- Speaker #0
Bienvenue chez Reset Your Mind, où vous écoutez le 92e épisode. Aujourd'hui, je reçois une femme dont le parcours n'a rien de linéaire, mais tout d'intentionnel. Reména Diaz quitte l'Argentine à tout juste 18 ans, seule, en 95. Pas d'internet, peu de repères et pas de plan B. Juste une conviction, elle fera ses études en France. Elle traverse un océan, au sens propre comme au sens symbolique, prépa puis Sciences Po. Puis, plus de 20 ans dans la tech et la fintech, dont Paypal. à ses têtes. Tout début, à peine 5 personnes. Pas encore un empire. Ensuite, on ne fit d'eau. Où elle dirige une large partie de l'Europe, plus de 80 personnes. Une trajectoire solide, visible, réussie. Et pourtant, arrive ce moment que beaucoup redoutent. Et maintenant ? What's next ? Next step logique, VP Europe. Mais Rimena fait un pas de côté. Elle choisit quelque chose de plus rare. Rendre le temps de penser. Réfléchir à l'impact. Au sens, à ce qu'elle veut vraiment construire. Depuis, elle a créé Calpapé. Elle est investisseuse d'Advisor, entre autres chez 50 Partners, membre du conseil d'administration de France Fintech, engagée dans l'écosystème associatif. Tu as été aussi engagée très fortement auprès de ONU Femmes, aventurière, lucide, leader exigeante, entrepreneur incarné. Ce sont les mots qui me viennent à l'esprit quand je pense à ton parcours. Donc dans cet épisode, nous allons parler de ce qu'on voit peu aussi, de cette différence entre intrapreneur et entrepreneur, de cette vulnérabilité lorsqu'on crée un produit from scratch, Et le poids du last call, la résilience sur la durée et ce que signifie entreporons lorsqu'on est une femme, une mère et une leader. À toi qui écoute cet épisode, je le répète souvent, Reset Your Mind n'est pas un espace pour performer plus. C'est un espace pour déprogrammer ce qui t'a tenu trop longtemps sous le feu. Les fausses obligations, les exigences qui ne sont pas les tiennes, les rôles que tu as endossés pour être à la hauteur. Ici, nous ne cherchons pas à améliorer pour améliorer, nous invitons à refaire surface, à libérer de l'espace dans la tête, à relâcher la pression inutile, à exploser les contraintes que l'on s'impose, que l'on nous a imposées et qui nous font croire que l'on devrait serrer les dents pour avancer, pour avoir de la valeur, pour mériter sa place. Le set your mind, en tout cas ce que j'espère en faire, c'est un lieu où l'on remet du fun, de la légèreté, du vrai et surtout où l'on redécouvre cette évidence simple. oublié et pourtant fondatrice. Tu es assez. Tu es déjà assez pour créer une vie personnelle et professionnelle, une carrière qui te ressemble réellement. Alors, bienvenue. Rimina, bienvenue chez Reset Your Mind.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Bonjour Stéphanie. Je suis ravie d'être là. Merci pour cette introduction absolument magnifique. Un grand plaisir.
- Speaker #0
Je suis ravie. Merci de ton temps. On va rentrer vite dans le fil du sujet parce que j'ai très envie déjà de revenir à toi. Comment est-ce que ça te vient à l'esprit de quitter l'Argentine, seule, à tout juste 18 ans, sans filet ? Qu'est-ce qui t'a donné cette force ?
- Speaker #1
En réalité, il y a la force effectivement, mais il y a surtout, et je pense que beaucoup de gens qui ont probablement quitté des pays qui ne sont pas très stables vont se sentir identifiés avec ce que je vais dire. mais En fait, c'est plus un besoin. Ça a été plus pour moi un besoin qu'une envie. Parce que à 18 ans, je suis d'une famille très unie et avec une maman poule. Donc, quitter tout le monde à 18 ans et potentiellement pas les voir pendant un an. Et puis, ça a été comme ça pendant des années. C'était un peu dur. Mais la réalité, c'est que pour faire l'histoire de mes 18 ans en Argentine, on n'est même pas à 30 secondes. Je suis née sous dictature militaire, j'ai vécu ce qu'on appelle l'hyperinflation, c'est-à-dire 1000% d'inflation en une année. Je pense que personne ne se rend compte de ce qu'on dit quand on n'affiche même plus les prix dans les supermarchés parce qu'ils changent du matin vers le soir. L'instabilité, mon père était entrepreneur et j'ai vu la difficulté, un coup ça marche, un coup ça ne marche pas. Et donc, je me suis promis très tôt de me donner les armes pour pouvoir potentiellement... ne pas me retrouver coincée dans une Argentine qui tombe ou qui se relève. Je pars effectivement en fin 95, début 96, et la réalité c'est que tout le monde connaît un petit peu l'histoire de l'Argentine, on a entendu parler en 2001, l'Argentine se déclare en défaut de paiement, et ça fait 20 ans qu'il y a des crises un peu successives, donc finalement, je... voilà. Ma décision n'était pas complètement dénuée d'une vraie réalité.
- Speaker #0
Oui, d'une vraie anticipation aussi de « ok, je veux autre chose » .
- Speaker #1
Je veux en fait, je veux avoir la possibilité d'avoir une carrière internationale qui me permettra de pouvoir vivre ailleurs si j'en ai besoin. Alors, à l'origine, je venais juste faire mes études et je devais… retourner en Argentine. Mais j'ai mon diplôme en 2001 et en 2001, l'Argentine explose. Donc du coup, je ne suis pas retournée comme prévu.
- Speaker #0
Très vite, même dans tes premiers stages, tes premiers jobs, tes premiers postes, tu as ce côté très challenge, c'est tout neuf, il faut y aller, il faut construire et très vite, ça c'est quelque chose qui t'attire. Et le premier exemple qui me vient à l'esprit, c'est que tu quittes une très grosse structure qui s'appelle Gemalto pour aller chez Paypal à l'époque où ? où Paypal n'est pas du tout encore connu, n'est pas du tout cette structure que l'on connaît, nous tous, plus ou moins aujourd'hui. À l'époque, il y a cinq personnes qui forment Paypal dans les locaux d'eBay, enfin Paypal France à minima, dans les locaux d'eBay à Paris. Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'attire dans ce challenge ?
