- Speaker #0
On ne peut pas accueillir tous les enfants en crèche municipale, ça se saurait. Ce n'était pas juste pour les crèches privées.
- Speaker #1
Une place d'accueil, ça va coûter aux alentours de 2000 euros par mois. C'est le financement qui est différent dans un mode d'accueil par rapport à un autre mode d'accueil.
- Speaker #0
Si je dois revaloriser mes professionnels de la petite enfance à hauteur de 150 euros par mois et par professionnel, ça veut dire qu'il faut que je trouve par an 126 000 euros. La question de l'accompagnement à la parentalité, c'est la question du souhait de société qu'on veut pour demain. 60% des séparations arrivent après l'arrivée d'un enfant. Devenir parent, ce n'est pas inné du jour au lendemain, ça se construit. Et je me suis dit, moi ce que j'ai vécu, plus jamais, aucune femme et aucun couple ne doit le vivre. Pour les familles, aujourd'hui, il y a vachement d'injonctions, c'est hyper angoissant. Elles ont le sentiment de ne pas avoir le choix. Moi, c'est ce que j'entends. On ne parle pas, justement, en couple, de, au fait, quelle éducation tu as reçue, toi ? Qu'est-ce que tu as envie de transmettre ?
- Speaker #1
Avant d'avoir ma fille, j'étais convaincue que ma vie ne changerait pas. J'allais garder le même rythme, les mêmes activités, la même vie, juste avec un bébé en plus. Mais ça ne s'est pas du tout passé comme ça, tu t'en doutes. Ça a été un tsunami. Les six premiers mois, j'étais seule à la maison avec bébé, débordée et surtout un peu perdue. Je pense même que j'ai traversé une forme de dépression postpartum. Et ce qui m'a vraiment, vraiment aidée, ça a été... la crèche, le lien avec les professionnels, le sentiment d'être soutenu et de retrouver aussi surtout des moments, des moments pour moi, mais aussi des moments de qualité avec mon enfant, puisqu'on n'était plus ensemble H24 à éventuellement se taper sur les nerfs. Et on a retrouvé vraiment le plaisir d'être ensemble. C'était des moments de qualité, donc moins de quantité, mais plus de qualité. Plus tard, j'ai appris que le soutien à la parentalité est inscrit dans le Code de la santé publique, à l'article 23-24-17. comme l'une des missions des modes d'accueil. Mais honnêtement, je ne suis pas bien sûre de comprendre encore aujourd'hui ce que ça recouvre. Ce n'est pas très concret, ça ne veut tout et rien dire. Et quand on donne une mission qui n'est pas claire à un professionnel, ça peut surtout le mettre en difficulté. C'est pour ça que j'ai décidé d'en parler sur le podcast. Alors, c'est quoi le soutien à la parentalité ? Pourquoi on en parle autant en ce moment ? Pourquoi les parents semblent en avoir de plus en plus besoin de soutien ? et comment la parentalité a évolué ces dernières décennies ? Voici les questions auxquelles nous allons tenter de répondre aujourd'hui avec mon invité. Bonjour Laure Cotin.
- Speaker #0
Bonjour Amal.
- Speaker #1
Alors Laure, tu es maire adjointe famille et sociale à Vier-aux-Flais. Depuis combien de temps tu es élue dans ce secteur ?
- Speaker #0
Moi je suis élue depuis 2014 et depuis 2020 maire adjointe.
- Speaker #1
Alors tu sais quoi pour toi le soutien à la parentalité ?
- Speaker #0
Eh bien ça c'est une très bonne question Amal. Et je ne sais pas si aujourd'hui on peut donner une définition. Du soutien à la parentalité. Alors j'avoue que moi j'aime pas bien le terme de soutien à la parentalité, que je trouve assez négatif. Moi je dirais plutôt accompagnement à la parentalité. Et l'accompagnement à la parentalité, eh bien c'est quoi ? Pour moi c'est surtout déjà être au contact des familles, au contact des parents, et écouter leurs problématiques concrètes du quotidien. Pour pouvoir derrière orienter quid vers un professionnel, quid vers un service, quid vers d'autres parents d'ailleurs qui rencontrent les mêmes problématiques. Pour moi, l'accompagnement des familles, c'est déjà écouter, être au cœur même de leur quotidien.
- Speaker #1
Ok, tu fais le lien. Ils sont moins seuls en fait. Tu écoutes. Éventuellement, tu dispatches vers la bonne personne. Pour toi, ce soutien, cet accompagnement, c'est peut-être beaucoup une question de lien. On pourrait penser en t'écoutant qu'il y a peut-être une question de solitude des parents en ce moment. Est-ce que c'est une époque ?
