- Speaker #0
A quoi ressemblerait ta crèche si tu pouvais t'entourer des meilleurs ? Moi, c'est ce que j'ai fait. Pendant les 15 dernières années, de la crèche collective associative à la micro-crèche privée, j'ai tout expérimenté. La petite enfance est un métier à forte contrainte, mais aussi à forte valeur ajoutée. Avec les meilleurs psys, pédiatres, directeurs pédagogiques et les meilleures formations, j'ai pu développer la qualité d'accueil et la qualité de vie au travail. Alors si toi aussi tu es motivé par la qualité, Bienvenue dans Références Petites Enfances, bienvenue dans ton podcast.
- Speaker #1
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Références Petites Enfances. Aujourd'hui, c'est une interview un peu spéciale puisqu'on inverse les rôles. Celle qui d'habitude pose les questions va cette fois y répondre. Alors c'est parti pour une interview exclusive de mon amie et associée Amale Cosma. Bonjour Amale.
- Speaker #0
Bonjour Aurélie. On inverse les rôles parce que toi aussi, d'habitude, tu es là mais personne ne t'entend. Mais cette fois-ci, c'est toi qui vas me parler.
- Speaker #1
C'est parti. pour une interview très bien ficelée pour avoir un petit peu moins de montage à faire derrière. Alors Amal, les auditeurs fidèles t'écoutent depuis plus de deux ans maintenant dans ce podcast. On connaît une partie de ton parcours, mais si je remonte au tout début, comment es-tu arrivée dans l'univers des micro-crèches ?
- Speaker #0
Déjà, je suis arrivée dans les crèches, avant d'arriver dans les micro-crèches, par reconversion, comme beaucoup, je pense, de gestionnaires de crèches, puisque j'avais déjà fait des études de droit et que je travaillais dans des grands groupes industriels. Et je m'ennuyais beaucoup. Et quand j'ai eu ma fille en 2007, ma première fille, parce que j'ai deux filles. Donc ma fille est née en 2007 et je l'ai emmenée à la crèche. Et là, ça a été vraiment une découverte pour moi. Je ne connaissais pas du tout ce secteur et ce milieu même. La parentalité était tout nouveau. Et en fait, j'ai adoré. Alors c'est vrai qu'en plus, quand j'ai eu ma fille, je ne peux pas dire que ça a été forcément simple pour moi. J'ai eu un bébé d'hiver en plus en janvier. Donc j'étais assez seule. Je ne me sentais pas forcément hyper bien à la maison avec mon bébé toute la journée. Je n'étais pas en grande forme. J'avais un petit peu le moral dans les chaussettes, même si j'étais hyper heureuse d'avoir eu ce bébé et que j'adore ma fille. Ça ne remet pas ça en question, mais c'est vrai que c'était difficile. Et quand je suis arrivée à la crèche, ça a été vraiment hyper positif pour moi de pouvoir rencontrer du monde, me reposer sur l'équipe aussi. Et puis surtout, c'était une crèche associative, une crèche collective de 20 berceaux. On accueillait 22 enfants maximum. Et du coup, je me suis investie très vite en tant que bénévole dans l'assaut. Et c'est comme ça que j'ai découvert vraiment le métier.
- Speaker #1
Donc, tu as découvert le métier sur la partie déjà gestion. J'imagine que cette crèche associative, elle avait besoin d'un soutien plutôt dans la partie financière. Donc, c'est là que tu t'es occupée à ce moment-là ? Exactement.
- Speaker #0
J'ai découvert le secteur vraiment par le côté financier. Étonnamment, c'est vrai que... Ensuite, je me suis beaucoup, beaucoup penchée sur le côté terrain, opérationnel, comment soutenir les équipes dans leur travail. Mais je suis arrivée vraiment par la porte de la finance parce que je travaillais aussi dans un service financier en tant que juriste fiscale. Que l'assaut, elle était en grande difficulté et qu'il fallait redresser les comptes. Et en fait, la boucle est bouclée, tu vois, parce que c'est marrant que tu me poses cette question. Mais je me rends compte qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de gestionnaires qui ont des problèmes pour financer leur crèche. avec l'inflation, avec plein de problèmes. Et en fait, j'ai commencé comme ça au tout début, en 2007. Je suis arrivée dans cette crèche qui était au bord de la faillite. On avait des déficits tous les ans et il fallait redresser les comptes. Donc ça a été vraiment pour moi un défi, un challenge de me dire, bon allez, comment on va faire ? J'ai épluché les comptes, j'ai essayé de comprendre les financements. Je ne connaissais rien à tout ça, évidemment.
- Speaker #1
Donc c'était une crèche associative en PSU, avec toute la complexité de ce mode de gestion qu'on connaît.
- Speaker #0
Que je ne connaissais pas. à l'époque, mais que j'ai appris effectivement à connaître. Donc déjà, il fallait comprendre la PSU en soi. La page, de toute façon, n'existait pas. Il n'y avait que la PSU. Et c'était assez nouveau, tu vois. J'entendais les pros et les gestionnaires qui disaient, c'est pas pratique. Enfin, tu vois, les directrices de crèche, elles disaient avant, c'était mieux. Avec la PSU, on est obligé de faire venir les parents sur des horaires. En fait, on devait compter les heures des enfants, alors qu'avant... On était plutôt sur des forfaits sur de la demi-journée ou de la journée avant la PSU. En fait, je voyais bien que les directrices, elles s'arrachaient les cheveux à essayer de remplir au maximum des heures pour que ce soit rentable, entre guillemets, qu'on ne soit pas en perte.
- Speaker #1
Tu avais déjà vu la problématique aujourd'hui qu'on pointe un peu du doigt d'ailleurs, cette problématique de remplissage.
- Speaker #0
Clairement, tout de suite, je me suis rendue compte qu'on essayait de remplir au max parce que... Tu étais financé à l'heure avec la PSU. Donc si l'enfant venait de 10h à 16h, ça ne marchait pas. Tu étais payé de 10h à 16h par les parents, par la CAF, par le département. Tous les gens qui nous versaient de l'argent, c'était de 10h à 16h. Et donc on s'arrachait les cheveux à se dire comment on va faire pour que les parents viennent plutôt de 8h30 à 17h30 ou 18h.
