- Speaker #0
A quoi ressemblerait ta crèche si tu pouvais t'entourer des meilleurs ? Moi, c'est ce que j'ai fait. Pendant les 15 dernières années, de la crèche collective associative à la micro-crèche privée, j'ai tout expérimenté. La petite enfance est un métier à forte contrainte, mais aussi à forte valeur ajoutée. Avec les meilleurs psys, pédiatres, directeurs pédagogiques et les meilleures formations, j'ai pu développer la qualité d'accueil et la qualité de vie au travail. Alors si toi aussi tu es motivé par la qualité, Bienvenue dans Références Petite Enfance, bienvenue dans ton podcast. Alors Jeanne, vous êtes déléguée nationale, c'est ça, du GEPSO. Je pense que mes auditeurs ne connaissent pas tous le GEPSO parce que nous, on est un podcast qui s'adresse aux pros de la petite enfance. Donc, il y a beaucoup de professionnels de terrain et de gestionnaires de crèches, des personnes aussi qui sont fondateurs de micro-crèches. Donc, c'est assez varié, mais ça reste quand même dans le domaine plutôt crèche. Et moi, je m'intéresse depuis longtemps. aussi à l'accueil des enfants qui sont dans une situation sociale délicate. Donc, c'est plus dans ce domaine-là que vous travaillez. Est-ce que vous pouvez présenter en quelques mots votre travail et le GEPSO ?
- Speaker #1
Alors, le travail de délégué national au GEPSO, qui est une structure associative, c'est surtout un travail de coordination entre ces différents membres. Les membres du GEPSO sont des établissements de statut public. qui interviennent dans le champ de la protection de l'enfance, du handicap et des personnes âgées. On est une association de type fédération, appelée aussi communément tête de réseau. On a vocation vraiment en tant qu'association à favoriser le partage d'expérience entre les professionnels de ces établissements publics. On leur propose aussi des journées de formation et on s'appuie aussi sur l'expérience et l'expertise de terrain des professionnels. pour être force de proposition auprès des pouvoirs publics afin d'améliorer l'accueil des personnes, des enfants, des adultes accueillis dans les établissements.
- Speaker #0
Donc vraiment, c'est une association qui est là au service des établissements qui travaillent pour l'accueil de ce public-là. Donc il y a des enfants, il y a des personnes handicapées, il y a des personnes âgées dépendantes, si je comprends bien. Donc c'est quand même un public vulnérable. Et nous, aujourd'hui, on voulait parler avec vous de la partie petite enfance. Donc parmi le public... concernée par cet accueil social. Ce serait quoi pour vous la spécificité de la partie petite enfance ? Je crois qu'aujourd'hui, il y a 300 000 enfants, c'est ça, qui sont placés en France, dont 10 000 qui sont en pouponnière.
- Speaker #1
Alors, 300 000 enfants environ, effectivement, qui bénéficient d'une mesure de protection de l'enfance et à peu près 70 000 qui sont accueillis au sein d'établissements avec une notion d'hébergement. Puisque dans les mesures de l'aide sociale à l'enfance, vous avez aussi toutes les mesures d'intervention au domicile des parents, quand la situation de l'enfant permet le maintien au domicile.
- Speaker #0
Donc il y a 70 000 enfants qui sont hébergés dans cette situation-là. Et dans ces 70 000, est-ce que j'ai le bon chiffre ? Il y en a à peu près 10 000 qui sont des bébés.
- Speaker #1
Un peu moins, c'est 7 000.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Si on prend la tranche 0-3 ans, c'est plutôt 7 000. Alors vous abordez la question des chiffres qui est un vrai sujet dans notre secteur. le champ de la protection de l'enfance, puisqu'on a un vrai enjeu de fiabiliser, on va dire, la donnée statistique, puisqu'aujourd'hui, on est encore dans un système qui n'est pas suffisamment bien structuré, on va dire, en termes de remontée d'informations, et ce qui fait que sur les différentes données nationales, parfois, on a quelques hésitations et quelques chiffres, voire quelques chiffres contradictoires. Il faut savoir que la politique de l'aide sociale à l'enfance est une politique qui est décentralisée, c'est-à-dire gérée vraiment à l'échelle de chaque département, contrairement au champ des personnes âgées, des personnes handicapées, qui est piloté au niveau national. Je dis ça pour expliquer aussi pourquoi la remontée des données est aussi compliquée, parce qu'il faut la consolider auprès de 101 départements qui vont chacun...
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y a un point commun entre les crèches et les établissements qui accueillent des enfants placés, c'est la PMI en fait, c'est qu'on est vraiment... tous sous la tutelle de l'ASE, qui est l'Aide sociale à l'enfance. Tout à fait.
- Speaker #1
Alors, c'est le conseil départemental, effectivement, qui dit service gardien de l'enfant qui est placé et qui a, depuis les lois de décentralisation, la tutelle de la politique de protection de l'enfant sur son territoire, qui en est le financeur, le garant, qui assure aussi les fonctions de contrôle et qui, pour cela, s'appuie en fait sur des structures. Même si le conseil départemental lui-même a des... des professionnels de l'ASE, notamment ceux qui font le suivi des enfants, les référents à l'ASE ou même des familles d'accueil. Le département s'appuie aussi bien sûr sur des structures, deux types de structures, des structures associatives qui sont majoritaires dans le champ de la protection de l'enfance ou des structures publiques. Et pour ce qui est du GEPSO, nous on fédère ces établissements publics qui sont rattachés au conseil départemental.
- Speaker #0
Vous ne travaillez pas avec les assos, c'est ça, que le public ?
- Speaker #1
On fédère uniquement effectivement les établissements publics exclusivement, mais on travaille en partenariat avec le secteur associatif parce qu'on est dans des logiques...
- Speaker #0
C'est très lié de toute façon.
- Speaker #1
Ouais, de territoire, et puis pour bien fonctionner ensemble au service de l'enfant, il est important effectivement que les établissements publics, comme privés non lucratifs, se connaissent pour articuler aussi leurs actions sur les territoires. La spécificité aujourd'hui en France, pour ce qui est des pouponnières, c'est qu'elles sont majoritairement gérées par des structures de statut public. C'est un fait qui est lié à l'histoire, donc vous trouverez peu de structures de statut associatif qui accueillent les enfants de l'aide sociale à l'enfance sur la tranche 0-3 ans. C'est pour ça qu'on est aussi très bien positionnés, Jebso, sur l'expertise des pouponnières, puisqu'on est les seuls à les fédérer au niveau national. Et autre point aussi important qui me paraît important de vous partager aujourd'hui, c'est qu'on parle beaucoup des établissements, parce que les pouponnières, c'est l'accueil 0-3 ans en établissement. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que certains départements ont fait le choix de ne pas avoir de pouponnières sur leur territoire.
- Speaker #0
Parce que j'ai entendu, oui.
- Speaker #1
Et de s'appuyer uniquement. sur ce qu'on appelle l'accueil familial, c'est-à-dire des familles d'accueil qui sont agréées par le département déclaré et qui accueillent les tout-petits, généralement ce n'est pas que les tout-petits d'ailleurs, ils ont un agrément pour toutes les tranches d'âge à leur domicile. Donc tous les départements français ne sont pas pourvus de pouponnières.
- Speaker #0
Ce sont les deux seuls types de mode d'accueil pour ces enfants-là, il n'y a que soit pouponnière, soit accueil familial, il n'y a pas d'autres structures.
