diana, le podcast où on parle fertilité et santé des femmes. Que vous veniez d'arrêter la pilule, que vous soyez en ECBB ou engagé dans un parcours PMA, si vous cherchez des clés pour prendre soin de votre fertilité et de votre santé, vous êtes au bon endroit. Je suis Diana. Après 15 ans en tant que sage-femme, c'est mon propre parcours d'infertilité qui m'a menée à changer de vous. Aujourd'hui. J'accompagne les femmes en désir de grossesse à redevenir actrices de leur parcours vers la maternité. Dans ce podcast, nous parlerons de fertilité, d'hormones, de cycles, de santé et de bien-être. Alors installez-vous confortablement et c'est parti pour le rendez-vous du jour. Bonjour et bienvenue dans le rendez-vous du jour. Je suis vraiment ravie de t'accueillir pour l'épisode d'aujourd'hui. Un épisode qui me tenait vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup à cœur. Parce qu'aujourd'hui, on va parler de règles douloureuses. Dans le jargon, on appelle ça « dismenorée » . Et on va parler plus précisément du grand écart entre ce qu'on nous dit depuis toujours et ce qui se passe dans le corps. Ce qu'on nous dit, c'est « c'est normal d'avoir mal » , c'est une phrase qu'on entend tellement, tellement souvent qu'on finit par la croire collectivement et individuellement. Et ça, ça a des conséquences, des conséquences sur le temps qu'on met à consulter, sur les années d'errance que certaines traversent. Ça a des conséquences sur la manière dont très jeune, toute jeune fille, on apprend à minimiser ce qu'on ressent. Donc l'objectif de cet épisode, c'est de te parler de trois choses. Et on a déjà abordé ce premier point quand on a parlé du syndrome prémenstruel, mais quoi fréquent ne veut pas dire normal. Et pourquoi cette nuance, elle est de taille en ce qui concerne les douleurs menstruelles. Deuxième point, on va parler des causes qui peuvent se cacher derrière des douleurs menstruelles invalidantes. Et troisième point, on va voir quand consulter et surtout comment en parler à ton pro de santé pour être entendu. Parce que se faire entendre, ça peut s'apprendre aussi. Et à la fin de cet épisode, l'idée c'est que tu aies des mots pour parler à ton pro de santé de manière adéquate de ce que tu traverses, de ce que tu ressens quand tu as tes règles. Donc avant de démarrer, j'ai envie qu'on pose quelque chose ensemble de ces deux mots qu'on confond absolument tout le temps. De la confusion qui coûte cher aux femmes, la confusion entre fréquent et normal. Ce qui est fréquent, c'est ce qui arrive souvent dans une population donnée. Ce qui est normal, c'est ce qui est physiologiquement acceptable et qui ne compromet pas ni la santé ni la qualité de vie. Et ces deux choses peuvent très bien ne pas se recouper du tout. Un exemple très simple, les caries. Les caries, c'est quelque chose de fréquent. Une très grande majorité des adultes ont eu des caries au moins une fois dans leur vie. Est-ce que pour autant, on leur a dit « c'est normal, t'as rien à faire, prends un Doliprane et ça va passer » . Non, on consulte le dentiste, on identifie où est la carie et on la soigne. On ne remet pas en question la légitimité de la douleur d'une carie sous prétexte que c'est courant. Et bien pour les règles douloureuses, ça devrait être exactement la même chose. Parce que beaucoup de femmes ont mal pendant les règles. Les études estiment qu'entre 50 et 90% des femmes en âge de procréer peuvent ressentir des douleurs mensuelles à un moment ou à un autre de leur vie. 50 à 90%. C'est juste énorme comme chiffre. Ça veut dire que c'est effectivement quelque chose d'assez répandu. Mais est-ce que ça veut dire pour autant que tu es censé souffrir le martyr tous les mois ? Non ! Est-ce que ça veut dire que cette douleur ne mérite pas d'être investiguée ? Non plus ! Les règles dans la normale physiologique, ça génère bien évidemment des spasmes, un peu d'inconfort, une tension dans le bas-ventre, un peu de fatigue. Un ventre qui peut tirer un