- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Reconnect, le podcast des femmes épuisées. Aujourd'hui, j'accueille Isabelle qui a envie d'apporter son témoignage par rapport à son parcours autour du burnout, dans l'espoir, l'objectif qu'on libère de plus en plus la parole sur ce sujet. Bienvenue Isabelle.
- Speaker #1
Bienvenue, bonjour.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté de témoigner. Est-ce que tu pourrais nous en dire un petit peu plus sur... Qui tu es et comment ça s'est passé finalement pour toi, ce parcours autour du burnout ?
- Speaker #1
Donc moi, je suis Isabelle, j'ai un parcours plutôt en tant que directrice de centre de profit dans différents secteurs d'activité, avec du management pour pouvoir aller jusqu'à 150 personnes environ. Et j'ai fait ça quasiment toute ma carrière professionnelle. Et je vais donner mon âge parce que je pense qu'il a son importance dans le cadre de mon burn-out. Moi, j'ai 57 ans et je pense que le burn-out est arrivé en fin de carrière. Et pour moi, il a son importance parce qu'en fin de carrière, pour rebondir, pour moi, ça me paraissait plus compliqué que si c'était intervenu en début de carrière.
- Speaker #0
Dans le sens peut-être, pour la suite tu veux dire, par rapport à un projet éventuellement de reconversion, de changement complètement de poste, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, moi mon burn-out, il est intervenu en 2023, j'étais arrêtée une année, j'ai repris en temps partiel thérapeutique en fait, également une année, et après en fait je suis revenue dans la même structure à un poste différent. Voilà un petit peu pour mon histoire. Ça a été un burn-out sévère et qui m'a obligée un peu à travailler sur ma relation au travail, puisque le travail prenait une grosse partie de mon emploi du temps, si ce n'est de ma vie. Les relations sociales se passaient essentiellement à travers le travail, et le week-end et les vacances étaient là pour se reposer et pour mieux repartir au travail, j'ai envie de dire.
- Speaker #0
Est-ce que tu as toujours fonctionné comme ça, même au début de ta carrière ? Où le travail prenait toute la place ? Où il y a eu un glissement progressif ?
- Speaker #1
Je pense que comme je suis autodidacte, et que le travail m'a amené énormément de reconnaissance et a répondu des fois aussi à des périodes difficiles de ma vie pour bien enfouir tout ce qui était compliqué sous le tapis et m'occuper, je pense que très vite j'ai fonctionné comme ça, un peu tête baissée. Prendre de plus en plus et à mettre un peu des couches de millefeuilles. Et que ça m'allait bien pendant un certain temps, puisque j'ai grimpé des échelons comme ça, j'ai été reconnue comme ça, j'ai eu des postes de plus en plus importants. Et puis, quand ça n'allait pas trop dans ma vie, je mettais un peu plus dans le travail, comme tout le monde, les aléas de la vie. Donc je pense que c'était un mode de fonctionnement régulier. de pierre en pierre jusqu'à prendre le mur, si je puis dire.
- Speaker #0
Est-ce que tu as senti un petit peu des signaux avant de prendre le mur, justement ? Comment ton corps t'a alertée ?
- Speaker #1
Alors, j'avais, mais comme beaucoup de gens qui ont passé mon temps, beaucoup de petits soucis de santé. J'ai fait une pilone effraie, j'avais des petits soucis digestifs, j'étais toujours malade quand j'arrivais en vacances. Toujours en vacances, je me suis appliquée. Dès que j'arrivais en vacances, j'étais malade. Mais je me suis dit, je travaille beaucoup, je suis fatiguée, c'est normal. Par contre, je dirais qu'avec le recul, il y a une chose qui aurait dû m'inquiéter, c'est qu'avant de tomber en burn-out, j'avais cette dissociation qui est très frappante et que je m'étais rendue compte. J'étais spectatrice dans les réunions de moi-même. Avec le recul, c'est quelque chose qui aurait dû m'interpeller, parce que j'étais vraiment en dehors de moi, j'étais spectatrice de ce qui se passait. Donc si j'avais une chose qui aurait dû m'interpeller, que j'avais pris conscience, mais que je ne m'expliquais pas... Ça aurait été ça, parce que ça, c'était pas logique, en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est pas naturel, effectivement. Ce phénomène de dissociation, tu l'as ressenti à quel moment avant 2023 ?
