- Amélie
Donc je faisais bien mon boulot, entre guillemets, de recherche et j'ai eu que quatre entretiens. Sur les quatre entretiens, j'étais très loin, sauf qu'à la fin, pour trois d'entre eux, j'étais en concurrence avec des Norvégiens. Et on m'a dit, sur le papier, t'es plus qualifiée, mais t'es un risque.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de
- Alban
Sous les Aurores. Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, nous accueillons l'invité qui est une connaissance.
- Lucie
Alors d'abord, on va te poser quelques questions pour te présenter. Comment tu t'appelles ? Depuis combien de temps tu vis en Norvège ? Dans quel domaine travailles-tu ? Et si tu as un petit culture-choc à nous raconter quand tu es arrivée ou que tu continues de vivre au quotidien.
- Amélie
Alors, je m'appelle Amélie Mannes Tique. Ça fait huit ans que j'habite à Oslo. J'ai 42 ans, mariée, trois enfants. Je suis directrice commerciale chez Yara, donc une grosse boîte norvégienne spécialisée dans les engrais. Je ne m'y connais pas spécialement en engrais. Moi, ma spécialité, c'est tout ce qui était commercial et leadership. Culture choc en Norvège, plein, plein. Moi, je suis de Lyon. Je suis une citadine. J'ai fait mes études là-bas. Quand j'ai fini mes études, je suis partie à Londres pendant un peu plus de dix ans. Donc, encore. plus grande vie. Donc, quand je suis arrivée ici, je m'attendais à une capitale et c'est un grand village. Donc, tout est à échelle un peu plus réduite. Donc, il faut s'habituer. Il faut s'habituer. Pour tout, les distances pour aller chez les uns et chez les autres à Londres, ça me prenait minimum une heure, une heure et demie. Ici, on parle de 20 minutes à tout casser. On a fait le tour de la ville, donc c'est plutôt agréable. Les commerces qui sont pas ouverts dimanche, les commerces qui ferment tôt. L'alcool qu'on ne peut pas acheter après 18h ou le week-end après certaines heures.
- Lucie
On ne peut pas acheter en supermarché. Aussi, oui. Il faut aller dans un magasin d'état.
- Amélie
Donc, c'est des petites choses comme ça qu'il faut apprendre à connaître. Et puis, on s'adapte assez vite parce que la vie ici est plutôt agréable.
- Lucie
Est-ce que tu pourrais nous raconter ton parcours et comment tu es arrivé en Norvège ?
- Amélie
Alors, l'arrivée en Norvège, elle est due à mon mari. On s'est rencontrés à Londres il y a plus de dix ans. On bossait ensemble, on a commencé à se fréquenter, on a acheté un appartement, on s'est posés, on s'est mariés, on a eu un bébé.
- Alban
Tout ça à Londres ?
- Amélie
Tout ça à Londres. Et on avait deux belles carrières à Londres, on était tous les deux commerciaux. Ça marchait plutôt pas mal, sauf que la vie de famille l'équilibre. vie de famille, travail à Londres n'était pas terrible. Alice, notre aînée, elle avait 8-9 mois et on s'est rendu compte qu'on avait eu tous les deux un congé parental parce que la loi anglaise avait changé. Mon mari avait pu avoir 3 mois, j'avais 3 mois aussi. Pas payé. On peut les prendre, ça peut être les congés parentaux mais j'avais le droit à 6 semaines payées et le reste c'est non payé. Mon mari avait plus que moi, il avait 3 mois lui payé. C'était parce que sa boîte prenait le... prenez le relais, donc c'est la différence. C'était pas ça vraiment l'enjeu, parce qu'après tout, ce qui est là localement, on fait avec, mais c'est le retour au travail avec, on parle d'avant Covid, le télétravail n'est pas développé. Il me faut une heure et demie le matin pour aller bosser, une heure et demie le soir, ça fait trois heures, plus une journée de travail complète, comme à Paris, 9h-18h, donc il faut rajouter le transport en plus. Et j'avais pas envie de ça. Et on savait avec mon époux qu'on voulait une grande famille, qu'on voulait plus qu'un enfant, qu'on voulait essayer d'avoir plus qu'un enfant. Et on se disait, ça va être quoi la vie qu'on va avoir ? L'appartement, il est petit. Donc si on voulait avoir un petit espace, il aurait fallu aller encore plus loin. Les boulots à Londres, les boulots intéressants, ils sont dans Londres, pour la plupart. Donc ça collait pas. Donc c'est là où on a commencé à se poser les bonnes questions, en disant, c'est quoi notre futur au niveau de la famille ? La famille, c'est le plus important. Le boulot, l'argent... Très bien, ça aide. Mais ce qu'on veut, c'est de créer quelque chose à nous. Vraiment des liens. Et on s'est dit, soit on rentre en France. Mon mari est francophone. Soit on essaye la Norvège. Et mon mari connaissait peu la Norvège. Parce que bien qu'il ait le passeport et qu'il soit né là, il n'a vécu que six ans en Norvège avant. D'accord. Il n'est pas vraiment norvégien. Il parle la langue parce que ses parents lui ont appris. Et je disais, la France, c'est bien. Sauf que moi, je ne suis pas de Paris. Ma famille, ils ne sont pas à Paris non plus. Donc les boulots intéressants, par rapport à notre domaine de travail, de compétences, auraient été à Paris. Si c'est pour être tout seul à Paris, autant qu'on reste à Londres. Les problématiques de transport, les problématiques de... On va retrouver ça au final. Exactement.
- Lucie
Paris, ça aurait été un peu aussi Londres en termes vie pro, vie privée.
- Alban
La distance, tout.
- Amélie
Exactement, exactement. Donc du coup, on s'est dit, allez, pourquoi pas la Norvège ? Et Torius, mon mari, il a réussi à se faire transférer. Donc il a gardé son job.
- Lucie
Ah, trop bien.
- Amélie
Donc ça, nickel. Comme ça, au niveau de la sécurité aussi, on ne prenait pas trop de risques parce qu'on a quand même la petite qu'il faut qu'on gère. Ses parents sont à Oslo. Donc on s'est dit, on ne se met pas trop loin d'eux. Comme ça, on aura enfin de l'aide. Parce que les copains à Londres, c'est bien, c'est chouette, mais ce n'est pas les copains qui vont nous dépanner au quotidien. Et donc du coup, ça se fait assez naturellement. J'ai gardé mon job, mes bébés bien. Ils m'ont donné un compte un peu freelance pendant... pendant un an. Ça a aidé au début, mais après, les deux parties se sont rendues compte que ce n'était quand même pas l'idéal. Et puis moi, je voulais découvrir un peu la Norvège, je voulais faire un peu autre chose aussi.
- Alban
Est-ce que du coup, tu n'étais pas encore intégrée avec ce travail freelance ? Il y avait aussi cet aspect-là qui peut-être te manquait. Tu travailles depuis chez toi, comment ça marchait ?
- Amélie
Je bossais de la maison. Je bossais de la maison, mes collègues étaient tous à Londres. Mon territoire, parce que j'étais commerciale, donc mon territoire, c'était l'Europe continentale, mais plus de l'Ouest, donc France. J'avais France, Allemagne et Benelux. Et je suis quelqu'un d'hypersocial, j'ai besoin d'aller voir les collègues. Même aujourd'hui, on a cette flexibilité, je vais trois jours par semaine, trois, quatre jours au travail, parce que j'aime bien, ça me correspond plus que rester à la maison.
- Lucie
Et du coup, premières impressions quand on arrive en Norvège, en venant de Londres ?
- Amélie
La première impression, c'est la taille. Pour moi, c'est ça qui m'a fait sourire, parce que c'est la taille de ville urbaine, c'est un quartier de Lyon. Le paysage aussi, tout l'esquée extérieure, c'est formidable. Il faut aimer la montagne, mais c'est très beau. La ville elle-même, elle est toute petite, donc un petit quartier historique, mais personne ne va dire... architecture d'Ostod. C'est le fjord à gauche, la montagne à droite, les forêts tout autour.
- Lucie
Les lacs. C'est vrai.
- Alban
Ce métro qui t'emmène sur les hauteurs à plus de 600 mètres, qui en même temps te dépose aussi dans le centre-à-bord de l'eau et de l'opéra.
- Amélie
Tu peux passer de la plage à la montagne en 20 minutes en transport en commun. L'hiver, c'est les gens qui partent avec leur ski sur l'épaule dans le métro.
- Lucie
C'est une ambiance particulière.
