- Speaker #0
Pour ceux qui ne connaissent pas, comment tu décrirais le Svalbard ? Comment c'est ?
- Speaker #1
Svalbard, c'est des terres désolées. C'est à 78 degrés d'or, la capitale. Ça s'étend jusqu'à 80 degrés nord presque. Donc du coup, c'est des cailloux, des grandes montagnes plates et plein de vallées. C'est comme ça. Et l'hiver, beaucoup de glace. Et la mer, c'est un archipel, donc des petites îles. Mais c'est...
- Speaker #0
Il n'y a qu'une seule ville ?
- Speaker #1
C'est comme... C'est comme l'Islande, mais sans les parties, avec un peu de végétation.
- Speaker #0
D'accord, il n'y a vraiment pas du tout de végétation.
- Speaker #1
Pas du tout, oui. La végétation qu'il y a, c'est des rudiments de plantes qui arrivent à se suffire à elles-mêmes. Du coup, il n'y a très peu de végétation. À 60% du territoire qui est recouvert par les glaciers.
- Speaker #0
Et il y a des routes ? des infrastructures ?
- Speaker #1
Il y a la ville de Longyearbyen qui a, je crois, peut-être au total 30 kilomètres de route depuis l'aéroport jusqu'à la mine 7, où c'est la fin. Et puis ensuite, toutes les petites routes qu'il y a dans la ville en elle-même. Et c'est tout.
- Speaker #0
Il n'y a pas d'autres villes sur l'île ?
- Speaker #1
Il y a la ville russe de Barentsburg. et il y a l'ancienne ville russe de Pyramiden qui a abandonné et ensuite il y a un campement scientifique de New Olesund du coup plus au nord.
- Speaker #2
Quels ont été les grands changements pour toi comparé à ta vie en Laponie, ensuite Alta, une autre ville norvégienne et de passer au Svalbard ? Quels ont été les surprises ? Qu'est-ce qui a changé dans ton quotidien ?
- Speaker #1
On peut faire un aspect négatif, un aspect positif. Un aspect négatif je pense c'est le manque d'indépendance. Parce que du coup, tu passes, t'as un endroit. Moi, j'étais en Laponie, j'étais quand même assez bien. Dans le sens où t'es dans un endroit où t'as le citizenship, la nationalité, t'as une voiture, t'as ton... Voilà quoi, ta vie, elle est bien. Et ensuite, d'un coup, tu redeviens un étudiant. J'avais pas de voiture. Alta, sans voiture, c'est chiant à mourir, quoi. Par... J'allais à la salle de sport tous les jours, le matin et le soir, parce que j'avais rien d'autre à foutre. Puis le fait de ne pas parler la langue aussi. Donc au début, j'étais motivé, je voulais essayer de trouver un moyen de le faire. Et puis il n'y avait rien qui collait avec le temps de la formation, donc du coup, ce n'était pas possible. Et Svalbard, il y a quand même le fait que pendant le Covid, du coup, j'ai vraiment été coincé sur l'île deux ans et demi. Et puis c'est une ville de 2500 habitants. maximum, donc 2500 quand l'université est pleine donc du coup c'est genre aux alentours de 2000 habitants pendant le Covid peut-être donc deux ans et demi là-dedans tu deviens un peu taré à la fin ça c'était peut-être les aspects négatifs, le côté où tu te sens peut-être un peu coincé, isolé coincé et puis pas vraiment isolé dans le sens où t'es loin de tout mais plus coincé dans le sens où t'es coincé dans ce bateau-là avec ces gens-là et t'as t'as pas le choix.