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis parce que je ne sais pas si c'est un sentiment de solitude ou d'isolement. Il y a vraiment les deux. Ce matin, j'étais en réunion avec les directrices des crèches privées et publiques. de Viroflet, on s'est réunis toutes pour pouvoir faire le bilan de l'année. Et elles font tout un constat qui est qu'aujourd'hui, les familles qu'elles rencontrent au quotidien dans les crèches, en fait, évoluent depuis plusieurs années. Elles n'ont pas affaire aux mêmes parents qu'elles trouvent plus angoissées. sans doute moins accompagné parce qu'ayant accès à une information qui est multiple sur la parentalité, il y a beaucoup, beaucoup de données, beaucoup, beaucoup d'outils, et c'est à la fois démocratisé, à la fois désacralisé, et en même temps, qu'est-ce qu'on en fait en tant que parent de ces outils-là ? Quel est le bon outil qui sera adapté à ma situation ? Et en fait, ce qu'elle constate, c'est que les parents... ont du mal à se faire confiance, et d'une. Et en fait, ont du mal aussi à faire confiance, même aux professionnels, parce qu'ils ne savent pas ce qui est, entre guillemets, du vrai, du faux, du bon, du moins bon. Comme on entend tout et son contraire sur les questions d'éducation, ce n'est pas évident de faire le tri.
- Speaker #1
Mais d'ailleurs, les professionnels ne savent pas non plus.
- Speaker #0
Non. Et elles sont formées, elles, sur ces questions-là. quand même d'accueil de l'enfant déjà et de plus en plus on les forme aussi sur les neurosciences, les émotions etc. Donc on pourrait se dire que les pros à la base sont un peu mieux formés et informés mais elles sentent en tout cas que les parents évoluent et qu'ils ont aujourd'hui c'est pas forcément de l'isolement de la solitude mais en tout cas des questionnements sur qu'est-ce que je fais de toute l'information que je reçois Oui. Je me documente, mais en fait, comment je le mets en pratique et qu'est-ce qui va correspondre à ma situation ?
- Speaker #1
Justement, est-ce que toi, en tant que spécialiste élue et à la fois consultante dans l'accompagnement à la parentalité, tu as l'impression qu'il y a un savoir, une vérité ? Non. C'est ça, parce qu'en fait, ça me fait penser au fameux débat qu'il y a en ce moment entre ceux qui parlent d'éducation positive et ceux qui parlent d'éducation plus traditionnelle avec... beaucoup de cadres et de sanctions ou de choses comme ça, mais en fait, il y a beaucoup de personnes qui croient dans les deux sens. Est-ce que tu penses qu'on peut affirmer des choses dans ce domaine-là, ou on est plutôt là pour écouter les parents et entendre leur opinion et leur donner confiance dans leur opinion, qu'elles soient en accord ou pas, avec un courant de pensée ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, en fait, les parents attendent d'être écoutés. qu'on leur donne accès déjà à des lieux d'écoute, tout court, où ils vont pouvoir à la fois rencontrer des professionnels, mais aussi rencontrer d'autres familles qui partagent leurs problématiques et se faire leur propre avis. Moi, je suis pour qu'on donne des outils qui responsabilisent les parents dans la mesure où ils se font confiance en fonction de leur situation, de ce qu'ils ont envie de transmettre à leur enfant. Ça c'est ok, je prends. Ça je ne suis pas ok avec ça, je ne prends pas. Parce que ça me correspond et c'est ce que j'ai envie de donner. Et c'est vrai qu'on a beaucoup d'injonctions aujourd'hui de « il faut faire ci, il ne faut pas faire ça » , etc. Et moi je me mets à la place des familles. Clairement, ce n'est pas très serein quand on a envie d'élever un enfant, de savoir aujourd'hui ce qu'on prend, ce qu'on ne prend pas. Si on est un peu fragile, ce qui est quand même fort. Exactement le cas, tu le disais en introduction, quand on devient parent, en fait on ne devient pas parent du jour au lendemain. En fonction de la situation, si tu es solo ou si tu es en couple, quelle éducation j'ai moi-même reçue et quelle éducation j'ai envie de transmettre à mon enfant ? Si tu es en couple, quelle éducation j'ai reçue moi et quelle éducation a reçu mon conjoint ? Qu'est-ce qu'on va garder de l'un et de l'autre pour un peu que ce ne soit pas tout à fait la même chose ? il faut qu'on arrive à se dépatouiller avec ça et à transmettre. C'est un moment de grande fragilité, comme tu l'as dit. Ça génère des séparations d'ailleurs. 60% des séparations arrivent après l'arrivée d'un enfant. 60% des couples qui se séparent l'ont fait après l'arrivée d'un enfant. Ce n'est pas forcément le premier enfant. Mais chaque naissance crée un tsunami. C'est-à-dire qu'on va donner à l'épreuve. Donc à ce moment-là, Qu'est-ce qu'on décide de transmettre ? Est-ce que moi je me connais suffisamment ? Est-ce que je suis suffisamment serein sur qui je suis ? Est-ce que mon conjoint est suffisamment serein sur qui il est, sur ce qu'on a envie de transmettre ? Et avec toutes les injonctions qu'on reçoit de la société, je me dis honnêtement, je comprends que les parents soient perdus. Donc notre rôle, c'est vraiment de leur donner confiance.
