- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans Références Petite Enfance. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Muriel Berfroid de l'Univers des Petits Pandas. Bonjour Muriel.
- Speaker #1
Bonjour Amal.
- Speaker #0
Alors, je ne vais pas faire durer le suspense. Je vais dire tout de suite la vérité aux auditeurs. Toi et moi, on travaille ensemble depuis quelques mois. Et tu es gestionnaire de Microcrèche depuis déjà 4 ans, puisque tu as ouvert ta première Microcrèche en 2020.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux raconter un peu ton parcours ? Je sais que tu viens de l'ASE, tu as travaillé longtemps dans l'éducation spécialisée.
- Speaker #1
Après le bac, tant qu'astante de gestion PME, PMI, j'ai fait un virage à 360 où je me suis dit, bon, ce n'est pas pour moi. J'ai été au bout quand même du BTS. Et puis, je me suis lancée dans la formation d'éducateur spécialisé.
- Speaker #0
Au début, tu pensais faire plutôt du commerce. C'était quoi ton BTS ?
- Speaker #1
Développement commercial. Je travaillais, j'étais apprentie pour un grand groupe de sport.
- Speaker #0
Et comme beaucoup de jeunes, tu ne savais pas ce que tu voulais faire et finalement, c'était une erreur de casting.
- Speaker #1
C'est exactement. C'était cool. On parcourait toute la France pour développer la marque et s'installer un peu partout, ouvrir des magasins. Puis à un moment donné, je me suis dit non, je crois que ce n'est pas ça. Et l'éducation spécialisée, je pense que ça a toujours été en moi. Je viens d'une grande famille, j'avais six enfants. Je me suis toujours occupée d'enfants. J'étais animatrice. J'étais aussi dans un club de hand où on faisait beaucoup de championnats. Enfin, on s'occupait des petits. les petits, etc. Donc voilà, l'associatif, le collectif, le lien social. Et puis après 10-12 ans dans le secteur de l'éducation spécialisée, tous les accompagnements que j'ai pu faire, que ce soit en institut médico-éducatif ou avec des enfants porteurs de handicap ou dans les foyers accueillant des enfants orientés par l'aide sociale à l'enfance ou des adultes autistes aussi en foyer d'accueil médicalisé. Tous ces accompagnements ont été... hyper riche pour moi. Et puis surtout, c'est que je me suis rendu compte que finalement, en creusant un peu, bon, il n'y avait pas que ça, bien sûr, mais le point commun était quand même la petite enfance qui avait eu un dysfonctionnement, un manque, une carence éducative dans cette petite enfance. Et je me suis dit, pourquoi pas apporter quelque chose dans cette tranche d'âge-là ? Comment je peux y contribuer ?
- Speaker #0
Tu veux dire que tu as ressenti que chez toi, dans ta vie, dans ton parcours, il y avait eu un manque ou tu t'es dit... Je constate que pour les enfants en France, il y a un manque.
- Speaker #1
Pour les enfants en France, et pour les parents surtout, que cette tranche d'âge-là est quand même hyper importante. C'est les premiers jours de vie de l'enfant.
- Speaker #0
Oui, tout commence pour les enfants, mais tout commence pour les parents aussi.
- Speaker #1
Pour les parents également.
- Speaker #0
Et je sais que pour toi, c'est très important ça, le travail de la parentalité, accompagner les parents.
- Speaker #1
Exactement, parce qu'on devient parent en même temps qu'on a nos enfants finalement, quelque part. Donc, il n'y a pas de livre de recettes, il n'y a pas de choses toutes faites ou comment appliquer et devenir parent. Sinon, ça serait easy comme on dit, mais non. Donc, on se découvre. C'est une autre naissance aussi pour nous en tant que parents. Donc, je me suis dit, qu'est-ce que je peux faire ? Puis moi-même, j'ai été maman à ce moment-là et pas de moyens de garde. Donc, je me suis dit, c'est peut-être le moment de monter mon projet. Donc, tout démarre comme ça. En 2019, du coup, je commence à faire des recherches, etc. Alors... regarder ce que je peux faire. Et puis, je trouve des locaux à Nozile Grand.
- Speaker #0
Donc, tu avais déjà cette idée quand même, parce que tu cherchais des locaux.
- Speaker #1
Ce projet de crèche, en fait, je l'avais déjà en 2005. Et c'est l'année où je suis entrée en école d'éducateur, finalement. Je me suis dit, attends, c'est peut-être pas encore... Comme j'étais développeur d'enseignes pour un grand groupe de sport, j'avais déjà cette fibre d'aller démarcher ma zone de chalandise, etc.
- Speaker #0
À l'époque, tu avais repéré en 2005 que c'était le début des crèches privées ?
- Speaker #1
Non. Je ne l'ai même pas repéré.
- Speaker #0
Tu t'étais dit, j'aimerais bien ouvrir une crèche. Oui. Mais tu ne savais pas que c'était possible, en fait. Non. Parce que c'était le tout début, tu sais, en 2005. C'était le tout début de Babylou, de la Maison Bleue. Mais vraiment le début de début, quoi.
- Speaker #1
Et puis, j'ai vu que c'était le parcours du combattant, quand même, avec toute la réglementation, etc. Et je me suis dit, attends, je ne me sentais pas légitime, je pense. Et puis, j'étais jeune en 2005 encore. Je me suis dit, non, attends, va te former. forme-toi, grandis, etc. Et donc du coup, je suis entrée en école d'éducateur à ce moment-là. Mon projet restait dans un coin de ma tête. Et puis, 2017, je deviens maman. Pas de moyens de garde. Je suis restée à 18 mois avec ma fille. Bon, c'est un bonheur. Mais quand tu ne le choisis pas au début, quand même, même si tu es éducateur, ça te fait bizarre. Mais finalement, tu t'y fais et c'était vraiment génial. Franchement, si tous les parents pouvaient rester avec leur enfant au moins la première année, ça serait l'idéal, je pense.
- Speaker #0
Mais ce serait bien que ce soit un peu plus volontaire.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. On n'en est pas là encore, je pense, dans notre système. Donc 2019, je me dis, allez, on y va, on se lance. Et là, à ce moment-là, je ne suis plus éducatrice en foyer, j'accompagne des personnes bénéficiaires du RSA. Et puis je tombe sur un super monsieur qui lui animait des ateliers pour les personnes bénéficiaires du RSA à monter leurs projets, à refaire leur CV, à les sortir de l'isolement. Et il m'a boostée en fait. Et comment je le voyais animer cet atelier auprès de ces personnes-là ? Ça m'a dynamisé, ça m'a boosté et j'ai commencé à chercher mes locaux tout en travaillant à côté, à solliciter les mairies. Et moi, je voulais un projet intergénérationnel. Je suis toujours dans le lien social. Je voulais un projet intergénérationnel, donc j'ai sollicité les maisons de retraite de ma ville, du département. Et ça n'a pas pu se faire, parce qu'ils n'avaient pas forcément les locaux à me prêter, etc., pour que je puisse m'implanter.
- Speaker #0
Tu vois, c'est un point commun que je vois souvent avec les porteurs de projets. Par exemple, le fait de dire « c'était dans un coin de ma tête depuis longtemps » , ça on l'entend souvent. Et puis là, quand tu dis « je voulais faire un truc intergénérationnel » , c'est pareil. En fait, il y a souvent des porteurs de projets qui veulent faire des choses très impactantes, avec une grosse différenciation, quelque chose d'un peu extraordinaire. Et en fait, on se rend compte que déjà faire le projet lui-même, c'est énorme. Et donc, souvent, on est un petit peu obligé d'en rabattre et de se dire, bon, attends, déjà, je vais faire une bonne crèche qui marche bien. Et ensuite, on verra pour le reste.
- Speaker #1
Exactement. Mais en fait, plus tu t'entoures de partenaires, plus que c'est compliqué, en fait. Parce qu'il faut que tu trouves le partenaire avec qui ça matche tout de suite.
- Speaker #0
Tu peux dire l'EPA, dans l'occurrence.
- Speaker #1
Exactement. Et qui partage tes mêmes valeurs et qui va t'aider à porter le projet. Mais au-dessus de lui, il y a aussi tellement de strates pour pouvoir prendre des décisions. Enfin, je me suis dit, bon, OK, peut-être pas. qu'on viendra prendre le thé ou le café.