- Speaker #1
Ce qui n'est pas le but.
- Speaker #0
C'est pas le but en soi, ouais. C'était assez bizarre et... Ouais, psychologiquement, tu vois, de te dire que t'essayes de forcer les gens à venir plus longtemps à la crèche parce que sinon, bah, tu mets la clé sous la porte, c'était assez étrange pour moi, quoi. Je me disais, mais c'est pas normal, je suis maman aussi. Moi, si je peux venir la chercher à 16h30, je suis contente, mais je me rends compte que quand je suis de l'autre côté de la barrière, quand je suis dans la gestion, bah, je me dis, ouais, mais en même temps, bah, à la crèche, faut bien qu'elle... Il faut bien qu'elle touche ses sous, sinon on n'y arrivera jamais.
- Speaker #1
Alors, cette expérience dans les crèches associatives, ça t'a effectivement conforté que c'était un milieu que tu aimais. Comment tu as continué ton parcours dans ce milieu de la petite enfance ?
- Speaker #0
En fait, ce qui m'a vraiment plu par rapport à mon job d'avant, c'est que c'était beaucoup plus humain et surtout que je me sentais beaucoup plus utile. Je suis passée d'un grand groupe industriel où j'étais vraiment un maillon de la chaîne. où je travaillais assez seule, parce que dans la fiscalité, juriste fiscale, t'as pas 50 personnes, en fait, t'es un peu tout seul dans ton service. Et puis surtout, tu gères que des masses financières, tu vois pas trop l'impact concret sur les gens. Et là, je me retrouve dans une entreprise toute petite, où tu vois, on est 8-9, il y a tous les enfants qui sont là, tu les vois tous les jours, t'as des partenaires, tu dois parler avec la mairie, avec la CAF, tu collabores beaucoup avec ton équipe, j'apprenais plein de choses aussi. parce que forcément, en contact de cette équipe, notamment donc Paul qui était la directrice, j'ai appris énormément de choses. Au début, je suis arrivée en me disant, bon, je vais poser des questions et on va me dire comment ça marche. Il doit y avoir un bouquin quelque part. Moi, tu sais, j'ai fait des études de droit, donc je cherche le livre où c'est écrit. Voilà. Et puis, les gens ne savaient pas trop, en fait, parce que c'était des gestionnaires d'assaut, mais en fait, c'était surtout des parents. qui avaient adhéré à l'association. Et eux, on leur transmettait un peu, tu vois, oralement, d'un parent à l'autre, quand il y avait les élections. Mais c'était assez fréquent, ça changeait tous les 6-12 mois de parents au niveau de la gestion de l'assaut. Donc, tu n'avais pas beaucoup de continuité. Et puis, les gens, ils n'avaient pas le temps d'apprendre vraiment les règles. Donc, ça se transmettait comme ça. Et au final, c'est beaucoup d'interprétations. Et donc, moi, quand je disais, mais pourquoi ça marche comme ça ? Quelles sont les règles et tout ça ? Je ne comprenais pas les fondements. j'ai fini par... comprendre qu'il fallait juste lire le code de la santé publique.
- Speaker #1
Il y a ton cerveau de juriste qui a pris le pas.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Je me suis dit, bon, allez, on lit le code de la santé publique, on lit les conventions avec la CAF, le manque de fonctionnement, etc. Donc, j'ai lu tous les textes, etc. Donc, voilà. Je dirais qu'il m'a fallu quand même quelques mois, je dirais au moins six mois avant de commencer à comprendre quelque chose et qu'au bout d'un an, ça y est, j'étais vraiment à fond dedans.
- Speaker #1
Et t'es restée combien de temps dans cette crèche ?
- Speaker #0
Je suis restée en fait 8 ans dans cette crèche. Au début, j'étais bénévole, mais quand ma fille est entrée à l'école, ça n'avait plus beaucoup de sens, tu vois, de rester bénévole. C'est quand même énormément de boulot. Mais les parents de la crèche m'ont dit, mais s'il te plaît, s'il te plaît, t'en vas pas. Et moi, c'est vrai que j'adorais ça, donc je me suis professionnalisée. Je suis devenue présidente non-parent de cette crèche. Et j'avais une petite indemnité, j'avais à peu près 1000 euros par mois. Travail mérite salaire,
- Speaker #1
comme on dit.
- Speaker #0
Exact. Exactement. Donc, on appelle ça une indemnité de suggestion pour les présidents d'associations. Et c'est plafonné. Donc, c'était à peu près 1 000 euros par mois. Et donc, j'ai fait ça jusqu'en 2016. Et pourquoi j'ai arrêté ? Parce qu'en fait, on avait un bail précaire, comme beaucoup d'associations. Et la maison nous a été retirée par le bailleur qui l'a vendue à un groupe de cliniques privées. Donc, on a perdu la maison. Ça a été assez dur de fermer cette crèche qui était vraiment extraordinaire. Un souvenir incroyable pour moi, tu vois, c'est les premiers pas de maman.
- Speaker #1
Mes premiers pas de ta fille.
- Speaker #0
Mes premiers pas de ma fille et mes premiers pas de gestionnaire de crèche. Beaucoup de rencontres. Enfin, c'était incroyable. Un vrai coup de cœur, tu vois, pour cette crèche et pour le milieu, le secteur, le métier. Et ça m'a permis d'apprendre un métier quand même, tu vois, à l'associatif.
- Speaker #1
Alors, je pense qu'on s'est rencontrés à peu près à cette période-là. Tu avais un projet entrepreneurial et moi aussi. On s'est rencontrés dans une formation de la CCI à l'époque. Et donc, tu étais effectivement sur un projet de crèche, pas de micro crèche. Il me semble que c'était crèche. Et je me souviens, tu étais à fond, à fond, à fond sur la crèche. Moi, ça me paraissait un monde complètement... Enfin, je me demandais même comment on pouvait gagner de l'argent en accueillant des enfants. C'était un monde que je ne connaissais pas du tout, du tout et encore moins d'un point de vue entrepreneurial.
