- Jonathan
Je ne suis pas sûr si un jour je pourrais entendre un autre agent immobilier qui pourrait dire ça, mais j'ai eu plus de 300 personnes au Visning en l'espace d'un week-end.
- Lucie
Sur une visite ? Sur les deux...
- Jonathan
Sur deux visites en tout, j'avais 320 personnes.
- Lucie
Mais attends, comment ils font pour être tous ensemble dans... C'était une maison ou un appartement ?
- Jonathan
Un appartement de 44 mètres carrés.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de...
- Alban
Sous les Aurores. Aujourd'hui, on part à la rencontre de Jonathan Spadjaré, qui est agent immobilier à Oslo et qui est né de parents français expatriés à la base.
- Lucie
Est-ce que tu peux te présenter en disant ton prénom, depuis combien de temps tu vis en Norvège ? Et d'habitude, je demandes à mes invités, si tu as un petit culture-choc, à nous partager.
- Jonathan
Enchanté, déjà. Je suis Jonathan Spadjaré. En fait, moi, mon histoire est un peu différente qu'avec les autres parce que moi, je suis né ici. Ça fait 24 ans que je suis ici et je n'ai jamais vécu en France. Les cultures chocs, c'est là vraiment. Mais quand même, juste partant en France voir mes grands-parents et voir la famille, j'ai quand même réussi à voir qu'il y a une très grande différence entre un Nord-Vélodat et la France.
- Alban
Mais est-ce que toi, du coup, ce serait plutôt des chocs à l'inverse quand tu te rends en France ou tu sens que tu as ces deux cultures en toi quelque part ?
- Jonathan
J'ai les deux cultures en moi, parce que quand j'ai suivi vraiment la scolarité nord-rugienne, que eu des amis norvégiens. En fait, le seul français dans ma vie, c'est juste quand j'étais chez moi, en fait. Parce que ça, c'était la règle de la maison, c'est que dès qu'on rentre la porte, c'est que le français. Ça, c'est en fait pour être sûr que je pouvais parler avec mes grands-parents et pour avoir une connexion avec la famille. Mais pour l'identité, je suis quand même une identité un peu de deux côtés, en fait. C'est-à-dire, quand je suis à la maison, quand j'ai ma maman, ma papa, etc., c'est vraiment le français. Quand j'ai eu mes grands-parents, c'est vraiment le français. Mais après, par exemple, la petite amie qui est norvégienne, là, c'est complètement norvégien. Et on vit, en fait, vie Très norvégien, plus que français en fait.
- Lucie
Est-ce que tu peux nous raconter un peu comment tes parents sont arrivés en Norvège ? Et du coup,
- Jonathan
comment toi tu es arrivé par la nouvelle occasion en Norvège ?
- Jonathan2
En fait, c'est mon père qui a eu un contrat de 3-4 ans pour venir à une toute petite ville au sud de la Norvège, à Adden. Et en fait, il a eu une centrale nucléaire, il a eu un boulot là-bas pendant 4 ans. Maman, elle a dit allez, on y va. Parce qu'elle adore voyager, elle se dit c'est une belle aventure, pourquoi pas. Et je pense que comme beaucoup d'expatriés français, ils se disent, OK, on va rester encore une année, après on va voir ce qui se passe. Et bien, 27 ans plus tard, on est encore là.
- Lucie
Ils sont tous les deux encore là.
- Jonathan2
Oui. Ça veut dire que quand le contrat avec la centrale nucléaire est défini, mon père a commencé sa propre compagnie ici. Et après, en fait, il avait toujours dit, OK, je commence ça en Norvège, parce que c'est dans l'Olympe d'Angleterre. Et après, en fait, il a juste... Je rajoutais des années chaque fois, chaque fois encore des années. Dès que je commençais à l'école, c'était « Ah, quand même, je m'attendais à rester à l'école norvégienne maintenant qu'il a déjà commencé. » Après aussi, il faut rester honnête, c'est que le niveau d'école norvégien n'est pas au niveau français. C'est-à-dire qu'ils pensaient un peu à moi aussi. Ils avaient peur que je ne pouvais peut-être pas suivre la scolarité française, en fait. C'est-à-dire que ça, je pense que c'était un peu aussi une excuse pour qu'on restait ici en même temps que le boulot, ça marchait bien. Et maintenant, les deux, ils se disent aussi, on a fait une carrière tous les deux, maintenant, ici, en Norvège. Pourquoi on va partir maintenant ? À quoi c'est plutôt ? La retraite peut être envisagée de rentrer en France. Mais ça, je pense que là, si on part trop tôt ici, en Norvège, la retraite, elle va être très, très petite. C'est pour ça, je pense, qu'ils doivent rester jusqu'à 70 ans. Ça va encore 15-20 ans ici, avant de pouvoir envisager de rentrer en France, que ce soit la France, en fait.
- Lucie
Mais bon, ils n'en sont pas trop malheureux, ça va ?
- Jonathan2
Non, ça, c'est... on a quand même une bonne identité entre la nature et après aussi c'est la simplicité des choses aussi vous vous souvenez d'où en France ? ben ça aussi j'ai encore des histoires un peu spéciales ça va être Yari j'aurais dit l'Italie à la base mais tu m'as dit en prof qu'il n'y avait pas trop d'où ce page Yari ça vient on a essayé de creuser un peu dans la family tree pour essayer de comprendre on n'a pas vraiment une très bonne réponse et en plus c'est que ça vient du côté de mon père j'ai l'accent c'est encore moins pourquoi mais lui en tout cas il a grandi à Montpellier il vit tout le temps à Montpellier et maman elle a une histoire un peu plus spéciale parce qu'elle a grandi en Afrique c'est qu'en fait elle a jamais vraiment vécu pendant des longues périodes en France parce que dès qu'elle est rentrée en France après de regrandir en Afrique elle a rencontré papa et après 2-3 ans avec papa ils ont dit on va en Norvège pour essayer sur un contrat pour travailler en Norvège et pour ça en fait elle a pas vraiment de racines sur la France et après aussi c'est les opportunités c'est que euh... Ici quand même, je pense qu'on parle d'un salaire français, les salaires actifs sont un peu plus importants, c'est-à-dire que les possibilités de voyager aussi, il faudra vendre de l'argent pour voyager aujourd'hui, c'est-à-dire que la possibilité de pouvoir voyager est particulièrement là. Parce qu'elle, chaque fois que je parle avec elle, c'est un nouveau voyage qui a été commandé.
