- Claudie
L'année dernière, ça a été ma pire année en Norvège, à cause de ce litige professionnel. Je ne sais pas comment vraiment l'exprimer, parce que c'est très dur. Je pense qu'il faut traverser ça pour le comprendre. Mais tu n'as pas envie de voir du monde, même si on te propose des sorties. Tu as peur d'être de mauvaise compagnie, parce que ce litige prend de la place. Moi, je l'ai caché pendant très longtemps à ma famille, parce que je n'avais pas envie de les inquiéter. Je n'avais pas envie de parler de ça tout le temps quand je leur parlais. Je veux vraiment insister sur ça, faire très attention.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de...
- Alban
Sous les aurores. On vient déjà de parler un petit peu de ton activité professionnelle, de ton parcours. C'était déjà intense de lire un peu tes réponses, le questionnaire que tu nous as rempli avant d'enregistrer. Je préfère pas en dire trop aujourd'hui, j'ai envie de laisser un peu de suspense. On te souhaite la bienvenue chez nous, on est très heureux de te recevoir.
- Lucie
Est-ce que tu pourrais nous dire comment tu t'appelles, depuis combien de temps tu vis en Norvège, ce que tu fais dans la vie, et si jamais tu as un petit culture-choc à nous partager ?
- Claudie
Je m'appelle Claudie Pellerin, j'ai 33 ans, et je suis dans ma huitième, bientôt neuvième année en Norvège. Ça commence à faire maintenant. Et en termes de culture-choc, je pense que c'est le frilutzliv qui m'a le plus impressionnée, et c'est ce qui m'a fait venir ici d'ailleurs, l'accès à la nature, pour ceux qui ne savent pas. Ce qui est le free-lut sleeve, le outdoor life, la vie au grand air, la vie au plein air.
- Lucie
Et qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
- Claudie
Je suis coiffeuse.
- Alban
Et pour nous, c'est assez intriguant et excitant parce que c'est un métier qu'on ne connaît pas ou qu'on ne connaît qu'en surface.
- Lucie
En tant que client.
- Alban
Exactement, en tant que client. Donc, on est déjà intéressé de savoir comment ça se passe, un peu le parcours ou le quotidien d'une coiffeuse, peut-être ses anecdotes, mais au-delà de ça. comment une coiffeuse vient à se dire, tiens, si j'allais exercer dans un pays étranger et en plus en Norvège.
- Claudie
Donc j'ai grandi en région rouennaise, en Normandie. Donc bisous à tous les Normands. C'était pas prédestiné que je devienne coiffeuse. C'est pas un métier qui m'a tirée à la base. C'est surtout la vie qui a fait que je me suis retrouvée un jour en coiffure. Mais je ne savais pas que ça m'emmènerait jusqu'en Norvège. Je pense que... C'est vraiment un enchaînement domino qui a fait que je me suis retrouvée ici, parce que ce n'était pas du tout prévu de déménager à l'étranger. Donc j'ai étudié pendant cinq années au CFA Marc-Ruyer à Petit-Queville, en apprentissage, dans un salon de campagne pour débuter. Ensuite, j'ai commencé à travailler dans un salon en ville. Donc j'ai vraiment eu l'aspect des deux de voir un peu ce que c'était.
- Lucie
C'est quoi les différences entre...
- Alban
La relation peut-être campagne ou l'ambiance, ou c'est aussi le type de demande ?
- Claudie
À la campagne, c'est assez sympa parce que j'étais dans un petit village de 3000 habitants, vraiment dans la campagne normande. On sait à quelle heure les gens arrivent, on sait à quelle heure ils viennent. C'est toujours les mêmes rendez-vous. Donc, Madame Leroy, à 13h, tous les samedis.
- Alban
La mise en pli.
- Claudie
La mise en pli et trois semaines après, on fait la couleur et ensuite, on fait la permanente. Donc, c'est ça. Et en ville, je dirais que c'est une autre dynamique où c'est vraiment un peu plus de passage. Donc, des gens qui sont aussi réguliers, mais on a plus de personnes. Il y a plus de va-et-vient, en fait, qui va se faire. On a quand même une clientèle fidèle. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de personnes qui sont juste là, de passage. qui dorment à l'hôtel, mais ils n'aiment pas les shampoings de l'hôtel, donc ils viennent au salon se faire un shampoing et un brushing.
- Lucie
Est-ce que tu as des demandes un peu plus farfelues en ville ?
- Claudie
Oui. Des couleurs, moi j'appelle ça des couleurs perroquées, des couleurs un peu vraiment criardes. Moins naturelles, en campagne, c'est un peu plus naturel, c'est un peu plus discret.
- Alban
Classique.
- Claudie
Et là, en ville, tu rencontres tout type de style, vestimentaire. Il y a un brassage culturel qui se fait. Donc, c'est assez intéressant de voir que, en tout cas en France, ça s'exprime beaucoup avec les cheveux.
- Alban
Oui, c'est vrai.
- Claudie
Ici, ça se fait un peu moins, je trouve.
- Alban
C'est trop intéressant. On va y venir justement aux différences culturelles. Et ton ressenti de coiffeuse en France versus en Norvège, est-ce que ça peut en dire peut-être aussi sur la diversité ? Et du coup, tu exerces en campagne, ensuite en ville. Et quelle est la suite des événements ?
- Claudie
J'ai travaillé, j'ai obtenu mes diplômes. Donc voilà, j'ai commencé dans un salon, donc toujours à Rouen. Et rapidement, je me suis dit, c'est dommage, ce n'était pas le métier que je voulais faire. Donc j'ai fait... Pendant deux années, une reconversion professionnelle qui n'avait rien à voir avec la coiffure.
- Alban
Tu fais nous rêver ?
- Claudie
J'ai fait une reconversion professionnelle pour devenir cavalière d'entraînement pour des chevaux de course.
- Alban
J'adore ! Attends, il faut quand même les tresser les chevaux. C'est peut-être le seul lien. Et tondre ! Voilà, c'est ça.
- Lucie
Mais c'était le métier que tu voulais faire à la base ? Oui,
- Claudie
moi quand j'étais petite, je voulais travailler à la campagne. Je voulais soit être fermière, soit jockey. On était des chevaux de course.
- Lucie
C'est l'univers des chevaux quand même.
- Claudie
Ça n'a rien à voir avec l'esthétique, le côté un peu girly de la coiffure, n'est-ce pas ? Donc j'ai fait ça, et en fait, pendant cette reconversion professionnelle, j'ai rencontré un Norvégien. Dans le cadre de mon travail, qui lui aussi travaillait avec des chevaux de course, mais qui pendant la période hivernale, venait en France, puisqu'il fait quand même beaucoup moins froid. Donc une relation amicale vraiment a débuté.
- Lucie
Il était à Rouen, ce Norvégien ?
- Claudie
Oui, je n'ai pas précisé. J'étais en Picardie à Chantilly à l'époque.
- Lucie
Attends, mais là, les étoiles... C'était dans une espèce cantilienne. D'origine, mon père est cantilien.
- Claudie
Ce n'est pas vrai. Oui, donc on connaît le coin. Oui, je me suis retrouvée. Je sors de Normandie pour le coup. Première fois où je déménage dans une autre région. C'était déjà énorme pour moi. Je garde contact avec cette personne. Et un jour, il me dit, tiens, je n'ai jamais... Je ne suis jamais allée en Normandie, j'aimerais bien venir. Je lui ai montré un petit peu les choses qu'il y avait à faire et à voir dans ma région. Et du coup, il m'a proposé, il m'a dit, tiens, il faudrait que tu passes en Norvège, on fait la même chose, mais à Oslo. Et je lui ai dit, oui, pourquoi pas, on verra bien.
- Alban
Est-ce que tu t'en rappelles un peu l'image que tu te faisais de la Norvège et d'Oslo à ce moment-là ?
- Claudie
Pas du tout, c'était très abstrait pour moi. C'est-à-dire que j'ai toujours eu une attirance pour les pays scandinaves, mais de là à dire... Partir en vacances là-bas. Même ça, tu n'imaginais pas. J'étais dans ma petite bulle, dans mon petit monde.
- Alban
T'es forcée.
- Claudie
Tranchément, quoi. Au final, j'ai pris des billets d'avion. Je suis allée le voir. Et mon Dieu, mais quel claque. Je crois qu'il n'y a pas d'autres mots. Trois jours, je savais déjà que je voulais venir vivre ici.
- Lucie
Incroyable.
- Claudie
C'est fou. C'est dur à expliquer, mais j'ai vraiment eu ce sentiment de... C'est là où je dois être, en fait. Je sens que c'est ici. Il y avait quelque chose, je ne parle pas de mystique ni rien, mais vraiment, je sentais que c'était très fort. C'était un sentiment, c'était presque physique, en fait.
- Alban
C'est rigolo, ça revient beaucoup, je trouve, pour les pays nordiques. On en avait parlé avec Raphaël de cet appel des pays nordiques en général. L'Islande, la Finlande, un peu.
- Lucie
C'était limite avant, alors que là, pour Closy, c'est vraiment, elle arrive. C'est le coup de cœur.
- Alban
Un peu comme Elise aussi qui est venue et qui s'est dit je reste.
- Lucie
Et vraiment c'était ça,
- Claudie
d'ailleurs j'ai écouté l'épisode avec Elise et je me suis dit ah ça fait plaisir d'entendre quelqu'un d'autre le dire.
- Alban
La ressentie, qu'il essaie de mettre des mots dessus aussi parce que c'est pas évident.
- Claudie
Tout à fait parce que souvent lorsque je rencontre d'autres français on me dit bah je suis venue pour le travail ou j'ai rencontré un norvégien, une norvégienne mais ils sont pas venus ici parce que vraiment ils aimaient ça en fait et pour le coup moi ça a été vraiment... Le grand amour de ma vie.
- Lucie
Incroyable. Et qu'est-ce qui t'a plu tout de suite ? J'imagine cet accès à la nature.
- Claudie
L'accès à la nature. Dans les grandes lignes, moi, je voulais voir un drakkar, donc un viking ship. On n'est pas normands si on n'a pas vu un vrai viking ship. Donc, dans l'idée, c'était vraiment ma priorité. Mais c'est vrai que je me suis très, très vite rendue compte que si tu as envie d'aller te baigner, tu restes dans Oslo et tu peux te baigner. Tu peux faire du sauna, tu peux aller skier, tu peux faire des randos en forêt, tu peux rester camper, chose que je n'avais jamais fait. Je me retrouve à prendre un sac à dos, une tente, un sac de couchage et y aller toute seule pour la première fois de ma vie dans le Eusmarka et dans le Nourmarka.
- Alban
Lucie, tout pareil. C'est une blague parce que ça, on ne l'a toujours pas fait.
- Lucie
Je n'ai toujours pas campé.
- Claudie
Il faut le faire.
- Alban
Tu vas nous emmener. Oui.
- Claudie
J'ai du matos.
- Alban
Trop bien. On va en parler après.
- Claudie
J'ai beaucoup trop de matos. Il y a des personnes qui vont dépenser des milliers, des cents dans des technologies, dans des voitures, des vêtements. Moi, j'ai vraiment tout claqué. Dans des tentes, des sacs de couchage,
- Lucie
en fonction des saisons.
- Claudie
En fait, je me suis enfin dit, tiens, ça y est, j'ai enfin un espace où je peux vraiment exploiter cette chose que j'avais en moi depuis que je suis toute petite. C'est-à-dire que... Je me revois quand j'étais gamine à regarder des dessins animés comme tout le monde. Il y avait beaucoup de documentaires, j'étais devant la nature où je me disais j'aimerais bien... exploiter ça. Et la Norvège m'a offert cette possibilité-là. Et je pense que ça a été ma meilleure maîtresse de vie parce que grâce à ça, j'ai grandi. Je ne suis pas du tout la même personne. Je suis allée loin dans des limites. Je me suis remise en question. On ne peut pas s'énerver quand on est tout seul en nature. Du coup, on apprend à respirer un bon coup et à se dire « ça ne fonctionne pas, ce n'est pas grave » . Du coup, c'est vraiment quelque chose qu'on va appliquer dans la vie de tous les jours au final. Donc je pense que c'est important de le faire.
- Alban
Est-ce que ce serait peut-être définition du Freewoods Live aussi ? Parce que je me pose toujours la question de comment les gens le définissent, ce terme de vie à l'extérieur.
- Claudie
La vie au grand air. Vraiment de pouvoir profiter justement de la nature qui nous entoure, de pouvoir faire des récoltes, de cueillir des baies, des champignons, de pouvoir pêcher. avec une fisc-corte. Tiens, il y a des règles.
- Alban
C'est une carte qui s'achète en ligne notamment pour avoir le droit de pêcher dans Roslo.
- Claudie
Tout à fait. Aussi, avoir un contrôle sur les populations de poissons. C'est important de le faire. Mais je trouve aussi de pouvoir, je ne sais pas, de pouvoir aussi avoir ce moment de retourner vers soi, d'avoir ce moment où on n'est pas diverti avec des écrans. On est divertis avec le paysage, on est divertis avec la nature, le son de la nature, les odeurs. Mais je trouve qu'on est vraiment... Je ne sais pas. Ça permet de... Ça apaise l'âme, je trouve.
- Lucie
C'est marrant parce que moi, je ne campe pas. Encore ? Encore, pas encore. Mais tout ce que tu dis, c'est exactement ce que je ressens quand je suis dans la forêt avec mon chien en balade.
- Alban
Je trouve que c'est intéressant. Ça m'apporte peut-être une nouvelle clé de compréhension aussi. Donc, elle est... On dit que les Norvégiens ne s'énervent pas, que ce n'est pas forcément quelque chose de... Pour moi, je pensais que c'était peut-être à la base, tu sais, tu n'as pas le droit, ou ce serait mal vu, mais c'est aussi peut-être qu'ils arrivent à le gérer différemment, et pas forcément par un masque, parce que nous, on a tendance à dire que c'est un peu négatif, du coup, de ne pas pouvoir montrer ses émotions. Ou il y a des deux ? Comment tu verrais, toi ?