- Speaker #1
Alors, la réalité, c'est que même si Gemalto était une grande organisation, depuis le début de ma carrière, j'ai vraiment toujours voulu faire un petit peu le... Le pas de côté et essayer des choses nouvelles et différentes. Avant de quitter Gemalto, j'ai démarré chez Gemalto une activité qui n'était pas du tout développée, qui était vraiment au tout début. Moi, je voulais être commerciale. L'équipe commerciale était beaucoup plus senior que moi. On me dit, il y a un tout nouveau produit. On ne sait pas ce que ça va donner, mais il faut construire from scratch. On ne sait pas. Et la réalité, c'est que ce tout nouveau produit dont on parle, c'était les cartes sans contact. Et c'est comme ça que je commence à vendre des cartes transport partout en Europe et que je développe from scratch la carte de transport, puis le passeport biométrique, parce que je connaissais très bien le sans contact et que c'était la même technologie. Donc finalement, en fait, dès Gemalto, je commençais à construire. La raison pour laquelle je quitte Gemalto, c'est parce que... Au bout d'un moment, on avait construit un secteur d'activité, on avait des clients, c'était super. Et là, on me dit, il faut gérer. Et en fait, je me dis non. Moi, je sais me battre. Je suis une chasseuse. Je vais chasser des nouveaux marchés. Je vais construire from scratch. Alors, gérer, ce n'est pas trop mon truc. Et là, je croise le chemin de Paypal qui était dans le même état d'esprit.
- Speaker #0
Et de Paypal, tu ne t'arrêteras pas à ce moment-là ? Tu continueras, donc tu vas lancer, contribuer à lancer PayPal et ce qu'on connaît de PayPal aujourd'hui. Mais tu bascules aussi après chez Onfido. Même contexte. Même contexte. Même challenge.
- Speaker #1
Alors, ce qui est très drôle sur Onfido, à différence de PayPal ou même de Gemalto. Gemalto, je suis allée chercher l'idée de faire quelque chose de nouveau. PayPal, je suis allée le chercher. Et comme tu disais, PayPal, on ne le connaissait pas. Quand on passait un coup de fil, on nous disait, paye quoi ? Une entreprise du groupe eBay. Ah, c'était ça les débuts de PayPal. Et en fait, pour rendre fidèle, on est venu m'en chercher en disant on a quelque chose à monter from scratch et on a pensé à toi.
- Speaker #0
Donc là, déjà, il y a un pattern qui se répète de création complète d'écosystèmes. Encore une fois, comme tu dis, from scratch. Est-ce que toi, tu avais pris conscience de ça, que c'était ce qui te faisait vibrer de créer de rien un écosystème, un marché, un produit ? Oui,
- Speaker #1
clairement, c'est ce qui m'amusait le plus. plein de questions quand même, parce que quand on crée From Scratch, on se dit, mais est-ce que ça va marcher, ça va pas marcher ? Il y a plein de choses qui ont marché, et plein de choses qui n'ont pas marché. Aujourd'hui, on voit PayPal comme il est, ou Anfido, ou même Gemalto, et voilà, quand on s'est dit, ben tiens, effectivement, quand on voit ce que...
- Speaker #0
Super success story !
- Speaker #1
Quand on voit ce que ça donne, le pass Navigo, ou le passeport biométrique que tout le monde a aujourd'hui, on se rend pas compte de ce qu'on a pu faire à l'époque. mais on va En tout cas, moi, c'est ce qui me passionnait vraiment. Et c'est ce qui me faisait me lever le matin et venir et passer des heures et finir un pas d'heure et aller répondre à des appels d'offres à la dernière minute, etc. Mais c'était vraiment ça ce qui me motivait. Le fait de créer et de voir la satisfaction, de commencer à avoir les premiers contrats. Et même quand ils étaient petits, il fallait vendre en externe et aussi en interne. Parce que quand on débarquait avec des petits comptants, on nous regardait en disant « Quoi ? » « Non, non, non, mais tu ne comprends pas. » parce que la vision, En fait, plus tard, ça va donner tout Donc, il fallait quand même avoir un business model interne.
- Speaker #0
Et tout un storytelling interne en plus.
- Speaker #1
Exactement. Pour pouvoir obtenir aussi quelques changements. Parce qu'on ne dit pas, c'est qu'il y a quand même des impacts sur le produit quand on commence à vendre. On nous donne un truc, mais ce n'est pas exactement ce qui correspond aux besoins du marché.
- Speaker #0
Tout à fait. Donc, il y a énormément d'itération et d'aller-retour aussi pour ajuster. bien comprendre le marché. L'idée, elle est bonne et ça, on a souvent la conviction, mais il faut l'ajuster et s'assurer que ce soit le bon momentum pour les clients aussi, que le marché soit suffisamment prêt à accueillir ce produit.
- Speaker #1
Et puis, il faut bien avoir les premiers deals pour que ça commence à tourner. Donc, du coup, parfois, il faut faire quelques efforts dans les marketings de produits, de façon de présenter les choses pour pouvoir y arriver.
- Speaker #0
Donc, Gemalto ? challenge, lancement de nouveaux produits, on l'implante, success story numéro 1. Ensuite Paypal, success story numéro 3. Et certainement qu'il y a eu plein de difficultés et ça on pourra en reparler. On fuit d'eau, success story numéro 3. Et là tu te dis bon ok, c'est quoi la suite ? Quel est le next step ? Le next step logique, c'est ce qu'on disait en introduction, VP Europe. Certainement que c'est ce qui te semblait toi aussi une évidence. Et pourtant tu choisis de t'arrêter là. Qu'est-ce qui s'est joué intérieurement en toi à ce moment-là ? Qu'est-ce que tu... a voulu les chercher de plus ou de différents ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux choses. La première, c'est qu'effectivement, donc, on fidose, j'étais BP Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique. Next step, logique, prendre l'ensemble de l'Europe. Ou évoluer en Arctique. Ou Chief Revenue Officer, etc. La réalité, c'est que c'était déjà, c'était beaucoup plus de gestion que de construction, en fait. Parce que quand on commence à monter, en fait, on gère des équipes et on est moins sur le terrain. Mais c'est surtout, moi je me suis dit, parce que j'avais déjà eu et Gemalto et Paypal et Onfido jusqu'à ce stade-là, je ne voyais pas vraiment l'intérêt de continuer à monter. Alors c'est super en termes de carrière, de job, etc. Mais j'avais besoin de quelque chose d'autre, j'avais besoin de quelque chose de différent. Je n'arrivais pas au début à définir quoi. et j'ai fait le choix très personnel de faire un pas de côté, de me faire aider. J'ai pris un coach à ce moment-là, sans en informer l'entreprise, mais vraiment moi, personnellement. J'ai décidé d'investir en moi. J'ai investi pendant six mois avec un coach pour essayer de trouver où est-ce que j'allais avoir à nouveau cette fibre, cette vibration que j'avais pu ressentir au démarrage tant des différents projets, que ce soit chez Gemanto, chez Paypal ou chez Anfido.