- Speaker #0
Finalement, si aujourd'hui, il n'y a pas plus de crèches intergénérationnelles, plus de crèches d'extérieur et tout, ce n'est pas forcément que les gens n'ont pas envie de faire ça. C'est surtout que c'est extrêmement difficile de surmonter déjà tous les obstacles. Et donc, créer une crèche, c'est déjà un gros parcours. Donc, si en plus on rajoute l'intergénérationnelle, Montessori, l'outdoor, enfin tout ce qu'on a envie de faire, là, ça devient encore plus compliqué. globalement, c'est une motivation profonde. Et ce n'est pas que tu l'as abandonné, c'est juste qu'il fallait déjà faire une crèche avant de faire une crèche.
- Speaker #1
Et je me suis dit, je le ferai différemment, en fait. Je me suis dit, si je ne peux pas m'implanter dans un EHPAD, j'essaierai de créer un partenariat ou faire venir des personnes âgées dans la crèche, etc. Le faire différemment. Et finalement, je me rends compte aussi que je n'aime pas dépendre de quelqu'un ou de quelque chose. Donc, j'aime bien aussi pouvoir être libre de monter mon projet. Donc, je me suis lancée comme ça.
- Speaker #0
C'est quelque chose d'assez fort chez toi, qui commence à te connaître. C'est que tu es quand même quelqu'un d'assez fort et d'indépendant. Tu as cette force de caractère de chef d'entreprise.
- Speaker #1
Mais c'est important parce que sinon, on peut te couper tes rêves. Et moi, il était hors de question qu'on brise mes rêves. Je sais que je peux, alors j'y vais.
- Speaker #0
Alors justement, tu as réussi à réaliser ce rêve puisqu'en 2020, tu as ouvert ta micro-crèche numéro 1. Ensuite, en 2021, tu as ouvert ton lieu d'accueil enfants-parents. Et en 2023, ta deuxième micro-crèche. Ça fait déjà plus de 4 ans, donc maintenant, tu es vraiment une gestionnaire de crèche, tu fais partie de la bande. Bon, quand même, malgré tout, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées et on s'est rencontrés, nous, il y a déjà un petit bout de temps, en 2023. Est-ce que tu peux raconter un peu notre rencontre, comment on s'est connus ?
- Speaker #1
C'était via LinkedIn. C'était par rapport à un post, il me semble, que tu avais posé. Enfin, je ne sais même plus c'est quoi le sujet. Mais je t'ai sollicité parce que, du coup, tu demandais si le podcast, ça pouvait être intéressant, etc. Et si ça pouvait plaire.
- Speaker #0
C'est vrai, j'essayais de savoir si les auditeurs, si les pros de la petite enfance, ils aimaient bien les podcasts. C'était le début. Et j'ai commencé en janvier 2023 et je ne savais pas s'il y avait un public. Et donc, en janvier 2023, tu m'as dit, oui, moi, ça m'intéresse.
- Speaker #1
Exactement. Et puis, du coup, on s'est pris un petit rendez-vous téléphonique, on a échangé. Et je te demandais, justement, si tu faisais pas du... On appelle ça du mentoring, il me semble.
- Speaker #0
Ouais, du mentoring. Mais oui, c'est vrai, je me souviens, tu m'as dit, mais est-ce que tu fais du conseil ? Et je t'ai dit non.
- Speaker #1
Non, exactement. Ça a commencé comme ça. Et puis, du coup, j'ai écouté tes podcasts. Quelques mois plus tard... On a commencé réellement à travailler ensemble avec Aïna, celui qui m'a remplacée pendant mon cours de maths.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est toi qui m'as donné l'idée au final, parce qu'au début, je faisais mes petits podcasts en me disant est-ce que ça intéresse les gens ? Et puis toi, tu m'as dit mais est-ce que tu ne fais pas du conseil ? Parce que moi, j'aimerais bien avoir un peu de soutien dans mon quotidien de chef d'entreprise.
- Speaker #1
Bien sûr, avec tant d'années d'expérience que tu as pu avoir et d'écrèche, c'est des sortes compétentes. Donc, j'avais besoin aussi d'un peu de recul, de prendre de la hauteur. Comme je me suis construite toute seule, en même temps que ma crèche finalement en tant qu'entrepreneur, donc j'avais besoin de m'assurer que je faisais bien finalement, de m'assurer que tout ce que j'avais entrepris et tout ce que j'avais mis en place était bien d'une certaine manière, que j'avais les bonnes fondations parce que j'avais déjà dans cette optique d'en ouvrir d'autres. Donc je me suis dit c'est le moment de me poser, de faire le point et de réajuster si besoin.
- Speaker #0
Tout le monde, je pense, se doute finalement de se dire, est-ce que ce que je fais, c'est bien ? Bon, évidemment, si tu as déjà été chef d'entreprise et que... Mais bon, en fait, à chaque fois que tu fais un nouveau projet quand tu es entrepreneur, c'est toujours différent, tu essaies toujours de voir plus haut, plus loin. Donc, on a toujours ce doute de se dire, est-ce que ce que je fais, c'est juste ? Et puis, on rencontre des difficultés aussi. Je pense que pour les auditeurs, ça va être intéressant aussi de savoir quelles difficultés, toi, tu as identifié. Pourquoi tu t'es dit, tiens, j'ai ce doute ? Même si tes crèches sont top, j'ai vu des choses assez incroyables chez toi, dont on pourra reparler tout à l'heure. Mais on a beau faire des choses bien, il peut quand même y avoir des problèmes. Et je pense que les auditeurs en rencontrent aussi. Est-ce que tu peux citer un peu les problèmes que toi tu as rencontrés ? Et qu'est-ce qui au quotidien te peinait ? Qu'est-ce qui était pénible pour toi, sur lequel tu aurais pu avoir envie d'avoir du soutien ? Et c'est vrai que quand on est chef d'entreprise, Dieu sait qu'on est très seul. Et on ne peut pas dire à son salarié, c'est trop dur, aujourd'hui, j'en peux plus. On est obligé de faire toujours bonne figure. Donc, il faut trouver une autre personne. Mais voilà, à ce moment-là, de quoi tu avais envie de parler ?
- Speaker #1
Du management et justement d'être à bonne distance, en fait. Donc, être à bonne distance avec les parents et les enfants, ça, je sais faire. Parce que c'est mon métier et je l'ai toujours fait. Mais être à bonne distance aussi, sur le plan du management, pour moi, ça a été quelque chose... de ne pas être si naturel parce que je suis quelqu'un d'entier, être à bonne distance et donner toutes les directives sans être touché par le retour de certains salariés, de savoir tirer stop, de poser des limites et un cadre sans qu'il soit malmené à chaque fois. Donc ça, c'était sur le plan du management, bien recruter également.
- Speaker #0
Un point difficile, savoir mettre des limites sans avoir l'impression d'être méchant. Moi, je l'ai vécu aussi au début, quand j'ai ouvert mes premières crèches. En fait, c'est très dur parce qu'on a une forme d'affect. Tout le monde n'est pas susceptible de mettre son affect de côté, même si on sait qu'il faut le faire. Quand on dit non, souvent, on peut avoir l'impression d'être le mauvais objet, d'être le méchant. Et on devrait l'accepter parce que c'est notre rôle. Mais parfois, on n'a pas envie. On a envie que les gens nous aiment.
- Speaker #1
Oui, tout simplement parce qu'on est humain, on travaille dans la petite enfance. Et puis aussi pour... des raisons toutes simples. Il y en a, tu leur dis non ou ça ne va pas, t'as peur qu'elles ne viennent pas demain. Et comment t'assures, toi, en fait ? Comment t'assures l'ouverture de demain ? Déjà que tu fais des horaires, voilà, tu comptes pas, parce que tu veux tout maîtriser. Après, t'apprends à lâcher petit à petit. Toujours être assurée, toujours assurer l'accueil, toujours être disponible à accompagner les enfants et les familles. Enfin, pour moi, il était impensable de devoir fermer parce que je manquais de personnel. Covid est passé par là, etc. Mais même pendant cette période, on a travaillé.
- Speaker #0
C'est vrai que nous, on a dans ce métier cette ligne rouge de se dire si je ferme ma crèche sur des horaires où je suis censée être ouverte, on le vit vraiment mal. Et c'est normal, c'est notre mission d'être ouverte et de permettre aux parents de faire accueillir leurs enfants ce jour-là, de telle heure à telle heure. Donc si nous, on ferme, c'est vraiment qu'on est en échec. Ça, clairement...