- Speaker #1
Alors, moi, je suis tombée, c'était fin d'année 2022, début 2023, je dirais, après les vacances d'été qui n'ont pas été... Comme j'aurais pu le penser ressourçante, je suis rentrée déjà fatiguée parce que je pense que j'étais déjà en dose d'énergie trop insuffisante. Et du coup, j'ai commencé à être spectatrice et un peu aussi une espèce de lâcher prise, mais pas un bon lâcher prise. Quand ça n'allait pas dans ce que je faisais, dans les réunions ou dans le management, il y avait une espèce de cynisme même de ma part qui disait... ça ne fonctionnera pas, ce n'était pas un bon lâcher-prise. Et après est venue la dissociation. Et je pense que ça, je devais donner des choses qui doivent interpeller et ça c'est interpellant plus que des signaux physiques que quand on est, comme nous, passé par là, on met sur la fatigue et c'est bien facile de les mettre sur la fatigue. Et ça peut passer, si moi, mal entendu.
- Speaker #0
Non, mais ce que tu décris, le cynisme, la dissociation, c'est documenté aussi en termes de facteurs psychologiques qui rentrent en ligne de compte dans les signaux d'alerte. C'est vrai que moi, souvent, je parle des signaux physiques, mais il y a tout ce qui est aussi du côté plutôt psycho-émotionnel. Il peut y avoir la partie où on est plus irritable, plus à fleur de peau, peut-être plus sensible. Mais pour d'autres personnes, comme ce que tu décris, la dissociation, c'est une façon de mettre toutes les émotions à distance quand les situations qu'on est en train de vivre sont trop intenses émotionnellement. Et le cynisme, moi je l'ai connu aussi en rentrant de vacances. donc peut-être si à travers ce podcast on pouvait Alerter à toutes les personnes.
- Speaker #1
Les retours de vacances.
- Speaker #0
Les retours de vacances. Point de vigilance. Point de vigilance, surtout après les vacances d'été, où on se dit, on a deux semaines, trois semaines, on va recharger. Et en fait, bien souvent, comme tu dis, on tombe malade parce qu'on a tiré sur la corde toute l'année et finalement, on n'a pas suffisamment récupéré. Donc moi aussi, le cynisme, je m'en souviens. C'est aussi une façon de prendre du recul émotionnellement sur ce qui arrive. Moi, c'était plus de l'ordre de... C'est qu'un travail, de toute façon. Alors que j'adorais travailler, j'adorais mon travail, mais je m'étais de la distance, comme toi, de toute façon, je ne pourrais rien changer.
- Speaker #1
C'est important, quand on ne se reconnaît plus, de tirer les signaux d'alerte.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que c'est un point qui devrait être un point d'alerte.
- Speaker #0
Oui. Ne plus se reconnaître, effectivement. Sentir, en fait, qu'il y a quelque chose qui cloche. Tu avais d'autres signes ?
- Speaker #1
Après, curieusement, plus j'étais fatiguée, plus je m'activais. Mais ça veut dire que j'allongeais mes journées, je remettais la natation. À cette époque, je faisais 3 kg de natation le samedi matin. Après, j'enfilais tout le rangement de la maison, parce que ça allait enlever. Puis j'avais décidé de trier les placards. En fait, on est arrivé dans une espèce d'hyperactivité. Mais quand je dis hyperactivité, on me dépassait l'entendement. Et je pense que plus ça avançait, plus j'en rajoutais, tout ce que je pouvais rajouter. Donc je pense que ça, c'est un signal fort quand même.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'arrives à mettre un mot ? Est-ce que c'était une peur de vie, ou une façon encore de compenser avec un système nerveux en alerte, toujours vouloir en faire plus ?
- Speaker #1
Je pense que comme j'étais fatiguée et stressée, et qu'à ce moment-là, je passais dans une période de travail un peu complexe, parce qu'il y avait des accompagnements à la transformation, et que ma solution a toujours été de m'activer, j'en ai remis des couches à la maison, parce qu'il y a quelques trous dans la maison. Donc, je me suis dit, je vais triller tous les placards. Tiens, ça, c'est bien. Je vais à la déchetterie, je vais vendre sur des plateformes. Ça, c'est bien. Et en fait, comme ça a été toute ma vie la réponse à mes problématiques, j'ai dit, j'en ai une grosse, je vais rajouter. J'ai eu tout faux, là. Tout faux. Oui,
- Speaker #0
ouais. Et comment est-ce que tu as su que tu faisais un burn-out sévère ?
