- Speaker #0
Il fallait que je fasse quelque chose pour qu'on me prenne au sérieux. Il y a une image forte, donc le tour du monde. Et là, je veux dire, il y a un monde qui s'écroule, c'est des conneries qu'on nous met dans la tête. On n'a pas la même allure, on n'a pas le même comportement. Donc c'est des sauvages puisque nous, nous sommes des gens très bien. Non, on est des humains différents. Et ça, ça a été le déclic, c'est-à-dire que les différences sont là, elles sont profondes. prendre autant que possible à les additionner plutôt que de les mettre en concurrence. Tandis que quand on est toute seule à une table dans un petit village des Andes ou bien dans une pèlerinade d'Afghanistan ou je ne sais pas, vous voyez, d'un pub en Australie, les mecs, les filles, tout ça, viennent voir en disant « Mais, c'est sûr que tu n'es pas folle ! » Quand vous prenez toutes les couleurs du spectre lumineux, vous les mettez Merci. Toutes les couleurs, vous les mettez sur un disque, vous le faites tourner très vite, ça devient tout blanc, vous voyez de la lumière. C'est ça le voyage.
- Speaker #1
Bienvenue sur Rider Radio, le podcast des aventures moto. Je suis Richard et je vous emmène à la découverte de celles et ceux qui font le monde de la moto. Avant de te laisser avec mon invité du jour, je tenais à vous remercier car vous êtes de plus en plus nombreux à écouter Rider Radio. Je vais donc avoir besoin d'un petit coup de pouce, continuer à faire connaître le podcast et donner envie à des... des passionnés toujours aussi inspirants de venir nous raconter leurs aventures. N'hésite donc pas à prendre une minute pour laisser un commentaire sur Apple Podcast ou Spotify et à partager tes épisodes préférés. Si tu suis Rider Radio, tu sais qu'on était au Salon du Deux Ronds et qu'on a fait des rencontres de dingue. Voici cette nouvelle série spéciale où chaque épisode te plonge dans leur univers. Un grand merci au Salon du Deux Ronds pour cette opportunité. Maintenant, place à notre invité du jour. Bien, c'est un beau clap ça. Anne-France, bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Richard.
- Speaker #1
Bienvenue sur Rider Radio. Nous, on se connaît déjà depuis un petit moment parce que vous avez déjà fait un épisode sur Rider Radio. Je tiens à remercier le Salon du Deux Rous, le S2R, de nous avoir de nouveau rencontrés encore une nouvelle fois. C'est toujours un vrai plaisir de discuter avec vous parce que si on doit parler d'aventure, en premier lieu, on doit parler avec Anne-France. Donc, très très content. Vous savez qu'il y a une question qui est... très importante sur Raider Radio qui est, pour vous, quelle est votre définition de l'aventure ?
- Speaker #0
Ah mon Dieu ! Est-ce qu'on peut se téléphoner l'année prochaine ? D'ici là, j'aurais peut-être trouvé une réponse.
- Speaker #1
On peut, on peut bien sûr. Est-ce que dans tout ce que vous avez vécu, vous avez fait énormément d'aventures, pour vous, quelle est la plus grande ?
- Speaker #0
Ah mon Dieu ! Là aussi, quelle est la plus grande ? d'être sur la tête du grand Bouddha de Bamiyan en Afghanistan, de voir le soleil qui descend sur la vallée. Et c'est un endroit de bonheur absolu.
- Speaker #1
Ça, c'est le moment où vous êtes en Afghanistan. Mais moi, je vais revenir un petit peu à la Genèse. Comment vous décidez de partir comme ça à moto ?
