- Speaker #0
A quoi ressemblerait ta crèche si tu pouvais t'entourer des meilleurs ? Moi, c'est ce que j'ai fait. Pendant les 15 dernières années, de la crèche collective associative à la micro-crèche privée, j'ai tout expérimenté. La petite enfance est un métier à forte contrainte, mais aussi à forte valeur ajoutée. Avec les meilleurs psys, pédiatres, directeurs pédagogiques et les meilleures formations, j'ai pu développer la qualité d'accueil et la qualité de vie au travail. Alors si toi aussi tu es motivé par la qualité, Bienvenue dans Références Petite Enfance. Bienvenue dans ton podcast. Bonjour à tous et bienvenue sur Références Petite Enfance. Aujourd'hui, j'accueille Caroline Vallette. Bonjour Caroline.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Donc, tu es EJE, mais tu es aussi gestionnaire de crèche. Est-ce que déjà tu peux me dire, pour les auditeurs qui ne te connaissent pas, qu'est-ce qui t'a amené dans la petite enfance initialement ? Et ensuite, tu me diras ce qui t'a donné envie de devenir entrepreneur.
- Speaker #1
Effectivement, je suis éducatrice de jeunes enfants depuis 2013, mais j'ai commencé bien avant cette date-là. puisque depuis que j'ai 17 ans, je travaille vraiment dans le milieu du social et de la petite enfance. Depuis l'obtention de mon BAFA à 17 ans, j'ai commencé à travailler dans un centre social et socioculturel auprès des plus petits et aussi auprès des ados pour l'aide aux devoirs.
- Speaker #0
Donc très jeune, tu t'es dit je vais me lancer là-dedans déjà rien que par le BAFA, mais tu ne parles pas de vocation, ce serait quoi pour toi ce cheminement ?
- Speaker #1
Je fais toujours attention aux mots que je choisis par rapport à vocation ou métier, passion. Pour simplement ne pas tomber dans les clichés et aussi éviter le « j'aime les enfants, donc je veux travailler avec » . Pour moi, je parle plus de sensibilité, une certaine empathie, une certaine volonté d'échanger avec les autres. D'un certain côté, je me décris comme étant plutôt humaniste, donc je pense que ça fait partie de ma personnalité et de l'éducation que j'ai pu avoir.
- Speaker #0
Ouais, tu veux sortir du cliché du métier passion, mais quand même, c'est un métier que t'aimes et t'es pas arrivé là non plus. par hasard, comme tu aurais pu faire vendeuse en boulangerie. Il y a quand même une volonté de participer à l'éducation et d'accompagner des personnes.
- Speaker #1
Tout à fait. La petite enfance aussi, parce que c'est des moments d'innocence, c'est des moments de beauté aussi. C'est des moments où on ne se pose pas de questions et en même temps, énormément de questions.
- Speaker #0
Donc Caroline, tu deviens éducatrice de jeunes enfants et tu commences à travailler en crèche. Et là, tu as été à plusieurs postes, dont adjointe de direction et directrice. Et finalement, en 2022, tu crées ta propre micro-crèche, qui s'appelle l'Enfance au naturel. Ça se contracte en Léon, c'est super mignon. Qu'est-ce qui t'a poussé à vouloir devenir toi-même entrepreneur et gestionnaire de crèche ?
- Speaker #1
Déjà, je savais que j'étais bien accompagnée pour le faire. C'est important, j'avais des bases assez solides. Comme tu l'as dit, j'étais directrice adjointe dans un premier temps d'un multi-accueil. Et ensuite, j'ai été directrice de micro-crèche. dans des laps de temps assez différents, puisqu'au milieu, j'étais aussi assistante maternelle, maman.
- Speaker #0
Oui, je n'ai pas cité cette expérience, mais assistante maternelle, je trouve que c'est aussi important de le signaler parce que tu as une vision un peu à 360 degrés dans la petite enfance. Complètement.
- Speaker #1
J'ai beaucoup de casquettes qui me permettent de connaître un petit peu les sujets. Alors, je ne dis pas que je connais tout.
- Speaker #0
Non, mais tu as vu plusieurs enjeux, en tout cas. Tu as vu les enjeux en tant que salarié, en tant que garde à domicile. En tant qu'employé parent, en tant qu'employé de structure plus institutionnelle, en tant aussi que maintenant employeur, je pense que tu as une vision des enjeux qui est assez large. Pourquoi en 2022, j'imagine que ça a commencé en 2021, tu t'es dit je vais monter ma propre structure ?
- Speaker #1
Ça a commencé même en 2020, mais en même temps ça a toujours été là. Il faut savoir quand même que les éducateurs de jeunes enfants se sont toujours un peu battus pour... la qualité de l'accueil, pour faire reconnaître leur diplôme, faire reconnaître leurs compétences. Il faut savoir quand même qu'à une époque, on ne pouvait pas se permettre de monter une structure, d'être directrice de structure, sans avoir l'aval d'une infirmière ou d'une puéricultrice. Et c'était très bien, parce que c'était un travail en équipe, mais seul, on ne pouvait pas. Il y a eu des réformes, il y a eu des lois, on a revendiqué nos compétences et nos connaissances, et on a réussi. à pouvoir obtenir des postes de direction en étant un petit peu plus libre aussi de nos mouvements. Donc c'est un peu tout ça moi qui me donnait envie de monter quelque chose, mon propre projet, parce que quand j'ai travaillé en étant directrice, que ce soit dans le public ou dans le privé, j'ai beaucoup apprécié mon métier. J'ai rencontré des personnes formidables qui m'ont embauchée, qui ont travaillé avec moi, qui ont participé à mes projets. Et j'ai aussi connu les contraintes et la réalité de terrain, les taux de remplissage, la nécessité de devoir remplacer au PLV parce qu'on demande toujours plus avec moins. Donc ça fatigue les professionnels qui ont à cœur de travailler auprès des enfants et de leur famille, mais qui sont fatigués par des conditions de travail qui sont difficiles. Il y a des métiers en tension, il y a des métiers difficiles, je pense que la petite enfance devrait en faire partie. S'occuper des petits d'hommes, s'occuper d'êtres humains, ça demande de la patience, ça demande du temps, ça demande de la rigueur, ça demande de supporter les émotions qu'on peut recevoir en nous, sur nous, ça demande énormément d'exigence en fait, et donc ça fatigue. Moi j'ai connu toute cette réalité où on nous demandait de remplir les structures pour pouvoir les faire vivre, les faire tourner. et en même temps de devoir faire mieux, mais avec des moyens moindres.
- Speaker #0
Oui, alors à cette époque-là, donc tu es salarié, tu dis toi-même que tu avais plutôt, je pense, une vision positive de tes employeurs, parce que tu dis, ils m'ont accompagné, ils m'ont recruté, etc. Donc tu n'es pas en train de critiquer le système, mais tu es en train de dire que tu constatais que plus les années avançaient, plus les moyens étaient réduits. Est-ce que tu comprenais pourquoi on avait de moins en moins de moyens ? Non.
- Speaker #1
Parce que même si j'arrivais à comprendre ce qu'on pouvait me dire, tout était opaque et flou. Et je pense que la transparence est de mise dans ce genre de situation, mais malheureusement on ne l'a jamais vraiment eu, et je ne sais pas si on l'aura un jour, pour bien comprendre tous les enjeux qui se jouent. Donc je comprenais qu'il fallait faire des efforts, qu'il fallait remplir les structures pour pouvoir payer les salariés, pour pouvoir organiser. des événements avec les familles, donc j'arrivais à comprendre, mais je ne comprenais pas pourquoi il y avait cette notion de toujours de remplissage, de rentabilité et d'un peu d'injustice aussi, de se dire mais quand même là on est en train de faire mieux avec moi, vous ne pouvez pas nous enlever encore quelque chose en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est-à-dire que tu voyais les contraintes, mais tu ne comprenais pas exactement ce qui faisait qu'on en arrivait là, et est-ce que le fait d'avoir maintenant ta propre structure... te permet de comprendre justement ce que tu ne comprenais pas à cette époque ? Est-ce que tu as l'impression aujourd'hui que pour toi c'est clair à 100% ? Ou est-ce que tu te dis non, mais en fait c'est juste que c'était mal fichu, c'était mal géré ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a des moments où effectivement il y a eu des problèmes de gestion. Mais je ne suis pas sûre que ça ait concerné tous mes employeurs. Quand j'étais dans le public, quand j'ai été recrutée par le CCAS, je ne pense pas que tout dépendait d'eux. Je pense qu'eux-mêmes essayaient de faire le mieux qu'ils pouvaient avec les moyens qu'ils avaient. Je pense que ça vient vraiment d'une politique familiale, mais vraiment dans les hautes sphères, où là, il y a un niveau d'opacité quand même qui est assez impressionnant. Pour moi, c'est ça. On est dans un grand système d'entonnoir. Il y a beaucoup de choses qui se sont décrétées à un très haut niveau. Et nous, on a toutes les répercussions, en fait.