- Speaker #1
Je ne veux surtout pas vivre ça.
- Speaker #0
Du coup, tu étais 100% sous pression parce qu'à n'importe quel moment, on peut t'appeler pour te dire je ne viens pas ce matin.
- Speaker #1
Je ne viens pas, exactement. C'était souvent des textos à minuit, une heure du mat.
- Speaker #0
Ah ouais, minuit, une heure du mat, ça c'est le coup classique.
- Speaker #1
Ça, c'est le texto où quand tu te réveilles, déjà t'es mal. Déjà, t'as pas encore bu ton café, que t'es déjà en trousse.
- Speaker #0
Et justement, en fait, à minuit ou une heure du mat, on te réveille, on te met la panique, mais tu peux rien faire. En fait, c'est vraiment l'horaire où ça sert à rien. Ça ne sert qu'à te gâcher la nuit.
- Speaker #1
Exactement. Donc déjà, maintenant, il est éteint, le téléphone. Et puis, le fait d'avoir travaillé avec toi sur tous les aspects de la vie de la crèche, en fait, finalement, c'était... Là, c'était vraiment le bon moment de tirer le frein à main, parce qu'il y a eu ça, il y a eu aussi la partie RH, comment aussi gérer tout ton administratif au quotidien, même si tu travailles avec les comptables, etc., il faut pouvoir quand même centraliser toutes les informations. Donc, par moments, tu te sens un peu dépassée, parce que tu manques de compétences, parce que ton métier premier, c'est pas ça. Et c'est vrai que quand tu montes ton entreprise, peut-être que tu ne mesures pas. En tout cas, moi, je n'avais pas mesuré tout ça, en fait. Tu vois, je t'ai dit, ouais, je vais pouvoir le faire et tout, etc. Bon, ça va, j'ai quatre salariés, je vais y arriver, il n'y a pas de souci. Et après, quand tu entres un peu plus dans des questions un peu plus poussées ou qu'il y a des besoins des salariés ou la loi qui change tous les quatre matins, enfin voilà, il faut te mettre à jour.
- Speaker #0
C'était une inquiétude, ça aussi, parce que tu n'es pas juriste. Ce n'est pas ce qu'on te demande non plus à la base, mais... en fait, tu es confrontée depuis quelques années maintenant. Avant, c'était un petit peu moins fréquent. Là, le rythme est très soutenu, le rythme des annonces et des réformes et des projets et des non-projets et tout ce qui passe dans la presse. Maintenant, il y a quand même à se renseigner sur les réformes, les projets de réformes. Est-ce que ça sort ? Est-ce que ça ne sort pas ? Est-ce que c'est opposable ? Est-ce que c'est maintenant ? Est-ce que c'est dans six mois ? Et ça, je sais que c'est une grosse inquiétude pour toi de te dire « Je veux tellement bien faire, je veux tout le temps être conforme, mais peut-être que je vais être prise au piège parce qu'en fait, tu es... » je ne suis pas juriste, donc peut-être que je vais me planter à l'insu de mon plein gré.
- Speaker #1
Oui, et puis du coup, il faut apprendre à s'entourer, ça coûte des sous. Et surtout, quand on a une de crèche, tu te dis, ok, tu peux avoir des outils, des petites ressources, etc. Mais quand tu passes à deux, donc huit salariés, tu doubles tes besoins, tu doubles ton volume de travail, etc. Et comme tu peux être à la fois sur le terrain, etc., comme j'ai pu l'être, donc en fait, c'est... C'est une charge de travail hyper importante. Donc, j'ai tiré le frein à main au bon moment, je pense, en choisissant de travailler avec toi et Aurélie pour sortir un peu la tête de l'eau et mettre plus de cadres et des process. Alors ça, ça a été la révolution.
- Speaker #0
Ah oui, process, la révolution.
- Speaker #1
Les process.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on est très process, t'as vu.
- Speaker #1
Parce que pendant les trois premières années et demie, je n'ai pas eu de turnover d'équipe. J'ai eu la même équipe.
- Speaker #0
On appelle ça la lune de miel.
- Speaker #1
La lune de miel, magnifique. Après, ça a commencé à se dégrader. Donc, je n'avais rien écrit, en fait. Enfin, rien écrit, non. Tu n'avais pas besoin. Tu n'avais pas besoin d'écrire pour transmettre. Mais à partir du moment où j'ai changé d'équipe, où je me suis agrandie, j'ai eu la deuxième crèche, etc., c'est là où tu te rends compte que pour transmettre, il faut des écrits. Ça a été un gros, gros, gros boulot. Je travaillais les week-ends, j'ai travaillé, travaillé. C'était hyper intéressant parce que du coup, aujourd'hui, j'envoie les fruits en fait.
- Speaker #0
Ce que tu dis, tu sais, ça s'applique à... Il y a une gestionnaire qui me disait il y a quelques jours, c'est quand tu as de l'argent, tu ne penses pas à travailler tes finances. Et aujourd'hui, j'ai des problèmes d'argent, mais c'est trop tard, je n'ai plus les moyens d'agir. Donc c'est un peu ce que tu dis. En fait, quand tu n'as pas de problème, tu ne te préoccupes pas des problèmes. Tu profites. Mais le truc, c'est quand tu te rends compte qu'en fait... effectivement, ce n'est pas éternel. Et là, toi, ce que tu as vécu, c'est tout d'un coup, il faut reformer une nouvelle équipe, sauf que tu t'appuyais sur des gens qui te semblaient fiables et tout. Et en fait, le contexte aujourd'hui fait que les personnes ne sont pas forcément dans la continuité, dans l'engagement. Ça ne vient pas forcément que du patron. Il y a une part où on peut se dire, je suis responsable de certaines choses, mais il y a aussi une conjoncture. Donc, la conjoncture, elle est très dure dans les crèches en ce moment. Donc, le turnover, il est... quand même difficile à éviter. Il y a encore des équipes qui restent, comme tu as pu en profiter de toi pendant trois ans, mais c'est rarement éternel. Ça peut être du turnover aussi, qui est dû à des grossesses, etc. Ce n'est pas forcément des problèmes.
- Speaker #1
Oui, ça fait partie de la vie de l'entreprise, mais plus tu es outillé, et plus tu peux faire face, en fait. Si tu as un outil pour chaque situation, entre guillemets, tu le sors à ce moment-là et tu sais y faire face. Donc tu n'es plus dans la panique, tu n'es plus dans le stress, tu prends des décisions réfléchies, tu as anticipé un minima. Oui, c'est difficile, oui, il y a encore des problématiques et vu la conjoncture et tout ce qui se passe, on va encore un peu bosser. Mais je pense qu'il y a encore moyen d'exister. Et moi, ça me permet justement de me réajuster, en fait. De me réajuster, que tout soit carré, pour que la troisième micro, elle soit carré.
- Speaker #0
Alors voilà, ça, on ne l'a pas encore dit, mais du coup, là, tu es en train de faire ton nouveau projet. Donc, tu le continues, malgré les oiseaux de mauvaise augure qu'on voit en ce moment partout sur les réseaux qui disent... ça ne va pas du tout, il faut tout arrêter, c'est la fin. Alors oui, le contexte est un peu difficile et tendu. C'est la crise partout, pas que dans les crèches d'ailleurs. Mais voilà, toi, tu suis ta route. Donc là, tu démarres ton projet de micro crèche 3. Tes crèches, elles sont magnifiques. Avec Aurélie, on a découvert des trucs incroyables que tu as fait, des aménagements magnifiques en bois pour la motricité qui font fait sur mesure des fresques avec des pandas parce que tes crèches, c'est quand même l'univers des petits pandas. Tu investis énormément et je dois dire, pour nous, effectivement, tu l'as dit, tu as investi en prenant du conseil et c'est des sommes importantes, on bosse beaucoup et ce n'est pas rien de s'investir là-dedans. Mais à côté de ça, tu as aussi, à chaque fois que tu as un problème, tu as l'avocat spécialisé, tu as l'architecte qui te fait un super projet. Tu ne fais pas les choses à moitié. Moi, je faisais pareil dans mes crèches, donc je trouve ça top parce que plus on va investir dans sa boîte et plus on va... pouvoir en retirer les fruits.