- Speaker #0
Et en fait, le résultat, au bout de six mois, était de me dire non, mais en fait, là, maintenant,
- Speaker #1
je vais passer de l'intrapreneuriat à l'entrepreneuriat et je vais monter ma boîte.
- Speaker #0
Et c'est comme ça que Calpapé naît cette idée de créer un mode de paiement spécialisé pour les associations et fluidifier cet échange. Alors, tu es experte de ce milieu-là, tu es experte dans le lancement de produits, dans la création, et tu l'as dit, en tant qu'intrapreneuse. en entreprise, c'est quand même clairement pas la même chose.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Pourquoi ce positionnement ? Pourquoi Calpapé ? D'où c'est venu ?
- Speaker #1
Ce qu'on n'a pas dit depuis, tu l'as dit en introduction, mais qui est quand même très particulier, c'est qu'en même temps que j'ai fait 20 ans dans la fintech et que ce soit Gemalto Paypal ou Alpino, ça faisait 20 ans que j'avais un engagement associatif assez important.
- Speaker #0
Si tu t'ennuies.
- Speaker #1
Voilà. Donc du coup, j'avais monté avec mes sœurs une association dans l'éducation pour financer des écoles en Amérique latine. J'ai été pendant huit ans au conseil d'administration de ONU Femmes et j'ai été secrétaire générale de ONU Femmes, responsable de tout ce qui est fundraising. Je suis actuellement au COMEX d'une fondation dans la transition écologique. Donc en fait, j'ai eu un petit peu de vie parallèle, une dans l'associatif. en voyant toutes les difficultés que pouvaient avoir les associations pour collecter des fonds, pour avoir des fonds de façon régulière. Une de mes problématiques chez Olymphem, c'était comment on fait pour avoir des donateurs réguliers et individuels, parce que finalement, les entreprises, c'était ce que je savais faire le plus, mais les donateurs individuels, c'est toujours un peu plus difficile. Et en parallèle, j'avais cette expertise de la fintech depuis longtemps. Et donc, je me suis dit, mais... Ce qui serait formidable, c'est de mettre à disposition mon expertise de la FinTech au bénéfice des associations et de mélanger les deux. C'est comme ça que CalpaPay est né, du concept de dire qu'aujourd'hui, les gens ont de plus en plus l'habitude de faire de l'arrondi pour des associations. Et on a voulu redonner d'ailleurs, dans le concept de CalpaPay, il y a l'idée de redonner le pouvoir au donateur, que ce soit... Lui, de ces transactions, il définit combien il va donner à chacune des associations, qu'il définit à quelle association il donne, et qu'il ait sur une même application tous les reçus fiscaux qui vont avec. Donc en fait, c'est ce mix qu'on a voulu créer, et c'est comme ça que ça a démarré il y a presque trois ans.
- Speaker #0
Et donc aujourd'hui, Calpapé, aussi en quelques mots, vous adressez plus les associations, vous adressez plus le public. Comment est-ce qu'on peut venir le grand public ?
- Speaker #1
Alors, on fait les deux. Donc, on a une offre grand public. On est sur Apple Store et Google Store. Et donc, on a des gens qui ont besoin. En fait, on a un positionnement de deuxième carte, une carte supplémentaire. De la même façon qu'on peut... plein de gens qui ont besoin d'une deuxième carte, mais la nôtre, elle est à impact. On sait qu'à chaque fois qu'on s'en sert, on va pouvoir faire un don à des associations qu'on aura choisies. Et on adresse aussi, donc on va chercher des associations d'intérêt général qu'on accompagne pour les aider à récolter des fonds et surtout à avoir des donateurs réguliers, qui est un peu le nerf de la guerre pour beaucoup d'associations.
- Speaker #0
Oui, et puis il y a quand même un attachement aux associations que l'on soutient. Donc, parfois, on oublie parce qu'on est happé par notre quotidien, alors que c'est quelque chose qui nous tient très à cœur. Donc, j'ai l'impression aussi que vous vous positionnez là comme facilitateur.
- Speaker #1
Absolument. Et puis, on a voulu, en fait, ça c'est un peu mon historique onusien, on s'est basé sur les objectifs de développement durable des Nations Unies. Et donc, aujourd'hui, on a des associations dans la lutte contre les inégalités, l'enfance, la santé, l'environnement, la lutte contre la faim. pour essayer effectivement. Aujourd'hui, les gens, quand ils veulent donner, parfois ils se disent « je veux donner dans l'environnement » , il y a tellement d'associations. Par où je commence ? Et donc l'idée, c'est de leur permettre de dire « bon, toutes ces associations-là, nous on les connaît, on sait ce qu'ils font, des dons, on sait où ils vont, ils vont communiquer, on les aide à communiquer aux donateurs, donc régulièrement, on sait ce qui s'est passé et quels sont les projets. »
- Speaker #0
Ils sont partis, et pourquoi ils ont été investis ? Ah ça, c'est hyper intéressant, cette visibilité-là, cette transparence. Parce que c'est quand même aussi une question qui se pose toujours.
- Speaker #1
Absolument. Il y a quand même une grande problématique qu'on essaye d'adresser en communiquant et en ayant tout sur une app, en fait.
