Speaker #0Bonjour à tous. Alors je vous fais ce petit épisode aujourd'hui parce que ça y est, la décision du Conseil d'État est tombée et le décret de réforme des micro-crèches a bien été partiellement abrogé. Donc j'ai pas scripté cet épisode, c'est vraiment un épisode que je tourne à chaud, qui est fait pour parler de l'actualité. Mais surtout, je vais pas entrer dans les détails juridiques, légaux. D'ailleurs, je suis juriste, donc... Je ne veux surtout pas rentrer dans ce genre de description qui peut être technique et ennuyeuse. Et surtout, je pense que ça ne va pas apporter énormément de choses par rapport aux articles qu'on va lire sur le web. Ceci dit, je vous ferai une newsletter plus détaillée sur cette annulation, cette abrogation partielle. Mais en résumé, la dérogation pour les catégories 1 est maintenue, ce qui va éviter de nombreuses fermetures d'établissements. Ce qui... Ce qui m'intéresse, c'est surtout de faire un petit point sur la politique de la petite enfance en France. Parce que cette nouvelle décision, elle fait suite à tout un tas de péripéties sur le sujet des micro-crèches. Les crèches en général, mais en fait, moi, c'est vrai que je fais un focus sur les micro-crèches. Et je pense que l'histoire des micro-crèches, elle a un sens important sur les secteurs. Parce que comme je suis arrivée dans les années 2000 dans le secteur, J'ai vu cette évolution où on est passé d'un système qui fonctionnait quand même plutôt bien, où les crèches étaient au forfait, elles facturaient des forfaits, donc il y avait un financement qui était beaucoup plus confortable, à un système à la PSU, où tout d'un coup on est passé à des actes, en fait, comme dans les soins, c'est-à-dire qu'il faut être productif, il faut facturer des heures réelles, etc. Faire sans arrêt des rapports d'activité pour montrer qu'on a facturé bien le nombre d'heures réelles qu'on a produit. Donc on est rentré dans du productivisme. Et ça, moi, j'ai vu vraiment comment ça a évolué. Je me souviens très bien, dans les années 2000, des crèches qui disaient « Ah ben avant, on pouvait accueillir à la demi-journée ou à la journée, etc. » Mais maintenant, c'est compliqué. Donc au début, les crèches, elles ont essayé de biaiser un peu les rapports. Donc tout le monde rajoutait des heures sur ses rapports à la main. Enfin, c'était des rapports qu'on faisait sur Excel. Donc on pouvait gonfler un petit peu le nombre d'heures qu'on faisait pour rester équilibré. Moi, j'étais dans une association de crèches. Donc voilà, on ne gagnait vraiment pas grand-chose, mais on pouvait au moins maintenir notre accueil. Et puis, c'est devenu une habitude, c'est devenu normal, la PSU, jusqu'au jour où on a pu ouvrir des micro-crèches à la page. Et donc la page, c'est enfin. un retour au forfait. Ce que je trouve étonnant, c'est qu'encore aujourd'hui, je vois énormément de dirigeants de micro-crèches qui continuent à facturer à l'heure, alors que je ne cesse de leur dire, mais même les crèches, toutes les crèches qui sont à la PSU, elles ne voudraient qu'une chose, c'est facturer au forfait. Et donc vous, pour l'instant, vous avez le droit d'être au forfait grâce à la page, faites-le. Donc ça, je le maintiens. Pour l'instant, on a le droit au forfait. Donc tant que vous pouvez appliquer un forfait, c'est vraiment la... La seule chose à faire, la seule bonne chose à faire, facturer à l'heure, c'est une invitation à faire toujours moins cher, faire toujours du low cost, inviter les parents à venir le moins possible à la crèche pour payer le moins d'heures possible. Donc les crèches vont être de moins en moins financées. Mais bon, ce n'était pas le sujet que je voulais aborder aujourd'hui. Ce que je voulais exprimer aujourd'hui, c'est un peu mon sentiment que, et je pense que je ne suis pas la seule, dans notre pays malheureusement, il n'y a aucune volonté politique pour la petite enfance. Donc c'est pour ça qu'on voit émerger depuis quelques années des décisions qui viennent essentiellement de l'administration et pas du peuple ou de la politique. Donc l'administration, c'est des gens qui sont visiblement anti-privés. Et ça, moi je le déplore. Moi je suis entrepreneur, j'ai fait de la qualité d'accueil. Et aujourd'hui avec Aurélie, mon associée chez Références Petite