IvaJe te partage ce moment comme je l'ai vécu, non pas comme un exemple à suivre, mais comme une expérience intime et spirituelle. Ce qui va suivre n'est pas un conseil médical, c'est mon histoire, mon ressenti, mon chemin avec Dieu. Quand j'ai annoncé ma rémission à ma famille, je ne te raconte même pas la fête à la maison, de la France jusqu'en Australie. Quant à moi, j'avais encore le cœur lourd, rien qu'à l'idée de devoir me faire injecter à nouveau ce liquide rougeâtre dans le corps. Alors que j'étais en rémission, j'avais accepté de jouer le jeu du revers de la vie. Du coup, je ressentais ce retour à l'hôpital comme une punition. C'était même pire que ça, il me restait plusieurs mois de chimiothérapie. Et quelque chose en moi, dans mon corps, dans mon âme, dans cette voix intérieure que je ne pouvais plus ignorer, me disait, me criait, me hurlait d'arrêter. De tout arrêter. Alors je me suis confiée à ma meilleure amie, pensant qu'elle pourrait me comprendre. On avait partagé tellement de choses ensemble et traversé tellement d'épreuves. Mais sa réponse fut bien différente du soutien que j'espérais. Elle était plutôt pour que j'aille jusqu'au bout du protocole. Même si, selon elle, « Mon cancer n'était pas un vrai cancer. » À l'époque, cette phrase m'a fait l'effet d'un hypercute en plein cœur. Ce n'est que des années plus tard que je comprendrai que, sans même en avoir conscience, sa phrase se révélerait presque prophétique. Pas dans le sens littéral, mais spirituel. Parce que la douleur, la douleur du cancer, elle était bien réelle. Et la perte de mes cheveux aussi. Nous étions à la mi-novembre 2016. Et l'heure de ma prochaine cure de chimiothérapie approchait à grands pas. Mon mal-être, lui, grandissait aussi, accompagné d'un étrange sentiment de mort imminente, alors même que j'étais en rémission. J'étais si perturbée par ce conflit intérieur que j'endormais plus. Une nuit d'insomnie, je me suis levée pour me rafraîchir et regarder le ciel étoilé depuis la fenêtre de ma cuisine. Ah, l'air était déjà très frais, on sentait que l'hiver approchait. Mais la beauté de cette nuit noire remplie d'étoiles me réchauffait. Accoudée à la fenêtre, je n'avais même pas remarqué que je pensais à voix haute en regardant le ciel. Je n'en peux plus d'avoir ces violentes nausées en pensant à lundi, de ne plus pouvoir marcher sans hurler de douleur, d'avoir constamment mal dans mon corps. Mon Dieu, je ne comprends pas pourquoi je dois continuer. Je suis si fatiguée. Je n'avais pas encore terminé ma phrase que quelque chose se fit entendre. Je dis entendre parce que je ne connais pas d'autres mots pour te l'expliquer. Voilà à quoi ressemble la mort. Tu veux vivre ou mourir ? Et là, comme un flash venu de très loin, j'ai revu toutes ces fois où j'avais souhaité quitter ce monde. Toutes ces fois où j'avais... j'avais attenté à ma vie. J'avais l'impression d'avoir reçu une réponse, mais... Avec des années de retard. Alors c'est comme ça. Quand une pensée ou un souhait est répété, il finit par nous revenir, mais pas forcément au moment voulu et encore moins sous la forme qu'on imaginait. Cette question-là resterait sans réponse. Je n'entendais plus que le silence des étoiles dans le ciel noir, mais je ne ressentais plus ni colère, ni peur, ni angoisse à l'idée du prochain lundi. Tout était calme à l'intérieur, quelque chose venait de s'ancrer profondément en moi. Je voulais vivre, je savais maintenant ce que je devais faire, je n'avais aucun doute. Mon Dieu était et serait toujours avec moi. Au petit matin, j'ai parlé à ma mère, à cœur ouvert, et je lui ai raconté cette étrange conversation que j'avais eue cette nuit, et ma décision d'arrêter la chimiothérapie, quoi qu'en disent les médecins, les hématologues ou la psychologue. Je pouvais lire la peur dans ses yeux. Pourtant, ma mère avait toujours eu l'habitude de dire qu'il fallait garder foi en l'éternel et le laisser agir. Mais cette fois, c'était son cœur de mère qui parlait, et son cœur était contre ma décision. Elle me suppliait d'aller jusqu'au bout du protocole, ou au moins jusqu'à la moitié restante, juste pour la rassurer. J'eus droit à la même réaction de la part de ma meilleure amie. Seule ma petite sœur à l'autre bout du monde semblait me soutenir dans ce qu'elle appelait le choix de ma foi. Mais la contestation de ma mère et de mon amie n'était rien en comparaison de la dureté de mon hématologue et de la psychologue de l'hôpital, lorsque je leur ai annoncé que je ne souhaitais pas poursuivre la chimiothérapie. Toutes deux semblaient d'accord pour dire que si je n'allais pas jusqu'au bout du protocole et que le cancer revenait, la chimiothérapie serait bien plus lourde et violente que la précédente. N'importe qui aurait pris peur à ma place, mais moi je restais intraitable, convaincue que je devais suivre cette voie. Et que je trouverais l'aide dont j'aurais besoin en chemin. Un autre événement troublant viendrait finalement clore ce chapitre. Un appel de mon amie pour me raconter un rêve qu'elle avait fait. Et dans ce rêve, j'apparaissais sur une scène où je devais chanter en playback. Et dans les coulisses, au moment de lancer la sixième chanson, qui était la mienne, l'appareil se bloqua. Impossible de relancer la musique. Alors je quittais la scène sans avoir pu chanter la sixième chanson. Sur le moment, je n'ai pas su comment interpréter son rêve. Puis, elle termina en me disant cette phrase. J'ai compris. Je n'insisterai plus pour que tu poursuives tes séances de chignot. Tu peux compter sur mon soutien. Je ne m'étais pas présentée à l'hôpital le lundi qui avait suivi ma décision. Et c'est justement ce qui avait donné lieu à l'appel de mon hématologue. et de la psychologue. Je vais te dire, ce lundi-là aurait été la sixième cure sur les neuf prévues dans le protocole de ma chimiothérapie. Or, le nombre exact de mes cures n'était connu que de moi et de mes soignants. Ouais. Il était déjà environ la sixième heure et il y eut des ténèbres sur toute la Terre jusqu'à la neuvième heure. Le soleil s'obscurcit. Et le voile du temple se déchira par le milieu. J'étais suivie par cinq hématologues. Mais après ma prise de position, je me retrouvais seule. J'ai vécu les mois qui ont suivi comme si j'avais sauté d'un avion sans parachute. Livrée à moi-même, sans le moindre examen pour savoir où en était mon rétablissement, j'ai vraiment commencé à me sentir abandonnée. La chimiothérapie m'avait emmenée jusqu'à la rémission. Mais parfois, la peur gagnait du terrain, alors je m'accrochais encore plus fort à ma foi, en la vie, en Dieu, et je priais très fort. Et maintenant Seigneur, je fais quoi ?