- Speaker #1
Après, vous avez ce qu'on appelle les centres parentaux, centres maternels, qui accueillent l'enfant avec leurs parents. D'accord. Là, on est sur une dynamique aussi d'accompagnement à la fonction parentale avec l'enfant, pour éviter la séparation du bébé avec son parent. Encore une fois, quand les conditions sont unies, parce qu'il faut savoir que quand un bébé est placé et séparé, donc de fait... Il y a des éléments d'évaluation qui ont montré que le maintien avec l'un de ses parents, ou les deux parents, était rendu impossible et le mettait en danger. Donc tout le travail au sein de la pouponnière, ça va être d'évaluer la situation du bébé, l'accompagner au mieux, le rassurer, et surtout évaluer sa capacité à revenir au domicile des parents, puisqu'on part toujours de là. L'objectif, c'est que l'enfant, quand c'est possible, retrouve sa famille.
- Speaker #0
Il y a eu régulièrement des polémiques là-dessus, dans l'histoire de l'accueil des enfants placés. Et il y en a encore, je ne sais pas si c'est toujours le cas en France, sur l'intérêt de l'enfant, l'objectivité des services, les raisons sur lesquelles on se fonde pour placer un enfant, comme vous dites, la séparation ou pas de séparation. Et régulièrement, je pense qu'il y a aussi des familles qui n'acceptent pas les décisions qui peuvent être prises par l'autorité administrative ou judiciaire. Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, on est arrivé à une sorte de maturité, de meilleure connaissance de l'intérêt de l'enfant et qu'on arrive à être meilleur justement sur la marche à suivre et à prendre les bons choix pour l'enfant ?
- Speaker #1
Ce qu'on peut dire, c'est que les travaux scientifiques sur ce qu'on appelle les besoins fondamentaux de l'enfant se sont beaucoup développés au cours des dernières années et ont permis aussi de nourrir. énormément le secteur en particulier sur la petite enfance en protection de l'enfance pour faire une évaluation plus fine de ce qui était bon pour l'enfant. Après, par rapport à cette question de la séparation et de l'insatisfaction de certaines familles, c'est toujours ce qui est un peu difficile à trouver en termes d'équilibre dans le champ de la protection de l'enfance, entre l'intérêt de l'enfant et la place de la famille. J'ai envie de dire qu'on est dans un système où le professionnel va chercher ... Toujours bien sûr l'intérêt premier et l'intérêt supérieur de l'enfant, mais en intégrant l'évaluation aussi des compétences parentales, en associant les familles, en organisant tout ce qui est possible de faire pour que le lien familial soit maintenu. Mais il n'est pas maintenu à tout prix, c'est peut-être ça dont on est sortis aujourd'hui.
- Speaker #0
Pour ces enfants qui sont accueillis en pouponnière, Jeanne, c'est quoi la différence par rapport à une crèche classique ?
- Speaker #1
La première différence c'est que... L'enfant qui est accueilli en pouponnière est accueilli le jour comme la nuit. C'est-à-dire que ça devient temporairement vraiment son lieu de vie. En continuité, vraiment, il y a une notion de prise en soin de l'enfant de façon continue. Ça, c'est la première différence. Ce qui veut dire que les établissements de protection de l'enfance qui sont à Dérange-Also, dont les pouponnières, sont des établissements comme les hôpitaux. où ils sont ouverts 365 jours sur 365 jours. 24 heures sur 24 en continu. Il y a vraiment une organisation autour de la continuité de service et ça tourne jour et nuit et quel que soit le jour de l'année. D'ailleurs, ces établissements relèvent de la fonction publique hospitalière, donc on est vraiment aussi dans cette culture, je dirais, du service en continu du soin. Ça, c'est l'aspect plutôt organisationnel, on va dire, mais lié au fait que ça devient son lieu de vie en quelque sorte. C'est un peu bizarre de dire ça parce qu'il n'y est pas pour une durée longue.
- Speaker #0
Il n'est pas pour une durée longue, c'est-à-dire en général, c'est quoi la fourchette de durée ?
- Speaker #1
C'est un vrai sujet aujourd'hui, puisque théoriquement, on est sur l'accueil d'urgence. C'est-à-dire que la vocation première de la pouponnière, c'est d'accueillir le bébé entre 0 et 3 ans, d'évaluer la situation, de mener vraiment un travail pluridisciplinaire sur l'évaluation de santé, de développement psychique, de détresse, vraiment dans la globalité de l'enfant, sur la base d'une observation professionnelle. d'évaluation aussi des compétences parentales, et ensuite dans un objectif d'orientation, c'est-à-dire orienter le bébé soit dans un retour en famille, soit sur un dispositif dédié à l'accueil de plus long terme. Aujourd'hui, la problématique qui se pose en France, c'est qu'on a une saturation des dispositifs sur les tranches des plus âgés, de plus de 3 ans, ce qui fait que du coup, c'est devenu plus difficile pour les pouponnières d'orienter les bébés en accueil, en placement sur les tranches d'âge supérieur, donc les groupes d'âge, par exemple, de 3-6 ans.
- Speaker #0
Donc quand le bébé a 3 ans, normalement il sort de la pouponnière et il doit arriver dans un autre service qui est spécialisé pour la tranche d'âge suivante. Sauf que là, ce que vous dites, c'est qu'il y a un embouteillage, en fait il n'y a plus de place au-dessus. Du coup, il reste un peu, il stagne dans la pouponnière ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est effectivement ça, il stagne dans la pouponnière. Ce qui fait qu'on va avoir des enfants qui parfois ont 4 ans et restent sur la tranche d'âge d'accueil de 0-3 ans. Ça, c'est la première chose. Après, quand l'enfant a moins de 3 ans... Il a souvent avocation à être orienté plutôt en famille d'accueil, une fois que le travail d'évaluation par la pouponnière a été réalisé. Sauf que là, pareil, embouteillage, on a une problématique aujourd'hui en France nationale, qui est la baisse des assistants familiaux. C'est-à-dire qu'il y a un départ à la retraite qui est assez massif des assistants familiaux, avec un renouvellement qui ne se fait pas à la hauteur, crise d'évocation, et du coup, grosse difficulté à orienter vers les familles d'accueil. Et en plus, vous rajoutez à ça, à ce phénomène... Une pression sur l'accueil, parce que ce qu'on constate aussi, notamment depuis la fin du Covid, c'est une augmentation des demandes de placement des tout jeunes enfants placés à l'aide sociale à l'enfance. La conséquence de ces phénomènes-là, c'est des accueils en surnombre, en sureffectif. C'est pour ça qu'on a documenté avec notre enquête Flash à l'été la situation des pouponnières. C'est pour ça qu'il y a un travail qui est engagé aujourd'hui avec le ministère pour trouver des solutions pour réduire la pression sur les pouponnières, parce qu'en fait... accueillir un enfant dans un groupe en sureffectif au regard des besoins en soins, des besoins de maternage, des besoins de sécurité des enfants, ça peut avoir des conséquences vraiment très négatives pour l'enfant.
- Speaker #0
Pour ce public-là, oui.
- Speaker #1
Pour ce public-là, qui est très vulnérable.
- Speaker #0
Déjà pour les enfants en général, ils ont vraiment besoin d'avoir ce maternage, ce lien avec l'adulte. Mais là, en plus, c'est des enfants qui ont besoin de recréer un lien de confiance avec des adultes qui sont beaucoup plus forts, ces besoins-là, pour ce public.