- Speaker #0
Donc l'app, on la trouve sur les stores habituels. Donc au passage, si ça vous tente, allez regarder. Je pense que ça peut être une très bonne idée que d'aller télécharger Calpapé si ce n'est pas déjà fait. Je vais revenir sur la partie intrapreneur-entrepreneur. Intrapreneur, trois success stories et certainement des milliers de difficultés en route, mais qui te forment, qui te forgent et qui te donnent envie d'aller encore plus loin. Entrepreneur, c'est quand même un autre monde. Concrètement, qu'est-ce qui, selon toi, change entre les deux ? Quels sont les points, quand tu es devenue entrepreneuse, qui t'ont le plus impacté ?
- Speaker #1
Dans l'intrapreneuriat, il y a quand même quatre éléments qu'on a au démarrage. Un, c'est qu'on a un produit. Plus ou moins abouti, qui correspond au marché ou pas, mais on a un produit. On a un pitch. Plus ou moins abouti, il correspond au marché. Mais voilà, on a les finances puisqu'on est dans un groupe. Quand on a démarré Paypal, on avait quand même eBay qui était déjà un gros, une énorme réussite des années 90, qui en fait était déjà coté en bourse, etc. On avait une assise financière importante pour pouvoir développer des choses. Et on a une structure. même si PayPal, on était cinq, on avait quand même une structure. C'est-à-dire que les fiches de paye, on avait une structure. C'est des trucs bêtes, mais on avait une équipe financière de eBay qui suivait les choses. On avait une équipe RH qui nous aidait à recruter.
- Speaker #0
On avait du juridique qui venait en conseil.
- Speaker #1
Exactement. Donc, une structure qui était déjà là. Donc, après, le challenge, c'était je prends le produit, je regarde le marché, je m'adapte, j'adapte le... pitch, etc. Et je réussis à pénétrer un marché qui n'est pas forcément évident avec des choses très différentes. Le pitch aux États-Unis, PayPal, c'était on est moins cher que la carte. En France, c'est exactement l'inverse. Donc du coup, c'était vraiment, il fallait s'adapter. Mais quand on passe à l'entreprenariat, là, on est sans filet.
- Speaker #0
Il n'y a plus rien de tout ça.
- Speaker #1
Alors, il y a quand même, dans mon cas, 20 ans d'expérience dans le marché. dans des organisations. Donc, il y a un réseau.
- Speaker #0
Il y a des réflexes et il y a un réseau.
- Speaker #1
Il y a un réseau. Mais ce qui m'a motivée, tout en représentant un challenge, c'est le fait qu'il a fallu créer le produit from scratch, qu'il fallait financer. Alors, aujourd'hui, Calpa, j'ai démarré pendant très longtemps, j'ai autofinancé. Donc, ça, c'est un autre challenge. J'ai dû créer la structure et définir. Alors, aujourd'hui, il y a plein d'outils que... peut-être il y a 10-15 ans, étaient moins accessibles à des petites entreprises ou à des startups pour gérer la compta, etc. Mais ça n'empêche qu'il faut mettre tout ça en place.
- Speaker #0
Oui, il faut accepter d'avoir une multi-casquette d'une minute à l'autre. En fait, tu peux être en train de faire de la compta. Finalement, il faut que tu fasses une proposition commerciale. Finalement, il faut que tu fasses de l'opérationnel. Là, pour calepage, j'imagine, réfléchis au produit, ou use case.
- Speaker #1
Que je réponde au dev, parce qu'il y a le produit. Design. Conte, design, mais il y a aussi derrière la partie technique. Et puis, que je définisse le pitch, parce que pour pouvoir faire une proposition, en fait, il faut raconter une histoire. Donc tout ça... est à créer et un peu s'enfiler. Je pense que c'était ça la grande différence qui a été particulièrement, et qui l'est toujours, mais qui a été particulièrement impactante les premières années.
- Speaker #0
Lorsqu'on préparait cet épisode, tu me parlais aussi d'un énorme avantage que 20 années d'expérience apportent, c'est le réseau. C'est le réseau, justement, et cette possibilité-là qu'on crée sur la durée de « tiens, j'ai telle question, je peux appeler un ami » .
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Effectivement, quand je vois des jeunes entrepreneurs se lancer, je suis très admirative parce qu'il n'y a pas ça. Moi, c'est pareil. Quand je me suis lancée, j'ai eu cet avantage énorme d'avoir créé un réseau avec le temps. Les jeunes entrepreneurs qui démarrent d'entrée dedans, quand même sacrément courageux ou culottés, on peut utiliser le terme qu'on veut, mais ça fait une grosse différence.
- Speaker #1
Il y a deux éléments, je pense, pour moi, en tout cas, qui en font une grande différence. Et j'accompagne quelques jeunes qui se lancent parce que, du coup, je compatis beaucoup. Parce qu'en fait, je me demande parfois comment ils font, puisqu'il y a effectivement... Moi, j'ai cette possibilité de dire quand j'ai une question un peu spécifique, etc. Je peux appeler un ami qui sont des gens avec lesquels j'ai travaillé ou que j'ai connu dans mon environnement dans les 20 dernières années. Et j'ai 20 ans d'expérience, c'est-à-dire je sais, je me suis plantée plein de fois.
- Speaker #0
Et je sais les réflexes qui sont là. Voilà,
- Speaker #1
j'ai des réflexes, j'ai une connaissance. Donc, dans mon cas, en fait, on est dans le monde du paiement, qui est un monde réglementé. Donc, je connais la réglementation, j'ai ces 20 années derrière moi. de réglementation, d'ACPR, tout ça, c'est des connaissances qui me permettent d'éviter potentiellement des erreurs que quelqu'un qui ne connaîtrait rien à ce monde-là pourrait faire.
- Speaker #0
Même des pertes de temps. Ou des pertes de temps,
- Speaker #1
voilà. Ou pertes de temps, ou chercher pendant des mois quelque chose qui, en réalité, il fallait juste faire un pas de côté pour le trouver. Donc, il y a ça. Je me demande souvent comment ils font, mais en tout cas, il y a... et l'expérience qu'on a cumulée qui nous permet d'aller beaucoup plus rapidement. On sait où chercher un certain nombre de choses, de problématiques qu'on a. Et en plus, on a la capacité de pouvoir appeler un ami. Je partage ma vie avec un entrepreneur, un serial entrepreneur. C'est aussi vraiment un vrai soutien de pouvoir dire, mais parce que lui, par contre, il a monté sa boîte Fonscrate. dans la vingtaine. Donc, du coup, lui, il a eu tous ses points sans cette expérience. Et en fait, ça, ça aide aussi de partager avec d'autres entrepreneurs, d'échanger.