- Lucie
Quel souvenir tu as de cette enfance en Norvège ?
- Jonathan
Moi, en fait, le côté positif d'avoir vécu dans une petite ville, je trouve que vraiment mon enfance a été absolument fantastique. En plus, on n'avait pas encore les téléphones à ce temps-là. C'est-à-dire que ça, c'était vraiment, on était tout le temps dehors du matin au soir. On rentrait de l'école, on mangeait un peu. Après, on allait chez les copains, on allait en forêt, faire des petites maisons dans les forêts. On essayait en tout cas. Mais ça, c'était vraiment bien. Et aussi, c'était la sécurité d'être dans une petite ville. C'est que tous les matins, j'avais mon meilleur ami qui vient toquer à la porte à 7h30. Et après, on prenait le vélo pour aller à l'école. Alors vraiment, l'enfance, je trouve ça une enfance absolument parfaite. Et en plus, c'est aussi mes souvenirs en France. Parce que ça, c'était toujours... C'est important pour mes deux parents de toujours... m'amener souvent en France pour que j'ai une vraie relation avec mes grands-parents. Comme eux, ils ont déjà fait leur carrière, ils ne vont pas bouger de la France. Mais j'ai toujours essayé de faire un à trois voyages par an pour aller voir mes grands-parents, qui étaient très importants. Et aussi, je remercie maman comme papa aujourd'hui qu'on a fait ça, parce que j'ai vraiment des très, très, très bonnes relations avec mes grands-parents. C'est vraiment un plaisir de rentrer en France pour, déjà, la culture française, ça c'est une chose. Mais après aussi, c'est vraiment de parler avec mes grands-parents et aussi juste... Pouvoir conserver le français aussi, parce que je trouve ça important pour moi de pouvoir conserver mon identité française et la langue française aussi. Et ça, c'est vraiment quand je peux rentrer en France et montrer aussi à ma petite amie la France et tout, c'est vraiment un très grand plaisir.
- Lucie
Et comment c'est d'être une famille française dans une petite ville norvégienne ?
- Jonathan
C'est que nous, en fait. Ça, c'est vraiment que nous, parce que surtout quand j'étais très petit, avant 6 ans, etc., il y avait beaucoup de familles expatriées. Alors ça allait bien parce qu'en fait, tout le monde parlait anglais entre eux. On avait des portugais, des espagnols, on avait tout le monde. Et d'un coup, quand les contrats d'expatriés sont finis pour tout le monde, nous, on était un des peu qui sont restés en fait. Après, on était un tout petit peu seul parce qu'en fait, dans cette ville, il n'y a que des Norvégiens. Et mes deux parents, ils ne parlaient pas nécessairement la langue hyper bien. C'est vrai que ça limitait un peu les connaissances. Et pour moi, c'est comme enfant. toujours des amis de partout, mais après pour mes parents, c'était un peu plus compliqué. En fait, on a compris que nous trois, on était bien ensemble. C'était juste moi, maman et papa, le petit team qui était ensemble, on était hyper contents comme ça, et ça se passe encore hyper bien. Alors c'est... En fait, on a vraiment créé beaucoup comme une famille, parce que c'était que nous trois. À cause de la langue, etc., c'était vraiment nous trois, il fallait vraiment rester ensemble. Tous les challenges, c'était un peu nous, et en plus, comme souvent beaucoup de Français qui viennent à Norvège. Il y a beaucoup de choses à comprendre aussi, comment le système marche, qu'est-ce qui est le meilleur pour nous, qu'est-ce qui est le meilleur pour nos fils, parce que comme eux, ils ne connaissent pas comment l'école marche, essayer de comprendre avec ce que je leur dis comment l'école marche, etc. C'est-à-dire qu'ils apprennent en même temps que moi, en fait, comment tout marche, parce qu'eux, ils n'avaient jamais planifié de rester ici. Moi, normalement, je vais avoir une enfance française et tout, normalement, et d'un coup, c'est le choc, ben non, en fait, on ne va pas rentrer en France, on va rester encore et c'est essayer de trouver tous ces challenges ensemble comme une famille. Moi, je pense que je suis content. Exactement. Et moi, je suis très content qu'on ait comme ça, même si ça aurait été quand même spécial aussi de rentrer en France et vraiment rester dans son pays d'origine, on va dire. Mais moi, je vois ça que positif. Je me dis, ça m'ouvre les portes pour rentrer en France si un jour je souhaite. Ou sinon, je peux rester aussi ici. Ça donne toujours deux possibilités. Si j'ai envie. Et c'est la même chose avec la carrière aussi. Je sais que mes grands-parents, ils ont toujours dit tu devrais rentrer en France, devenir ingénieur immobilier là-bas. Je sais qu'il y a des portes ouvertes en France pour moi, si je souhaite. Et ça, je trouve ça très positif, surtout à mon âge, de quand même avoir plusieurs portes ouvertes si d'un coup, je suis en train de faire un changement de carrière demain.
- Lucie
Oui, juste parce qu'on dit que les Norvégiens, ils ont leurs amis d'enfance qui suivent pendant tout leur cursus. Est-ce que ça a été la même chose pour toi ?
- Jonathan
Absolument. Ça, c'est vraiment... J'ai un tout petit groupe de maximum dix personnes que ça fait depuis... depuis l'enfance, c'est que nous, en fait. Et même si, genre, maintenant, je rentre beaucoup moins souvent voir mes parents à cause du boulot, mais ça reste toujours, si j'envoie un message, OK, je rentre ce week-end, est-ce qu'on se voit tout le monde ? OK, parfait, on va chez qui ? Et ça, c'est vraiment un petit plaisir que même à 24, 25 ans, que juste on envoie un message dans le groupe et à tout le monde qui se rencontre, tout le monde est prêt, on essaie toujours de trouver une solution pour qu'il y ait la plus de personnes qui puissent venir au possible. Et ça, c'est vraiment un grand plaisir. Et aussi, c'est... Je ne sais pas comment il y a la culture française, mais en tout cas, je trouve qu'en Norvège, c'est souvent ça. C'est que tu as toujours un petit groupe de ton enfance qui va te suivre toute la vie. Et je fais un peu tout pour essayer de cultiver ça. Parce que maintenant que je suis parti de la petite ville, la plupart des gens sont restés là-bas comme leurs parents, leurs grands-parents. Surtout dans ces petites villes en Norvège, tu as souvent toute la famille qui est là depuis X générations. C'est pour ça, je sais que la plupart des gens sont encore restés chez eux. C'est pour ça, chaque année, moi, j'ai un dîner chez moi pour être sûr que tout le monde peut rentrer de leur ville différente pour vraiment faire une mini-reunion de tout le monde. Et ça, c'est vraiment un plaisir aussi d'avoir tous ces copains près de moi.