- Speaker #0
Sache que t'es pas la seule à t'être posée cette question parce que quand j'ai dit à mes parents qui m'avaient entretenue dans mes études de fiscalité et tout que finalement je voulais travailler dans les crèches, je t'assure qu'ils étaient pas très très emballés. Ils se sont dit mon dieu comment elle va gagner sa vie, l'associatif etc. Enfin bon ça leur a fait quand même un petit peu peur et moi j'ai dit bah c'est pas grave je gagnerai moins mais j'adore ce métier je vais continuer comme ça. Et comme je pense que je suis une bonne gestionnaire et que j'ai la tête sur les épaules. Je savais que j'allais faire mes comptes pour qu'à la fin du mois, j'ai quand même de quoi vivre, tu vois. Mais bon, il y a eu des vaches maigres. Je ne te dis pas que ça a été simple dès le début. Au début, quand on te reprend, forcément, il faut accepter aussi qu'il ne va pas y avoir tout de suite le retour sur investissement dès le début.
- Speaker #1
Si tu peux, pour peut-être les gens qui sont en reconversion, qui nous écoutent. Comment tu as fait en fait ? Qu'est-ce qui a fait que tu as pu ouvrir cette première micro-crèche ?
- Speaker #0
C'est vrai que quand on s'est connus en 2010 dans la formation de gestion des entreprises, en fait moi dans mon idée je voulais créer une crèche de 30 berceaux, une crèche en PSU, une crèche collective. Je n'étais pas du tout partie sur les micro-crèches. Les micro-crèches c'était tout nouveau et pour moi dans ma tête ça ne marchait pas en fait, ce n'était pas logique, j'appliquais la PSU depuis tellement longtemps. Je n'étais pas dans ce schéma-là de pensée. Et j'avais beaucoup de préjugés, je pense comme beaucoup de gens, sur les micro-crèches, la page. Ce n'est pas un modèle auquel j'adhérais, si tu veux, de prime abord. Donc, je suis partie là-dessus en me disant, je vais ouvrir une crèche de 30 berceaux. Et tu t'en souviens peut-être, j'ai perdu beaucoup de temps, beaucoup d'énergie à me battre pour faire marcher ce projet-là. En fait, c'est hyper difficile d'ouvrir un 30 berceaux parce que tu dois trouver un grand local, ce que j'avais trouvé. Tu dois le bloquer pendant plusieurs mois, donc il faut... avancer des frais. Le bailleur, il ne va pas te garder forcément 300 ou 400 mètres carrés comme ça, sans loyer pendant très très longtemps. Et puis même si tu commences à payer, il te le garde, mais bon, il faut avoir beaucoup d'argent pour bloquer un loyer comme ça. Donc ça n'a pas marché. En plus, la mairie de cette ville-là m'a un peu menée en bateau parce qu'il y a ça aussi, c'est que c'était un système où il fallait convaincre les élus de te prendre des places. La PSU, tu ne peux pas ouvrir ta crèche en autonomie. Les élus, ils m'ont fait miroiter. Mons et merveille, mais c'était du blabla. Et puis à l'arrivée, au bout de plusieurs mois de réflexion, de travail, de plan avec l'architecte, de rendez-vous avec la mairie, etc. Ils m'ont finalement dit non, alors qu'ils me disaient oui depuis des mois, tu vois.
- Speaker #1
Donc tu as laissé tomber ce projet. Je me souviens que tu étais dévastée, dégoûtée que toutes ces heures de travail n'aboutissent pas sur un projet concret. Et puis en plus, tu avais ta petite fille qui est une charmante jeune fille aujourd'hui. Il fallait que tu l'élèves, que tu travailles. Donc, qu'est-ce que tu as fait du coup à ce moment-là ?
- Speaker #0
C'est vrai qu'un malheur n'arrive jamais seul. Et à cette époque-là, en plus, le papa de ma fille, on s'est séparés. Il est parti. Je me suis retrouvée au chômage, sans projet, avec ma fille sous le bras. Là, c'était quand même bien la galère. Je dois dire que l'entrepreneuriat, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Je rassure les auditeurs, spoiler, je suis très contente de l'avoir fait. Mais c'est vrai que sur le moment, tu as quand même des grosses crises de doute où tu te dis, mais qu'est-ce que c'est que ce projet ? Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
- Speaker #1
On passait pas mal d'heures aussi au téléphone à ce moment-là.
- Speaker #0
On s'est coachés mutuellement dans nos projets. Je pense qu'il faut vraiment être accompagné quand tu entreprends. Donc, moi, c'est vrai que... J'ai cherché en allant dans des réseaux, dans des formations, etc. à avoir un entourage. Ce n'est pas évident parce qu'en général, ton conjoint ou tes parents, ils ont surtout peur que tu fasses une connerie. Donc, ils ne sont pas forcément très encourageants. Donc non, ça a été très dur. À ce moment-là, je me suis dit, il faut que je trouve un revenu parce qu'il faut bien qu'on vive. Donc, j'ai fait du conseil, du conseil en gestion, de la fiscalité, de la compta, etc. toutes petites boîtes, donc ça pouvait être des médecins, des architectes, des avocats.
- Speaker #1
Donc là, tu es dans le monde associatif, à la fois tu as ton entreprise de gestion, et qu'est-ce qui se passe à ce moment-là, qu'est-ce qui t'amène vers les micro-crèches ?
- Speaker #0
C'est la CAF et puis le maire de ma ville, parce qu'en fait je travaille avec eux en continu, avec mon asso qui m'ont dit, mais il faut ouvrir des micro-crèches, Madame Cosma, l'association, vous vous épuisez, effectivement, l'associatif. C'est vraiment du sang et des larmes parce que tu dois gérer tout le temps des égaux. En fait, il y a des problèmes de gouvernance tout le temps. Quand tu es en associatif, il y a toujours quelqu'un qui veut être calife à la place du calife. Ce n'est pas un long fleuve tranquille. Et c'est vrai qu'au bout d'un moment, ça peut être quand même assez lourd émotionnellement. C'était une super expérience, mais franchement, moi, ça va. J'ai eu ma dose d'association avec ces huit ans-là.
- Speaker #1
Concrètement, comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Concrètement, le maire de la ville, il était... Il m'a dit, écoutez, on a un projet avec un promoteur immobilier qui est en train de rénover un immeuble HLM dans le centre de Fontenay-aux-Roses. Et en rez-de-chaussée, on voulait mettre une crèche. Et il me dit, le problème, c'est que ça coûte trop cher. On a vu avec plein de groupes de crèches. Mais en fait, il faut financer des places en PSU. On ne peut pas, on n'a pas les moyens. Si vous voulez faire votre micro-crèche à cet endroit-là, par contre, sans financement de la ville. On est OK.