- Speaker #1
Quand je travaillais dans l'handicap, j'avais ma référente de stage qui me disait même dans l'handicap, on a droit au beau. Quand c'est beau, ça donne envie. Elle, c'était une éducatrice montessori.
- Speaker #0
Et Montessori, il adore utiliser le bois, etc. Et du coup, ça m'est resté, je me dis, si c'est beau, ça donne envie, même dans l'assiette, quand on va au resto, quand c'est beau, ça donne envie de manger. Et le beau, en fait, ça peut être accessible à tous, même quand je travaillais avec les jeunes adolescents migrants.
- Speaker #1
Ça ne coûte pas forcément plus cher de mettre une jolie peinture que d'en mettre une.
- Speaker #0
Dans leur petite chambre de 8 mètres carrés, je leur disais, ça peut être beau aussi, mets-toi un poster de je ne sais pas qui que tu aimes. Et ça va te donner la pêche, quoi. Il faut que ce soit beau. Donc, on peut faire du beau sans que ce soit trop cher. Et travailler dans un endroit agréable, ça donne envie. Après, tout le monde n'est pas sensible à ça, mais ce n'est pas grave. Moi, je trouve que c'est beau et ça me va. Et c'est déjà ça.
- Speaker #1
Tu penses qu'elles sont conscientes de ça ? Tu penses qu'elles prennent soin quand même de leur environnement de travail ?
- Speaker #0
Elles font attention aux jeux que j'achète, en bois, etc. Je pense que ça a touché certaines. Peut-être pas tout le monde, mais ça a touché certaines. Et du coup... Du coup, elles sont assez respectueuses des locaux. Et c'est important que les gens se sentent bien. Donc, si on peut mettre des choses déjà à disposition qui soient un minimum confortables et qui donnent envie, du coup, on a envie de rester aussi.
- Speaker #1
C'est important pour les parents, pour les enfants, pour les pros. C'est vertueux pour tout le monde parce que ça a un impact sur tout le monde, d'être dans un environnement qui est apaisant, qui est propre, qui est ordonné. Ça va rendre tout le monde plus serein. Comment tu te sentais en tant que chef d'entreprise ? Est-ce que tu avais beaucoup de temps ? Est-ce que tu arrivais à conjuguer ta vie de maman avec ta vie de chef d'entreprise ?
- Speaker #0
Non, ça, par contre, c'est quelque chose où encore aujourd'hui, il faut vraiment que je me fasse un vrai planning et que je me tienne.
- Speaker #1
Alors, c'est notre prochaine session, du coup. On va bosser là-dessus.
- Speaker #0
C'est vraiment le truc où... Mais par contre, aujourd'hui, j'ai plus cette petite boule au ventre ou ce petit truc dans ma tête qui me dit qu'est-ce qui est encore passé. Ça, ça va.
- Speaker #1
Tu as quand même réussi à alléger ça, oui. Oui,
- Speaker #0
complètement.
- Speaker #1
Dans l'anticipation, parce que c'est vrai qu'on a beaucoup travaillé là-dessus, sur les imprévus. Tu m'as dit l'autre fois, je sens que ça y est, je reprends les rênes.
- Speaker #0
Rien que du fait d'avoir des plannings fixes, ça a été la révolution. Je n'ai pas touché aux plannings depuis novembre.
- Speaker #1
Ah, ça, c'est un gain de temps énorme.
- Speaker #0
Énorme, énorme. Tout le monde sait où il va, qui fait quoi, à quel moment. Il y a une absente, il y a le planning à trois. Ça, c'est au top. Donc, j'ai voulu être dans un management collaboratif, intelligent, etc. Ça a fonctionné avec la première équipe, mais pas avec les renouvellements, pas avec les turnovers.
- Speaker #1
Et puis, la première équipe, tu étais quand même très présente. Oui. Et en fait, c'est aussi la spécificité des chefs d'entreprise de microcrèches qui ont des diplômes du secteur. C'est que souvent, ils participent à l'accueil. Donc, au début, c'est positif parce que du coup, ça leur permet de bien connaître leur activité et tout. Mais après, ils se sentent pris au piège. Et l'équipe va leur reprocher leur absence dès qu'ils vont devoir aller se battre sur d'autres fronts. Parce que j'ouvre deux crèches, j'ouvre trois crèches, j'ai mille sujets à traiter.
- Speaker #0
C'est là où justement, en septembre dernier, je suis revenue de congé mat. Et ça a été la phrase que j'ai dite. Je vais me retirer du terrain parce que j'ai recruté une RT.
- Speaker #1
Et là, c'est le drame.
- Speaker #0
C'est le drame, exactement.
- Speaker #1
Souvent, les équipes se sentent abandonnées quand elles entendent ça. Alors que tu n'as nullement l'intention de les abandonner.
- Speaker #0
Ben non, c'est que je suis juste dans le bureau et moins sur le terrain. Pourtant, en plus, je l'ai dit, je ne vais pas disparaître. Je suis toujours là, je viendrai tous les jours.
- Speaker #1
Et puis, tu avais deux crèches. Et oui. Donc, tu devais aller de l'une à l'autre. Et puis,
- Speaker #0
j'ai recruté en fonction, tu vois, c'est ça le truc. Donc, il y a un truc qui s'est joué.
- Speaker #1
Il y a un truc qui s'est joué, il y a un truc qui s'est cassé un peu. Ouais, aussi. Elles n'ont pas du tout compris. D'après toi, pourquoi ça s'est passé comme ça ?
- Speaker #0
Déjà, je revenais de congé maternité.
- Speaker #1
Je précise quand même pour les auditeurs, parce que ça peut leur paraître bizarre, mais tu avais un super remplaçant. Ça, je n'ai jamais vu ça. Moi, quand je suis partie en congé maternité, j'avais déjà pas mal de crèche et j'étais enceinte. Je suis partie, allez, deux semaines, quoi. Mais toi, tu as trouvé un super remplaçant. Moi, j'ai bossé avec lui, du coup, pendant ton congé maternité. Et je dois dire qu'il était assez exceptionnel. Enfin, trouver quelqu'un…
- Speaker #0
C'est un cas super cutant.
- Speaker #1
Et puis en lien avec toi.
- Speaker #0
Toutes ces femmes.
- Speaker #1
Et c'est vrai que tout le monde n'a pas la chance de trouver un remplaçant pour prendre un vrai congé de maternité. Donc bravo, tu arrives à faire des trucs assez dingues.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Et là, tu reviens, le congé.
- Speaker #0
Et là, je pense que ça... Tu sais, c'est comme les enfants en fin de journée qui retrouvent leurs parents et qui se déchargent. Je l'ai senti un peu comme ça. Je vois très bien. Le soir après l'école, il n'y a qu'avec nous qu'ils font la crise. Ils passent le portail de l'école et ça y est, ça pleure. Ou de la crèche, ici, et ils se déchargent. Et bien là, quelques mois après, en analysant un peu, en prenant du recul, j'ai l'impression que c'était un peu ça, quoi. Parce qu'après, j'ai eu des défilés dans mon bureau à me dire, dans votre absence, et nanani, nanana.
- Speaker #1
Donc tu rentres en septembre, tu leur dis que tu vas devoir prendre un peu de recul par rapport au terrain, parce que t'as d'autres sujets qui vont te prendre beaucoup de temps, mais toujours dans la crèche. T'es pas en train de leur dire que tu pars... vivre sur une île déserte et profiter du soleil. Elles ont du mal à l'entendre, elles se sentent abandonnées. Et là, les tensions augmentent, ça s'est crispé. Comment ça s'est passé ? Du coup,
- Speaker #0
j'ai recruté une référente technique qui a été intégrée aussi très vite. J'ai eu quand même trois contrôles PMI sur le mois de septembre.
- Speaker #1
Je m'en souviens, là, c'était vraiment un défilé. Je me suis dit,
- Speaker #0
non mais attends, quatre au final, parce que deux étaient prévus et deux inopinés. Enfin, voilà, le mois de septembre a été d'une brutalité. Et donc du coup, je pense que le fossé a commencé à se créer à partir de ce moment-là, parce que finalement, la référente technique, elle ne remontait pas les informations, l'équipe se sentait un peu abandonnée, ça ne communiquait pas vraiment. Et donc du coup, il y a une espèce de maillot qui s'est fait, qui a monté, qui a monté, et puis ça s'est fini fin octobre en grève. Donc on a dû fermer.
- Speaker #1
On n'a pas dû fermer, elles ont fermé, tu n'étais pas du tout dans la boucle.