- Speaker #0
C'est-à-dire que toi, depuis que tu es entrepreneur, tu comprends maintenant les contraintes, puisque tu les vis en tant qu'employeur. Tu as l'impression qu'en fait, ce sont les politiques publiques. qui nous impacte, nous, les employeurs de crèche, et par ricochet, évidemment, les employés aussi, tout le monde. On prend tous les conséquences. Donc aujourd'hui, tu comprends les enjeux sous un autre angle. Est-ce que tu peux raconter ton histoire en tant que créatrice de cette micro-crèche Léon ?
- Speaker #1
Mon histoire, elle est assez positive et assez simple, dans le sens où j'ai réussi à monter mon projet avec, comme je disais tout à l'heure, des bases assez solides, parce que j'avais des personnes sur qui je pouvais compter.
- Speaker #0
Quand tu dis des personnes sur qui compter, tu penses à qui ?
- Speaker #1
À nos familles. Mon conjoint, qui lui est mon associé d'ailleurs, parce qu'il m'a aidé à monter la structure, parce qu'il faut connaître les statuts, il faut pouvoir monter toute son entreprise, il faut avoir un bon business plan. Donc là, il m'a beaucoup aidé, puisque ça fait partie de son diplôme. Mon conjoint, qui a donc un master pour le développement des petites et moyennes entreprises. Donc ça m'a beaucoup aidé. Nos familles, effectivement, qui ont été de vrais soutiens. Et puis les personnes que j'ai rencontrées au cours de ma vie qui ont pu me donner des conseils, j'ai pu puiser dans les souvenirs que j'avais avec eux, etc. Là où on a dû un petit peu batailler, c'est vraiment quand on a été confronté à tous les systèmes, tout ce qui va être CAF, PMI, communauté de communes, tout simplement parce qu'on veut travailler avec ces personnes-là, mais des fois ce n'est pas facile d'accès. Il y a pareil une opacité. Alors, pas avec les personnes que j'ai pu rencontrer. On a pu travailler de concert avec les personnes qu'on a rencontrées, elles nous ont suivies depuis le début du projet, on a rencontré les mairies, on a rencontré les élus qui ont apprécié notre projet, qui nous ont dit on refait le coeur de village donc venez vous implanter dans notre jolie commune, donc c'est ce qu'on a fait sur Chamagneux. Voilà on était soutenus.
- Speaker #0
C'est assez symptomatique en fait ce que tu décris, moi je le vis tous les jours, c'est que tant qu'on les a pas rencontrés, il y a cette difficulté d'accès comme tu dis, mais par contre une fois qu'on rencontre les personnes des institutions, en général ça se passe bien. Moi je vois bien que ce soit moi en tant que créatrice de crèche ou les personnes qui aujourd'hui sont mes clients et que j'aide dans leur parcours, quand ils rencontrent, quand on rencontre la PMI et qu'on présente notre projet, généralement on se rend compte que c'est plutôt un partenariat, une collaboration et ça se passe très bien. Donc en fait, toi, quand tu dis j'ai dû batailler, c'est plus en amont. C'est comment je fais pour accéder, pour être pris en compte. Mais je pense que ça vient aussi du fait qu'il y a eu toute une période où il y avait beaucoup de gens qui disaient je veux créer ma crèche. Et en fait, les PMI et les CAF se retrouvaient inondés de demandes de tous les côtés. Et qu'en fait, souvent sur 100 dossiers, il n'y en a que 5 qui tiennent la route. Donc je pense que c'est aussi pour ça que c'est un petit peu plus difficile d'arriver jusqu'à eux. T'as un projet qui est... très axé sur l'accueil en nature. Et donc ça, c'est sûr que c'est assez différenciant. Est-ce que tu le ressens dans ton parcours, que le fait d'avoir cette identité, ça change aussi les choses pour toi en tant qu'entreprise de crèche ?
- Speaker #1
De toute façon, c'était vraiment le projet de base. C'était une volonté. Donc, comme je disais tout à l'heure, depuis le début, j'avais cette volonté de créer quelque chose qui pouvait mieux ressembler à mes pratiques et en prenant en compte vraiment toutes les valeurs que je voulais défendre. Et ensuite, l'enfance au naturel, tout est dans le titre, j'ai envie de dire. C'est l'enfance qui va découvrir son environnement, qui va évoluer avec cet environnement. Et l'impact que ça a sur les personnes que je peux rencontrer est toujours positif. Vu que tout est dans le titre et que je prône la transparence, tout de suite on peut avoir un langage commun et mieux se comprendre. Donc effectivement, quand j'ai rencontré les personnes, elles ont pu se rendre compte que déjà grâce à mon diplôme, je savais de quoi je pouvais parler en tant qu'éducatrice de jeunes enfants. Grâce à mon conjoint, devenir chef d'entreprise, c'était aussi plus facile puisqu'il avait toutes les connaissances et les compétences. Donc, on formait un excellent binôme. On a réussi à rassurer les personnes parce que, comme tu le disais, il y avait un nombre de demandes, mais c'était faramineux. Toutes les deux semaines, je crois qu'il recevait une demande de création de micro-crèches sur le territoire isérois. C'était et c'est toujours assez impressionnant d'ailleurs. Mais là, quand on s'est rencontrés, ils ont bien vu. qu'on avait un discours qui tenait la route.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est incarné. C'est incarné parce que tu crois en ce que tu proposes et que ça correspond à tes valeurs. Et ça, c'est vraiment un point important. Je pense qu'il faut éviter de faire des projets un petit peu dans un esprit commercial de mode. On dit tiens, je vais me différencier en faisant ci ou ça. En revanche, je pense que c'est très important de se différencier en étant aligné avec quelque chose qu'on a envie de mettre en avant. Donc toi, dans ton cas, c'est l'enfance au naturel. D'autres personnes, ça va être des valeurs différentes. Ça peut être... Ça peut être plein de choses, je n'ai pas envie de citer d'exemple pour ne pas être caricaturale, mais c'est vrai que je pense que ce qui est important, c'est de ne pas le faire dans un esprit commercial. En fait, ça va avoir un impact commercial parce que c'est incarné et parce qu'on y croit. Et ça, je pense que pour les parents, c'est un vrai plus quand ils arrivent, de savoir que toi, tu crois à l'enfance au naturel.
- Speaker #1
C'est vrai que les familles qui nous ont rejoints, elles ont été très nombreuses et très rapides. On a fait très peu de communication au final. Alors que c'était notre première micro-crèche, qu'on se lançait dedans, on a accueilli des enfants, on a accueilli 10 familles dès l'ouverture.
- Speaker #0
Oui, alors c'était la question que j'allais te poser. Tu as ouvert, je pense, en septembre, c'est ça ? Oui. En septembre 2022, donc tu as fait deux années pleines. Là, on est sur ta troisième année d'exercice. Tu as un agrément pour 10 places ?
- Speaker #1
J'avais un agrément pour 10 places et ensuite, on a fait une extension qui nous a permis d'avoir un agrément pour 12 places. Parce que même si on est en milieu rural, on est quand même assez proche de grandes villes comme Lyon. Et c'est vrai qu'on a des demandes qui sont de plus en plus fortes. Des personnes qui viennent aussi s'installer dans les communes avoisinantes, puisqu'il y a eu cette volonté d'avoir un jardin, une maison, de connaître l'air pur de la campagne. Donc on a beaucoup de personnes qui sont venues s'installer près de chez nous et qui veulent faire partie de l'aventure Lyon. et qui vraiment nous choisissent par le projet, en fait.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres ? Est-ce que tu es quand même assez isolée ? Ou est-ce que tu as de la concurrence ? Et est-ce que ces parents-là, ils peuvent aller vers d'autres crèches ou micro-crèches, ou assistantes maternelles ? Ou est-ce que c'est quand même très, très tendu dans ton secteur ?
- Speaker #1
Mon secteur, c'est assez tendu, puisqu'il y a beaucoup de demandes. Il y a eu quand même cet essor démographique qui a fait qu'il y a eu de plus en plus de personnes. Par contre, il y a quand même de nombreux modes de garde. Nous, on est la seule crèche de cette petite commune. mais dans la commune de la voisinante, il y a un multi-accueil. Il y a donc des assistantes maternelles et un RPE, donc un relais de petite enfance qui est présent sur la commune, donc sur Chemin Nieux. avec qui on entretient de très bons rapports. Donc, on sait très bien vers qui envoyer les familles, à qui on doit refuser l'accès puisqu'on n'a plus de place. Ça, on travaille de concert. On a des villes un petit peu plus grosses que nous, juste à côté, où effectivement, il y a déjà plusieurs micro-crèches et des multi-accueils. Donc, il y a quand même beaucoup de...
- Speaker #0
Oui, il y a quand même du choix, mais c'est quand même assez tendu. On n'est pas sur une surcouverture. Dans ce que tu dis, j'ai l'impression que tu es quand même assez remplie. Tu n'as pas de... période de vacances, de places, tu as juste la montée en charge normale de septembre, c'est-à-dire que tu ne prends pas 12 enfants le même jour, mais rien de particulier, c'est-à-dire que tes places aujourd'hui sont remplies.
- Speaker #1
Jusqu'en août 2026.
- Speaker #0
C'est une très bonne nouvelle déjà. Du coup, je rebondis là-dessus, est-ce que tu as des places qui sont réservées par des employeurs et qui te permettent d'avoir un soutien financier supplémentaire ? Non. Tu n'en as jamais eu ?