- Lucie
Et à quel moment tu es parti à
- Jonathan
Oslo ? Je suis parti l'année où Corona a commencé.
- Lucie
D'accord, c'était pour les études ?
- Jonathan
Exact. C'était juste comme ça. J'avais eu une invitation pour commencer à l'école. Après, je n'étais pas 100% sûr si je voulais rester avec le corona. On ne savait pas à quel niveau c'était. Est-ce qu'on allait être fermé chez nous ? Je ne savais pas exactement. Moi, je me disais, on y va, on va voir. J'ai accepté l'invitation un soir. J'avais attendu jusqu'au dernier jour. Je n'étais vraiment pas sûr si j'allais commencer à étudier ou si j'allais rester encore une année à la maison. Ce qui était resté quand même tranquille à la maison, c'est que tu n'es pas empayé pour un manger. Ça reste quand même tranquille. Mais après, je me dis, j'ai quand même 19-20 ans. C'est peut-être le temps de partir aussi. C'est-à-dire que je suis attendu jusqu'à la dernière heure, le dernier jour. J'ai accepté. Après, j'avais une semaine pour déménager, pour d'un coup commencer une nouvelle vie à Oslo. Et deux mois après que je suis déménagé à Oslo, tout est fermé. Il n'y a personne qui sort.
- Alban
Oh punaise.
- Jonathan
Super. Ça a dû être... C'était quelque chose, on va dire. Et en plus de ne pas avoir la possibilité de sortir du tout de l'appartement. C'est vraiment, tu peux aller faire tes courses et tu reviens. L'école avait fermé. C'est-à-dire que tout était sur Teams, etc. etc. Quelque chose que je n'ai jamais fait de ma vie, faire l'école sur un ordinateur. C'est un peu un challenge de faire les études comme ça, surtout que quand on a 20 ans, ce n'est pas exactement se réveiller à 8h du matin et regarder son ordinateur pour faire les cours. C'est plus facile si on peut aller physiquement à l'école. Mais après, je trouve que ça s'est bien passé. C'était quand même un ou deux ans complètement affermés. Mais après, on a quand même essayé de voyager un peu comme il faut. Mais après, c'était de rester deux semaines coincé chez soi avec la quarantaine, etc. Et ça allait, mais c'était un début un peu lourd aussi, parce que tu n'as pas la possibilité de faire de nouvelles connaissances. Tu viens dans une ville, tu ne connais personne, et tu n'as même pas la possibilité de sortir voir quelqu'un. C'est vraiment juste toi dans ton petit cocon, tout seul. C'était un peu une expérience, mais on grandit.
- Alban
Tu as parlé de ta copine qui est norvégienne, mais une particularité, elle est Samy. Et ça j'aimerais un peu, parce que quand on arrive en Norvège après quelques années, moi j'étais déjà un peu sensibilisé aux samis parce que j'avais voyagé en Finlande, donc les samis sont présents je crois Norvège, Suède et Finlande au moins.
- Jonathan
Et ils sont aussi très protégés ici parce que c'est vraiment leur début de culture, alors c'est vraiment faut pas les toucher. On va dire ça comme ça.
- Alban
Donc c'est une culture dans la culture et je voulais savoir un peu toi en vivant avec une sami parce que j'en connais pas plus que ça. au final,
- Jonathan
comment elle peut-être aussi te transmet soit sa culture ou comment toi au travers de sa famille tu vis ça il y a quand même beaucoup de choses à dire là-dessus qui est très positif et qui est très nouveau en fait pour moi qui viens d'une toute petite ville au sud et d'un coup je rencontre une fille qui est complètement du nord et déjà je ne sais pas ce qu'ils vous avaient déjà dit sur les Norvégiens mais les Norvégiens sont très connus pour être très froid, ça je ne sais pas si ça a été dit sur le podcast mais ils sont quand même très très froid comme genre, s'il n'y a pas d'alcool à demain. Ça a été mieux. Là-haut, comme ils ne sont pas beaucoup, ils sont très familiales. Vraiment, mais très familiales. Et ça, c'est un truc qui m'a charmé tout de suite avec elles, parce qu'ils sont beaucoup plus près de nous, les Français, parce qu'ils sont vraiment, on va dire, très chouets avec la famille. La famille, c'est vraiment important, et aussi de pouvoir aider chacun et l'autre. C'est comme ils ne sont pas beaucoup de gens, et ils n'ont pas envie de perdre leur fameuse culture. Ils sont très connectés entre eux, en fait. Mais aussi, il faut dire, elle ne vit pas dans les tentes. C'est-à-dire que là-haut, quand je vais là-haut, ce n'est pas qu'on vit dans les tentes. C'est pas à ce niveau-là. Parce que ça, tu as aussi des niveaux différents. C'est-à-dire que tu as les gens qui sont un peu... qui ont eu seulement des grands-parents ou des arrière-grands-parents, qu'on vit, vécu sous les tentes, sur les montagnes, etc. Et tu as les gens qui sont un peu tombés plus dans la culture, on va dire, normale. Mais il reste quand même beaucoup de cette culture en elle. Ou sa famille aussi, avec leurs traditions à eux. Et leur, par exemple... En Norvège, ici au sud, on a des bunades. Eux, ils ont leur fameux couvetein tout bleu avec leur petit chapeau et leurs chaussures de reine. Un peu relevé, là, oui. Exactement. Et je sais que ma petite amie, elle a une chose comme ça, mais elle ne me l'a jamais montré. Mais j'ai vu des photos d'enfance, là où elle portait son fameux bunade bleu ou son couvetein bleu, et je trouve ça hyper cool. Mais vraiment, si on parle des chocs culturels, c'est que les premières fois que je suis allé là-haut, c'est vraiment ce qu'ils mangent.