- Speaker #1
Tout à fait. Pour vous donner un chiffre, Très concret, en 2021, la durée moyenne des séjours en pouponnière, c'était 5,2 mois. Si on prend les chiffres de 2023, on est passé à 7,5 mois. Donc vous avez un allongement de la durée des séjours, un accueil en sureffectif, faute de place dans beaucoup de pouponnières, des difficultés de recrutement parce que les conditions d'accueil se dégradent, et des enfants qui sont accueillis parfois trop tardivement, dans le sens où la situation est très dégradée, parce qu'elle a été repérée. un peu trop tard ou parce qu'il n'y avait pas de place en pouponnière et donc du coup, il a fallu trouver des solutions moins satisfaisantes. Et du coup, il faut aussi mettre en place un accompagnement renforcé pour, on va dire, pallier un peu ces difficultés-là.
- Speaker #0
C'est-à-dire que le résultat de toutes ces difficultés, c'est que finalement, les enfants vont être soit accueillis beaucoup plus tardivement, donc dans une situation qui s'est beaucoup plus dégradée au domicile, soit ils vont être à la pouponnière, mais en sureffectif et donc avec une prise en charge qui, elle, est dégradée également. Donc en fait, on peut dire que c'est la crise dans votre secteur aussi, pas que dans les crèches.
- Speaker #1
Non, pas que dans les crèches. Alors c'est la crise dans le secteur de la protection de l'enfance. Je ne vous apprends rien au regard de l'actualité de la commission d'enquête sur les manquements des politiques de la protection de l'enfance. Aujourd'hui, on a un consensus. Quel que soit l'acteur qui parle, que ce soit le département, que ce soit le Conseil national de la protection de l'enfance, que ce soit les fédérations, que ce soit les acteurs de terrain, tout le monde est d'accord pour dire Nous sommes en crise, nous arrivons au bout d'un système. C'est pour ça que le Conseil national de la protection de l'enfance avait lancé un appel à un plan Marshall pour réformer le secteur de l'aide sociale à l'enfance.
- Speaker #0
Alors pour les auditeurs, la référence au plan Marshall, est-ce que vous pouvez l'expliquer en quelques mots ? C'est quoi l'idée en fait ?
- Speaker #1
Alors l'idée du plan Marshall, c'est devant le constat de sureffectifs, de crises de recrutement, de dégradation des conditions de travail. de lancer un plan national en faveur de la protection de l'enfance, avec des mesures de soutien financier pour soutenir la création de nouvelles places, pour soutenir des mesures en faveur de l'attractivité des métiers et pour renforcer la gouvernance du champ de la protection de l'enfance, puisque aujourd'hui le constat également qu'on fait, c'est que la décentralisation depuis 1983 a été suivie d'un certain nombre de lois. Sauf que ces lois, aujourd'hui, elles ne sont pas toujours appliquées. L'État a beaucoup légiféré, mais sans forcément accompagner.
- Speaker #0
Ce qui explique aussi qu'il va y avoir une divergence d'application entre les départements. Ça, c'est pareil dans les crèches. En fait, chaque PMI a peut-être ses habitudes, son point de vue, ou ne se rend pas forcément compte que son interprétation n'est pas universelle. Et donc, du coup, on peut vivre ça, nous, sur le terrain, comme une injustice, parce qu'on ne va pas avoir le même traitement si on est dans tel département que dans l'autre d'à côté.
- Speaker #1
C'est tout à fait ça. C'est un constat de très forte hétérogénéité d'un département à un autre sans qu'on puisse en plus expliquer les écarts. Donc c'est vraiment un besoin aujourd'hui de retrouver des outils nationaux au-delà du dispositif législatif qui, encore une fois, est quand même assez conséquent. Et si toutes les lois en protection de l'enfance étaient appliquées dans chaque département, je pense qu'on n'en serait pas là, très clairement.
- Speaker #0
Donc la loi, elle est déjà favorable, déjà bonne, c'est juste qu'elle n'est pas appliquée.
- Speaker #1
C'est ça. Sauf sur un point qui est la question des taux d'encadrement Puisque aujourd'hui, si on prend l'exemple des crèches, vous avez des textes qui régissent les taux d'encadrement en crèche En protection de l'enfance, ça n'existe pas Enfin, plus précisément, ça existe, mais uniquement sur la tranche 0-3 ans Donc l'accueil en établissement de type pognère Sauf que le texte date de 1974 Donc autant vous dire que depuis 1974, les enjeux ont beaucoup évolué Les connaissances scientifiques sur les besoins fondamentaux de l'enfant ont beaucoup évolué, les organisations elles-mêmes ont beaucoup évolué. Donc on est sur un texte complètement obsolète. C'est la raison pour laquelle on mène actuellement le GEPSO des travaux en étroite collaboration avec le ministère pour proposer un texte actualisé à l'encadrement en pouponnière. Donc ça c'est fondamental.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui il y a un taux d'encadrement défini par une loi de 1974, mais que pour les 0-3 ans c'est ça ?
- Speaker #1
Que pour les 0-3 ans. Donc il est obsolète.
- Speaker #0
Et ils préconisent quoi comme taux ? …
- Speaker #1
On est sur 1 pour 6 en journée et 1 pour 30 la nuit.
- Speaker #0
C'est tout âge mélangé ? Oui,
- Speaker #1
c'est le point sur les pouponnières. Et sur les plus de 3 ans, on n'a aucun texte.
- Speaker #0
C'est assez surprenant. Et qu'est-ce qui est aujourd'hui demandé par les organisations du terrain comme taux d'encadrement pour les 0-3 ans ?
- Speaker #1
On est passé à 1 pour 5. L'autre point aussi, dans les éléments de proposition, ce n'est pas uniquement une notion de taux d'encadrement, c'est aussi sur les conditions d'accueil. Je m'explique. C'est-à-dire que le taux d'encadrement à lui seul ne suffit pas. Ce qui nous paraît important aussi au regard de la vulnérabilité du public accueilli, c'est aussi la notion d'unité, de groupe, et de rester vraiment sur des unités de petite taille. Pour nous, une unité de cinq enfants est une taille intéressante pour pouvoir faire un vrai travail de qualité. L'autre élément qui nous semble important de prendre en compte également, c'est l'architecture. Vous avez aujourd'hui certains bâtiments qui sont vétustes et qui ne permettent pas toujours une surveillance optimale. Donc si vous avez un bâtiment qui n'est pas bien adapté, déjà il faut bien sûr revoir l'aspect bâtimentaire. Ça, ça prend du temps, donc c'est des transformations de langue. Donc il faut un texte aussi qui prenne en compte la dimension bâtimentaire de façon à garantir véritablement tout le temps la sécurité des enfants. L'autre point est lié à ce que je vous disais sur l'évolution du profil des publics accueillis, c'est-à-dire... des situations des plus dégradées, des situations de prise en charge plus tardive, d'enfants en situation de handicap aussi. Et donc, pour ces situations plus complexes dans la prise en charge, de pouvoir prévoir des taux majorés, parce qu'on a besoin de plus de personnel pour accompagner ces enfants. Donc voilà, c'est un travail... Assez minutieux qu'on est en train de mener là avec notre réseau. Ça a commencé par une enquête nationale sur l'état des lieux, sur différentes données, la durée de séjour, le sureffectif, l'âge d'admission, les parcours, etc. Et là, on est dans la phase de proposition co-construite avec nos membres adhérents pour dessiner le texte demain.
