Speaker #0Le trouble de la personnalité borderline. Un terme sérieux pour désigner quelque chose qui, dans la vie affective, ressemble souvent à un vrai chaos. Moi, je dis parfois bordel-line. Pour parler du désordre intérieur. Pas pour parler des personnes concernées, bien sûr. Ce n'est pas une manquerie ou une insulte, évidemment. Bonjour ou bonsoir, vous êtes sur le podcast spiral894 et je suis spiral894. Aujourd'hui, nous parlons donc du trouble de la personnalité borderline. Nous allons commencer par une présentation de ce qu'il y a dans le DSM-V sur le trouble borderline. Donc le nom officiel, c'est bien le trouble de la personnalité borderline. Anciennement on parlait d'état limite. Et il se trouve dans le DSM dans le groupe B des troubles de la personnalité, avec le trouble antisocial, le trouble narcissique et le trouble histrionique. La définition générale du trouble tel qu'il est formulé dans le DSM, c'est que c'est un mode envahissant d'instabilité, des relations interpersonnelles, de l'image de soi, des affects, avec une impulsivité marquée. Ce mode apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes variés. Le DSM insiste sur le caractère structurel et durable, pas sur des crises isolées. Donc pour ce qui est des critères diagnostiques, vous en avez 9 en tout, mais il faut qu'il y en ait au moins 5 sur les 9 qui sont nécessaires. Alors le premier, c'est qu'il faut qu'il y ait des efforts effrénés pour éviter des abandons réels ou imaginés, une hypersensibilité à la séparation, une peur massive d'être laissé et des réactions parfois disproportionnées. Le DSM précise ne pas inclure les comportements suicidaires ici. Parce qu'ils ont leurs propres critères. Alors le deuxième critère, c'est qu'il faut qu'il y ait des relations interpersonnelles instables et intenses. Il va y avoir une alternance idéalisation-dévalorisation, des relations fusionnelles, puis rupture explosive. C'est le critère du clivage relationnel. Alors le troisième critère, c'est une perturbation de l'identité. Image de soi instable. Il va y avoir des valeurs, des buts, identité sexuelle ou professionnelle fluctuants. C'est le sentiment de ne pas savoir qui je suis. C'est un critère central mais souvent sous-estimé cliniquement. Le quatrième critère, ça va être l'impulsivité dans au moins deux domaines dommageables. Les exemples du DSM sont les dépenses, la sexualité, les substances, la conduite dangereuse et les crises alimentaires. L'impulsivité est ici agie, c'est pas seulement dans la pensée. Le critère numéro 5, ce sont les comportements, gestes ou menaces suicidaires récurrents. Les automutilations, les tentatives, les menaces répétées. Le DSM ne psychologise pas l'intention, mais il va juste décrire les faits. Le sixième critère, c'est l'instabilité affective marquée, les variations émotionnelles rapides. La réactivité intense à l'environnement, les épisodes dysphoriques, irritabilité, anxiété, la durée est souvent de quelques heures et rarement plus de quelques jours. Il y a une différenciation ici avec le trouble bipolaire. Le septième critère, ce sont des sentiments chroniques de vide, ennuis, l'impression d'inexistence, la sensation d'être creux, sans consistance. C'est un critère qui est souvent très parlant chez les patients. Le huitième critère... Ce sont des colères intenses et inappropriées. La difficulté à contrôler la colère, explosion verbale ou physique, rancune persistante. Ce n'est pas juste de l'irritabilité, c'est une désorganisation relationnelle. Et le neuvième critère, c'est une idéation persécutoire, transitoire. ou symptômes dissociatifs, déclenchés par le stress. C'est-à-dire paranoïa passagère, des personnalisations, des réalisations. Ce ne sont pas des délires au niveau structurel, ce n'est pas de la psychose dans tous les cas, et ce n'est pas durable. Alors il y a des précisions diagnostiques importantes quand même dans le DSM, parce que le DSM insiste sur la distinction avec le trouble bipolaire, qui a un rythme d'une durée des déclencheurs qui ne sont pas les mêmes que le trouble borderline, le trouble de stress post-traumatique, aussi c'est différent du trouble de personnalité