- Alban
Ah oui ?
- Jonathan
vraiment ce qu'ils mangent. Parce que ce que nous, on regarde ça comme en France, comme des pièces de bœuf, par exemple, ou de la reine, etc., comme des produits très luxueux, là-haut, comme ils en ont en pagaille. Pour eux, tout est normal, en fait. C'est-à-dire que genre le crabe royal et tout ça. Nous, ici, si on voit ça au restaurant, on se dit, purée, on va peut-être faire une folie ce soir. Quand je vais là-haut, il y a des soupes de ça. Ils font ça de partout parce qu'eux, ils vont juste aller à la mer. Ils vont prendre 50 kilos de ça et ils restent dans le congèle. C'est vraiment, quand on va là-haut pour manger, c'est vraiment une expérience. C'est une régal. C'est génial. Wow. Donc,
- Alban
on mange trop bien dans le Nord.
- Jonathan
Ça, on peut le dire. Oh ouais, trop bien. Wow. Les fois que je vais là-haut, c'est vraiment... Si on pense à manger, c'est excellent. Et c'est surtout des produits qu'on ne goûte pas normalement. Parce que je ne sais pas, ils fument absolument tout. Ça, c'est aussi de leur tradition, pour essayer de garder un peu la viande, pour ne pas qu'elle pourrisse, etc. Ils fument tout. C'est-à-dire qu'ils fument les rennes, les lents, absolument tout. Et en plus, eux, comme dans leur culture, ils utilisent absolument tout sur chaque animal. Il n'y a rien qui est jeté. C'est-à-dire que d'un coup, on est servi, je me rappelle très bien à Pâques cette année. On était en train de jouer au Ludo ou je ne sais pas quoi. Et à un coup, la mère, elle nous donne une assiette. Je me dis, c'est quel type de viande ça ? Ah, c'est des cœurs de reines fumées. Déjà, quand on entend un cœur de reine, j'ai dit, ok, intéressant. Mais c'est excellent. Vraiment, c'est excellent.
- Alban
Du coup, est-ce que tu es au courant ou pas ? J'ai une idée reçue. J'aimerais savoir si elle est vraie. Il me semble qu'en Norvège, il n'y a aucun reine qui est sauvage. Ils appartiennent tous à quelqu'un. Est-ce que tu es au courant de ça ou pas ?
- Jonathan
Je crois que c'est correct, parce que ça, c'est un peu, on va dire, un problème là-haut. Et parce que tu as les vrais samis qui vivent encore sur les tentes, eux, ils sont protégés, ils peuvent faire absolument tout ce qu'ils veulent. C'est-à-dire que vraiment, c'est-à-dire que leurs reines, ils font un peu n'importe quoi, ils vont manger un peu dans les jardins de tout le monde, etc. On n'a pas le droit de les toucher, c'est un peu comme les vaches en Inde, en fait.
- Alban
Ah voilà, ils sont sacrés, les reines.
- Jonathan
Oui, oui, sur la route aussi, s'ils ont croisé la route, ben toi, tu t'arrêtes et t'attends. Tu ne peux pas sortir, commencer à dire, allez, bouge. Il faut que toi t'attends et c'est vraiment presque religieux en fait. Tu ne peux pas toucher. Mais après, c'est aussi là où, comme je disais tout à l'heure, c'est qu'ils sont vraiment un petit groupe qui cède entre eux. Parce que c'est vraiment un truc de folie. C'est que si par exemple, mince, on a oublié d'acheter de la viande aujourd'hui, ils envoient un message à je ne sais pas qui. Ah oui, non, je suis en fait, j'ai tué un élan il y a deux semaines. Si vous avez besoin de viande, je peux venir vous amener de la viande. Et d'un coup, ça c'est des trucs qui m'ont vraiment choqué la première fois que j'étais là-haut. Parce que c'est du saumon. On sait le prix du saumon ici au sud. Pendant la mer, elle a dit, est-ce que vous voulez manger du saumon ce soir ? Je dis, ok, pourquoi pas ? Ok, je commande. Et d'un coup, à la porte, une demi-heure plus tard, il y a quelqu'un qui est venu, mais avec des saumons, des monstres ! Juste dans un bac, comme ça, il avait pêché ça il y a deux heures. Et tous les trucs comme ça, c'est vraiment des chocs de culture, parce qu'ici, normalement, je vais à Réma, je prends ma plaquette de saumon, et je fais ça normalement. Pendant eux, ils ont vraiment, à la porte, le produit brut. Ah oui, en plus, c'est vraiment tué à deux heures. C'est frais. Attends,
- Alban
mais ça veut dire qu'ils travaillent en circuit court et qu'ils ont une logistique incroyable.
- Jonathan
Absolument.
- Alban
Ils n'avaient pas besoin de des verrous et tout ça.
- Jonathan
Ah non, là-haut, ils n'ont pas besoin de ça. Parce que vraiment, tu envoies un message à quelqu'un et ils vont toujours trouver une façon. Et ça, c'est là vraiment où je remarque que c'est un peu comme une grosse famille là-haut. Parce qu'en plus, tous les villages là-haut, ils sont très petits. Tu as deux ou trois villages qui sont vraiment, vraiment grands. Ils sont des vraies villes. Mais sinon, entre les montagnes, tu as beaucoup, beaucoup de petits villages. Et parce qu'en fait, ils ne peuvent pas créer des grandes infrastructures là-bas parce que les fameuses familles de montagne, ils n'ont pas envie de donner leur terrain. Et la Norvège leur a donné du terrain il y a 50, 60, 70 ans. Et maintenant, la Norvège ne peut plus reprendre ses terrains. C'est-à-dire que tu as des familles comme ça, qui ont des terrains de des milliers d'hectares. C'est-à-dire que la Norvège, elle a envie de faire des routes entre les villes là-bas. Le mec, il dit non,
- Jonathan2
Pas possible.
- Jonathan
Vous allez tout autour. C'est à la place de faire une route qui prend 20 minutes pour aller de ville à ville. Vous allez prendre deux heures et demie. Et ça, c'est aussi un peu la compl... Un peu compliqué de voir le nord, en fait. C'est exactement à cause de ça. Parce qu'en fait, tous les routes, ils sont dix fois plus longs qu'ils en ont besoin. Parce qu'ils ne peuvent pas passer à travers des endroits protégés. Parce que ça, c'est là où les reines y sont. C'est là où les samis, ils ont leur campement. Et ça, on n'a pas l'oreille touchée. Ça, vraiment...