- Speaker #0
Là, on a beaucoup parlé des enfants. Concernant les professionnels, je pense que vous avez un petit peu les mêmes profils. que dans les crèches. Donc, moi, j'ai vu souvent des transfuges dans un sens comme dans l'autre. Donc, un coup, c'est la professionnelle qui arrive du secteur social et qui nous dit, oh là là, c'était dur, j'ai adoré, mais là, il me faut une pause parce qu'avoir des enfants qui sont dans une telle précarité, c'est trop difficile, j'arrive plus. Donc, ils viennent en crèche pour trouver quelque chose d'un peu plus serein, pour faire une pause un petit peu émotionnelle, je pense. Et puis, on a l'inverse. On a les pros en crèche qui trouvent que... accueillir des enfants qui sont aussi privilégiés. Ce n'est pas le cas de tout le monde, mais c'est un peu le discours parfois qu'on a. Ces enfants-là, ils sont suivis, ils ont une famille, ils ont tout ce qu'il faut, un suivi médical, etc. Je ne me sens pas assez utile, je vais aller dans le social, je vais aller à la ZEU. Je ne sais pas si c'est quelque chose que vous vous constatez aussi. Ça se passe comment pour vous au niveau du personnel dans les pouponnières ?
- Speaker #1
C'est important vraiment d'être préparé et d'être formé à la protection de l'enfance. C'est quand même un travail, une clinique très spécifique. Encore une fois, on accueille des enfants en situation de très grande vulnérabilité. Certains ont vécu des traumatismes très importants et il est fondamental que les professionnels qui les accueillent puissent avoir été formés à la protection de l'enfance. C'est une dimension vraiment spéciale pour nous, cette dimension de la formation.
- Speaker #0
Et comment ils sont formés justement là-dessus ?
- Speaker #1
Il existe des formations continues sur la protection de l'enfance. On a également des MOOC qui se développent de plus en plus pour former à la spécificité de l'accueil en protection de l'enfance. Pour ce qui est des fonctions plus éducatives dans le parcours de formation, il y a des stages qui sont prévus aussi en pouponnière, en établissement d'accueil pour se symboliser.
- Speaker #0
Parce que sur la formation initiale, c'est les mêmes diplômes. Vous avez quoi comme diplôme dans les pouponnières ?
- Speaker #1
On a des puricultrices, on a des éducateurs de jeunes enfants. On a des psychologues, des médecins, à temps très partiel bien sûr, et après c'est des fonctions d'encadrement assez classiques, chef de service, direction. Certains établissements peuvent avoir des psychomotriciens, pas tous, parfois c'est en interne. Et puis vous avez aussi les maîtresses de maison. Je pense que vous n'avez pas l'équivalent dans les crèches.
- Speaker #0
Alors dans les crèches, je pense que c'est ce qu'on appelle en ce moment les agents techniques ou les gouvernantes ou les officières. personnes qui font tout le linge, la lingerie, etc.
- Speaker #1
Qui assurent les repas.
- Speaker #0
Qui font tourner la boîte, quoi. Qui font tourner la maison.
- Speaker #1
Qui assurent le nettoyage aussi.
- Speaker #0
Que tout le monde ait du linge, que tout le monde ait à manger, que tout soit propre. Maîtresse de maison, c'est assez joli comme appellation. Vous n'avez pas, du coup, les personnels que nous, on a sur le terrain. Les CAP Petite Enfance Pousse, vraiment, ça commence à partir de l'auxiliaire de puriculture.
- Speaker #1
Et dans les métiers que je ne vous ai pas cités, il y a également... les éducateurs qui ont tous ce travail de lien avec la famille, de travail avec la famille, parce que bien sûr le lien avec la famille n'est pas rompu. Il existe ce qu'on appelle des visites médiatisées dans les établissements, c'est-à-dire l'organisation de visites par les parents auprès de leur enfant, avec ou sans présence d'un tiers. Donc ça c'est un travail au quotidien de lien, ça peut être aussi... Appeler le parent quand l'enfant a de la température, c'est tout ce travail de maintien du lien avec la famille, encore une fois, quand les conditions le permettent.
- Speaker #0
C'est des éducateurs spécialisés qui font ça ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez l'impression, comme nous dans les crèches, qu'il y a une pénurie de professionnels ? Est-ce que vous avez du turnover ou des difficultés de recrutement ?
- Speaker #1
Un des points noirs aujourd'hui dans le champ de la protection de l'enfance, mais j'ai envie de dire même plus globalement, dans le champ du social et du médico-social, c'est la difficulté de recruter, crise des vocations, dévalorisation des métiers dans la société, méconnaissance, difficulté d'exercice. Clairement, nous pensons que si les conditions d'exercice s'amélioraient, par des taux d'encadrement notamment, nous pourrions aussi recréer de l'attractivité et de l'envie de travailler au sein des établissements.
- Speaker #0
Je suis d'accord avec vous. En tout cas, dans les crèches, c'est un problème qui, moi, me semble important. C'est que... Quand le travail est bien cadré, il est très valorisé. Quand on a un rôle précis à jouer, on se sent responsable d'un enfant, qu'il y a du lien qui est créé avec l'enfant et la famille, etc. Mais en revanche, dans une crèche où tout le monde fait un petit peu de tout et où il n'y a pas vraiment de rôle, il faut que tout le monde soit polyvalent, etc., on peut vite se sentir un petit peu un pion sur l'échiquier. Et ça crée aussi, je pense, un désamour du métier. Moi, j'ai vu un film... que vous connaissez bien, qui s'appelle « Bébé placé, la vie de venteux » , qui a été produit par Mélissa Thoriault. J'avais été invitée à l'Assemblée nationale pour la projection du film. Et dans ce film-là, on voit bien, dans cette pouponnière qui a été filmée pendant trois ans, je crois, avant de monter le film, qui est magnifique, on voit bien que c'est une pouponnière dans laquelle le travail est vraiment très cadré, très abouti. Il y a vraiment des rôles, de la continuité de soins, des échanges. pluridisciplinaire. Il y a beaucoup de choses qui se passent pour ces enfants. Et c'est ça qui valorise le métier, en fait. C'est ça qui fait que les personnes, elles sont vraiment investies d'une mission. Moi, ce que j'ai compris, en tout cas, des échanges qu'il y a eu lors de cette projection, c'est que c'est une pouponnière qui ne représente pas la majorité de ce qui se passe sur le terrain.
- Speaker #1
C'était une pouponnière présentée, effectivement, comme un peu modèle, j'ai envie de dire. Pour autant... Sur le terrain, alors moi je me déplace beaucoup dans le cadre de mes fonctions auprès des pouponnières adhérentes. Ce que vous retrouvez de façon systématique dans les pouponnières, et ça je tiens vraiment à le dire parce que c'est une réalité, c'est l'engagement des professionnels. Même dans des situations très tendues, de sureffectifs en termes d'accueil d'enfants et de sous-effectifs en termes de professionnels, vous avez des professionnelleux. Je mettrais professionnels eux, parce que c'est majoritairement des femmes, qui sont vraiment engagées très très fortement en faveur de l'accueil des enfants, et qui ont développé, je dirais, une capacité à inventer, à trouver des solutions à toute épreuve. On l'a d'ailleurs beaucoup vu pendant la période Covid. Ça a été beaucoup documenté aussi par un travail d'enquête, un travail aussi d'article, où les professionnels étaient au front, étaient bien présents et ils n'ont pas lâché.