- Speaker #1
Alors est-ce que tu as plutôt des parents qui arrivent en disant, oh là là, pfff... J'en peux plus, c'est difficile et qui parlent et qui veulent juste être écoutés. Ou plutôt des parents qui arrivent en disant « Bon, j'en peux plus, mon fils il est intenable, c'est infernal, qu'est-ce que je fais ? Donnez-moi des solutions. »
- Speaker #0
On a les deux. Réellement, on a les deux. Tu as des parents qui ont vraiment besoin d'être écoutés. Et pour ça, des lieux d'accueil, c'est absolument magique. Pour un peu qu'il y en ait sur les communes. Moi, ce que je découvre, c'est que les communes sont très disparates au niveau de l'ordre aux familles. Sur le territoire, c'est très inégal. Et en ça, j'espère sincèrement que... Le service public de la petite enfance avec les relais petite enfance, avec les lieux d'accueil, etc. vont se démocratiser parce que réellement, ça correspond à des besoins pour les familles. Mais on a des familles qui viennent juste déposer. Elles viennent déposer ce qu'elles vivent. Et pour ça, c'est vraiment chouette d'avoir des personnels qui soient formés à l'accueil et à l'écoute. Nous, on forme de plus en plus nos professionnels, que ce soit les professionnels de l'accueil individuel ou de l'accueil collectif sur la commune. pour qu'elles puissent aussi être dans l'accueil des émotions des parents, et puis d'arriver à garder aussi une juste distance pour pouvoir aussi se protéger sur ce qu'on reçoit. Et puis surtout pour pouvoir rebondir en fonction de ce qui m'a été donné. Est-ce que la personne a besoin d'une orientation ? Est-ce qu'elle a besoin d'aller consulter quelqu'un ? Est-ce qu'elle a besoin d'outils ? Qu'est-ce qu'on peut faire avec ce qui a été donné ?
- Speaker #1
C'est-à-dire que tu les formes aussi à l'écoute. C'est pas forcément dire, ah bah oui, moi, ma grand-mère, elle aurait fait ci, ou mon père, il a fait ça. On n'est pas là pour forcément tout de suite, dans l'immédiateté, dire un peu ce avec quoi nous, on a été éduqués, ce qui nous passe par la tête. Le but, c'est pas de donner une solution. Et moi, c'était un peu ça qui me faisait peur dans le temps quand j'ai commencé dans le secteur, c'est que j'avais des pros parfois qui s'emballaient un petit peu sur des conseils. Enfin, ouais, à la va-vite, j'ai envie de dire, mais ça partait d'une bonne intention. Mais parfois, les conseils, ils ne sont pas dans la ligne éducative de la crèche. Et en fait, le fait même de donner un conseil, pour moi, ce n'était pas pertinent, puisque ce n'était pas notre rôle. On était plus dans l'écoute, effectivement. Puis après, peut-être se concerter avec la directrice, peut-être orienter, comme tu dis, vers un professionnel de santé ou autre, que de, comme ça, dire « Ah ben moi, j'aurais fait ci, et moi, j'aurais donné de la fleur d'oranger ou je ne sais pas quoi. » Et en fait, je trouve que ce n'est pas évident de trouver la bonne distance pour nos pros. Est-ce que tu as fait une sorte de module de formation que tu leur donnes ou tu fais appel à un organisme extérieur ?
- Speaker #0
Elles ont été formées au soutien à la parentalité et notamment uniquement à l'écoute. L'objectif n'étant pas qu'elles donnent des conseils, sauf si les familles les demandent, mais qu'elles soient vraiment dans l'écoute de ce que la famille vient déposer. Parce qu'en fait, aujourd'hui, elles se rendent compte qu'en fonction des profils de parents qu'elles ont en face d'elles, Alors je dis d'elle, j'ai deux hommes dans les équipes, je devrais dire deux.
- Speaker #1
Sur combien ? Vous êtes combien de pro ?