- Lucie
Tu as déjà été dans un campement sami sous la tente ?
- Jonathan
Pas encore. Mais je sais que je vais à un mariage l'été prochain. Et les mariages là-bas, c'est trois jours. et plusieurs milliers de personnes. Tout le monde est invité. Tout le monde va arriver avec leur coufte bleue, ou blanc ou noir, ça dépend de quel type de famille ils sont. Même chose avec les designs aussi, ça veut dire quelque chose avec la famille. Et là, souvent, ils ont des très grandes tentes, un peu comme au Maroc ou en Afrique, des monstrueuses tentes. Et là-dedans, c'est la fête pendant trois jours.
- Lucie
Ça doit être génial quand même.
- Jonathan
Il y a tout le monde qui est invité. Mais nous aussi,
- Alban
du coup.
- Jonathan
C'est presque comme ça, comme touristes avec la fête, parce qu'ils sont très chaleureux. Si tu passes devant et tu dis une blague, un truc comme ça, ils disent « Ah, t'as qu'à venir, viens prendre une bière, viens boire un peu » . Oui,
- Lucie
ils sont hyper fers.
- Jonathan
Vraiment.
- Alban
Ils sont très protecteurs de leur terre et de leur culture. Mais par contre, une fois que tu es là, ils adorent. C'est incroyable.
- Jonathan
Très chaleureux. Et c'est là où vraiment on voit la très grande différence, c'est vraiment la culture entre le sud et le nord. Parce que là-haut, c'est vraiment, comme je dis, le côté famille, chaud, familial et tout. Tout le monde est invité, tout le monde est positif, même sans alcool. Au sud, c'est vraiment chacun pour soi. Et ça, c'est vraiment quelque chose qu'on remarque une très grande différence. C'est aussi pourquoi j'ai vraiment un très grand plaisir quand je rentre en France, parce que c'est vraiment revenir dans ce côté chaleureux. C'est juste aller à Carrefour, quelqu'un te dit bonne journée. En Norvège, il n'y a personne qui te dit, il dit à peine bonjour. alors pendant quand tu vas juste à Carrefour il te dit bonjour merci au revoir bonne journée c'est un peu c'est la blague aussi un peu tu sais quand on rentre en France et qu'on va à la boulangerie ah oui bonjour avec ce style bonjour madame merci madame il pose une petite il essaie toujours de nous dire un petit truc en extra pour être gentil et tout mais ça c'est vraiment un plaisir et ça c'est un truc que je remarque quand on vient en Norvège ça manque Tu peux aller n'importe où, dans des restaurants, boulangeries, n'importe où, tu as à peine un bonjour. Je trouve ça un peu triste, mais c'est pour ça que c'est aussi un plaisir de monter là-haut.
- Lucie
Et on dit là-haut, là-haut depuis tout à l'heure, mais du coup, c'est quoi la grande ville là où vous atterrissez peut-être ?
- Jonathan
Il y a un tout petit aéroport là où il y a deux avions par semaine qui s'appelle L'Orxelve. Pour être un peu plus en détail, la plupart des gens connaissent Chirkenes et Karachok, parce que c'est là où les vrais samis sont à Karachok. Et en fait, c'est à trois heures de voiture de ces deux villes. C'est-à-dire qu'on est à la frontière russe, on est à quatre heures de voiture environ. C'est-à-dire que c'est vraiment au nord, nord de chez nord.
- Lucie
Oh là là, ça donne envie d'aller voir.
- Alban
Ouais, trop. Là, ça... Ouais, envie.
- Lucie
Tu nous as dit que tu étais venu à Oslo pour les études. Est-ce que tu savais déjà que tu voulais devenir agent immobilier ou tu as fait des études différentes ?
- Jonathan
Non, en fait, c'est... Depuis toujours presque, je me rappelle Million Dollar Listing qu'il y avait sur la télé. C'était ces fameux agents immobiliers à New York qui vendaient les maisons à plusieurs millions de dollars. Je me disais purée, ça c'est quelque chose qui me fait envie. Et comme il n'y a pas beaucoup d'informations sur Internet, comment ça se passe d'être agent immobilier, moi je pensais que c'était un peu la vie de tout le monde. Je suis compris, il fallait passer quand même un semi-cap, parce que je sais qu'il n'y a pas toutes les maisons en Norvège qui vaut plusieurs millions de dollars, ça j'ai réussi à comprendre. Après, moi, je ne savais pas si c'était un boulot compliqué ou je ne savais pas en fait. Depuis, moi, j'avais genre 12 ans, je me dis ça, c'est ce que j'ai envie de faire. C'est assez clair et net depuis le début. J'ai envie de faire ça. Et en plus, moi, je n'ai pas eu la surprise avant que j'avais fini de mes études, comment ça allait être réellement. Parce que dans les études, comme nous, en Norvège, on marche comme notaire et agent immobilier. C'est-à-dire qu'à l'école, principalement, on apprend tout le côté notaire, en fait. Tout le côté de la droit, etc. Pour être sûr que tous les documents sont bons. En fait, il ne nous raconte jamais comment le boulot, il se passe.
- Lucie
Il n'y a pas de...
- Alban
Vous n'êtes plus dans l'administratif, le législatif. Il n'y a pas la pratique. Vous n'êtes pas sur le terrain.
- Jonathan
Exact, exact. Et c'est là où, en fait, pendant trois ans, tu te dis OK, pas de problème. Et la raison pourquoi il ne nous apprend pas comment faire le boulot, c'est parce qu'en fait, on ne sait jamais quel type d'agent immobilier tu veux devenir. Parce que ça dépend. Est-ce que tu veux travailler dans la grande ville, petite ville ? Tu veux travailler avec les maisons secondaires dans les montagnes ? Et c'est pour ça, en fait... Il ne peut pas nous apprendre comment devenir un géant immobilier parce que c'est hyper différent dépendant où dans le pays tu vas finir en fait. Parce que par exemple, tu as des gens qui focusent beaucoup sur vendre des biens un peu perdus au nord de la Norvège. Et là, par exemple, c'est vraiment une autre façon de marcher en fait. C'est un marché complètement différent. Et c'est pour ça qu'il ne peut pas apprendre comment être un géant immobilier parce que c'est vraiment très différent dépendant où tu es dans le pays et quel type de biens tu vends. C'est pour ça... Moi, dans ma tête encore, même quand j'étais à l'école, je me disais que ça allait être comme un million de dollars listing. Je pensais vraiment que tout le monde t'appelle, tu es prêt à vendre, ça va être hyper bien, ça va être hyper cool.