- Speaker #1
Non. On a été abordé par différents organismes qui nous demandaient, effectivement, pour leurs clients, etc. Mais je n'ai jamais eu la place, donc je ne pouvais pas forcément répondre de manière positive. Et ensuite, c'est vrai que si un jour ça se présente, on répondra parce qu'on répondra à la famille qui a besoin de ce mode d'accueil. On répondra à l'enfant qui va être accueilli chez nous. Mais pour l'instant, ça ne fait pas partie de...
- Speaker #0
De tes préoccupations. Tu n'en as pas eu besoin en tout cas. Alors du coup, on va rentrer un peu plus dans les questions de chiffres, parce qu'aujourd'hui, moi je t'ai aussi contactée sur LinkedIn, parce que j'ai vu que tu t'exprimais en fait sur les difficultés qu'on peut avoir dans le secteur et les craintes qu'on peut avoir en tant que gestionnaire en début 2025. Le secteur est inquiet face à un projet de décret. Donc ce décret, il implique une augmentation du nombre de salariés qui seraient en... catégorie 1, comme on dit dans notre jargon, donc ça veut dire qu'ils ont des diplômes supérieurs au CAP Petite Enfance ou au CAP AEP. Donc avant, jusqu'à présent, en général, on peut dire qu'on avait une personne de catégorie 1 dans chaque micro-crèche. En tout cas, moi, c'est ce que j'ai pratiqué. Et à partir de maintenant, si le décret, à partir du moment où il serait adopté, il faudrait en avoir deux plutôt qu'une personne de ces diplômes-là. Ça génère une difficulté d'abord en nombre de personnes à recruter parce qu'il y a une pénurie et que ce n'est pas évident de les trouver. Et ça génère aussi une difficulté financière parce que les salaires, forcément, sont plus élevés. Toi, tu dis que tu n'as pas eu forcément besoin d'aller chercher les financements des employeurs. Tu vas peut-être me corriger, mais je pense que c'est dû aussi au fait que tu fais partie de ce groupe de gestionnaires qui sont... en mesure d'être, qui ont envie aussi, parce qu'il faut en avoir envie, mais de faire partie de l'équipe et d'être référente technique ou directrice. Donc si moi j'ai bien compris, tu fais partie de l'équipe d'accueil, tu es accueillante et tu es référente technique de ta crèche, ou directrice, on peut appeler, c'est pareil.
- Speaker #1
Oui, donc moi c'était une volonté de ma part de faire partie de l'équipe. Je suis éducatrice de jeunes enfants, donc mon métier c'est d'être auprès des jeunes enfants, de leur famille et de mon équipe. J'aime le management d'équipe. Je suis là pour monter des projets avec mon équipe. Je suis devenue chef d'entreprise avec cette volonté-là de manager, de pouvoir écouter mon équipe, travailler avec elle. J'avais évidemment mon projet de base, l'enfance au naturel, avec les valeurs que je voulais défendre, mais par contre pas seule. C'était essentiel pour moi de travailler avec des professionnels qui partageaient mes valeurs et qui voulaient qu'on travaille ensemble dans un même objectif. On a tous des personnalités différentes, on a des parcours différents. Par contre, on a un objectif, c'est accueillir l'enfant, ce tout petit d'homme qu'on accueille dès qu'il a deux mois et demi jusqu'à ce qu'il puisse quitter la crèche. Je voulais partager des valeurs avec ces personnes-là, qu'elles aient conscience de l'importance de leur travail et qu'elles aient conscience que pour y arriver, il faut prendre en compte l'environnement de l'enfant, la famille de l'enfant. Pour moi, c'était important de faire partie de l'équipe parce que je ne voulais pas être déconnectée de cette réalité-là. Et ça m'a permis d'être chef d'entreprise aussi parce que... Il y a le côté leadership, management, mais cette volonté d'écouter aussi ce qu'on nous dit pour avancer ensemble. C'est mon projet de base, mais par contre, il faut un effort commun pour atteindre l'objectif.
- Speaker #0
Est-ce que ça a marché, cet effort commun ? Est-ce que tu as eu une équipe qui est restée ? Si aujourd'hui, tu fais le compte par rapport aux personnes que tu as recrutées en 2022, elles sont toujours là ? Donc, tu n'as pas eu de turnover ?
- Speaker #1
Non. Non, en plus, j'ai beaucoup de chance. J'ai quand même des personnes... qui sont très solides au niveau de la santé, parce qu'on a toujours les petits virus en crèche, mais là, je touche du bois, on est tous assez solides.
- Speaker #0
Ok, donc avis à nos auditeurs, c'est possible d'avoir 200-100 turnover et sans arrêt maladie. Caroline, est-ce que tu peux me dire en deux mots, c'est quoi le profil de ton équipe ? Vous êtes combien et c'est quoi les diplômes et les postes ?
- Speaker #1
Donc, moi, je suis éducatrice de jeunes enfants. Je suis sur le terrain entre deux et trois jours par semaine auprès des enfants. Je me suis dégagée un peu plus de temps au niveau administratif parce qu'on a beaucoup de familles à gérer. Pour qu'il y ait une qualité derrière, il fallait que je sois un petit peu plus au bureau. Ce qui ne m'empêche pas de rejoindre ensuite l'équipe les jours où je ne suis pas censée être sur le terrain, quand on va faire des promenades, quand on va à la bibliothèque. Je suis là en renfort quand il y a des besoins pendant les familiarisations, pendant les temps forts. Je suis entourée de trois personnes qui sont en équivalent temps plein, donc de 3h35, deux personnes titulaires du CAP petite enfance et une personne assistante maternelle.
- Speaker #0
D'accord, donc vous êtes quatre en tout. Non,
- Speaker #1
pas en tout. À ça, ça rajoute Dylan, qui est titulaire du CEP Petite Enfance depuis 2023, et une apprentie, cette année c'est Laurine, qui est là trois jours par semaine toute l'année. Et à partir du mois de mai, une fois que les examens sont passés, qui est là à 35 heures.
- Speaker #0
Donc, ton équipe de base, c'était les deux CAP et l'assistante maternelle.
- Speaker #1
Et moi, oui.
- Speaker #0
Et toi. Et ensuite, tu as rajouté le jeune homme, Dylan, c'est ça ? Oui, tout à fait. Qui est à temps plein ?
- Speaker #1
25 heures.
- Speaker #0
Qui est à 25 heures. Et tu as rajouté aussi l'apprenti ? Oui. Donc, eux, ils sont en plus ? Comment ils participent à l'accueil ?
- Speaker #1
Ils me remplacent en partie sur le terrain, puisque comme ça, j'ai une décharge administrative. Et l'orine, effectivement, pour moi, les apprentis, ça permettait d'avoir un réel confort auprès des enfants, de pouvoir être quatre pour douze ou quatorze enfants sur des temps qui demandent de l'énergie, qui demandent beaucoup d'attention.
- Speaker #0
Il faut dire que là... Avec une équipe aussi large, ça te permet aussi d'avoir ce surnombre jusqu'à 14 enfants, ce qui est quand même assez difficile d'aller jusqu'à 14 en général. Si on n'est que 4 à temps plein, ça ne marche pas. Mais là, c'est plus flexible. En fait, tu as vraiment un noyau dur avec tes deux CAP initiaux et l'assistante maternelle. Et ensuite, toi plus Dylan, plus Laurine, vous venez rendre l'équipe beaucoup plus flexible et confortable. C'est très original comme organisation, comme équipe. Bon,
- Speaker #1
c'est mon compte.
- Speaker #0
Ouais, c'est pas tout le monde qui accueille comme ça. Déjà, l'apprentissage, c'est un sujet complexe. Il faut être disponible pour former les personnes. Et puis, on doit pouvoir les prendre en plus. On ne peut pas les prendre au sein de l'équipe parce que c'est assez discontinu. En plus, c'est des personnes qui débutent. Donc bon, ça génère aussi un surplus de travail et d'engagement d'avoir des apprentis. Donc tout le monde ne le fait pas non plus. Moi, je pense que c'est quelque chose à mettre en place quand on est prêt et quand on peut le faire. ton équipe a quand même une richesse supplémentaire. Maintenant, c'est vrai que ça paraît difficile à financer tout ça. Tu disais, toi, tu es directrice, donc ton salaire, quelque part, il est pris en charge par l'accueil. C'est un petit peu plus... Je ne vais pas dire plus simple, ce n'est pas le mot. Mais par rapport à un gestionnaire qui ne va pas être dans l'accueil, moi, je n'étais pas du tout dans l'accueil. J'avais mes 10 micro-crèches. Au début, j'en avais qu'une, mais progressivement, j'en ai eu 10. Mais par contre, moi, je suis vraiment gestionnaire, donc je faisais le management et la coordination et beaucoup de choses, mais je devais générer ce salaire de la directrice en plus du mien. Alors toi, en plus, tu as plus de temps de bureau qu'une directrice, parce qu'une directrice, elle n'a pas besoin d'autant d'administratif qu'une gestionnaire. Toi, tu vas devoir gérer beaucoup plus d'administratif qu'une référente technique classique habituelle de microcrèche. Donc voilà, tu es un peu entre les deux. Par rapport à ce que tu gagnais quand tu étais salarié, est-ce que... toute transparence, tu peux en parler de la différence, de ce que ça donnait à l'époque, ce que ça donne aujourd'hui, ce que tu pourrais gagner si tu étais aujourd'hui salarié de nouveau. Qu'est-ce que tu vois comme différence financièrement ?
