Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Retro Ciné, votre rendez-vous podcast cinéma qui vous transporte dans les films de patrimoine du cinéma mondial avec des offres disponibles simplement sur internet, dans vos cinémathèques ou encore dans les festivals près de chez vous. Aujourd'hui dans Retro Ciné, je vais vous emmener très loin avec moi à la fois dans l'histoire du cinéma mais également dans l'espace. Je vais vous parler d'un film long d'à peine 14 minutes, datant de 1902, mais qui a littéralement changé à jamais notre manière d'aborder et d'imaginer le cinéma, et qui en révèle toute sa poésie. Je vous parle, bien sûr, du Voyage dans la Lune de Georges Méliès. 120 ans plus tard, ces images sont encore gravées dans notre imaginaire collectif. Une fusée plantée dans l'œil de la Lune. Même si vous n'avez jamais vu le film, je suis sûr que vous connaissez cette fameuse image. Mais derrière cette icône, il y a un film beaucoup plus riche, inventif, mais aussi beaucoup plus subversif qu'on ne le croit. Alors, de quoi parle Le Voyage dans la Lune ? Le film raconte l'histoire d'un groupe de savants, des astronomes, qui décident de construire un projectile pour se rendre sur la Lune. Une fois arrivé, Il découvre un monde étrange, peuplé de créatures lunaires, il célèbre ses limites. Les deux groupes vont donc s'affronter, avant que le scientifique ne réussisse finalement à rentrer sur Terre. Comme vous le voyez, le récit est plutôt simpliste, presque enfantin. Mais il fonctionne comme une fable scientifique, inspirée directement de deux auteurs majeurs de la science-fiction, je suis sûr que vous les connaissez, Jules Verne avec son fameux « De la Terre à la Lune » et H.G. Wells avec « Les premiers hommes » dans la lune. Avant d'aller plus loin dans le sujet, je vous propose de nous intéresser au cinéaste Georges Méliès. Parce que je dis cinéaste, mais en réalité, avant d'être cinéaste, Méliès était d'abord un illusionniste. Il est né en 1861 à Paris et il est très tôt fasciné par la magie, le dessin, le théâtre. Il devient donc prestidigitateur, puis directeur du théâtre Robert-Roudin, ce qui était un célèbre théâtre de magie parisien. Cette origine... elle est essentielle pour comprendre son cinéma. Méliès, il ne vient pas des sciences, ni de la photographie, mais du spectacle, de l'illusion, et encore plus, du trucage. C'est en 1895 que Méliès va assister à une projection des Frères Lumière. Les Frères Lumière voient le cinéma comme une curiosité scientifique. Mais Méliès, lui, va très vite comprendre que le cinéma peut être autre chose. Et il va souhaiter l'élever au rang d'art, l'art de l'imaginaire. Alors, il va commencer... en tant que bon businessman, par racheter l'appareil des frères Lumière, et ça ne fonctionnera pas, ils vont lui refuser. Mais comme c'est un inventeur, plutôt que de racheter, il va se dire, je vais construire le mien. Très vite, il découvre par accident l'un des premiers trucages du cinéma, l'arrêt de la caméra, qui va transformer un objet en un autre. A partir de là, il va consacrer un petit peu sa vie et son cinéma à explorer tout ce qu'il peut faire avec cet outil, tout ce qu'il peut inventer. Deux ans plus tard, en 1897, Méliès va construire à Montreuil ce qui est souvent considéré comme le premier studio de cinéma de l'histoire. Alors concrètement ça va être un bâtiment en verre qui s'inspire notamment des serres en fait. Vous pouvez imaginer des serres géantes toutes en verre pour laisser un maximum la lumière naturelle rentrer. C'était essentiel surtout à cette époque là. Donc il va tourner la majorité de ses films à l'intérieur de cette serre, à l'intérieur de ce bâtiment en verre. En fonction des projets, ce sera sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Au total, à son apogée, on compte plus de 500 films dans la filmographie de Georges Méliès. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Alors il y a un petit peu de tout, il y a des films courts, des films féeriques, des films burlesques, des films fantastiques, mais encore une fois, tout est illusion. Mais c'est vraiment avec Le Voyage dans la Lune, qui date de 1902, que Georges Méliès va révéler le potentiel poétique. de ce qu'est le cinéma. Il décide donc de faire quelque chose de totalement inédit, raconter une véritable histoire de science-fiction en plusieurs tableaux. Méliès va évidemment participer à l'écriture, la mise en scène, il va lui-même concevoir des décors, superviser les trucages, il est réalisateur, scénariste, décorateur, chef illusionniste, et il va même être acteur, puisque c'est lui, je sais pas si vous saviez, qui joue le rôle principal du professeur Barbanfouilly, le savant... un petit peu excentrique qui dirige l'expédition lunaire. Mais ce choix n'est pas tout à fait anodin, parce que Méliès se