- Speaker #0
Un an, pas du tout.
- Speaker #1
Elles ont fermé et tu t'es retrouvée un peu au pied du mur. Voilà, c'est vraiment un peu le paroxysme de la tension qu'on peut subir en tant que chef d'entreprise. Et ce qui est terrible, c'est que là, tu racontes en fait tout ce que tu as mis en place, que tu rentres à peine de congé mater, tu leur parles, tu leur annonces que ça va changer, que tu vas prendre du recul, que tu recrutes quand même une référence technique. Tu n'es pas du tout dans le lâcher prise. Et finalement, au bout de deux mois, tu as une équipe en grève. Alors, on imagine bien, les parents devaient être ravis.
- Speaker #0
Le stress. En plus, lundi matin, grève inopinée, puisqu'elles n'ont pas de préavis ni rien, personne n'est prévenu. Elles mettent leur affiche et elles repartent. Elles croisent une maman dans la rue et elles ne disent rien. Donc la maman m'appelle, elle me dit, mais Muriel, il se passe quoi là ? Je suis comme, ça va, il se passe quoi ? Et cinq minutes après, je reçois une photo de la porte avec écrit en grève dessus. Alors là, il était 7h50,
- Speaker #1
je crois. T'es tombée de la chaise.
- Speaker #0
Mais c'est fou, et là tu te dis, mais qu'est-ce qui s'est passé en fait ? Enfin,
- Speaker #1
je comprends pas. C'est la rupture.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Je me souviens que c'était assez incompréhensible parce que ce qu'elles t'ont dit, ça ne correspondait pas à la réalité. Qu'est-ce qu'elles ont évoqué comme raison à cette grève, en quelques mots ?
- Speaker #0
Oui, alors leurs conditions de travail, disant qu'elles avaient de mauvaises conditions de travail. Heures supplémentaires pas payées alors que depuis début octobre, c'était payé. Et il y avait un mail qui confirmait, une note de service qui confirmait ça.
- Speaker #1
Parce qu'avant, tu leur proposais de rattraper et là, tu avais dit, ça y est. Je ne veux plus les faire rattraper, je les paye.
- Speaker #0
Est-ce qu'on n'arrivait pas à les rattraper ? C'était trop long.
- Speaker #1
Tu avais vraiment pris conscience de tout ça et tu faisais le nécessaire. Et pourtant, elles étaient restées sur cette idée-là. Donc elles avaient mis quoi d'autre comme argument ?
- Speaker #0
Qu'elles voulaient des formations, alors que toutes les formations que je propose, soit elles ne viennent pas, soit ça ne correspond pas. Ou en tout cas, elles ne sont jamais en demande de formation, parce que dans les entretiens individuels, à chaque fois, je leur disais qu'il y avait ça ou ça comme formation, que si elles avaient besoin de monter en compétence, c'était possible, qu'elles me montent un projet, qu'elles viennent me voir, on en discute, etc. Bon, je sentais bien que le courrier, parce qu'au début, il n'y avait pas de courrier, il n'y avait rien, pas de revendication, rien.
- Speaker #1
Tu creusais un peu, ça, je m'en souviens.
- Speaker #0
J'ai dû creuser, et puis là, j'ai senti que, parce qu'il y avait des choses qui ne correspondaient pas du tout à la crèche, en fait.
- Speaker #1
Moi, j'ai l'impression qu'il y avait une confusion dans la tête des pros. aussi sur des choses qui sont un peu complexes. Le taux d'encadrement, est-ce qu'on est finalement nombreuses ? Des a priori, est-ce que ça, tu l'as ressenti aussi ?
- Speaker #0
Oui, oui. Puis en plus, j'avais recruté deux nouvelles personnes aussi qui, elles, apportaient leurs habitudes, comment elles fonctionnaient. Et du coup, ça a semé le doute dans la tête de tout le monde.
- Speaker #1
Elles se sont dit, si elles, elles faisaient comme ça ailleurs, peut-être qu'ici, ce qu'on fait, c'est pas bien.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
En réalité, vous n'étiez pas encore complets. Je me souviens que vous accueillez, je crois que c'était huit enfants à l'époque.
- Speaker #0
Huit enfants. Oui, 8 enfants jusqu'en novembre-décembre.
- Speaker #1
Donc le taux d'encadrement était largement respecté, puisque les pros étaient en nombre. Il y avait des jours où, selon les absences, elles pouvaient être 3, mais bon, ce n'était pas un sous-effectif. Et en fait, elles se sont mélangées un petit peu les pinceaux, d'après moi. Est-ce que du coup, tu penses que c'est réglé aujourd'hui ? Comment ça s'est terminé ? Parce que ça n'a pas duré très longtemps, cette histoire.
- Speaker #0
Non, mais du coup, c'est que j'ai refait une réunion. J'ai repris point par point. Du coup, je dois travailler avec les personnes présentes. Et donc, du coup, ça a permis aussi de remettre du cadre, de refaire une information collective sur qu'est-ce que le taux d'encadrement, des règles de la micro-crèche, sur le deuxième adulte à partir de trois enfants.
- Speaker #1
On a beaucoup bossé, je me souviens, sur la façon dont on pouvait expliquer les choses pour que les gens comprennent. Parce que finalement, les gens du terrain, ils ne savent pas forcément leur première vocation de lire le Code de la santé publique. Et donc, pour qu'ils comprennent vraiment le cadre, Il faut aussi que nous, on l'exprime très, très bien. Et du coup, il y a tout un enjeu là-dessus, dans la façon dont on communique les choses à nos équipes.
- Speaker #0
Exactement. C'est là où moi aussi, j'ai travaillé là-dessus, à être beaucoup plus claire, plus précise, donner le strict minimum en information, c'est-à-dire l'essentiel, en fait. Donner l'essentiel, la règle. Parce qu'en fait, finalement, on n'est pas tous au clair avec ça. Elles n'étaient pas toutes au clair avec ça. Et le niveau de lecture de tous ces textes, enfin voilà, on sait tous que c'est complexe. Donc voilà, j'ai pris les essentiels qui les concernent, elles, pour qu'elles se sentent en sécurité, pour pouvoir bien travailler. Je l'ai écrit, répété, fait valider par tout le monde. Et aujourd'hui, c'est clair. Elles ont compris.
- Speaker #1
Je dois dire que moi, ça m'a quand même bluffée, parce que... Quand tu m'as appelé pour me dire, l'équipe est en grève ce matin, je ne comprends pas ce qui se passe. Je dois dire que ça m'a marquée. Et finalement, très vite, je trouve que tu affrontes les situations. On a beaucoup bossé, tu as une force de travail importante. Et puis, tu veux que ça se règle. Tu veux trouver ce qui ne va pas, comprendre et y arriver. Et ça marche. C'est-à-dire qu'en fait, on a mis des choses en place. Tu as communiqué avec les parents, avec les pros. Et très vite, c'était terminé. Les choses ne se sont pas du tout envenimées. Donc, pour ça, franchement... bravo et je pense que c'est un message d'espoir aussi pour les auditeurs quand on a des problèmes avec son équipe et avec ses familles, ce n'est pas insoluble, ce n'est pas définitif.
- Speaker #0
Et je pense qu'il faut vraiment affronter la chose parce que oui ça m'a coûté dans mon énergie dans mon amour propre je me suis remise en question, ça m'a fait beaucoup de mal parce que c'est mon entreprise, on me disait mais prends pas le pour toi, etc et si finalement je le prends pour moi parce que c'est mon entreprise, mais...
- Speaker #1
Ah bah sur le moment t'es pas fière
- Speaker #0
Non, bien évidemment, parce que tu te dis, là on te montre du doigt et on te dit que tu n'as pas bien fait ton job. Et c'est à cause de toi si on ferme, en gros.
- Speaker #1
Ça fait mal.
- Speaker #0
Oui, ça fait mal. Oui, c'est dur, mais il faut affronter. Si on ferme les yeux, si on continue la route sans traiter le problème...
- Speaker #1
Si on se dit j'ai tout bon, c'est elles qui ont tort.
- Speaker #0
Oh, ça va passer dans le temps. Non, ça ne passera pas dans le temps. Et si ce n'est pas réglé, s'il n'y a pas de mots qui sont mis dessus, ça peut revenir. Et faire l'autruche... pour moi, ça ne paye pas, en fait. Et là, tu dis les choses, tu prends les gens individuellement ou en groupe, mais en tout cas, tu parles. Tu parles et tu règles le problème.