narcissique et du trouble de personnalité antisociale. Les comorbidités fréquentes sont la dépression majeure, les troubles anxieux, les addictions, le TCA, c'est-à-dire les troubles du comportement alimentaire, le TSPT, c'est-à-dire le trouble du stress post-traumatique, le DSM reconnaît une forte intrication, mais pas de hiérarchisation causale. Après, ici, ce qu'il faut noter sur le DSM, c'est que c'est un outil descriptif, pas explicatif. Il ne va pas parler de structures psychiques, il ne va pas parler de mécanismes inconscients, il ne théorise pas des théologies, trauma, attachement, il ne distingue pas les niveaux de borderline, voilà. Alors après, effectivement, c'est une catégorie qui est assez hétérogène. le trouble d'apersonalité borderline, parce que deux patients peuvent partager très peu de critères finalement. Il y a une forte dépendance au contexte relationnel, et le diagnostic est sensible au biais du clinicien. Il va y avoir aussi un risque de surdiagnostic chez les femmes, le DSM le sait, il l'assume, il ne fait pas autre chose que classifier. Donc on en arrive maintenant, comme d'habitude, au livre de Barlow et Durand, Psychopathologie, une approche intégrative. que j'utilise souvent avec le DSM pour les troubles que je décris ici. Alors la position générale du livre, c'est que le trouble de la personnalité borderline est présenté comme un trouble de la régulation émotionnelle à l'origine multifactorielle, résultant de l'interaction entre vulnérabilité biologique et environnement invalidant. C'est une lecture fonctionnelle et pas structurelle, le trouble de la personnalité borderline. Alors le modèle explicatif central ici, c'est un modèle qui articule émotions et environnement. Donc d'abord au niveau de l'émotion, il y a une vulnérabilité émotionnelle, biologique. Barlow et Durand insistent sur l'hyperactivité émotionnelle. Il va y avoir chez la personne un seuil émotionnel bas et un retour au lent à la ligne de base. Les émotions vont être plus intenses, plus rapides, plus durables. Ce point est central dans le livre de Barlow et Duran. Donc maintenant, ce qu'il en est pour l'environnement, ça va être un environnement qui va être invalidant. C'est un concept qui est repris notamment par Linéane, qui est la créatrice de la thérapie comportementale dialectique, qui a été faite pour les troubles borderline, mais aussi qui peut être utilisée en thérapie pour les troubles de l'humeur, comme le trouble bipolaire. Dans cet environnement, les émotions vont être niées, minimisées ou punies. Il va y avoir des messages du type « tu exagères » , « tu es trop sensible » , « calme-toi » . Résultat, le sujet n'apprend pas à nommer, comprendre ou moduler ses affects. Il apprend à agir sur ses émotions. Donc il va y avoir une lecture intégrative de la compréhension des symptômes. On est au niveau de trois symptômes. Le premier, c'est l'automutilation et les comportements suicidaires, qui est interprété par Barlow-Durand comme des stratégies de régulation émotionnelle dysfonctionnelle et une réduction temporaire de l'attention interne. Le deuxième symptôme ici, ce sera les relations instables, qui va être une hypertensibilité au rejet, un biais attentionnel vers les signaux de menace et des attentes négatives vis-à-vis de l'autre. Le troisième symptôme ici, ça va être l'identité instable. qui va être compris comme une absence de schéma de soi stable. L'image de soi est dépendante du contexte émotionnel. Alors quelle est la place du trauma dans tout ça ? Barlow et Durand reconnaissent qu'il y a une prévalence élevée d'abus, sexuels, physiques, émotionnels, mais refusent toute causalité unique. Le trauma est un facteur de risque, pas une explication totale. C'est une position prudente, non idéologique. Pour ce qui est des comorbidités, ce sont les mêmes que dans le DSM. Le trou de la personnalité Borderline est vu comme un nœud de... de vulnérabilité émotionnelle, pas comme une entité isolée. Alors au niveau des approches thérapeutiques privilégiées, il va y en avoir deux grandes. Il va y avoir d'abord un rejet des thérapies non structurées. Barlois et Durand sont clairs, les thérapies