met littéralement au centre de son univers, un peu comme le magicien fait lors de son tour face à un public live. D'un point de vue technique, évidemment, le film a beaucoup de contraintes, les caméras sont peu movibles encore, chaque plan va donc être composé comme une scène. La caméra ne bouge presque pas, c'est le monde qui va se transformer devant la caméra. Parmi les effets notables qu'il faut retenir de ce film, il y aura évidemment Merci. l'arrêt de caméra, mais ça va être les premières utilisations de la surimpression, du fondu, les machineries de scène et de la pyrotechnie. Oui, il va mettre littéralement le feu sur la scène. Les sénites vont littéralement exploser en fumée lorsque l'on les frappe comme un numéro de magie pour les faire disparaître avec des cannes, parapluies. Il faut savoir quelque chose d'intéressant. On a la perception que ce film est uniquement en or et blanc. Alors oui, il a été tourné avec... une pellicule noir et blanc. Pour autant, il existe des versions originales de couleurs, parce que Méliès va superviser lui-même des versions colorisées à la main. Donc chaque copie est peinte image par image, et ça en a fait une œuvre véritablement unique à chaque projection, puisque les couleurs n'étaient pas tout le temps les mêmes, la perception, vous imaginez bien. Donc aucune projection ne se ressemblait. Donc il y avait vraiment ce caractère unique d'assister à chaque séance. Un élément également essentiel vis-à-vis de ce film, c'est qu'il s'agit d'un film muet, mais il n'est pas silencieux. J'ai essayé de rechercher justement quel était son son d'origine. Et en fait, il n'y a pas de son original, unique et vraiment officiel à ce film. C'est un peu plus intéressant que ça, justement. Donc, il n'a pas de bande sonore enregistrée, il n'a pas de dialogue, il n'a pas de son synchronisé sur la pellicule. Mais il n'était jamais projeté dans le silence. il y avait Toujours une musique d'époque, donc parfois c'était un pianiste, parfois un orchestre, ou encore des fois un bonimenteur, donc quelqu'un qui va raconter, commenter les images projetées. Donc chaque projection, en fait, à nouveau, tout comme pour la couleur, devait être unique, car différente selon la salle et le musicien. La musique, entre guillemets, officielle a été produite a posteriori de la sortie du film. C'est une partition qui nous vient de Victor Herbert, toujours en 1902, qui était un compositeur franco-américain. Il a écrit une musique orchestrale qu'il a dédiée au film. Elle est conçue pour accompagner certaines projections plutôt prestigieuses. Elle est souvent considérée comme l'accompagnement musical le plus proche de l'intention originale. Dans les versions que vous pourrez retrouver, la majorité utilise cette partition, ou en tout cas s'en inspire. Donc dans les versions modernes, vous trouverez peut-être du piano solo, des orchestres symphoniques, des musiques électroniques parfois, ou même du rock. Et même une petite anecdote que j'ai trouvée, c'est que la version restaurée colorisée qui est sortie dans les années 2010, eh bien elle est accompagnée par le groupe R, dans une relecture bien évidemment plus contemporaine du Voyage dans la Lune. Mais yes, il faut revenir aussi sur son point de vue. Là où les frères Lumière souhaitent filmer le réel, lui, Méliès, il voulait inventer un véritable langage cinématographique en l'élevant au niveau d'art. L'art du mensonge, mais du mensonge assumé. Il ne cherche pas le réalisme, mais plutôt l'émerveillement, l'effet waouh des spectateurs. Mais comment est-ce qu'ils ont fait ça ? Il ne cherche pas à montrer le réel, il cherche plutôt à montrer ce que le monde pourrait être, un monde rempli de fantaisie et d'imaginaire. Alors, le succès à la suite de la sortie du Voyage dans la Nune est immense, mais paradoxal en même temps, parce que le film va être copié, il va être piraté, il va être diffusé dans le monde entier, sans que Méliès en profite réellement. Et l'industrie change, le public veut des récits plus longs, plus réalistes, Méliès, lui, va rester fidèle à sa magie. Méliès va même finir par être ruiné, oublié, avant d'être redécouvert dans les années 1920, comme un pionnier du cinéma. Et d'ailleurs, petit aparté, Si vous avez vu le film Hugo Cabret de Martin Scorsese, vous comprendrez la référence et le personnage de Méliès. Mais alors pourquoi est-ce que Méliès est véritablement essentiel ? C'est parce que cet homme a compris avant tout le monde que le cinéma pouvait être un rêve, une illusion et un art. Donc Le Voyage dans la Lune est peut-être son film le plus célèbre, mais c'est surtout la synthèse parfaite de tout ce qu'il était. Le côté magicien, le côté conteur et surtout le côté inventeur. En ce qui concerne le casting, à l'époque, il n'est pas pensé comme aujourd'hui. Comme je vous l'ai