- Amélie
C'est super. Je suis arrivée en mai. Donc, en plus, avec les journées qui n'en finissent plus, la luminosité partout, tout le temps.
- Alban
Pour moi, pour arriver, c'est sympa. Oui,
- Amélie
c'est sympa. Non, non, très, très sympa. Et puis, le premier hiver est excitant. Après, on se calme un peu, après.
- Alban
On sait à quoi s'attendre.
- Amélie
Exactement. C'est pour ça, la première année, je dirais, tout est chouette, tout est nouveau. J'ai pris des cours de norvégien. Je ne suis pas super bonne, mais ça me suffisait pour me débrouiller aussi un peu. J'ai pris mon temps la première année. J'ai pris mon temps aussi parce que je n'ai pas trouvé non plus de travail tout de suite.
- Alban
Ok, donc tu étais en freelance. Et tu as commencé à faire une recherche aussi de travail ?
- Amélie
Exactement. Donc je faisais les deux. Et aussi, j'avais une petite part dans moi, peut-être d'arrogance, en me disant que j'avais un CV super.
- Alban
Ça va le faire, l'ombre.
- Amélie
Commercial. Des bons résultats. Je suis assez bonne à ce que je fais. Je faisais attention à des CV où je les envoyais. Mais pas beaucoup de retours. J'ai été invitée à quatre entretiens en un an. Alors qu'on était après moi à Londres. J'avais un bon professeur. Je faisais chasser peut-être. Et là, une petite claque.
- Lucie
Est-ce que tu penses que c'est la langue qui était le frein ? En étant commerciale et en étant en contact avec les clients ?
- Amélie
Oui, mais après, quand je postulais à des jobs, l'offre d'emploi était en anglais. Donc, je ne me mettais pas du tout sur du profétien parce que je savais que je n'avais pas les compétences, que je n'ai toujours pas d'ailleurs après. Mais je faisais bien mon boulot de recherche et je n'ai eu que quatre entretiens. Sur les quatre entretiens, j'étais très loin. Donc, ça veut dire quand même que j'avais un profil. Quand ça prend,
- Alban
c'était bien.
- Amélie
C'était bien, sauf qu'à la fin, j'étais pour... Pour trois d'entre eux, j'étais en concurrence avec des Norvégiens. Et on m'a dit, sur le papier, tu n'es plus qualifié, mais tu es à risque.
- Lucie
Aïe ! De repartir ?
- Amélie
Exactement. Tu n'es pas là depuis très longtemps. Tu n'as zéro réseau en Norvège. Surtout à Oslo, tout le monde a été à l'école ensemble. Il y a trois écoles, donc tu te connais depuis presque la maternelle. Et du coup, t'es plus risqué que ton concurrent. Donc du coup, j'ai trois jobs comme ça qui me sont passées sous le nez.
- Alban
Qu'est-ce que ça t'a fait un peu quand on t'a dit ça ? Parce que je trouve ça hyper intéressant comment ils étaient ouverts sur la raison.
- Lucie
C'est très honnête, transparent sur le nom.
- Amélie
Oui, mais j'ai trouvé qu'ils me faisaient perdre mon temps. Parce que je pense que depuis le début, je veux dire, mon CV, moi, je ne cachais rien. Ça a toujours été très transparent. Je crois que j'avais mis débutant pour langue norvégienne. J'avais mis dans ma lettre de motivation que je venais d'arriver. Donc, il le savait. Donc, je me suis dit quelque part.
- Alban
Tu étais le benchmark. Ce n'était pas très agréable.
- Lucie
Même la carte du mari norvégien, ça ne jouait pas en ta faveur ?
- Amélie
Non. En fait, si le mari norvégien m'avait eu l'entretien, ça aurait été différent. Bien sûr. Parce que là, j'aurais été validée. En fait, c'est ça, c'est le côté d'être validée par quelqu'un d'autre.
- Alban
Il faut quelqu'un de lien entre les deux.
- Amélie
Et c'est lié à la taille. Oslo, c'est quoi, 600 000 habitants ? La Norvège, ça doit être 5 millions à tout casser. Donc c'est petit. C'est un grand pays, mais c'est tout petit au niveau des habitants. Il y a beaucoup de forêts partout, il y a beaucoup de montagnes. Donc c'est pour ça. Et on dit que les Scandinaves, ils sont difficiles de lier d'amitié, mais quand tu les as, c'est pour la vie. Et c'est vrai, mais ils partent de la crèche.
- Alban
Et c'est ça.
- Amélie
C'est des amitiés qui ont débuté, parce que la crèche, c'est jusqu'à 6 ans. Donc, c'est très difficile, finalement, d'arriver à créer des liens quand tu viens d'arriver. Mes amis, ce sont des étrangers qui ont épousé des... Enfin, qui ont un lien avec la Norvège. Mais pour la plupart, ça n'a pas été le ou la Norvégienne directement.
- Alban
Et pour revenir un peu aussi sur le parcours de ton mari, parce que je me pose la question, est-ce que lui avait un réseau aussi un peu activé ou des relations sociales ? Comment ça se fait qu'il n'a vécu que six ans en Norvège ?
- Amélie
Son père était diplomate.
- Alban
D'accord, ok.
- Amélie
Donc il était en mission à Bruxelles ou en Suisse, une grosse part. Et puis il revenait un an en Norvège et puis après il était en mission, 300, renouvelable. Donc mon mari, il avait trois copains d'école qui restaient là. Oui,
- Lucie
il n'avait pas suivi sa classe, sa scolarité.
- Amélie
Donc lui, la différence, c'est qu'il maîtrise la langue. Oui, ça peut-être. Donc ça, ça aide. Et puis le bon prénom. Le nom, voilà, bien sûr.
- Lucie
Et quand vous êtes arrivés, vous vous êtes dit, on va rester là pour longtemps ? Ou c'était pas...
- Amélie
Non. En fait, on s'était donné déjà un an, parce que moi, je n'avais pas trouvé de travail tout de suite. Donc moi, j'adorais ma petite. J'ai beaucoup aimé passer du temps avec elle, mais je tournais en rond, ça. Je n'ai pas le profil femme au foyer. Donc... Ça a beau être joli, ça a beau être bien, mais si tu ne trouves pas de boulot, non. Ce n'était pas pour ça qu'on s'était dit, écoute, on aura essayé. On se met un petit peu une date butoir et puis on retournera à Londres. On retournera à Londres ou on fera quelque chose d'autre. Et j'ai eu beaucoup de chance. C'est aussi quelque chose de la Norvège. C'est que bien que je n'ai jamais cotisé ni quoi que ce soit, il y a le pôle emploi local, le NAV. Je les ai contactés et puis ils m'ont mis dans un cours, Arbeit und Kommunikation, je me souviendrai tout.
- Alban
Traduit par ?
- Amélie
Travail et communication.
- Alban
Oui, oui.
- Amélie
Et c'est pour les étrangers qui ne maîtrisent pas la langue, de tout niveau social, éducation que tu peux imaginer, recroupés dans une salle et on leur donne pendant 16 semaines.
- Alban
Oui, ça se mène.
- Amélie
Des cours un peu des cours de la Norvège, des cours de Norvégiens, des cours un peu surtout. On était 60 adultes. Il faut savoir quand même qu'il y a des gens qui savaient à peine lire et écrire. J'ai vu des gens qui avaient des doctorats dans la même. Le point commun, c'est qu'on était étrangers.
- Alban
C'est génial.
- Lucie
Et mariés à des Norvégiens ou pas forcément ?
- Amélie
Non. Non, non, non.
- Alban
Même profil de réfugié, déjà à l'époque. Oui, voilà, c'est ça.
- Amélie
Des gens qui ont eu leur carte. Ils sont plus que réfugiés. Ils ont leur carte de résidence ou ils ont été approuvés.
- Alban
Tu as eu un parcours.
- Amélie
Ou d'autres qui bossaient et qui se sont fait licencier. Oui, tu avais vraiment de tout. Et pendant qu'on m'a appris à faire un CV, je pense que j'aurais pu donner le cours.
- Alban
Tu m'étonnes.
- Amélie
C'était pour la petite anecdote. Mais du coup, on avait beaucoup de temps libre et j'étais payée. J'avais une petite rémunération.
- Alban
Génial. Ça,
- Amélie
c'est chouette. Donc,
- Alban
c'était un peu un encouragement financier à suivre la formation.