peu, ça, c'est dans la normale. Le corps, il travaille. L'utérus, il va se contracter pour évacuer l'endomètre. C'est un processus actif. Donc oui, on peut ressentir une gêne, une tension, un inconfort, quelque chose. pas très cool. Ça, c'est normal. Là où ça sort de la normale, c'est quand tu restes roulé en boule dans ton lit, que tu dois poser un travail, que t'avales les antidouleurs comme si c'était des bonbons pendant deux ou trois jours, parfois plus, que la douleur, elle t'empêche de te lever, de te concentrer, que tu planifies ta vie entière pendant cette période autour de ces quelques jours par mois, que t'annules des rendez-vous, des projets, et ça, c'est pas normal. que cette douleur mensuelle t'empêche de vivre ta vie normale, qu'elle t'impose d'être cloîtrée, roulée en boule dans ton lit, et bien ça, c'est absolument pas normal, et ça ne doit pas être ni minimisé, ni banalisé. Parce que oui, évidemment, en tant que femme, on fait quasiment tout ça à un moment ou un autre de notre vie, on minivise. On se dit « Oh bah les autres, elles gèrent. Moi, je suis un petit peu sensible. » Ou « Bah, c'est héréditaire. Ma mère, c'était pareil. Ma grand-mère aussi. » Ou alors tu peux te dire aussi « Bah, j'ai pas envie de me plaindre à mon médecin. » Et cette minimisation, elle ne vient pas de nulle part. Elle ne sort pas comme ça du chapeau. Elle vient du fait qu'on apprend très tôt en tant que femme que certaines douleurs font partie du package d'être une flamme. Qu'on se plaint, qu'on exagère, qu'il faut tenir, qu'il faut être forte, que les autres, elles y arrivent et donc tu devrais y arriver aussi. Et moi, ce que je vois encore très fréquemment, c'est que les femmes, elles s'excusent, elles s'exculent d'avoir mal. Elles arrivent en consultation, elles se disent « Je ne sais pas si c'est grave, peut-être que c'est rien. » Et elles minimisent avant même qu'on leur ait dit quoi que ce soit. Parce qu'elles ont complètement intégré, été matrixées par la société avec ce message de « c'est normal » qu'elles finissent par croire, les femmes, que leur douleur n'a pas de légitimité. Et souvent derrière cette minimisation, il peut y avoir des années de souffrance, des années à gérer seule, à essayer de bricoler comme on peut dans son coin, à se dire que je suis fragile, j'ai un seuil de tolérance qui est bas. Mais ce n'est pas une question de tolérance. le corps il nous envoie des signaux que nous on a balayé comme la poussière qu'on met sous le tapis donc aujourd'hui moi ce que je vais dire c'est peut-être le contraire de tout ce qu'on a toujours appris que consulter pour des douleurs c'est pas se plaindre c'est une manière de prendre soin de soi de faire confiance aux signaux que le corps nous envoie parce que le corps il est intelligent il nous envoie des signaux et c'est ce qu'on devrait exactement tout apprendre à faire depuis notre plus jeune âge sans avoir honte, sans s'excuser Maintenant qu'on a établi ça, la différence entre fréquent et normal, on va pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Parce que bien souvent, les règles douloureuses, ce n'est pas un hasard. Il y a souvent quelque chose derrière. Et en fonction de la cause, il y a une prise en charge qui diffère bien évidemment. C'est pour ça que c'est important de comprendre les causes. Et c'est ce qui va permettre d'aller consulter ton médecin avec une direction. Donc je vais... te parler des causes les plus fréquentes, les plus documentées, en faisant en sorte d'être le plus accessible possible. L'idée, ce n'est pas de faire un cours de physiopathe, de médecine. Les douleurs pendant les règles, ça s'appelle « dysménorée » . C'est un mot pour dire « règle douloureuse » . Il y a deux types de dysménorée. La dysménorée primaire, c'est celle qui apparaît dès qu'on a ses premières règles. Quand on est une jeune fille, on a ses premières règles, on a mal de manière systématique. C'est à l'adolescence, au moment de la puberté. Et très souvent, La