dit, Méliès joue lui-même le rôle principal, mais les autres membres du casting, qui interprètent les savants, les danseuses étoiles et les sélimites, sont tous interprétés par des acteurs de théâtre, qui sont souvent issus d'ailleurs de la troupe même de Méliès ou de l'Opéra de Paris. Et ça se voit, les gestes sont plutôt exagérés, comme l'était le théâtre à l'époque, les poses très marquées. Parce que le cinéma, il est encore très proche du spectacle vivant. Comme je l'ai dit, le film, pourquoi est-ce qu'il vous le détour aussi d'un point de vue technique et innovation ? Parce que ça va être les premiers effets spéciaux, mine de rien. On a la surimpression, comme je vous l'ai dit, les arrêts de caméra, les décors peints en trompe-l'œil, et les effets d'apparition et disparition instantanés, qu'on utilise toujours, j'ai envie de dire, sur TikTok ou Instagram. Donc Méliès, il va vraiment inventer ce langage d'effets visuels. À chaque trucage, il les fait à la main, image par image. pas d'ordinateur, il n'y a pas de montage numérique à l'époque. Et bien sûr, la colorimétrie du film où les ouvrières dans les ateliers de Méliès peignaient à la main, donc ça va donner des premières projections en couleurs. Donc à l'époque, 1902, réalisé. Autour du film donc, ce qu'on peut dire c'est que Le Voyage dans la Lune est l'un des films les plus piratés de l'histoire. On a même Thomas Edison, l'Américain qui a fait copier illégalement le film. et qu'il a diffusé sans jamais payer de droits d'auteur à Méliès. Résultat, le film devient mondialement célèbre, mais Méliès ne va rien toucher. On le voit très bien dans Hugo Cabret, pendant des années, il va tenir une boutique de jouets à la gare Montparnasse. Donc pourquoi je souhaitais vous parler de ce film ? Ce film, il est important dans le sens où Le Voyage dans la Lune, ce n'est pas qu'un film ancien qu'on regarde par respect historique. C'est le moment précis où le cinéma comprend ce qu'il... peut faire. Donc raconter des histoires imaginaires, créer des mondes, faire rêver, dépasser la réalité. Et clairement, sans Méliès, il n'y a pas de science-fiction, il n'y a pas de fantasy, il n'y a peut-être même pas de Star Wars. Donc pardon, tous les enfants, tous les grands cinéastes qui sont un petit peu dans cette lignée, Spielberg, Nolan, je suis persuadé, ont été inspirés parce que Méliès a réalisé il y a près de plus d'un siècle. Donc voilà, je vous invite à redécouvrir ce film. Je vous laisse évidemment le lien dans la description, comme à chaque fois. Parce que c'est un film court. Il est accessible, il est drôle, naïf parfois, oui. Mais surtout, il est très libre. Et je pense que c'est ça, un petit peu, ce qu'il faut retenir des possibilités créatives humaines. On se parle énormément d'intelligence artificielle aujourd'hui. Ne nous bornons pas en tant qu'humains. Soyons le plus libre dans notre... façon d'oser de créer. Donc, revoir peut-être ces images qu'on pourrait presque toucher, qui nous semblent très physiques, alors qu'on est saturé d'images numériques et d'images produites par l'intelligence artificielle, revoir ces trucages faits à la main, eh bien, ça peut, je pense, peut-être un petit peu nous nettoyer l'œil, j'ai envie de dire, et nous refaire découvrir toute la magie des débuts du cinéma. Donc voilà ce que je peux vous dire en conclusion. Le voyage dans la Lune... C'est un rêve filmé, en fait, il y a plus d'un siècle, qui continue encore de faire parler. Il s'est inscrit dans le patrimoine de l'humanité, dans notre imaginaire collectif. Si vous ne l'avez jamais vu, le lien est en description. Et d'une manière générale, je vous invite à redécouvrir la filmographie de Meillès. Il y a énormément de ses chefs-d'oeuvre qui ont malheureusement été détruits par le feu, par des états de conservation impossibles. mais vous pouvez en trouver encore un certain nombre sur internet, dans les archives. Je vous invite également à aller sur le site de la Cinémathèque Française, et certains sont disponibles tout simplement sur Youtube ou Dailymotion. Et voilà, cet épisode court certes, mais un petit peu à l'image du film, touche à sa fin. Je vous remercie d'avoir écouté l'épisode jusqu'à ce moment. J'avais envie de me faire un petit peu plaisir, mais les deux choses qui me tiennent à coeur le cinéma et reparler de l'importance de rêver, de créer, d'oser, à un moment où peut-être on est saturé de contenu. Allons nous faire du bien vers des choses qui vont peut-être vous inspirer également. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager, à le noter également sur votre plateforme d'écoute préférée, à me laisser des commentaires, me le dire sur Instagram ou mon compte TikTok. C'est avec plaisir que je vous répondrai. Et je vous dis évidemment... à très bientôt pour une nouvelle séance de rétro-ciné.