- Speaker #0
J'imagine que... On peut se tromper à la limite en croyant qu'on a la vocation sociale, mais en général, on ne reste pas très longtemps dans ce cas. Et si on reste vraiment auprès de ses enfants, c'est qu'on a des convictions et qu'on s'investit énormément. Sinon, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
On dit souvent, effectivement, qu'on n'est pas en protection de l'enfance par hasard. Ce n'est pas possible, je pense, pour garder l'engagement qui est nécessaire. Après, non, toutes les pouponnières n'ont pas tous les mêmes moyens d'encadrement, n'ont pas tous le même projet éducatif et d'établissement aussi abouti, mais je dirais que c'est tout ce qu'on cherche à faire au niveau du GEPSO pour accompagner au mieux dans un objectif de qualité, pour trouver justement cette organisation en symbiose autour de l'enfant. Et pour ça, il faut pouvoir clé déjà les établissements et moyens. Parce que c'est bien beau d'avoir un texte avec des propositions en termes d'encadrement et de proposer des tailles d'unité, mais il faut qu'au plus haut niveau, les décideurs politiques et qui financent en soient convaincus et apportent ensuite les moyens à hauteur. Parce que tout ce que je développe là autour de la spécificité de l'accueil du jeune enfant en protection de l'enfance, de la clinique spécifique, de l'importance de la pluridisciplinarité, de ce que vous avez vu dans le film, sur ce fonctionnement en équipe, ça nécessite des moyens. Et il faut qu'il soit compris. La demande de moyens doit être comprise auprès des autorités tutelles. C'est tout ce travail-là de valorisation et aussi de pédagogie, finalement, pour dire, si on veut un accompagnement dans de bonnes conditions, c'est ces moyens-là dont nous avons besoin pour que ça fonctionne, parce qu'on sait que ça fonctionne. C'est là où on est très positif, c'est-à-dire quand on a la bonne équipe financée. avec des professionnels qui soient formés, et le film le montre bien, ça fonctionne. Et ça, c'est important de le redire aussi dans un contexte de crise, où on ne parle pas toujours positivement du secteur parce qu'il y a des dysfonctionnements. La protection de l'enfance a une mission, c'est déjà de sauver des vies, de protéger. Le GEPSO s'est d'ailleurs associé à un programme qui s'appelle le programme Pégase, qui est un programme d'accompagnement suivi à la santé. des jeunes enfants accueillis dans les pouponnières. C'est un programme qui a été lancé en expérimentation en 2019, qui arrive en fin d'expérimentation là cette année, et qui montre en fait que quand on met en place un protocole de santé avec des soins adaptés pluridisciplinaires, on contribue à améliorer le parcours de l'enfant, on réduit aussi sa durée de prise en charge, parce qu'on repère les besoins plus tôt, on est dans la prévention précoce, etc. Donc... Ça marche, ça marche la protection de l'enfance, mais il faut lui donner les moyens et les compétences, vraiment les compétences.
- Speaker #0
C'est Isabelle Santiago, la députée du Val-de-Minte, qui m'avait invité à voir ce film. Je sais qu'elle défend beaucoup les projets de réforme pour favoriser la valorisation du travail dans les pouponnières. Donc, il y a la question, bien sûr, des vocations, comme vous disiez. Dans les crèches, parfois, enfin souvent même, on dit oui, mais elles ne sont pas assez payées. C'est pour ça qu'elles ne veulent plus travailler dans les crèches. Moi, je pense que c'est une vision un peu réductrice du problème parce qu'en général, quand on choisit son métier, il y a différents critères. Si le critère financier est très important dans le choix, on ne va pas vraiment se tourner sur ces métiers-là. Donc, généralement, ce n'est pas le premier critère de choix dans ces métiers-là. Ça ne veut pas dire que les personnes qui travaillent dans le secteur de la petite enfance travaillent gratuitement et bien sûr qu'elles voudraient avoir une meilleure valorisation salariale. Est-ce que, du coup, dans le secteur de la protection de l'enfance, là où dans les crèches, déjà, si vous êtes dans une ville où il y a énormément de concurrence entre les crèches pour recruter, les salaires peuvent exploser tout d'un coup parce qu'on veut absolument récupérer les diplômés du secteur ? Est-ce que dans les pouponnières, c'est un petit peu plus homogène ?
- Speaker #1
Les agents relèvent des grilles de la fonction publique hospitalière, ce qui veut dire qu'effectivement... Quand vous embauchez un professionnel au sein de ces établissements, vous êtes dans l'obligation de respecter les grilles en vigueur. Vous avez assez peu de marge de manœuvre par rapport à la dimension salaire. Ce qui veut dire aussi que ce qui va faire la différence, c'est votre qualité de vie au travail, c'est la qualité de formation que vous allez proposer aux professionnels, c'est la dynamique interne, c'est l'esprit de travail au sein du collectif, c'est tout ça en fait qui va faire la différence. Nous, ce qu'on dit aussi, et c'est en lien avec la question de la compétence et de la nécessaire spécialisation en protection de l'enfance, les rémunérations sont aujourd'hui insuffisantes pour accueillir et donner envie de travailler dans le secteur. C'est un travail difficile. Vous avez du travail de nuit, vous avez de la continuité de service, vous avez des horaires décalés, vous avez du travail en week-end, alors qu'ils sont aussi pris en compte et compensés par des systèmes de primes, certes. Mais au regard de la difficulté du travail et de l'investissement que ça requiert, ça nécessiterait une valorisation financière supérieure. Pour permettre tout simplement d'avoir les personnels en face des enfants. Ce qu'on peut regretter, c'est effectivement de parfois devoir être contraint de recruter du personnel non qualifié, voire dans le pire des cas, intérimaire, auprès d'enfants qui ont besoin d'un soin spécialisé.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que... Je parle souvent dans le podcast de la continuité de soins, du système de référence en crèche et de l'organisation qui va permettre, si on travaille bien notre organisation, d'avoir cette continuité de soins, que l'enfant ne voit pas toutes les heures une personne différente, qu'à chaque change, ce ne soient pas des personnes différentes qui s'occupent de lui, etc. Je sais que vous n'êtes pas sur le terrain, mais est-ce que là-dessus, vous avez peut-être quelque chose à ajouter dans les pouponnières ? Comment on fait quand on a une telle amplitude horaire ? C'est quoi les astuces pour arriver quand même à conserver de la continuité entre les personnes auprès d'un même enfant ?
- Speaker #1
Vous avez raison, c'est un point extrêmement important, qui est d'ailleurs documenté par les connaissances scientifiques sur les besoins de l'enfant. On sait que l'enfant a besoin d'une figure de référence pour bien grandir. C'est pour ça que dans les taux d'encadrement, c'est aussi quelque chose qu'on prend en compte. Il ne faut pas que l'enfant ait trop d'adultes autour de lui. Donc, on n'est pas dans une recherche de bras pour avoir des bras et pour être autour de l'enfant.