- Claudie
Je pense que c'est un mélange des deux. Je pense que ça dépend aussi dans quel milieu tu grandis et quel type d'éducation tu as eu. Mais je trouve qu'en France... On a tendance à exprimer les choses, s'affirmer de manière très passionnée. Et là, pour le coup, ici, ça ne fonctionne pas forcément. Ou en tout cas, si on le fait, je trouve que les retours ne sont pas très positifs. Donc je dirais qu'il n'y a pas besoin de se transformer en Tarzan et de vivre dans la forêt. Mais je trouve que c'est important, en fait, si on vient vivre ici, de prendre en compte cet aspect culturel qui fait qu'on doit aussi... peut-être pas épouser, mais en tout cas embrasser certains aspects culturels pour pouvoir comprendre la manière dont les Norvégiens fonctionnent, pensent. Parce que nous, on se confond à des différences culturelles assez fortes. Ici, je trouve, ça a été assez déstabilisant. Je pense qu'on est tous passés par là. Mais j'avoue que le faire, c'est très important. Et peut-être que justement, le fait qu'ils le fassent depuis qu'ils sont tout petits... C'est intégré en eux, alors que nous, on apprend à le faire et que ça donne le résultat, ça donne des Norvégiens.
- Lucie
Mais alors, attends, retour en arrière.
- Claudie
Oui.
- Lucie
Tu es en vacances à Oslo, du coup. C'est Oslo que tu visites.
- Claudie
Une semaine, oui.
- Lucie
Une semaine, tu retournes en France et tu te dis, il faut que...
- Claudie
Ça va pas.
- Alban
Oui. Et entre-temps, attends, tu tombes en amour d'Oslo, mais est-ce que la relation a déjà évolué ou pas ?
- Claudie
toujours amicale non non ça restera amical d'accord ah bon attends ah donc aujourd'hui pas de jockey d'accord ah non mais toi tu croyais que la love story ouais la love story non c'est resté amical ton drôme ouais ouais ouais non non je je suis assez indépendante donc j'aimais bien l'idée de pouvoir voyager seule et de pouvoir apprendre par moi-même et de rencontrer de nouvelles personnes aussi Merci. Non pas que quand on est en couple, on ne le fait pas, mais c'est vrai qu'il y avait peut-être certaines portes qui pouvaient se fermer, auxquelles je ne voulais pas les fermer spécialement. Donc je rentre en France et je me revois assise sur un banc à une station de Théor, donc les bus à Rouen, et le vide total. Je regarde dans le vide et je ne suis pas bien. Là, je sens que non, ça ne va pas.
- Alban
Et qu'est-ce que tu te dis ? Il faut que je suis plus bien où je suis. Quel est un peu le bilan que tu apportes cette semaine ?
- Claudie
Alors, le bilan que m'a apporté cette semaine, c'est que ça m'a permis, en fait, de pouvoir me rendre compte de toutes les choses qui n'allaient pas à ce moment-là dans ma vie. Je venais de perdre un emploi pour l'essentiment économique, pour le coup. J'avais perdu mon logement. Je venais de me séparer de mon copain de l'époque et je venais de revivre, retourner vivre chez ma maman à 25 ans. Donc c'était assez...
- Lucie
Beaucoup de chamboulements.
- Claudie
Beaucoup, oui. Et là, je me suis dit, mais j'ai rien à perdre, en fait, puisque j'ai rien. J'ai pas de travail, j'ai pas de logement, j'ai pas de copain. Pourquoi pas essayer ? C'est pas si loin que ça. C'est à deux heures, deux heures et demie d'avion. Et dès que je suis rentrée, j'ai commencé à... à prendre mon ordinateur et j'ai commencé à faire des recherches pour savoir quelles étaient les démarches pour venir déménager en Norvège. Ça a été très rapide. 2017, donc j'ai fait un voyage en août-septembre à cheval sur les deux semaines et j'ai déménagé donc du coup le 18 novembre de la même année, donc 2017.
- Lucie
Ah ouais, ça a été rapide.
- Claudie
Très rapide. Trop rapide peut-être ?
- Lucie
Non mais c'est trop bien parce que du coup tu fais des recherches et... Il n'y a rien qui te freine. Tu te dis, bon, tout a l'air OK pour aller tenter l'aventure.
- Claudie
Oui, j'ai oublié de préciser une chose. C'est que lorsque j'étais, pendant les vacances d'été, quand j'y suis allée, au bout de ces trois jours, je me suis dit, OK, je pense vouloir déménager ici. J'avais déjà commencé à rentrer dans des magasins et à demander, est-ce que vous prenez du monde ? Je ne parle pas norvégien, j'ai un anglais. Je parlais franglais à l'époque. C'est un très mauvais niveau d'anglais, mais j'ai été motivée. Pour moi, je me dis, il faut que j'essaye. Et les avis étaient super positifs à Oslo, puisqu'au final, on me dit, tout le monde parle anglais ici.
- Lucie
Trop bien. C'était dans des salons de coiffure ou même des magasins ? C'était OK.
- Claudie
Les McDo, les magasins de chaussures. J'ai fait plein de trucs. Oui. secrétaire médicale, des trucs mais vraiment je rentrais juste lambda, je venais d'un magasin je rentrais direct et je me posais des questions mais du coup tu arrives est ce que tu as des pistes concrètes ou pas non plus ? je me suis dit à l'époque c'était encore autorisé de prendre en tout cas pour que les norvégiens prennent des filles au pair donc je me suis dit c'est le meilleur moyen oui Je comprends pourquoi ce n'est plus autorisé en norvège maintenant puisque ça s'est très très mal passé Ça ne l'a pas fait avec la famille. Moi, je n'étais pas faite pour être fille au père et je sentais que la chimie n'était pas là. Donc, au bout de quatre mois, le contrat s'est terminé. Donc là, je me retrouve sans logement, sans travail, sans personne, puisqu'il ne faut pas sous-estimer le fait que lorsqu'on déménage à l'étranger, on n'a pas d'amis, on n'a pas de famille. Donc là, je refais appel à mon ami norvégien qui me dit que j'ai un couple d'amis qui louent une chambre. éventuellement. Je suis restée chez ces gens-là. Et là, j'ai trouvé mon premier emploi de coiffeuse, quatre jours après.
- Lucie
C'est incroyable !
- Claudie
En France, ça prenait huit mois. Je restais au chômage pendant longtemps.
- Alban
C'est fou, ça.
- Claudie
Ici, en Norvège, j'envoie des CV dans plusieurs salons. Et là, ils me répondent tous. Ils sont tous intéressés. Et en quatre jours, c'était bouclé.
- Lucie
Trop bien !
- Alban
Est-ce que tu crois qu'aujourd'hui, c'est encore valable ? Ou c'était aussi un marché plus attrayant ou dynamique avant ?
- Claudie
Je pense que c'était plus dynamique avant, mais par contre, il n'y a pas assez de coiffeurs en général en Norvège. Je sais pourquoi.
- Alban
Dis-nous.
- Claudie
Ce n'est pas un milieu qui est très bien protégé. Ce n'est pas un milieu qui est bien payé, même en Norvège.
- Lucie
Même en Norvège ?
- Claudie
Même en Norvège.
- Alban
Comparé au niveau d'heures ou les contraintes peut-être ?
- Claudie
Surtout au niveau de vie.
- Lucie
Est-ce que c'est plus élevé qu'en France ? Je peux te demander combien un coiffeur en Norvège peut gagner ?
- Claudie
Ça dépend dans quel type de salon tu travailles, ça dépend de tes diplômes aussi. En sachant qu'ils ont besoin que tu les fasses convertir pour qu'ils puissent savoir à quel taux ils vont te rémunérer.
- Lucie
C'est assez facile de faire convertir ses diplômes ?
- Claudie
J'ai eu de la chance, j'ai trouvé rapidement. Donc ce n'était pas si difficile que ça. Mais j'avoue que ce n'est pas un métier où on est bien protégé par la loi. Même en France. C'est pour ça qu'il y a très peu de coiffeurs. Donc il y a beaucoup de jeunes coiffeurs, inexpérimentés, qui vont commencer leur carrière et s'arrêtent très vite parce qu'ils se rendent compte que c'est un métier qui est très, très, très difficile. C'est un métier qui demande beaucoup de rigueur, qui est très compliqué, moralement parlant. Physiquement aussi, c'est dur. Les contraintes sont assez grandes par rapport à la paie. Donc il y a beaucoup de personnes qui vont sortir de ce circuit-là.
- Lucie
C'est dingue parce qu'en tant que client, Pour le coup, c'est beaucoup plus cher en Norvège qu'en France.
- Claudie
Oui.
- Lucie
Mais du coup, ça n'a aucun impact. Pas forcément, en tout cas.
- Claudie
Non, pas forcément. Et c'est ça qui est difficile pour les gens. Je trouve qu'il y a beaucoup de Français ici qui ne comprennent pas ça. Donc, ça m'arrive parfois de publier sur certains groupes de Français pour dire, voilà, maintenant où je me situe, il y a des gens qui cherchent un coiffeur français. Je suis là et souvent, j'ai eu quelques fois des commentaires en me disant « non mais les prix, c'est cher » . Je ne sais pas si vous payez vos impôts, mais je veux dire, il y a des taxes, les salaires, il faut les payer. Il y a toutes les charges à côté, il y a le local. Là, en l'occurrence, maintenant, je me retrouve dans le centre, juste à côté du château du Palais-Royal. Et je me dis « mais il faut les payer » . toutes ces charges-là. Et après, moi, j'ai mes taxes qui viennent par-dessus. Donc, mon salaire, il n'est pas si élevé que ça. Et il faut aussi prendre en compte le fait que quand on a une coiffeuse qui est inexpérimentée, les prix vont être moindres. Si on veut quelqu'un qui a de l'expérience, qui sait concrètement ce qu'elle fait, moi, ça fait 17 ans que je suis en coiffure. Au bout de 17 ans, moi, je n'ai pas envie d'avoir un salaire non plus de coiffeuse débutante. Bien sûr. Oui, c'est cher. Mais ça reste cohérent avec les prix de la Norvège.
- Alban
Oui, d'ailleurs, j'avais eu cette même réflexion quand on a dû payer une prise sur le balcon qui nous a coûté 6 000 nocs. Donc, tu as la petite larme, tu es encore là. Mais je crois que j'avais parlé avec Véronique. Elle m'avait dit, oui, mais regarde-toi aussi, ton salaire, ramène-le à l'heure, en fait. Et c'est là que tu dis, ah oui, chacun, si on ramène son salaire à l'heure, c'est pas forcément... Toi-même, tu as un salaire... haut, donc cette personne aussi a droit à avoir son salaire à l'heure élevée. Et c'est vrai que ça m'a un peu fait réaliser que oui, il y a une raison.
- Claudie
Je trouve que c'est important de le dire parce que j'ai eu quelques coiffeurs français qui m'ont contacté pour éventuellement se lancer dans l'aventure. Il faut être préparé parce que souvent, il y a de plus en plus de reels sur les réseaux sociaux qui montrent des gens qui parlent de salaire...
- Alban
Mirabolant ?
- Claudie
Oui, et...
- Lucie
Par rapport à la France, surtout.
- Claudie
Et attention, je suis carrément mieux payée qu'en France, mais si on remet mon salaire dans le contexte de la vie en Norvège, ce n'est pas mirobolant non plus.
- Lucie
Je veux dire,
- Claudie
je vis bien. Oui,
- Alban
tu es arrivée en Porsche, ça a l'air d'aller. C'est une blague. Je vis correctement.
- Claudie
J'ai parqué mon cheval.
- Alban
J'ai quelques chevaux de course.
- Claudie
J'en ai ramené quelques-uns dans l'avion. Ça m'a coûté trois fois rien. Des clopinettes. Je trouve que c'est important de se dire que c'est déjà dur de vivre loin de chez soi. C'est déjà dur de recréer un environnement safe avec des gens qui vont t'entourer et qui vont être là dans les moments où ça ne va pas. Mais si en plus de ça, vous avez Oui, l'environnement financier qui n'est pas là, il faut être préparé. Mais ça ne m'arrête pas, je veux dire, c'est un beau métier. C'est un métier qui est super gratifiant, c'est un métier qui est super intéressant. Je rencontre plein de types de personnes toute la journée qui sont super différentes, des profils très intéressants. Et pour rien au monde, je me dis, tiens, je vais tout changer pour travailler dans un autre milieu où là, je vais être payée beaucoup plus et si ça se trouve, ça ne va pas me plaire.
- Lucie
Et du coup, quand t'es arrivée, t'es rentrée dans un premier salon. Est-ce que t'as changé ? Comment ça a évolué ? Ou tu es restée dans le même depuis le début ?
- Claudie
Non, j'ai travaillé quatre ans dans mon tout premier salon. Et ils ont été super sympas avec moi parce que je ne parlais pas du tout norvégien. Et je veux dire, la base dans la coiffure, c'est quand même le dialogue. Oui,
- Lucie
comprendre ce que les gens veulent.