- Speaker #1
Finalement, c'est la ville qui est venue vers toi pour que tu ouvres une micro-crèche privée.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Petite crèche au lieu d'une grande crèche qui aurait dû être subventionnée par la ville.
- Speaker #0
Exactement. Et j'ai dit OK, vas-y, je vais faire ça et je vais m'autofinancer. Donc, c'est pour ça que j'ai créé ma première micro-crèche. Là, quand il m'a dit ça, on était en 2012, fin 2012, je pense. Et tu vois, j'ai fait le projet pendant l'année 2013 et on a ouvert le 2 janvier 2014. Et je me souviens qu'on ne bossait pas ensemble, mais tu es venue quand même gentiment. M'aider à faire le ménage de fin de chantier et monter les meubles.
- Speaker #1
Déballer des draps, avoir fait des lignes, on préparait la visite de la PMI.
- Speaker #0
Exactement, donc ça c'était en décembre 2013. Le 2 janvier, on a ouvert et ça a été le début de l'aventure. Et puis après, on ne s'est plus arrêté. La girafe étoilée a ouvert jusqu'à 10 micro-crèches et tu nous as rejoints en plus en 2018.
- Speaker #1
Moi, je t'ai rejoint en 2018. Tu venais d'ouvrir une... Donc une cinquième, tu étais sur le projet d'une sixième qui était en chantier. Et là, tu m'as dit, je n'y arrive plus. Je suis débordée, je ne sais pas comment faire. Je remplis mes crèches au fil de l'eau. Ça ne va pas du tout. Il faut que tu m'aides.
- Speaker #0
C'est ça, j'étais toute seule. Je gérais mes cinq crèches toute seule. Et donc, ça a commencé à devenir un peu du grand n'importe quoi. Parce que tu ne peux plus optimiser. En fait, quand tu es seule, tu fais tout au fil de l'eau. Tu essayes de remplir au max. Mais bon, tu n'as pas le temps de comparer les différentes demandes. Tu fais dans n'importe quel sens.
- Speaker #1
J'ai découvert le monde de la petite enfance à ce moment-là, avec les ouvertures de crèches, ça s'appelait La Giraffe Étoilée, j'ai adoré ce moment-là. J'ai adoré de travailler ensemble, c'était top.
- Speaker #0
Je pense que ce qui marchait bien et ce qui nous a pas mal rejoint, c'est que toi comme moi, on se mettait vraiment au service de l'objectif de l'entreprise. Au service de l'équipe, au service des enfants, au service des familles, et je pense que c'est ça qu'on avait vraiment en commun.
- Speaker #1
Jusqu'au moment du Covid, je me souviens où on allait ranger les crèches.
- Speaker #0
Oui, cette envie vraiment de bien faire et de soutenir cette activité dans les coulisses. Donc, quand tout le monde était en effet confiné, nous, on allait dans les crèches pour tout remettre en ordre. On a beaucoup, beaucoup bossé. Et c'est vrai que cette période, elle a été déterminante. Parce qu'en fait, pendant le Covid, moi, je me suis posé beaucoup de questions. C'était une période où tout le monde se posait beaucoup de questions, mais je me suis surtout posé des questions sur le sens de tout ça, parce qu'avant la crise, je me souviens, j'avais acheté la levée de fonds pour les nuls ou un truc comme ça. Et j'essayais vraiment de comprendre comment on pouvait faire une croissance exponentielle, ouvrir plein de crèches. En plus, moi, j'étais à la Fédération française des entreprises de crèches, où j'ai fait partie du conseil d'administration. Donc, j'avais des collègues qui avaient beaucoup de crèches. Et je voyais, par exemple, Charles de Saul qui faisait croître son entreprise, les bébés explorateurs. Donc je me disais, tu vois, j'étais un peu calée sur cette croissance-là. Et sauf que pendant le Covid, je me suis dit, mais est-ce que j'ai vraiment envie de ça ? Est-ce que c'est vraiment ça qui m'anime ? Et le fait de devoir vraiment mettre les mains dans le moteur pendant cette période, de devoir vraiment aider les équipes, notamment comme tu dis, quand c'était fermé, où on est allé, on a refait tous les aménagements de toutes les crèches, toutes les deux. Et puis ensuite, quand ça a ouvert, où j'ai dû vraiment aller sur le terrain, rassurer les équipes. Les aider à s'organiser, à comprendre les nouvelles contraintes, etc. Je me suis dit, en fait, ce que j'aime, c'est ça, c'est manager mon équipe, la soutenir, trouver des solutions pour elle. C'est pas tant ouvrir et ouvrir et ouvrir des crèches. C'est pas une critique en soi. Je remets pas en question le fait que j'aurais pu adorer faire ça comme je le pensais. Mais à ce moment-là, voilà, je pense que peut-être aussi le fait que je faisais ça depuis très longtemps a fait que je me suis dit, c'était plus forcément mon objectif d'ouvrir plein de crèches. et ensuite... la crise elle s'est accentuée même si on était plus confinés les pénuries de professionnels ça a augmenté aussi il y a eu peut-être une usure dont je ne me suis pas rendu compte sur le moment parce que chez nous ça marchait bien si tu te souviens on avait une super équipe on a une coordinatrice qui était top une psychologue de crèche qui était top on avait beaucoup de choses qui marchaient très bien mais je crois que voilà en 2021 je commençais à me dire bon j'ai plus envie de développer j'ai envie de transmettre des choses. Et là, j'avais l'impression que je ne transmettais plus grand-chose. Quand tu es arrivée à la Giraffe et Toilette, tu étais la première à venir me seconder à la gestion. Je t'ai transmis tout l'aspect développement. Après, j'ai transmis à Claire, qui est arrivée après toi, tout l'aspect administratif, faire les contrats, aussi les factures, etc. Et ensuite, quand Ninon a pris le poste de coordinatrice, je lui ai transmis beaucoup le management, la gestion des équipes, la coordination. Et en fait, en 2021, je commençais à un peu me sentir inutile. J'étais conseille, j'étais consultante.