- Speaker #0
C'est très important ce que vous dites, parce que je pense qu'il y a eu vraiment cette confusion à une certaine époque. Et puis, en fait, aujourd'hui encore, je pense qu'il y a certains établissements dans lesquels on peut avoir cette confusion. Les pros, si elles ne sont pas bien conscientes de ce problème de continuité, elles peuvent être vraiment dans cette urgence de dire, on n'est pas assez, on n'a pas assez de bras. D'ailleurs, on entend souvent ça. Moi, j'ai souvent entendu des cadres en crèche, des managers ou quoi, qui disaient, il me faut des bras. prendre des stagiaires, ça va me faire des bras. Et en fait, ce n'est pas les bras. Et parfois, on est plus nombreuses, mais le travail est moins bien fait parce qu'on se pose, on discute. Ça va un petit peu diluer le travail.
- Speaker #1
Oui, et être contre-productif et surtout être, au final, et c'est là où c'est dangereux, néfaste pour l'enfant. Parce que trop d'adultes autour de lui...
- Speaker #0
Ça crée de la discontinuité.
- Speaker #1
Voilà, discontinuité et la figure d'attachement extrêmement importante. C'est pour ça que dans les organisations sont mises en place des systèmes de référence. Il y a des plages horaires qui sont prévues effectivement pour les professionnels et ça doit bouger au rythme de la journée, mais de faire en sorte que ce soit toujours le même professionnel qui tourne auprès du même enfant de façon à ce que l'enfant ait des repères.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que vous avez quand même des plannings assez contraignants. On n'est pas là à dire, moi, mardi j'ai piscine, jeudi j'ai le kiné. Ce n'est pas de la négociation permanente pour acquérir cette qualité de vie au travail. Il y a quand même des contraintes à prendre en compte.
- Speaker #1
Des contraintes à prendre en compte dans l'intérêt de l'enfant et du coup l'importance de valoriser, y compris financièrement, ces contraintes de travail-là. Enfin, je veux dire, c'est un peu comme un...
- Speaker #0
Comme un chirurgien.
- Speaker #1
Comme un chirurgien. Voilà, on ne peut pas faire n'importe quoi. C'est effectivement très normé, quelque part très cadré, mais vraiment, encore une fois, orienté dans l'intérêt du tout petit.
- Speaker #0
Je comprends ce que vous voulez dire. En fait, on pourrait considérer que cette contrainte-là, elle doit s'imposer, puisqu'aujourd'hui, ce n'est pas toujours le cas, en tout cas en crèche. Je ne sais pas en pognard, mais on a des managers de crèche qui pensent... que négocier les plannings, ça permet de fidéliser les professionnels qui y sont, mais qui ne se rendent pas compte à quel point ça peut être délétère pour les enfants. Parce que si on ne soigne pas sa continuité, si on crée de la discontinuité sans arrêt, l'enfant est perdu. Alors effectivement, dans les crèches, il y a peut-être moins de vulnérabilité encore qu'eux. On a aussi des enfants dans les crèches qui peuvent être dans des situations précaires. Ils ne sont pas tous détectés, les enfants qui sont en situation sociale précaire. Donc on n'a pas que des gens hyper équilibrés et hyper favorisés dans les crèches. Il y a de tout aussi. Donc la continuité de soins, je pense qu'elle est nécessaire dans tout établissement qui accueille un public aussi jeune.
- Speaker #1
Aussi jeune, oui. Et puis l'enfant en crèche, je pense que c'est aussi important pour lui. Mais effectivement, la différence, c'est que le soir, il rentre chez lui. Et c'est ça qui fait vraiment toute la différence. C'est pour ça qu'on alerte autant sur l'importance de pouvoir avoir une valorisation des métiers pour stabiliser les équipes et limiter le turnover, ne pas avoir d'intérim, et éviter, et ça c'est un point aussi extrêmement central, parce qu'on sait les conséquences très négatives pour les enfants, ce qu'on appelle les ruptures de parcours. C'est très moche comme ça, mais les ruptures de parcours, c'est-à-dire que vous allez accueillir l'enfant d'abord, alors... dans la pouponnière, après il va passer à l'accueil familial, ça ne tient pas, ça retourne en pouponnière, et puis il n'y a pas de place en pouponnière, donc on va faire un truc intermédiaire qui est de l'accueil de jour, et ça va repartir, et ça c'est ce qu'il y a de plus terrible pour l'enfant, il peut avoir en l'espace de quelques mois, trois, quatre lieux d'accueil différents.
- Speaker #0
C'est une situation qui semble assez terrible, c'est assez poignant de s'imaginer tout ça, en tout cas pour les auditeurs, vraiment je leur recommande d'aller voir le film dont on parlait, parce que ça permet de se rendre compte. même s'il est vraiment positif, tourné vers l'espoir et l'avenir. Mais on voit quand même que c'est des situations difficiles. Il y a une question qui se pose régulièrement. On me la pose régulièrement, donc je vais vous la poser pour les auditeurs. Il y a beaucoup de personnes qui se demandent pourquoi, qui disent mais il y a tellement de parents qui pourraient adopter, pourquoi on ne les adopte pas, pourquoi ils sont dans les pouponnières, etc. Est-ce que là-dessus, vous pouvez peut-être... éclairer de façon simple, pas trop juridique, mais voilà, c'est quoi qui fait que ces enfants-là restent un petit peu en stand-by ?
- Speaker #1
Déjà, l'objectif premier, vraiment, et c'est tout le travail de l'évaluation, c'est de pouvoir faire en sorte que l'enfant puisse retourner chez ses parents. Après, effectivement, il y a des situations où l'enfant pourrait être adopté si on regarde rétrospectivement son parcours de vie, parce qu'il peut finalement rester en situation de placement toute sa vie. Donc là, on se dit que c'est quand même dommage que l'enfant soit resté en institution, donc dans un lieu collectif, avec toutes les contraintes du collectif, alors qu'on aurait pu peut-être évaluer qu'il ne pouvait pas retourner, c'était impossible de retourner au domicile. Donc là, on revient à la question que vous posiez au départ sur le fameux lien à la famille à tout prix. Je pense qu'il y a encore un peu de ça, toujours un peu l'espoir ou l'envie de croire à un retour, à un lien en famille. Et qui peut-être aussi a un frein.
- Speaker #0
Il y a un frein à l'adoption. Il y a un frein parce qu'on se dit, on ne sait jamais. Peut-être qu'on peut recoller les morceaux.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Et là-dessus, c'est très intéressant d'ailleurs d'écouter les anciens enfants placés par rapport à ce sujet-là qui interroge le système en disant pourquoi je n'ai pas été adoptée ou pourquoi je n'ai pas été adoptée par ma famille d'accueil où j'ai passé ma vie entière.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y a beaucoup de témoignages là-dessus. Voilà,
- Speaker #1
donc c'est un sujet en soi.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, dans le film, toujours le même film, Bébé placé, la vie de venteux, on a cette question aussi de certains enfants qui sont dans une situation d'aller-retour, où les parents viennent, reviennent, changent d'avis, ne reviennent plus. Et on voit bien que c'est des situations qui laissent le choix plus aux parents qu'à l'enfant, en fin de compte.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Alors Jeanne, on arrive à la fin de cette interview. Je ne sais pas si je vous ai posé toutes les questions les plus pertinentes. Je pense que ce qu'on a pu voir, c'est qu'aujourd'hui, c'est la crise dans le secteur de la protection de l'enfance, comme dans les crèches, que vous êtes au travail avec le GEPSO, mais aussi avec les autres organisations et le ministère, pour essayer de trouver des solutions, notamment pour revaloriser les postes, les professionnels, pour que la crise des vocations soit résolue. On a une crise des vocations, que ce soit dans les établissements, au poste des accueillants. mais aussi au domicile. Et ça, c'est pareil pour les enfants qui ne sont pas placés parce qu'on a aussi, pareil, les assistantes maternelles qui partent en retraite. Donc, j'ai l'impression que c'est quand même un peu la même soupe dans les deux cas. Donc, vous êtes au travail là-dessus. Pour vous, c'est quoi la perspective d'avenir ? Est-ce que vous avez l'impression qu'on voit le bout du tunnel ? Vous auriez peut-être quelque chose à souhaiter pour le secteur ?