- Lucie
S'intégrer au final. Oui,
- Amélie
c'est exactement ça. Et puis, pour aider, parce que ça coûte moins cher que de payer. Bon, moi, je n'avais pas le droit au chômage, ni quoi que ce soit. Mais des autres qui étaient là avaient un chômage. Enfin, pour la plupart, avaient un petit chômage. Et du coup, j'avais beaucoup de temps. Et j'ai passé beaucoup de temps sur LinkedIn à refaire. Donc, du coup, parce que la petite était à la crèche. Moi, je pouvais faire ça. Et c'est comme ça que j'ai trouvé mon job.
- Lucie
Donc au bout de combien de temps au final ça a fini par... Mathieu ?
- Amélie
Je ne sais pas comment vous m'accueillez, je suis arrivée le 1er mai et j'ai commencé à travailler le 16 mai. Je me souviens parce qu'il y a le 17 mai, c'est la fête nationale. Donc c'est un jour après ?
- Alban
L'année d'après.
- Amélie
C'était là. Il m'a fallu un an. Donc on arrivait à la date butoir.
- Alban
Oui, parce que vous étiez un peu un an date butoir. Et d'ailleurs, je me pose la question, vous êtes arrivée ici, vous étiez dans votre trentaine ? Dans la trentaine à peu près ? Est-ce que vous aviez mis de côté ? Est-ce que vous aviez prévu un budget pour ça ? parce que nous, en racontant notre histoire, on l'avait fait.
- Lucie
On avait anticipé.
- Alban
Mais ce n'était pas au même âge. C'était différent. On avait un petit matelas pour arriver. C'était surtout en gros pays de caution, limite, c'était ça. Mais vous, c'était une réflexion différente avec un enfant, plus j'imagine.
- Amélie
Et puis, on avait un commercial, tu as des bonus, tu as des déterminations qui sont un peu différentes. On bossait bien, on gagnait bien nos vies à l'entrée. Donc, du coup, on arrivait, oui, on avait un an. Mon mari travaillait, donc il avait son salaire.
- Alban
Super intéressant pour des gens qui sont peut-être dans cette tranche d'âge et qui se posent un peu les questions. Vous, les un an étaient nécessaires avec un job et des économies quand même.
- Amélie
Oui, mais aussi, on aurait pu faire avec moins. On voulait garder un train de vie qu'on avait aussi.
- Alban
C'est important de le savoir et d'en être conscient quand on veut le garder, bien sûr.
- Lucie
Et tu as été embauchée par une entreprise norvégienne ?
- Amélie
Norvégienne, mais très internationale.
- Lucie
Très internationale.
- Amélie
Donc, mon boulot n'a rien à voir avec la Norvège. Bon, c'est mon troisième job en interne, mais j'avais un collègue norvégien sur une équipe de 13. Ma fête était en Allemagne. J'avais deux collègues en Belgique. Hyper internationale. Et encore à ce jour, je crois que j'ai deux Norvégiens dans mon équipe. Donc, ça reste ultra minoritaire. Pas qu'il n'y ait un embauchement de Norvégiens, mais... dans ce que je fais, c'est tout lié à l'international, c'est que des contacts européens, voire mondiaux.
- Alban
Oui, c'est vraiment, on a déjà un peu abordé les différents profils de boîtes, la boîte très norvégienne qui se fait racheter par le groupe international et qui, au final, a peut-être du mal à passer à l'anglais comme langue principale. Là où il y aura la boîte dont on parle, a été la boîte très norvégienne, avec l'histoire vraiment très, très norvégienne à la base, mais qui a eu cette volonté d'aller à l'international. et qui, je pense, a extrêmement bien réussi toute sa transition d'intégration d'employés. C'est un peu mon point de vue extérieur. Maintenant, je n'y suis plus, mais c'est un peu ce... IET, c'était vraiment très fluide.
- Amélie
Oui, ce n'est pas un sujet.
- Alban
Oui, exactement. Il n'y a vraiment aucun sujet.
- Lucie
Et du coup, tu arrives dans cette boîte norvégienne, mais internationale. Comment est la culture de travail comparée à la culture de travail anglaise ?
- Amélie
Là, c'était le choc, mais hyper positif. Ma carrière, je ne l'ai fait qu'à Londres. Parce que je suis partie de France à 22 ans. Je ne connaissais pas vraiment le marché du travail. Donc à Londres, les heures sont là. Tu as des objectifs, tu les fais, tu ne les fais pas. Tu les fais, tu es le roi du monde, tu ne les fais pas, tu as la porte. Surtout dans le monde commercial. C'est très direct, mais c'est très transparent. On aime, on n'aime pas, mais en tout cas, c'est ce que c'est. En Norvège, je suis arrivée, j'avais un boulot de manager. moellien dans la hiérarchie, ni très haut ni très bas. Et je me suis rendue compte que les gens avaient des plages horaires au niveau du travail qui étaient hyper limitées par rapport à ce que je connaissais. Et pour l'anecdote, dans ma première semaine, je devais me présenter à des gens très seniors qui étaient les directs des unités, qui étaient basés pour certains en Norvège, pour d'autres même en Belgique. Et j'ai voulu mettre des réunions un vendredi à 15h, qui me paraissaient quand même plus... plutôt régionales.
- Alban
Oh, l'effronter !
- Amélie
Bah oui, et puis en plus, on regarde les calendriers, il y a... Oh bah go ! J'envoie mon petit email, et puis surtout que ma chef m'avait dit, ils attendent ton email, quoi, il faut que tu te présentes, machin. Et ils m'ont tous refusé. Le rendez-vous du vendredi après-midi à 15h, et je me dis, je suis un peu fâchée, je vais voir ma chef, je lui écoute, t'es sûre qu'ils veulent vous parler ? Et elle me dit, mais t'as envoyé. Ah, évidemment, erreur de débutant. Un vendredi après-midi, mais oublie.
- Alban
Tout le monde part au chalet, enfin.
- Amélie
Et c'est exactement ça. Et ce qui était intéressant, c'est de voir que c'est pas du... On parle du haut, on parle du très haut qui le fait. Donc du coup, comme ça me parle du haut, il n'y a pas de sentiment de culpabilité à partir plus tôt, parce que finalement, non,
- Alban
c'est la norme qui le fait. J'ai eu un moment vers la période de Noël. mon N plus 2 donc c'était quelqu'un qui était haut placé déjà dans l'entreprise quand même qui nous dit pareil un soir peut-être un soir là aussi un soir à 15h tu vois je me fais avoir tout seul même peut-être plus tôt c'est d'être en milieu de journée bon bah je dois aller chercher le cadeau de ma femme je décolle Ah bah d'accord. Bon bah voilà, j'adore. Et ça t'envoie que des messages positifs. Tu dis, si toi tu le fais, c'est ok que je le fasse. Non pas que tu vas aller dans l'abus, parce que c'est pas du tout la mentalité ici, mais c'est que c'est admis et parfois tu peux le faire, y'a pas de soucis.
- Amélie
Limite, ma chef, là, elle n'a pas d'enfant. Mais combien de fois elle m'a dit, Amélie, il est 16h, qu'est-ce que tu fais là ? Donc c'est ancré dans la culture norvégienne. C'est qu'après, la vie de famille est plus importante que la vie du boulot. le travail ça peut attendre et puis après souvent ça m'arrive même de reprendre les emails le soir tranquillement sur le canapé si j'ai besoin le travail est là et il est important mais c'est pas la priorité ça devrait pas être la priorité et famille pas famille d'ailleurs
- Alban
c'est vrai comme tu parles de t'être en gros pris, une remarque un peu qu'est-ce que tu fais après 16h, c'est pas la première fois que je l'entends, c'est limite dis donc que tu restes au boulot soit t'as trop de boulot, soit tu le fais pas assez bien ou t'es un mauvais parent
- Amélie
aussi ça pourrait être donc du coup en tout cas pour moi j'ai pu m'adapter hyper facilement à ça mes horaires ça sera 8h30 16h et puis là il n'y a pas de pause café, il n'y a pas de pause déjeuner à rallonge,
- Lucie
c'est pas plus mal et puis du coup là j'imagine que tu pouvais aller chercher ta fille à 16h30 voire même avant est-ce que tu faisais pareil à Londres ?
- Amélie
ben non mais même moi ça m'est arrivé une fois parce que les réunions nous obliger. Je l'épousais à 7h le matin, j'étais la récupérer à 7h le soir. Elle a fait 12h de crèche. Et la crèche était ouverte.
- Alban
Oui.