- Speaker #0
Mais est-ce que, vu que vous êtes tous dans le même bateau, est-ce qu'il y a un peu une solidarité ? Les gens deviennent amis très facilement parce que vous êtes coincés sur la même ligne ? Alors ça,
- Speaker #1
c'est très intéressant parce qu'il y a plein de gens qui te disent que oui et moi, je ressentais pas du tout ça. Moi, comparé par exemple à la solidarité que j'ai eue avec les collègues et les gens quand je vivais en Laponie parce que c'était un tout petit village finalement, là où je vivais surtout l'été où c'était pas la haute saison, où il n'y avait que un petit peu des touristes finlandais vite fait, mais c'était... beaucoup plus petit que la ville de Longyearbyen finalement.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Désolé, mais moi, la solidarité, bof, quoi.
- Speaker #0
Tu trouvais les gens plutôt individualistes. Ouais,
- Speaker #1
très individualistes.
- Speaker #0
Faire leurs petits trucs.
- Speaker #1
Ouais, Très, très individualistes. Ou sinon, c'est genre, je vais t'aider, mais à partir du moment où t'as un truc intéressant à proposer, quoi. Si c'est juste parce que t'as besoin d'aide, j'ai autre chose à foutre. Les points positifs, le salaire, forcément ça fait du bien comparé au salaire finlandais, le salaire norvégien c'est toujours cool, surtout avec les taxes de Svalbard, parce que du coup au Svalbard tu payes que 16% de taxes, sur ton salaire tu gagnes quand même beaucoup mieux ta vie. Puis j'ai rencontré ma copine, j'ai rencontré la copine deux semaines après que je suis arrivé.
- Speaker #2
Comment ça les gens sont pas chaleureux ? Ouais ça va,
- Speaker #0
ça a l'air plutôt...
- Speaker #1
Donc du coup voilà. Puis ensuite, gros gros aspect positif, c'est ce que tu vois tous les jours quand tu sors. Même si tu vois aujourd'hui, j'ai terminé avec la boîte pour laquelle j'ai bossé pendant trois ans et je suis on ne peut plus content d'avoir fini parce que quand tu fais les mêmes trips tous les jours, tu deviens complètement abruti par ça et puis tu en as marre. Puis c'est genre, allez, je vais emmener 10 personnes voir une colonie de morts, ça ne t'en a plus rien à foutre. Ah oui,
- Speaker #0
tu perds un peu de...
- Speaker #1
Tu perds beaucoup. Pas parce que ce n'est pas intéressant de voir des morses, mais tu perds juste parce que c'est les mêmes timings. C'est des trips qui sont courts.
- Speaker #0
C'est trop répétitif.
- Speaker #1
Je répète les mêmes choses tous les jours. Je fais les mêmes blagues au même moment, tous les jours. Je fais le même truc tous les jours. Par exemple, moi, en tant que photographe, je n'ai pas le temps de faire de la photo du tout parce que je pilote un bateau. La priorité, c'est les gens qui ont jamais vu des morses que je pilote. Eux, ils en voient pour la première fois. Donc du coup, moi, je suis... Je suis derrière, j'explique, etc. Puis les gens, tu les hostes. Donc du coup, tu leur sers du café, tu leur fuis la bouffée, tu leur expliques plein de choses sur les morts, c'est tout. Donc finalement, mon intérêt perso à moi, à parler d'une à la fin, c'était... On n'avait plus beaucoup. Et puis aussi le fait que tu as l'impression que tu peux toujours en apprendre plus. Tous les jours, les gens, ils te posent une question à laquelle tu ne sais pas répondre et tu fais, ah, c'est une bonne question. On va regarder quand on rentre, mais là, j'ai pas accès à Internet, donc du coup, faut pas checker ça. Après avoir déménagé en Flandre aussi, je suis devenu un gros kéké-tuning de la motoneige aussi. Et puis, Svalbard, y'a pas de restrictions sur la recontrégion des motoneiges. Y'a pas de...
- Speaker #0
Tout le monde se déplace en motoneige ? L'hiver, ouais. L'hiver,
- Speaker #1
si t'as pas de motoneige, t'es coincé en ville.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je crois qu'il y a genre 1,8 motoneige par habitant. Ah ouais. Y'a plus de motoneige qu'à d'habitants, à Svalbard.