- Lucie
Du coup, ça dure combien de temps les études ?
- Jonathan
C'est un bachelor. C'est-à-dire que tu as trois ans de bachelor.
- Lucie
Trois ans.
- Jonathan
Et après, tu as deux ans là où tu n'es pas 100% un jeune immobilier. En fait, tu suis quelqu'un, mais tu peux quand même vendre un peu toi-même. Mais toi, tu n'as jamais la dernière signature sur aucun document. Tu dois toujours être double-checké comme tout. Comme souvent les avocats dans la plupart des pays, c'est qu'ils ont deux ans de test pour être sûr qu'ils ne mettent pas quelqu'un en prison, qu'ils veulent mettre en prison en fait. Et c'est la même chose pour nous. Pendant deux ans, on est un peu suivi pour être sûr qu'on ne fait pas de conneries. On sait un peu ce qu'on fait. Et après deux ans, tu deviens agent billet. Et en fait, ce n'est pas avant que j'ai fini mes études, j'ai appelé mon boss, j'ai dit enfin, je peux commencer parce que j'avais commencé un peu doucement à travailler comme assistant. pendant que je faisais mes études, pendant que je faisais de l'argent sur le côté. Et en fait, c'est juste que le jour que j'ai appelé mon boss, je lui ai dit « enfin, j'ai fini les études » . Après, il m'a dit « ok, parfait, tu viens au boulot vendredi, on commence » . Je me dis, OK, ça va enfin commencer. Je vais commencer à vendre les appartements tout de suite. Ça va être cool. Et j'arrive lundi.
- Alban
Où sont les caméras ?
- Jonathan
C'est presque ça. Je me suis compris que ça n'allait pas être au niveau d'avoir un chauffeur qui m'attend la journée comme à se mettre dans la listing. J'ai compris ça. Mais je me disais que je pensais que ça allait venir plus simplement. C'est que les gens, ils viennent à mon agence. Bonjour, au revoir. OK, si vous espérez d'avoir X millions pour votre appartement, OK, je vais vous aider à le vendre. En fait, ce n'est pas ça du tout. On devient un vendeur de téléphone, mais fois dix. Et surtout qu'on n'essaie pas de vendre un abonnement de téléphone à 20 euros par mois. On essaie de vendre nous-mêmes et notre procès qui est plutôt plus près des 100 à 200 000 crônes. C'est-à-dire que c'est un peu compliqué. C'est-à-dire que lundi, moi, je suis tout prêt. On va partir, etc. Et moi, je pensais qu'il allait me donner peut-être des fichiers à vendre. Je pensais que c'est comme ça. Ça marchait un peu comme sur la télé, en fait. Non, il me dit, OK, maintenant... Tu vas t'asseoir là et tu vas commencer à appeler. Je me suis dit, ok, je vais commencer à appeler des gens qui ont acheté de nous il y a 2, 3, 4 ans. Demandez comment ça va et est-ce que vous souhaitez vendre ? En fait, moi, je suis tombé de haut, mais de haut. Je pensais vraiment que ça allait commencer à vendre tout de suite.
- Alban
Dans le dur, dans le chaud, dans l'action.
- Jonathan
Je pensais que mes journées allaient être pleines, mais vraiment rencontrer 3, 4, 5 gens tous les jours pour préparer et tout.
- Lucie
Mais tu nous disais que ça dépendait beaucoup aussi de la localisation. Toi, tu as commencé où ?
- Jonathan
Moi, je suis commencé à Oslo.
- Lucie
À Oslo. Oui, donc quand même, c'est un marché dynamique, normalement.
- Jonathan
Mais c'est aussi le marché le plus dur, parce que tu es en concurrence avec les meilleurs. C'est-à-dire que moi, je viens juste de commencer hier. Je veux rencontrer quelqu'un qui a 20 ans dans le métier. Logiquement, ils ne vont pas me choisir moi. C'est-à-dire que ça aussi, c'est un peu compliqué de pouvoir commencer quand tu as...
- Lucie
De vendre, oui.
- Jonathan
Oui, ça, c'était un peu la surprise. Et après, tu commences à appeler, tu appelles, tu appelles. appelles, tu appelles et les gens, la plupart du temps, ils n'aiment pas trop être appelés parce que les Norvégiens, comme on a déjà dit, ils ne sont pas très chaleureux.
- Lucie
Même les Français, quand tu les appelles, souvent, pour avoir fait comme petit boulot du phoning, je me rappelle qu'on me raccrochait beaucoup au nez.
- Jonathan
Heureusement, ils ont un peu le respect quand même. Ils vont quand même te dire non, je ne suis pas intéressé, au revoir. Ils ne vont pas juste te raccrocher au nez. Heureusement, parce que là, je pense que j'aurais perdu la tête.
- Lucie
Donc, du coup, tu devais appeler Appeler les gens pour savoir s'ils comptaient vendre à plus ou moins long terme.
- Alban
Tu devais à la base rapporter des listings à ton agence.
- Jonathan
Exactement. Même aujourd'hui, après deux ans, ça reste encore la même chose. Mais c'est un peu plus simple quand tu peux montrer que tu as déjà vendu le voisin, etc. C'est un peu plus simple. Et aussi, des fois, tu as des gens qui te contactent. Alors, ça aide beaucoup. Mais le premier jour, être assis avec mon boss, il est juste derrière moi. Écouter ce que je dis pour être sûr que je dis ce qu'il faut. etc. C'était un sacré début, on va dire quand même. Et surtout le choc quand tu crois qu'il va commencer à vendre dès le premier jour et en fait, il faut que tu attends quatre ou cinq mois avant ton premier dossier. Ces quatre ou cinq mois, ils sont quand même très longs.
- Lucie
Oui, j'imagine.
- Jonathan
Et même si j'ai la possibilité d'aider un peu les gens autour de moi pour apprendre un peu et je vois les gens autour de moi, ils réussissent et après toi, tu es là. Il n'y a personne qui te dit oui, tu n'arrives pas nécessairement à rentrer chez les gens, etc. C'est un métier qui est un peu compliqué. Au départ,
- Lucie
du coup, il faut se faire son petit réseau.