- Speaker #0
J'ai 70 pro sur la commune. Assez rapidement, les parents peuvent, si un mot n'est pas employé à bon escient, se crisper, se cristalliser et ça peut venir entacher la relation. Donc en fait, elles, ce qu'elles avaient verbalisé, c'était que cette position d'écoute, en fait de par leur formation était pas forcément la plus difficile mais c'était surtout l'accompagnement quand la famille et notamment quand les parents le formule ben voilà qu'est ce que vous en pensez vers qui vous pourriez m'orienter etc que la façon de communiquer une information ou de donner un conseil si c'est ce qui a été demandé Et bien, ce n'était pas toujours évident de trouver le mot juste, le ton juste, sans être dans le jugement, dans l'injonction, dans la culpabilisation du parent.
- Speaker #1
Il y a aussi la question de l'interprétation, je pense. C'est comment on peut écouter sans interpréter un peu à notre sauce, par rapport à notre vécu.
- Speaker #0
Comment j'accueille et comment, après, en fonction de ce que me demande le parent, soit ça s'arrête là, il veut simplement que je l'écoute et ça s'arrête là, soit il me demande un conseil. vers quel type de conseil je vais en fonction de ce que me donne le parent, et puis surtout comment je peux communiquer sur un outil, sur un professionnel, etc., de façon la plus neutre possible, sans que ce soit pris pour justement une injonction, un jugement où on vous culpabilise par rapport à ce sujet-là, vous ne l'avez pas fait comme ça, etc.
- Speaker #1
Tu as plusieurs fois utilisé ce mot, on veut donner des outils aux parents, etc. Est-ce que tu as un exemple d'outil ? C'est quoi un outil pour toi qu'on peut donner à un parent ?
- Speaker #0
Un outil qu'on peut donner à un parent, en fait, typiquement, là, ce matin, on parlait avec les directrices de tout ce qui touchait au corps. dans la relation au corps et on refaisait un petit bilan de la semaine de la petite enfance avec le thème qui était encore jouer à l'infini et de la déclinaison possible de ce thème et il y a une crèche qui avait travaillé le thème de encore encore danser, encore bouger son corps et en fait elle disait que typiquement certaines familles avaient formalisé le fait qu'elles n'étaient pas forcément toujours très à l'aise dans le fait de jouer avec l'enfant. Ce n'était pas inné de s'asseoir par terre avec un enfant, etc. Et typiquement, ces familles-là ont été invitées, plutôt que de jouer avec des jouets en bois, avec potentiellement de l'activité artistique ou de l'imaginaire, etc., à mettre de la musique. et à danser avec leur enfant. En fait, l'objectif, c'était de faire comprendre qu'il n'y a pas d'injonction à rester assis à côté de son enfant, lui proposer une activité, etc., qui est aussi le jeu libre, déjà, premièrement, mais que ce qui est le plus important, ce n'est pas forcément tellement le jeu, c'est surtout la relation, le moment qu'on vit avec l'enfant. Et ça, c'est un outil, c'est typiquement un axe qu'on a pris avec des familles qui nous ont verbalisé dans un café des parents qu'elle ne savait pas Comment jouer ?
- Speaker #1
Comment jouer ?
- Speaker #0
Non seulement elles ne savaient pas, mais en plus, ce n'était pas forcément quelque chose qui leur faisait plaisir en un parent. Mais c'est ça,
- Speaker #1
ce n'est pas donné à tout le monde. Tu sais, ça me fait vraiment penser à moi quand j'ai eu ma fille, parce que pendant longtemps, je me disais, mais moi, je n'aime pas jouer. Et donc, ça me faisait bisquer et enrager. Aujourd'hui, c'est sûr qu'avec toutes ces années dans la petite enfance, je vois le jeu d'une autre manière. Mais je pense qu'en tant que parent, en bas. Oui, il y a des parents, ils adorent les jeux, d'autres pas, et c'est pas évident. Et quand t'aimes pas jouer, effectivement, tu peux te sentir un peu acculée et te dire « je suis nulle en fait, ça va pas, je fais quoi ? » Donc tu vas te forcer à faire un puzzle alors qu'en fait ça t'embête et du coup tu vas pas être disponible psychiquement, etc. Donc je comprends et c'est vrai que l'idée de se dire « je mets de la musique que j'aime et on danse » , c'est une super bonne idée. Donc je comprends mieux ton histoire d'outils. Alors tu as parlé d'autre chose aussi, tu disais on s'est réunis tous ensemble avec les crèches publiques et privées. Comment ça se passe dans votre commune ? Est-ce que tu penses qu'il y a quelque chose de particulier dans le fait d'être privé ou d'être public justement ? Comment tu vois les choses par rapport à ton secteur ?