- Claudie
J'ai eu de la chance, je pense être... C'est pas pour me jeter des fleurs, mais je pense quand même réussir à comprendre assez bien. Pourquoi la personne vient ? Qu'est-ce que je dois faire ? Et qu'est-ce que je lui amène en fin de compte ? Donc c'est assez intéressant. Et ce qu'il faut savoir aussi, c'est que j'ai pris des cours de norvégien au début et j'ai demandé une participation de l'entreprise de prendre en charge une partie de mes frais puisque quand on vient de France, les cours de norvégien sont payants, on n'a pas d'aide. Ça coûte extrêmement cher aussi. Et mon salon m'avait pris 50% de mes cours. Donc ça m'a permis quand même de tranquillement apprendre la langue et de me jeter dans le grand bain. Donc j'ai fait ça. Ensuite, j'ai changé de salon pour un salon qui était beaucoup plus dans le centre d'Oslo, où là, c'était beaucoup plus qualitatif, où je faisais des sessions d'entraînement une fois par mois les dimanches. Pas mal de cours après le travail en semaine. Très, très formé. Très intéressant. J'ai appris beaucoup, beaucoup de choses. Du coup, je bascule dans un... Dans un milieu professionnel qui est un peu différent de la France, puisqu'on ne fait pas les mêmes choses en Norvège qu'en France. Ce ne sont pas les mêmes types de cheveux non plus.
- Lucie
Ah ouais ?
- Claudie
Oui.
- Alban
Ce que tu peux nous raconter. On arrive aux différences culturelles, mais aussi aux différences physiques. Capillaire. Oui.
- Claudie
Différences capillaires, oui. Ce n'est pas un cheveu qui réagit de la même manière. Nous, en France, on a des cheveux qui ont plus tendance à onduler. Ici, c'est plutôt un cheveu assez... assez lisses, très peu d'ondulations, voire même raides. Il y a beaucoup de coiffeurs en France qui n'aiment pas les cheveux raides. C'est vrai que c'est compliqué. Quand j'étais en école de coiffure, on me disait toujours si tu fais une erreur sur des cheveux foncés ou s'il y a une petite irrégularité, ça se verra moins. Bon, pas de chance, les Norvégiens ont quand même les cheveux assez clairs.
- Lucie
Dans l'ensemble, c'est clair.
- Claudie
C'est plutôt pas mal, ça m'a permis de travailler sur certaines claires.
- Alban
C'est un mois d'erreur.
- Claudie
J'ai arrêté de couper des oreilles. Je plaisante. D'être plus régulière et surtout beaucoup plus perfectionniste. Je me suis vraiment améliorée dans mon milieu de compétences. En fin de compte, c'est déjà beaucoup plus élargi. Et je me suis vraiment améliorée par rapport à ce que je faisais en France. C'est vraiment pas mal. Et actuellement, je travaille aussi dans le centre, dans un autre salon, près du Palais Royal.
- Alban
Tout à l'heure, on parlait un peu de diversité, des demandes, des couleurs. plus folklore dans les villes françaises. Là, est-ce que tu trouves que tu as généralement le même type de demandes ? Et aussi, est-ce que tu vas coiffer aussi bien des hommes que des femmes, des très jeunes que des plus âgés ? Est-ce que tu peux nous parler un peu de ces différentes demandes que tu reçois ?
- Claudie
Oui, globalement, en Norvège, c'est souvent les mêmes choses qui reviennent. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les femmes, elles ont quasiment toutes la même longueur de cheveux. Elles ont quasiment toutes la petite mèche. sur le devant. En termes de couleurs, je n'ai jamais fait autant de blond de ma vie. Je rêve blond, je mange blond.
- Lucie
Parce que même s'ils sont clairs, ils font des couleurs blondes.
- Claudie
En fait, je pense que vous le voyez quand vous amenez les filles au bar de Hager, les petits Norvégiens sont très très très très blonds, très clairs. Et en vieillissant, le cheveu a tendance à foncer. Et du coup, c'est vrai qu'on perd un peu en blondeur. Et c'est vrai qu'ils aiment bien être bien blonds. et des blonds toujours bien froids. Moi qui étais très enthousiaste à l'idée de me dire je vais faire plein de types de blonds, des blonds un peu vénitiens, des blonds dorés. Non, non, c'est du blond froid. Du blond norvégien. Blond blond.
- Lucie
Et c'est plus des couleurs ou c'est peut-être des mèches ? Des mèches balayées.
- Claudie
En termes de coupe, je fais beaucoup d'hommes aussi. Les Norvégiens sont assez réguliers pour les coupes de cheveux. Donc ça, c'est assez bien. En tout cas, les hommes. Les femmes, ça va étendre un petit peu plus parce qu'elles ont de la longueur, donc elles ont un petit peu moins d'entretien. Mais pour les couleurs, c'est très, très régulier aussi, par contre.
- Alban
Elles ne rigolent pas avec ça, quoi.
- Claudie
Non.
- Alban
Donc, on parlait justement que c'était cher, mais pour elles, c'est admis. Elles s'entretiennent, en tout cas de ton point de vue, elles viennent régulièrement pour être bien.
- Claudie
Oui, oui. Il y a une vraie différence entre mes clients norvégiens qui sont beaucoup plus réguliers et mes clients français qui, eux,
- Alban
étendent du pied. Tu peux débarquer des ours. Bonjour monsieur, me parlez-pensez.
- Claudie
J'ai un petit caribou là. C'était temps. La routine des coiffeurs norvégiens et français, c'est pas du tout la même. Il y a un autre tempo de travail.
- Lucie
Ah bah vas-y, dis-nous tout.
- Claudie
Par exemple, lorsque j'ai commencé à travailler en Norvège dans un salon de coiffure, je me souviens qu'en France, c'était tu arrives à l'avance, tu plies les serviettes, tu prépares le salon. C'est en mode, voilà. C'est fait comme ça. Les fermetures, c'est pareil. Il faut rester après les heures de travail. Que le salon soit propre pour le lendemain. En Norvège, ça arrive tellement de fois que mes collègues arrivent après leurs clients. Les serviettes ne sont pas pliées. Il n'y a rien qui est prêt. Le lave-vaisselle, il n'est pas vidé. Et moi, j'arrive dans mon nouvel emploi, le salon dans lequel je travaille actuellement. Je fais l'ouverture avec deux autres de mes collègues. J'arrive en avance. Je fais les choses bien. Et là, je vois mes collègues arriver et me dire « Oulà, mais détends-toi, on a le temps, on a toute la journée pour le faire ! »
- Lucie
Ouais, donc c'est plus relax, tu dirais ?
- Claudie
Totalement, totalement. Alors oui, il faut faire les choses, je ne dis pas, mais mon tempo de française en mode furie furieuse qui arrive, il faut que tout soit parfait, pour que la première cliente qui passe la porte, que ce soit impeccable... Non, ça va, on en fait le jeu. Cette pression-là, c'est tranquille. Et je trouve aussi que c'est intéressant parce qu'en Norvège, je ne travaille pas tous les samedis. Donc en France, c'est limite inconcevable d'avoir un samedi de repos. Si je me souviens par expérience d'avoir un mariage où j'ai dû amener le faire-part du mariage comme preuve à mon patron pour qu'on me donne une demi-journée, parce que oui, il faut venir quand même travailler le matin parce que ça reste un samedi.
- Lucie
Ah ouais, c'est la grosse journée.
- Claudie
Oui, alors qu'en Norvège, je travaille deux samedis par mois. Je peux travailler plus si je veux, mais honnêtement, je n'ai pas envie. ça ne m'intéresse pas, j'en ai fait assez des samedis donc j'aime bien aussi avoir ma vie privée et c'est ça aussi qui est intéressant c'est que tu découvres un autre vraiment rythme de travail qui n'a rien à voir avec celui de la France il n'y a pas cette hiérarchie écrasante c'est les apprentis qui nettoient les bols de peinture c'est marrant même dans la coiffure,
- Lucie
parce que nous on en parle aussi on parle de ça en entreprise mais donc même dans la coiffure Il y a ce côté équilibre vie pro, vie privée qui essaye d'être respectée au maximum. Et cette hiérarchie qui est beaucoup moins dominante.
- Claudie
Moi, j'ai eu un choc la première fois que j'ai vu mon patron ou ma patronne plier des serviettes. Ah ouais ? C'est pour vous dire à quel point ça a l'air de rien. Mais non, mais pire qu'en quoi dire que... Ou vraiment, ils ne l'ont pas fait parce qu'il n'y a plus de serviettes, alors il faut le faire. Non, ils le font parce que... Voilà, on papote, on le fait, c'est normal. Et je n'ai aucun mal à partir plus tôt du travail si c'est calme. Je n'ai pas à rester là en mode, il faut que je reste jusqu'au bout parce que sinon, ça va être mal vu si je pars plus tôt. En Norvège, ils vont me regarder en mode, mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'as pas de client, pourquoi tu restes ? Et c'est pour ça d'ailleurs que c'est inconcevable pour moi de rentrer en France parce que partir d'ici pour retrouver ce rythme de travail que j'avais en coiffure en France, Très peu pour moi. Non, merci.
- Lucie
Est-ce qu'on peut dire que tu préfères être coiffeuse en Norvège plutôt que coiffeuse en France ?
- Claudie
Oui. J'ai plus de respect de la part de mes clients en Norvège que de respect... Ah oui, carrément. ...des Français de France, pas des Français de Norvège.
- Lucie
Est-ce que tu pourrais donner, pour ceux qui ne vivent pas en Norvège, qu'ils aient un ordre d'idée, faire un comparatif en France, du coup, une... Coupe brushing, combien ça coûte ? Et comparé avec la Norvège ?
- Alban
Dans une grande ville en tout cas, parce qu'il faudrait comparer.
- Claudie
Je n'ai pas les prix en France, mais en tout cas, je les ai en Norvège. En Norvège, ce qu'il faut savoir, c'est que tout est inclus. Vous avez la consultation, vous avez le shampoing, il va y avoir la coupe, le brushing. Je crois que maintenant, on dit séchage. J'ai pu comprendre ça. Vous avez aussi toute la partie conseil. En l'occurrence, lorsque moi je travaille, c'est vraiment placer la coupe par rapport à la forme de la tête de la personne. Parce que couper des cheveux, pour couper des cheveux, tout le monde peut le faire. Mais vraiment, faire du plaçage pour être sûre que ça se place bien pendant longtemps, c'est différent. Du coup, là, on part sur une gamme de prix qui est un peu plus élevée, qui ont certains salons aussi à Oslo ou en Norvège, qui, eux, par exemple, ne vont pas forcément... rentrer dans les détails du conseil ou vraiment personnaliser la chose par rapport à la forme du visage ou de la tête de la personne. Donc pour une femme, on va être sur 1390 NOC. Donc ça comprend une heure. En sachant que moi je dépasse toujours, surtout quand j'ai des Français au salon. J'aime bien, je dépasse un petit peu. Ouais. J'aime bien papoter avec mes filles en français. C'est toujours agréable de les voir. Et sinon pour les coupes hommes... Ça dépend de ce que je fais. J'adapte. Si je ne fais que de la tondeuse partout, je prends moins.
- Lucie
D'accord.
- Claudie
Si je dois faire une coupe super hipster... Oui,
- Alban
c'est relativement comme en France aussi. Oui, on adapte. Des différentes grilles selon la complexité.
- Claudie
Tout à fait. Là, on est aussi sur 1 200 nocs pour une coupe homme ou une coupe femme sur cheveux très courts, par exemple.
- Alban
Mais avec la partie conseil.
- Claudie
Bien sûr.
- Alban
Voilà, c'est ça. Oui,
- Claudie
oui. La partie conseil, c'est la partie la plus importante de mon travail. La coupe de cheveux, en soi, c'est rien.
- Alban
C'est de l'exécution.
- Claudie
Ça va très vite. Je vois très bien ce que j'ai en face de moi. Je sais ce qu'on me demande. Je combine toujours ce que la personne me demande avec ce que moi, je pense. Donc, c'est un travail d'équipe. Je vais vraiment dire, OK, c'est quoi ta routine de coiffage ? Combien de temps tu y consacres ? Plus ou moins tous les jours. Si tu es quelqu'un qui ne va pas passer beaucoup de temps. On va partir sur une couple qui va justement être facile à l'entretien, au coiffage.
- Lucie
J'ai envie de prendre rendez-vous là.
- Claudie
Viens Lucie, je t'emmène.
- Lucie
À la fin de l'épisode, tu nous diras le nom du salon, l'adresse et tout.
- Claudie
Sans problème. Mais je trouve que c'est important de remettre les choses dans leur contexte, c'est-à-dire que je passe beaucoup de temps à cerner la demande, à vraiment regarder qu'est-ce que j'ai comme type de cheveux. Quelle est la routine de la personne ? Qu'est-ce qu'elle utilise à la maison ? Donc sèche-cheveux, brosse, pas brosse, produit de coiffage, pas produit de coiffage. Et vraiment faire en sorte que la combinaison des deux fait que ça fonctionne. Et à chaque fois, je leur dis, la prochaine fois, c'est important de me dire comment ça s'est passé, puisque bizarrement, je me souviens de tout ce que je fais. Je n'arrive pas à me souvenir de ce que j'ai dans mon frigo quand je fais les courses, mais me souvenir d'une coupe de cheveux qui date d'il y a six mois.
- Lucie
il n'y a pas de problème est-ce que tu adaptes en fonction je vais adapter bien sûr c'est aussi important peut-être une fois qu'on a trouvé son coiffeur de rester fidèle pour pouvoir améliorer ensemble bien
- Claudie
sûr et c'est aussi ça qui est intéressant c'est à dire que si vous allez dans un salon admettons je ne veux pas faire de mauvaise pub mais sans citer le nom de ces salons là très rapide Merci.
- Lucie
Qui commence par...
- Alban
Je me suis retrouvé avec des coupes douteuses plusieurs fois.
- Claudie
En fait, eux, ils travaillent au quart d'heure. N'est-ce pas ? Et en fait, si vous comparez le prix au quart d'heure, ils sont plus chers que moi. Bien sûr. En sachant que la coupe, comme tu l'as très bien mentionné, elle va être un peu douteuse. Si tu as de la chance, ça va bien se passer. Mais si tu n'as pas trop de chance, la coupe va être un peu douteuse et du coup, tu vas devoir retourner dans un salon. Et tu vas devoir... payer.