- Speaker #0
Parce que j'étais trop bête pour avoir le permis voiture. Alors, la moto est arrivée en 68, c'est-à-dire que je travaillais à cette époque-là dans une agence de publicité à Paris. Et il fallait que j'aille à pied. Et j'avais un très beau fiancé qui m'attendait à la maison et ça prenait un temps fou de rentrer à pied à la maison. Donc, quand la révolution a été terminée, c'est vrai que le fiancé s'est un peu évaporé. Mais je me suis dit, on ne sait jamais pour le suivant. Donc, je suis allée m'acheter. La seule chose que je pouvais conduire, c'était un 50 centimètres cubes Honda. que j'ai acheté chez Dynamics Sport, rue Montmartre à Paris. Je vous recommande si ça existe toujours. Et à cette époque-là, on roulait avec des shorts que j'achetais à Carnaby Street et des petits collants dentelles et un bonnet de laine sur la tête parce que le casque n'était pas obligatoire. Voilà.
- Speaker #1
Quelle était l'image, ou en tout cas, qu'est-ce qu'on vous disait de vous quand vous voyiez un moto comme ça à Montmartre ?
- Speaker #0
Non, mon noir, c'est pas trop. Mais par exemple, je me souviens, je sortais d'une soirée, j'étais à un feu rouge près de l'avenue Clébert et une voiture m'avait fait une queue de poisson. Alors, j'étais arrivée à toute vitesse parce que là, j'avais quand même passé le permis moto et je me mets à hauteur de la voiture. Le type baisse la vitre, il regarde et il dit « Oh les mecs, un travelo ! » Et tous les copains qui étaient à l'arrière de la voiture ont regardé ça en disant « Oh, quand même ! »
- Speaker #1
Je trouve qu'il y a un gap énorme entre vous qui faites de la moto à Paris et l'image que vous venez de donner. du grand Bouddha en Afghanistan. À quel moment vous vous décidez, tiens, je vais partir en solo, en étant une femme, comme ça, aussi loin ?
- Speaker #0
Alors, j'ai fait cette carrière dans la publicité, j'avais des sujets de plus en plus importants, des budgets de plus en plus importants, etc. Et à un moment donné, j'étais plus heureuse. Je gagnais beaucoup d'argent, mais je le payais trop cher. Et j'ai qu'une seule vie, donc je veux qu'elle me fasse plaisir, cette vie. Et j'ai tout envoyé balader. Et j'ai tout envoyé balader parce qu'il y avait un rallye à moto qui se lançait pour la première fois. Après une belle bagarre, on m'a quand même acceptée. Et qu'au cours de ce rallye, j'ai appris tout ce que je n'aimais pas, c'est-à-dire une moto trop lourde, les groupes et d'autres petites choses qui m'ont bien mise hors de moi. Et comme ça s'est mal passé, pour qu'on me prenne au sérieux, parce que quand même, les moments où j'ai réussi à rouler seule dans tous ces pays, c'était magique. Et donc, il fallait que je fasse quelque chose pour qu'on me prenne au sérieux, qui a une image forte, donc le tour du monde.
- Speaker #1
C'est un bon moyen de prouver à tout le monde qu'on est capable, mais il y avait peut-être des petites choses à faire, mais là... la preuve, elle est énorme. Et partir faire un tour du monde, c'est un vrai gap. C'est un vrai moment. Et à se décider de le faire, ça demande beaucoup de force mentale.
- Speaker #0
Non, je ne l'ai pas vécu comme ça. Je ne voulais plus revenir dans ma vie d'avant parce que je me dis que je n'étais plus heureuse. Et donc, pour que cette vie que j'avais touchée à travers ce mur qu'est le groupe, ça me semblait magique. Donc, il fallait que je fasse quelque chose pour que ça soit possible. Mais je ne me posais pas la question du possible, impossible. J'y vais et puis on voit ce qui se passe. Si je pars du principe que ma vie n'a pas plus d'importance que celle que je lui donne, j'y vais.
