IvaA toi qui prête l'oreille de ton cœur à mon témoignage, merci. Le printemps touche à sa fin et les températures annoncent déjà les couleurs de l'été. Chaude, très chaude. Ça te rappelle pas quelque chose ? En tout cas, ce timing est... parfait pour continuer avec toi mon voyage dans le temps. Alors, où que tu sois dans le monde, dans ce monde un peu fou, et si tu m'écoutes au présent, bienvenue dans mon passé, en direct de mon futur. Ok, si toi aussi t'as capté que le temps fait un peu ce qu'il veut, ne te gêne pas, dis-le moi en commentaire. Parce que tu l'auras sûrement remarqué, j'ai mis presque trois mois avant de reprendre le fil de ce récit. C'est le temps qu'il m'a fallu pour... pouvoir mettre des mots sur la suite. Comment te dire ? Un nuage gris a plané au-dessus de moi. Nous avons commencé ce voyage en remontant 9 ans dans le passé, à la fin du mois de mai 2016. Et aujourd'hui, nous sommes à la fin du mois de mai 2026. Et il y a 3 mois, un nodule de la taille d'un oeuf est apparu, logé dans ma thyroïde. Des examens très poussés ont été faits et les résultats sont tombés. Écartant, Dieu merci, la possibilité d'une autre tumeur. Forcément, ça a réveillé quelque chose. Dix ans se sont écoulés depuis l'annonce du cancer et la vie, l'univers, Dieu, a trouvé le moyen de m'envoyer une petite piqûre de rappel. Toujours à sa manière très particulière. Comme pour me rappeler la grâce que j'ai reçue d'avoir une nouvelle chance de vivre pleinement ma vie. Un peu comme l'anniversaire d'une date événementielle, tu sais. dont le cadeau serait simplement d'être encore là, et de pouvoir te raconter mon histoire. Je te dis ça comme si c'était, genre, normal. Non, non, sérieusement. Ce nodule-là, il m'a rappelé à quel point j'aimais ma vie, à quel point j'aime la vie, et qu'il fallait la chérir comme un trésor. Même quand, parfois, elle peut faire mal, très mal. Mais avant de me lancer dans la suite de mon histoire, Petit disclaimer, alors ma petite sœur a tiré mon attention sur l'interprétation que je fais des passages bibliques que je cite dans mes précédents podcasts, une interprétation qui, selon elle, ne semble pas du tout correspondre au sens initial, ce qui n'est pas faux du tout. Alors je lui ai répondu, et je te le dis à toi aussi, qu'en réalité je donne une lecture très personnelle, c'est ma vision, mon ressenti, le lien que je fais entre ces passages bibliques et certains moments charnières. de mon existence. Et pour tout te dire, j'aurais même pu te citer des passages d'autant n'emporte le vent, si mon témoignage parlait de relations sentimentales. Voilà. Mais pour l'heure, je te laisse avec le cinquième épisode de Songe, l'expérience inattendue. Je te souhaite une belle écoute. Garde ton coeur plus que tout autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. Ma mère m'avait accompagnée à ma toute première cure de chimiothérapie, et elle serait là à toutes les séances qui suivraient, assise dans un coin de la chambre qui m'avait été attribuée, comme la spectatrice silencieuse d'une pièce dont j'étais la seule actrice. Je te passerai les détails de l'acte médical. Mais je me souviens très bien... de cette sensation de brûlure intense et continue qui s'insinuait dans mon corps pendant qu'on m'injectait ce liquide rougeâtre censé me guérir. Nous étions en septembre, la chaleur de l'été battait encore son plein, on entendait le gazouille des oiseaux coucher du soleil, et ma vie, ma vie venait de basculer. Au programme de ma thérapie de choc, une séance de chimio par semaine. Je me défendais plutôt bien, du moins durant les trois premières semaines. J'avais même voulu honorer ma mission d'intérim jusqu'au bout. Mais c'était sans compter sur mon corps qui commençait sérieusement à tirer la gueule, en montrant des signes de dégradation après chaque injection. Je restais malgré tout impassible, pendant