- Speaker #1
Ça a été une réunion où j'avais des oppressions importantes, des migraines pas possibles, comme des symptômes d'un problème cardiovasculaire. Et du coup, je me suis dit que j'allais voir le médecin. Et du coup, quand je suis arrivée, j'avais une tension qui explosait. J'avais un rythme cardiaque, en fait. Et puis, quand elle m'a dit ça va, j'ai dit non, ça ne va pas du tout. Et à un moment donné, je me suis écroulée et il ne me fut rien allé. Et là, j'ai décompensé.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tu t'es autorisée. J'ai dit non, non. Elle m'a dit si, si, on va mettre un arrêt. Quatre jours et puis après, comme tout le monde l'a par contre, du coup, je suis rentrée dans le système en gardant quand même mon ordinateur de travail pas loin et en traitant mes mails un peu quand même pendant longtemps. Ce que je voulais dire aussi, c'est que moi, comme le travail avait pris toute ma vie sociale, c'est comme si on avait un bouton on-off. Tout d'un coup, on me disait, écoute, t'as plus de travail. Moi, je vivais quand même énormément avec cette reconnaissance qui m'avait apporté beaucoup de part de mon parcours. Tu n'as plus de contact social puisqu'en fait, voilà, tu travailles. Et à mon poste, en fait, comme j'étais dans des postes d'encadrement, je n'ai pas eu de contact avec les gens du travail. Et les gens qui étaient au-dessus de moi avaient un peu protégé ça pour ne pas que ça se sache. Parce que voilà, un poste d'encadrement, ils ne voulaient pas trop que ça se sache au niveau des équipes. Donc en fait, je suis arrivée sans contact. Je n'avais plus de téléphone qui sonnait, plus de mail, plus d'essayness, plus de réunion. Et là, ça a été extrêmement douloureux. Et comme j'avais le vide de mes amis que je voyais une fois tous les parents, les gens ne se sont pas volés à m'appeler. Donc je me suis revue très très seule. Je ne souhaite à personne de traverser ça. C'est extrêmement difficile de se retrouver seule, ne se reconnaissant plus, ne sachant plus qui on est, et se dire comment on a pu en arriver là sans s'en rendre compte. Juste pour faire un petit point sur la famille, la famille ne vous reconnaissant pas non plus, parce que quand vous êtes le pilier de la famille, tout d'un coup, les gens s'appuient sur vous. qui ne savent plus comment faire avec vous parce que vous n'êtes plus un appui. Ils vous voient fragile. Donc, en fait, il y a ceux qui se protègent et puis il y a ceux qui sont là sans savoir comment faire. Et du coup, ça a été un long travail sur moi.
- Speaker #0
Oui, un peu une traversée du désert de ce que j'entends. avec ce sentiment d'isolement que beaucoup de personnes partagent. Moi, je sais que parfois, même en étant entourée et soutenue, le sentiment de solitude peut quand même être présent, dans le sens où on n'est pas comprise, en fait, dans ce qu'on est en train de traverser, parce que le burn-out n'est pas juste un petit coup de fatigue où on se repose et ça repart. C'est vraiment, moi, je le vois plus sur... Une crise existentielle ou une crise identitaire ? Parce que quand tu as construit ton identité autour du travail, ou par une fonction, on t'enlève ça, effectivement, tu ne sais plus qui tu es.
- Speaker #1
Il n'est personne. Dans le monde professionnel, c'est loin d'être reconnu. C'est un peu le bestiféré. Le burn-out, c'est celui qui a failli. Dans des postes d'encadrement, celui qui a failli, il n'est plus... Moi, je suis passée, en fait, c'est comme un athlète. Moi, je suis dans une gym aussi. Je suis passée du podium au dernier de la classe. Donc, c'est extrêmement douloureux. C'est comme si, en fait, notre valeur se résumait à notre performance. En plus, on détend. Et le sport aussi. J'étais dans un groupe de natation. Et du coup, je ne suis plus capable de nager dans la performance. Je suis capable de nager que quand je nage pour le plaisir, sans compter les longueurs. Autrement, le corps, il se verrouille. Donc, en fait, quand vous n'êtes plus reconnu pour ce que vous êtes en capacité de faire et qu'il faut apprendre à s'aimer sans produire, sans être bon, travaillez à s'aimer beaucoup quand même.