- Alban
J'imagine même pas pour des hommes, tu te dis, bon, la marge d'erreur, pourquoi pas ? Mais quand même, en France, je pense que sans être hyper intéressé par ça, peut-être en étant plus jeune, j'y faisais plus attention. Je trouve qu'il y a des gens hyper techniques qui te font des trucs vraiment sympas et tout. Bon, quand cette fameuse chaîne très rapide, j'ai été traité comme du bétail en plus. Et franchement, l'expérience, c'est pas très agréable. C'est vraiment... Bien sûr, c'est le modèle économique de la boîte qui veut ça.
- Claudie
Et les pauvres coiffeurs d'ailleurs, parce qu'il y a souvent des coiffeurs qui du coup vont... Déjà en termes de diplôme, c'est pas des coiffeurs norvégiens en général. En termes de diplôme, c'est plus ou moins... on sait pas trop. Et surtout, c'est des pauvres, c'est des personnes qui sont très mal payées, qui vont se retrouver avec des inflammations au niveau des épaules, de la nuque, parce que la tension au travail... Oui, les troubles musculo-squelettiques, on en parle beaucoup dans le domaine de la coiffure, donc c'est très répandu. Et là, je me dis, mais en plus, avec la pression psychologique, tu te fais un salaire, mais misérable. C'est de l'exploitation.
- Alban
Attends, mais moi, ce qui m'a un peu traumatisé, c'est que, donc, ils ont des petits iPads là, où ils te reçoivent. Enfin, tout est très informatisé. Et t'as le chronomètre qui commence quand ils te reçoivent.
- Lucie
Oui, la pression, quoi.
- Claudie
Vous, en tant que client, vous ne voyez pas cette partie-là, mais moi, je la connais, c'est-à-dire que... dans les backstage, vous allez avoir une réunion, on va vous dire là t'as passé tant de temps sur telle personne, là t'as moins fait de chiffres ici, n'oublie pas de présenter deux produits sur la tablette pour que la personne achète et ainsi de suite. Et c'est une pression comme ça qui fait que je trouve que les gens ne se rendent pas compte de cet aspect-là mais c'est vraiment, enfin c'est pas ça grappe pour personne en fait.
- Alban
Et est-ce que t'as déjà vu peut-être des gens déçus en Norvège et comment ça s'exprime ou pas ? est-ce que c'est différent d'en France ?
- Claudie
ça m'intéresse parce que en France j'imagine comment tu dirais à quelqu'un qui est déçu en France comment il réagit comparé à un Norvégien en France je pense que les gens je me souviens les gens sont assez directs ils vont me dire ouais c'est pas mal mais par contre tu peux faire plus court et genre partout en fait ouais t'es genre la fin t'es déjà en retard t'as pas mangé t'as pas été aux toilettes la coiffure c'est pas grave Donc, ce n'est pas grave. Oui, ils vont avoir tendance à me dire les choses de manière un peu plus directe. En Norvège, quand quelqu'un n'est pas satisfait de quelque chose, ils ne vont pas le dire. Mais ça se voit sur eux.
- Lucie
C'est leur visage. Ah, c'est drôle.
- Claudie
Ils sont là en mode... À chaque fois, je vais le montrer et je vais leur dire, voilà, qu'est-ce que tu en penses ? Dis-moi, qu'est-ce que tu penses de la longueur ? Est-ce que tu aimes bien les fées et tout ? Et la grande, grande réponse, c'est toujours le « hum » . Ah, si j'ai un « hum » .
- Alban
Tu as compris que c'est chaud là.
- Lucie
Il faut réajuster.
- Claudie
Là, du coup, je prends le temps. Je vais m'asseoir en face de la personne pour être au même niveau. Et là, je vais dire, dis-moi ce que je peux faire. J'ai envie que tu sois très content. Et là, du coup, ils vont me dire, là, tu vois, je pense que c'est plus court. Peut-être faire plus court, ça peut être pas mal.
- Alban
Peut-être cette démarche, on en avait parlé avant, de leur donner l'autorisation de pouvoir faire un retour honnête. si tu dis juste comme ça mais toi tu creuses et là si on demande vraiment allez on va creuser ils y vont et je vois la différence avec mes collègues norvégiennes elles elles reçoivent le elles posent le miroir,
- Claudie
elles enlèvent le peignoir allez hop hop hop on va en caisse mais moi non en fait je suis là je me dis ah non mais non moi je veux que tu sois content et si mes clients sont contents moi je suis la plus contente un client dans la journée qui n'a pas été satisfait je repars à la maison avec ça c'est un poids oui ou je me dis qu'est-ce que j'ai pas compris qu'est-ce que j'aurais dû faire qu'est-ce que j'aurais dû dire ou là vraiment ça me mon copain à chaque fois il me dit mais ça va ça va n'inquiète pas et moi je lui dis mais non mais j'ai eu un je comprends pas j'ai eu un et c'est pas allé au-delà et ça va pas le hum ou le hum tu sais ah oui vraiment bon allez on passe à autre chose ciao mais du coup dès que je demande, et bien là, ils sont contents. Et puis, ils sont en confiance aussi. Je trouve qu'il y a une relation de confiance qui se crée, qui au début, je les vois, les Norvégiens sont assez « Oh là, c'est lambda, on va papoter un petit peu, oui, mais voilà, on ne rentre pas trop dans les détails. » Mais ils vont revenir régulièrement et on va faire connaissance. Donc, on va s'ouvrir l'un à l'autre et là, on entame des discussions super.
- Alban
Génial. Donc, justement, ça va être ma prochaine question. Tu crées vraiment des liens et d'ailleurs, en Norvégien aussi ? depuis,
- Claudie
tu parles couramment norvégien aussi dans le milieu de la coiffure avec ton job ça se passe bien et donc tu noues des liens avec des norvégiens au fur et à mesure qui reviennent c'est pour ça que quand j'entends des gens dire les norvégiens ils sont froids les norvégiens ils sont pas expressifs mais
- Alban
venez au salon de coiffure vous allez voir on va faire un reportage
- Claudie
Venez, vous allez voir. C'est quand même mes clients norvégiens qui m'offrent toujours des chocolats à Noël, des bouteilles de vin, toujours français, parce que ce n'est pas les françaises, on va lui acheter du vin. Qui me font des hugs à Noël ou à mon anniversaire, qui m'envoient des messages. C'est quand même... C'est fort,
- Alban
c'est secret. Oui,
- Claudie
pas avec tout le monde. Ça serait mentir de dire... Mais pour beaucoup, j'ai des clients, il y en a un, là, je... C'était première coupe de l'année avec lui. Et il me dit, tu te rends compte, ça va faire neuf ans qu'on se connaît, Closy. Et je l'ai rencontré la première fois, il était plus petit que moi. Et maintenant, il me dépasse de deux têtes. Mais c'est trop mignon. Donc, j'ai des familles entières qui viennent au salon. Je connais la mère, les enfants, la tante, les grands-parents.
- Alban
Est-ce que de manière générale, tu dirais que, tu sais, par exemple, la France a une bonne presse pour la nourriture. Est-ce que la coiffure, on retrouve ça ?
- Claudie
Est-ce que c'est un gage de qualité que tu sois française ?
- Alban
Pas forcément, sur la coiffure.
- Claudie
Je trouve que c'est plutôt un bon avantage. Je ne trouve pas que je fasse des choses extraordinaires par rapport à mes collègues norvégiennes. Elles sont très professionnelles et elles sont très douées dans leur domaine aussi. Mais je dois avouer qu'en termes de service, ce n'est pas la même chose. Je me souviens, dans les premiers salons dans lesquels j'ai travaillé en étant apprentie, la cliente arrive, c'est « bonjour madame » , « bonjour monsieur » , on prend le manteau. On installe la personne, on lui fait un café, un thé. Voilà, c'est très, très... Voilà, on est vraiment dans le service. En Norvège, on n'ouvre pas la porte, on ne prend pas les manteaux. Il n'y a pas cet écho dans le salon où tous les coiffeurs et toutes les coiffeuses disent « Bonjour, monsieur ! »
- Alban
« Bonjour ! » « J'adore ! » « Bonjour ! »
- Claudie
« Mais c'est tellement ça ! » Et franchement, il y a plein de... il y a des stéréotypes mais c'est ça dans le sud et une bonne journée merci beaucoup à très vite moi je le faisais pas toujours très justement j'avais tellement peur de tomber dans le temps je suis tellement en mode je veux pas avoir l'impression d'être coiffeuse je veux pas qu'on me dise on me le voit dans la rue elle est coiffeuse ouais d'accord et qu'elle parle comme ça ouais ouais t'as pas l'estigmatisme autour de ça donc il y a pas ça et vraiment je me rends compte que tu vois bon Merci. la personne arrive, admettons je suis un peu en retard, j'arrive, je vais la voir, je vais lui dire je suis un tout petit peu en retard de 5-10 minutes, est-ce que tu veux que je te prépare un café, un thé ou un verre d'eau ? Et tout de suite pour eux c'est le must du service.
- Alban
Ils ne s'en rendent pas, c'est leur habitude que ce soit.
- Claudie
Alors que d'habitude c'est en mode oui bon tu connais le chemin, t'enlèves ton manteau enfin les salons en Norvège c'est vraiment...
- Lucie
Moi quand je suis arrivée, comparée à la France par exemple au café Tu as plus tendance à aller au comptoir et demander ton café comparé à la France où tu attends à ta table qu'on vienne te commander.
- Alban
Et en général, tu ranges tout toi-même.
- Lucie
Oui.
- Alban
Tu te fais ton service, en fait. Du coup, ça me fait un peu penser à ça aussi.
- Lucie
Et est-ce que tu sais si les études de coiffure, c'est assez similaire en Norvège et en France ? Vous apprenez les mêmes choses ou pas du tout ?
- Claudie
C'est très différent. En l'occurrence, pour ma part, j'ai fait un apprentissage. pendant cinq ans, donc des deux premières années de CAP. Donc j'étais principalement en entreprise. J'avais trois jours d'école par quinzaine.
- Alban
Donc beaucoup de boulot, du coup.
- Claudie
Il faut faire énormément de travail, puisqu'au final, on est très peu à l'école. Mais en revanche, on nous surcharge. C'est super intense, d'ailleurs. On nous surcharge de devoirs, de choses à faire, aussi bien dans la pratique que dans la théorie.
- Lucie
D'accord.
- Claudie
C'est très complet. Et en fait, quand j'ai regardé les manuels de coiffure, ou en tout cas, ce que les coiffeurs étudient ici en Norvège, ça reste très léger quand même. Et pour le coup, eux, ils font deux années à l'école. et deux années en entreprise, en partenariat avec l'école. C'est-à-dire que l'école a encore un suivi de leurs élèves quand ils font leurs deux années en entreprise. Et là, ils obtiennent un diplôme de coiffure. Alors que nous, c'est CAP, mention complémentaire, brevet professionnel. Donc, c'est vrai que du coup, moi j'arrive, j'ai trois diplômes, et eux, ils arrivent, ils en ont un. Donc, c'est assez différent. Et du coup, en termes de barème pour les paiements de salaire, c'est aussi... très différents. Et d'ailleurs, je fais une petite parenthèse là-dessus. S'il y a des coiffeurs qui souhaitent venir en Norvège, faites très attention au barème, parce que parfois, ça ne correspond pas du tout au montant qu'on est censé être payé. Moi, je faisais très confiance. Je me disais, la Norvège, les gens sont très honnêtes. Et ça revient très souvent. Les Norvégiens sont très honnêtes. Mais on peut aussi tomber sur des gens qui ne jouent pas du tout dans les règles. qui vont prendre avantage du fait qu'on soit étranger et qu'on ne connaisse pas forcément le barème. Et du coup, on se retrouve à se rendre compte que pendant trois ans, j'ai été sous-payée.
- Alban
Et comment tu as fini par t'en rendre compte, par exemple ?
- Claudie
Moi, je m'en suis rendue compte. C'est-à-dire que c'est une longue histoire, mais concrètement, j'ai eu des soucis avec mon avant-dernier employeur. Du coup, je suis... On a un cas...
- Lucie
Un litige ?
- Claudie
Oui, oui. Donc, avocat, enfin, tout ça, tout ça. Et du coup, c'est vrai qu'il y a eu des accusations de la part de cet employeur-là où, du coup, quand on n'a pas fait ce dont pourquoi on est accusé, on se met le nez dans les documents, dans les chiffres pour dire, je vais démontrer ça parce que ce n'est pas vrai. Et plus on avance, plus on creuse et plus on se rend compte de choses et on se dit, mais...
- Alban
En fait, c'est encore pire que ce que je pensais, limite.
- Claudie
Oui. Et en fait, si il n'y avait pas eu tout ça, je ne m'en serais pas rendue compte. Et voilà. Donc, qu'on soit intéressé pour venir en Norvège, oui. Mais pour tous les corps de métier, faites super attention. Il y a des abus. Oui, il y a des abus. Et je trouve que c'est... Je ne sais pas, on est peut-être... Ou alors, est-ce que c'est moi qui suis trop honnête ? Je ne sais pas. Mais je trouve qu'on est vachement dans une petite bulle en mode... Non, mais les Norvégiens, ils sont gentils, ils sont honnêtes.
- Lucie
C'est basé sur la confiance. Beaucoup ici, donc tu te dis... Ils ne vont pas m'entourlouper.
- Claudie
Exactement. Et là, on se rend compte, eh bien non, pas tout le monde. Alors, il faut faire attention. Il faut être vigilant. Il faut prendre le temps de regarder quelles sont les règles, quels sont les barèmes, quelles sont les lois en fonction de son corps de métier. Parce qu'on me disait, tu peux prendre contact avec Fag for Bundet, donc le syndicat, donc des syndicats qui sont rattachés en fonction de nos corps de métier. Ils ne font pas grand-chose. Malheureusement. Je ne sais pas pour les autres, mais en tout cas, dans le domaine de la coiffure, pas trop trop leur en demander.