- Amélie
7h, 7h.
- Alban
On parle de Londres. On parle de Londres, ben oui. Non, d'accord, ok.
- Amélie
Elle était la dernière. Mais ça m'a... Le pincement au cœur, alors après, elle n'est pas traumatisée. Mais je n'avais pas envie de cette vie de famille-là. Et comme on a le choix. Quand on n'a pas le choix, c'est comme ça. Mais là, on avait le choix et maintenant... Non, de toute façon, la crèche finit à 17h. Il faut être là un quart d'heure avant. Donc, c'est 16h45 qu'il n'y a plus de crèche.
- Lucie
Maximum, oui.
- Amélie
Donc, du coup, tu es un peu...
- Lucie
Et certaines crèches ferment plus tôt. Nous, on avait une crèche...
- Alban
Oui, crèche familiale, surtout plus petite.
- Amélie
Et c'est aussi le respect de l'employé, parce qu'il finit à 17h.
- Alban
Exactement, c'est ça. Voilà, 17h, c'est la fin, C'est la fin,
- Amélie
Parce qu'eux-mêmes ont peut-être des familles, des enfants à aller chercher, machin.
- Alban
C'est un cercle vertueux qu'on essaie de garder, en fait.
- Amélie
Exactement. Et du coup, c'est... Encore une fois, c'est un non-sujet. Hier, j'ai dû emmener mon fils chez le dentiste parce qu'il y a des rendez-vous obligatoires de contrôle. C'est à 10h. Personne ne pose une demi-journée.
- Alban
Bien sûr, c'est vrai. Il faut préciser ça aussi.
- Amélie
Tu fais et tu reviens. Encore une fois, c'est un non-sujet.
- Alban
Confiance et non-sujet, ça revient souvent. Comment tu t'es adapté au climat norvégien ? Tout à l'heure, tu nous parlais de l'obscurité. Comment ça s'est passé au fil des années ? Le froid ? Les longues journées aussi, parce qu'à l'opposé, en été, on a des journées qui ne finissent plus.
- Amélie
Alors, c'est un peu... Alors, la première année, tout est nouveau, donc tout est chouette. On prend, on prend, on adore. L'été, le premier été, c'est super. Et puis, l'hiver arrive, c'est bien, la mer qui commence à geler. C'est beau. C'est beau. Voilà, les flocons sur les... Bon, il y a de la forêt partout, donc c'est très beau. Puis, on se rend compte après que la neige, elle fond et ça devient de la glace. Il faut imaginer que les routes sont très bien déblayées. Il y a un système qui est formidable. Il peut neiger 40 cm de neige. La ville va continuer à fonctionner, mais pas les trottoirs. C'est la route pour les voitures. Les trottoirs, c'est une patinoire, c'est un casse-gueule énorme. Une fois par an, je tombe. Pourtant, j'ai des chaussures, des crampons, des machins. C'est une blague. Pour ceux qui voulaient l'élégance à la française un peu parisienne...
- Alban
Compliqué, c'est compliqué. Il faut changer de chaussure en arrivant. Tu peux essayer la première année, tu prends ta première chute, la deuxième, c'est bon, t'es un bébain d'homme avec les clous et tout.
- Amélie
C'est pareil, t'arrives et tu clignes, Et oui, tu changes de travail, t'enlèves les... Comme tes enfants, ils ont six couches, toi t'en as trois. Tu changes ta verre de pomme, t'as tes collants en laine dessous. Ouais, c'est pas très glamour.
- Alban
J'ai passé le cap. Pantalon de ski au quotidien. Alors, pas quand je suis au travail, mais parce que je suis pareil dans le bus, c'est une ligne qui est vachement empruntée par des gens qui vont dans des jobs d'entreprise. Les Norvégiens ont l'habitude d'avoir des petits vêtements, la petite veste, les belles chaussures. Moi, on dirait que je vais skier au mieux, quoi. Les grosses chaussures de rando parce qu'il y a la neige, le pantalon de ski parce que j'ai froid, la grosse doudoune. Après, au travail, j'essaie de passer mon habit de beauté. Mais j'ai passé le cap du pantalon de ski. Alors noir, parce qu'avant c'était encore pire. Mais bon voilà.
- Amélie
Pour l'anecdote, je faisais très attention à comment j'étais apprêtée avant. Non, c'est le climat. Avant tout, pas sur vie.
- Lucie
Moi je suis d'accord avec toi. En étant parisienne, j'ai aussi travaillé à Londres. Mes habits, j'investissais beaucoup d'argent dans mes habits. Et ça me faisait plaisir de bien m'habiller pour aller au travail. Et c'est vrai qu'ici, maintenant, j'investis beaucoup d'argent dans des vêtements beaucoup plus techniques, beaucoup plus adaptés au climat.
- Alban
Les haines aussi. Oui,
- Lucie
oui, oui. Et beaucoup moins parisiens. D'ailleurs, quand je vais à Paris, à chaque fois, je me dis, bon, il faut que je sorte la garde-robe parisienne. Et ce n'est pas la même, quoi.
- Alban
Est-ce que vous avez ce réflexe ? Je ne sais pas si parfois, vous rentrez en France, on se dit, ah ben, cette veste, elle est chaude, mais elle est un peu belle. Ce sera ma veste. De France ou de Paris.
- Amélie
C'est un peu ça. Après, maintenant, j'ai trois enfants. J'ai aussi passé un autre cas. Maintenant, il faut que ce soit à peu près propre. Et c'est le présentable. C'est ça. Mais c'est le pire empire. Mais après, ça va revenir. Voilà.
- Alban
On sera tous faits dans 10-15 ans.
- Lucie
Du coup, tu dis que tu as trois enfants maintenant. Donc, ça veut dire qu'il y en a deux qui sont nés ici.
- Alban
Toi, pendant ton congé maternité, est-ce que tu avais un peu ce cercle de maman qui avait eu leur bébé au même moment ? Comment ça s'est passé ?
- Amélie
Oui, donc ils te regroupent. Après, j'étais un peu à des années d'une mère de mon groupe, parce que j'avais donc déjà 35 ans.
- Lucie
Déjà un enfant.
- Amélie
Voilà, c'était mon deuxième. Et puis, elles étaient toutes norvégiennes, je ne parlais pas le norvégien. Et puis, alors s'il y a un truc, quand tu viens d'accoucher, le cerveau... Oui, oui. Les fatiguer. C'est déjà bien monopolisé. Exactement. Donc, c'est le minimum. Déjà, se souvenir, si on a mangé, se doucher ou quoi, des fois, c'est un peu compliqué. Alors, je n'y ai pas mis l'effort. Donc, j'y étais la première fois. Et je me suis rendu compte, ce n'est pas pour... Après, c'est chouette. C'est pour ça. C'est pour ça qu'il y a un lien. C'est là, c'est disponible. Ce n'était pas mon truc. En fait, c'était plus un effort. Et du coup...
- Lucie
On peut faire ce qu'on a envie de faire en congé mat. Et du coup, comment tu as occupé ces huit mois avec un petit enfant ?
- Amélie
C'était... Alors, pour mon fils... C'était en 2018. Et c'était l'hiver le plus long que j'ai jamais eu. Donc, il est en janvier et on avait de la neige encore en avril. Donc, ça a été l'horreur. C'est l'horreur dans le sens que je n'ai rien fait. Je suis restée à la maison. Mais c'était un choix. J'ai coucouné à la maison. Donc, après, il y avait la grande aussi à s'occuper. Mais en fait, je me suis un peu vécue un peu recluse pendant tous les trois, quatre premiers mois d'hiver. Et puis, ah ! Après, je me suis un peu lancée quand les beaux jours sont arrivés. Exactement. Et j'ai trouvé un groupe Facebook sur des mamans internationales. Donc, qui me correspondait déjà beaucoup mieux. Et là, j'ai fait l'effort de sortir et on se voyait une fois par semaine avec des dames qui faisaient un peu tout horizon, dont le seul point commun, c'était de ne pas être norvégienne. Et je me suis trouvée deux, trois copines comme ça. Mais il a fallu mon petit temps. Il me fallait ma petite grotte, tranquille.
- Lucie
Et comment s'est passé le retour au travail après un si long congé maternité ?