- Speaker #0
Oui, comme tu dis, c'est un apprentissage. Bien souvent, quand on va jusqu'au burn-out, c'est des personnalités, ce sont des battantes, ce sont des personnes... qui ont une forte valeur travail, qui sont très investis, qui ont une conscience professionnelle, qui pour certaines peuvent être une tendance perfectionniste, parfois ce sont des atypiques aussi, des personnes très sensibles, mais qui dans un environnement de travail... camoufles ou masques davantage pour ne pas montrer parce que des postes d'encadrement notamment en tant que femme peut-être que les émotions n'ont pas leur place donc on peut rentrer effectivement dans un mode de fonctionnement qui nous pousse à nous suradapter et c'est ça qui crée ensuite le terrain quelque part fertile pour l'effondrement l'épuisement et l'effondrement Donc ouais, ce que tu dis, je trouve ça intéressant dans le sens d'être reconnu, non pas pour ce qu'on fait et ce qu'on produit, mais pour qui on est. Et ça, c'est vraiment tout un apprentissage. Savoir qui on est en dehors du travail. Comment est-ce que tu as essayé de, toi, de, comment tu as traversé, toi, ce parcours de reconstruction ?
- Speaker #1
Non, j'ai testé tout comme tout le monde, toutes les choses qui peuvent être à notre porte. les psychothérapies, le MDR, le neurofeedback, enfin tout un tas de choses comme ça. Et puis après, je me suis dit, je ne peux plus nager, donc je vais aller dans le milieu aquatique, puis je vais peut-être gigoter, c'est tout. Et puis je ne peux plus courir, donc je vais peut-être marcher. Et puis petit à petit, comme ça, moi, j'ai appris à vivre. J'ai appris à ne plus être une machine de production. Mais c'est tout un nouveau travail, tout un changement d'angle pour moi. C'est ne plus faire pour faire plaisir à... Moi j'ai été éduquée, mes parents étaient contents quand j'avais des bonnes notes, au travail mes chèvres étaient contents quand je réussissais des performances, j'étais ancienne gym de haut niveau, on était contents quand j'étais sur le podium. Donc quand on a été éduquée, formatée, je dirais à ça, et que sous un coup, il faut faire, et puis j'ai croisé des nouvelles personnes qui... Parce que vous êtes au fond du bac. De toute façon, vous ne pouvez pas être plus au fond du bac à un moment donné. Donc, j'ai trouvé des groupes à droite, à gauche. J'ai commencé à marcher avec des gens. Puis les gens, je ne faisais rien. À vos questions, qu'est-ce que tu fais ? Rien. Je t'en arrête. Donc, il fallait qu'ils vous aiment pour qui vous étiez. Ou qu'ils au moins passent un temps avec vous pour qui vous étiez. Pas pour ce que vous allez leur donner. Parce que vous ne leur donnez rien. J'étais purée. extrêmement compliqué. Je n'étais même pas sûre d'être appréciée en dehors d'un rôle et d'un masque que j'étais toute ma vie.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui, tu as justement retrouvé un meilleur équilibre entre ta vie professionnelle et ta vie personnelle ? Est-ce qu'il y a plus d'espace pour des loisirs, des activités ?
- Speaker #1
Je suis peut-être choquée là. Ma vie professionnelle, elle a peu d'intérêt. Donc en fait, moi je suis à quelques années de la retraite, et c'est peut-être pour ça aussi que je dis ça, je peux comprendre les gens qui n'ont pas le même sentiment, mais moi je me dis qu'est-ce que j'ai à prouver, j'ai ma carrière derrière moi maintenant, j'existe depuis à travers le travail, et peut-être que ce n'est pas plus mal pour moi, en tout cas par rapport à mon parcours. Donc, je dirais que là, je m'attèle à remplir ma vie personnelle, en fait, et à lui donner une autre dimension et à être appréciée pour ce que je suis, pas pour ce que je fais, pas pour ce que je donne. En fait, tout ça, mon corps est réagit. J'ai été que je suis dans un contexte de performance ou de réussite et ça ne fonctionne plus bien maintenant.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ressens, justement ?