- Speaker #1
C'était déjà finalement dans cette posture de conseil. On était beaucoup sur le terrain, en fait. On allait le voir. Tu pouvais leur apporter des conseils super concrets, en fait. Je pense que c'est ça. c'est que tu avais Cette prise de hauteur, mais à la fois une vraie connaissance du terrain qui faisait qu'elle te suivait, qu'elle te faisait confiance. C'était vraiment chouette de voir à quel point les équipes pouvaient te suivre. Tu avais vraiment, je pense, cette vision de ce que tu voulais faire sur le terrain, comment c'était applicable. Et les équipes, elles étaient à fond derrière. Ça, c'était génial.
- Speaker #0
Exactement. J'avais l'impression vraiment de donner des conseils. Tu vois, on venait me chercher pour résoudre parfois des problèmes. Mécité. C'était plus du conseil que je venais donner, transmettre à la coordinatrice ou à la gestionnaire du développement ou à la gestionnaire de l'administratif. Après, tu vois, je me sentais quand même, j'avais un peu l'impression d'avoir fait le tour. Et contrairement à ce que je pensais, parce que j'ai toujours pensé que je ferais ça toute ma vie. Je me disais, ma boîte, c'est mon bébé, je ne le lâcherai jamais. Je me suis dit, je suis un peu à l'étroit. Donc, j'ai décidé de transmettre la girafe et de toilette à ce moment-là. Ça a été une décision difficile, mais je voulais parler au plus grand nombre. Je ne voulais plus parler qu'à mes 45 salariés et à mes 145 familles. Et donc, en 2022, j'ai vendu La Girafe étoilée. Ça a été un long processus à l'intérieur. Mais voilà, fin 2022, j'ai arrêté. Et c'est là que j'ai créé le podcast Références Petites Enfances.
- Speaker #1
Donc, tu as vendu en octobre 2022. Et en janvier 2023, tu commençais le podcast. Ça a été super rapide. Alors, qu'est-ce qui t'a... poussé à faire ce podcast. Pourquoi un podcast ?
- Speaker #0
J'adore les podcasts. Pendant le Covid, j'ai découvert ce média et j'en écoute tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et je me dis, à ce moment-là, pourquoi pas me lancer là-dedans, puisque j'ai envie de transmettre. Vu que mon but, c'était vraiment de transmettre un message. Mon message, mon objectif, c'était vraiment de montrer que tu peux faire de la qualité en microcrèche, qu'on ne doit pas se résigner, parce que c'est difficile et surtout, on doit comprendre que c'est un métier technique. C'est pas comme à la maison, comme j'ai pu l'entendre tellement de fois. Il y a une vraie technique de travail et c'était ça que je voulais transmettre. Vraiment, transmettre aux pros de la petite enfance qui m'écoutaient, on est là, on peut y arriver ensemble. Vous n'êtes pas tout seul et aux gestionnaires, la même chose. Vous n'êtes pas tout seul, je vais vous donner des clés et on doit tous s'unir, on doit tous se fédérer. mais je veux sortir de l'opposition aussi entre les salariés et les patrons. Vraiment, tu vois, aider les gestionnaires à trouver leur place dans le soutien. à l'équipe pour faire de la qualité. Mon but vraiment, c'est d'augmenter, de participer à l'amélioration de la qualité dans les crèches.
- Speaker #1
Ça fait deux ans maintenant que le podcast existe. Il y a une centaine d'épisodes, je pense, en ligne.
- Speaker #0
En fait, au début, j'ai voulu vraiment transmettre des process de travail. Je faisais des épisodes en solo, ça a duré 24 épisodes. Après, j'ai voulu faire parler d'autres gens pour créer vraiment une communauté et fédérer les gens autour de ce message de qualité d'accueil et comment on va faire. pour faire cette qualité d'accueil et vraiment le côté opérationnel pour donner des techniques concrètes et applicables. Et ensuite, le fait que je parte justement sur des choses très applicables a fait que les gens sont venus me poser des questions et me dire est-ce que tu peux m'aider dans ma crèche, j'ai tel problème, etc. Donc moi au début, je répondais de façon informelle. Après, on m'a demandé du conseil en me disant est-ce que tu peux faire une mission dans ma crèche ? Et je disais non, je ne peux pas. Ce n'était pas ce que je faisais dans mon esprit. Et finalement, un jour, c'était Barbara, la première personne à qui j'ai dit oui. Elle m'a demandé de l'aider à monter sa micro-crèche. Barbara, c'est une infirmière. Elle voulait faire un truc hyper qualitatif. Et elle me disait, j'ai peur de ne pas savoir faire, de ne pas faire les bons choix, etc. Et j'ai dit oui. Donc, ça a été le début. J'ai accompagné Barbara dans la création de sa crèche. Barbara, elle a ouvert sa micro-crèche quelques mois plus tard. C'est une réussite. Et je me suis dit, continuons à aider les gens. Et c'est là que je t'ai dit, vas-y Aurélie, on monte la société de conseil. On ne s'arrête pas à Références Petites Enfances, le podcast. On va aider les gens à ouvrir leur crèche ou à gérer leur crèche. Aujourd'hui, c'est vrai qu'on a aussi beaucoup de demandes maintenant de gestionnaires de crèche qui ont besoin plus d'aide dans la gestion. sur des thématiques assez récurrentes. Souvent, ça a été... des problématiques de management ou des problématiques d'inscription, d'optimisation financière, parce qu'en fait, c'est très difficile aujourd'hui avec l'inflation. On ne peut pas se permettre de faire des approximations. On doit être hyper carré sur la gestion de notre entreprise. Et vraiment, pour financer la qualité, je crois que c'est ça qui est le plus important, c'est de se souvenir qu'on fait tout ça pour bien accueillir les enfants et donc faire de la qualité, et ça, c'est un coût. Il ne faut vraiment pas lésiner là-dessus et se dire, je vais réduire mes coûts à droite et à gauche. Il vaut mieux travailler sur les rentrées d'argent plutôt que de réduire sans arrêt et faire un peu du low cost, tu vois.