vagues, inefficaces, voire délétères, sont à proscrire et à une nécessité de protocole structuré. Les thérapies qui sont mises en avant, sont la TCD, donc la thérapie comportementale dialectique. Ça, c'est une référence majeure. Ça fait partie de la TCC, de la troisième vague de la TCC, pour être précis. Après, il va y avoir des entraînements aux compétences, la régulation émotionnelle, la tolérance à la détresse, les relations interpersonnelles. L'objectif, là-dedans, c'est de réduire les comportements, pas comprendre le sens. Donc ici encore, il n'y a pas de métapsychologie, il n'y a pas de structure psychique, pas de théorie du sujet, pas de lecture transférentielle profonde. Le borderline est un problème à réguler, pas un sujet à déplier. Donc ici le problème c'est que le livre de Barlow Durand explique bien le comment, évite le pourquoi. Voilà, donc c'est une psychopathologie de la gestion, pas du sens. Alors ici on va avoir une petite nouveauté dans mes descriptions de troubles. On va aller dans la psychanalyse pour une fois, parce que les autres fois je ne les ai pas vraiment fait selon cette structure. Donc pour ce qui est de la psychanalyse, on va commencer par Otto Kernberg, qui est la référence structurelle pour le trouble borderline. Kernberg est le seul à avoir proposé une théorie structurée du borderline. Alors pour ce qui est de l'organisation borderline, ce n'est pas un trouble au sens DSM, mais une organisation psychique intermédiaire entre névrose et psychose, définie par trois critères structuraux. Diffusion d'identité, ça correspond directement aux critères du DSM, perturbation d'identité, le moi n'est pas unifié, il y a des représentations de soi et d'autrui non intégrées et contradictoires. Après il y a des mécanismes de défense primitifs. Comme le clivage bon-mauvais-objet, il va y avoir une idéalisation primitive et une dévalorisation, et une identification projective. Le troisième critère structural, c'est l'épreuve de réalité globalement conservée, pas de délire structuré, mais des micro-ruptures sous stress. Le DSM, lui, décrit les effets, les relations instables. Kernberg décrit le moteur. Maintenant, si on peut voir un peu de plus près le clivage, qui est le cœur du borderline. Chez Kernberg, le sujet ne peut pas tenir ensemble amour et haine. L'autre est soit tout bon, soit tout mauvais. Idem pour le soi. Le DSM parle d'instabilité relationnelle. Kernberg dit « échec de l'intégration des objets internes » . Donc un autre auteur dont on peut parler ici, c'est Donald Winnicott, qui parle lui du vide et du faux self. Winnicott ne parle presque jamais de borderline, mais il en décrit la clinique mieux que personne. Tout d'abord le vide chronique. Le critère DSM, c'est le sentiment chronique de vide. Chez Winnicott, ce vide n'est pas un manque, c'est l'absence d'un vrai self constitué. Le sujet fonctionne sur un faux self adaptatif, relationnel, mimétique. Dès que l'environnement lâche, il y a une chute dans le vide. Après, il y a l'angoisse de chute sans fin, typique des patients borderline. C'est-à-dire qu'il y a une peur d'abandon massive, une terreur de la séparation. Winnicott parle d'angoisse primitive. Une chute, une dislocation, une annihilation. Le DSM, lui, décrit la peur de l'abandon. Winnicott parle de, enfin il dit, il n'y a jamais eu de base suffisamment sûre. Donc le troisième point pour Winnicott, c'est l'acting out et la destructivité. Ce sont les automutilations, les passages à l'acte. Pour Winnicott, ce sont des tentatives de sentir quelque chose, de vérifier l'existence. Ce n'est pas manipuler, c'est tester l'objet. Ensuite, on peut parler de Jacques Lacan qui, lui, doute sérieusement de la catégorie de borderline. Lacan n'aime pas du tout le terme borderline. Pour lui, soit il y a forclusion du nom du père, donc il y a psychose, soit il y a refoulement, donc névrose. Le borderline est vu comme une donne floue, un effet du discours psychiatrique. Lacan ne nie pas la clinique, il nie la cohérence théorique de la catégorie. Ce que Lacan éclaire quand même chez ces sujets, c'est qu'on observe souvent Un rapport instable au signifiant, une difficulté à