et après les traitements, déterminée à me dépasser, comme si on attendait de moi que je transcende la douleur. Ce qui était faux. Personne ne me demandait de me montrer plus forte que ce mal. C'était juste une habitude chez moi, rayonner, sourire et faire face envers et contre tout, pourvu qu'on ne me voit jamais faillir. Il aura fallu un mois et demi de résistance à ce traitement de choc pour que mes forces déclinent complètement. Je ne pouvais plus me déplacer seule sans être transportée de chez moi à l'hôpital dans un taxi conventionné. Et mon moral perdait peu à peu de son beau fixe en voyant mon univers autrefois si vaste se limiter à des rendez-vous entre la maison, le kiné et l'hôpital. Oh, moi qui aime tant manger, m'alimenter devenait un véritable parcours du combattant. C'est simple. Tout ce qui entrait dans ma bouche avait cet arrière-goût prononcé de métal mêlé à la chavel. Et un soir, précédant une séance plus violente que les autres, je m'étais couché avec une fièvre de cheval qui me faisait délirer. Ma mère avait réussi, je ne sais comment, à la faire baisser, et je me suis réveillé le lendemain avec le souvenir d'un rêve particulier. J'entendais du bruit dans la salle de bain, alors je suis entré. Et là, j'aperçois une silhouette derrière le rideau de douche. Je suis restée pétrifiée, les yeux rivés sur ce rideau jusqu'à ce qu'une main l'écarte doucement. Seigneur, et là je vois une tête apparaître discrètement. C'était mon grand-père. Et qui, l'air de rien, me dit « Quoi ? Tu croyais que j'avais oublié comment on prend une douche ? » Puis il m'a fait un large sourire et la minute d'après, je me suis retrouvée dans mon salon mais cette fois, c'est dans la cuisine que j'entendais du bruit. Et là, qui je vois apparaître ? Ma grand-mère. Elle aussi affichait un large sourire, elle ne s'avançait pas vers moi, elle restait juste à l'entrée, à me regarder avec tendresse. À mon réveil, j'avais l'impression que mon cancer avait invité tous mes proches disparus à venir m'entourer de tout leur amour. Et s'il n'y avait que ça, j'attirais même la sympathie de parfaits inconnus. Je me souviens d'une étrange conversation avec la caissière d'un magasin de bio, je lui avais demandé des renseignements sur une boisson capable d'atténuer ce goût immonde que la chimio laissait dans ma gorge. Avant que je ne quitte le magasin, elle m'a regardée et m'a dit « Il ne se passe jamais rien pour rien dans la vie. Vous êtes rayonnante. On ne dirait pas que vous avez un cancer. Je crois que Dieu a un plan pour vous. » Ces mots m'avaient laissé remplie d'émotions et aussi d'interrogations. Grâce aux différents remèdes naturels que je prenais, des plantes en infusion venues du bled et du jus de grenade. À la fin de chaque semaine, je retrouvais un peu la forme et presque le goût des aliments. Hélas, quand le lundi arrivait, je me reprenais une dose de liquide rougeâtre et il fallait tout recommencer. Rien qu'à cette pensée, j'en avais des montées de nausées tous les week-ends. À tel point qu'une nuit, j'ai décidé d'adresser une prière à Saint-Charbel, dont j'avais entendu vanter les vertus par le pasteur, l'époux de Victoria. J'avais même fait des recherches sur sa vie, la vie de Saint-Charbel, une vie que je qualifierais d'incroyablement difficile, comme c'est souvent le cas dans les récits extraordinaires de la vie de ces hommes et de ces femmes qui ont dédié leur existence à servir Dieu. Et cette nuit-là, j'ai fait un rêve, un rêve surprenant. Je me trouvais à l'intérieur d'une église, seule, debout, près d'un hôtel, un hôtel très simple, sans ornements. Les bancs étaient en bois lustré et tout semblait vivant. Les lieux étaient illuminés par les rayons du soleil qui traversaient les vitraux. Il y avait quelque chose de surnaturel dans cet endroit. Et là, je vois un prêtre traverser la grande allée baignée de