- Speaker #0
Moi, je sais que j'accompagne beaucoup d'entrepreneurs aussi en coaching et c'est un des premiers trucs que l'on lève à savoir comment est-ce que tu es entouré ? Comment est-ce que tu es entouré ? Rejoins des réseaux. Alors certes, déjà un coach, ça aide beaucoup, mais rejoins des réseaux, parle avec des pairs parce que c'est capital. Sinon, il y a un isolement qui est quand même assez fort. Je vais aborder ce que tu as un peu touché juste avant, qui est la création d'un produit. Encore une fois, un produit from scratch. Calpapé, pour le coup, tu le crées toute seule. C'est le tien, c'est ton bébé. Ce n'est pas la première fois. Puisque chez Gemalto, c'est ce que tu avais fait aussi. Chez Paypal, chez Anfido, tu l'avais fait un peu différemment. Mais là, c'est ton bébé, c'est ton produit. Donc, on y met énormément de temps d'investissement. On y met ses tripes. Comment tu gères ça ? Parce qu'on vient toucher là. Quand on crée un produit, quelque chose d'assez intime, on y met vraiment beaucoup de soin dans ce produit.
- Speaker #1
Oui, on y met du soin et en plus, on a un concept en tête, mais est-ce qu'il va marcher ? Alors moi, j'ai fait un choix qui était un choix un peu particulier, qui a été celui de garder pour moi le produit sur lequel j'étais en train de travailler pendant assez longtemps. Parce que quand on l'expose, on va avoir des feedbacks et c'est super.
- Speaker #0
Ah oui, on va avoir plein d'avis, tout le monde va te donner son avis.
- Speaker #1
Mais je ne voulais pas être perturbée par des avis sans avoir, moi, déjà une idée très précise d'où j'allais. C'est un parti, parce que c'est vrai que j'ai échangé avec plein d'entrepreneurs qui me disaient, moi, j'ai plutôt tendance à dire tout de suite et à récolter tous les avis, etc. Il y a différentes façons de le faire. Moi, j'ai fait ce choix de dire pendant un certain nombre de mois le temps que je construis, parce que j'ai vraiment, bien dans le sens que j'ai... Je suis formée à des logiciels, j'ai créé le logo, je me suis formée à Figma, c'était pas trop... Voilà, donc j'ai créé vraiment les premières pages, etc. J'ai ensuite été… Les premiers designs,
- Speaker #0
les premiers workflows. Les premiers designs,
- Speaker #1
les premiers workflows. Vraiment le processus, le premier onboarding, etc. Ensuite, je me suis appuyée sur… Donc, dans son réseau, j'ai rencontré des gens qui m'ont aidée sur la partie. Il y a quelqu'un, une vraie designer qui a retorté. Il y a vraiment un UX designer et aussi une designer de marque qui ont revu. Mais je leur ai donné déjà une base. avec le nom, avec le logo. Le logo a un sens, en fait.
- Speaker #0
Je la mettrai sur le cover, le logo.
- Speaker #1
C'est une chakana qui représente le ciel, la terre, le feu, l'eau.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Les différents éléments de la nature. Et donc, du coup, c'est sûr, je suis partie de cette base-là. Kalpa, ça a un vrai sens, en fait. C'est une langue qui s'appelle le Quechua, qui est la langue de mes ancêtres. Et ça veut dire la force. Vraiment, je suis partie, je suis allée chercher dans mes racines pour aller ramener et créer tout ça. Vraiment, tellement mis du mien que je me disais, bon, au début, avant qu'on me dise...
- Speaker #0
Oui, parce que tout le monde a toujours un avis.
- Speaker #1
Bien sûr, et c'est bien. Mais je voulais avoir, non seulement construit quelque chose déjà à la base, avoir un pitch pour pouvoir avoir des réponses. Mettre posé moi. un certain nombre de questions avant qu'on me les pose. Et ça a été plus... Alors, est-ce que c'est mon côté pour me rassurer ? Je ne sais pas. C'était en tout cas, j'avais besoin de le faire comme ça. Donc, j'ai passé un certain nombre de mois à construire et ensuite, commencer à expliquer et à exposer. J'ai eu bien évidemment des gens qui m'ont challengé avec des questions tout à fait pertinentes, mais j'avais déjà un début de réponse.
- Speaker #0
Tu avais déjà fait une partie du chemin et de construction. et certainement valider, invalider certaines options. Et ça s'était ancré aussi en toi. Et tu l'as dit aussi, ça a créé cette confiance. Non, c'est ça que je veux faire. C'est là que je veux aller.
- Speaker #1
Exactement. Je voulais éviter le cas de figure dans lequel, parce qu'on te pose plein de questions, tu me dis, ah mais on doute toujours.
- Speaker #0
Oui, et puis il y a une vraie vulnérabilité à exposer son travail comme ça. Parce qu'encore une fois, on y met beaucoup de nous-mêmes. Tu l'évoques très bien, je trouve. Tu as d'aller chercher dans tes racines pour trouver des choses qui te portent et qui sont très différenciants, en fait, qui sont toi. Donc, l'exposer, avoir des feedbacks, il y a aussi beaucoup de vulnérabilité dans cette approche.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
J'ai envie de passer sur la partie entreprendre aujourd'hui. Donc, céréales intrapreneuses dans un milieu à la fois perso et professionnel d'entrepreneurs quand même, et puis ce milieu associatif dans lequel tu as... Toujours plusieurs vies en une vie, si je puis dire, parce qu'on ne l'a pas évoqué, mais tu es aussi maman. Et ça, c'est un vrai job à temps plein, n'est-ce pas ? Mais entreprendre aujourd'hui, qu'est-ce que c'est pour toi la réalité, là, en 2026 ? Ces fameux caps des deux ans, des trois ans, des cinq ans, qu'est-ce que toi, t'en penses ?