- Speaker #0
Alors très honnêtement, nous sur la commune, on a aujourd'hui un service petite enfance. Le service petite enfance englobe l'accueil individuel. les gardes à domicile, les auxiliaires parentaux, les assistants maternels, et je le dis de façon volontaire aux masculins, parce que là aussi, on a un assistant maternel et on a un auxiliaire parental. Ce qui est effectivement déjà pas mal et ce qui apporte aussi beaucoup de dynamique. C'est assez intéressant de les avoir parce qu'ils ont une vision un peu différente aussi de la profession et ça apporte beaucoup de richesse. Et l'accueil collectif. qu'ils soient publics ou privés, on a un service petite enfance avec des professionnels de la petite enfance. Alors bien évidemment que nous n'intervenons pas dans les crèches privées parce que ce n'est pas notre rôle, mais en revanche pourquoi on fait ces réunions typiquement ? C'est tout simplement pour pouvoir et d'une échanger, se connaître, partager les bonnes pratiques, est-ce qu'on a des problématiques communes ? comment on travaille ces problématiques communes, est-ce qu'on peut faire des liens tout simplement en fait entre les uns et les autres et s'enrichir en fait de l'expérience et du parcours des uns et des autres.
- Speaker #1
Tu as une vision globale des modes d'accueil du territoire, quels qu'ils soient.
- Speaker #0
Ce que toutes les directions trouvent d'intéressant et ce que tous les professionnels trouvent d'intéressant, c'est qu'ils ont le sentiment de faire partie de la même famille et de parler le même langage avec des spécificités, des projets et parfois des façons de travailler qui sont différentes. Mais qui dit différent ne dit pas mieux ou moins bien. Et de pouvoir échanger, leur permettre de parfois aussi se dire que dans leur structure, ça va bien. Parfois de se dire qu'au final, on n'est pas si mal au niveau des taux d'encadrement. De se rassurer. C'est tout le principe de la paire aidance. Et c'est pour ça qu'on met... Oui, c'est le clivage.
- Speaker #1
Et ça permet de se rendre compte que l'autre en face n'est pas forcément mieux ou pire et qu'on est un peu tous dans le même bateau.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. Et qu'on appartient à la même famille de la petite enfance. Ça, c'est vraiment important. Et que les problématiques... Et c'est amusant parce que je ne leur ai pas dit qu'on allait enregistrer, là, aujourd'hui, sur cette thématique de soutien à la parentalité. Et en fait, ça a été la thématique qu'elles ont abordée toutes ce matin.
- Speaker #1
C'est marrant.
- Speaker #0
En disant que pour elle aujourd'hui, c'était ce qui était le plus difficile, parce que justement, elles avaient affaire à des familles qui avaient des parcours. toutes différentes, qui arrivaient avec leurs bagages, leurs cultures, leurs origines, leurs histoires, et que s'adapter à l'unicité d'une famille était vachement difficile.
- Speaker #1
Justement, est-ce que tu as l'impression que c'est le même public que vous avez dans ces différentes structures, ou chez les assistants maternels, ou dans les crèches privées, dans les crèches publiques, etc. Ou bien est-ce que le fait d'être dans le privé, par exemple en micro-crèche, Ça va donner une certaine typologie de parents qui va être peut-être plus dans la consommation, qui va peut-être se permettre d'être plus exigeant. Est-ce que tu as des échos de ça ou est-ce que tu penses que non, ça se répartit bien et qu'il y a encore une sorte d'aléa à la répartition des familles dans les crèches ?
- Speaker #0
Alors nous, sur Viroflay, les micro-crèches ce matin verbalisaient qu'elles avaient deux types de familles. Les familles qui étaient ultra reconnaissantes d'avoir une place via leur employeur et qui étaient vraiment dans la reconnaissance d'avoir cette place et d'avoir des professionnels qui allaient s'occuper de leur enfant et proposer le projet pédagogique, qui venaient aux ateliers, qui venaient au café des parents, etc. Et des familles qui étaient un peu plus dans la consommation. et j'allais même plus loin et ça je vais relater ce qui a été dit c'est en fait parce que je paye vous me devez tel service et j'ai du coup telle exigence et ça nous on l'a j'avoue que les crèches du coup les directrices de crèches municipales ont eu un mouvement d'étonnement parce que ça c'est un sujet qu'on n'a pas en crèche municipale on a des parents exigeants Voilà, on est à Viroflet, on a une catégorie socio-professionnelle qui est plutôt aisée, on a 5% de précarité sur la commune, donc c'est sûr qu'on est plutôt sur des profils de famille aisée, mais nous c'est quelque chose, on ne demande pas les ressources au moment de l'inscription en crèche, on a des critères qui sont hyper objectifs, même si les familles qui s'inscrivent, on a les seuls critères de priorité, c'est un handicap dans la famille. que ce soit sur l'enfant ou un membre de la famille, et les bénéficiaires des minima sociaux. Ce sont les seuls critères de priorité, à moins que certains ne se font pas connaître, les bénéficiaires des minima sociaux, mais autrement on ne demande pas les ressources. Donc c'est vrai qu'on a une mixité sociale en crèche, municipale, qui est peut-être un peu moins marquée en micro-crèche. Après, j'ai déjà entendu que vous me devez une place en crèche parce que je paye mes impôts et Viroflèche.