- Lucie
Est-ce qu'on peut les contacter pour savoir justement ces barèmes ? Savoir si je viens de m'installer ici et que je veux savoir quel doit être le barème par rapport à mon expérience, mes diplômes et tout. On peut s'adresser à ce...
- Alban
Ou est-ce que Chad G. Petit fera un meilleur boulot, tu penses ? Tu vois, c'est bête, mais maintenant...
- Claudie
Ça me fait mal de le dire, mais je crois que Chad G. Petit fera un meilleur boulot quand même. Parce qu'une fois, j'ai voulu poser une question. On me dit, tu n'es pas syndiquée.
- Lucie
Pour faire partie d'un syndicat, il faut payer.
- Claudie
Donc voilà, je deviens membre. Je paye un certain montant tous les mois en me disant, c'est bon, j'ai la garantie d'une sécurité. En me disant, si j'ai des questions, on va y répondre. S'il y a des choses à vérifier, on les vérifiera pour moi. Pas du tout. Donc du coup, je pose les questions une fois que je suis syndiquée, où là, au final, au lieu de me répondre avec des faits, des articles de loi, et des règles bien cadrées, on me répond avec des avis complètement personnels et biaisés. Donc là, je me dis, mais qui sont ces personnes ? Est-ce que c'est comme ça avec tous les syndicats ? Donc j'ai appris que non. Dans mon domaine, c'est vraiment rester en surface. Et au final, la seule vraie personne qui a vraiment pu m'aider dans tout ça, c'est donc du coup mon copain et mon avocat. Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'un avocat, qu'importe où on vit, ça coûte extrêmement cher. On me dit oui mais ton syndicat aurait pu te donner un avocat, ils ont des avocats machin. Oui, j'ai fait la demande, mais apparemment, mon dossier était trop compliqué. Autant vous dire, je ne suis pas restée syndiquée très longtemps.
- Lucie
Je m'étonne.
- Claudie
Je me suis désabonnée. Quand on déménage en Norvège et on est dans cette phase de honeymoon, et on est tellement là, des paillettes plein les yeux, on ne se rend pas compte de ça. Ce ne sont pas les choses auxquelles on pense tout de suite. Il faut qu'on reste sur place pendant un moment, et limite qu'on enchaîne des galères, pour comprendre comment ça fonctionne. Mais je réinsiste sur le fait que... Il y a plein de difficultés en fait où je n'étais pas préparée, je ne savais pas. Et je me dis toujours, même si on est bien préparé, il y a toujours des choses qui viennent s'ajouter. Il ne faut pas sous-estimer l'éloignement avec la famille, les amis, l'hiver ici, la noirceur, le fait d'être dans une autre culture. Et si en plus de ça, on amène des problèmes professionnels qui amènent eux des problèmes financiers, ça peut être très dur très très vite. Et je veux vraiment insister sur ça, faire très attention.
- Alban
Tout à l'heure, tu parlais de la solitude notamment. Comment ça s'est traduit pour toi ? Est-ce que tu as connu des périodes difficiles en vivant à l'étranger ?
- Claudie
Alors moi, déjà de base, j'aime bien être seule. Je suis très contente. Je suis plutôt...
- Lucie
Solitaire.
- Claudie
Ouais. Au travail, du coup, je donne tout parce que je suis avec des gens toute la journée. Je parle tout le temps. En contrepartie de ça, à côté de mon travail, j'aime bien être toute seule.
- Alban
Te recharger, oui.
- Claudie
J'aime bien ça. Du coup, je dois avouer que la Norvège, c'est quand même... pas mal. Si on est introverti, j'avoue que c'est peut-être le pays rêvé, limite, mais être seule et se sentir seule, c'est pas la même chose. Où justement, il y a eu des périodes qui sont très difficiles, comme l'année dernière, ça a été ma pire année en Norvège à cause de ce litige professionnel. Je sais pas comment vraiment l'exprimer, parce que c'est très dur. Je pense qu'il faut traverser ça pour le comprendre, mais t'as pas envie de voir du monde. Même si on te propose des sorties, t'as peur d'être de mauvaise compagnie parce que ce liti, justement, prend de la place. Moi, je l'ai caché pendant très longtemps à ma famille parce que je n'avais pas envie de les inquiéter. Je n'avais pas envie de parler de ça tout le temps quand je leur parlais. Mais c'est drôle parce que même si on vit loin et se rendait compte qu'il y avait quelque chose, mais ils ne savaient pas quoi. Je trouve que ça peut être très difficile. Mais encore une fois, il y a Mère Nature qui est là. Donc quand on a un petit coup de déprime, il faut sortir. Et les médecins d'ailleurs le recommandent. C'est vrai. Faire des sorties en extérieur, aller au musée. Et c'est vrai, il faut faire des sorties. Donc je dirais que l'isolement en soi, ce n'est pas quelque chose qui m'a dérangée, parce que de nature, c'est quelque chose que j'aime bien. Mais j'avoue que pour des personnes qui sont peut-être très extraverties, qui aiment passer du temps avec du monde, faire des sorties, être tout le temps entourées. J'avoue que là, ça peut être un peu compliqué.
- Lucie
Est-ce que tu t'es fait des amis par le travail ? Est-ce que de bons amis ? Comment ça s'est passé pour créer du lien social ?
- Claudie
Je dirais, dans un premier temps, ça a été les Français. Donc, avec les French After Work et les cours de Norvégien aussi. Du coup, j'ai rencontré mon meilleur ami ici en Norvège. Oui, mes premières amies norvégiennes, du coup. Parce que j'en ai quelques-unes, donc je ne suis pas peu fière.
- Alban
Oui, on se mérite.
- Claudie
Ça a pris trois ans quand même. Trois ans où du coup, oui, mes anciennes collègues sont devenues des amis. On se voit une fois par mois, soirée nana. Je ne vais pas dire que je suis la personne la plus régulière. Donc, c'est vrai qu'il y a des personnes que je vois très peu. Mais en tout cas, quand je les vois, ça se passe extrêmement bien. Mais j'avoue qu'à cause de mon métier, c'est vrai que je n'ai pas forcément... Envie de sociabiliser après mes heures de travail.
- Alban
C'est ça, parce que tu apparaîs, je trouve, comme quelqu'un de très sociable, mais tu restes introvertie. Je pense que je me définis comme ça dans le sens où je vais avoir plein d'amis, je vais beaucoup parler, je vais m'intéresser beaucoup aux gens. Mais après, j'ai vraiment la manière dont on se recharge, c'est aussi d'être seul et au calme.
- Lucie
Et comment tu gères l'éloignement avec la famille ?
- Claudie
Ça se passe... Alors, ça dépend avec qui. il y a des personnes avec qui ça s'est vraiment très très bien passé il y a eu une acceptation de mon départ qui s'est faite tout à fait naturellement ils sont venus me voir ici donc ils ont compris pourquoi je suis venue là ils ont dit mais ça fait sens ça fait sens avec ma personnalité je me souviens de ma soeur après son premier séjour ici qui me dit, on se dit au revoir à l'aéroport et elle me dit mais reste ici t'es tellement bien là Et je me suis dit, merci, ça m'a fait du bien de l'entendre, parce que du coup, quand il y a d'autres personnes qui n'ont pas du tout compris, on est allé dans le conflit, on se dit bon. J'ai pas pris la mauvaise décision. Je dois avouer que c'est assez dur parfois de pas toujours être là pour les mariages. J'ai pas pu assister à l'enterrement de mon papa par exemple en 2020 à cause du corona. Donc on peut pas toujours se rendre au mariage, aux enterrements. On peut pas toujours...
- Lucie
Participer aux grandes étapes de vie.
- Claudie
Grandes et petites. J'ai une nièce et un neveu que j'aime de tout mon cœur. et je les vois grandir, mais de loin en fait. Il y a plein de choses que j'ai ratées. Eux, ils ne s'en rendent peut-être pas compte. Je suis un peu la tata qui vit à l'étranger. Donc bon, ils me voient une fois de temps en temps. Mais c'est vrai que quand je vois des photos, les rentrées de classe, que je les vois évoluer, je me dis, j'ai loupé plein de trucs. Et à chaque fois que je les vois, c'est devenu des personnes différentes. Donc il faut que je me réhabitue à chaque fois. Ça peut être intéressant. de vivre loin de sa famille, puisque du coup, on se découvre. Mais en contrepartie de ça, on loupe beaucoup de petites et grandes étapes.
- Alban
Ça a un prix. Et je dirais, je vais utiliser un mot qui compte triple au Scrabble. Il y a cette dichotomie. C'est beau, le tir. Entre, en fait, comme tu dis, se révéler, se trouver dans un environnement qui nous correspond, mais au prix de louper les petits moments, les grands, comme tu dis, ou les petits moments de vie. Et c'est toujours naviguer ça, sans trop s'en vouloir. Et c'est vrai qu'avoir la confirmation des autres que c'est parfois, tiens, ça te correspond, c'est bien et je comprends pourquoi tu adores ce pays ou pourquoi tu t'y sens bien, ça fait du bien. Parfois, ça soulage.
- Claudie
Ça a vraiment soulagé beaucoup d'appréhension, puisque au final, eux, ils ne s'en rendent pas compte. Mais à chaque fois que je rentre en France, en tout cas au début, j'appréhendais un petit peu. Je me disais, mais est-ce qu'on va m'en vouloir ?
- Alban
Je pense aussi que la distance, tu imagines les scénarios et parfois j'ai l'impression que c'est un choix égoïste. Je décide de mettre mon bien-être et le bien-être familial en avant. En gros, c'est ma priorité. Dans les années de vie dans lesquelles je suis, ça correspond à ce schéma-là.
- Claudie
On peut paraître égoïste. En plus, je n'ai pas d'enfant, je vis à l'étranger. On ne va pas dire que ça rentre dans une case, en tout cas pas celle qu'on attend de nous parfois, de devoir fonder une famille et autres. Moi, je n'y pense pas du tout. Je me dis, mais j'ai tellement de choses à faire et explorer. Ça vient de moi. Mais je me dis, c'est vrai que quand je rentre en France et je vois le décalage avec mes amis, qui ont maintenant pour la plupart une vie de famille, ou aussi, il y a une chose qu'on sous-estime, et ça, je ne le savais pas et j'aurais aimé qu'on me le dise, c'est que quand tu évolues entre deux cultures, tu deviens un espèce d'hybride. Tu ne t'intègres pas entièrement. En Norvège, parce que tu ne seras jamais à 100% norvégienne ou norvégien, malgré tous les efforts que tu feras en nationalité, pas nationalité, la langue, pas la langue, peu importe. Mais à chaque fois que je rentre en France, il y a un décalage qui se fait où je n'ai pas le même environnement, je n'ai pas les mêmes soucis, je n'ai pas les mêmes centres d'intérêt. On ne parle pas des mêmes choses au repas de famille. Entre ma belle famille norvégienne et ma famille en France, je me dis mais... Les sujets de conversation sont... Il y a des choses, en fait, on ne parle pas de ça. À table, ça reste dans des petits cercles bien fermés. On ne va pas parler politique à table dans ce cours. Oui,
- Alban
c'est vrai que ce n'est vraiment pas...
- Claudie
En France, pas de problème. C'est débridé. Donc, c'est assez rigolo de voir le contraste des deux. Ça demande un temps d'adaptation pour se remettre dans le brin et aussi au retour. le retour où en général il y a des gens ils vont se sentir pas très bien, moi en général je suis bon, je suis un peu triste de dire au revoir à ma famille et mes amis, mais ça dure pas longtemps je suis contente de rentrer chez moi en Norvège de retrouver ma routine et ma petite vie mais j'avoue que après la France ça prend du temps pour moi de devoir reparler norvégien au salon où en fait j'ai pas l'automatisme de parler norvégien tout de suite Ça demande de devoir se réadapter, ça demande beaucoup d'énergie aussi, de devoir être entre les deux.
- Lucie
Oui, c'est très dur.
- Alban
Il y a beaucoup d'invités aussi, et je le ressens aussi, qui nous disent « En Norvège, parfois je me sens un peu français, et quand je retourne en France, je me sens norvégien. » Mais totalement !
- Lucie
La dualité, oui.
- Claudie
C'est vraiment... Une vraie dualité.
- Alban
Et tu disais que l'année dernière, ça a été l'année la plus dure pour toi en Norvège. Est-ce que ça a remis en question ton projet de vie en Norvège ?
- Claudie
Non, pas du tout.
- Alban
Même pas ?
- Claudie
Non.
- Alban
C'est incroyable.
- Claudie
Non, non, non. Ça aurait pu mal tourner dans le sens où les frais d'avocat ont tellement grimpé. Et là, en l'occurrence, maintenant, je travaille dans un salon où je travaille à la commission, c'est-à-dire que je ne fais de l'argent que lorsque j'ai des clients. Donc, je ne suis pas payée à l'heure. Il y a eu un moment donné, ou financièrement parlant, je me suis dit, heureusement que je vis avec mon copain, parce que sinon, si j'avais été toute seule à ce moment-là, J'aurais dû rentrer en France. Je n'aurais pas eu le choix. Ça aurait été violent, puisque là, pour le coup, vraiment, moi, c'est ma vie, elle est ici, en fait. Je me dis, à cause d'un litige professionnel, en sachant que la vie professionnelle, oui, c'est important, mais je veux dire... Oui,
- Alban
tu n'es pas capable de dire.