- Speaker #2
Est-ce que ça coûte très cher, une motoneige ?
- Speaker #1
c'est ridicule c'est ridicule c'est à peu près combien à peu près ? bah là les prix ils augmentent tous les ans c'est un peu comme au-dessous de 200 000 couronnes t'as pas grand chose non en 9 en 9 mais après bien évidemment en seconde main tu peux acheter c'est comme les voitures après t'as à manger et à boire oui oui bien sûr tu peux acheter une merde pour 2000 couronnes après si elle marche tant mieux si elle marche pas tant pis donc c'est plus ou moins 20 000 euros ouais ouais ouais c'est cher Une motoneige, t'as la sensation de liberté parce que tu peux aller vraiment partout à partir du moment où tu sais ce que tu fais. De la même manière qu'un skieur qui fait du hors-piste, lui, il va analyser toute la descente. Avec la motoneige, c'est pareil, mais tu vas analyser la montée. Il y a ce côté-là, le côté adrénaline là-dessus qui est assez cool.
- Speaker #0
Tout à l'heure, Alban parlait des types de profils qu'il y a au Svalbard.
- Speaker #1
Ouais, ça, c'est très intéressant aussi. T'as les gens comme moi qui font... guide photographe, etc. Un profil qu'il y a beaucoup, c'est les Norvégiens qui vont là-bas pour vivre une aventure. Donc moi, j'aime bien dire que les endroits un peu remote comme ça, ça commence en Laponie, t'as beaucoup d'âmes perdues qui se retrouvent là-dedans. Qu'est-ce que j'entends par là ? Tu peux avoir beaucoup de gens qui vont là-bas parce qu'ils... Parce que c'est l'aventure, tu vois. Et là-dedans, ça peut être aussi bien quelqu'un qui est motivé, comme moi, par une vocation professionnelle, que quelqu'un qui est un construction worker, qui a eu une place de libre, qui a postulé pour un job là-bas et qui l'a eu. Et donc, du coup, ça fait des profils un peu différents.
- Speaker #0
Puis j'imagine aussi, tu parlais qu'il y a moins de taxes. Peut-être que pour certains métiers, c'est aussi intéressant d'aller faire...
- Speaker #1
plein d'argent et de repartir. Si t'es flic en Norvège, Svalbard, c'est le meilleur endroit au monde.
- Speaker #0
Parce qu'il n'y a rien à...
- Speaker #1
Il n'y a pas de criminalité. Tu dois avoir un salaire qui doit être à peu près 4 fois le salaire moyen d'un flic français, voire plus. Peut-être jusqu'à 10 fois même. T'as une maison pour laquelle tu payes pas. T'as une voiture pour laquelle tu payes pas. Et puis t'as accès à des motoneiges, des trucs. Tu payes rien. Et alors là, petit coup de gueule, mais si t'as un problème avec quelqu'un, ils en ont rien à foutre. Pour te donner un exemple, on était à un bar là-bas, à KB, et ouais, deux gars qui commencent à s'échauffer, quoi, et puis t'appelles les flics, tu leur fais « faudrait que vous veniez, parce que ça part en couille, là » . Bon, non, c'est samedi soir, ils en ont autre chose à foutre, quoi. Ah ouais,
- Speaker #0
donc vous devez régler tout.
- Speaker #1
Mais par contre, Euh... Tu mets une patate à un mec, tu peux être banni de l'île.
- Speaker #2
Ah oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Donc c'est vraiment... Est-ce que tu penses qu'il faut vivre avec une espèce de discipline en plus, quelque part ?
- Speaker #1
Oui et non, parce qu'elle se fait d'elle-même. Parce que quand tu es dans un endroit aussi isolé, aussi petit, tout se sait. Du coup, si tu n'as pas envie de passer pour quelqu'un de bizarre, il vaut mieux être un minimum normal. Oui, c'est ça. Mais oui, il y a plein de profils un peu spéciaux aussi.
- Speaker #0
Et comment tu as réussi à te sociabiliser ?