- Speaker #1
J'ai peut-être un éclairage sur cette question-là. Je t'écoute bien puisque j'ai travaillé dans les deux. J'ai eu de la crèche collective à partir de 2007 en PSU, donc crèche financée avec des places réservées par la ville, donc pratiquement de la municipale. Et puis ensuite, de la microcrèche privée. J'ai vraiment vu les deux cas. Il y a deux choses, je dirais, par rapport à ce que tu viens de dire. La première chose pour moi, c'est le fait que le parent que moi je recevais en PSU, pour lui, ça lui coûtait généralement assez peu d'argent. Alors, j'avais une mixité peut-être plus importante qu'à Viroflé. Et donc, je pouvais avoir des familles qui allaient payer entre 50 et 700 euros, tu vois. C'est sûr qu'il y avait beaucoup de cas, mais il y avait beaucoup de familles qui ne payaient pas très cher. Et je pense que le fait de payer, je ne sais pas moi, 300 ou 400 euros, et de ne pas savoir que derrière, Il y avait 1000 euros qui étaient financés par la CAF, la ville, etc. Je pense que ça pouvait dévaloriser quand même un petit peu le service, parce que les parents, ils ne se rendaient pas du tout compte du coût réel de l'accueil. Donc ça, j'ai trouvé que c'était assez pédagogique quand j'ai eu les micro-crèches de leur dire « Oui, vous n'avez plus payé 300 ou 400 euros, vous allez payer le coût réel de la garde. » Et ensuite, ce coût réel va être indemnisé, va être pris en charge par la CAF. Comme c'est dans l'autre sens par rapport à la PSU, le parent voit vraiment le coût de l'accueil, je trouve, dans les micro-crèches privées. Donc ça, je trouve que c'est intéressant. Et puis l'autre point sur lequel je voulais répondre, c'est dans le côté consommateur des parents. Je pense qu'aussi, on a notre rôle à jouer en tant que gestionnaire privé parce que c'est la façon dont on cadre la relation contractuelle. Et je pense qu'elle a une importance énorme, cette... cette relation contractuelle, parce qu'en fait, quand on fait notre règlement de fonctionnement et qu'on accueille les parents, on doit leur expliquer ce qui va se passer et c'est quoi notre relation. Et je pense que le parent, il va se comporter de façon comme ça un peu dans la consommation. Si nous, en tant que gestionnaire, on ne cadre pas du tout l'accueil. Donc, par exemple, là, j'ai le cas d'une gestionnaire qui est en train de batailler avec un parent qui ne veut pas faire d'adaptation. Si on dit oui à tout, parce qu'en fait, on veut absolument... Inscrire les familles, les familles se comportent comme ça aussi. Donc, je pense que c'est peut-être aussi ça. Ça me fait réfléchir à ce que tu dis. Ce n'est peut-être pas tant le fait d'être privé au public que le fait de poser un cadre aussi pour que le parent s'inscrive dans ce cadre.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu disais parce qu'effectivement, les micro-crèches qui étaient présentes ce matin nous disaient que l'évolution qu'elles voyaient dans la relation aux parents était que justement, elles devaient poser un cadre qui était plus ferme aujourd'hui que ce qu'elles avaient connu jusqu'à maintenant. Et il y en a une qui me donnait l'exemple d'un papa qui voulait faire un procès à un bébé de 10 mois parce qu'il avait mordu son enfant. Et en fait, ils ont dû organiser une réunion avec les deux familles, expliquer au papa que non, on ne va pas faire un procès. Un procès que la morsure, ça fait parfois aussi partie du développement de l'enfant, de l'oralité, etc. Et que bien évidemment, que ce n'est pas accepté et que c'est retravaillé, mais qu'on ne peut pas faire un procès pour ça. En fait, elles verbalisaient le fait qu'elles avaient aujourd'hui affaire avec certains parents, parce que ce n'est pas du tout une majorité, mais certains parents. qui était parfois un peu virulent, parce que je vous paye assez cher, en fait, vous me devez un service qui soit nickel, que mon enfant fasse tant d'activités dans la journée, etc. Et qu'en fait, leur cadre, c'était de rappeler qu'un enfant aussi, c'est un petit enfant, qu'on ne peut pas... le sur-stimuler, qu'il faut aussi parfois qu'il y ait des moments où il ne fait rien, que c'est bien, de réapprendre un peu la pédagogie et d'accompagner du coup ce parent avec beaucoup de pédagogie dans un cadre qui soit effectivement assez strict, ce qu'elle n'avait pas forcément, enfin assez strict, qui était plus strict en tout cas que ce qu'elles avaient connu jusqu'à maintenant.