- Speaker #1
D'après toi, ces gens qui se lancent dans le milieu de la petite enfance, qu'ils soient gestionnaires ou porteurs de projets, ils ont besoin de quoi ?
- Speaker #0
Les entrepreneurs, en fait, ils sont idéalistes. Ils veulent faire un truc incroyable. Ils veulent accueillir des enfants avec qualité et ils imaginent des professionnels hyper enthousiastes, contents. Les enfants ravis, qui rigolent toute la journée. Après, ils ont un moment de déception, parce qu'ils se rendent compte que c'est difficile sur le terrain. Les professionnels, ça peut être tendu. Et parfois, ils sont frustrés, les professionnels. Parfois, ils sont absents. Il y a de la tension. Les enfants, si les professionnels ne savent pas gérer la crèche, si on n'a pas la bonne organisation, ils pleurent. Les enfants, ils ne sont pas en train de sourire béatement toute la journée. Donc, il peut y avoir de la déception. Et puis les parents aussi, de fil en aiguille, ils vont faire des remontées et dire ça ne va pas du tout. Donc pour le gestionnaire, ça peut être dur, ce principe de réalité, de se dire en fait ce n'était pas du tout ça que j'avais dans la tête. Ce dont ils ont besoin, c'est de clé pour appliquer ce qu'ils avaient dans la tête, c'est-à-dire traduire sur le terrain tes idéaux, tes principes éducatifs. Et c'est ça qu'on essaye de leur apporter, toi et moi, dans Références Petite Enfance. C'est vraiment... traduire sur le terrain tes principes éducatifs. Donc pour le faire, il faut avoir une équipe qui est guidée, qui sait ce qu'elle a à faire, qui a un rôle précis. C'est toute une organisation de travail. Parce qu'on ne peut pas simplement se dire, les pros savent. Non, les pros, il faut les guider. En fait, ils ne peuvent pas passer leur temps à réfléchir à comment on va faire pour donner le biberon à la bonne heure à Paul. C'est trop compliqué. Il y a beaucoup de questions qui se posent toute la journée.
- Speaker #1
Et beaucoup de technicité, en fait,
- Speaker #0
qui emploie beaucoup de mots. Travail technique qui nécessite de résoudre plein de micro-problèmes toute la journée. Et moi, ce que je propose, c'est d'anticiper toutes ces questions-là pour alléger la charge mentale du professionnel. Tu vas lui donner une organisation très précise. Mais quand je dis très précise, c'est vraiment très très précise. Et c'est vrai qu'il y a des personnes qui pensent, des gestionnaires notamment, ou des managers de créage, des directrices. qui pensent que c'est trop précis, donc ça risque de contraindre et de rendre les gens trop exécutants. Alors que moi, je leur dis, c'est le contraire. Plus tu vas être précis, plus tu vas guider ton professionnel, plus tu vas le libérer de plein de questions qui ne sont pas du tout créatives et pas du tout utiles. Et en fait, il va pouvoir avoir de la bande passante pour redevenir quelqu'un de créatif et d'inspiré. Ça ne veut pas dire non plus que tu les enfermes dans un mode de travail. Il y a beaucoup d'écoute. Ce n'est pas non plus quelque chose qui est gravé dans le marbre. On est d'accord ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas gravé dans le marbre. Mais par contre, ce qu'on explique aussi à nos gestionnaires et à nos managers, c'est que quelque chose qui est écrit a une bonne raison. Donc, on ne le change pas comme ça à tout bout de champ. Mais on mène des réflexions. L'important, c'est d'être aux côtés de l'équipe pour réfléchir, pour penser l'accueil. Et on n'a pas énormément de temps. de temps pour penser l'accueil aujourd'hui. C'est réduit de plus en plus à cause de la crise financière, je pense, qui a lieu en France. C'est que le temps est limité dans les crèches. On n'est financé que sur du temps d'accueil entre guillemets productif, mais on a besoin de penser l'accueil. Donc, comment on fait pour se libérer du temps, pour penser l'accueil en équipe, pour avancer sur des projets, pour résoudre des problématiques, etc.
- Speaker #0
Et est-ce que tu penses, parce qu'aujourd'hui, on est quand même sur une grosse problématique dans les crèches, outre les soucis financiers que peuvent rencontrer certains gestionnaires, avec l'augmentation des charges, des coûts d'une manière générale. Les gros problèmes aujourd'hui dans la petite enfance, on le sait, c'est les problèmes de recrutement, de turnover. Est-ce que tu penses que d'appliquer une organisation de travail comme ça, ça peut aussi aider à finalement fidéliser et fédérer les équipes ?
- Speaker #1
Oui, ça, j'en suis persuadée. Pourquoi ? Parce que je l'ai vécu. Ça a été démontré dans notre entreprise, où on avait beaucoup moins de turnover que nos collègues. Il y a des pros à qui ça ne convient pas. Notre podcast et notre entreprise s'appellent Références Petite Enfance parce que nous, on applique la référence et on veut vraiment promouvoir ce système de référence dans les crèches. C'est parce qu'on pense que ça a du sens et c'est parce qu'on pense que ça apporte aussi beaucoup de sens au travail pour nos professionnels. Bien sûr que certains professionnels, ils ne vont pas réussir à entrer dans ce système ou ils vont le rejeter. Ils ne vont pas rester dans la crèche. Mais c'est quand même, de notre expérience, si tu te souviens bien, une minorité. Et la plupart de nos professionnels, c'est le contraire. J'ai toujours été ravie d'avoir une guidance et de pouvoir se reposer sur une organisation de travail, sur des attentes clarifiées, savoir ce qu'on attend d'eux, savoir ce qu'ils ont à faire, savoir comment le faire et savoir qu'on sera là s'ils ont des questions. S'ils ont besoin d'aide, on a toujours répondu présent. Et je pense que c'est aussi ça qui fait que nos professionnels ont pu progresser, ont pu avancer dans leur travail.