- Speaker #1
J'étais là pour assister à tout ça et je trouve que ça a été bien mené. Donc, bravo.
- Speaker #0
Merci, mais Aurélie et toi, vous avez été aussi une soupape. Je me souviens d'une séance, tu disais... Bon, alors, attends. Tu as pris un stylo à papier et voilà. Écoute, ça, tac tac ok alors stratégie et là je me suis dit ok on y va c'était en mode tu sais en mode warrior ouais en mode petit soldat stratégie de guerre on y va quoi on dit souvent qu'on dit souvent que le dirigeant est seul et ça c'est vrai et si on peut se faire entourer il faut quoi parce qu'on a les ressources familiales mais c'est pas pareil c'est notre famille c'est et puis on ramène le problème à la maison c'est pas pareil c'est pas facile de ramener des problèmes à la maison tous les jours tous les soirs comment il vit ça ton mari ? pendant la grève, il a été génial. Franchement.
- Speaker #1
Tu es très soutenue, toi.
- Speaker #0
Pendant la grève, il n'a pas été bossé, alors que c'est le type de personne qui n'a jamais raté une journée de boulot.
- Speaker #1
On a beaucoup parlé du management et puis on a parlé aussi du temps, c'est-à-dire que tu disais, c'est difficile d'avoir du temps pour mes enfants, du temps pour moi. Aujourd'hui, tu arrives à mieux anticiper. Tu travailles beaucoup, mais c'est moins imprévisible. Tu te sens moins sous pression.
- Speaker #0
Tous les process qui ont été écrits, qui sont mis en application, ça a donné un certain cadre. Chacune sait ce qu'elle a à faire et moi, du coup, je me suis dégagée du terrain. Ça me permet aussi de prendre le temps d'organiser.
- Speaker #1
De penser la clé, de penser tes projets. Tu n'as toujours pas renoncé, tu recrutes toujours. Tu vas recruter cette référente technique, la bonne, parce que tu as fait plusieurs tentatives. Pour l'instant, ce n'est pas encore concluant. On va vraiment bosser là-dessus et tu vas voir la... La référente technique dont tu rêves pour tes crèches, celle qui va pouvoir soutenir ton équipe et celle qui va t'écouter, écouter toi, écouter le terrain.
- Speaker #0
Partager mes valeurs et faire vivre le projet. Et ça, c'est vraiment un point essentiel. Je me rends compte, si tu veux pouvoir faire ton job d'entrepreneur, réfléchir, penser, te développer, il te faut...
- Speaker #1
Un interlocuteur qui va pouvoir transmettre tes infos et s'assurer que tout se passe bien et te... t'alerter quand ça ne va pas, être vraiment ton bras droit. Ça, c'est la prochaine étape. J'ai encore un sujet qui me trotte dans la tête. En ce moment, tu sais que c'est la crise dans les crèches, que tout le monde a peur parce qu'il y a eu l'inflation qui est venue alourdir énormément les budgets. Donc, les crèches, il y en a qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Il y en a qui font faillite. Il y en a qui sont au bord de la faillite. Il y en a qui réagissent, qui trouvent l'élan nécessaire. pour relever les remanches et se battre. Et on en voit tous les jours passer. Est-ce que toi, financièrement, c'est toujours un sujet pour toi ? C'est quoi ta vision des finances de la crèche ? Je me souviens que quand on s'est rencontrés, tu m'as dit « Je bosse beaucoup, j'ai beaucoup investi, et franchement, je ne trouve pas que mon salaire soit à la hauteur de l'investissement. »
- Speaker #0
Oui, mais ça, je crois que c'est propre à moi. Parce que même quand je travaillais en tant qu'éducatrice, limite, si on ne payait pas, c'était normal. Pour moi, c'était un don.
- Speaker #1
C'est les gens qui passent dans le social.
- Speaker #0
Ouais, voilà, je crois qu'il y en a un. Mais j'ai mûri parce que j'ai deux enfants.
- Speaker #1
Il faut bien les éduquer aussi.
- Speaker #0
Il faut bien les éduquer, il faut bien les faire vivre. Et finalement, j'ai réparé un petit peu cette question de la légitimité et de l'argent, mon rapport à l'argent.
- Speaker #1
Tu es prête aujourd'hui à te dire que tu mérites cet argent ?
- Speaker #0
Bah ouais, attends. Oui, je le mérite cet argent. Il est temps.
- Speaker #1
Et tu crois que tu vas réussir à... obtenir le salaire que tu veux avec tout ce que tu mets en place.
- Speaker #0
Je l'espère profondément, tout en sachant que, du coup, j'ai travaillé sur le management, sur mon quotidien, sur les process, et puis, du coup, sur le plan financier. Donc, ce n'était pas pour moi quelque chose de simple, parce que ça...
- Speaker #1
Ce n'est pas ton premier sujet, à la base.
- Speaker #0
Ouais, hein, c'est chiant de compter, machin, tout ça. Mais bon, il le faut, franchement.
- Speaker #1
Moi, j'adore ça.
- Speaker #0
J'ai vu.
- Speaker #1
À un moment, c'est drôle, mes copines se moquent de moi. « Mais toi, dès qu'il y a des tableaux Excel et que tu peux compter des sous... »
- Speaker #0
J'ai vu et c'est toi qui me pousses à ça. Et c'est vrai que... Mais en fait, il y a un article qui était passé aussi sur... Ben oui, dans le social ou dans les crèches, dans la petite enfance, on peut gagner de l'argent sans être avare ou...
- Speaker #1
Sans être un autre.
- Speaker #0
Voilà, il faut se rémunérer, s'ajuster à l'heure quand c'est possible. Et donc pour ça, je change aussi de mode de fonctionnement. Ça a été difficile parce que jusqu'à 2023 à peu près, je n'ai jamais connu de problème financier au sein de la crèche. C'est toujours une belle trésor. J'étais à plus 40 sur le compte. Ça tournait bien. Après, il y a eu, comme pour tout le monde, toutes ces difficultés, les turnovers importants, le congé mal. Bref.
- Speaker #1
Et puis toi, tu as envie de faire des trucs bien en fait. Et comme moi, quand j'avais mes crèches, on a envie d'investir dans l'accueil. On a envie de mettre des choses en place. On a envie d'avoir du... de beaux matériels, des formations. Au début, tu me disais, qu'est-ce que tu mets en place ? Est-ce que toi, tu avais des chèques vacances ? Est-ce que tu avais envie de faire plein de trucs ? 1000 trucs qui coûtent chacun des petits sous. Et on ne peut pas tout faire, en fait. Il faut arbitrer, donc on est obligé de travailler sur notre budget et de voir ce qu'on va financer, comment on va le financer, qu'est-ce qu'on va financer, faire des choix entre tel projet, tel autre, les primes, les chèques vacances, acheter du matériel. Il y a plein de possibilités, en fait.
- Speaker #0
Mais justement... Le troisième point qui pour moi est essentiel, c'est de ne plus naviguer à vue. Comme tu dis, quand tu es dans la lune de miel, tout va bien. Donc tu te dis, super, je suis à plus 40, c'est cool, tout va bien. Et puis...
- Speaker #1
Un jour tu fais, oups, je suis à plus 2000.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Bon, il y a eu l'ouverture de la deuxième crèche. Mais voilà, c'est important vraiment, je pense, aujourd'hui avec le recul, c'est qu'on doit vraiment avoir des projections. Oui,
- Speaker #1
avoir des projections. être le pilote, piloter ta boîte avec des chiffres et des repères et des tableaux Excel. Ma passion !
- Speaker #0
Oui, je te promets, je finis bientôt les tableaux Excel.
- Speaker #1
En fait, ce qui est difficile, c'est d'arriver à être le chef d'orchestre de tout ça parce qu'à la fois, tu es du XP, à la fois, tu es chef d'entreprise, tu es manager, tu dois faire l'administratif, tu dois faire le financier. Tant que tu as moins de, je dirais, 4 ou 5 crèches, tu dois tout faire toi-même en fait. C'est pour ça que c'est sympa d'avoir... plus de crèche parce qu'après, on peut avoir un peu plus de staff, avoir des compétences en plus, avoir quelqu'un qui fait le remplissage, quelqu'un qui soutient l'équipe sur les aspects pédagogiques. Enfin voilà, plein de choses. Tout faire tout seul, c'est un vrai gros challenge.