dysménorrhée primaire, c'est que c'est sans gravité, c'est que le corps apprend que les cycles se régulent et avec le temps, souvent, pas toujours, mais souvent, ces douleurs peuvent s'atténuer. Mécaniquement, qu'est-ce qui se passe ? Pendant les règles, le corps libère des prostaglandines. Ce sont des molécules inflammatoires qui sont naturellement produites par l'endomètre, la muqueuse utérine, pour déclencher les contractions de l'utérus, pour évacuer la muqueuse utérine. Et ces contractions, elles sont nécessaires parce que c'est ce qui permet d'évacuer l'endomètre et de laisser la place à un nouveau cycle. Mais chez certaines femmes, ce taux de prostaglandine, il est plus élevé que chez d'autres. Donc ça donne des contractions qui vont être plus intenses et plus douloureuses. Ça peut s'accompagner de nausées, de diarrhées, de maux de tête. Parce que les prostaglandines, elles n'ont pas un effet que sur l'utérus, elles ont un effet global sur le corps. Ça c'est réel, c'est physiologique. La dysménorrhée secondaire, c'est quelque chose de différent. C'est ces douleurs de règles qui vont survenir chez la femme à distance de la puberté. En gros, ça veut dire qu'il y avait des règles qui ont été tout à fait tolérables, acceptables pendant des années, puis qu'à un moment, ça a changé. Ou alors que ces douleurs, elles sont apparues plus tardivement et pas dès l'initiation des règles. Et cette dysménorrhée secondaire, elle doit nous indiquer qu'il y a quelque chose à aller investiguer, quelque chose à aller creuser, une cause sous-jacente à aller identifier. Une des causes les plus reconnues, bien évidemment, c'est l'endométriose, qui, je le rappelle, touche une femme sur dix. Ce n'est pas un truc de derrière les fagots, c'est une femme sur dix. C'est une maladie systémique, chronique. et inflammatoire. L'endométriose, on a du tissu qui ressemble à l'endomètre. L'endomètre, c'est la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus et qui s'évacue quand on a ces règles. Et bien, quand on a de l'endométriose, on a du tissu qui ressemble à cet endomètre qui peut se développer ailleurs. Les mécanismes ne sont pas encore très bien identifiés ni compris, mais on peut avoir ce tissu au niveau des ovaires, on peut avoir ce tissu au niveau des trompes, sur le rectum, sur la vessie, dans la cavité abdominale. sur les ligaments utérosacrés. Ça peut même remonter jusqu'au diaphragme où même on a retrouvé du tissu endométriel dans le cerveau. C'est incroyable. Bon, ça c'est extrêmement rare, mais ça peut se développer à des endroits qui sont tout à fait inhabituels. Et l'endomètre, c'est un tissu qui réagit au taux d'oestrogène. Et donc, ces lésions d'endométriose, elles vont elles aussi réagir aux fluctuations d'oestrogène. Ça va s'épaissir et ça va saigner. Et ça va bien évidemment générer de l'inflammation, puisque ces micro-saignements, si je puis dire, ça n'annule pas. Ça peut provoquer des adhésions, ça peut provoquer des adhérences, des cicatrices, des douleurs qui peuvent être extrêmement intenses et invalidantes. Et ce qui est particulièrement frappant avec l'endométriose, c'est toute l'errance diagnostique qu'il y a autour. En France, on compte en moyenne 7 ans entre l'apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Des années d'errance pendant lesquelles les femmes souffrent, elles consultent, on leur dit que c'est normal de prendre la pilule et elles rentrent chez elles sans réponse. Donc moi j'aimerais vraiment insister sur ce point. Aujourd'hui, parce que c'est quelque chose que j'entends très souvent, certaines femmes me disent « bah si c'était de l'endométriose j'aurais vraiment très très mal » . Eh bien pas forcément, parce que la douleur elle n'est pas proportionnelle à l'étendue des lésions. C'est un peu contre-intuitif comme concept, mais c'est comme ça. Une femme, elle peut avoir une endométriose extrêmement étendue avec des lésions partout. dans le petit bassin et fonctionner presque normalement. Et certaines femmes peuvent avoir une forme légère avec des lésions pas plus grosses qu'une tête d'épingle et avoir des douleurs complètement invalidantes en fonction de la localisation de ces lésions. Donc il ne faut jamais se dire, si c'était grave, j'aurais plus mal que ça. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Dans les autres causes documentées de dysménorrhée, il y a l'adénomiose, une pathologie un petit peu cousine de l'endométriose. Parce que l'adénomyose, c'est quand... ce tissu qui ressemble à la muqueuse utérine, il s'est infiltré dans le muscle utérin, parce que l'utérus, c'est un muscle. Donc cet endomètre, au lieu de rester bien à l'intérieur de la cavité, il s'incruste dans les parois musculaires de l'utérus. Ça donne un utérus qui est douloureux, souvent augmenté de volume, et qui peut donner des règles qui vont être très abondantes, très hémorragiques. Donc les symptômes les plus classiques, c'est ça, des règles qui vont être abondantes, très longues, avec des douleurs. profonde, diffuse, très importante dans le bas du ventre et jusque dans le dos. Une sensation peut-être de lourdeur pelvienne permanente pour certaines femmes. Spoiler, les deux peuvent coexister. On peut avoir à la fois et de l'adénomiose et de l'endométriose. Et ça, c'est souvent diagnostiqué chez les femmes quand elles arrivent en parcours de la fertilité à la fin de la vingtaine, la trentaine, même si c'est des lésions, des pathologies qui sont présentes bien avant. Dans les autres causes de dysménorrhée, on peut avoir des léphibromes. Ce sont des excroissances qui se développent à l'intérieur ou autour de la cavité utérine et qui sont extrêmement fréquentes. Tout le monde n'a pas de symptômes, bien évidemment, et la symptomatologie va être variable en fonction de la taille, de la localisation. Ça peut provoquer des règles très abondantes, des douleurs perviennes, une sensation de pesanteur dans le bas du ventre. Donc il y a d'autres causes aussi. qu'on associe moins spontanément, facilement aux douleurs menstruelles, ce sont les causes hormonales et inflammatoires. Des équilibres oestrogènes-progestérone avec une dominance oestrogénique, ça peut amplifier considérablement la douleur. Ça, c'est quand les oestrogènes sont trop élevés en proportion, en rapport avec la progestérone. L'endomètre peut être plus épais, plus vascularisé, et les règles plus abondantes et plus douloureuses. Dans les autres causes, on peut avoir un déficit en... magnésium. Le magnésium, il joue un rôle central dans la relaxation musculaire. Et quand on en manque, on peut avoir des contractions utérines qui peuvent être plus intenses et plus difficiles à réguler. Pareil, tout ce qui peut venir majorer les douleurs menstruelles, on va avoir une alimentation très pro-inflammatoire qui peut aggraver les symptômes. Les aliments ultra transformés, le sucre en excès, des graisses de mauvaise qualité, etc. Tout ça, ça va venir entretenir un terrain inflammatoire chronique. Et sur ce terrain inflammatoire chronique, les prostaglandines sont encore plus actives, plus agressives, donc les douleurs peuvent être plus importantes. Dans les autres causes, je sais cet épisode c'est un peu une liste à l'après-verre, mais dans les autres causes... cause de dysménorrhée, on va pouvoir retrouver aussi le SOPK, le syndrome des ovaires polycystiques. Et ça, ça va dépendre du profil parce que le SOPK, c'est un syndrome qui a un spectre relativement large, mais ça s'accompagne très fréquemment d'inflammations chroniques et qui peut amplifier les douleurs menstruelles. Pareil, le SOPK, c'est tout un sujet. On pourrait y dédier un épisode entier, comme pour l'endométriose d'ailleurs. Le SOPK, ça concerne aussi une femme sur dix. Bien souvent, on dit... « Mademoiselle, ce n'est pas très grave, prenez donc la pilule et revenez me voir quand vous voulez faire un bébé. » Non, le SOPK, ça doit se prendre en charge. Parce que quand on a un SOPK, on a un