lumière. Il était accompagné d'une autre personne. J'ai présumé que c'était un prêtre parce qu'il portait une soutane d'un blanc immaculé. Lorsqu'il s'est approché de moi, j'ai tout de suite su que c'était Saint-Charbel. Il émanait de lui une grande force et une grande douceur à la fois, ce qui m'a étonnée parce que, dans le récit de sa vie, il m'était apparu plutôt introverti et austère. Il me regardait avec beaucoup de bienveillance et de joie, comme s'il était heureux de me retrouver, comme s'il me connaissait déjà. Puis il a pris mes mains dans les siennes et il m'a félicité chaleureusement, après quoi je me suis réveillée. Ce rêve me laissera perplexe. Très longtemps. Ainsi, la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ. La fin du mois d'octobre annonçait pour moi les résultats du PET scan, celui qui révélera si la chimiothérapie avait fonctionné sur moi. En seulement deux mois, j'avais basculé dans un autre univers, un monde médical qui m'avait éloigné d'une vie que je croyais acquise. Certains visages familiers avaient même disparu de mon paysage, et d'autres étaient apparus. Des inconnus rencontrés au gré du hasard m'avaient témoigné plus d'amour et de compassion que... que je n'en avais connue de toute ma vie. Et chose encore plus incroyable, j'arrivais à accueillir cet amour tout naturellement. J'étais assise sur le lit de ma chambre d'hôpital, attendant l'arrivée de l'hématologue en chef. Cette femme qui, en une phrase, avait transformé mon été en hiver, était également celle qui allait bientôt décider s'il y aurait une prochaine saison pour moi. Impossible de déceler la moindre trace d'émotion sur le visage de mon hématologue. Lorsqu'elle entra dans la pièce, un dossier à la main, un dossier qui contenait mes résultats. Ma mère restait calme, toujours assise dans un coin de la chambre, à observer la scène. Le temps semblait suspendu et mon regard restait fixé sur sa bouche, attendant qu'elle prononce les mots. Je ne savais pas quels mots, mais j'attendais. Et après quelques minutes, les plus longues de ma vie, elle leva enfin les yeux de son dossier et prononça ces mots. Les résultats de votre PET scan sont excellents. La chimiothérapie a fonctionné. Vous êtes en rémission complète du cancer. J'ai levé la tête pour la regarder droit dans les yeux, l'air ébahi. Mon cerveau avait du mal à traiter l'information. Pourtant, j'avais bien entendu les mots qu'elle venait de prononcer. Et pendant que ça moulinait et que j'essayais encore d'en comprendre le sens, ma mère sortit du silence et s'écria « Merci Seigneur » . Ce sont les mots de ma mère qui me firent réaliser la nouvelle de ma rémission. Et la seule chose qui me soit venue à l'esprit, c'était de demander à mon hémato si cela signifiait que j'étais guéri. Elle me répondit qu'en termes médicaux, on ne parlait jamais de guérison du cancer mais de rémission. En gros, la guérison n'existe pas, on se rétablit. Et tout à coup, je me suis mise à pleurer. Non seulement je comprenais le sens du mot rémission, mais aussi tout ce que cela impliquait. Je ne pleurais pas parce que j'étais rétablie et que j'allais vivre, je pleurais parce que je n'étais plus malade, et qu'au fond de moi, j'avais peur qu'on ne m'aime plus, puisque j'étais redevenue normale. C'est de dire à quel point mon esprit était embrouillé, et mon petit cœur aussi, pour croire qu'il fallait être malade pour mériter d'être aimée. Bien sûr, j'ai gardé ce sentiment pour moi, pendant que ma mère et l'hématologue pensaient que je versais des larmes de joie. Elle poursuivit en expliquant qu'il faudrait continuer le traitement encore trois mois afin de clore le protocole, éliminer d'éventuelles traces indétectables au scanner et ainsi réduire le risque de récidive à 17%. Médicalement, 17% était un chiffre rassurant. Pour moi, 17%, c'était le chiffre de la mort. Musique de générique