- Speaker #1
Alors déjà, je pense qu'il y a quand même eu un certain nombre d'évolutions plus récemment sur la façon que le marché a de voir les startups. positif et plus challenging, on va dire. Dans les positifs, c'est il y a un certain nombre d'années et d'ailleurs, je reviens juste à l'époque où je suis partie travailler chez Paypal. Je partais de Gemalto, grosse boîte,
- Speaker #0
et on m'a dit « Mais qu'est-ce que tu fais ? »
- Speaker #1
« Mais qu'est-ce que tu fais à partir d'une startup ? C'est pas du tout stable, etc. » Et pourtant, c'était quand même une boîte qui était beaucoup plus solide de ce que j'ai pu créer plus tard. Mais en fait, on a quelque part aujourd'hui en France, le fait de démarrer une start-up et rentrer dans l'environnement. Les gens ont l'habitude et il y a moins cette question de « mais quelle idée ! » L'entrepreneuriat a bougé entre les premiers entrepreneurs des années 2000 qui ont beaucoup souffert et maintenant, il y a quand même de l'eau qui a coulé sous les ponts. En revanche, il y a eu toute une période dans laquelle, par exemple, on pouvait lever des fonds facilement, etc. On sait et on entend ça clairement. Aujourd'hui, c'est pas possible. plus la même chose. On attend des business models beaucoup plus solides, avec des produits. Avant, on pouvait lever des fonds pour créer un produit. Aujourd'hui, on a plutôt tendance à exiger que le produit existe ou qu'il y ait un premier ébauche, etc., avant de pouvoir avancer. Donc, déjà, entreprendre aujourd'hui, comme on disait, c'est un... D'un côté, c'est rentrer beaucoup plus dans les mœurs, donc les gens ne sont pas surpris quand on dit qu'on est un entrepreneur ou qu'on essaye de démarrer une start-up. En revanche, c'est plus difficile. difficile que d'autres années d'avoir accès à des levées de fonds, à des accompagnements, etc. Donc du coup, il faut être solide, il faut avoir un business model assez solide pour avancer. En revanche, ce qui m'empêche de dormir aujourd'hui est plus lié à l'entreprise et au marché qu'à la question de levée de fonds. C'est plus dire, ok, moi j'ai une idée, il faut que je la mène au bout. Et donc du coup, comment je fais pour continuer à avancer ? il y a toujours des petites pierres ou des plus grosses pierres qui sont sur le chemin.
- Speaker #0
Peut-être des pivots aussi, de temps en temps.
- Speaker #1
Et donc, du coup, comment on pivote ? C'est quoi le prochain ? Donc, là, on est en train de développer, on est en train de développer des changements dans l'app qui vont sortir dans les prochains mois parce qu'on a vu, on a les premiers feedbacks, on a un certain nombre de feedbacks du marché qui nous permettent de dire, OK, là, on peut s'orienter dans ce sens-là, etc. Donc, c'est plus... Ça qui m'empêche de dormir, de dire est-ce qu'on est en train de faire ? En fait, ce qui m'empêche de dormir à chaque fois, c'est est-ce que je fais le bon choix ? Et en fait, je n'ai jamais la réponse jusqu'à ce que je n'avance pas.
- Speaker #0
Et alors, pour le coup, pour être issue du produit et du digital, moi aussi, on a toujours ce truc de mieux vaut échouer vite, ce qui permet d'avancer. Plutôt que de trop réfléchir et de se bloquer quelque part. Parce que la bonne réponse, la bonne façon n'existe pas vraiment. Non. Et ce côté itératif que l'on peut avoir. Oui,
- Speaker #1
le test and learn est pour moi effectivement essentiel.
- Speaker #0
Et tous les milieux ne l'ont pas forcément. Toutes les entreprises, toutes les industries ne l'ont pas forcément. Nous, on l'a. Et je pense que c'est juste très simple.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, c'est un des points sur lesquels je pense que je rends un peu dingue mon équipe. Parce qu'en fait, quand on est en train de définir, on dit oui, mais on pourrait faire ça. Non, non, non. Moi, je préfère. On va faire. Plus vite. On sort. On voit. Ça marche. Ensuite, on rajoute. On fait une V1, puis une V2, puis je suis l'experte de... Non, non, non, mais on fait le MVP et ensuite on continue. Parce qu'on pourrait réfléchir pendant des mois, on pourrait faire un produit absolument formidable, mais...
- Speaker #0
Ça ne rend pas son public.
- Speaker #1
Moi, je l'appelle l'effet Concorde, je suis désolée. Mais en fait, l'effet Concorde, c'est un bijou technologique. Mais la réalité, c'est que malheureusement, il n'a pas eu le succès. Alors, il a duré, il a fait Paris-New York pendant très, très longtemps. Mais en fait, que Paris-New York, on va éviter l'effet Concorde. On va faire quelque chose, on va faire un 747. C'est déjà pas mal.
- Speaker #0
Comment tu fais pour tenir dans la durée ou les jours qui sont down ? Comment est-ce que tu fais pour tenir mentalement, émotionnellement et physiquement ? parce qu'on sait à quel point L'entrepreneuriat, c'est quand même une course de longue distance.
- Speaker #1
Ce n'est pas toujours évident. Un des points sur lesquels j'essaie de travailler, c'est de compartimenter, de m'organiser, de faire en sorte que je puisse avoir une to-do list qui, à la fin de la semaine, soit réalisée et pas qui s'enchaîne de semaine en semaine, qu'on puisse avancer. J'essaie vraiment de faire un temps d'arrêt en milieu de semaine pour dire, OK,
- Speaker #0
où est-ce que j'en suis ?
- Speaker #1
Oui, mais c'est surtout, qu'est-ce que je vais accomplir d'ici vendredi ? Pas d'ici dans trois ans. Pas d'ici dans... Non, non. Juste d'ici vendredi.
- Speaker #0
Moi, je fonctionne aussi à la semaine. J'ai mes objectifs annuels, trimestriels, mensuels. Mais chaque semaine, début de semaine, OK, à la fin de la semaine, qu'est-ce que je vais avoir ? Gérer à tout prix. Voilà, exactement.
- Speaker #1
Quand vendredi soir, on a fini la semaine, qu'est-ce que...
- Speaker #0
Qu'est-ce que je ne veux surtout pas avoir raté.
- Speaker #1
Exactement. Qu'est-ce que je ne veux surtout pas avoir à me dire, ah mince, on ne l'a pas fini et il faut qu'on le fasse la semaine prochaine. Ça, c'est un des points. Et le deuxième point, c'est... que je me nourris en fait.