- Speaker #1
Voyager solo, c'était une fuite par rapport au fait d'être en groupe. Est-ce que ça a été la bonne solution, la bonne idée quand vous avez…
- Speaker #0
Pour moi, oui. Je ne suis pas une personne de groupe. Je suis une solitaire. Mais je ne pourrais pas vivre sans mes amis. Par contre… Si je voyage avec quelqu'un, ça sera un jus, ça sera un homme, donc c'est que je suis amoureuse. Donc ça va être un écran entre moi et les pays et les gens que je croise. Si je suis toute seule, au contraire, j'ai le monde pour moi. Et quand je me promène, et surtout à cette époque-là, toute seule sur une moto, c'est la télévision en couleur alors qu'elle n'a toujours pas été inventée. Donc tout le monde vient voir. Et au fond, vous savez, moi j'ai des Ausha. Quand mes Ausha se croisaient, ils se connaissaient, mais quand ils se croisaient dans le jardin, ils se mettaient en face l'un de l'autre et ils posaient le museau. C'était vraiment « tu es qui » . C'est ça, quand on voyage seul, en tout cas à mon époque, je pense que ça continue autrement maintenant, les gens viennent voir en disant « t'es qui ? » Ce n'est pas possible, c'est bizarre ou c'est marrant, etc. Mais on se retrouve entre humains. Et puis, il y a ce bonheur absolu d'être dans des paysages que... sauvage, magnifique, où on a l'impression qu'il n'y a jamais eu d'humain avant nous.
- Speaker #1
C'est ce qu'on dit souvent, que le voyage solo emmène plus à être ouvert que finalement si on était en groupe. Là, l'avantage d'être seul, c'est d'être plus ouvert, d'aller voir plus les autres, de faire plus de rencontres.
- Speaker #0
Je ne sais pas comment c'est maintenant, mais à cette époque-là, oui. Parce que même si on arrive en couple, on est déjà un groupe. Donc, les gens regardent le couple et... Et ils ne voient pas leur place. Tandis que quand on est toute seule à une table dans un petit village des Andes ou bien dans une tchayrana d'Afghanistan ou je ne sais pas, vous voyez, d'un pub en Australie, les mecs, les filles, tout ça, viennent voir en disant « Mais tu es sûre que tu n'es pas folle ? »
- Speaker #1
Là, on revient un petit peu à ce voyage. Sur l'itinéraire, comment vous décidez ? d'aller à cet endroit-là ou celui-ci ou l'autre. Déjà, vous savez que vous partiez à l'Est, déjà, ça c'était déjà une chose de faite. Non,
- Speaker #0
je suis partie à l'Ouest.
- Speaker #1
À l'Ouest ? Ah oui, vous êtes partie, oui c'est vrai, vous êtes partie d'abord… Oui, je suis partie du Canada. Oui, oui, tout à fait.
- Speaker #0
J'ai commencé à Montréal, je suis allée jusqu'en Alaska. Je m'étais dit, bon ben ça c'est facile, c'est goudronné, il n'y a pas de problème. Il y avait quelque chose comme une piste de 1000 kilomètres entre le Canada et l'Alaska. remarquez c'était de la caillasse ça va, moi c'est le sable que j'aime pas Et puis après, une fois que j'étais en Alaska, j'avais la possibilité soit de redescendre tout le long de la côte américaine, mais ça ne me faisait pas rêver. Donc, il me restait juste de quoi prendre un billet d'avion et j'ai mis la moto sur l'avion en disant Kawasaki Pera à mon avion.
- Speaker #1
C'était donc une kawa que vous aviez ?
- Speaker #0
Une petite kawa qui m'avait été prêtée. Je partais avec une moto qui m'était prêtée et que je rendais à l'arrivée. Je ne prenais jamais d'argent des marques parce que si c'est une mauvaise mécanique, je suis obligée de dire qu'elle est bonne. Par contre, quand c'est une mauvaise mécanique, il y a des endroits qui sont merveilleux le jour, mais il ne faut pas rester seule dehors la nuit quand on est en panne. Donc, je voyageais à mes frais.
- Speaker #1
Est-ce que c'était le bon choix, la kawa ?
- Speaker #0
Elle m'a résistée. Attendez, elle était très bien. De toute façon, c'est un tout petit moteur, il n'y a rien dedans, donc il n'y a rien à casser. Il y a rien à casser quand même. Et puis, quand on fait de la longue route, il ne faut pas rouler vite parce que la vitesse épuise. Donc, au contraire, il faut s'économiser. On apprend que son corps est une machine, au même titre que la moto, et que cette machine, il ne faut pas l'épuiser.