- Speaker #1
Être moi. Et puis, les gens qui m'aiment bien, ils m'aiment bien. Les gens qui ne m'aiment pas, ils ne m'aiment pas.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ressens justement quand on parle de performance, de réussite, de poussée ? Qu'est-ce que ton corps te dit ?
- Speaker #1
En fait, maintenant, c'est pression et stress que j'associe à ça. Et puis aussi, est-ce que c'est une quête infinie si on fonctionne là-dessus ? À un moment donné, vous pouvez toujours être meilleur, toujours être plus performant. Toujours faire plus. Moi, à côté, je travaille sur les nouvelles maisons. Vous pouvez en rajouter des tartines, des tartines, à un moment donné, quand c'est une quête. Est-ce que ça me rend plus heureux ? Je vais le dire non, maintenant, parce que avec ce que j'ai renversé, c'est évident que ça ne m'a pas rendu heureuse. Ça m'a même rendu malheureuse. Donc, je pense que... Je pense que maintenant, ma vie, si ça devait être partager des moments avec des gens que j'apprécie, qui m'apprécient, sans enjeu, si ça pouvait être moi, puis qu'on m'apprécie pour ce que je suis, avec mes qualités, mes défauts et mes masques tombés, ce serait pas mal déjà. Même s'il y en a quelques-uns que ce ne sont pas des groupes de sang, je trouve que ce serait déjà très bien.
- Speaker #0
Du coup, tu as un peu des nouvelles activités, des choses que tu ne faisais pas auparavant et que tu fais ? Oui,
- Speaker #1
je marche, je fais de l'aquagym. J'avais fait des groupes un petit peu d'échange sur le burn-out que j'avais initié. Parce que comme ça, je m'étais dit, voilà, on est tous dans le même bateau, on partage et puis si ça peut aider. Ce que je garde quand même peut-être en filigrame. Moi, j'ai fait toujours ma carrière pour aider, pour manager, pour faire grandir les gens. Donc, je garde ce besoin d'utilité à travers l'aide de ce podcast aussi, un petit peu. Ça peut aider des gens qui ont des parcours différents, à droite, à gauche, qu'il y ait quelque chose à prendre ou pas. C'est ça, en fait. Donner sans avoir besoin de recevoir et sans avoir besoin d'être reconnu.
- Speaker #0
Ces groupes de paroles, du coup, c'est des personnes que tu as rencontrées au fil de ton parcours de reconversion ? En fait,
- Speaker #1
il y a une association dans la région où j'étais. Et du coup, j'avais proposé à l'association, de par mon parcours, de faire des groupes de paroles et de pouvoir aider des personnes qui seraient dans des envies de reconversion, parce que j'avais des compétences sur le domaine. Et du coup, j'avais initié ça. J'ai fait ça pendant une année. Et puis, voilà, je teste plein de... Plein de choses nouvelles, j'ai envie de dire. Il y a des choses qui restent, il y a des choses qui restent pas. J'avais fait des ateliers littéraires pour écrire. J'ai fait ça pendant quatre mois. Je teste. Ce qui me plaît, je garde. Ce qui ne me plaît pas, je ne garde pas. Mais je suis vraiment tournée vers le... Voilà, vivre et mettre des choses qui me plaisent et rencontrer des gens qui me plaisent. Et peut-être parce que j'ai cet âge-là, peut-être parce que j'ai ce parcours-là, je ne suis plus tournée vers le travail comme j'ai pu l'être avant. Mais c'est un déconditionnement de tous les jours. Des fois, ça me rattrape, il ne faut pas croire.
- Speaker #0
Comment tu sens quand ça te rattrape ?
- Speaker #1
C'est envie de bien faire, le perfectionniste qui ressort, en rajouter des piles. Puis là, je pourrais faire ça. Et puis je me dis, non, tu n'as rien demandé. qu'on ne rajoute pas des piles, puis des mails qui sont compliqués à traiter, puis que les gens envoient pour traiter, je dis non, le traite pas, si tu relances pas, le traite pas. Alors qu'avant, je traitais tous mes mails, les plus petits ou moins importants.