- Speaker #1
J'ai eu différentes fonctions, j'ai eu différents postes et j'ai été aussi assistante maternelle. C'est vraiment différents niveaux. C'est vraiment un choix que j'ai fait de pouvoir créer ma micro-crèche même si je perdais financièrement.
- Speaker #0
Donc tu as perdu financièrement ? Oui,
- Speaker #1
mais parce que j'ai une volonté aussi de pouvoir faire bien, de pouvoir être juste. et de pouvoir aussi consolider tout ce que je fais pour ensuite ouvrir une autre micro-crèche et ensuite retrouver cette qualité de salaire, cette qualité de vie que j'avais pu avoir avant d'ouvrir, par exemple.
- Speaker #0
Avant d'ouvrir, c'était quoi ton poste ?
- Speaker #1
Avant d'ouvrir, j'étais donc directrice, enfin référente technique, pardon, de deux micro-crèches.
- Speaker #0
Et tu gagnais combien ?
- Speaker #1
Je gagnais, j'étais sur du 1 700 net.
- Speaker #0
Net, mais tu ne sais plus en brut ce que ça donnait. En tant qu'assistante maternelle, tu penses que tu étais à peu près dans les mêmes alentours ?
- Speaker #1
En tant qu'assistante maternelle, j'étais entre 1 900 et 2 000 mètres.
- Speaker #0
Donc tu avais déjà perdu en revenant en crèche. Pourquoi tu étais retournée en crèche ?
- Speaker #1
Parce qu'en 2020 est née l'idée de faire cette micro-crèche. J'étais à l'époque assistante maternelle. Le Covid est passé par là. Ma deuxième grossesse aussi. Donc des envies de changement et des envies aussi de pouvoir... Retravailler en équipe, ça me manquait en tant qu'assistante maternelle, même si j'allais au relais, même si je rencontrais des collègues, j'avais ce côté management d'équipe qui me manquait. Donc j'ai fait le choix aussi pour mon épanouissement professionnel et personnel, quitte à perdre... Cette somme-là, je gagnais en connaissance, déjà, de rediriger des structures, des micro-crèches. Je gagnais en connaissance et je gagnais en épanouissement professionnel, de manière à manager une équipe, je peux être auprès des enfants, je peux gérer mes propres enfants quand je rentre le soir. C'est un lieu vraiment distinct. Parce que quand on est assistante maternelle, chez nous, c'est aussi notre lieu de travail. C'était, je pense, un équilibre.
- Speaker #0
Donc, tu as fait ce choix. Tu as perdu un peu financièrement, mais pour toi, il y avait à la fois le fait de retravailler en équipe, le fait de préparer le terrain pour plus tard gérer ta propre mise en place.
- Speaker #1
Si je suis honnête avec mes employeurs de l'époque, j'ai déjà commencé à faire mon projet, qui est un cours de construction, avant de postuler.
- Speaker #0
Aujourd'hui, en tant que gestionnaire, est-ce que tu as l'ambition de te payer plus ? que ce que tu gagnais en tant que salarié, donc plus que 1 700 euros net. Ou est-ce que, pour toi, ce n'est pas un sujet, en fait, tu peux vivre avec 1 700 euros net, tu aimerais juste gagner ça et il n'y a pas d'objectif financier du tout ?
- Speaker #1
Alors, pour moi, ça va peut-être paraître irréaliste pour certains ou un peu utopiste pour d'autres, j'essaie d'évaluer en fonction de ma charge de travail aussi, pour être le plus honnête et le plus juste possible. Parce que j'estime que, voilà, chaque peine mérite un salaire, tout simplement. Ce que je fais va être rémunéré, mais je vois sur du long terme. J'ai pu perdre une certaine somme, mais par contre, avec mon conjoint, tout a été réfléchi pour qu'on monte la SAS, donc la crèche, et la SCI pour avoir le local. Dans 15 ans, quand j'aurai fini de payer ce local, mes enfants iront étudier et je pourrai être tranquille, j'ai remboursé mon crédit, je peux m'occuper de mes enfants.
- Speaker #0
Donc, tu es plus sur une logique patrimoniale en te disant, bon, il faut que j'assure mes vieux jours. Tu construis plutôt que sur une logique de revenu immédiat. Chacun voit midi à sa porte. En tout cas, moi, quand j'étais gestionnaire de crèche, je suis passée un peu par tous les étages de salaire. Et quand j'ai commencé, au début, j'étais, on va dire, au SMIC, pour résumer.
- Speaker #1
J'y suis,
- Speaker #0
j'y suis. Tu y es ? Bon, écoute, bienvenue au club. Donc, au début... On va dire qu'il faut quand même faire des sacrifices quand on démarre. Je gagnais plus que toi, parce que toi, tu dis que j'étais entre 1 600 et 1 700. Moi, j'étais au début de la trentaine et je gagnais, je crois, 3 000 euros par mois. Mais bon, j'avais un beau salaire et je savais que ça pouvait beaucoup augmenter. Et finalement, j'ai créé ma boîte. Et avant d'avoir la crèche, en plus, il y a tout le parcours pour la créer. Donc pendant longtemps, tu ne te payes pas du tout, du tout. Et puis après, tu te payes le SMIC. Et puis... Mais c'est vrai qu'à la fin, j'étais contente. Je me disais que ça valait le coup parce qu'au bout d'un moment, tu atteins quand même un meilleur niveau de vie. Et puis éventuellement, tu as effectivement acquis soit ton local de crèche, soit ton appartement. Tu t'es construit une sécurité, une retraite, etc. Quand tu vois aujourd'hui la façon dont les micro-crèches sont perçues, est-ce que tu as l'impression que c'est honteux, d'une certaine manière, de vouloir avoir ta propre SCI, ton propre local ? d'avoir peut-être un salaire plus élevé parce que bon personne n'a envie de rester au SMIC je pense. Est-ce que parfois tu te dis quand même vouloir être patron et construire mon patrimoine c'est pas très social, comment ça se fait ? Ou est-ce que tu trouves qu'on doit assumer quoi ? On entreprend, on prend des risques, on investit, on porte aussi les autres. C'est quoi ton point de vue là-dessus ?
- Speaker #1
C'est un petit peu compliqué en ce moment avec l'actualité. Comme je disais tout à l'heure, le métier d'éducateur de jeunes enfants, il n'a jamais vraiment été bien reconnu. financièrement. On a eu trois années d'études, on n'était pas reconnu comme Bac plus 3, maintenant ça y est on est passé stade licence, mais il faut surtout pas qu'on demande à être payé comme quelqu'un qui a un Bac plus 3 parce qu'on travaille dans le social, parce qu'on travaille dans la petite enfance. Donc je trouve que ce sont des discours très culpabilisants qu'on peut entendre et je les trouve injustes.
- Speaker #0
Parce que là, moi, je suis en dehors du côté gestionnaire, chef d'entreprise. Je trouve que dans les milieux de la petite enfance, les salaires ne sont pas à la bonne hauteur. Et on a tendance à nous faire culpabiliser quand on en parle.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que, on peut dire ça de beaucoup de métiers, est-ce que tu penses qu'aujourd'hui en France, c'est la crise pour tout le monde ? Et peut-être que, en fait, je pense qu'il y a quand même beaucoup de gens qui sont en dessous de 1800 euros net par mois. On n'est pas les seuls. Est-ce que... Tu as une vision de ce métier-là en particulier, où tu trouves que c'est plus injuste que pour les autres ? Ou bien, toi, tu dis ça en général ?
- Speaker #0
Oui, je peux dire ça en général. Comme je disais tout à l'heure, la politique actuelle, toutes les actualités, tout ce qu'on a pu connaître là, avec les inflations, ça a fragilisé tout le monde. On est dans une société où on est moins sûr de ce qu'on fait, moins sûr du lendemain, et où on se retrouve avec des injustices sociales. de la précarité des personnes qui vont travailler et qui arrivent quand même à dormir dans leur voiture. Je ne peux pas dire que notre métier mérite plus de reconnaissance que les autres métiers. Je dis juste que dans le milieu de la petite enfance, on aimerait bien être un peu plus reconnus. Je dis « on » parce que je pense que je ne suis pas la seule à le penser. Il y a une question de reconnaissance, de voir qu'on n'est pas juste là en train de jouer avec les enfants et d'empiler des cubes, qu'effectivement peut-être que 2 000 euros pour ça... ça ne les mériterait pas. Il y a quand même toute une réflexion derrière, il y a tout un parcours derrière, il y a cette volonté de toujours faire pour le mieux pour l'enfant, l'accompagner dans tous les stades de sa vie, rendre service aussi à la société en permettant aux familles d'aller travailler. La reconnaissance doit passer par le salaire, évidemment, mais pas que.