- Speaker #1
Il faut en prendre soin. Vous preniez vos temps ? Vous dormiez en général comment ? Dehors, chez l'habitant ? C'était quoi votre quotidien ?
- Speaker #0
Alors... Dormir chez l'habitant, c'est une chose que j'ai appris à ne pas faire parce que ceux qui ouvrent la porte, ce sont les pauvres. Moi, même fauché, je suis plus riche qu'eux. Je ne parle pas du Canada. Ça m'est arrivé une fois de dormir chez l'habitant en Amérique du Sud, mais j'étais très gênée.
- Speaker #1
C'est marrant ce que vous dites. On le dit souvent, c'est quelque chose que... qui est commun à ce qu'on dit, c'est souvent les plus pauvres qui donnent. Et vous, vous l'avez ressenti déjà dans les années 70, où les gens qui vous ouvraient les portes, c'était en général les gens les plus pauvres.
- Speaker #0
Oui, sauf que je ne leur demandais pas. Je l'ai fait une fois dans une petite ville en Bolivie, qui s'appelle Bittiche, qui est sur l'Altiplano. Et il y avait un hôtel. Bon, les petits hôtels, je peux me les offrir, vous voyez. Mais là, l'hôtel était vraiment glauque. Je ne me sentais pas en sécurité, ça ne me plaisait pas. Donc, je suis allée à l'école et j'ai demandé à dormir dans la salle de classe.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et l'école était dirigée par un couple avec deux enfants. Donc, ils m'ont accueillie, ils m'ont invitée à dîner. Le dîner, c'était des pâtes, des coquillettes dans de l'eau qu'ils sont allés chercher dans la rivière parce qu'il n'y a pas le courant dans la cuisine. Et ils ont mis des herbes. On a dîné comme ça. Il y avait deux chambres, une pour les parents, une pour les enfants. Ils ont exigé que je dorme dans leur lit et ils sont allés dormir avec les enfants.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Et le matin, au moment de partir, j'avais appris à parler espagnol. J'ai dit, écoutez, vous m'avez accueilli, c'était merveilleux. Si j'étais dans une grande ville, j'irais vous acheter un bouquet de fleurs. Mais c'est une petite ville, Betiche, il n'y a pas de fleuristes. Est-ce que vous permettez que je vous donne un bouquet de fleurs d'une autre façon ? Et j'ai sorti un billet de 100 pesos que m'aurait coûté l'hôtel. Mais j'étais gênée de leur donner de l'argent parce qu'ils m'avaient reçu avec générosité, avec humanité. Et ils étaient gênés aussi de cet argent. Et elle, elle a pris le billet. Et l'homme m'a dit « Mira, attends » . Il a foncé dans la maison et il est revenu avec un bout de carton sur lequel était cousu un petit soldat de plomb. Le petit soldat de plomb, c'est un indien sur un cheval. Et cet homme, pour gagner un peu d'argent en plus de son métier d'instituteur, il peignait des soldats de plomb pour un marchand de jouets. Et il m'a tendu ça. Et on s'est regardés tous les trois et on a parfaitement compris que ça nettoyait l'argent. C'était devenu un échange. L'échange, il existait par l'accueil, etc. Mais ça ne se voyait pas. Là, c'était un objet. Et je me suis dit, alors ce petit soldat de plomb, je l'ai ramené. Et pendant des années et des années, je le regardais et je me disais, mais c'est tellement beau cette histoire. Quand je vais mourir, ça va être jeté. Imaginez-vous que j'étais contactée par un musée de la moto aux États-Unis, dans une petite ville. Et je leur ai envoyé la combinaison en cuir d'Amérique du Sud. Je leur ai envoyé ce que j'avais en Amérique du Sud avec le petit soldat de plomb. Et maintenant, il est dans un musée, je peux mourir tranquille.