- Speaker #1
Alors je pense qu'effectivement, parce que quand tu vas en crèche municipale, en face de toi, tu as quand même une grosse institution qui est la ville. Tu ne peux pas arriver en faisant les gros bras en tant que parent. Et je pense que quand tu es face à une professionnelle de micro-crèche privée, c'est un petit peu différent. Donc c'est aussi au gestionnaire derrière de cadrer les choses pour que la professionnelle soit plus dans ce que tu dis, c'est-à-dire les éléments que tu viens de donner sur le développement de l'enfant, etc. Et que ce ne soit pas à elle de rappeler le règlement de fonctionnement. Mais je pense que c'est vraiment au gestionnaire, dès le départ, de mettre des règles strictes, fermes. soutenir le professionnel et que le professionnel soit pas dans quelque chose de trop réglementaire. Parce que c'est vrai que c'est pas la même institution en face du parent, quoi, entre être face à la mairie et être face à Madame Trucmuche qui a ouvert sa micro-clèche et qui est pas aussi assurée, qui a peut-être pas la même fermeté naturelle, la même autorité naturelle que Monsieur le maire.
- Speaker #0
Ouais, mais... Ce que j'ai trouvé très chouette dans l'échange qu'on avait ce matin, c'est qu'il y avait une vraie volonté d'avoir des relations de confiance avec les parents, avec les familles. Et que pour elles, ça faisait partie aussi de l'accompagnement à la parentalité. Elles n'étaient pas du tout dans le jugement, elles n'étaient pas dans la critique. C'était justement dans la construction de la famille évolue. À nous aussi de faire évoluer nos pratiques et à nous aussi de faire évoluer la façon dont on communique avec les familles. pour le bien-être de l'enfant, pour le bien-être des parents qui vont bosser, et pour le bien-être des professionnels qui travaillent au quotidien auprès des enfants. Et ça, je trouvais que c'était très chouette.
- Speaker #1
C'est sûr que ça donne envie quand on t'écoute. On se dit qu'il faudrait que toutes les villes fassent des réunions comme ça, avec tous les professionnels, quels qu'ils soient, quelle que soit leur stature juridique, etc. Parce qu'on voit que ça motive tout le monde, en fait. Il y a une sorte d'ébullition positive dans ton groupe.
- Speaker #0
Il y a une émulation positive, mais après, qui ne date pas d'hier, parce que j'entends ce que tu disais par rapport aussi au coût. Nous, on a fait évoluer nos réunions d'information sur les modes d'accueil il y a une petite dizaine d'années. Avant 2016, on ne présentait que les crèches municipales. Et en fait, il n'y avait aucune raison qu'on ne présente que les crèches municipales. Parce que les crèches municipales ne correspondent pas à toutes les familles. Et puis que déjà, et d'une, et de deux, on ne peut pas accueillir tous les enfants en crèche municipale, ça se saurait. Et de trois, en fait, on a trouvé avec le maire adjoint avec qui je travaillais à l'époque, que ce n'était pas juste pour les crèches privées et pour l'accueil individuel. Et pensez à la petite enfance dans sa globalité, ça signifie qu'aujourd'hui, on a trois réunions par an d'informations sur les modes d'accueil et que sont présents. une directrice de crèche municipale, on a quatre groupes de crèche privée sur Vieroflet, donc ils sont invités, et un assistant maternel et un auxiliaire parental. Pour que les parents puissent avoir les informations les plus complètes sur tous les modes d'accueil et qu'ils puissent après choisir, parce qu'on sait bien malheureusement que l'accueil n'existe pas toujours, C'est ce vers quoi on tend, en tout cas on espère tendre avec le service public de la petite enfance, mais il y a quand même aujourd'hui une réalité. Mais en tout cas que les parents soient au courant du coût d'une crèche, comment c'est financé. L'accueil individuel, comment c'est financé ? L'accueil privé, collectif, comment c'est financé ? Et quand ils ressortent de la réunion, en général ils ont quand même le cerveau qui fume parce que c'est dense et que ça leur donne beaucoup d'infos. mais qu'ils ont une vision claire sur, en fait, une place en crèche, ce n'est pas 700 euros pour ceux qui payent le plus cher. Voilà, une place en crèche chez nous, c'est 21 000 euros à l'année et ils ne payent pas les 21 000 euros.