- Claudie
Ça aurait dû... Voilà, ça aurait quand même pu vraiment faire basculer tout ça. Ça m'aurait fait mal. Quand on a un litige professionnel, c'est un peu comme avoir une ombre qui nous suit tout le temps. C'est-à-dire que tu ne penses... Je pense que tu vois très bien de quoi je parle. Tu y penses souvent, donc du coup, tu te renfonces un peu dans ça. Vraiment, tu sens qu'il y a une injustice qui se crée, il y a un sentiment aussi d'insécurité qui se crée, qui s'installe. Et on ne s'en rend pas compte tout de suite.
- Lucie
Non, ça vient te gratouiller comme ça, ça fait que tu ressens toi tout petit à petit.
- Claudie
Tout est remis en question. Et en fait, c'est vraiment comme une ombre, c'est-à-dire qu'elle est... tout le temps là. Donc, c'est pas comme si tu la voyais, c'est pas comme si tu la vois tout le temps, ou en tout cas que tu la remarques, mais elle est tout le temps là, quoi. À côté de ça, je trouve que, même si ça a été difficile, en aucun cas, j'ai pensé à une seule seconde à acheter un billet à l'essence, à aucun moment où je me suis dit, mais non, ça serait la...
- Alban
C'est marrant parce que je vois Alban, c'était pareil. Je vois dans vos deux réactions que Merci. Malgré ce moment très dur, ça n'a pas été pour autant une remise en question du projet de vie en Norvège. Et de se dire, je me sentirais plus en sécurité en France ou ailleurs d'ailleurs. Parce que ce n'est pas moi qui vivais le litige professionnel, mais du coup, j'étais là. Est-ce que ça veut dire qu'il faut qu'on prenne un nouveau départ ailleurs ? Parce que comme tu dis, ça empiète tellement sur tout autour que pour moi, c'était un peu genre, peut-être qu'il faut qu'on... qu'on aille ailleurs, qu'on recommence quelque part. Et Alban, quand je lui ai dit ça, il était là, bah non, moi j'ai juste envie de retrouver une stabilité, mais ici.
- Claudie
Toi et mon copain, vous êtes un peu les dégâts collatéraux. Parce que ça empiète sur tellement de choses. C'est pas comme si tu passes la porte de chez toi et puis c'est bon, c'est fini.
- Alban
Tu peux pas le laisser dehors.
- Claudie
C'est tout le temps, tu dors pas la nuit, tu commences à douter de plein de trucs, même des trucs tout bêtes, tu sais. mais ça n'a pas résumé l'entièreté de ma vie en Norvège. Là, oui, je ne suis pas tombée sur les bonnes personnes. Ok, il s'est passé ce qui s'est passé, mais ce n'est pas toute la Norvège.
- Alban
On croise les doigts pour que ça se termine pour toi et que tu puisses profiter de la vie sans avoir cette petite ombre.
- Claudie
Oui, exactement. Renaitre.
- Alban
Oui, renaître, exactement.
- Claudie
Merci beaucoup, c'est gentil.
- Alban
Quel est ton meilleur souvenir en tant que... coiffeuse en Norvège ? Est-ce qu'il y a eu des moments mémorables en Norvège ?
- Claudie
Je ne sais pas, quand je vois des clients revenir, et surtout que je comprends, c'est-à-dire que là, j'ai un souvenir qui me vient en tête. Une semaine auparavant, j'avais eu une des pires expériences avec une cliente qui n'était pas une de mes clientes, c'était la cliente d'une collègue que j'ai dépannée. Ça ne s'est vraiment pas bien passé puisque je ne suis pas ma collègue, donc ce n'est pas exactement la même chose. Elle n'était pas ratée, tout va bien. J'avoue que c'était assez violent. Et une semaine après, au moment où je nettoie le salon, j'ai fini ma journée, je suis la dernière au salon, je vois une cliente rentrer. Et là, elle me dit, j'ai besoin de... Et elle n'était pas bien. Je sentais qu'il y avait un truc. Bon, moi, je n'avais pas de plan ce soir-là. Je me suis dit, pourquoi pas ? Du coup, je la fais rentrer, je l'installe. Je fais la consultation avec elle, je veux voir un peu qu'est-ce qui se passe. Elle voulait une nouvelle coupe de cheveux, mais c'était bien plus profond que ça. Comme à chaque fois, en fin de compte. Souvent, c'est rattaché. On parle de cheveux, mais je veux dire, on me dit, ouais, c'est de l'esthétique. Non, non, c'est beaucoup de...
- Alban
C'est vrai, quand on change de vie, on change de coupe de cheveux ?
- Claudie
Il y a beaucoup de gens qui font ça.
- Alban
Ouais.
- Claudie
Il y en a beaucoup.
- Lucie
C'est vrai.
- Claudie
Et cette personne-là avait vraiment le besoin de faire quelque chose. J'ai passé beaucoup trop de temps. Je crois que j'ai passé une heure et demie avec elle. Presque deux heures. Il y avait tellement de choses. Je me suis dit, tu sais quoi, on a besoin, moi j'ai le temps, il n'y a pas de problème. C'était la première fois qu'on se rencontrait, elle a vu le résultat final, elle me prend dans les bras avec la larme à l'œil en me disant, mais tu as refait ma journée. Elle m'avait expliqué ce qui s'était passé dans sa journée. Et là, je me dis, bon, c'est quand même un beau métier.
- Alban
Personne ne nous prend dans les bras, la larme à l'œil à la fin de la journée.
- Lucie
Merci pour ce fichier.
- Alban
C'est la EDF.
- Lucie
Magnifique, vraiment ma journée.
- Alban
Non, mais du coup, c'est vrai que là, le côté humain, c'est pas négligible.
- Claudie
Oui, je me souviens d'une cliente, jamais vue cette personne auparavant. Elle rentre dans le salon, les cheveux longs qui lui arrivent aux fesses. Donc moi, à l'époque, j'avais les cheveux quasiment aussi courts que toi, Alban. Et du coup, elle rentre dans le salon et elle dit à ma collègue, je veux les cheveux courts comme elle là-bas. Donc du coup, j'étais la première disponible. Donc je vais la voir et je lui dis mais... Mais t'es sûre que t'as pas envie de faire plusieurs cours ? Parce que du coup, t'as tellement de longueur, tu peux te permettre de faire plusieurs trucs, tu vois, avant d'arriver au cours. Parce que toi, c'est couper court, c'est couper court, n'est-ce pas ? Et là, elle me dit, non, non, cours. Ok. Donc là, j'enlève mes 50 centimètres de cheveux. Moi, j'ai mon cœur qui bat 8000. Je me dis, mais est-ce que ça va bien se passer ? Est-ce que ça va lui plaire, en fait ? Parce que moi, je sais que... Tellement radicale. Oui, mais est-ce qu'elle, elle va se plaire ?
- Lucie
C'est juste que c'est... psychologiquement, ça peut être dévastateur, une coupe qui ne plaît pas, et surtout un changement comme ça, aussi grand.
- Claudie
Alors vous, les clients, vous ne le savez pas, mais nous, quand on a des changements comme ça, à l'intérieur, on est... On n'est pas bien, quoi ! Et du coup, je fais la coupe, je parle, je fais un peu connaissance avec cette personne, parce que je me doutais bien qu'il y avait quelque chose qui se tramait, et effectivement, elle venait, en fait, de signer les papiers de son divorce, et son ex-pari lui avait interdit Merci. de se couper les cheveux courts. Et elle était ravissante. Elle avait ramené une paire de boucles d'oreilles. Elle avait ramené du maquillage. Elle était incroyable. On s'est tous regardés dans le salon. On la voyait, on se disait ça c'est de la force. C'est trop beau. On la voyait, elle était complètement épanouie. Elle avait enlevé un poids dans tous les sens du terme. Là, elle s'était affirmée grâce à sa coupe de cheveux. C'est puissant. C'est très beau. Donc il y a des beaux moments comme ça.
- Alban
Est-ce qu'il y a des moments drôles ? Parfois tu te dis « oups » ou alors des demandes farfelues qui te font rire.
- Claudie
Je dirais... Alors, on va rentrer dans un sujet peut-être un peu plus deep. Je ne sais pas si ça prend un épisode complet pour plus tard pour vous. Mais on peut en parler vite fait des demandes de date en Norvège.
- Alban
Ah ouais, vas-y, j'adore.
- Lucie
Attends, chez le coiffeur, là, je me suis perdu. Ah ouais ?
- Claudie
Chez le coiffeur. Donc, en France, ça arrive parfois, tu sais, qu'un client nous propose... Il y a une règle, en France, on ne parle pas d'argent, on ne parle pas de politique, on ne sort pas avec les clients. Ah ouais ? C'est vraiment une règle ?
- Alban
On te dit, tu n'as pas le droit d'aider un client.
- Claudie
Dans mon cadre à moi, à l'époque, quand je travaillais en France, c'était comme ça. En Norvège,
- Alban
il n'y a pas de règle.
- Claudie
Il n'y a pas du tout comme ça. Donc du coup, c'est vrai que j'ai eu plusieurs...
- Lucie
Une speed dating malgré toi ?
- Claudie
Oui.
- Lucie
Oh, je suis connexion.
- Claudie
Oui, oui. Avant que je rencontre mon copain, oui, ça arrivait où en fait... D'ailleurs, c'était un choc culturel. Où justement, je coiffe un client, un homme, coupe-pomme, je fais mon travail. Il passe en caisse. Et là, il me regarde et il me dit... Il me dit, ouais, est-ce que tu voudrais prendre un café ? Je le regarde. Bon, il était beau, donc je lui dis, va... Il avait l'air sympa, je ne sais pas. On ne va pas pire un café, ça va. Ça n'engage à rien, je ne sais pas. Dans ma tête de française.
- Alban
Ah mais si, c'est engageant en fait.
- Claudie
C'est très très engageant le café.
- Lucie
Ça me fait penser à la fameuse anecdote de Laurette qui a remué les réseaux sociaux. Avec les fêtes. Tu n'as pas à manger ou à boire. Attention, mariage around the corner.
- Alban
Donc toi, t'acceptes un café innocemment ?
- Claudie
Mais tellement. En plus, je suis tellement naïve. Je suis tellement honnête et naïve. Alors du coup, je lui donne mon numéro de téléphone sur son ticket de casse, n'est-ce pas ?
- Lucie
Allons-y, ton café.
- Claudie
Voilà, je fais mon truc et je lui dis, je finis à telle heure ce soir. Et du coup, je retourne dans le salon et là, je vois une de mes collègues débouler vers moi, qui regarde et me dit Merci. Euh, Claudie, je sais pas si t'es au courant, mais café en anglais, je savais pas dire café !
- Lucie
Netflix and chill !
- Claudie
Oui !
- Lucie
Oh putain !
- Claudie
Et moi ? Mais comment on sait ? Il n'aurait pas dit le mot café s'il ne voulait pas prendre un café. Non, non. Café, c'est une excuse, en fait, pour te voir après. Et du coup, c'est quand même important de le savoir, mais les règles de date en Norvège, c'est quand même que tu passes par la case intime. Et si ça se passe bien, du coup, tu vas ensuite revoir la personne dans un lieu public, prendre un café, aller en forêt. Du coup,
- Alban
vous n'avez pas pris de café ? Non.
- Claudie
Mais attends, du coup,
- Alban
quand il te dit rendez-vous chez moi ?
- Claudie
il m'avait envoyé un sms je réponds et je lui dis gentiment je crois qu'il y a eu un petit malentendu je voulais vraiment un café pour moi café ça veut dire café et du coup je me dis ça vient de ma collègue en rigolant je demande à mes autres collègues elles sont toutes norvégiennes elles me regardent et elles sont là un café c'est pas un café je savais pas
- Lucie
Donc du coup, pour l'expliquer...
- Claudie
Il n'y a pas eu de café.
- Lucie
Parce qu'un café, ça aurait voulu dire un date romantique plus plus.
- Claudie
Plus plus, voilà. Je ne savais pas. Donc ça, c'était un peu les trucs... Des petites bourdes un peu comme ça où tu ne sais pas... C'est des différences culturelles.
- Alban
Je suis en train de penser à ça. Je me dis, mais pour les...
- Lucie
Combien de fois tu as allumé les gens au boulot, toi ?
- Alban
C'est clair ! C'est clair. Un petit peu. un petit café. Non, mais c'est crêpe. Mais en plus, je me dis, je l'avais déjà entendu, je crois que c'est Lorelou qui nous en avait parlé, qu'effectivement, en Norvège, tu passes par la case intime avant d'aller boire un café ou dîner ensemble. Là, tu te dis encore, tu es dans un pays hyper safe. Enfin, en France, direct, aller chez quelqu'un et tout, tu as peur. D'abord, tu lui donnes rendez-vous dans un lieu... public avec plein de gens autour pour être sûr que ce n'est pas un malade mental.
- Lucie
Parce que tu ne vas pas me découper.
- Claudie
C'était ça ma réflexion. Peut-être trop de true crime. Je n'ai pas peur de... Ce n'est pas sûr qu'ils vont tomber. En plus, le système de date en Norvège est très très complexe. Ça a l'air simple dit comme ça, mais non, c'est super compliqué.
- Lucie
Je crois qu'il va falloir que le Reven nous en parle parce que c'est vrai que Laurel nous avait parlé de ses années dating et que c'était déjà... C'est drôle, en tout cas avec le recul. Mais il va peut-être falloir rédiger quelque chose d'aïti quand on est âge.
- Alban
Parce que c'est tellement différent.
- Lucie
Les repères ne sont pas les mêmes.
- Claudie
Les copines ont bien rigolé.
- Alban
J'ai plein de questions, mais est-ce que tu as des conseils pour les femmes, pour les hommes ? Combien de fois on devrait aller se couper les cheveux ? Tous les combien de temps ? Est-ce qu'il y a des règles un peu communes en coiffure ?