- Speaker #1
C'est une belle histoire. C'est vraiment très important de parler de cet aspect argent. On a tendance, quand on voyage, moi le premier, dans mes premiers voyages, quand quelqu'un nous a aidés, c'est un peu le réflexe européen, je trouve, c'est de dire, tiens, il m'a aidé, je vais lui donner quelque chose. Comment vous pouvez, là vous l'avez expliqué, c'est nettoyer un peu l'argent. Les échanges peuvent se faire différemment. et quand quelqu'un vous aide Il ne peut pas y avoir forcément que la notion argent.
- Speaker #0
Non, parce qu'il y a l'honneur. Par exemple, quand je suis arrivée pendant mon tour du monde devant le Mont Elbrouz, la fois d'avant, j'étais tombée de moto, je m'étais foulée la cheville. J'arrive exactement au même endroit un an après et la moto tombe en panne. Est-ce que vous avez une kalachnikov pour faire... Oui, s'il vous plaît.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il faut un peu de bruit.
- Speaker #0
Il faut beaucoup de bruit. Et donc, je tombe en panne, j'arrête une camionnette et je mets la moto sur la camionnette. Mais ces gens m'ont fait honneur en m'aidant parce que c'est leur devoir d'Iranien, de musulman, d'homme, de venir en aide à celui ou celle qui est dans le pétrin. Et ils ne m'ont jamais rien demandé. Je crois que je les aurais insultés si j'avais acheté leur honneur.
- Speaker #1
Oui, je suis d'accord. C'est pas possible.
- Speaker #0
En même temps, il faut faire attention parce qu'il ne faut pas profiter non plus.
- Speaker #1
Il y a un équilibre, en effet, entre tout ça. Mais c'est vraiment important, je pense, de le notifier. J'ai eu la chance aussi de voyager à d'autres endroits. J'ai vu des touristes donner des bonbons, donner des jouets à des enfants. Les bonbons, par exemple, c'est très grave parce qu'au final, on pense faire plaisir. Mais le souci, c'est que c'est des enfants qui n'ont pas l'habitude de manger des bonbons. Donc, du coup, ils peuvent avoir des problèmes au niveau du ventre. Ils peuvent avoir des problèmes au niveau des caries qu'ils ne pourront pas soigner. Donc, à ma juste petite valeur, j'essaye d'inculquer aux gens de ne pas le faire, mais plutôt d'essayer de prendre du temps. On dit en moto, quand on voyage, ce n'est pas de consommer que des kilomètres. C'est aussi prendre du temps, de s'arrêter, de manger dans un petit boui-boui, de s'arrêter avec des enfants, jouer au foot. les sas à gagne plus de valeur parce que vous avez partagé du temps avec les personnes.
- Speaker #0
Alors moi, je ne jouais pas au foot parce que je suis maladroite et que je n'aime pas ça, mais je leur faisais des cocottes en papier.
- Speaker #1
Ah ok, ouais.
- Speaker #0
Voilà. Et j'ai un modèle de cocotte en papier.
- Speaker #1
Ils peuvent refaire en plus.
- Speaker #0
Non, non, non, il faut être intelligent pour ça. Et j'ai une cocotte en papier, vous tirez sur la queue et elle bat des ailes.
- Speaker #1
Excellent.
- Speaker #0
Et ça, c'est magique.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et j'ai fait ça jusqu'au jour où en Turquie, il y a... C'est horrible. le Le père d'un des enfants est arrivé, il a regardé ça, il m'a dit si vous faites la même chose, je battrai des bras. Alors j'ai fait des cocottes en papier qui battent des ailes. C'était scandaleux.
- Speaker #1
Je reviens un peu à l'itinéraire. Donc là, on était en Amérique du Nord. La suite, c'était...
- Speaker #0
L'Amérique du Sud.
- Speaker #1
Oui, l'Amérique du Sud, pardon, en Bolivie. Et donc après, c'était quoi la suite ?