- Speaker #0
Donc, on l'entend à mal. Tu as une parole très engagée dans la qualité d'accueil, dans le secteur de la petite enfance. Quels sont pour toi les grands défis des années à venir pour le gestionnaire de crèche ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a plusieurs défis. L'un des défis, ça va être vraiment de sortir du lot, entre guillemets. grâce à la qualité d'accueil, se démarquer. Et c'est la qualité qui fait qu'on réussit. Donc, tu ne peux pas ouvrir des crèches et faire un truc un peu approximatif. Pour moi, ça, c'est le premier défi. Ce n'est plus un secteur où, comme il y a 10-15 ans, tu avais une crèche, tout le monde se jetait sur toi pour avoir une place. Maintenant, les parents, ils savent ce qu'ils veulent. Ils ont plus de choix et ils ne vont pas s'inscrire comme ça à l'aveugle. Ils veulent vraiment s'inscrire dans un endroit qui présente des valeurs, des garanties, etc. Donc je pense que... Cette tendance-là, elle va continuer et s'accentuer et que le défi, ça va être vraiment de pouvoir donner des garanties. D'ailleurs, c'est ce qui est demandé dans le nouveau décret, c'est de pouvoir contrôler la qualité dans les crèches. L'auto-contrôle. Donc ça, c'est un premier défi, je pense, c'est vraiment de pouvoir comprendre ton accueil et faire en sorte qu'il soit assez rigoureux pour que tu puisses garantir un certain niveau de qualité. Et le deuxième défi qui va passant, c'est un cercle vertueux. C'est un défi de financement. C'est qu'aujourd'hui, il faut réussir à financer ton accueil parce qu'il n'y a pas de qualité à bas coût. Il faut avoir de l'argent pour financer ton accueil. C'est comment je vais faire pour optimiser au maximum le système. C'est-à-dire, si je suis à la page ou si je suis à la PSU, comment je fais pour avoir un budget qui permette de financer ma masse salariale, mon matériel, etc.
- Speaker #0
Suivre ton budget, ça c'est des choses qu'on voit aussi pas mal auprès des gestionnaires. pas attendre le bilan comptable de fin d'année pour se dire « Ouh là là, mais ça ne va pas du tout en fait » .
- Speaker #1
C'est ça, le deuxième défi dont j'ai parlé, le défi plus de financement, c'est un défi qui implique pas mal de choses. Il faut savoir créer un budget, le suivre, le réajuster, se fixer des objectifs. C'est vraiment le travail de gestionnaire, ça fait partie de son travail parce que tout repose sur lui, les équipes comptent sur lui pour être payées. Les enfants, si on veut bien les accueillir, on doit pouvoir leur fournir un cadre propre, accueillant. avec du matériel en bon état, de la maintenance. Donc tout ça, ça nécessite un suivi financier. Donc c'est une stratégie qu'il faut mettre en œuvre en tant que gestionnaire pour piloter ton entreprise, savoir tout le temps où tu en es par rapport à tes comptes, par rapport à ce que tu as prévu. Et tout ça, ça s'apprend, ça se fait. Ça, c'est un autre défi, c'est qu'on ne peut vraiment pas gérer une crèche à l'aveugle, en naviguant à vue.
- Speaker #0
Si tu avais une baguette magique, qu'est-ce que tu ferais pour changer les choses demain dans le secteur de la petite enfance ?
- Speaker #1
Changer les choses, je pense qu'il faut vraiment de l'argent en fait. Aujourd'hui, on n'a plus les moyens dans les crèches. On est tout le temps en train de réfléchir aux moindres euros. Je pense que si j'avais une baguette magique, ce serait de vraiment libérer un gros budget de l'État pour changer ce système, pour qu'on arrête de faire baisser les coûts et d'essayer de faire des crèches à bas coût. Donc ça, ce serait vraiment, je pense pour moi, le plus important. mais attention La quantité ne doit pas suffire. La quantité, ce n'est pas la qualité. Donc, il ne suffit pas de mettre de l'argent ou des gens dans les crèches. Je pense que vraiment, pour moi, le plus important, c'est d'apporter de la rigueur et du sens au travail, de la technique de travail. Voilà, il ne suffira pas de juste mettre un budget. Même si c'est un peu ce que je t'ai répondu. Si j'avais une baguette magique, je mettrais beaucoup plus de budget. Mais je pense que derrière, tu vois, pour utiliser ce budget, il ne suffit pas de mettre des bras, il ne suffit pas de mettre de l'argent. Il faut que ce budget, il serve à... financer de la technique de travail, donner du sens au travail.
- Speaker #0
Donc des financements, on a bien compris, mais est-ce que ces financements, ça résoudrait le problème actuel de manque de professionnels dans le secteur de la petite enfance ?
- Speaker #1
On est allé tellement loin dans la pénurie de professionnels parce que le système n'a pas réagi, ça a été négligé. Je pense qu'on est très très loin maintenant dans ce problème qu'il ne va pas justement suffire d'un coup de baguette magique pour le résoudre. Puisque la pénurie, elle est mathématique et qu'il y a assez de pros, il va falloir former des pros, etc. Mais c'est vrai que redonner du sens au travail, redonner l'être de noblesse à ce métier, en le rendant de nouveau plus technique, c'est ça qui va faire que les jeunes vont vouloir devenir pros de la petite enfance. Qui a envie de faire un métier qui est montré comme quelque chose de polyvalent, de simple, c'est comme à la maison ? personne n'a envie de se lancer là-dedans, ce n'est pas ambitieux, ça ne donne pas une bonne image. Par contre, si on montre que c'est un métier technique, qu'on va vraiment développer des soft skills, qu'on va développer des qualités professionnelles, qu'on va se rendre utile et que grâce à nous, il va se passer des choses incroyables, eh bien oui, là, les gens, ça va peut-être commencer à les intéresser.
- Speaker #0
L'image qui commence dès la scolarisation, en fait, je crois que là, récemment... Tu as fait Parcoursup avec ta fille. Je ne pense pas, alors qu'elle t'a vu évoluer dans le milieu de la petite enfance, que ce soit un secteur dans lequel elle ait même pensé travailler. On parle beaucoup de la problématique des salaires. C'est vrai que quand on sait qu'on ne va pas avoir peut-être un petit peu plus qu'un SMIC en démarrant, ce n'est pas forcément hyper attractif. En même temps, l'attrait du secteur pourrait compenser cette problématique de revenus. Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour attirer des nouveaux talents dans ce secteur d'avenir en réalité ?