- Jonathan
Absolument. Il faut vraiment que tu te fais ton fameux bouquin avec ta liste de clients. C'est-à-dire que le début était un peu choquant comparé à ce que je pensais, mais je suis encore là après deux ans. Je trouve que ça a pris un peu de temps pour commencer, ça c'est sûr. Mais maintenant, après deux ans, c'est un boulot qui est quand même très intéressant parce que tu rencontres plein de gens différents et aussi dans des situations différentes. Tout est un peu un challenge, parce que ça dépend quel type de client tu vois, comment toi tu dois changer ta personnalité un peu. Parce qu'après, tu as des gens qui ont vraiment besoin de rester avec toi pendant deux heures pour vraiment parler tout de A à Z.
- Alban
Nous ? Oui, carrément nous, on a besoin de beaucoup parler, d'avoir du temps, de limite avoir une espèce de connexion avec l'agent. On en parle pas mal dans notre épisode de la vente de l'appart. On avait cru comprendre que... Pareil, nous, on avait besoin de l'âme, de la maison. On était très heureux de connaître l'ancien propriétaire. C'est hyper important. Est-ce que toi, les Norvégiens, ont besoin aussi de cette connexion avec l'agent ou pas forcément ? Ça dépend de tout.
- Jonathan
Ça dépend beaucoup. Les gens, vraiment, tu crois presque qu'ils n'ont pas envie de te voir. Ils ont juste envie de savoir combien ça coûte et combien de temps ça va prendre. C'est-à-dire que ça, c'est un type de client.
- Alban
Il y en a des transactionnels, en gros.
- Jonathan
exactement c'est-à-dire que vraiment ils t'appellent ils te disent ok combien ça coûte combien je peux avoir pour le bien et ça va prendre combien de temps et après en fait c'est vraiment tu rentres tu sors une demi-heure et c'est fait Des fois, c'est positif, des fois, c'est négatif. Ça dépend de qui tu rencontres. Et après aussi, c'est comme tu dis, il y a beaucoup de gens qui sont très intéressés. Ça veut dire qu'ils ont envie de savoir un peu sur toi, comment tu penses faire tout le procès, pourquoi je devais te donner ce dossier, en fait, pourquoi je te choisis toi. Et c'est là où tu comprends, en fait, moi, il faut que j'essaye de te parler de la maison comme si c'était la mienne et parler vraiment très positivement, on va dire. Oui, je comprends pourquoi vous avez fait ça. C'est très joli ce que vous avez fait. Et après ça, c'est souvent des procès qui vont durer beaucoup plus longtemps, en fait. Et il y aura beaucoup plus de questions, etc. Mais ça, c'est drôle aussi, parce que c'est un nouveau challenge. Il faut essayer de comprendre, il faut essayer d'attraper un peu, mais qu'est-ce qui est important pour eux ? C'est-à-dire que peut-être, ça peut être qu'ils ont choisi la couleur des murs parce qu'ils ont vécu là-bas, et là-bas, c'est très populaire, ces couleurs sur le mur. Il y a des milliers d'exemples différents, et ça, c'est toujours intéressant, ça devient vraiment un challenge. C'est-à-dire que même si je discute, j'essaie de trouver, c'est vraiment essayer de trouver le truc qui va faire le clic, qui fait qu'ils vont choisir moins. Des fois, tu ne trouves pas le clic, il y a quelqu'un d'autre qui va trouver le clic, et après, c'est perdu. C'est le jeu, et c'est la réalité des choses. Quand tu appelles le lundi matin, après avoir été là-bas le vendredi, « Oui, bonjour, comment ça se passe ? Vous allez bien ? » « Oui, on allait se reparler aujourd'hui pour savoir qu'est-ce qu'on fait. » « Ah oui, non, je suis allé voir quelqu'un d'autre. » « Ok, lundi 10h, on commence déjà là. Ok, super. »
- Lucie
Qu'est-ce que tu dirais qui peut engendrer ce déclic entre une personne et un agent ? Est-ce que c'est... Qu'une question d'argent ou pas justement ? Parce que par argent, pour clarifier, je parle de la commission. Parce qu'en général, c'est rapidement nous, on a été parfois vendeurs et parfois acheteurs. Et une manière de comparer, c'était de voir le taux de commission de chaque agent. En fonction en général de son ancienneté, il y a aussi des agences qui vont être plus ou moins chères. Nous, on l'a déjà dit avant, on marche beaucoup aussi l'émotionnel. La connexion est très importante. Donc, je me rappelle qu'on n'avait pas choisi le moins cher, celui qui nous avait le plus plu pendant la conversation notamment, et le process qui nous déroulait en fonction de nos contraintes, un process dans lequel il disait, mais ne vous inquiétez pas, tout ça, on va pouvoir le faire, même si vous allez bouger en France, blablabla. Ton point de vue, c'est quoi ? Est-ce que c'est qu'une question d'argent ou pas non plus ?
- Jonathan
Souvent, ça peut être l'argent et très souvent, c'est l'argent aussi. C'est pour ça, en fait, quand on fait le premier appel, on essaye toujours de creuser un peu parce que si on sait... c'est de l'argent c'est ça en fait vraiment le deal qui peut make ou break the deal on se prépare avant qu'on sorte à la place de vraiment se faire bien payer sur ça tu dois être préparé de donner une somme qui est moins importante et après ce qui est important aussi à savoir c'est d'essayer de creuser pour savoir c'est qui tes concurrents parce que ça aussi ça veut dire beaucoup parce que si ton concurrent il est complètement nouveau tu peux jouer là-dessus aussi si il y a quelqu'un qui vient juste de commencer cet été tu peux jouer là-dessus aussi mais là tu peux perdre parce que souvent au début tu vas te... de mettre un prix qui est hyper hyper bas qui met vraiment, on parle de 30-40 000 moins cher que quelqu'un de normal parce qu'ils ont juste envie d'avoir un dossier pour avoir leur premier dossier en fait. Ça, ça peut être des discussions un peu compliquées parce qu'en fait, t'as pas envie de parler mal sur quelqu'un parce qu'après, ça va être négatif pour toi. Si tu dis que, ah oui, t'as invité celle-là chez toi, c'est pas bien. Après, ils vont se dire, il est en train de parler mal sur les autres, c'est pas quelqu'un que j'ai envie d'avoir autour de moi. Ça veut dire que... Des fois, ça aussi, c'est des challenges, que tu as des nouveaux qui ont vraiment envie de désespérer, ils vont prendre un dossier.