- Speaker #0
Parce que tu fais plein de choses. Oui,
- Speaker #1
mais ça m'aide à me nourrir parce qu'en fait, il y a ce que tout le monde le dit, il y a cette espèce de solitude de l'entrepreneur et de l'entrepreneuriat. Même quand on a une équipe, il y a un certain nombre de décisions où je dis, voilà, là maintenant, c'est moi qui décide et j'en prends les risques et les responsabilités qui vont avec. Et donc, du coup... J'ai besoin pour ça de pouvoir échanger et donc je suis effectivement, comme tu l'as dit au tout début, je participe à des événements, je suis investisseuse chez 50 Partner et ça me permet aussi d'échanger avec d'autres entrepreneurs qui sont à des stades très différents dans leur projet entrepreneurial, de voir des entrepreneurs qui arrivent et qui pitchent et voir leur challenge. Je suis donc dans l'associatif aussi. Je suis chez France FinTech. Et donc, tout ça, c'est aussi des choses qui me permettent de sortir de mon tunnel de projet et de m'ouvrir à d'autres.
- Speaker #0
Prendre de la hauteur, ressentir comment le vent bouge dans notre écosystème.
- Speaker #1
Écouter des gens, des choses différentes et dire, ah tiens, parce qu'en fait, je pars du principe, et alors, je marche beaucoup, parce que je pars du principe que... les idées. Moi, j'ai toujours cette panique de la page blanche. En fait, quand je suis devant mon ordinateur et qu'au bout d'un moment, je tourne en rond... Tu fermes le bout, tu vas prendre l'air. Je vais prendre l'air. c'est même pas la peine. Au bout d'un moment, c'est même pas la peine. Et donc, du coup, je vais prendre l'air, je vais marcher pendant une heure.
- Speaker #0
Pour toutes celles et ceux qui nous écoutent et qui sont entrepreneurs ou isolés, c'est le meilleur conseil qu'on peut se donner, qu'on peut partager. Je pense que quand ça bloque, allons prendre l'air, changer d'air, bouger. On ne fait pas rien. On a tendance à dire que oui, mais on ne va pas produire. Mais en fait, on n'est pas là que pour produire et on a besoin de ces espaces. Et très souvent, c'est comme ça que les meilleures idées, les meilleures solutions viennent.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Il y a un petit côté marche méditative aussi dans ce genre de moment.
- Speaker #1
Je mets la musique et je pars marcher. Je peux marcher une heure, une heure et demie. Et ensuite, je peux me rasseoir, mais dans un autre esprit. C'est important. Et c'est pour ça que ces événements auxquels je peux participer, etc., il y en a qui sont liés à ce que je fais et qui vont effectivement être un peu dans le milieu de la fintech, etc. Mais il y en a d'autres où... Je vais tous les ans à un événement organisé par 50 Partner qui est les journées Impact. Alors tu me diras effectivement qu'Alpapay est une entreprise à impact, mais je peux entendre des pitchs de santé, de choses très différentes. Des gens qui parlent de l'espace, j'ai vu pitcher des projets de l'espace. Je vais chez Vivatech et en fait l'idée c'est d'aller écouter, regarder et... m'inspirer, mais aussi juste ouvrir les horizons.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment primordial ces moments-là, je pense, de ne pas les sacrifier. Ils ont leur importance aussi. J'aimerais faire un petit pas de côté avant de conclure. Tu es engagée sur plein de sujets, mais tu es aussi maman. Donc, femme, maman, leader, entrepreneur. Qu'est-ce que cela change pour toi, ton ami, d'entreprendre en étant une femme et une mère ? pas en théorie, mais dans la vraie vie, qu'est-ce que ça apporte ?
- Speaker #1
Dans la vraie vie, j'aimerais pouvoir dire, et j'essaie, j'ai des plannings de comment on va s'organiser, etc.
- Speaker #0
C'est le genre de fac,
- Speaker #1
maman qui va vous écouter va se reconnaître là-dedans. On va tous dire, et donc là je vais donner la théorie, et après la pratique, la théorie c'est, j'ai des enfants encore, pas en très bas âge, mais encore... Totalement autonomes. Pas autonomes du tout, qui ont besoin d'une présence. J'ai envie d'être là pour eux parce que j'ai lu récemment quand nos enfants auront 12 ans, on aura passé déjà 75% du temps et quand ils auront 18 ans, après ça sera moins. Et donc j'ai toujours entendu les gens dire « Profite parce que ça passe très vite » . Et c'est vrai ! que ça passe vite. En tout cas, moi, c'est ce que je ressens. Ça passe vite. Je vous regarde encore des photos quand ils étaient bébés. Tu vois, j'essaye de m'organiser, de définir des horaires, de voilà, etc.
- Speaker #0
C'est triste.
- Speaker #1
La réalité, la réalité, c'est qu'entre, on démarre la semaine, ah mais non, c'est cette semaine-là qu'il a une otite.
- Speaker #0
Il y a une sacrée dose de lâcher prise à cultiver.
- Speaker #1
Exactement. En fait, je m'adapte constamment. Donc, du coup, j'ai une structure, un planning. Et ensuite, j'essaye de caler dans ce planning les aventures de la semaine. Parce qu'il y en a le prof qui est absent, le machin, le truc, etc. Et donc, du coup, il faut s'adapter. Donc ça, c'est pour la partie être mère. Donc, j'essaye de tout gérer. Je n'y arrive pas toujours. Mais en tout cas, j'essaye aussi d'expliquer aux enfants jusqu'à quel point ce n'est pas évident et qu'il faut absolument qu'ils comprennent. Et après... L'entreprenariat, c'est parfois quand une semaine a été trop perturbée par des éléments persos, ça m'oblige à bosser parfois le week-end pour compenser, etc. Parce que j'avais un objectif cette semaine-là et que je veux quand même l'atteindre. C'est vrai.
- Speaker #0
Tu as cette culture de la accountability sur toi-même déjà très forte aussi.