- Speaker #1
Oui, alors là, tu parles vraiment de la reconnaissance plutôt du métier, pas forcément toi en tant que gestionnaire de microcrèche, pas en tant que microcrèche d'ailleurs. Mais je t'ai aussi vu parler de la micro-crèche, c'est-à-dire de dire en tant que micro-crèche, j'ai l'impression d'être dénigrée alors que j'ai investi toute mon énergie, toute ma force et mes économies pour créer quelque chose d'utile pour la société. Et aujourd'hui, on me cogne dessus, je n'arrête pas d'entendre dire que ce que je fais, c'est nul. Donc il n'y a pas que le métier dont tu parles, il n'y a pas que la profession de... du métier de la petite enfance sur le terrain ?
- Speaker #0
Je défendrai toujours la petite enfance, les métiers du terrain. Moi, je fais partie de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants. Je partage une grande quantité de leurs valeurs. On n'est pas toujours d'accord sur tout. C'est ce qui fait la richesse des dialogues aussi. Mais je défendrai toujours la petite enfance, que ce soit les enfants, la famille et les professionnels qui y travaillent. Effectivement, je défendrai aussi les micro-crèches, parce qu'à un moment donné, on a existé, parce qu'il y avait ce besoin-là. On a commencé, c'était des mini crèches, des micro crèches, il y avait tant d'enfants pour tant de professionnels, c'était expérimental, ensuite ça a été validé, ensuite on a continué. Ensuite, ils nous ont mis beaucoup de décrets, beaucoup de lois. On n'a pas toujours été d'accord non plus avec tout ça, parce qu'il y a eu quand même des décrets qui disaient en micro crèche, plus besoin d'éducateurs de jeunes enfants, sauf 10 heures par an pour accompagner des personnes qui peuvent être référents techniques. On n'était pas d'accord, c'est passé quand même. Maintenant, on fait du rétro-pédalage, il faut... rajouter des nouvelles personnes qui sont diplômées et oublier que pendant X années, ça nous a bien rendu service ces personnes titulaires du CAP qui ont la place des référents techniques avec une EGE seulement 10 heures par an. Une ou un EGE.
- Speaker #1
C'est un peu le même sujet, en fait. Parce que là, tu as donné deux exemples. L'exemple de, on ouvre des micro-crèches parce qu'on en a besoin, et puis 20 ans plus tard, on trouve que c'est nul. Et l'exemple de, finalement, on n'a pas besoin forcément d'avoir une EGE, et puis, quelques années plus tard, si, en fait, il faut absolument avoir deux EGE. Donc, en fait... On est complètement tributaires des politiques publiques. Et c'est vrai que c'est hyper frustrant, parce que tu le dis toi-même, et moi je le ressens beaucoup aussi, on a l'impression un petit peu de se faire baloter d'un côté à l'autre, et d'être un peu corvéable, et d'être un peu jeté comme un kleenex quand on n'a plus besoin de toi. Oui,
- Speaker #0
on est tributaires et non concertés.
- Speaker #1
Et surtout non concertés.
- Speaker #0
Alors là, effectivement, il y a eu de grosses guerres intestines. entre privés, entre publics, entre mâmes, entre micros. Et moi, je ne suis vraiment pas pour tout ça, parce que je pense que déjà, il y a de la demande pour tout le monde, sans être dans un cadre utopiste. Mais quand on voit les listes d'attente, quand on voit les zones tendues, etc., je pense qu'on peut travailler en bonne intelligence. Et c'est un peu le but quand même de vivre en société, de travailler en bonne intelligence. Mais il y a eu ces guerres intestines qui ont fait que les micros se sont retrouvés pointés du doigt, alors qu'elles ont rendu service, alors que quand même, j'ai eu l'impression qu'on était plutôt... utile, puisqu'on a rendu service à la population, on est venu s'installer à des endroits où les communes avaient besoin de nous, nous appellent. Moi, je suis en milieu rural. Ça joue sans doute, mais c'est vrai que quand on est reçu par des mairies qui nous disent « Ah oui, venez, on a besoin, c'est très agréable et on y va. »
- Speaker #1
C'est assez déconcertant. Quand on parle avec des mairies, des PMI ou des CAF sur le terrain, je parle pas la CNAF, mais généralement, ils sont hyper motivés. Il n'y en a pas beaucoup, il y en a, mais il n'y en a pas beaucoup, il n'y en a pas tant que ça, qui rejettent les projets de micro-crèches. Donc, quand tu vas en local sur le terrain, le maire de la petite ville, la dame de la PMI, etc. sont en général assez collaboratifs. La guerre d'idéologie, elle se passe au niveau plutôt de l'État. où on va aller voir certains fonctionnaires. C'est l'administration, en fait. L'administration qui n'a plus la foi dans les crèches privées.
- Speaker #0
On ne sait pas trop si c'est une perte de foi ou s'il y a d'autres éléments qui nous dépassent un peu. Est-ce que les micro-crèches privées coûtent trop cher par rapport au remboursement ? Mais dans ce cas-là, autant être clair. Est-ce que le but, c'est qu'ensuite... On devienne tous en PSU. Pourquoi pas ? Mais quel financement ? Est-ce qu'en PSU, vous pouvez me garantir que moi, je garderai ma qualité de service avec donc mes trois titulaires temps plein, mon 25 heures et mon apprenti ? Voilà, je ne sais pas. Avec le sens de voir tout le temps parler de taux de remplissage. Je ne sais pas. Le but, c'est qu'on travaille tous ensemble réellement pour une politique familiale idéale, juste. pour que les familles payent moins, que la qualité d'accueil soit au maximum. Moi, je suis pour. Et il n'y aura aucune fédération qui va vous dire, ah bah non, on va arrêter, on va moins bien accueillir pour faire des économies. Celui qui dit ça, effectivement, il lui faut un contrôle PMI et puis il faut faire les choses correctement.
- Speaker #1
Oui, alors je suis d'accord avec toi. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui vont dire, moi, je veux une réduction de coût, faire du low cost et moins de qualité. Mais en même temps,
- Speaker #0
attention, il y a eu des personnes qui l'ont fait. Et je pense que si... On en est là actuellement, c'est parce que certains ou des situations ou des livres, parce que concrètement, il y a quand même eu un livre qui a jeté l'opprobre sur beaucoup de professions. Ça a mis à mal tout notre écosystème au final. On en est pris dans cette masse-là.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'à peu près tout le monde est d'accord sur ce qu'il y a écrit dans le livre Les Ogres. Il n'y a pas beaucoup de questions à se poser. Il y a eu des dérives. Mais pour autant, ce qui est difficile à accepter dans ce que tu dis, c'est qu'on est tous pris dans le mouvement, on est tous critiqués un peu logés à la même enseigne. Et toi, en fait, en tant que gestionnaire, tu t'interroges, on entend dans ce que tu dis que tu n'arrives pas trop à savoir c'est quoi le but de ces politiques qui sont maintenant en projet. Et je pense que là, pour vraiment comprendre les politiques publiques, les projets, etc., c'est quand même assez complexe parce qu'en plus, il y a le turnover des ministres. et des fonctionnaires qui travaillent avec les ministres. Donc, bon, il faut suivre. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup, beaucoup de gens qui arrivent à vraiment comprendre tous les tenants et les aboutissants. Donc, on a quelques personnes qui se battent, qui représentent la profession, notamment dans les fédérations, et tant mieux pour nous. Mais en tout cas, moi, ce que je trouve intéressant, c'est de voir que toi, qui es en première ligne dans le combat, en tant qu'employeur et en tant que professionnel de la petite enfance, manager, au final, tu es forcé d'admettre qu'en fait, tu ne connais pas tous les enjeux. C'est opaque, tu ne comprends pas pourquoi tu es dénigrée en tant que gestionnaire, en tant qu'entrepreneur, et que tu te bats quand même, tu continues, tu as l'air de tenir le choc. Tu disais que tu es adhérente de la FNEJ, est-ce que vous êtes une grande partie à être gestionnaire de crèche, ou est-ce que tu es un petit peu un outsider dans la fédération ?
- Speaker #0
Il y a des gestionnaires de micro-crèche, moi si j'ai rejoint la FNEJ, Déjà, quand j'étais étudiante, j'y étais. Ensuite, pendant un petit moment, je n'y ai plus été. J'ai un peu moins suivi, j'étais un peu plus côté asthmate. Et puis, j'y suis revenue tout naturellement parce que j'ai toujours continué de défendre ce qui pouvait défendre, le fait de former les professionnels, de prendre soin de l'enfant, etc. J'ai toujours voulu défendre cette politique petite enfance-là. Je ne suis pas la seule à être gestionnaire de micro-crèches dans cette vétération. Il y en a même qui sont bien plus haut placés que moi. Moi, je ne suis qu'une petite adhérente. On est tous mélangés.
- Speaker #1
Est-ce que tu sens qu'il y a une cohésion entre les éducatrices de jeunes enfants et les éducateurs d'ailleurs, en général ? Ou est-ce qu'en tant que gestionnaire employeur, tu as l'impression qu'il peut y avoir des contradictions, des conflits ? Comme tu disais un peu, des luttes intestines. Oui.