- Speaker #0
C'est un vrai gros challenge. Le financier, oui, aujourd'hui, c'est compliqué. Aujourd'hui, c'est compliqué, mais du coup, je remplis de nouveau ma crèche. J'ai moins de difficultés à ça pour parler tout de suite aux familles. de la tarification ou de chercher un modèle économique un petit peu plus rentable, j'ai moins de mal à me dire que oui, il faut de l'argent, il faut remplir.
- Speaker #1
Tu as dépassé cette barrière en fait. C'est-à-dire que là, le process de vente, entre guillemets, le process de remplissage, il est acquis. Et maintenant, tu arrives à le gérer d'une façon beaucoup plus simple, sans te culpabiliser, te dire oh là là.
- Speaker #0
Je vais faire de l'argent sur la tête des enfants. Voilà.
- Speaker #1
Non en fait. En fait, ce n'est pas du tout ça. Tout ce travail, ça a apporté ses fruits parce que je sais que tu viens de sortir un super projet pour ton équipe en faisant appel à Elena Barumerli. Et quand tu m'en as parlé, tu m'as dit un truc qui m'a vraiment émue. Tu m'as dit, ça y est, je retrouve enfin de l'inspiration. Je reviens à mes premiers amours, mes premiers sujets. Je peux enfin prendre de nouveau ce temps, cette respiration pour faire des trucs que j'aime. Parce qu'il s'agit quand même, quand on a... sa boîte, de continuer à faire des trucs qu'on aime. Et c'est vrai que quand on passe par ce tunnel où on fait plus ce qu'on aime, c'est pénible. Et plus c'est pénible, plus c'est le cercle vicieux. Et là, ça m'a fait super plaisir de savoir que tu faisais un projet qui te tient à cœur. Donc, est-ce que tu peux peut-être en dire un peu plus sur ce projet ?
- Speaker #0
En écoutant le podcast avec Héléna, ça m'a inspirée, ça m'a donné envie. Je me suis dit, allez, les projets, c'est la vie. Donc, on va essayer de monter un nouveau projet pour donner un nouveau souffle, dynamiser un petit peu notre quotidien. Est-ce qu'on peut proposer aux familles ? Et moi, le jardin, la nature, c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. Moi, j'ai grandi à l'île de la Réunion, donc j'ai toujours grandi dehors. Et donc, en discutant avec elle, elle m'accompagne pour écrire le nouveau projet de la crèche que j'espère mettre en place à partir de septembre. Elle viendra peut-être faire aussi une journée pédagogique au mois de mai pour accompagner et former l'équipe sur les sorties, qu'est-ce qu'on y fait pendant les sorties, aller vers l'extérieur, sur... sensibiliser l'équipe à la nature. Et en plus, ce n'est pas forcément, puisqu'on entend nature, écologie, on pense qu'on va faire des composts et recycler tout ce qu'on trouve. Non, c'est juste dans notre quotidien, déjà, qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut sensibiliser les enfants ? Et quand on sort, quel type de balade on fait ? Qu'est-ce qu'on peut ramasser dehors ? Qu'est-ce qu'on peut en faire après avec ce qu'on ramasse dehors ?
- Speaker #1
L'état, elle s'adapte vraiment à ta crèche. Elle va regarder dans quel environnement tu te trouves. Qu'est-ce que tu peux utiliser à ta disposition ? Parce qu'évidemment, si elle te dit qu'il faut aller à la ferme alors que tu es à Noisy-le-Grand, on ne va pas s'en sortir.
- Speaker #0
Voilà. Et puis d'ailleurs, il y a une ferme pédagogique à Noisy. Et elle me dit, eh bien voilà, c'est un projet à faire.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Elle me dit, bon, on te demandera la PMI, mais c'est quelque chose à faire avec les parents. On les embarque dans le bus et on y va. Je dis, ah oui ? Eh bien, on y va, pas de problème. Donc, c'est ça, de se donner un nouveau souffle et de se dire... OK, il y a des tourments, il y a des choses compliquées, difficiles, mais dans ce tourment, qu'est-ce qu'on peut y faire ?
- Speaker #1
Tu fais un pas de côté et tu reprends les rênes.
- Speaker #0
Exactement, parce qu'on peut vite oublier quand on est dans le creux de la vague et de se dire, c'est bon, je claque tout et salut.
- Speaker #1
Est-ce que tu t'es déjà dit ça ? Est-ce qu'il y a eu des moments de doute où tu t'es dit, j'en peux plus, j'arrête ?
- Speaker #0
Oui, j'ai eu un moment de doute. Cette phase de grève, je t'avouerais que pourtant je suis... Je ne suis pas un manager dictateur.
- Speaker #1
Une gentille ? Pourquoi vous faites ça ?
- Speaker #0
Pourquoi ? Donc, oui, ça m'a traversé l'esprit. Et après, je me suis dit, non mais attends, c'est... Non, les gens qui ne partagent pas mes valeurs, salut. Ça va être difficile. Il faut que je m'entoure des bonnes personnes, que j'arrive à recruter les bonnes personnes. Ça va prendre du temps. Je vais devoir peut-être encore être sur le terrain. Mais de toute façon, si on ne fait rien, ça ne bouge pas.
- Speaker #1
Aujourd'hui, avec le recul, tu as compris. que tes salariés pouvaient être frustrés, ne pas te comprendre, s'opposer à toi. Est-ce que tu as compris que ça puisse mal tourner pour elles ? Ou est-ce que tu t'es dit, non mais c'est dégueulasse ce qu'elles m'ont fait ?
- Speaker #0
Je suis passée par la phase de colère. Franchement, ma porte, elle est toujours ouverte, je ne comprends pas. Je l'ai pris comme un coup de couteau dans le dos même, je dirais, parce que comment ça s'est déroulé cette grève, c'était juste irrespectueux. Et après, je me suis dit, alors attends, sur quoi tu peux agir finalement ? C'est sur toi. ta structure sur ce que t'as mis en place et ce qui dysfonctionne. Parce que ça a montré aussi quelque chose où peut-être il y avait un truc qui dysfonctionnait ou qui n'était pas assez clair. Donc il n'y a que là-dessus que je peux agir.
- Speaker #1
Tu as tout dit. Je pense que notre force, c'est aussi de nous remettre en question. Et si on ne regarde pas les choses telles qu'elles sont et qu'on se dit non mais c'est dégueulasse et qu'on s'arrête là, rien n'avance. Mais par contre, si on se dit bon, ok, je suis en colère, mais voyons ce qu'on peut faire. C'est ça. Qu'est-ce que je n'ai pas vu en fait ? Pourquoi ça s'est terminé comme ça ? Et on sait, toi comme moi, qu'il y a quand même des choses sur lesquelles on peut agir, sur le casting du recrutement, sur la façon dont on intègre la personne, etc. On sait aujourd'hui ce qu'on doit faire pour arriver au résultat voulu. Donc aujourd'hui, tu me dis, j'y ai pensé, j'ai eu envie de tout plaquer. Mais si aujourd'hui, je te demandais, est-ce que tu le referais si c'était à refaire ce projet ?
- Speaker #0
Oui, parce que les tout-petits, ils ont vraiment besoin d'un lieu chaleureux, d'un lieu... ils peuvent grandir, s'épanouir en petit nombre. Moi, je crois au petit nombre, au micro, ou en tout cas à de petits effectifs, parce qu'ils ont besoin d'attention, de disponibilité. Les parents aussi. On a besoin d'être écoutés, d'être entendus, on cherche du soutien. Tous les matins, quand ils déposent leurs enfants, les transmissions, par moment, certains parents, il faut les pousser vers la porte. Mais on sent qu'ils ont besoin de discuter, d'être entendus, de ce qu'on fait. Nos métiers, nos structures, nos petites structures, elles sont hyper importantes. Et je ne comprends pas que... De toute façon, j'avais le même diagnostic dans le social. Nos foyers de l'enfance, etc., sont hyper importants aussi. Et... pas compris que l'humain, c'est une richesse. Et je sais que c'est pas rentable pour eux, mais c'est un pari à prendre, parce que si on éduque pas nos petits bouddhos d'aujourd'hui, et qu'on leur donne pas toute cette sécurité affective dont ils ont besoin, c'est après que ça paye. Et les parents aussi, les mamans, je le vois, dès que il y a quelqu'un qui doit s'arrêter dans le couple parce qu'il n'y a pas de moyens de garde, c'est maman, généralement. Donc les femmes aussi, du coup, sont... ne sont pas entendues, mises de côté, relayées à leur rôle de « maman » , même si c'est un rôle magnifique, mais on a aussi besoin de travailler, de s'épanouir, de pouvoir mettre nos enfants dans un lieu où on se sent bien.