- Speaker #1
Oui, et puis surtout, en fait, le point et la grande difficulté qu'on a en entrepreneur, c'est que si on ne se donne pas les objectifs et on n'essaie pas de les tenir nous-mêmes, il y a personne d'autre qui vient de le faire. Il n'y a pas un boss qui va vous dire, non mais présente-moi ton plan à trois ans. Mais mon plan à trois ans, c'est moi qui... Et si je veux le tenir, il n'y a que moi qui peux pousser pour qu'il tienne. Moi, j'ai eu l'expérience à Meurs, quand on était chez Paypal, chez Onfido, chez Malto, on allait présenter le plan à trois ans et donc du coup, on réfléchissait et puis après, stick to the project, allez, on y va, etc.
- Speaker #0
Là,
- Speaker #1
c'est toi qui l'écris, c'est toi qui l'exécutes, Il est perturbé par la réalité du terrain, que ce soit au niveau de l'entreprise, des choses qui devaient se passer d'une façon et qui ne se passent pas comme prévu, et puis la vie de tous les jours.
- Speaker #0
Mais comme quoi, c'est possible d'être maman, avec des enfants pas si autonomes non plus, être entrepreneuse, d'être rigoureuse, take to the project, comme tu disais, avec vraiment cet engagement de vie, sa vie de soi-même, en tant qu'entrepreneur, parce que de toute façon, comme tu le dis, il n'y a personne d'autre qui viendra te demander des comptes. Et en même temps, ce côté lâcher prise, adaptabilité permanente, parce qu'effectivement, il n'y a pas une semaine qui se ressemble. Parfois, c'est les enfants, les minis, mais parfois aussi, c'est le temps, la météo ou les rendez-vous qui étaient initialement prévus, qui bougent, qui changent. Et je pense qu'il y a une vraie culture, qu'il est vraiment important de nourrir cette adaptabilité, ce lâcher prise, tout en gardant ses objectifs en tête. J'ai l'impression que... Côté maman, organisation, je viens seconder cette partie-là quand je t'écoute.
- Speaker #1
En tout cas, oui, il y a un point qui est important. Je m'arrête souvent et plusieurs fois quand justement, quand les semaines sont un peu perturbées par X ou Y nouveautés ou même choses, je suis obligée de m'arrêter, de dire, attends, donc, c'est quoi les priorités ?
- Speaker #0
Quelles sont mes priorités ? Et revenir toujours.
- Speaker #1
Et revenir aux priorités parce qu'en fait, voilà, j'avais à l'origine un plan et le plan, voilà. Après, en femme entrepreneuse, il y a quand même un élément qui est une difficulté. On a souvent, il y a des statistiques et on les communiquait, elle est connue femme d'ailleurs et elles sont connues. Les femmes entrepreneuses ont moins de support, moins de financement. Elles se payent plus pour la plupart. Donc, ce n'est pas évident. On a pu me poser la question, est-ce que tu as un cofondeur ? Donc, du coup… Parce que,
- Speaker #0
de toute façon, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Oui, c'est un point. J'ai un avantage, je pense, que parfois… C'est pour ça que je pense aux plus jeunes, qui est plus difficile, c'est que j'ai un track record, un track record d'avoir été DG de Paypal, VP d'Ontido, etc. Et donc, ça, ça rassure. Mais j'ai l'impression qu'on a quand même besoin de rassurer plus. De justifier plus. Et de justifier de… Bon, tu n'es pas blanche de… Voilà. On est une femme. On est une femme entrepreneur.
- Speaker #0
Rimé Nabe, en conclure, merci déjà pour tout ce partage. C'est hyper intéressant d'avoir cette gilion, vingt ans de carrière derrière toi en intrapreneuse. Là, depuis quelques années maintenant, entrepreneuse solo. Quel serait ton mantra ou ta phrase pour celles et ceux qui nous écoutent, qui toi te guide et te porte au quotidien, justement dans cette envie de plus ?
- Speaker #1
Celle de se dire que... Rien n'est impossible. La fameuse phrase de « ils ne savaient pas que c'était impossible et donc ils l'ont fait » .
- Speaker #0
Elle a transformé, si tu veux bien. Elle ne savait pas que c'était impossible, alors elle l'ont fait. Absolument.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu penses ? Absolument. En tout cas, moi j'ai souvent eu ce canne-figure et ça a commencé très jeune. Quand j'allais partir d'Argentine, on me disait « non mais à l'époque où il n'y avait pas Antan, elle va partir en Europe, mais c'est impossible » . Ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Il y avait encore des cabines téléphoniques à cette époque-là.
- Speaker #1
Absolument. Mais je passais un coup de fil par semaine à mes parents dans une cabine téléphonique avec les cartes.
- Speaker #0
C'est peut-être de là que c'est vu. C'est la première expérience.
- Speaker #1
C'est comme une carte à puces. Et surtout, en fait, je me souviens, des mamans au lycée arrêtaient ma mère en disant « Vous allez laisser votre fille partir ? » Donc, c'était impossible. Et quand je parle, j'ai même tout dit. Non mais... « Truc, je ne sais pas, mais c'est impossible. »
- Speaker #0
Et tu l'as refait.
- Speaker #1
Plus on me le dit, en général, plus on me dit « Hum, c'est intéressant. C'est un challenge que je peux relever. » Maman, j'encourage, ne vous arrêtez pas à… Aux peurs des autres. Aux peurs de cet impossible. C'est difficile, bien sûr.
- Speaker #0
De toute façon, rien n'est easy.
- Speaker #1
Quelle satisfaction on aurait si c'était facile ?
- Speaker #0
Bon, je pense que rien que sur ces derniers mots, vous savez pourquoi j'avais autant envie d'avoir Riména à mon micro. et Rémyna, merci pour ton temps. Merci pour ce partage d'expérience, pour ce partage de connaissances. Tu me permettrais de mettre bien évidemment en commentaire de l'épisode le lien vers Calpapé et puis ton produit LinkedIn si on a envie de continuer à échanger avec toi ou se connecter. Merci pour ton temps.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Merci Stéphanie.
- Speaker #0
Si cet épisode t'a plu, alors n'hésite pas à le commenter ou le noter sur ta plateforme préférée ou tout simplement le faire suivre. à une personne qui aurait besoin de l'entendre. Parfois, il suffit d'un micro-pas pour changer fondamentalement de point de vue. Et puis, Rusev-Turman commence à être connu. Alors j'ai très envie de voir jusqu'où nous pouvons aller ensemble. À la semaine prochaine !