risque plus important de développer un diabète à l'âge adulte. On a un risque plus important d'avoir des troubles cardiovasculaires et des troubles psychiques à une tendance dépressive bipolaire. Ça, c'est documenté. Donc, le SOPK, ce n'est pas qu'une problématique de fertilité seule. Ça impacte considérablement la qualité de vie, donc ça doit être pris en charge au niveau de l'hygiène de vie. Donc je vais m'arrêter là pour les causes les plus fréquentes de dysménorrhée de règles douloureuses. Ça peut faire beaucoup d'infos, ça peut faire beaucoup d'un coup, mais je pense que c'est important de comprendre qu'il y a plein de choses qui peuvent se cacher derrière des règles douloureuses. Et ce que je veux, moi, c'est que ça vienne valider ce que tu vis, ça te donne du vocabulaire et de la légitimité. pour pouvoir aller en parler avec un pro de santé, avec des mots, des arguments. Et ça vraiment, je pense que c'est extrêmement important dans l'entretien avec le pro de santé. Donc justement, l'entretien, parlons-en. Comment tu sais, toi, si concrètement ta douleur, elle mérite ou pas une consultation ? Donc le premier signal, c'est que la douleur, elle va avoir tendance à s'aggraver avec le temps. Tu te dis que peut-être que les choses, elles étaient tolérables, gérables à 17 ans. un peu moins à 28 et là, tu as 32 ans et c'est de pire en pire. L'intensité, la durée, elle augmente et ça, c'est un signal clair. Une douleur qui progresse au fil des années, ça doit aller faire réaliser une consultation avec un pro de santé. Le deuxième signal, c'est qu'à chaque fois que tu as tes règles, tu as besoin d'antidouleurs de manière systématique. Ce n'est pas la même chose de se dire, bon, là, sur ce cycle-là, j'ai un peu plus mal, je vais prendre un Doliprane et ça va passer. Non, là, de manière systématique, c'est à base d'anthadis et d'oliprane et t'en prends plusieurs par jour, plusieurs jours de suite, à chaque cycle sans exception. Et parfois même, ça suffit pas. Troisième signal, tu as des douleurs en dehors de ta période de règles. T'as des douleurs pendant tes rapports sexuels, ça, ça s'appelle la dyspareunie. Tu as des douleurs au moment de l'ovulation qui sont vraiment très intenses et pas juste une petite gêne. Tu as des douleurs en allant à la selle et encore plus à l'approche de la période des règles. Tu as des douleurs qui irradient dans le bas du dos, dans les cuisses, dans les jambes. Ça, ces signes-là, ils doivent amener à aller consulter. Quatrième signal, tes règles impactent considérablement ta qualité de vie. Tu dois annuler des rendez-vous, tu dois poser un arrêt de travail ou poser des jours de congé régulièrement. Tu essayes de faire en sorte de ne pas planifier d'événements importants en fonction de ta période menstruelle. Tu te demandes chaque mois comment tu vas gérer ça au travail, dans ta vie sociale, dans ta vie intime. Si tu as coché une ou plusieurs de ces cases, vraiment, je t'invite à aller consulter. Pas forcément parce que c'est grave, mais parce que tu mérites d'avoir une réponse. Et je sais que parfois, ça peut être un peu intimidant de se dire « Bon, ben allez, là, je vais aller consulter, je vais aller voir le médecin. » Parce qu'on peut avoir peur de ne pas forcément être prise au sérieux, de paraître dramatique ou d'être envoyée à la maison. Donc, Moi, ce que je te conseille, là, je te donne des conseils concrets pour préparer ta consultation. Pendant plusieurs cycles, tu tiens un journal avec des symptômes. Un carnet, une feuille, une appli de notes dans ton téléphone, peu importe. Et tu notes l'intensité de ta douleur. Tu notes les jours concernés. Tu notes ton échelle de douleur entre 0 et 10. 