- Amélie
Deux fois de suite, ça n'a pas été de boche et je suis retombée au milieu d'une réorganisation. Normalement, ça se passe complètement naturellement. La place, elle est là. Elle a été remplacée ou pas, d'ailleurs. Mais deux fois de suite, pour mes deux grossesses, quand je suis revenue, mon shop, dans un cas, avait été déplacé dans une autre partie de la boîte. Donc... Même équipe, mais une description de travail complètement différente, une échelle complètement différente. Donc pour le plus intéressant, mais en même temps...
- Alban
Oui, tu reviens tout juste au boulot.
- Amélie
Et j'avais un cadre, mon premier, c'était international, mais c'était surtout dédié à l'Europe. Puis le deuxième, c'était monde. Donc on parlait de l'Amérique latine, on parlait de l'Asie, on parlait... OK, va falloir s'adapter. Et puis pour la deuxième, c'est mon job à cesser d'exister. Donc c'était une régionalisation, une stratégie de la boîte. Donc là, ça a été un peu dire, je n'étais pas licenciée ou quoi que ce soit, il fallait que je retrouve en interne. ils m'avaient trouvé quelque chose que si je voulais, je pouvais garder. Ça me plaisait. Ce n'était pas terrible. Ce n'était pas mon profil. Donc, ils m'ont aidé aussi de dire, tiens, on a trouvé ça parce qu'on veut te garder, machin. Mais à toi aussi de faire l'effort de trouver en interne un autre job qui te correspondrait mieux. Et j'ai trouvé, j'ai eu une autre opportunité et ça fait trois ans. Donc, c'était bien.
- Lucie
De toute manière, on est généralement, enfin, je pense que ce n'est pas généralement, on est très protégé quand on revient de congé paternité ou maternité. Donc, ça me semble. complètement normal quand tu es trouvé un poste. Après, est-ce qu'ils ont été ouverts ? Ils t'ont dit on a trouvé ça, mais on te conseille d'activer ton réseau interne ? Non,
- Amélie
ils m'ont trouvé et bon, il ne fallait pas que je les remercie non plus, mais tu sentais que c'était quand même un petit souci. Ils avaient vu que mon profil ne s'allait pas caler, mais ils espéraient quand même que je dise bon, ça va. Mais du coup, quand j'ai dit que ça n'allait pas, ça n'a pas été un conflit non plus. qu'est-ce qu'ils voudraient regarde ce qu'il se passe,
- Lucie
on va t'aider à rentrer en contact avec d'autres personnes ça n'a pas été un long fleuve tranquille non plus est-ce qu'on t'a un peu aidé à justement contacter ou activer ce réseau interne non,
- Amélie
c'est à toi de le faire par contre, il faut être aussi un petit peu malin oui,
- Alban
si ça ne te plaît pas exactement,
- Amélie
par contre si j'aurais pu rester là où on m'avait mis je ne suis pas sûre mais bon C'est à toi de... Si ça ne colle pas, il faut le dire. Il faut le dire. Et ce n'est pas un problème.
- Alban
Et puis souvent, vu qu'on part assez longtemps, c'est vrai que dans des grosses boîtes, il y a beaucoup de choses qui peuvent avoir changé. Et mentalement, comment tu faisais ce transfert d'après huit mois avec son bébé, retourner dans l'environnement du travail ? Est-ce que ça s'est bien passé ?
- Amélie
Oui. encore une fois, mais je n'ai pas le profil femme au foyer, donc les mêmes lits sont passés vite, mais j'étais contente de retourner dans mon travail.
- Lucie
Mais pareil, à un moment, c'est aussi très fatiguant de s'occuper d'un jeune enfant. C'est une chance, mais ça vient avec beaucoup de responsabilités, beaucoup de fatigue. Pour l'avoir fait, je trouve qu'au boulot, ça va mieux. Et pour vous deux, c'était naturel de s'orienter sur le système éducatif français ?
- Amélie
Encore une fois, mon mari n'a pas fait vraiment le système norvégien. Donc il a été beaucoup, quand il était à Bruxelles, il était au lycée d'école internationale, qui est un peu comme le système académique français, c'est plutôt américain, mais similaire. Donc il n'avait pas cette référence. Mon mari parle français, ses parents parlent français. Donc on est hyper, dans sa famille à lui, bien que norvégienne, hyper francophile. Donc on voulait ça. On s'était toujours dit la Norvège, ça fait huit ans. Mais on n'est pas sûr combien de temps... Vous allez rester. C'est du long terme, mais ce n'est pas Ad vitam aeternam.
- Lucie
Ok.
- Amélie
Donc, vous avez dit, pour les enfants, si on devait repartir, on voudrait bien vivre en France aussi un moment. Ça fait longtemps que je... Ça fait plus de 20 ans que je suis partie. Mon mari n'a jamais vécu en France. Donc, vous avez dit, ça serait bien si on devait faire, pour les enfants, d'avoir cette base.
- Lucie
Ok. Vous avez peut-être ce projet un jour.
- Amélie
Un jour, exactement. Ok, d'accord. Exactement. Et puis, bon, c'est... C'est une petite école. Ils ont moins de 20 enfants par classe. Oui, ça, c'est assez...
- Lucie
Oui,
- Alban
comparé au système franco-français, où ils sont beaucoup plus. Donc, c'est vraiment un avantage.
- Amélie
Voilà, c'est une école... Alors, c'est vraiment le système français. Pour moi, quand je vais là-bas, j'ai l'impression de retourner 20 ans, enfin, 40 ans en arrière.
- Alban
Oui, 20 ans, 20 ans.
- Amélie
Et du coup, ils sont vraiment dans une bulle qui a été préservée dans le temps. Les capsules de temps, c'est exactement ça. Et contrairement à... peut-être qu'on peut penser à l'école française d'Oslo. Les profils sont extraordinairement internationaux. La meilleure amie de ma fille est russe, de deux parents russes. L'autre, elle vient des Philippines. Il y a des couples mixtes. Il y a très peu de purs expats, des deux parents qui s'raiment. Donc, c'est vraiment chouette au niveau d'un point de vue culturel et d'ouverture, beaucoup plus que s'ils avaient été dans l'école norvégienne du quartier.
- Lucie
Est-ce que les élèves se suivent aussi au fil des années, où il y a beaucoup de mouvements d'expatriés, justement, comparé à des immigrés, on va dire, plus implémentés ?
- Amélie
Pas tant que ça, parce que je pense qu'il y a de moins en moins de contrats d'expatriés. Donc, dans la classe de ma fille, il y en avait, donc ils sont 20, il y en avait une. Donc, le papa est là en mission pour trois ans, avec un départ annoncé. Tous les autres, en fait, non, ce sont des gens qui sont établis là, sur le long terme. Il n'y a pas ce côté, je vais perdre mes années. Ça bouge tout le temps, voilà. Non, ils ont trois... Alors, c'est une petite école. Enfin, il y a trois classes de CP, c'est deux machins. Et les enfants, ils les bougent un peu d'une année à l'autre.
- Alban
Tes enfants, du coup, ils parlent bien norvégien vu qu'ils ont fait leur crèche en norvégien ?
- Amélie
Ils sont complètement... Ils switchent d'une langue à l'autre. Tu ne vois pas la différence. La petite dernière, c'est le norvégien qui est le plus... qui est dominant. Parce qu'elle y est encore. Et mes deux aînés...
- Alban
Puis leur père leur parle en norvégien ?
- Amélie
Alors, quand je ne suis pas là, il leur parle en norvégien. Mais la langue à la maison, c'est français.
- Alban
D'accord.
- Amélie
La radio, c'est français. Bon, les dessins animés, c'est norvégien. On a laissé ça. Mais si je suis dans la salle, c'est tout en français. Si je ne suis pas dans la salle, ils se parlent en norvégien. Et puis entre eux, ça dépend des jeux. Il y a des jeux, ça va être que du français. Puis il y a des jeux, ça va être que du norvégien. C'est rigolo de voir cette dynamique où la langue n'est pas pareille. C'est selon ce qui est naturel. Et pour avoir accompagné les enfants, même à l'école française, donc ils sont tous à l'école française quand même, dans les couloirs, dans la cour de récréation, ça change. Si la petite copine qui vient de débarquer de France ne parle pas le mot norvégien, ça va rester en français. Mais le norvégien est hyper présent. C'est intéressant de voir cette dynamique.
- Lucie
Souvent sur le podcast, on a discuté déjà de l'identité, de comment on se sent. Est-ce qu'on est français en Norvège ? Est-ce qu'on veut devenir norvégien ? Est-ce que parfois aussi le quotidien nous renvoie à une image où on ne sait plus si on est français, si on a envie d'être norvégien ? Comment tu as vécu ça en plus en ayant vécu beaucoup aussi à Londres ?