- Speaker #0
Ce que tu dis là sur cette partie, je teste, j'expérimente, je trouve ça très intéressant, parce que quand tu traverses le burn-out, il y a vraiment ce moment où il y a une perte de plaisir, comme tu ne sais plus qui tu es. Tu ne sais pas forcément ce que tu aimes faire, ce qui te procure quelque part de la joie. C'est ça la question, retrouver de la joie, la joie de vivre en dehors du travail. Moi, je sais que je suis beaucoup dans tester, expérimenter, voir comment ça résonne, voir s'il y a quelque chose qui vient nourrir une partie de nous. Si on sent à l'intérieur qu'il y a quelque chose qui vibre un petit peu face à une nouvelle activité, c'est intéressant.
- Speaker #1
J'ai appris le l'ange-côte, par exemple. Des choses comme ça, oui.
- Speaker #0
C'est quoi ?
- Speaker #1
Je pratique le l'ange-côte.
- Speaker #0
Ah, je ne connais pas.
- Speaker #1
Marcher dans l'eau.
- Speaker #0
Ah oui, ok.
- Speaker #1
Mais ce que je voulais dire par rapport à ça, c'était qu'il faut en tester pas mal. Et puis, des fois, on ne ressent pas parce qu'on est fatigué. On ne ressent pas forcément la joie. Des fois, elle peut être éphémère et ne pas revenir sur d'autres activités. Et puis, revenir. Et voilà. Moi, je sais qu'en fait, le partage m'aide beaucoup. Le partage avec les gens, mais pas le partage sur le burnout, le partage tout court des choses de la vie. Parce que ça me redonne, en fait, ça me redonne une place toute simple d'Isabelle, sans rien. Et ça, vraiment, c'est un vrai bonheur. Et de savoir que... Parce qu'avant, je ne m'en rendais pas compte. Vous savez, les gens, des fois, ils vous aiment pour ce que vous allez leur donner, pour l'autorité que vous représentez. pour le côté l'opinion et là quand vous êtes aimé pour Isabelle au sein de rien du tout c'est plutôt chouette parce qu'il n'y a pas de danger cette question des rencontres on
- Speaker #0
a besoin de liens humains et je dirais que j'ai développé ça Une reconnexion aux autres.
- Speaker #1
Une reconnexion aux autres, oui.
- Speaker #0
Sans enjeux.
- Speaker #1
Sans enjeux et sans attentes.
- Speaker #0
Je trouve ton parcours très inspirant, parce que, comme tu le dis, sur une fin de carrière, il n'est pas toujours question de complètement tout changer. Peut-être juste de retrouver un nouvel équilibre dans sa vie. Quitte à ne plus vouloir être dans le domaine de l'excellence au niveau du travail, ou comme tu dis, à toujours vouloir en faire plus, mais pour avoir assez d'énergie pour faire d'autres choses.
- Speaker #1
Et si je reste sur ça, c'est vrai, sur le travail, si tu veux retrouver un autre travail par rapport à un parcours que j'ai eu. Soit je suis contrainte à un travail équivalent, avec tous les enjeux énergivores que ça soumet, mais je n'ai pas envie. Soit, parce que j'ai fait un bilan de compétences, il faudrait que je refasse un travail sans être péjoratif, mais quelque chose qui est un peu en dessous, pour ne pas que ça me prenne de l'énergie. Mais avec mon âge et ma carrière, les gens ne comprennent pas. Et puis, je ne sais pas si j'ai l'énergie et l'envie de réinvestir la zone travail pour changer aussi, tout simplement.