- Speaker #0
Au final, on est dans le même bateau. Mais vu que j'ai une autre casquette, Des fois on estime que je ne peux pas vraiment comprendre ou alors que j'ai forcément un rapport biaisé par rapport à ces questions-là et que je peux comprendre cette peur du patronat qui peut encore exister.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu réponds à ça, justement ?
- Speaker #0
Que je comprends, pour l'avoir vécu aussi. Les injonctions, le fait de faire mieux avec moins, je comprends. Et je demande une plus grande transparence, une plus grande équité. Et surtout, le fait de connaître notre réalité et de venir voir ce qui se passe chez nous.
- Speaker #1
Est-ce que tu ne penses pas qu'en tant qu'ancienne employée et maintenant nouvelle employeur, tu as une vision plus globale ? et que maintenant tu peux avoir un point de vue au contraire plus pertinent du fait que tu vois un peu tous les enjeux de tous les côtés dans cette profession.
- Speaker #0
En tout cas, j'ai cette volonté-là de ne pas me déconnecter du terrain pour vraiment toujours ressentir et comprendre comment mieux faire pour accompagner, que ce soit les professionnels ou les jeunes enfants ou leurs familles. Et en même temps, je me sens assez légitime. pour avoir effectivement cette place de gestionnaire, de dire pour une bonne qualité de service en tant que gestionnaire, je vais investir là-dedans, je vais mettre un salarié en plus. Là, attention, il y a la réalité de la vie, de l'inflation, etc., qui fait qu'on ne peut pas se permettre ça tout de suite, mais dans quelques temps. Je prône aussi la transparence avec mes propres collaborateurs, et j'insiste sur le mot collaborateur, puisqu'on m'a fait remarquer que ce n'étaient pas mes collaborateurs, mais des salariés. J'aime bien. pas trop ce mot-là, parce que c'est pas ce que je pratique chez moi.
- Speaker #1
Si, c'est des collaborateurs. Après, on peut les appeler salariés, collaborateurs, ou ce qu'on veut, mais ça reste des collaborateurs quand même.
- Speaker #0
Donc pour moi, ce sont des collaborateurs parce qu'ils participent à la vie quotidienne. Ce sont eux qui ont le chapitre quand il s'agit de sélectionner tel ou tel matériau, telle ou telle commande de jeu. Ce sont eux qui ont le chapitre aussi quand on refait ensemble le projet.
- Speaker #1
Comme tu dis, t'es quand même éducatrice, t'as quand même été dans leur place pendant assez longtemps et t'as été assistante maternelle aussi. On ne peut pas tous revendiquer ça. Moi, quand j'étais patronne crèche, je ne revendiquais pas ça et malgré tout, mes équipes me suivaient. Donc, je suis assez fière de ça parce qu'elles suivaient mes plannings, elles suivaient mes décisions. Et donc, je pense qu'on peut aussi, je le dis pour les auditeurs aussi, même si on n'est pas professionnel de terrain, si on a une posture de management qui est juste, je pense que... On peut emporter aussi l'adhésion des salariés. Et que, comme tu le dis, je pense que c'est un petit peu l'objectif quand même. Qu'est-ce que tu penses du fait qu'on appelle les CAP Petite Enfance des non-diplômés et qu'ils sont aujourd'hui un peu sur la scellette ?
- Speaker #0
Encore une fois, il y a eu toutes ces polémiques. J'y ai pris part aussi, j'ai commenté sur les réseaux pour nous faire entendre. On nous a jugés alarmistes, mais en même temps, c'était alarmant pour nous. Tout ce décret-là, tous ces mots-là, sans aucune concertation, sans aucune préparation, on a eu peur. C'était une peur que nos équipes ont partagée. Nous, on n'avait aucune envie de faire peur à nos salariés, mais quand ils ont vu les textes, quand ils ont vu ce qui pouvait être revendiqué, il y a eu cette peur-là de se dire « Alors qu'est-ce que je vais faire maintenant et pourquoi maintenant je ne suis plus reconnue ? » Là, depuis 2021, les personnes titulaires du CAP Petite Enfance ont eu accès à ces postes de direction. de référentes techniques, alors qu'avant, il fallait passer une VAE, il fallait devenir éducateur de jeunes enfants pour pouvoir y accéder. Donc je pense qu'il y a eu ce droit-là de se dire, ah ben j'y ai accès parce que j'ai bien travaillé, j'ai fait mon travail correctement, et du coup pour me remercier, on m'offre des fonctions un petit peu supérieures, et là on fait du rétropédalage. C'est cette peur-là qui est vécue par des personnes que je peux connaître, des collaborateurs ou des personnes qu'on peut voir sur les réseaux. Moi, je reconnais les différences entre les personnes titulaires du CAP, les personnes auxiliaires de périculture, les personnes éducateurs de jeunes enfants, et je reconnais la richesse de ces différentes expériences et de ces différents diplômes. Et c'est ça que je veux faire entendre à mon équipe. Dans tous les cas, je les soutiendrai parce qu'elles méritent tout mon soutien. De dire à une personne qui travaille dans la petite enfance depuis dix ans et qui n'a que, entre guillemets, un CAP, bon ben maintenant, il va falloir faire autrement parce que sinon, vous ne pourrez plus travailler. Je trouve que c'est rude. Alors après, il y a eu des explications. Ce qui est en place ne devrait pas changer.
- Speaker #1
Alors les explications, pour l'instant, elles valent ce qu'elles valent. Ce n'est pas encore écrit dans le marbre. Et puis, par exemple, si on te dit, oui, mais les personnes qui sont en poste, elles peuvent garder leur poste. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'elles ne peuvent plus changer de poste ? Parce que sinon, on ne pourra pas la recruter dans un autre poste ?
- Speaker #0
Tout à fait. Que les personnes qui sont pour l'instant référents techniques resteront référents techniques.
- Speaker #1
Mais que dans leur poste actuel ?
- Speaker #0
Dans leur poste actuel. Il y a une autre question qui se pose aussi, c'est le ratio des 40-60, cette dérogation pour les micro-crèches, qu'il n'y a pas dans les petites crèches, mais qui s'entend aussi par le fonctionnement qui n'est pas du tout le même.
- Speaker #1
Alors moi je ne pense pas du tout faire partie des guerres intestines, donc sans rentrer dans des guerres justement de clochers. Mais c'est vrai que si on regarde juste de façon factuelle le nombre d'enfants et le nombre d'encadrants, dans une mame, on a plus d'enfants et on a moins de cadres. En fait, on n'a pas de direction, etc. Donc c'est vrai qu'en tant que micro-crèche, on peut s'interroger sur la pertinence d'avoir ce ratio-là, alors qu'en fait, tu peux avoir des personnes moins formées avec 4 fois 4 enfants dans un mame. On a un peu de mal à comprendre la logique de la politique publique dans ce cas-là. Qu'est-ce que tu en penses ? Pour moi,
- Speaker #0
il y a un flou. « Justement, c'est beaucoup trop opaque, je ne sais pas où ils veulent aller. » Et c'est là la grande incertitude. Où vont-ils ? Quel objectif ? Dites-nous clairement, écoutez, nous allons favoriser un autre mode de fonctionnement, je ne sais pas, plus juste pour les familles, moins coûteux pour l'État, je ne sais pas, mais dites-le concrètement. Moi, encore une fois, je sors complètement de ces guerres, parce qu'il faut savoir que c'est très rare que les maisons d'assistantes maternelles accueillent jusqu'à 16 enfants, parce qu'il faut un local quand même assez impressionnant. Et vu qu'elles doivent payer un loyer ou financer une SCI, ça demanderait une sacrée partie de leur salaire. Donc, c'est quand même très, très rare. Ce sont des personnes compétentes aussi. Il y a des éducateurs de jeunes enfants qui se sont lancés en MAM parce que les MEJ, donc Maisons d'éducateurs de jeunes enfants, n'ont jamais été reconnues par l'État non plus. On n'a jamais vu de texte là-dessus.
- Speaker #1
Non, mais je comprends très bien ce que tu veux dire et je suis d'accord avec toi. En fait, là, je parle des règles. Après, sur le terrain, c'est beaucoup plus varié et moins simple que ça. Mais c'est vrai que... Si tu regardes les règles, tu as le droit d'avoir jusqu'à 16 enfants avec des personnes qui ont une formation qui est inférieure à un CAP petite enfance. Je parle des règles, encore une fois, et pas de « est-ce que c'est des éducs ou pas ? » Oui, surtout. Après, il y a des variétés.
- Speaker #0
Voilà, il y a cette injustice. C'est pour ça que je parlais d'équité tout à l'heure.
- Speaker #1
En fait, on ne comprend pas vraiment, et c'est vrai que généralement, quand tu ne comprends pas quelque chose, ça peut vite te sembler injuste.
- Speaker #0
Complètement. Puisque là, pourquoi maintenant, du jour au lendemain ? Les personnes titulaires du CAP que j'ai embauchées qui ont une dizaine d'années d'expérience ne pourront plus se retrouver seules avec trois enfants ou ne plus faire de sortie seule avec deux ou trois enfants. Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse se dire que ce diplôme permet d'être resté seul avec trois enfants et pas celui-là.