- Speaker #0
Ça a été le dernier grand voyage parce que quand je suis rentrée, Mitterrand avait été élue. Et il a mis en place le carnet de change. C'est-à-dire qu'on ne pouvait plus sortir que 5 000 francs par an.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, plus de la moitié des agences de voyage ont mis la clé sous la porte. Ça a été une catastrophe. Et les grands voyages n'avaient plus de sens. J'aurais pu partir, oui, en planquant de l'argent dans mes sous-vêtements. Mais ça n'avait pas de sens. Quand les gens lisent un livre de voyage, c'est comme s'ils le faisaient. Et comme s'ils pouvaient le faire. Vous voyez ? Il faut que les rêves soient un peu vrais.
- Speaker #1
Ce soit possible.
- Speaker #0
Donc, à la place, j'ai écrit des romans et j'ai fait surtout beaucoup de petits voyages en reportage. Les reportages de tourisme. Donc, je suis allée en Écosse. Je suis allée un peu partout comme ça.
- Speaker #1
Il y avait aussi la partie Afghanistan qui m'intéresse. Alors, toute cette partie du monde. Pourquoi ? Parce qu'on entend beaucoup de préjugés. On entend beaucoup de choses sur ces pays-là. Et moi, j'aimerais avoir votre retour, surtout dans les années 70. Je reviens sur le fait que vous soyez une femme. Donc, encore aujourd'hui, on a encore ces sujets-là qui ne sont pas normaux, mais qui sont encore sur la table. Comment vous avez vécu ces moments-là en étant à moto, en étant une femme dans ces pays qu'on dit, sur le papier, très dangereux ?
- Speaker #0
Évidemment. D'ailleurs, quand j'étais après le Canada à l'Alaska, je suis passée au Japon, puis en Inde. Et à New Delhi, je me suis inscrite évidemment à l'ambassade de France. Et là, on m'a dit l'Afghanistan, je ne sais pas, mais c'est bien prudent. Je ne sais pas, j'y étais l'année dernière, ça m'avait semblé vraiment bien. Ben oui, mais je dis, c'est quoi mes chances ? 70-30. Attendez, 70, c'est comme les Champs-Élysées un samedi soir.
- Speaker #1
Il y a vraiment ce truc, 70, ça passe, 30.
- Speaker #0
Non, mais 70 de chance que je passe, 30% que je me fasse descendre.
- Speaker #1
Ah oui, non mais c'est ça, d'accord.
- Speaker #0
Elle dit non, non, non, non, non, 70 vous vous faites descendre et 30 vous passez. Et je me dis, ça ne va pas. Il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas, même si c'est quelqu'un qui connaît son métier, ça ne me va pas. Donc j'y vais. Mais je me dis, bon, écoute, le premier soir, j'arrive à Kaboul. Après la passe de Khyber, Pakistan, il n'y a pas de problème, il y a du monde partout. Donc, premier soir, Kaboul. Deuxième jour, je vais à Kandahar. Troisième jour, Erat. Et puis, je passe en Iran. Et puis, j'arrive à la douane afghane. Il y avait plein de camions qui étaient arrêtés. Et quand il me voit arriver, tous ces grands mecs à turban me tapent dans l'épaule, « Very brave woman » , et ils me laissent passer. Et je savais que c'était des gens magnifiques. Mais si vous voulez, il faut nettoyer les conneries que les autres vous disent. Et donc, oh là là, c'est la révolution ou quoi ? Et donc, bon, je descends, je sors de la douane, je vais boire un thé. Et tous les types, tous les camionneurs me tapent sur l'épaule. Very brave woman. Et puis j'arrive, il y a un type en voiture qui descend de la voiture, qui vient me chercher, qui m'amène vers la voiture, ouvre la porte. Il y avait sa femme à l'arrière avec le tchadri, ça n'a jamais été le tchador, avec donc la grille de dentelle devant les yeux et un bébé dans les bras. Et cet homme a pris le bébé, il l'a posé dans mes bras, il nous a regardés et il a rendu le bébé à la femme. Et là... Je veux dire, il y a un monde qui s'écoule, c'est les conneries qu'on nous met dans la tête. On n'a pas la même allure, on n'a pas le même comportement. Donc c'est des sauvages puisque nous, nous sommes des gens très bien. Non, on est des humains différents. Et ça, ça a été le déclic, c'est-à-dire que les différences sont là, elles sont profondes, mais apprendre autant que possible à les additionner plutôt que de les mettre en concurrence. Quand vous prenez toutes les couleurs du spectre, lumineux, vous les mettez toutes les couleurs, vous les mettez sur un disque, vous le faites tourner très vite, ça devient tout blanc, vous voyez de la lumière. C'est ça le voyage. On apprend, alors pas voir la lumière parce que ça c'est une autre dimension, mais on apprend qu'il y a quelque chose de commun à tous et on se reconnaît entre humains. Comme mes Ausha qui se mettent le museau l'un contre l'autre et qui se reconnaissent en tant que Ausha. En fait, je crois que n'importe quoi, même la cuisine, c'est une leçon de philosophie, si on y regarde un peu plus près.