- Amélie
Oui, je me sens intégrée. Je pourrais l'être plus, mais c'est de mon fait.
- Alban
Oui, voilà.
- Lucie
Tu choisis. C'est une réflexion décomplexée. Tu vois, je ne vais pas chercher à être norvégienne, je ne le suis pas. Et puis, je suis aussi très content de mon côté français. et puis voilà quoi c'est oui
- Amélie
Et aussi, j'ai un mari norvégien. Donc, par défaut, ça vient de lui. Parce que ça pourrait être un problème aussi, là, que je ne maîtrise pas 100% tout ça. Bon, l'anglais, quand même, même au niveau de l'administration norvégienne, c'est incroyable. Et de plus en plus. Tout le monde parle anglais. Les impôts, je pourrais les appeler en anglais. C'est pas vrai. Ma voisine de 80 ans a un anglais parfait. Bon, la langue n'est pas un sujet. Mais c'est vrai que si j'avais... Pas un mari norvégien, peut-être que j'aurais dû ou j'aurais voulu faire un peu plus d'efforts. Je vois pour les enfants, mon norvégien est assez pour confort. Quand les copines viennent et que c'est que du norvégien, je comprends ce qui se passe aussi.
- Alban
Est-ce que tu as des difficultés en Norvège ? Des choses qui sont plus difficiles à vivre ?
- Amélie
L'obscurité, parce qu'on revient un peu au climat. C'est chouette, on va au ski l'hiver. On peut prendre... C'est bien, mais l'hiver, il dure 4 mois. Et quatre mois d'hiver, ce n'est pas tant le froid, parce que le froid, on met des vêtements et ça passe. Mais il fait noir. Il fait noir à 9h, 9h30 le matin.
- Lucie
Et dix ans pour la nuit.
- Amélie
À 15h, c'est la nuit.
- Alban
Il ne fait pas très beau. Et ça n'a pas neigé.
- Amélie
Puis ça a un impact sur le mental, parce que je suis quelqu'un de plutôt positif, plutôt souriant au quotidien. Mais je vois l'hiver, il faut... Une baisse de régime.
- Alban
Et tu fais comment pour combattre un peu ça ?
- Amélie
Alors ? Bon, déjà, c'est d'essayer de rentrer en France. Enfin, de rentrer pendant le carrière, de passer, d'essayer de Noël, parce qu'il y a où les vacances, d'aller prendre, même si ce n'est pas du soleil, mais d'avoir un peu plus de luminosité. Mes parents sont dans le sud de la France.
- Lucie
Il n'y a que des gens bien là-bas.
- Amélie
Ils sont formidables. Donc, ils ont cette bonne idée de partir là-bas. Donc, c'est vrai que l'hiver, il y a de la luminosité sur la côte. C'est aussi de sortir quand il y a du soleil. Mais quand on travaille, le poids peut se l'imposer. Il fait moins 15 en plus. Ou de se rapprocher d'une baie vitrée.
- Alban
Oui, c'est vrai.
- Amélie
Parce que sinon, c'est hyper dur. Et surtout parce qu'on est un peu casanier, on n'est pas des gens qui vont forcément être dehors à 7h le matin. Mais se forcer pendant l'hiver à être dehors, parce que si on se met en marche à 14h, c'est trop tard. Donc il faut avancer les choses. Il faut être dehors à 10h pour essayer de ne pas se faire. profiter un peu de la luminosité. Donc c'est ça le seul conseil que j'ai. Si on devait le faire à 15h, 15h c'est trop tard.
- Alban
Il y en a qui prennent de la vitamine D.
- Amélie
Pour les enfants aussi.
- Lucie
Est-ce qu'ils ont droit un peu à l'huile de faune morue ou pas ?
- Amélie
Non, ils ont les bonbons.
- Alban
Non mais Alban, la première année,
- Lucie
il m'est arrivé mon rendez-vous que je ne voulais pas louper.
- Alban
Il me l'a imposé. Il m'a fait boire cette huile. Il m'a dit, Lucie, vraiment, c'est... ça, pas autre chose et tout, il faut prendre ça si on veut aller avoir le moral et tout, et j'étais là, bon, ok c'était un petit plaisir, t'avais pas les gélules j'ai acheté ça moi mais il voulait le faire à la cuillère et voir ma tête ce qui était génial c'est quand au début on a loué pendant un an les propriétaires qui nous ont quasiment rien laissé qu'est-ce qu'il y avait dans le frigo ?
- Lucie
la bouteille d'huile de foie de morue, et là je me suis dit mais quel cadeau magnifique qu'on peut nous faire de nous laisser ça Merci. Et donc, l'hiver arrive et chaque matin, je prends la cuillère à soupe. à côté des tartines, on ouvre la bouche et c'est parti.
- Alban
Je me dis, mais j'ai des frères pour accepter ça. Après, j'ai dit, s'il te plaît, est-ce qu'on peut acheter l'huile de foie de morue, goût citron quand même, pour que ça passe mieux ? Et puis après, j'ai acheté mes gélules et après, j'ai dit, non mais, on arrête cette mascarade. Personne ne fait ça. Il y a des Norvégiens qui ne font pas ça. Surtout que moi, après,
- Lucie
j'ai réussi et là, j'ai réessayé. Je me dis, mais non, c'est pas possible de commencer de me tourner comme ça.
- Amélie
C'est dégueulasse.
- Alban
Non, mais c'est horrible.
- Amélie
C'est à cause de divorce.
- Lucie
C'est pour ça qu'on a dû arrêter.
- Amélie
Mais il faut prendre ses compléments. Il ne faut pas le prendre non plus trop à la légère. C'est un vrai souci. Et c'est le moment aussi de prendre soin des uns et des autres. D'être un peu plus social, d'inviter les copains à venir manger. De faire l'effort de se réunir.
- Lucie
Parce que l'été, au final, les journées sont tellement longues. On peut avoir des rites complètement différents. Et c'est facile. Ne serait-ce que pour se déplacer. Une fois de plus, j'en reviens à... aux vêtements qu'on met sur soi, ça prend même deux minutes de sortir avec des enfants. En hiver, tout ça, ça peut être un frein parfois à sortir. Donc, c'est important, notamment avec des enfants. Nous, on veut les sortir toujours qu'ils prennent l'air. Sinon, c'est trop de tension à la maison. Mais après, on organise aussi des rencontres enfants à la maison, les playdates où ils peuvent jouer et non discuter. C'est cosy.
- Amélie
Oui, oui. Et ça, c'est important. Comme vous avez pu le remarquer, je ne fais pas beaucoup d'efforts, mais celui-là, c'est important.
- Lucie
Est-ce que ça a été un sujet de t'intégrer dans ta belle famille ? Parce qu'ils ont un parcours international, mais ils sont quand même norvégiens à la base.
- Amélie
Pareil, ça a été un non-sujet, parce qu'ils sont francophones. En plus, mais quel luxe ! Mais c'est pour ça.
- Alban
Les planètes s'alignent, j'ai l'impression.
- Amélie
Mais en même temps, je l'ai choisi pour une raison. Il ne m'est pas tombé dessus par hasard. Je l'ai choisi avec beaucoup, beaucoup d'attention. Et en fait, avec mon mari, pourtant, on a des parcours. complètement différent. Parce qu'il faut savoir, mes parents, ils n'ont pas de passeport. Avant que moi, je parte, ce n'est pas dans mon... Ce n'est pas destiné à l'international. Je voyageais beaucoup en France. Et à la rigueur, l'Italie, l'Espagne, on va à côté. Donc, je n'avais pas cette expérience dans ma famille. Alors que mon mari, c'est complètement... L'opposé,
- Lucie
c'est un parcours extrême.
- Amélie
Mais, parce qu'on est sur un podcast français, il regardait Club Dorothée. Donc, Olive et Tom, Dragon Ball Z, on a les mêmes références. On a à peu près le même. Oui,
- Alban
c'est sûr que ça aide.
- Amélie
Et pour ma belle famille qui, en plus... Bon, alors, eux, par contre, ils sont nés en Norvège. C'est en tant qu'adultes. C'est leur carrière, surtout de mon beau-père, qui les a poussés à s'expatrier. Ils ont adoré. Ils aiment la bonne nourriture, ils aiment le vin. Le côté, sans doute, quand ils étaient en Norvège, ils le faisaient avec leurs enfants. Mais dès qu'ils passaient de l'autre côté, ils s'adaptaient complètement. Donc moi, je leur rappelle.