Enfance, on voit des centaines, des dizaines d'entrepreneurs de la petite enfance. qui ne veulent qu'une chose, c'est faire de la qualité d'accueil, et qui sont serrés à la gorge, ils n'ont plus les moyens. On en vient en fait à inciter à faire du low cost. Pour moi, c'est encore une fois, je le dis souvent, pas du tout une question de statut. Ce n'est pas parce qu'on est privé ou parce qu'on est public qu'on a obligatoirement la qualité de son côté. La vertu n'est pas une question de statut, pas du tout. Il y a des crèches publiques qui font de la mauvaise qualité, il y a des crèches privées qui font de la bonne qualité, et inversement. Le problème aujourd'hui, c'est qu'on ne peut pas standardiser cette qualité. On n'arrive pas à standardiser cette qualité. Parce qu'on n'a pas les financements, parce qu'on n'a pas la bonne politique qui va dans le bon sens. Donc tout est une question de moyens et de management. Mais en tout cas, quand on est pris à la gorge, qu'on n'a pas les moyens, on ne peut pas faire de qualité. La seule volonté politique que j'ai vue réellement pendant toutes ces années, ça a été ouvrir des places. Il fallait ouvrir des places, Là aujourd'hui, il fait très très chaud, c'est la canicule. Moi dans mes crèches, j'avais des crèches qui étaient dans des bons bâtiments et d'autres crèches où il faisait très chaud parce qu'il fallait ouvrir des places, On a ouvert des crèches dans des bâtiments qui n'étaient pas adaptés, il y avait des baies vitrées énormes, on prenait le soleil, on n'avait pas forcément toujours d'espace extérieur. Donc voilà, la volonté politique c'est ouvrir des places, mais savoir qui va travailler dans les crèches, ça on ne s'est pas trop posé la question visiblement. Et puis surtout, comment on finance ces crèches et comment on fait pour avoir des standards de qualité d'accueil. Aujourd'hui, en 2026, le constat, il est triste. Moi, il y a quelques années, je me souviens, on était tous hyper heureux de faire ce métier, de créer de l'emploi, d'apporter un service aux parents, de voir les enfants tous les jours dans nos crèches. Aujourd'hui, je ne vois que des gestionnaires qui sont à bout, déprimés, qui n'ont plus les moyens de soutenir leur accueil, de faire de la qualité, de réinvestir pour leurs salariés et pour les enfants. On est balottés par des décisions qui sont supposées défendre la qualité d'accueil, mais qui en réalité... Ils défendent surtout une idéologie anti-privé. Alors, qu'est-ce qui se profile à l'horizon ? Peut-être la fin des micro-crèches ou peut-être la fin de la page. Moi, en tout cas, ce que je défends, c'est surtout la fin de la PSU et que toutes les crèches puissent passer au forfait pour enfin revenir à un accueil où on n'est pas en train de compter les heures, où on n'est pas en train d'être dans la productivité, où on peut recommencer à avoir le temps pour penser notre accueil. Refinancer les crèches. C'est tout ce qu'on peut souhaiter pour les enfants aujourd'hui en France, parce que l'enfant, n'oublions pas que c'est l'avenir de notre pays, c'est notre avenir. Donc voilà, j'en appelle à tous les entrepreneurs de crèche, mobilisez-vous, venez dans les fédérations, venez chez Références Petite Enfance, il faut recréer ce collectif, se serrer les coudes, vous êtes tous à bout, vous êtes tous dépités, combien de fois je vous entends nous dire à Royer et moi, on n'en peut plus, on hésite à continuer, c'est trop difficile, je ne me paye plus depuis des mois, etc. Mobilisez-vous, le combat n'est pas terminé. Il y a des crèches qui ne vont pas s'en sortir, mais il y a un avenir qui est possible et il y a des crèches, de toute façon, qui vont s'en sortir et ce sera un combat à mener. En tout cas, nous, on ne lâche pas le combat, on est là, on est à vos côtés. On va continuer à alimenter le podcast, faire des interviews. avec des personnalités qui pourront apporter aussi leurs réflexions. Et puis, abonnez-vous à la newsletter de référence Petite Enfance. Je vous mets le lien dans les notes de l'épisode, comme ça, vous restez informés, vous restez à l'écoute. Rien n'est joué, c'est bientôt les élections présidentielles et le combat continue. Et c'est un combat que vous menez pour les enfants avant tout, les enfants qui sont l'avenir de la France. À la semaine prochaine !