- Lucie
Donc, quand tu dis qu'ils vont baisser de 30, 40, c'est leur propre commission. Là, on parle de...
- Jonathan
Exact.
- Lucie
Voilà.
- Jonathan
Parce que souvent, quand tu débutes comme agent immobilier, ton boulot, il te paye ton salaire, en fait. Mais, ça dépend dans quelle compagnie tu travailles, mais souvent, les gens, ils marchent qu'à la com. C'est-à-dire, pendant six mois, eux, ils ont un prix, ils ont un salaire fixe de leur compagnie. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de problème. Eux, ils peuvent prendre vraiment des prix hyper pas chers. juste pour essayer d'avoir quelques dossiers, pour commencer un peu plus rapidement. Mais c'est pour nous qui sont payés que à la com, ça devient un peu plus compliqué parce que nous, il faut qu'on reste sur des sommes pour qu'on ait un salaire parce que nous, on a quand même des choses à payer. Et sinon, si toi, tu ne réussis pas à vendre, ton salaire... Donc toi,
- Alban
tu n'as pas le même salaire tous les mois ?
- Jonathan
Non.
- Alban
C'est en fonction de tes commissions ?
- Jonathan
Exactement.
- Alban
Ok, ouais. Donc, ça motive au moins.
- Jonathan
Ça motive, mais ça stresse aussi.
- Alban
Ouais, j'imagine.
- Jonathan
Parce que comme tout dans la vie, ça monte et ça descend. Des fois, tu as des périodes, tu crois que ça va se passer hyper bien. Et après, le mois prochain, ça peut être un peu plus compliqué. Heureusement, j'ai un peu la chance avec ça, parce que la compagnie où je travaille, je reste sur un fixe tant que je ne dépasse pas un cap. C'est-à-dire l'équivalent à 20 ventes environ. Tant que je n'ai pas fait mes 20 ventes, j'aurai quand même un salaire fixe tous les mois.
- Alban
Ah, ok.
- Jonathan
Mais dès que je dépasse ces fameuses 20 ventes... C'est-à-dire que mon boulot ne peut pas me payer plus d'une somme X. C'est-à-dire qu'après, par exemple, déjà à l'été, pendant six mois, j'ai vendu comme un fou et j'ai réussi à faire des très jolis salaires. Après juin, je n'ai plus de salaire si je ne vends pas. Parce qu'en fait, j'ai dépassé le fameux cap que mon boulot, ils sont OK pour me payer. Ça veut dire que tu as des gens qui ont peut-être beaucoup de chance au début de l'année, qui vont vendre beaucoup, et après, d'un coup, dès juin, c'est vraiment tout va être à la com'.
- Alban
Ok. Et en plus, on entend beaucoup parler de la saisonnalité, que les gens préfèrent vendre ou acheter au printemps, en gros. Est-ce que toi, tu le vois, tu vends beaucoup plus en mai qu'en novembre, par exemple ?
- Jonathan
Oui, parce que surtout, les Norvégiens vont vraiment faire exactement ce que le voisin va faire. Ça, c'est vraiment la façon de Norvégiens à faire. C'est que si je sais que les voisins en dessous et les voisins au-dessus vont vendre dans cette période-là, je vais me dire « Ok, moi aussi, je vais vendre dans cette période-là » . c'est vraiment ce qu'on appelle en norvégien « serve-flock-mentalität » . C'est-à-dire que c'est vraiment comme si un le fait, tout le monde va suivre après. Et c'est pour ça qu'on voit que le marché, depuis dix ans, il fait exactement la même chose, les mêmes mois, et on voit le même changement de trend. C'est-à-dire qu'on voit que chaque année, dès novembre il arrive, le marché tombe. C'est-à-dire qu'il devient vraiment, on va dire, mauvais. Et aussi, on voit qu'il y a beaucoup, beaucoup de gens qui ne souhaitent pas vendre en novembre-décembre. C'est-à-dire qu'on voit vraiment à la courbe qu'elle descend, mais direct pile. Et après, on va voir, en janvier, après que Noël, c'est fini, ça remonte. Comme il n'y a pas beaucoup d'appartements sur le marché, les peu d'appartements qu'il y a, ils vont aller à un très bon prix. Et après, tu as les news qui vont dire, oh, le marché, il est fantastique. Et après, tout le monde qui t'appelle en panique, il faut qu'on vende maintenant. Ça, c'est la même chose chaque année que janvier, mon téléphone, il n'arrête pas. Parce qu'ils ont vu dans les news sur E24 ou sur DN.no que le marché est hyper bien. Tout le monde, il faut vendre maintenant. It's your time. Et c'est-à-dire que d'un coup, il y a tout le monde qui a envie de se retourner. Et après, on voit que comme tout le monde s'est retourné, d'un coup, ils ont envie de vendre tout de suite. Il y a trop d'appartements sur le marché qui viennent.
- Alban
Et là, c'est le contraire.
- Lucie
Ça poste le marché à nouveau.
- Jonathan
Exact. C'est-à-dire qu'on arrive sur Mars, ça s'aplatit. Et après, on attend que tous les appartements se vendent. Et après, l'été, tu as un dernier petit pic. Et l'été, comme tout le monde est en vacances, ils n'ont pas envie de commencer à penser d'acheter un appartement ou une maison ou une hutte, par exemple. On voit que l'été, ça redescend. Et maintenant que mes vacances sont finies... Ça recommence. On voit au mi-août, ça remonte. Et ça fait dix ans que c'est exactement la même courbe, les mêmes mois, les mêmes pics et les mêmes descentes. Et c'est parce que vraiment, la mentalité norvégienne, c'est qu'il faut rester safe. Il y a un telle urbaine, en fait, il ne faut pas faire différemment que les autres. C'est-à-dire que si mes voisins font ça, moi, il faut que je fasse exactement la même chose. C'est pour ça qu'on voit aussi que les biens qui se vendent le mieux, c'est parce qu'ils ont fait exactement ce qui est populaire maintenant.