- Claudie
Je dirais en général, de manière... On va dire en général, en tout cas pour les femmes qui ont des cheveux longs, même celles qui veulent se faire pousser les cheveux, et j'insiste là-dessus parce qu'à chaque fois, je rencontre des gens qui me disent « Non, mais je ne vais pas chez le coiffeur parce que je veux faire pousser les cheveux. » Oui, mais il faut juste venir tous les trois mois à peu près enlever juste les pointes pour enlever ce qui est abîmé ou ce qui peut casser ou devenir trop fin pour faire en sorte qu'en ces trois mois, tes cheveux ont quand même poussé. que ton coiffeur coupe moins que ce que ton cheveu ne pousse par moi. J'ai beaucoup trop de personnes qui viennent au salon avec « Je ne suis pas venue au coiffure depuis deux ans parce que je voulais des cheveux longs. » Oui !
- Lucie
Mais ça te prend un balai brosse, ma chérie ?
- Claudie
Chérie, pas du tout ! Du coup, je me retrouve avec je ne sais pas combien de centimètres de longueur au casier.
- Lucie
Tu l'as coupé, ah ouais.
- Claudie
Et je me dis, mais tu vois, si tu étais venue régulièrement, et je peux comprendre, attention, ça reste un peu clé. Et j'ai des clients qui viennent deux fois par an, attention. Et bisous à eux d'ailleurs, je les adore. Mais j'avoue qu'il y a des... Ouais, je dirais qu'il faut venir à peu près tous les trois mois, trois mois et demi au moins, pour une femme qui a des cheveux longs. Pour les hommes, ça dépend de la coupe. On va avoir des hommes qui ont un peu, si tu vois un peu les mecs qui ont des coupes de cheveux un peu à la Beatles, là, t'as moins d'entretien qu'une personne qui va avoir un tour d'oreille bien sourd, bien déni, avec très peu de longueur sur les côtés.
- Lucie
C'est pour ça que j'ai gardé le casque aujourd'hui pour pas que Claudie observe pour les autres.
- Claudie
Des formations professionnelles. Je ne scrute pas les gens, mais c'est vrai que je peux me rendre compte, en fonction de l'état des cheveux des personnes, je me rends compte à peu près à quelle fréquence ils vont chez le coiffeur ou pas, s'ils utilisent des bons produits ou pas à la maison et ainsi de suite.
- Alban
Est-ce que tu as une recommandation pour les enfants ? Parce que nous, Gisèle, je ne l'ai pas amenée pendant longtemps. Elle a les cheveux très fins et très secs. C'est à cause du froid. C'est à cause du froid ?
- Claudie
Oui.
- Alban
Et du coup, après, je ne l'ai emmenée qu'une fois. Mais du coup, vu qu'ils sont courts, c'est très court. Donc là, tu as envie que ça pousse un peu pour pouvoir lui faire des petites coiffures. Est-ce que tu as une recommandation pour les enfants ? La Gabriella, elle n'y a toujours pas été. Est-ce qu'il faudrait que je l'amène pour que ça pousse, qu'il soit fort souvent ?
- Lucie
Elle n'a pas les mêmes cheveux. Elle n'a pas les mêmes cheveux, mais... Plus épais, très long pour son âge. C'est deux types différents.
- Claudie
Ce qu'il faut savoir pour les enfants, c'est que le développement... Là, je vais rentrer dans la partie un peu biologique. Le développement du follicule pileux, la partie qui produit le cheveu ou le poil, chez les enfants, ça peut prendre plus ou moins de temps. C'est-à-dire que quand... Et vous avez eu des enfants, donc vous le savez, quand vous avez un bébé, il est né avec des cheveux. Puis dans ce coup d'un seul, il y a une période où il n'y a plus rien.
- Lucie
C'est vrai.
- Claudie
Donc c'était les premières productions de poils et de cheveux que le corps a fait. Et ça prend du temps avant que ces follicules-là produisent de manière régulière partout. Donc il ne va pas y avoir une zone où ça pousse plus vite que l'autre, ce n'est pas ça. Mais ça prend du temps en fait pour le corps de produire des cheveux qui vont être forts et résistants. Elle a juste en fait de nature peut-être le cheveu fin avec plus ou moins de densité. Après je pense que pour les enfants ça ne sert à rien de faire de l'acharnement puisqu'en fait c'est quelque chose qui va venir avec le temps. Je trouve que c'est plus inquiétant une personne qui admettons à l'âge adulte va avoir vraiment des cassures. Une perte de cheveux intense ou une perte de densité. Là où vraiment, on se dit OK, on rentre dans des trucs plus techniques. Mais j'avoue que pour les enfants, il faut juste brosser leurs cheveux tous les jours. Leur expliquer, quand on va chez le coiffeur, qu'est-ce qui va se passer, comment ça se passe. Parce que du coup, ça permet de les préparer. Et en général, quand j'ai des enfants au salon, je donne toujours des conseils en fonction de l'état du cheveu ou autre. Mais c'est vrai que Euh... J'aime bien prendre le temps de parler avec les parents, de savoir un peu quelle est la routine, quel produit tu utilises, à quelle fréquence les cheveux sont brossés. Il faut laisser du temps au temps. Et parfois, c'est juste la nature de cheveux qui est comme ça, qui peut être plus fine.
- Alban
Est-ce que tu as une recommandation ? Par exemple, Gabriella, elle n'a jamais encore été chez le coiffeur, elle a un an et demi. Quand est-ce qu'on doit lui faire sa première coupe ?
- Claudie
Quand vous sentez qu'elle est prête, quand vous sentez que c'est le moment. Hier, j'ai eu un petit garçon. J'étais sa première coiffeuse. Le petit garçon d'un couple d'amis. Et ça s'est tellement bien passé. Il avait les cheveux trop longs. Du coup, on a redonné un petit peu de forme à tout ça. Il était trop content. Au début, ça l'inquiétait peut-être un petit peu. Je ne dirais pas inquiet. Mais il regardait un peu en mode, mais qu'est-ce qu'elle fait la dame ? Pourquoi elle le touche ? C'est pourquoi le peigne et tout ça. Et en fait, à la fin, il était super content. Il se regardait dans le miroir. Il aimait bien ce qu'il voyait. On a passé un super moment tous les quatre.
- Alban
Trop bien. Je n'ai pas un coiffeur attitré en Norvège. J'ai essayé plusieurs. Et parfois, j'ai été étonnée parce qu'ils n'ont pas tous les mêmes techniques. Je fais des mèches. Alors, comment tu fais des mèches ? Quelle est ta technique ?
- Claudie
Eh bien, on va faire des techniques différentes. Mais c'est clair qu'en fait... même si tu prends, je sais pas moi, trois coiffeurs qu'on a étudié la même technique, ça sera pas le même résultat. C'est tellement unique à la personne. C'est un peu comme l'écriture. Tu vas prendre trois personnes qui vont écrire un texte, ils vont tous écrire le même texte, mais la manière dont c'est écrit, c'est différent. La coiffure, c'est vraiment pareil. Donc je trouve que c'est vraiment, si quelqu'un n'aime pas mon travail, je le prends pas. personnellement, ça me fait mal au cœur parce que j'ai envie que mes clients soient très très satisfaits mais je me dis, je peux pas non plus plaire à tout.
- Alban
Non mais moi la dernière fois, le résultat était très bien mais j'étais très surpris parce qu'on m'a mis un plastique sur la tête et on m'a sorti Oh non !
- Claudie
On est là ?
- Alban
Ouais, on m'a sorti ça m'a fait un mal de chien, on m'a sorti les mèches en faisant des trous comme ça
- Claudie
Attends, mais on faisait ça dans les années 80-70. Ah non,
- Alban
mais d'accord, merci. J'ai dit ça à tout le monde. Je dis non, mais je ne sais pas ce qui s'est passé là. On fait des bonnets. Et après, il y a des gens qui m'ont dit non, mais je crois que sur les réseaux sociaux, j'ai déjà vu ça et tout. J'étais là, mais c'est quoi ce truc ? Mais ça m'a fait un mal de chien, en fait.
- Claudie
Tu ne fais pas le bonnet, voilà.
- Lucie
Tout ce qui nous écoute, je le dis, ne fais pas le bonnet.
- Alban
Albon, il me disait non, mais en soi, le résultat, ça va. Mais j'étais là. Oui, mais en fait, quand tu vas chez le coiffeur, c'est un moment de détente, normalement.
- Lucie
Pas de torture.
- Alban
Parce que moi, quand je fais des mèches, ça peut durer parfois trois heures. Oui, oui. Mais alors là, ça a été un moment de torture. Oui, exactement. Et du coup, c'était la première fois qu'on me faisait cette technique. Donc, j'étais un peu surprise et je me suis dit, peut-être nouvelle technique. Non, mais en fait, c'est une ancienne technique.
- Claudie
Tu as voyagé dans le temps.
- Lucie
Dans la machine. Je suis arrêté par le passé.
- Alban
Ah ouais, je veux dire,
- Claudie
même moi, en étant apprentie, je crois, en première année, on m'a montré la technique du bonnet parce que voilà, ça fait partie des techniques. Mais même moi, quand j'étais apprentie,
- Alban
tu ne l'as jamais ?
- Claudie
Je ne l'ai jamais fait, quoi.
- Alban
D'accord,
- Lucie
bon.
- Claudie
Mais du coup, je rebondis sur quelque chose. On a abordé le sujet tout à l'heure. D'apprendre des nouvelles techniques, ça fait partie de la formation des coiffeurs. C'est-à-dire qu'on ne sort pas d'une école de coiffure en mode « c'est bon, je sais tout, j'ai tout appris, je sais tout faire » . On apprend continuellement.
- Lucie
Il y a toujours des formations, des congrès, des trucs.
- Claudie
Il y a toujours des nouvelles tendances, il y a toujours des nouvelles techniques et que ça change de plus en plus rapidement en fonction des traînes qu'on voit sur les réseaux sociaux. Les coupes de cheveux, elles sont plus ou moins réinventées avec des noms toujours de plus en plus lourds.
- Alban
T'as un exemple ?
- Claudie
Moi, je veux faire une wolf cut. Oui, un dégradé, quoi.
- Lucie
J'adore.
- Claudie
La wolf cut. Je veux faire une papillonne cut, un butterfly cut. Oui, un dégradé, quoi.
- Lucie
Génial. Merci TikTok.
- Claudie
Et du coup, toi, t'es là en mode... T'es là en mode, oui, oui, mais attends, excuse-moi, je vais juste chercher un truc. Tu googles, quoi. Est-ce que t'es genre, mais de quoi la personne me parle ? Et au final, c'est juste une coupe. Oui, je sais la faire, je la connais. Je me faisais il y a 15 ans. Là, elle est revenue. Elle a un nouveau nom. Et en fait, là, on en revient encore au prix. Mais tu vois, de former tes coiffeurs. Donc là, en l'occurrence, ma patronne m'envoie en formation. J'ai une formation quasiment tous les 3 mois où en fait, vous... payer aussi ça. C'est un gage de qualité. C'est-à-dire que oui, vous payez plus cher votre prestation. Par contre, je sais faire les derniers trucs. Je les maîtrise surtout. En mode, oui, je bois sur YouTube un tuto. Ça fait aussi partie de ça. C'est-à-dire que oui, vous payez nos formations, notre expérience, mais surtout notre savoir-faire. Et je me dis, oui, tu peux payer moins cher ailleurs, mais du coup, est-ce que... Est-ce qu'on ressort le bonnet ?
- Alban
C'est clair.
- Claudie
Oula, un petit coup de tondeuse me l'avait placé en mode, c'est pas très droit, mais bon, c'est pas grave. Allez, ça va passer, quoi.
- Alban
C'est quoi la tendance 2026 ?
- Claudie
Alors, la tendance 2026, donc c'est plutôt international, en sachant qu'en Norvège, je pense qu'il ne va pas y avoir beaucoup de gros changements. Mais concrètement, on va être beaucoup sur des bobs assez longs, donc des carrés plutôt longs. On va avoir des franges, donc là, on revient sur les franges Un peu la Dakota Johnson, donc... Ah, ça revient ! Ça y est, ça faisait longtemps, donc ça fait plaisir,
- Alban
ça revient. On a envie de faire... Ça y est !
- Claudie
Nouvelle année !
- Lucie
Il va falloir choisir, soit tu voyages, soit tu te coupes les cheveux. Que ce soit le direct, ou que ce soit le père entre nous. C'est un enfant vampire ! Elle m'a dit que ça pouvait faire hausser le teint.
- Claudie
comme un voyage sur le soleil tu peux faire un sun kiss un petit éclaircissement très discret très léger en vrai quand j'ai des personnes qui me disent qu'ils font des techniques de couleurs où je sais que voilà en termes de budget c'est serré et c'est deux fois par an je vais adapter, je vais pas leur faire du blond sur les racines dès le début je vais vraiment, non bah tu sais quoi on va isoler une zone où il n'y aura rien du tout pour que quand ça repousse justement, que ce soit encore super joli. Et du coup, j'ai fidélisé beaucoup de personnes comme ça parce que je fais comme, encore une fois, on en revient à ça, je fais en fait un mix entre, OK, qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que moi, je te recommande ? Et c'est ça en fait le vrai service, c'est que je vais venir en fait combiner, faire un travail d'équipe avec ma clientèle.
- Alban
Et est-ce que... Tu as des conseils pour des Français qui sont en Norvège. Est-ce qu'il y a des soins spécifiques à faire quand tu habites en Norvège et que ton cheveu n'est pas norvégien de base ?