symboliser la perte, une jouissance envahissante non médiatisée. D'où il va y avoir des passages à l'acte, de l'acting out, de la haine soudaine de l'autre, des demandes d'amour impossibles à satisfaire. Et Lacan va nous parler du rapport à l'autre, le sujet borderline, demande à l'autre. de garantir son existence, mais détruit l'autre dès qu'il le déçoit. Il y a une logique de l'amour impossible. C'est proche de la position mélancolique finalement, mais sans y être vraiment identique. Donc voilà, voilà, voilà, on a fini pour le trouble de la personnalité borderline. Donc pour récapituler, c'est une structure qui serait donc entre psychose et névrose, mais certains n'y croient pas du tout. Moi j'avais repéré une fille que j'avais repéré comme étant borderline, qui avait fait des études de psychologie, etc., qui s'intéressait à ça et tout, mais qui me disait qu'elle était hystérique. Elle ne croyait pas du tout aux borderline, aux DSM, à la psychiatrie, elle restait un peu sur la position de Lacan finalement. Mais bon, aussi, il faut dire qu'elle a été punk, donc certainement attachée à la tradition anticapitaliste et de rébellion de la psychanalyse, et donc contre tout ce qui était TCC, DSM, psychiatrie, tout ça. Après, ça correspondait au personnage aussi, on dirait. Moi, ici, j'aimerais bien faire un lien avec le travail que je fais Biiiit ! que ce soit à la faculté ou sur mes podcasts et tout ça. J'ai fait ce podcast sur le trouble de la personnalité borderline parce que j'avais des gens sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, qui me demandaient de le faire. Donc c'est des gens que j'ai soit en paire et danse ou soit en contact dans différents groupes sur la messagerie sur TikTok. Et ils me disent souvent qu'effectivement, mon travail les touche à eux aussi. C'est-à-dire que normalement, mon travail, il est fait pour les psychoses, au départ. Mais on me dit que les bipolaires, les borderline apprécient mon travail aussi. Donc voilà. Donc j'ai fait ce truc sur le borderline pour effectivement les personnes qui me suivent sur TikTok. Oui, donc je me rends compte que mon travail peut effectivement toucher... plus que des gens atteints de psychose. Et je me dis même qu'effectivement, mon travail, c'est comme une espèce de clinique des limites. Le problème, c'est que la clinique des limites, c'est déjà pris pour tout ce qui est à la limite, le borderline. Sauf que moi, ce serait une clinique des limites qui toucherait les psychoses, les bipolaires et le borderline en même temps. sur le thème de la limite. Alors je me pose des questions, est-ce que je vais appeler ça la clinique des limites, ou la clinique des limites fonctionnelle, ou cliché, je ne sais pas. Ça j'ai encore du travail à faire là-dessus, mais dans tous les cas, si vous avez des idées, vous, laissez-les en commentaire, dites-moi comment je pourrais qualifier mon travail de manière générale, que je fais sur les limites, voilà. Bon, alors évidemment, si vous avez une souffrance quelconque ou un trouble psychique, il faut continuer à prendre son traitement, continuer à avoir son psychiatre et continuer à avoir son psychothérapeute. Si vous avez une souffrance quelconque ou un trouble psychique et que vous n'avez entamé aucune démarche pour y remédier, allez consulter un psychiatre, un psychothérapeute et prenez le traitement qu'ils vous donneront. Si vous avez des choses à dire sur tout ça... ou des commentaires à faire, ou des idées de podcasts futurs, je serai ravi de vous répondre là-dessus. N'oubliez pas de faire un tour et de partager mon site internet spiral894.fr où vous pouvez y trouver mon livre qui est un livre sur mon expérience de la maladie mentale, mais un livre thérapeutique qui apporte de l'optimisme là où tout semble perdu. Le livre est aussi sur KDP Amazon et bientôt sur TikTok Shopwonder. Vous pouvez trouver tous les liens concernant les réseaux et le podcast sur la description. N'oubliez pas d'évaluer ce podcast à l'aide des étoiles. Et votre soutien financier via notre page Tipeee nous est vital. Le lien est dans la description. Allez, je vous souhaite bon courage et continuez de lutter. Ciao, ciao.