- Lucie
À la limite, c'était bienvenue quelque part parce qu'ils aiment ce côté-là.
- Amélie
Je leur rappelle ce qu'ils ont vécu parce qu'ils sont à la retraite. Ils sont à Oslo.
- Lucie
Punaise, tu es leur Madeleine de Proust.
- Amélie
Je suis leur Madeleine de Proust, donc je suis adorée. Et puis, on est les seuls à avoir des enfants. Ah oui, ça,
- Lucie
c'est un bon joker.
- Amélie
Mais du coup, ils sont super bien adoptés. Je leur ai quand même demandé, parce que je ne passe pas beaucoup d'efforts, je leur ai demandé qu'ils me parlent en norvégien. C'est les seules personnes qui me parlent en norvégien que je m'entraîne avec eux. Parce que si j'ai un souci, je sais que je peux switcher ou en anglais ou en français. Je sais qu'il y a zéro jugement. Ils me connaissent. Donc c'est les sept personnes avec qui je parle norvégien.
- Lucie
C'est intéressant, oui.
- Amélie
Et même avec les frères de mon mari, il en a trois, on se parle anglais.
- Lucie
C'est vraiment incroyable de carrément avoir la belle famille francophone aussi. C'est un cadre particulier.
- Amélie
Un luxe.
- Lucie
Oui, complètement.
- Amélie
Donc du coup, je n'ai pas besoin de m'adapter à des trucs. J'entends des histoires un peu, il faut qu'on fasse ci, il faut qu'on fasse ça. Ou alors, non, pas chez moi.
- Lucie
On prend l'apéro. Voilà, en termes de tradition, on t'a fait danser autour du sapin, quelque chose ? Alors,
- Amélie
on a fait la danse des sapins. On a le pinechut, pour ceux qui s'appréhendaient, de mouton desséché, béhybraté. Que tu adores. Déjà, je ne suis pas fan d'agneau, alors le mouton, c'est pire. Et puis celui-là, je trouve que c'est une... C'est une opération totale. Après, c'est une tradition. C'est une tradition. Mais du coup, mes beaux-parents, je leur dis que j'aimais pas. Eh bien, ils me font du poisson. Ah, mais ils s'adaptent. Ils ne t'ont pas rogné. Non, je sais, ils ont trop envie de voir leur petit sang. On se le permet. Mais non, et puis je suis arrivée, ils avaient déjà leur petite tradition. C'est parce que l'apéritif, c'est pour les Norvégiens. Eh bien, ils l'avaient avant moi. Ah,
- Lucie
eux aussi ont su piocher.
- Amélie
Ils l'avaient eu en Suisse et en Belgique. Ils l'ont ramené. Donc, je n'aurais pas tout transformé.
- Alban
Ils font du ski de fond, vous en faites ?
- Amélie
Alors, ils sont un peu âgés, mais ils faisaient du ski de fond. Moi, j'ai l'équipement, je crois que j'ai dû le faire deux fois.
- Alban
Ce n'est pas un truc que tu as voulu adopter ?
- Amélie
Alors, je fais du ski alpin. Je suis de Lyon, donc on est allé à la montagne. Fréquemment, on avait cette chance. En fait, non, c'est juste que quand j'ai commencé à m'y mettre, je suis tombée enceinte. Et puis après, je suis retombée enceinte. Après, il y avait les enfants en bas âge. Et puis les trois, maintenant...
- Lucie
Et puis,
- Amélie
encore une fois, mon mari non plus n'a pas eu cette culture d'avoir la luge derrière à prener les enfants. C'est pas notre truc. Il ne l'a jamais eu. Je sais que ça se fait. Il y en a qui le prennent beaucoup de plaisir. Je ne vois pas l'intérêt.
- Lucie
Moi, je suis avec ma bonne raclette sur les plis.
- Amélie
Voilà. Par contre, je me dis que les enfants le font à l'école. Tout ça. vous y sommes à certains degrés. Mais j'aimerais bien passer... Le principe, je suis pour. C'est juste que, d'un point de vue logistique, je trouve ça trop compliqué avec la petite dernière, elle a trois ans. Ça va venir.
- Alban
Vous arrivez dans la période... Exactement. Il y a le CETI alpin ici ?
- Amélie
Oui, et ça, on en fait tout l'hiver. Mes mômes adorent ça.
- Alban
Vous allez à Triven ?
- Amélie
Donc on va à Trivane pour la journée, donc ça c'est hyper pratique.
- Lucie
Ça c'est un domaine skiable de ski alpin à Oslo, tout proche de l'envie, avec la cible en bus, métro, c'est vraiment très bien fait.
- Amélie
10 minutes en voiture, on est sur les pistes, c'est très correct en plus pour remonter.
- Alban
Même pour une lyonnaise qui dit ça. Oui,
- Amélie
après je ne passerai pas une semaine de vacances à Trivane. Oui, merci, mais pour la journée c'est très bien. Pour la journée, on avait même fait, la première année en Norvège, on avait acheté le pass annuel parce qu'on n'avait qu'un enfant. les grands-parents donc ça a été et là on y allait on y allait deux fois par semaine mais un mercredi jeudi après le boulot pareil on finissait à César après le boulot ouais c'est allumé c'est allumé et ça c'était extraordinaire parce qu'il n'y a personne génial et on a vraiment profité et on s'est dit pareil quand les enfants seront un peu plus grands on s'y remettra et puis on fait la petite semaine de ski en février pour les vacances d'hiver ouais en Norvège ? en Norvège dans une station de ski non ils sont à 2-3 heures d'ici il y a 3-4 stations qui sont super ouais
- Alban
Vous en avez des préférées ?
- Amélie
J'aime bien Norafiel parce que c'est la plus proche. C'est à deux heures. C'est à deux heures et ça, c'est super. Après, Tristille est mieux d'un point de vue domaine. Mais c'est trois heures.
- Alban
Comment tu vis l'éloignement avec la famille, les grands-parents qui sont en France notamment ?
- Amélie
Oui, alors ça, c'est... Alors, on l'avait déjà à Londres. Donc, ce n'est pas nouveau. Mais c'est vrai que quand il y a des enfants, c'est... Il y a plus d'impact, quand on soit clair. On fait plus d'efforts aussi. Bon, il y a des... L'avion est là. Mes parents... Enfin, mon père n'est pas non plus en super forme. Mais quand même, il peut se déplacer. Donc, on y va, nous, trois fois par an, dont toutes les vacances d'été.
- Alban
D'accord. Donc,
- Amélie
c'est un... C'est un rythme éthérique. C'est un rythme éthérique. Oui, oui. Les gens me demandent « Tu fais quoi cet été ? » Comme l'année dernière. Je vais en France. Je vais en France. Et puis ils sont sur la côte à Saint-Henri-sur-Mer. Oui, c'est... Les arguments... Exactement. À Lyon, on ne passerait pas trois semaines là-bas. Mais comme ils ont eu la bonne idée de prendre la retraite dans le sud, on fait donc du coup tout l'été, enfin tout l'été, c'est entre trois et quatre semaines là-bas. Et on fait soit Pâques, soit Noël, une année sur deux, on alterne. Plus eux viennent deux fois par an ici, plus mon frère et ma soeur viennent.
- Alban
Donc vous avez un rythme où vous voyez souvent la famille. Oui,
- Amélie
il n'y a pas...
- Alban
Mais parce que vous y mettez du vote pour y aller. Ah oui,
- Amélie
Et puis il n'y a pas tous les... Enfin, on se voit au moins tous les trois mois.
- Lucie
C'est bien.
- Amélie
Dans un sens ou dans l'autre. Oui,
- Lucie
top.
- Amélie
Donc on fait l'effort. On fait l'effort et puis c'est important pour les enfants aussi. Ils ont vraiment... Et puis aussi, ils parlent français. Ils ont une vraie relation avec les deux grands-parents. Donc ça, c'est chouette.
- Lucie
Et au niveau de vos cercles d'amis, cercles sociaux, est-ce que vous avez gardé des amis de Londres ? Est-ce que vous en avez de France à la base ? Ou est-ce que vous avez aussi créé de nouveaux cercles à Oslo ? Comment ça se passe ?