- Speaker #1
Oui, surtout qu'en l'occurrence, ce qui a fait basculer l'avis de l'administration, je pense qu'il y a une vraie peur de l'incident. Donc il y a eu ce décès en 2022, ça fait très très peur. Donc si on dit à la ministre, Madame Vautrin, attention, il peut y avoir des enfants qui sont tués dans les crèches, etc. Il faut absolument mettre 40% de catégorien. Bon, forcément, elle va se dire, oulala, on ne voudrait pas un autre décès. Sauf que nous, on sait que la personne qui est responsable de ce décès, c'était une catégorien. Donc on ne voit pas très bien pourquoi est-ce que quelqu'un qui a un diplôme de catégorien serait une garantie. Est-ce que tu penses qu'il y a quelque chose, toi en tout cas en tant que responsable, en tant que gestionnaire, j'imagine que parfois tu as peur aussi. On a tous en tant que responsable, quand on est responsable d'une entreprise et surtout en crèche, on peut avoir peur, on peut se dire si il y a un problème, c'est moi qui suis responsable. S'il y a un enfant qui a un accident, qui décède, etc. Est-ce que tu as pensé à ça et est-ce que tu t'es dit, voilà moi comment je vais faire pour prévenir les risques ? C'est quoi pour toi les actions ? qui peuvent éviter les drames dans ta crèche.
- Speaker #0
Moi, j'ai une micro-crèche en plus où on est deux tout le temps. Minimum, évidemment. On est ouvert de 7h30 jusqu'à 19h. Donc, vu qu'on est une micro-crèche, on effectue aussi des tâches. Donc, pour accueillir les enfants correctement et pouvoir faire en sorte que mes collaborateurs ne soient pas fatigués. Ils l'ont, la fatigue, parce que c'est un travail fatigant. Mais pour... minimiser un peu cette fatigue. Pour moi, c'était important qu'il soit deux, mais c'est une réflexion que j'ai eue par rapport à la qualité de vie au travail, non pas par rapport à un manque de confiance que je peux avoir. J'ai confiance en la personne avec laquelle je travaille déjà parce que je travaille avec elle. Donc, je les connais. Je travaille avec elle, on se forme ensemble. Donc, pour moi, l'aspect formatif, la formation, la VAE, les formations, parce qu'en tant que chef d'entreprise, je me dois de former aussi. mes collaborateurs et en tant qu'éducatrice de jeunes enfants, je veux partager des formations en lien avec la petite enfance avec mes collaborateurs. C'est pouvoir échanger sur différents sujets, c'est mettre en place des réunions, des analyses de pratiques et plus que ce qui est mis dans les décrets parce que six heures par an, on ne peut pas suivre correctement une équipe. C'est très bien de l'avoir écrit. Avant, ce n'était pas écrit. Donc, c'est vrai que c'est important de le dire, il faut que ça existe.
- Speaker #1
Comme je travaille beaucoup sur les budgets des crèches, je dois dire que financièrement c'est difficile en fait aujourd'hui de faire plus, mais en réalité quand on voit 6 heures, on trouve ça vraiment ridicule. Moi, la psychologue de mes équipes, elle était présente toutes les semaines et sur des plages horaires au minimum de 3 ou 4 heures par crèche, et quand je vois que là on parle de 6 heures par an, je trouve ça vraiment absurde. Mais ça me fait rebondir quand même sur ce que tu dis. Tu mets en place énormément de choses. Mais finalement, le budget d'une microcrèche, il est ce qu'il est. Ce n'est pas exponentiel, en plus tu n'as pas d'entreprise. Est-ce que tu connais ton chiffre d'affaires de l'année dernière, par exemple, pour donner une idée ?
- Speaker #0
C'est vrai qu'à un moment donné, on ne pourra pas faire bien plus puisqu'on est plafonné. Et ce plafond n'a pas changé. Il y a eu l'inflation, il y a eu les augmentations. Par contre, le plafond pour que les familles puissent accéder au remboursement, lui, n'a pas changé. On ne doit pas dépasser les 10 euros de l'heure.
- Speaker #1
Et quand bien même on le dépasserait, est-ce que tu penses que tes familles seraient capables de payer plus que 10 euros de l'heure ?
- Speaker #0
Payer plus que 10 euros de l'heure sans être remboursées, non ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, le corollaire, c'est qu'il faut que la page augmente. En fait, il faut que le financement des familles augmente. Ce n'est pas juste de déplafonner. On admet qu'en fait, ça coûte plus que 10 euros, parce qu'on sait que ça coûte plus que 10 euros par heure. Et ensuite, on augmente le financement des familles. On est d'accord.
- Speaker #0
Par rapport au fait de devenir chef d'entreprise et de vivre de son entreprise, on essaie de nous faire culpabiliser parce que... On nous parle de lucratif, on utilise des termes quand même assez forts, qui ont une connotation plutôt péjorative.
- Speaker #1
C'est péjoratif à partir du moment où tu le répètes à chaque fois que tu dis micro-crèche, parce que bon, lucratif à la base c'est juste factuellement économique, mais si tu dis sans arrêt que... Il est lucratif. Voilà, là ça devient dénigrant effectivement.
- Speaker #0
Les enfants ont danger dans les micro-crèches privées lucratives. Ce sont des raccourcis qu'on ne peut pas laisser passer en fait. On parlait d'injustice tout à l'heure, là l'injustice elle est dans le titre.
- Speaker #1
On peut comprendre en tout cas ce que tu ressens en tant que personne qui s'est investie, toi et ton conjoint et puis tes économies, pour créer ton entreprise, pour réaliser ton rêve, pour te réaliser professionnellement, pour offrir ce service. Donc tu as accueilli beaucoup de familles puisque tu es plein depuis deux ans, plus de deux ans. Tu accueilles jusqu'à 14 enfants si j'ai bien compris par moment ? Tout à fait,
- Speaker #0
oui. Il y a eu tellement de demandes, des accueils aussi dans l'urgence. Voilà, ça arrive aussi dans l'existence des crèches qui ne peuvent plus accueillir, des centres maternels qui malheureusement sont en arrêt. C'est vrai que ces moments-là, on est content de pouvoir passer à 14 aussi, parce qu'on a eu quand même des habitants des communes avoisinantes qui ont pu nous trouver et trouver des solutions.
- Speaker #1
Oui, et puis avec le nombre de salariés que tu as, il faut aussi pouvoir les payer. Donc si tu t'accueilles...
- Speaker #0
Par rapport au chiffre d'affaires, on a fait le budget il n'y a pas si longtemps que ça. Là, on était sur du 200 000.
- Speaker #1
200 000, oui. Donc, on voit que c'est quand même très ric-rac. Je ne sais pas si tu as écouté, mais j'ai fait un épisode « Combien ça gagne ? » récemment sur le podcast de Clémence. Donc, « Combien ça gagne ? » Et donc, j'ai fait « Combien ça gagne une micro-crèche ? » Donc, moi, j'étais sur plus que 200 000 parce que j'ai donné un exemple d'une micro-crèche où il y avait des contrats avec des entreprises. Maintenant, c'est vrai qu'on se dit un peu « Ouh là, comment tu t'en sors en fait avec 200 000, avec tout ce que tu mets en place ? » Avec en plus du personnel qui se rajoute, puisque tu as quand même deux personnes en plus des quatre TP. L'accueil en nature, les formations. En plus, j'ai vu des photos de tes crèches. Ce n'est pas une crèche à la petite semaine, elle est vraiment belle. Alors, j'imagine que tu ne dois pas faire beaucoup de bénéfices à la fin de l'année ?
- Speaker #0
Oui, très bien. Pareil, pour être transparent, la première année, le résultat était de 9000.
- Speaker #1
Oui, c'est bien déjà par rapport à tout ce que tu décris.
- Speaker #0
Je n'ai pas encore pris d'apprentissage. La première année... le temps qu'on fonctionne ensemble correctement.
- Speaker #1
C'est top de faire un bénéfice la première année. Et la deuxième année, tu as fait quand même un petit bénéfice ? Oui,
- Speaker #0
la deuxième année, j'ai même un petit peu augmenté parce que je ne me payais pas tout de suite. J'étais encore chez Pôle emploi. J'avais fait l'ARP, l'aide au retour à l'emploi, pour pouvoir faire vivre mon entreprise. C'est vraiment un investissement à 200 % en fait. Donc j'étais à l'ARP. Et donc, la deuxième année, là, qu'est-ce qu'on a fait ? Là, on a fait 13 000.
- Speaker #1
En 2024 ? Et donc là, sur 2025, tu penses que ça va rentrer dans les cases ? Tu penses que tu vas rester en positif ?
- Speaker #0
Je pense qu'on va être à peu près pareil, parce que là, je vais me verser mon salaire. Et vu qu'on a pu augmenter la capacité d'accueil, ça va s'annuler.