- Speaker #1
Je travaille toujours dessus. Mais non, après ça, ça se fait facilement parce que c'est un endroit petit, il y a beaucoup de tourisme. Tu as beaucoup de pairs finalement. Donc du coup, c'est par pair, P-I-R-E-S. Je veux dire, tu as beaucoup de collègues, pas nécessairement de ta boîte, mais ce que je veux dire, c'est voilà quoi, tu as beaucoup de gens qui bossent dans le tourisme.
- Speaker #0
De collègues qui deviennent des amis du coup ?
- Speaker #1
Ouais, plus ou moins, ça dépend. Et puis voilà, tout le monde se connaît de vue presque. Puis tu as vu ma dégaine, je veux dire, moi je suis reconnaissable.
- Speaker #2
Même là-bas ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Pour ceux qui nous écoutent en podcast et qui n'ont pas la vidéo, Timo a une barbe avec une tresse.
- Speaker #1
Mais d'ordre général, je veux dire, j'aime pas dire les gens sont gentils parce que ça veut rien dire, mais d'ordre général je veux dire c'est t'as pas de problème, quoi. C'est pas un endroit où t'as des problèmes. Mais c'est...
- Speaker #0
Il y a une bonne atmosphère ?
- Speaker #1
Ouais, D'ordre général, entre les gens, je dirais oui. Après, là, il y a eu... Là, on a d'approche un topic qui est complètement différent, mais il y a eu un nouveau white paper, je sais pas comment on appelle ça, mais en gros, des nouvelles législations. Et en fait, il y a un côté... très limite au niveau des étrangers maintenant là-bas, mais ça c'est déjà un politique, mais t'as l'impression qu'ils créent vraiment un clivage entre les Norvégiens et le reste donc du coup ça c'est bizarre, ça c'est très bizarre par exemple ma copine elle trouve que ça se ressent pas plus que ça, enfin si elle le voit quand même, elle trouve que la société a changé depuis qu'elle y est, elle y est depuis 10 ans ah oui Donc elle aime moins qu'au début, elle trouve qu'il y a moins un sentiment d'entraide et les gens sont plus individualistes, justement. Mais ça, c'est parce qu'il y a énormément de turnover, donc les gens ne restent pas. Du coup, ils viennent à 2-3 ans et puis après, ils retournent en mainland. Oui,
- Speaker #2
c'est exactement ce que j'allais te demander. Est-ce qu'il y a un vieux grand-père qui a vécu toute sa vie aux Alpes-Bas ?
- Speaker #1
Il y a quelques irréductibles, bien sûr. Il y en a qui sont là-bas depuis 30-40 ans.
- Speaker #2
Mais ça représente une minorité ?
- Speaker #1
Ça représente 2%, peut-être.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une communauté française ?
- Speaker #1
Il y a des Français, mais de là à dire qu'il y a une communauté française, je n'aurais pas à dire ça. Il y a une communauté Thaï, une communauté Philippines, les deux plus grosses communautés après les Norvégiens. Mais j'adore. Pourquoi ? Parce que... Alors, je ne sais pas d'où ça vient exactement, mais je sais que les Philippines, ils bossent beaucoup sur les bateaux. Et je pense que ça vient un peu par là. Et bien évidemment, ils font les taffes que les Norvégiens ne veulent pas faire. Donc le ménage, la cuisine, les trucs comme ça.
- Speaker #2
Jusqu'aux vapeurs, donc.
- Speaker #1
Oui, mais la raison pour laquelle... t'as beaucoup de gens justement qui sont de pays plus loin mais c'est parce que t'as pas besoin de visa pour travailler au Svalbard pour personne en tout cas pour le moment, quand je discutais j'ai pas mal de potes, surtout un bon pote Philippe 1 là-bas et lui il m'explique que les gens ils bossent tout le temps parce qu'en fait ils envoient beaucoup de blé si ce moment t'a parlé l'épisode complet t'attend juste ici