0, ce n'est pas de douleur. Et 10, c'est la pire douleur que tu puisses imaginer. Pendant ta période mensuelle, tu vas noter l'évaluation de ta douleur. Tu notes ce que tu as pris comme antidouleur. Quelle dose tu as pris et combien de fois tu as pris dans la journée ? Tu notes aussi si tu as des douleurs en dehors des règles et dans quel contexte précisément. Tu notes l'abondance. Est-ce que tu changes de protection souvent ? Est-ce que tu changes de protection plus que toutes les deux heures ? Est-ce qu'il y a des caillots plus gros que des pièces de monnaie ? Et combien de jours ça dure ? Tu notes d'autres symptômes qui peuvent être associés. Nausée, diarrhée, maux de tête, fatigue intense, douleur pendant les rapports, etc. Et ce journaling, ça va faire... deux choses absolument essentielles. Premièrement, ça va t'aider à objectiver ce que tu vis. Parce que parfois, quand on note, on réalise à quel point c'est plus important et impactant que ce qu'on pensait. Et on va tendance à minimiser beaucoup moins quand c'est écrit noir sur blanc. Deuxièmement, ça va faire quelque chose d'extrêmement important. Ça va donner des données et des éléments concrets à ton médecin, avec des faits et une chronologie. Donc là, je vais te donner un exemple très concret de ce que ça peut donner en consultation. Il y a une différence majeure entre dire à son pro de santé « bah écoutez, j'ai mal pendant mes règles » et dire « depuis deux ans, j'ai une douleur que j'évalue à 8 sur 10 pendant les deux premiers jours, je prends de l'ibuprofène 400 trois fois par jour, ça m'empêche d'aller au travail, je suis obligée de poser des jours de congé ou des arrêts maladie et j'ai des douleurs pendant les rapports » . Ça ne dit pas du tout la même chose à ton pro de santé. Dans le premier cas, on peut facilement te renvoyer chez toi avec une ordonnance pour du paracétamol ou de l'antadis. Et dans le deuxième cas, tu donnes à ton médecin des infos cliniques essentielles qu'il est beaucoup plus difficile de mettre sous le tapis. Et si jamais tu sens que tu n'es pas entendu lors d'une première consultation, tu n'es pas marié avec ton pro de santé, tu as le droit de demander un deuxième avis. Toujours, ce n'est pas être chiant, ce n'est pas manquer de respect à un pro de santé, c'est être vraiment actrice de son parcours de santé, c'est être son propre avocat. plus que légitime. On arrive maintenant à la fin de cet épisode, donc je voudrais qu'on termine par quelque chose de concret avec des choses à faire, des actions simples et accessibles dès maintenant. Donc, la première, c'est que tu commences à observer tes règles autrement. Tu coches pas juste dans ton appli « Ouais, chouette, j'ai mes règles » , c'est que tu observes l'intensité de la douleur, la durée, l'abondance, les caillots, les douleurs qui éradient, les troubles associés, nausées, diarrhées, troubles du transit, douleurs pendant les rapports. Et ça, ces observations, c'est le point de départ de qui ? La deuxième action à réaliser, c'est si tu as des signaux qui ressemblent à ça, à tout ce dont on a parlé aujourd'hui de manière récurrente, pas un cycle une fois de temps en temps, mais de manière constante, répétée, récurrente, cycle après cycle, prends rendez-vous avec ton pro de santé et prépare ta consultation avec les notes dont on a parlé. Troisième point. arrête de comparer ta douleur à celle des autres et arrête de la minimiser. Oui, ma collègue, elle a ça, elle a pareil, donc c'est normal. Peut-être que justement, ta collègue aussi, elle devrait aller consulter. Ta douleur à toi, elle t'appartient. Elle n'a pas besoin d'être validée par une comparaison avec quelqu'un d'autre pour mériter d'être prise en charge. Donc, si cet épisode a résonné pour toi ou alors si tu as pensé à quelqu'un que tu connais en écoutant cet épisode, une amie, une sœur, une... collègue qui minimise ses douleurs de règles depuis trop longtemps, moi je t'invite à lui envoyer cet épisode pour qu'elle fasse le premier pas pour aller consulter son pro de santé. On arrive à la fin de cet épisode. Merci de m'avoir écouté jusque là. Je te souhaite une excellente fin de journée, après-midi, soirée. On se dit à la semaine prochaine pour le prochain rendez-vous et d'ici là, prends bien soin de toi.