- Claudie
Déjà, la base de la base, c'est d'avoir un shampoing vraiment adapté à son type de peau. On parle beaucoup de pH en coiffure. Par exemple, en hiver, on ne va plus avoir des problèmes de peau à cause des bonnets, la peau qui ne respire pas très bien, par exemple. la transpiration aussi, parce que souvent, quand on est actif, avec un bonnet sur la tête, ça nous arrive de transpirer. Donc, je dirais que c'est très important déjà de faire attention au cuir chevelu, d'avoir un shampoing adapté. Mais surtout, en termes de froid, c'est important de donner de la nutrition, de l'hydratation. On n'est pas obligé de dépenser beaucoup d'argent dans un soin capillaire qui va faire des miracles. Je dirais que ce n'est pas ça qui va changer la donne. Pour moi, ce qui va changer la donne, c'est la régularité. Et je le dis toujours. Ce n'est pas parce que vous mettez cher dans un produit que ça va être miraculeux. Si vous ne l'utilisez qu'une fois, quand vous y pensez, le résultat n'est pas là. Par contre, si vous trouvez un produit, on va dire de moyenne gamme ou même premier prix, admettons, si on l'utilise de manière régulière et qu'on l'utilise bien... Il n'y a pas de problème en fait. Moi, j'ai des clientes qui utilisent des shampoings de chez Ray Mathuson. Il n'y a pas de mal à ça. Si c'est ce qui correspond à leur budget, je leur dis toujours, n'oublie pas de faire comme ci ou comme ça. Je leur donne toujours des conseils pour apporter un plus, pour que ce soit le plus efficace possible. Mais c'est la régularité qui change. La régularité. Oui.
- Alban
Et est-ce qu'il faut absolument, par exemple, faire des masques ? Moi, je fais juste shampoing après shampoing, par exemple. Est-ce que c'est suffisant ou est-ce qu'il faut faire des masques ? Il faut faire des soins spécifiques ?
- Claudie
Je dirais en hiver quand il fait très froid. Donc en l'occurrence, quand on descend en dessous de moins 15, le cheveu, c'est un peu comme la peau. On le sent sur nous, ça.
- Lucie
Oui, ça va être sec.
- Claudie
Tout à fait. En général, quand ça descend en dessous de ces températures-là, je recommande de faire une cure une fois par semaine. Et en général, donc tu te laves les cheveux et tu fais qu'une cure. Je précise parce qu'il ne faut pas faire shampoing, après shampoing, cure. C'est soit tu fais shampoing, après shampoing, shampoing, cure. Il ne faut pas leur donner trop. Parce que oui, ils vont demander. Le cheveu, c'est une matière incroyable qui absorbe beaucoup de choses. Mais s'ils ont déjà absorbé quelque chose, ça va faire un surplus. Et du coup, ils vont être très lourds ou plutôt gras. Donc, il va falloir les relaver. Ce n'est pas l'idéal. Donc, je dirais vraiment quand il fait vraiment froid. Une fois par semaine, prendre le temps de bien se laver la tête, d'éponger avec une serviette l'excédent d'eau sur les longueurs. Et là, on met la cure ou un soin et on le laisse poser. On l'oublie un petit peu, on fait des choses à côté et ensuite, on le rince vraiment bien. Je trouve que ça, c'est important.
- Alban
Ok. Et en tant que professionnelle, est-ce que toi, tu recommandes toujours des produits industriels ou est-ce que tu as des méthodes aussi un peu... recettes de grand-mère pour nourrir le cheveu ? Tu dis à tes clientes, faites un bain d'huile d'olive, je ne sais pas. Ou est-ce que tu es plus en mode, non, il faut quand même aller vers des produits professionnels ?
- Claudie
Là, il y a deux personnalités en moi qui se... Ah bon ? Il y a la...
- Lucie
Ça les mange.
- Claudie
En fait, j'ai travaillé de base dans des salons très classiques. où on nous dit tu mets deux produits sur la tablette, tu dois vendre, au vendre. Moi, je n'aime pas pousser à la vente, ça ne me correspond pas. Je recommande quand la personne achète. En l'occurrence, avec ce que j'ai, quand je vois que ça correspond, quand je dis ce que j'ai, c'est les produits au salon. Si je sais que ça correspond au type de cheveux et à la routine de ma cliente, je vais conseiller ça. Par contre, pour avoir travaillé dans un salon qui était... Beaucoup plus respectueux de l'environnement. Les couleurs, c'était du hainé. C'était de la poudre de plantes mélangée avec des degrés de l'eau qui montaient en plus ou moins haute température en fonction de ce qu'on voulait faire. Là, en l'occurrence, on faisait des bains à l'argile verte. On mettait de l'huile de ricin, de lin aussi. Là, c'était beaucoup plus... Je dirais que je fais un peu les deux. Donc c'est l'avantage de parler français et que mes collègues ne comprennent pas. Parce que du coup, quand je donne des conseils plutôt naturels...
- Lucie
Oui,
- Alban
moins économiquement.
- Claudie
Voilà. Mais je n'ai aucun mal à dire les deux. C'est-à-dire que je peux vraiment apporter un regard sur les deux aspects.
- Alban
Est-ce que tu as des projets spécifiques en Norvège ?
- Claudie
Non, je ne me projette pas beaucoup. Surtout après ce qui s'est passé l'année dernière. Je suis devenue très terre-à-terre. Il y a eu un temps où je rêvais peut-être d'ouvrir mon propre salon de coiffure. Mais je me rends compte de l'investissement énergétique que ça représente. Et je me dis, je ne pense pas vouloir me lancer là-dedans. Sinon, non, je prends les choses comme elles viennent. Déjà, régler ce litige-là. Et ensuite, continuer mes randonnées, continuer d'explorer la Norvège, continuer d'apprendre le norvégien parce que je trouve que c'est une langue qui est tellement riche. il y a des gens qui vont dire, ils n'utilisent pas beaucoup de mots bon, il y en a et je trouve que juste prendre les choses comme elles viennent et y aller à mon rythme, je crois que c'est le plus important et encore une fois c'est aussi une des choses que la Norvège m'a apprise c'est justement essayer de ne pas avoir trop trop trop de projets pour éviter d'avoir une charge mentale éviter de me surcharger pour au final prendre les choses telles qu'elles sont là, là, tout de suite dans le moment, et ça ne m'empêche pas de rêver
- Alban
Alors l'enregistrement, on parlait que tu avais beaucoup aimé Trompeseux en Norvège et tout. Est-ce que par contre, tu te projettes plutôt à Oslo ? Ou est-ce que si la vie t'amène à un autre coin de Norvège ?
- Claudie
Oui, j'aimerais beaucoup sortir d'Oslo. Je suis venue à Oslo puisque c'est là où je suis arrivée la première fois. Je me suis dit, c'est trop chouette. Voilà, ça reste la ville. Il y a beaucoup d'activités culturelles. J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Mais c'est vrai qu'Oslo, ça fait penser à un petit village quand même. Tu fais vite le tour. Tu rencontres souvent les mêmes personnes. Et j'avoue que moi, je ne suis pas très citadine de base. J'aime bien la campagne. Je trouve que... J'ai la chance d'avoir des beaux-parents qui vivent sur une île dans le West Pole. Et vraiment, l'ambiance de la campagne, les gens sont super sympas. Tu rencontres très peu de monde, mais quand tu les rencontres, tu papotes un petit peu. Un peu comme en France. Il y a la nature partout, tout le temps. À Oslo aussi, mais il y a toujours du monde. Donc, c'est vrai que...
- Lucie
Ça ne te déplairait pas, peut-être, si un jour l'occasion se présente...
- Claudie
La campagne ?
- Lucie
D'aller découvrir la campagne norvégienne.
- Claudie
Je me suis même vue pendant un temps déménager dans le nord de la Norvège, puisque j'ai un énorme coup de cœur pour avoir été holophotone, pour avoir été à Bouddha, à Tromsø, à l'extérieur. Mais j'avoue que je m'étais dit, je le ferai quand j'aurai plus de travail. Et comme je n'avais pas de copain à l'époque, je me suis dit, je le ferai à ce moment-là. Bon, entre-temps, j'ai rencontré mon copain norvégien.
- Lucie
Il est plus du sud, de ce que je comprends.
- Claudie
Oui, il ne sait pas ce qu'il est le pauvre. Oui, il vient du sud. Le baseball, ce n'est pas le sud-sud, mais je veux dire, il n'y a pas beaucoup de neige. Il y en a un petit peu, mais je veux dire, ce n'est pas l'activité principale. Mais j'avoue que ça ne lui déplairait pas. Après, il est quand même assez famille. Moi, je le suis devenu avec ma belle famille, puisque c'est ma famille norvégienne. Mais on prend soin les uns des autres. On est souvent les uns avec les autres. Donc j'avoue qu'il y a ce petit dilemme de se dire, j'aimerais bien pendant une année ou deux y aller. Mais c'est dur de s'éloigner des gens qu'on aime.
- Lucie
En tout cas, ça ne te ferait pas peur la luminosité qui est dans le nord beaucoup moindre ?
- Claudie
Pas du tout. Tu sors un peu moins, donc c'est sympa. Du coup, je peux passer plus de temps sur la gaming station. Voilà. C'est ma petite excuse pour rester à la maison. J'avoue que, oui, comme tout le monde, je pense que la dépression hivernale, c'est un vrai sujet qu'il ne faut surtout pas sous-estimer.
- Alban
Ta manière de penser, la psychologie derrière, je trouve qu'au fil des années, ça devient plus difficile. La météo, ça va et tout ça, mais quand même, après l'année passée qui a été difficile professionnellement et tout ça, cette année, je voyais qu'il y avait un peu des petits traumas qui ressortaient. Tu vois, rien qu'avec le changement des nuits très présentes et tout ça. Oui,
- Claudie
ça change ta perception de voir les choses. Ça change ta manière de vivre aussi. Je trouve qu'on est carrément moins actifs alors qu'en été, il faut tout en sortir, faire des barbecues, il faut se baigner, il faut aller sur les îles, il faut faire de la rando, dormir en tente. Voilà, on a... Mouais. C'est ça qui est intéressant et que j'aime beaucoup. C'est qu'il y a cette intensité pendant l'été. Où justement, pendant l'hiver, tu as le temps de recharger ta batterie. Tu as le temps de profiter, de faire d'autres choses. De voir les gens autrement aussi. Tu les vois un peu moins. Mais quand tu les vois, tu fais un petit truc super... Racklette avec les copains.
- Lucie
J'ai envie d'une raclette.
- Claudie
Mais du coup, c'est vrai que... La noirceur, au bout d'un moment, oui, ça va me gêner. Ou justement, par exemple, ça m'est arrivé de rentrer en France pour aller voir ma famille. Dès qu'il y avait un rayon de lumière dehors, on me voyait. Ils se disaient, mais elle est folle. Je sortais, puis j'étais là. La lumière. Ça faisait longtemps que je n'avais pas senti la chaleur sur mon visage. Ce genre de truc, oui. Mais ça ne me gêne pas qu'il fasse sombre comme ça. Et si un jour, vraiment, ça me dérange, j'en parlerai avec une personne spécialisée. Et je me dis, bon, si ça ne va vraiment pas, je peux toujours faire de la luminothérapie. Oui,
- Lucie
il y a quand même des petits outils.
- Claudie
Il y a des petites choses pour nous aider, des vitamines surtout.
- Lucie
Et si on veut venir te voir pour une petite coupe, où on peut te trouver ?
- Claudie
Vous pouvez me trouver à Uranionsborg Weihen. C'est le nom de la rue, au salon Comité. C'est entre Buxta et Weihen. et le Palais Royal. Donc, c'est très central.
- Alban
Avec un cadre sympa. Il y a d'ailleurs le parc et tout. Là, c'est ça ? Ça doit être très proche du parc aussi ?
- Claudie
Oui.
- Alban
Ah, trop bien.
- Claudie
Ça me permet de faire des petites pauses, déjeuner parfois, prendre mon mat' pas que et de m'asseoir dans le... dans vos parcs et de profiter un peu de ta lunchbox.
- Lucie
Oui,
- Claudie
ma lunchbox, ouais.
- Alban
C'est ça, c'est mon tube. C'est ça, on va le cuire.
- Lucie
Je crois qu'on a couvert à peu près tous les sujets. C'était hyper enrichissant pour moi d'en apprendre plus, déjà sur la coiffure, mais en plus la coiffure en Norvège. Puis on te souhaite beaucoup de bonheur en Norvège, de succès. On espère que tout s'arrangera pour toi. Merci.
- Alban
Je ne sais pas si ça va sortir avant février, mais là, février 2026, qui en tout cas, au moment où l'enregistre arrive, on est à fond derrière toi.
- Claudie
Merci, c'est gentil. En vrai, c'est de l'énergie comme ça qui fait du bien. On avance bien. Puis tu me dis,
- Alban
ça va bien se passer. Oui, dans tous les cas, ça va se terminer. Bien sûr, on veut la fin heureuse de ce litige, mais ça va se terminer. Ça, c'est une bonne chose, je pense, à garder en vue. Merci beaucoup, Cody. C'était super sympa d'aborder tous ces sujets, aussi bien sur l'expatriation que sur ton métier, qui au final, on pense que tout le monde le connaît, mais personne ne le connaît en même temps.
- Claudie
Oui, exactement. Ils connaissent bien. Exactement,
- Alban
c'est ça. Et aussi bien en France et d'autant plus en Norvège et toute ta démarche. J'espère que ça va inspirer des gens aussi, peut-être leur faire ouvrir les yeux sur, oui, certains bons côtés, mais certaines réalités aussi plus difficiles. Voilà, c'est ça. Ça vient toujours. Tu gagnes quelque chose, je dirais, à vivre à l'étranger et dans notre cas en Norvège, mais tu donnes aussi via ces choix de vie et il faut les garder à l'esprit.
- Lucie
Merci à vous deux. Merci. Merci et on vous dit à très bientôt chez nous.
- Alban
Sous les horreurs.
- Lucie
Si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée.
- Alban
Ou un commentaire sur YouTube, ça nous aide énormément à faire grandir le podcast.
- Lucie
Merci et à très vite pour le prochain épisode.