- Speaker #1
Au bout du tunnel ? Je ne sais pas. Quand je vois les discussions budgétaires actuellement au Sénat, je suis assez inquiète en réalité, puisque aujourd'hui on a des baisses de dotations qui sont prévues à l'endroit des collectivités territoriales, y compris les départements. Et ce qui commence à nous remonter de façon très nette de la part des établissements, c'est qu'il y a des baisses de budget. qui ont des conséquences immédiates, directes, sur l'offre auprès des enfants. Donc voilà, j'ai vraiment le sentiment qu'on a quand même avancé, au sens où il y a un diagnostic partagé par l'ensemble des acteurs, il y a des rapports qui mettent les mots sur la situation, il y a une commission d'enquête qui, je l'espère, va permettre d'approfondir aussi ces analyses. Après, le changement viendra du politique, qu'on essaye d'influencer un peu, mais... Mais voilà, vous connaissez le contexte financier. Moi, je pense que le changement peut venir aussi des premiers concernés. Je crois beaucoup aussi à la mobilisation, pas uniquement des professionnels comme ceux qui sont investis au GEPSO, mais aussi des personnes qui connaissent, de par leur vécu,
- Speaker #0
ceux qui ont vécu ça en tant qu'enfants,
- Speaker #1
qui ont vécu ça en tant qu'enfants et qui peuvent porter aussi la question de la protection de l'enfance au plus haut niveau pour faire bouger les lignes, parce qu'en vérité, c'est un sujet de société. Et je pense qu'on arrivera à véritablement faire avancer le secteur quand on en fera un sujet de société, quand on mettra la politique de l'enfance dans toute sa globalité, et pas uniquement de la protection de l'enfance, mais de l'enfance, qui permet d'intégrer vraiment la question des droits de l'enfant au sens le plus large du terme dans les politiques publiques. Sauf qu'aujourd'hui, effectivement, c'est plus les questions de sécurité, de défense nationale, d'immigration qui sont à l'ordre du jour. Donc c'est là où il y a encore tout un travail. de sensibilisation aussi pour faire du sujet de l'enfance un vrai sujet, parce que c'est une politique sur laquelle on a intérêt à investir. C'est-à-dire que quand on investit dans l'enfant, quand on investit dans la petite enfance, c'est autant de gains au final pour la société, parce qu'on sait très bien qu'un enfant mal accompagné, un enfant avec des problématiques de santé, un enfant qui dans sa vie d'adulte sera au chômage parce qu'il y a eu un parcours difficile, ça va être des coups. Pour la sécurité sociale, il y a une étude de Lancet qui a très bien chiffré les coûts pour la société d'une mauvaise prise en charge. Donc, je veux dire, si on raisonnait d'un point de vue purement financier, on a tout intérêt vraiment à investir vraiment ce Ausha.
- Speaker #0
Oui, clairement. Et d'ailleurs, dans le film, justement, Mélissa Thériault disait qu'ils avaient essayé de prendre le point de vue de l'enfant, de se mettre à la place de l'enfant. C'est vrai que les enfants de 0 à 3 ans, on ne les entend pas trop. Ils sont un peu invisibles. Voilà, ils ne parlent pas trop. trop, enfin voilà, ils n'ont pas la parole, donc c'est souvent on parle plus des parents et des professionnels que de l'enfant lui-même, et en fait l'idée de faire parler les enfants qui sont devenus adultes mais qui ont été dans cette situation, c'est vrai que c'est beaucoup plus parlant, on en entend régulièrement des témoignages sur des podcasts, où il y a des livres aussi, parfois ils publient des livres pour raconter leur histoire, mais c'est vrai que ça reste encore un peu anecdotique, peut-être que la solution elle est là, c'est vrai de pouvoir porter cette réalité. et de pouvoir témoigner pour que ça fasse bouger les choses.
- Speaker #1
Oui, alors les 0-2 ans ne parlent pas. En revanche, ils expriment des choses qu'un regard aguerri d'un professionnel avec ses outils peut déceler.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, ils expriment des choses dans le cocon avec l'adulte. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on ne les voit pas défendre leurs intérêts dans les médias.
- Speaker #1
Et l'enfant ne vote pas. Donc,
- Speaker #0
ils sont invisibilisés d'une certaine manière, même si nous, quand on est sur le terrain, on parle avec eux et on voit très bien de quoi ils ont besoin. Mais... Il faut aussi qu'ils puissent se défendre et ce n'est pas le cas. Donc peut-être qu'effectivement, si c'est les anciens enfants placés qui prennent ce flambeau, ça fera aussi la différence. Est-ce que c'est le cas du coup ? Est-ce que vous avez beaucoup de personnes qui se mobilisent sur ce sujet-là, d'anciens enfants placés ?
- Speaker #1
Alors encore trop peu, je pense, pour que les lignes bougent, mais de plus en plus, effectivement. Donc on a une structuration des associations d'anciens enfants placés avec les réseaux nationaux, qui sont les réseaux dits ADPAP et Repères, qui sont organisés territorialement pour offrir des espaces aussi d'entraide entre anciens enfants placés, et puis aussi qui ont élargi vraiment leur mission dans des vocations de plaidoyer. D'ailleurs, le GEPSO vient de sortir avec la Fondation Jean Jaurès et plusieurs de ses associations. Un livre blanc, 70 propositions pour les enfants à protéger, et ça on a vraiment tenu à le co-construire avec les premiers concernés. Et puis, on a aussi une culture de la participation au sein des établissements qui se met de plus en plus en place et de plus en plus tôt, ce qui permet aussi de favoriser l'expression et la prise en compte de la parole de l'enfant, je dirais dès le plus jeune âge, ce qui va favoriser après le fait, déjà dans son parcours de vie, d'exprimer ses choix. et ses mécontentements et ses difficultés, mais ensuite aussi de pouvoir être, on l'espère en tout cas, un citoyen demain qui est aussi le porte-voix des enfants placés. On a le comité de vigilance des anciens enfants placés qui s'est mis en place au moment du lancement de la commission d'enquête sur les manquements des politiques publiques de la protection de l'enfance, qui a cette vocation-là aussi d'être... en vigilance pour s'assurer que le temps de ces travaux, et puis je pense que ça continuera après, tout soit dit et mis sur la table. Donc ça bouge, ça bouge, on a aussi quelques figures, des députés qui ont des parcours aussi, d'enfants placés, enfin voilà. C'est un mouvement qui émerge véritablement, et je pense qu'il sera très fertile quand il sera encore plus structuré, et vraiment nous, en tant qu'association du service public, on cherche au maximum à favoriser cette participation. Je parlais tout à l'heure du Conseil national de la protection de l'enfance qui réunit les principaux acteurs engagés autour de la protection de l'enfance, qui a mis en place, ça date d'il y a quelques mois, un collège des enfants et qui a vocation aussi à permettre la prise de parole des enfants actuellement accueillis pour s'exprimer sur les politiques publiques actuelles. Donc ça bouge, malgré la difficulté, ça bouge dans le secteur.