- Amélie
Les trois. J'ai des amis d'enfance, mais ce n'est pas des amis d'enfance, c'est des amis d'université en fait. On a des vraies relations, on se voit hyper souvent. Enfin, pour des gens qui habitent à l'étranger, on passe les vacances ensemble, ils viennent ici nous voir. On a une grande maison maintenant, donc on peut voir tout le monde. Et puis, ils aiment bien aussi. Il y a les copains de Londres. Alors, les copains de Londres, parce que 10 ans à Londres, enfin plus que 10 ans à Londres. Donc, ouais, toujours, toujours. Et pareil, c'est moins fréquent, parce qu'ils ont eu des enfants. Donc, d'un point de vue logistique, ça devient toujours un peu plus compliqué de voyager, mais ça se fait. Et puis, les nouveaux copains. Et les copains d'ici, maintenant, c'est des copains que j'ai rencontrés pendant mes cours de norvégien. pendant mon groupe maternité. OK. Plus les collègues de travail. Les mamans internationales, notamment, oui. Les mamans internationales et puis les collègues de travail avec qui ça fait sept ans que je suis dans la même boîte. Donc, tu commences à lier des liens un peu plus profonds. Donc, c'est un bon réseau. C'est dynamique. Puis avec les enfants aussi, tu as les parents des enfants que tu commences à fréquenter aussi un peu plus. Donc, ça fait un bon réseau.
- Lucie
Est-ce que dans ton quotidien norvégien, il y a quelque chose qui te manque ou des traits de la France que tu... que tu n'as pas ici et tu te dis c'est dommage.
- Amélie
Ce qui me manque, et je pense que... Je ne suis pas sûre que je l'aurais en France. Moi, mes souvenirs de France, ça remonte. En famille, donc, pas forcément célibataire, mais étudiante. C'était cette spontanéité d'aller frapper chez les uns et chez les autres sans avoir à planifier trois mois à l'avance, que ce soit dans le calendrier. Et ça, c'est le sud, j'ai l'impression.
- Lucie
C'est rigolo parce qu'en fait, elle rebondit sur ça parce que je lui ai dit, moi, sud, petite ville de 25 000 personnes. Avec la Parisienne qui a grandi toute sa vie, jusqu'au début de sa vie étudiante à Paris, intramuros. Donc nous, on vient déjà de deux pays différents. Et moi, le Sud, c'était un peu les compagnes par-ci, on s'invite à boire des coups. C'est vrai qu'il y a cette douceur, cette simplicité.
- Alban
On allait en vacances dans le Sud, tu ne prévoyais rien. Oui, voilà, c'est ça. on va sonner, on va aller... Et Lucie,
- Lucie
c'est dès qu'on a booké l'avion, vas-y, tu dis à tous tes copains, telle date, tu remplis ton calendrier.
- Alban
Moi, à Paris, oui, il faut prévoir. Parce que si j'arrive et que je n'ai pas prévenu, je ne verrai personne.
- Lucie
Et pareil pour la gestion restaurant, par exemple. Moi, juste de devoir réserver un restaurant, je n'ai pas envie d'y aller. Tu vois, ce n'est pas naturel. Elle, c'est pareil. Si j'ai envie d'aller dans cet endroit, je vais réserver le temps qu'il faut à l'avance. Alors que moi, c'est s'il faut le réserver... ou s'il est rempli au moment où je me pointe, c'est que ce n'est pas celui-ci.
- Amélie
Tu ne vois pas.
- Alban
Non, mais du coup, toi, tu avais cette spontanéité. Oui, même à Lyon.
- Amélie
Je ne sais pas. C'était peut-être pas frappé à la porte. Je savais qu'on avait envoyé le texto le matin en disant, tiens, on fait quoi ce soir ? Ça, ça me manque ici. Après, j'imagine aussi maintenant avec la vie de famille, peut-être que j'ai encore ces souvenirs qui sont faux, en fait, parce que la réalité te reprend et bien fait que non, tu as besoin d'un... un peu de logistique, de place, tout ça. Mais ça me manque aussi, j'ai l'impression. J'envoie des invitations à Outlook, à mes copains.
- Lucie
Voilà, c'est ça.
- Amélie
Ça fait le boulot.
- Lucie
Je pense qu'il y a un truc aussi générationnel. Parce qu'il y a les enfants, il faut tout organiser beaucoup plus à l'avance. Mais culturel aussi. C'est dur de dire le vendredi pour le lendemain, tiens, on se voit. Mais attends, quel mois, quelle année ?
- Amélie
Oui, c'est ça. Après, peut-être que c'est nous aussi. J'ai du temps dans mon agenda. J'ai des plages disponibles, entre guillemets. Je n'ai pas besoin de tout planifier. On a souvent un truc de planifié, avec un dîner qui est prévu par week-end. Ou un. Mais sur les deux jours, j'ai de la place.
- Lucie
Tu as de la place pour de la spontanéité. C'est vrai que c'est un truc qui peut nous manquer aussi, parfois.
- Amélie
Aussi, je trouve que la Norvège est formidable pour les familles. Après, c'est une question de caractère aussi, mais je serais venue à 20 ans ici, célibataire, jeune étudiante, début de carrière. Moi, je suis non.
- Alban
C'est pas un endroit...
- Lucie
Peut-être pas assez d'effervescence.
- Alban
Pour faire des rencontres et tout. Si, tu peux en faire, parce qu'en fait, c'est petit. Mais c'est vrai que...
- Amélie
C'est limité.
- Alban
En venant célibataire et tout, j'aurais trouvé ça un peu limité. C'est le mot.
- Amélie
À Londres, j'étais toujours à chasser le temps.
- Lucie
Ah ouais.
- Amélie
J'avais le temps de... Parce que justement, les transports, le boulot, j'étais toujours derrière. Ici, j'ai le temps de tout. Alors, je sais que j'ai trois enfants, mais j'ai le temps. Je vais chercher mes enfants à 4h. On a le temps de jouer. On a le temps de faire les bains. Alors que, je me souviens, à Londres, ça ne durait qu'un an, on rentrait du boulot, c'était bain, nourriture, au lit. La semaine, il n'y avait pas le temps de jeu. Si, mais moi, on est dans les jeux de société à 5h30. Enfin, j'ai l'impression d'être entre guillemets pas en vacances. Non,
- Lucie
mais tu récupères quelque chose. Tu as ta petite deuxième journée qui commence. Et question, Amélie, c'est plus difficile de passer de 0 à 1, de 1 à 2, de 2 à 3 ?
- Amélie
0 à 1.
- Lucie
Ah, intéressant, ouais.
- Amélie
Le troisième, tu le... Est-ce que tu es le plus grand ? Et c'est formidable parce qu'à la vraie, des fois, tu as le côté un peu culpabilité parce que je vois le... le temps que je faisais avec mon aîné, à lire les histoires, à préparer les repas. Même à Londres, je préparais mes repas. Je n'achetais pas de petits pots. J'allais pas jusqu'à l'organique, mais presque. J'étais vraiment mère parfaite. Le troisième, on dit, elle a mangé. Il restait une tranche de pain.
- Lucie
J'ai mis quelque chose par terre.
- Amélie
Et c'est formidable parce qu'elle est beaucoup plus indépendante. C'est de notre fait aussi. Ce n'est pas qu'on s'en occupe moins. C'est qu'il y a quatre autres de personnes qui peuvent se tuer d'elle. C'est sa sœur qui lui lit les histoires.
- Alban
Ah, trop chou.
- Amélie
Punaise,
- Lucie
vous avez de la main d'œuvre, c'est incroyable.
- Amélie
Je sais pas, il faut les avoir un peu distancées. Et elle est beaucoup plus indépendante que l'été de sa sœur ou son frère. Donc le troisième, facile. Par contre, c'est de la logistique. Il faut la voiture, il faut que ça passe les sièges auto, la crèche, l'école, le machin. Après, le coût aussi, les billets d'avion, les machins, les trucs. Mais d'un point de vue gestion aussi, ça va.
- Lucie
Super Amélie, on est très très heureux de t'avoir reçu chez nous. Merci beaucoup pour ton authenticité, d'avoir partagé comme ça avec nous et d'avoir aussi accepté l'invitation. Au moment où on enregistre le podcast, il n'est pas encore lancé, donc tout tient sur la confiance. Je reçois ce cadeau de ta confiance, c'est vraiment super.
- Alban
Et puis on vous dit à bientôt chez nous.
- Lucie
Sous les aurores.
- Alban
Si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée.
- Lucie
Ou un commentaire sur YouTube, ça nous aide. énormément à faire grandir le podcast.
- Alban
Merci et à très vite pour le prochain épisode.