- Speaker #1
Je sais que c'est très important pour toi cette aide à la parentalité, c'était un peu le cœur de ton projet. Est-ce qu'aujourd'hui, après avoir vécu cette grève, après avoir été, comme tu disais tout à l'heure, un peu clouée au pilori, tu te dis « on jette un peu l'opprobre sur moi, c'est horrible sur le moment » . Est-ce qu'aujourd'hui, tu as des bons rapports avec les parents ? Comment tu vois les parents aujourd'hui et comment tu veux qu'ils te voient, eux ?
- Speaker #0
J'ai de bons rapports avec les parents parce que du coup, j'ai mis le paquet. Après cette situation sur le lien avec les parents, parce qu'il y en a qui étaient mécontents, bien évidemment. Il y en a qui ont quitté la crèche. Ça, ça fait vachement mal parce que tu te dis, j'ai échoué.
- Speaker #1
Ça permet de se remettre en question.
- Speaker #0
Exactement, de se réajuster encore une fois. Aujourd'hui, je suis... beaucoup plus proches, je dirais, parce que en plus, comme on fait l'accueil davantage en section, donc ils me voient. Donc ça, ça les rassure aussi.
- Speaker #1
Il ne faut pas oublier que tu avais été absente en congé mater. Donc il fallait renouer aussi ce lien.
- Speaker #0
Exactement. Et les parents, je pense qu'ils sont en confiance de plus en plus parce que je prends aussi le temps, du coup, vu que je suis moins sur le terrain, de communiquer aussi un peu plus avec eux, de faire certains accueils ou départs aussi en crèche. Donc je pense que le lien s'est renforcé.
- Speaker #1
Tu sais, en plus... pense, mais quand ça s'est passé, cette grève, c'était juste après la sortie du livre Les Ogres, et les parents, de toute façon, en France, en général, étaient quand même sur les dents. Ils avaient de quoi avec ce bouquin, avec toute l'actualité qui était beaucoup répétée dans les médias. Je pense que tu n'es pas la seule à avoir aussi subi les conséquences d'un stress général.
- Speaker #0
Alors que tu vois, certains sont là depuis quatre mois, aujourd'hui ils en ont presque trois. ils m'ont jamais posé la question sur le taux d'encadrement. Est-ce qu'elles sont diplômées ? C'est quoi leurs horaires ?
- Speaker #1
C'est l'effet Victor Castaner !
- Speaker #0
Il y a eu une anxiété générale. Aujourd'hui, c'est réglé parce qu'en toute transparence, je leur ai dit, elle, elle a ça, ça, ça, tout le monde est diplômé. J'ai répondu à leurs questions sans non plus rentrer dans le détail, sans me laisser envahir.
- Speaker #1
On ne peut pas cacher, tu sais, quand une crèche va mal et que vraiment, il y a des vrais dysfonctionnements sur le terrain, on ne peut pas faire semblant. S'il y a des vrais problèmes de la maltraitance, etc., et qu'il y a une grève, ce n'est pas possible que deux semaines après, les gens se réconcilient et restent bons amis.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Ce qui s'est passé chez toi, ça prouve bien qu'on peut encore s'entendre, on peut se comprendre malgré une crise, on peut se parler, on peut se faire entendre et renouer des liens forts.
- Speaker #0
Mais il y a eu des parents aussi très soutenants à mon égard, qui m'ont envoyé des petits messages, qui m'appelaient, qui disaient « si vous voulez, on peut rester » . On peut vous aider. Chez l'ensemble des parents, il y a eu quand même des parents aussi très soutenants. Et ça, ça fait du bien.
- Speaker #1
Donc une situation profondément humaine. C'est la crise que tu as vécue et je pense que ça a été le début d'un renouveau finalement.
- Speaker #0
Exactement. Le travail aussi maintenant, ça a été déjà de regagner leur confiance et puis de les faire entrer davantage dans la crèche. En proposant des petits temps avec eux. Là, les filles ont même proposé... Elles deviennent même force de proposition, les filles, tu vois. Donc elles proposent des petits-déj. Café par an, une fois par mois.
- Speaker #1
Tu as une équipe qui a du potentiel, parce qu'il y en a qui sont là depuis longtemps aussi. Et finalement, elles ont été à l'écoute avec toute cette situation. Donc, il y a encore plein de choses à faire. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite, Muriel ?
- Speaker #0
Que ça continue, que je continue sur cette lancée.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as envie de dire aux gens qui disent que les microcrèches, c'est fini ?
- Speaker #0
Non, parce qu'il y aura toujours des enfants. déjà d'une, il y aura toujours un besoin que les collectivités ne pourront pas assurer et qu'il en faut de ces petites structures-là il en faut de ces petites micros où il y a vraiment de la vie où il y a vraiment du partage de l'humain des petits groupes comme tu disais j'ai travaillé longtemps dans les foyers et nous on était 14 éducateurs à tourner du lundi au dimanche pour 40 enfants venus du monde entier ou même de l'île de France pour 40 enfants, on était sur 4 étages mais tu te dis mais comment tu bosses là-dedans c'est pas possible, tu peux pas faire de la qualité comme ça, tu peux pas et pour moi la qualité c'est primordial et tu peux faire de la qualité sans dépenser des mille et des cents, rien que dans le lien, rien que dans la bienveillance que tu peux avoir avec tes équipes et les parents et les enfants, déjà ça c'est de la qualité
- Speaker #1
Moi, ce que je retiens de tout ce que tu as dit, c'est que ton travail t'a permis aujourd'hui de retrouver l'inspiration et de renouer avec ton rêve initial. Donc, de sortir la tête de l'eau et de retrouver un peu le sourire. L'envie d'ouvrir ta troisième crèche, continuer ton chemin de chef d'entreprise. Aujourd'hui, je trouve que tu as de plus en plus le power. T'es une warrior.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Pour terminer cette interview, Muriel, j'ai envie de te demander si tu as un message pour ton équipe, si ton équipe t'écoute.
- Speaker #0
Alors, si mon équipe m'écoute, déjà, merci d'avoir joué le jeu malgré la tempête, d'avoir appliqué toute cette nouvelle organisation et de vous mettre au travail, de continuer à vous mettre au travail. Et finalement, je vois que vous me faites confiance et ça, c'est top. Donc, il faut qu'on continue et qu'on communique.
- Speaker #1
Ouais, là-dessus, je m'adresse aussi à ton équipe, du coup. Bravo d'avoir suivi parce que c'est vrai que vous changez d'organisation. changer les plannings, changer l'organisation du travail. Ce n'est pas toujours évident. Quand on veut faire ça, parfois on a des blocus, on a des missions générales. Et c'est vrai qu'elles ont suivi. C'est une belle manifestation de leur engagement. Donc, je trouve que tu as raison de les remercier pour ça et pourvu que ça dure. Je reste là-dessus pour terminer notre interview. Je pense que c'est une interview qui va plaire à nos auditeurs parce que c'est une interview où tu es très sincère et je te reconnais bien là, Muriel. Tu es quelqu'un de... de simple et d'accessible. Et c'est chouette, en fait, de pouvoir entendre quelqu'un qui parle aussi de ce qui va, de ce qui ne va pas et qui arrive à le dire en toute transparence. Ça permet aussi à tout le monde de se dire, je ne suis pas tout seul à avoir des problèmes. Ça arrive à tout le monde. Merci beaucoup pour ça. Moi, je te retrouve la semaine prochaine. On continue nos aventures en off. Si un jour, tu veux revenir sur le podcast pour témoigner de tes nouveaux projets, ce sera toujours avec plaisir. Tu seras toujours la bienvenue, Muriel, sur notre podcast.
- Speaker #0
et bien merci beaucoup à Mal et à Aurélie aussi qui est dans les coulisses qui est dans les coulisses merci Aurélie merci à toutes les deux et je vous souhaite plein de bonheur pour la suite et continuez à rayonner les ondes c'est top merci pour votre travail allez gros bisous bye bye