- Speaker #0
Je pense vraiment que rebondir après un burn-out, il n'y a pas qu'une seule voie. Pour des personnes, ça va être vraiment la voie de l'entrepreneuriat. Alors là aussi, je précise. Si l'entrepreneuriat est une fuite, parce qu'on n'a pas traité suffisamment les causes du burnout, que ce soit du côté organisationnel, organisation de l'entreprise, risques psychosociaux, et aussi les facteurs personnels, l'entrepreneuriat peut être très compliqué. Parce qu'on reproduit exactement les mêmes choses. Pour d'autres personnes, ça va être faire une reconversion, trouver un autre métier en tant que salarié. Et puis moi, j'ai aussi beaucoup... de personnes que j'accompagne qui retournent dans leur entreprise à d'autres postes avec des aménagements de travail parce que oui, leurs besoins sont ailleurs et je pense qu'il n'y a pas qu'une seule façon de rebondir quand on avait échangé en préparant ce podcast c'était justement par rapport à ça que je trouvais ton parcours inspirant aussi
- Speaker #1
Je pense que c'est important de le dire, parce que dans les podcasts que j'ai pu écouter, moi, et je peux l'entendre, les gens parlaient de saut d'entrepreneuriat, saut de reconversion et tout, et des fois je ne m'y retrouvais pas, et je ne m'y retrouve toujours pas, pour plusieurs raisons, ça dépend de la sévérité du burn-out, ça dépend à l'âge à laquelle il intervient, ça dépend de ce qu'on a en back-up derrière, est-ce qu'on peut retourner dans l'entreprise, dans un poste un peu moins, moi je n'ai pas retrouvé mon poste, je tiens à le dire en fait, on ne m'a pas permis de reprendre mon poste. et ce n'était pas mon souhait à l'origine donc il fallait aussi retravailler sur moi ça m'a permis maintenant je dirais peut-être ça l'est-il ça m'a permis d'enlever la focus sur le travail puis je m'interdis rien j'avance pas à pas j'arrête de mettre des projets pas possibles je me dis pas s'il y a une opportunité sur quelque chose qui me ferait vibrer sur lequel je n'aurais pas de pression je m'interdis rien non plus Mais je n'ai pas envie de dire aux gens qui nous écoutent qu'il y a la reconversion, l'entreprenariat. C'est complexe quand on passe un burn-out. Et puis, avec ces critères-là, l'âge, la sévérité du burn-out et la capacité aussi, les outils, l'environnement qu'on a à se reconstruire parce que c'est quelque chose qui est encore...
- Speaker #0
pas bien vus mais connus aussi encore par rapport à tout ce que ça engendre tu disais de crise existentielle merci Céverine voilà l'environnement médical suivant comment on est médical on est traité, pas traité environnement thérapeutique il y a plein de choses donc j'ai envie de dire aux gens qui nous écoutent il n'y a pas une seule réponse Merci.
- Speaker #1
et la bonne réponse c'est la leur et là ce que tu soulignes aussi ça me fait rebondir traverser un burnout ça peut coûter cher dans le sens financier aussi parce que selon les personnes parfois on n'a pas les moyens de faire des séances de MDR etc le burnout a un coût aussi porté et parfois on n'a pas le choix que de retourner là où finalement on a cramé. Et c'est là aussi où je trouve ça intéressant de venir aussi questionner sur cette place au travail et justement si on est quelque part dans l'obligation ou si c'est un choix de retourner à cet endroit-là, de voir comment on peut investir les autres sphères de sa vie parce qu'on peut vivre sa vie aussi de plein de façons.
- Speaker #0
On peut la vivre dans un autre endroit que le travail.
- Speaker #1
C'est ça. Ça interroge aussi sur ce que ça veut dire réussir sa vie. Moi, c'est une question que je pose souvent dans mes accompagnements. La question, c'est la suivante. C'est qu'est-ce que tu n'aimerais ne pas regretter à la fin de ta vie ?
- Speaker #0
Partager du temps avec les autres, que ce soit ma famille, les amis ou les autres, même des gens que... Je crois qu'il y a... Enfin, c'est ma... Il n'y a pas plus grande richesse que l'humanité et le partage avec les gens. On ressort beaucoup plus riche que d'un compte en banque.
- Speaker #1
Les liens du cœur, les liens humains. Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux personnes qui nous écoutent ? Quelque chose peut-être qui t'a aidé pendant ta période de reconstruction ou une alerte que tu...
- Speaker #0
Je pense qu'à un moment donné, quand on ne se reconnaît plus et qu'on est en dehors de soi, en dehors de tous les bobos, c'est important de se dire qu'il y a quelque chose qui cloche. Ce que j'aimerais leur dire, c'est de faire comme ils peuvent. Je n'ai pas de conseils à donner, il faut qu'ils fassent comme ils peuvent avec leurs ressources, leur histoire, leur parcours et d'avancer pas à pas. De ne pas être trop ambitieux. Et c'est difficile pour des gens qui ont fait des bords d'outre de ne pas être trop perfectionniste. Ambitieux, ce n'est pas le terme, mais trop perfectionniste, trop appliqué.
- Speaker #1
Une chose après l'autre avec l'énergie du moment. Merci beaucoup Isabelle pour ton témoignage.
- Speaker #0
Merci, c'est vrai.
- Speaker #1
J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un commentaire ou à me rejoindre sur Instagram. A bientôt !