- Speaker #1
Anne-France, je pense qu'on peut terminer sur ces mots parce que ça donne foi à l'humanité. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'autre, il faut aller le rencontrer, il faut discuter avec lui, voir tout ce qu'on peut partager ensemble. Il y a des éléments, en effet, aujourd'hui, politiques, géopolitiques, qui font que tout n'est pas possible. mais Comme vous l'avez dit, se nettoyer, effacer ce qu'on a l'habitude d'entendre. Oui, mais en même temps… Je trouve que c'est important de le dire et surtout, vous en êtes la preuve parce que vous avez été dans une période aussi qui était délicate. Nous, on vit dans une période aussi différente.
- Speaker #0
Oui, mais vous voyez, il y a quelque chose qui change complètement la donne. J'ai une amie qui voyage en Inde à moto et qui me dit que souvent, elle est dans des situations désagréables parce que tout le monde a son smartphone. que les gars regardent des pornos sur le smartphone et s'imaginent que toutes les occidentales sont comme ça. Donc ça crée des problèmes qui n'existaient pas de mon temps, avec lesquels il faudra trouver des réponses. Mais ça n'est plus la même planète.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous pouvez donner comme conseil à quelqu'un qui souhaite traverser le monde, voyager ? C'est quoi le conseil un peu ultime à donner à cette personne-là ?
- Speaker #0
Faites attention à ce que vous mangez et nettoyez l'eau.
- Speaker #1
Est-ce que vous aimeriez vous écouter sur ce podcast ? Quelqu'un avec qui vous avez peut-être déjà discuté ou que vous aimeriez en tout cas entendre sur ce podcast qui est Raido Radio ?
- Speaker #0
Vous avez des gens extraordinaires sur ce stand. Vous avez Thomas Le Bouvier.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Qui est greffé des deux poumons, qui est monté tout seul sur sa Yamaha jusqu'au Cap Nord. Vous avez Christelle Lodé qui organise des voyages. Alison Aigrin qui sera là demain, qui organise des voyages pour les filles sur des motos en Inde et ailleurs. Vous avez les filles de la Wima que je connaissais, que je suis allée voir tout à l'heure. Elles sont extraordinaires. Extraordinaire.
- Speaker #1
Est-ce que la vision que vous avez de ces nouveaux voyageurs, voyageuses, vous trouvez ça comment ?
- Speaker #0
Je suis fascinée. Quand vous pensez que, par exemple, Auriel Gomila s'est fait toute seule un Paris-Dakar sur une moto, une Ténéré, alors qu'elle a comme moi une polyarthrite rhumatoïde, qu'elle est bien bien abîmée, etc. Je veux dire, il y a maintenant toute une génération de filles et aussi de garçons qui font des voyages fantastiques, fantastiques, et qui très souvent les mettent au service d'un groupe qui a besoin d'être repéré, d'être aidé, d'être accompagné, j'en sais rien. Il y a cette ouverture vers les autres chez nous qui est doublée de cette ouverture sur le monde.