- Speaker #0
C'est un message d'espoir. Je pense qu'il est peut-être temps aussi que les politiques se rendent compte qu'il ne suffit pas d'avoir la vocation pour faire un métier difficile. Il faut aussi avoir des bonnes conditions de travail et du sens au travail, avoir un métier qui est structuré, qui est bien rémunéré aussi. Pouvoir absorber des contraintes qui sont existantes, on ne peut pas les effacer. Pour les absorber, ces contraintes, il faut mettre des choses en place. Et il ne suffit pas de se dire que c'est un métier à vocation, c'est un métier de femme, etc., comme c'était le cas avant. C'est l'histoire de l'humanité, de notre société. Les femmes ont endossé cette charge pendant des siècles, et puis maintenant, c'est un petit peu différent. Les femmes, maintenant, elles veulent bien encore faire ce travail-là. On voit que c'est quand même encore en majorité des femmes, mais pas dans les mêmes conditions. Et donc, on peut avoir cette vision très positive de ce métier, en se disant qu'il y a du sens, on est là pour un public qui a vraiment besoin de nous. qui est vulnérable, mais ça ne suffit pas en fait. Il faut aussi que le métier soit revalorisé. Merci beaucoup pour votre travail au GEPSO, pour les pros qui se battent sur le terrain. Ça, vous l'avez dit très bien, c'est que malgré la difficulté, quand elles sont là, elles ne font pas les choses à moitié. C'est un bel hommage que vous leur avez rendu. Moi, ce que je vous propose, c'est de revenir sur le podcast pour nous refaire un topo sur les avancées, quand il y aura eu du nouveau de votre côté. Est-ce que vous reviendrez nous raconter tout ça ?
- Speaker #1
Avec plaisir, j'espère revenir vers vous avec des bonnes nouvelles, des avancées. Je voulais aussi, je tenais vraiment à vous remercier aussi, parce que ça participe aussi de ce travail d'amélioration en faveur des conditions d'accueil en Pouponnière, que de mettre en visibilité ce qui se passe dans ces établissements, finalement qui sont peu connus du grand public. Moi j'ai eu la chance de visiter plusieurs Pouponnières en France, mais... Voilà, c'est normal, c'est des lieux très spécifiques, qui sont très codés aussi dans la manière d'organiser et d'ouvrir l'espace. Donc voilà, il faut en parler. Ce film aussi, Bébé placé, le fait très bien. Et plus on aura aussi ce travail d'explicitation sur ce qu'est le métier et ce qu'il a besoin pour bien fonctionner, je pense plus on arrivera aussi à faire avancer les choses. Donc vraiment un grand merci d'avoir fait cette proposition et j'espère vraiment revenir vous revoir dans quelques mois.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Ce sujet-là, il m'a toujours intriguée, mais de loin. Et c'est vrai que le film, ça m'a énormément appris de choses. Il est très, très beau. Je recommande vraiment aux auditeurs de le regarder. Je vais mettre le lien dans les notes de l'épisode. Je ne sais pas si vous avez d'autres ouvrages ou documentaires ou films à recommander. Et puis peut-être me dire s'il y a eu des retombées depuis la sortie du film. Des retombées,
- Speaker #1
ça je ne saurais pas vous le dire, mais je vais pouvoir vous orienter vers un documentaire qui a été réalisé au sein d'une pouponnière dans le Calvados, qui se place là du point de vue non pas du bébé mais du professionnel. Où du coup la caméra vient justement aussi décrire ce travail vraiment de dentelle qui est fait pour accompagner les enfants, je trouve qu'il est très bien fait. On a eu aussi cette semaine, c'est la semaine des 35 ans de droit de l'enfant, on a eu un... Un petit reportage au sein de la Pouponnière de Saint-Brieuc avec le témoignage des professionnels, c'est passionnant. Je vous mettrai aussi le lien. Les retombées, c'est difficile à évaluer.
- Speaker #0
Ça fait parler quand même.
- Speaker #1
Oui, et puis c'est la protection de l'enfance. Quoi qu'on en dise, on en parle quand même de plus en plus. Alors pas toujours dans les meilleurs termes et parfois sous le terme uniquement du scandale. Et ça, vraiment, on le regrette parce que ce n'est pas représentatif de tout ce qui se passe dans le secteur. Encore une fois, il y a plein de choses extraordinaires qui se passent.
- Speaker #0
C'est pareil, dans les crèches, on est vraiment sous les feux des projecteurs avec les scandales. Dans les EHPAD, il y a eu le film Les Fossoyeurs. Ensuite, dans les crèches, il y a eu Les Ogres. Je ne vous souhaite pas qu'il y ait un livre sur les pouponnières, mais c'est vrai qu'on passe par des crises. En même temps, c'est ce qui fait aussi bouger les choses. Je pense que le scandale peut permettre parfois quand il repose sur une réalité, évidemment. Parce que si ça ne repose sur rien, c'est sûr que c'est vraiment délétère. Peut-être que la crise peut parfois permettre aussi de faire bouger... l'opinion publique et puis les politiques.
- Speaker #1
Ce qui est compliqué aujourd'hui, c'est de se dire, enfin de se rendre compte, parce que c'est ce qui s'est passé, c'est factuel. La nomination d'Adrien Taquet en tant que secrétaire d'État à l'enfance est intervenue après la sortie d'un documentaire, d'un reportage à charge sur la protection de l'enfance. Moi, c'est ça vraiment que je regrette aujourd'hui, c'est que le politique avance à coup de scandale. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, On sait que des scandales peuvent se reproduire, aujourd'hui, demain, si rien n'est fait. Et c'est ça qu'on aimerait pouvoir faire passer comme message, c'est-à-dire, on a les moyens d'éviter de nouveaux drames, et voilà un peu les solutions qu'on vous propose, qui ne sont pas des solutions miracles, qui sont des solutions d'investissement, de moyen terme, mais il faut absolument les mettre en œuvre, sinon, on aura de nouveaux scandales, je le dis très clairement. Donc voilà, c'est vraiment ça qu'on peut regretter, c'est finalement d'avancer à... à coup de drame, vraiment, alors que des dispositifs existent pour que ça fonctionne mieux. Mais après, c'est une question politique.
- Speaker #0
Une question de volonté politique. Eh bien, merci beaucoup, Jeanne. J'étais ravie d'avoir cet échange avec vous. Vous m'avez appris plein de choses. Je pense que les auditeurs vont vraiment se régaler aussi parce que c'est un sujet, les pros de la petite enfance, ils ont quand même le social au fond du cœur, qu'il soit dans la protection de l'enfance ou pas. Parce que même quand on est en crèche... On veut s'occuper des autres. Et c'est que des personnes qui ont à cœur de s'occuper des enfants le mieux possible. Donc, je vous dis à très bientôt. Et bon courage pour les réformes.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Vous aussi, parce que je sais que dans les crèches, il y a aussi du boulot en cours.
- Speaker #0
Solidarité. Allez, à bientôt, Jeanne.
- Speaker #1
À très bientôt. Merci beaucoup. Bye bye. Au revoir.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il t'a plu et que tu en ressors inspirée. Si c'est le cas, abonne-toi pour ne rater aucun épisode. Parle-en autour de toi et surtout laisse-moi une note 5 étoiles et un avis sur Apple Podcasts ou Spotify. A la semaine prochaine !