- Speaker #1
Déjà, le côté financier, c'est important de le rappeler, on n'est pas le seul secteur dans lequel il y a des gens qui touchent le SMIC. C'est un métier où tu peux évoluer. Les salaires ont quand même beaucoup évolué depuis les dernières années dans les crèches. Moi, je trouve que ça n'a plus rien à voir les salaires qu'on voit aujourd'hui par rapport à il y a deux, cinq ans. Et puis, les professionnels de crèche, ils évoluent quand même dans les crèches. Il y a plein d'autres secteurs où tu as le même niveau de salaire que dans les crèches. Donc oui, c'est important de valoriser les professionnels par le salaire. Mais non, ce n'est pas la seule explication. Je pense qu'à côté de ça, ce qui compte vraiment, encore une fois, c'est la technicité. C'est de se rendre compte que c'est un métier, ce n'est pas un job. Ce n'est pas une intuition. Ce n'est pas un truc qu'on fait parce qu'on n'a pas fait autre chose. C'est un métier. Et donc, il faut que ce métier-là, il soit plus compris, mieux compris. pour qu'ils soient mieux mis en valeur. Mais si même déjà les gestionnaires, les managers et les politiques, les gens qui travaillent à France Travail, etc., si même déjà eux ne comprennent pas tant que ça le travail, la technique de travail, comment on peut passer le message ? Comment on peut montrer à quel point c'est un beau métier ? Pour l'instant, je pense qu'on va peut-être trop sur le côté « c'est sympa les enfants, ça a du sens parce que c'est notre avenir » . Oui, mais ça ne suffit pas de dire ça. Ça ne montre pas que c'est un métier. Ça montre qu'il y a un bel objectif. Les enfants, c'est notre avenir, OK. Mais ça ne te dit pas c'est quoi concrètement de travailler en crèche et comment tu peux t'améliorer, comment tu peux être performant.
- Speaker #0
On a l'impression qu'on va être assis sur un tapis avec des enfants, avec des clubs et que ça va être super. Mais il n'y a pas cette vision, comme tu dis,
- Speaker #1
technique. Comment tu réfléchis sur le terrain ? Comment tu t'organises ? Et comment tu fais pour apporter quelque chose de positif aux enfants et à l'équipe ? comment tu fais pour que la journée se passe bien, tout simplement, avant de faire un truc incroyable. Déjà, pour passer une journée qui se passe bien avec les enfants et qu'ils se sentent en sécurité et qu'ils rentrent chez eux en ayant passé une bonne journée, c'est déjà un défi.
- Speaker #0
Ce que les auditeurs ont bien entendu à travers tes mots, ta passion, l'exigence que tu mets dans ce métier. Je te remercie d'avoir joué le jeu de cette interview en toute transparence. Moi, tu me disais souvent, je veux révolutionner le monde de la petite enfance, changer le game, comme on dit aujourd'hui. Alors, je ne sais pas si on va révolutionner. En tout cas, ce que je trouve hyper motivant aujourd'hui, c'est d'apporter des solutions aux gestionnaires et aux porteurs de projets. Et ça, c'est déjà vachement bien.
- Speaker #1
T'as raison, je voulais révolutionner, mais j'étais consciente aussi, je ne suis pas si mégalo que ça, je connais aussi mes limites. Donc c'est des petites révolutions à mon échelle. Je suis déjà très contente qu'on puisse aider les gestionnaires de crèche, mais quand même, pour que notre parole soit entendue par le plus grand nombre et qu'on puisse toucher un maximum de gestionnaires qui ont besoin d'aide. Le podcast, déjà, t'as vu, cette année, on est à plus de 58 000 écoutes, donc ça augmente, ça évolue et ça, c'est top. Et puis, grande nouvelle, on est super contentes toutes les deux, on démarre des nouveaux partenariats. Un partenariat avec la Fédération française des entreprises de crèches pour qu'on puisse aider leurs adhérents qui ont des crèches et surtout des micro-crèches. Et puis un partenariat avec les pros de la petite enfance, le Média qui a été créé par Catherine Lelievre en 2016. Et ça c'est top parce que vu que l'objectif c'est d'être entendu par un maximum de gestionnaires qui ont besoin de soutien et de solutions. Un média comme celui de Catherine, qui est vraiment hyper écouté, c'est une opportunité et c'est un partenariat dont je suis très, très fière, moi, personnellement. Je pense que toi aussi, Aurélie, parce que c'est un média qu'on adore et qu'on lit depuis très longtemps. Donc, on crée la boîte à outils du gestionnaire de micro-crèches qui va sortir sur le site des pros de la petite enfance et dans lequel on va donner plein d'outils pratiques et de fiches pratiques. Et ça, ce sera alimenté tous les mois. Donc, ce n'est que le début. Ça commence en juin 2025.
- Speaker #0
suivez-nous suivez le podcast suivez les pros de la petite enfance vous pouvez aussi nous retrouver sur LinkedIn on met des posts régulièrement donc Amal Cosma Aurélie Clément vous pouvez commenter nos posts nous envoyer des petits messages nous dire ce que vous en pensez bref parlez-nous on aime bien avoir des retours bon sur ce allez Amal je te rends ton micro je vais me coller au montage maintenant à tout de suite
- Speaker #1
A tout de suite Aurélie, merci de m'avoir interviewée. Et les auditeurs, comme l'a dit Aurélie, n'hésitez pas à nous envoyer des questions, des demandes pour qu'on fasse de nouveaux épisodes pour y répondre. A bientôt ! Bravo, tu as écouté jusqu'au bout. C'est que la gestion de crèche, ça t'intéresse. Tu as envie de monter ta crèche, mais tu ne sais pas par où commencer. Ou tu as déjà tes crèches, mais tu te sens seule. Tu as peur des projets de réforme. Tu sens que les inscriptions ne sont plus aussi automatiques. Mais tu n'es pas seule. Aurélie et moi, on a vu beaucoup de gestionnaires qui traversent les mêmes doutes que toi. C'est pour ça qu'on a créé Références Petite Enfance. Ce n'est pas qu'un podcast, c'est aussi une agence de conseil. On te partage nos 17 années d'expertise, nos techniques de travail et on t'aide à apprendre de la hauteur pour faire décoller tes crèches. On est là pour en parler avec toi, alors prends rendez-vous, le lien est en description de l'épisode. A bientôt !