- Speaker #1
Moi, j'ai envie de vous dire que c'est presque plus facile aujourd'hui parce que moi, j'utilise aujourd'hui un GPS, j'utilise Google, je réserve un hôtel facilement avec mon téléphone. En smartphone, il y a quand même une grosse différence entre ce que vous, vous avez vécu et ce que nous, on est en train de vivre aujourd'hui aussi.
- Speaker #0
Je préfère parce que qu'est-ce que je m'ennuierais avec votre truc ? Moi, je vais voyager avec les cartes et quand je regardais une carte, j'imaginais le paysage. Maintenant, vous avez le paysage sous le nez. Pourquoi est-ce que vous y allez ?
- Speaker #1
L'idée, en effet, c'est de ne pas trop se spoiler. Mais on essaye, il faut travailler. Mais c'est tellement facile de se dire, tiens, il est 18 heures, où est-ce que je vais dormir ? On a aujourd'hui du réseau pratiquement partout. On en parlait avec Captain Morgan qui a beaucoup voyagé en Afrique aussi. Aujourd'hui, la technologie est avec nous et on peut s'en servir. Mais en effet, il faut quand même se garder un peu de magie, de surprise. Et je pense ne pas trop en vouloir et en savoir avant d'y aller.
- Speaker #0
Je n'en sais rien. Je ne peux pas donner. Vous savez, il y a un titre que j'aime beaucoup. C'est « C'était mieux après » . Il y a une chanson qui se dit « C'était mieux après » . Je trouve que ça résume pas mal le problème. Moi, je suis un dinosaure. On n'est plus du tout les mêmes. Le monde dans lequel j'étais n'existe plus. Celui qui est là, je pourrais dire que c'est bien. Non, il est passionnant aussi. Vivez votre vie, jeune homme.
- Speaker #1
Merci. Vous êtes écrivaine, vous écrivez des livres. Est-ce que c'est une manière pour vous de continuer de voyager ?
- Speaker #0
C'est une manière d'être. C'est-à-dire que si j'étais toute ma vie dans le cambouis sur une moto, ça veut dire que je ne ferais pas grand-chose de ma vie. Ce qui est passionnant quand on vieillit, c'est de prendre du recul et de pouvoir comprendre ce qu'on a fait. Au fond, j'ai fait plein de trucs, je n'ai rien compris. C'était magique de les faire. Mais de prendre ma vie, maintenant que je suis vieille, que le corps est ralenti, que j'ai le temps, etc., c'est passionnant de voir ce que ça veut dire, quel est le sens.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, à votre âge, vous verrez refaire un peu de moto, être dans un side, être derrière quelqu'un ? Ou la moto, c'est terminé ?
- Speaker #0
D'abord, c'est terminé. J'ai eu un très gros accident de voiture en 2012. Et on a coupé la voiture en deux pour m'en sortir. J'avais l'impression d'être dans un Astérix. Vous savez, j'étais sur une planche, là, comme à bras raccourcis. Et puis, comme deux ans après, j'ai pensé que je pouvais reprendre la moto. taux, effectivement. J'ai une polyarthrite rhumatoïde déformante et puis j'ai des bouts de ferraille partout. Ça va. Quand on vieillit, on n'est plus le même singe. Donc, on se régale autrement. Je suis heureuse et je continue à écrire et à rencontrer des jeunes gens magnifiques comme vous, mon ami.
- Speaker #1
Merci, franchement, c'est gentil. Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ? Vous avez en partie donné la réponse déjà d'être en bonne santé, tout ça, j'imagine. Mais qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter de plus ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous voulez souhaiter de plus ? Que Burt Lancaster, quand il avait 33 ans, me téléphone pour m'inviter à danser.
- Speaker #1
On va terminer sur ça. Merci Inde France, merci pour avoir partagé ce moment avec moi de nouveau. Merci d'avoir partagé ça avec tout le monde ici. Merci OAS2R de nous avoir de nouveau rencontrés. Vous pouvez retrouver l'épisode de ce podcast sur Rider Radio et bien sûr sur YouTube. Merci Anne-France et à très bientôt.
- Speaker #0
Bien intérêt.