- Speaker #1
Ça me fait rebondir. Tu sais, moi, j'ai commencé il y a très, très longtemps dans le secteur en 2007. Et quand j'ai ouvert mes crèches privées, on était... en 2014, on avait 10 places. Et puis, quand on a pu augmenter à 12, donc avec la loi Norma en 2021, j'ai assez vite eu la capacité à 12. À l'époque, on avait l'impression que c'était vraiment un appel d'air. On se disait, ouais, on va enfin pouvoir faire plein de projets, etc. On se disait, c'est top quoi d'avoir ces deux places supplémentaires. Et en fait, je trouve ça incroyable que si peu de temps après, deux, trois ans après, l'économie se soit un peu effondrée et qu'aujourd'hui, si on n'avait pas 12 places, pour les crèches qui ont moins de 12 places, c'est intenable. Donc ce qui pouvait sembler être des largesses de l'État... En 10 ans, et je me souviens, il y a eu des mouvements. D'ailleurs, tu parlais de pas de bébé à la consigne tout à l'heure, ils n'étaient pas trop pour. Alors que moi, je trouvais que c'était plutôt une bonne chose, parce que passer de 10 à 12, ça me semblait complètement équilibré. Je n'avais pas du tout l'impression que je renais sur la qualité. Et en fait, aujourd'hui, si on était toujours à 10 places, ça ne se tiendrait pas du tout. Ah oui,
- Speaker #0
bien sûr. Quand on voit vraiment l'accueil qu'on peut faire à 12, Ce que ça nous permet de faire aussi pour le reste du groupe, c'est vrai que c'était un avantage.
- Speaker #1
Il y a encore deux ans, on avait l'impression qu'on était bien avec 12 places. Aujourd'hui, on se rend compte que quand tu as moins de 12 places, c'est vraiment difficilement tenable.
- Speaker #0
Là, tout a augmenté. Nos prestataires augmentent aussi. Donc, vu qu'on ne veut pas rogner sur la qualité, on continue avec ces prestataires-là parce que ça a toujours bien fonctionné, parce qu'on a une qualité de service. Voilà, moi, je passe par un traiteur qui a dû augmenter ses prix parce qu'il fait face aussi à la réalité de vie, la réalité de marché, la réalité des augmentations. Du coup, ça veut dire que l'année prochaine, je vais encore être obligée d'augmenter mes prix.
- Speaker #1
C'est quoi le prix aujourd'hui pour une famille à temps plein chez toi ?
- Speaker #0
On est au-dessus de 1600.
- Speaker #1
Oui, quand même en milieu rural, c'est vrai qu'aujourd'hui, alors qu'encore il y a quelques années, on pouvait penser qu'il pouvait y avoir une très grosse différence avec les prix des villes. Au final, c'est quand même un prix conséquent. Mais comme tu dis, en fait, on ne peut plus faire autrement. Pour les aides,
- Speaker #0
bien sûr,
- Speaker #1
je parle de 1600. Oui, bien sûr, brut, avant l'aide de la CAF.
- Speaker #0
Si les communes et les communautés de communes pouvaient marcher main dans la main avec nous, participer à nos frais, à nos charges, pour qu'on offre une certaine qualité de service et qu'on offre des places sur leur territoire, je pense qu'elles le feraient. Je pense qu'il n'y a pas de clivage public-privé, si on réfléchit bien. Il faut vraiment tout remettre à plat. pour réfléchir ensemble. Parce que, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, si moi, on me dit que je peux garder ma qualité de service, donc, c'est-à-dire, tous mes professionnels, donc, de le matin, de le soir, trois sur les temps normaux de la journée et quatre sur les temps forts, Ça ne me poserait pas de souci. Mais quel est le financement pour nos pros ?
- Speaker #1
Je pense que tu as bien résumé. C'est avoir nos deux pros le matin, nos deux pros le soir, ensuite trois et puis quatre sur le temps fort. Si on peut faire ça, garder la même qualité dans les repas, dans les produits qu'on utilise, dans nos matériels pédagogiques, dans nos formations surtout, on est bien. En fait, ce qu'on déplorerait, ce serait de devoir faire baisser le niveau d'exigence pour réduire les coûts, toujours réduire les coûts. Et aujourd'hui, on en est un petit peu là. Je pense que tu as très bien résumé. Et ma dernière question pour toi, c'est est-ce que si c'était à refaire, tu le referais ? Est-ce que tu créerais ta micro-crèche ?
- Speaker #0
Tout simplement, oui. Parce que c'est des valeurs que je veux continuer de défendre et je veux aussi montrer que c'est possible, à mon échelle, de réussir à faire quelque chose d'humaniste en vivant de mon métier qu'on dit passion. J'ai le droit de vivre de mon métier et ce n'est pas qu'un métier passion. Donc oui, je recommencerai parce que ça m'a apporté énormément d'un point de vue personnel et professionnel, mais aussi parce que je pense que c'est un système qui fonctionne bien, la microcrèche. C'est un petit comité, ce sont des professionnels formés, ce sont des personnes qui travaillent ensemble. Alors moi, je suis pour la pluridisciplinarité, EGE, AP, CAP, on travaille ensemble pour le bien-être, le bien de tous. Donc oui, je recommencerai et peut-être... protégeant un petit peu plus.
- Speaker #1
En te protégeant.
- Speaker #0
Et peut-être en protégeant un petit peu plus l'avenir de certains de mes collaborateurs aussi. Mais là, on essaye de le faire aussi. Il y a un député qui est venu nous voir, il y a notre maire qui échange avec nous, on va peut-être voir un sénateur aussi. Donc voilà, on travaille ensemble. C'est le côté humaniste qui me plaît énormément et je le retrouve dans ma structure, donc oui,
- Speaker #1
je le... Ouais. Alors, tu as un vocabulaire très social, on sent que tu as cette provenance, mais on voit aussi que tu es un entrepreneur, que tu gères ton entreprise avec beaucoup d'attention. Tu as dit tout à l'heure que tu voulais ouvrir d'autres micro-crèches, je pense qu'aujourd'hui, pour que ça se tienne, c'est quand même nécessaire, c'est quand même difficile de vivre avec un seul établissement. Et je te souhaite vraiment de rapidement pouvoir ouvrir cette deuxième crèche, et après il y aura plein d'autres enjeux qui vont se développer, comment tu vas pouvoir gérer plusieurs équipes, etc.
- Speaker #0
C'est peut-être bête à dire, mais ça vient aussi de mes collaborateurs qui ont envie d'évoluer. Parce que quand on ouvre une micro-crèche, l'évolution professionnelle peut être limitée aussi, parce qu'on accueille certes des apprentis, mais au final, le nombre de personnel autour des enfants reste sensiblement le même. Donc,
- Speaker #1
pour moi,
- Speaker #0
c'est important aussi de me dire, quand je vais former quelqu'un, j'aimerais bien qu'il reste aussi avec moi, qu'on puisse faire profiter aussi d'autres... commune de ce qu'on sait faire, de notre savoir-faire, de notre savoir-être, et ça vient aussi de mes collaborateurs qui ont envie d'évoluer après dix années d'expérience passée auprès des enfants, après donc bientôt trois années auprès de moi, auprès de Léon, du coup, cette envie d'évoluer, et c'est peut-être bête à dire, mais j'ai pas envie de les perdre ces éléments-là, donc oui je vais me battre aussi pour pouvoir ouvrir des structures qui vont être ensuite dirigées, co-dirigées. par des personnes qui me suivent depuis le début.
- Speaker #1
Là, je te comprends à 100%. Quand on ouvre plusieurs crèches, c'est souvent aussi pour ça. On se développe pour ouvrir plus de perspectives à nos équipes. Sinon, on plafonne énormément. Donc, je trouve que c'est très juste ce que tu dis. Et je te souhaite vraiment d'y arriver. Merci beaucoup de t'exprimer aussi sur les réseaux sociaux. C'est bien qu'il y ait des professionnels qui portent leur voix sur les réseaux sociaux et qui... qui parle des problèmes, qui parle aussi aux politiques, qui aille voir le maire, le sénateur, etc. Donc je trouve que c'est un beau combat, donc bravo. Et puis salut à toutes tes équipes.
- Speaker #0
Merci beaucoup de m'avoir donné cette opportunité aussi. Je l'ai saisie parce que j'aime beaucoup parler de mon métier et de ce qu'on fait. Et puis parce que je pense qu'effectivement, c'est important qu'on se fasse entendre et qu'on fasse un peu front commun aussi, mais pour les valeurs justes. Je vais essayer de maintenir ce discours-là assez social, assez humaniste et en même temps réaliste, parce que je suis persuadée qu'on peut allier les deux.
- Speaker #1
Oui, écoute, en tout cas, moi, je suis fiscaliste à la base, je ne suis pas éducatrice de jeunes enfants, mais je crois que les valeurs humanistes, je les ai et qu'on peut les exprimer de façon très différente. On n'a pas tous forcément la même provenance, le même vocabulaire, mais dans le fond, quand on travaille dans ce secteur-là, il y a quand même un... Il y a quand même un point commun. Au fond du fond, on veut accueillir, on veut prendre soin. Donc, il n'y a pas forcément de métier type. Tout le monde peut avoir envie d'accueillir, de prendre soin et de faire évoluer les gens. Bravo Caroline, bravo à ton équipe et puis à la prochaine.
- Speaker #0
Je leur transmettrai. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il t'a plu et que tu en ressors inspiré. Si c'est le cas, abonne-toi pour ne rater aucun épisode. Parle-en autour de toi et surtout laisse-moi une note 5 étoiles et un avis sur Apple Podcasts ou Spotify. À la semaine prochaine !