- Speaker #1
C'est important ce que tu dis, moi je le rappelle très souvent aux professionnels de la petite enfance, mais les familles ne l'entendent pas forcément, c'est que le coût de l'accueil, il est assez élevé, il est, comme tu viens de le dire, on va dire entre 18 et 22 000 euros, je ne sais pas, mais... Globalement, une place d'accueil, ça va coûter aux alentours de 2000 euros par mois. Et ça, la plupart des gens ne le savent pas. Donc en fait, ils parlent du prix en disant c'est cher ou c'est pas cher ou c'est moins cher. Alors que le coût est le même, c'est le financement qui est différent dans un mode d'accueil par rapport à un autre mode d'accueil. Je pense que c'est très important de le savoir. Parce que c'est pas parce qu'on paye plus cher qu'on va avoir du luxe ou je sais pas quoi. En fait, le coût est le même partout. C'est plutôt, est-ce qu'il y a quelqu'un qui peut le financer ? Est-ce que ça va être la ville, l'employeur, le département, le parent, etc. ? Je pense que c'est un point qui peut être très simple pour certaines personnes et très compliqué à comprendre pour d'autres. Et j'entends encore des parents en 2025 qui ne comprennent pas ça. Et je pense que c'est une information qui n'est pas du tout claire pour les familles, le coût.
- Speaker #0
Ce qui n'est pas clair, mais tu vois, pour moi, ça fait partie de l'accompagnement à la parentalité. Pour moi, c'est faire de la pédagogie. Du jour au lendemain, comme tu disais dans ton introduction, tu passes d'une vie de professionnel ou d'une vie où tu es seul ou à deux, à t'occuper d'un tout petit être. Moi, je suis pour qu'on offre la possibilité aux familles qui le souhaitent et qui en ressentent le besoin, d'avoir accès à un maximum d'informations, d'outils, de lieux, ressources, parce que devenir parent, ce n'est pas inné du jour au lendemain, ça se construit. Tu vois, moi j'ai trois enfants, mon aîné a 14 ans, j'en ai un qui a 11 ans et la dernière qui a 8 ans et demi, mais je suis encore en devenir parent, je suis encore en devenir maman, je fais des erreurs, ils me reprennent, ils me forgent, ils me questionnent. Et en fait, depuis le début, depuis qu'ils sont nés tous les trois, je suis bousculée et je suis hyper contente de pouvoir trouver, moi-même en tant que maman, des ateliers où je vais aller rencontrer des parents de futurs adolescents, parce qu'on est rentrés dedans. Tu vois, l'entrée au collège, l'école élémentaire, la confiance en soi, l'estime de soi, tous ces sujets, on est sorti un peu du champ de la petite enfance, mais toutes ces questions qui sont liées au sommeil, qui sont liées à l'alimentation, à l'allaitement, etc. Mais moi, j'étais... tellement heureuse de pouvoir aller à la PMI, de pouvoir aller rencontrer d'autres familles. Tu vois, pour nous, l'arrivée d'un enfant, ça avait quand même vachement questionné notre couple. Parce que, tu vois, t'es en déséquilibre. On s'est rendu compte à ce moment-là, avec mon conjoint, qu'on n'avait pas du tout reçu les mêmes éducations. Et pourtant, on a des valeurs communes, tu vois.
- Speaker #1
C'est exactement ce que j'ai vécu aussi. Je pense qu'on n'est certainement pas des cas isolés. Mais non ! Et en fait,
- Speaker #0
c'est le concret, tu vois ?
- Speaker #1
C'est pour ça qu'il y a dans 60% des cas, ça ne marche pas et on n'arrive pas à se mettre d'accord parce qu'on a vraiment des visions de l'éducation qui sont trop éloignées l'une de l'autre.
- Speaker #0
Des visions de l'éducation, mais pas que. Pour moi, l'arrivée d'un enfant, ça questionnait aussi la place de la vie professionnelle. La fameuse conciliation vie professionnelle-vie familiale. Ça questionnait la question de l'argent.
- Speaker #1
Là, tu me fais un tremplin vers ma question suivante. Tu as dû lire le rapport d'information qui a été publié en juin 2025, qui a un titre assez long, mais en gros, c'est un rapport sur l'égalité hommes-femmes et le soutien à la parentalité, l'accompagnement à la parentalité. Et justement, ce rapport, il a un peu défrayé la chronique parce qu'il pointe du doigt les inégalités hommes-femmes persistantes. Et je crois qu'il parle notamment de la pénalité que vivent les femmes dans le fait d'être maman.